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Full text of "Essai sur la musique ancienne et moderne"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/essaisurlamusiqu02labo 


ESSAI 


SUR  LA  MUSIQUE. 


TOME    SECOND. 


ArtH.H 


Lxtecdl»,     ^*~^  Êe  '*  eàl 


ESSAI 


S  £7  # 


LA  MUSIQUE 

ANCIENNE  ET  MODERNE. 


TOME    SECOND. 


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>4      PARIS, 

De  l'Imprimerie  de  Ph.-D.  PIERRES ,  Imprimeur  ordinaire  du  Roi; 

Et  fi  vend 
Chez  Eugène  ONFROY,  Libraire,  rue  du  Hurepoix, 


M.     DCC,    L  X  X  X. 
Avec  Approbation  y  &  Privilège  du  Rt  ■ 


ESSAI 

SUR  LA  MUSIQUE. 


LIVRE     TROISIEME. 

Abrégé  d'un  Traité  de  Compojition. 


CHAPITRE    PREMIER. 


331 


De  la  Mujique. 

JLe  grand  Rameau  nous  dit  que  la  Muhquc  étant  la  fcience  des  (ont , 
le  fon  eft  le  principal  objet  de  la  Mufique. 

Mais  il  n'en  eft  que  l'objet  phyfique,  Se  les  raports  trouves  entre  di 
rens  fons  ,  en  font  l'objet  mathématique.  Sa  fin  doit  toujours  être  de  plaire, 
cV  de  faire  naître  en  nous  différentes  pallions. 

Tome  II.  A 


2  ESSAI 

I  |         BB "   ■—■■■■■« i—  -i    un»  !  ■mi    i  i     l  l  i 

CHAPITRE    II. 

Du  Son. 

.Les  Anciens  ont  cru  que  le  fon  était  produit  par  le  corps  fonore  de 
la  même  manière  que  l'odeur  eft  produite  par  la  fleur ,  c'eft-à-dire ,  en 
répandant  dans  l'air  des  petits  corps  capables  d'affecter  nos  organes.  On 
eft  convaincu  maintenant  que  le  corps  qui  réfone  ne  perd  rien  de  fa 
fubftance ,  8c  qu'il  n'en  fore  rien  du  tout  qui  foit  tranfporté  dans  les 
organes  de  notre  ouïe. 

Qu'eft-ce  donc  que  le  fon,  &  comment  fe  produit-il  à  nos  fens? 

On  fait  qu'il  s'écoule  toujours  quelque  tems  avant  que  le  fon  ne  parviens 
à  nos  oreilles j  &  que  ce  tems  eft  d'autant  plus  long,  que  le  lieu  où  le 
fon  eft  produit,  eft  éloigné  de  nous;  en  forte  que  pour  fe  communiquer 
à  une  diftance  de  icoo  pieds,  il  lui  faut  environ  une  féconde  de  tems  (a). 
En  obfervant  une  cloche,  lorfqu'elle  eft  frapée,  ou  une  corde,  lorfqu'elle 
eft  pincée ,  on  s'apercevra  facilement  que  le  corps  fe  trouve  alors  dans 
un  tremblement  ou  ébranlement,  dont  toutes  fes  parties  font  agitées;  ces 
vibrations  mettent  l'air  voifln  dans  une  femblable  vibration ,  qui  fe  com- 
munique fuccelfivement  aux  parties  plus  éloignées  de  l'air  ,  jufqu'à  ce 
qu'elles  vienent  fraper  l'organe  de  l'ouïe.  C'eft  donc  l'air  qui,  recevant 
de  telles  vibrations ,  tranfporté  le  fon  jufqu'à  nos  oreilles ,  &  il  en 
réfulte  que  la  perception  d'un  fon  n'eft  autre  chofe  que  la  communi- 
cation intime  de  l'air  ébranlé  à  notre  organe  de  l'ouïe  ;  ôc  quand  nous 
entendons  le  fon  d'une  corde  pincée,  nos  oreilles  en  reçoivent  autant  de 
coups  que  la  corde  a  fait  de  vibrations.  Mais  il  y  a  des  fons  de  différentes 


(u)  Quand  on  tire  un  canon  ,  ceux  qui  en  font  éloignés  n'entendent  le  bruit  que  quel- 
que tems  après  qu'ils  ont  vu  la  flâme  de  la  poudre.  Ceux  qui  font  éloignés  de  vingt- 
quatre  mille  pieds  (  un  peu  plus  d'une  lieue  &  demie  de  France  ou  un  mille  d'Alle- 
magne )  n'entendent  le  bruit  que  vingt-quatre  fécondes  après  la  vue  du  feu.  Le  bruit  du 
tonerre  ne  parvient  au/fi  à  nos  oreilles  que  quelque  tems  après  l'éclair ,  &  fi  nous  ob- 
fervons  qu'il  s'écoule  vingt  fécondes  entre  l'éclair  &  le  tonerre,  nous  pouvons  eu  conclure 
que   le  iiége  du  tonerre  eft  éloigné  de  nous  de  vingt  mille  pas. 


SUR    LA    MUSIQUE.  5 

efpeces  :  où  rechercher  les  caufes  de  ces  différences?  Ce  ne  peut  être 
que  dans  la  relation  des  vibrations. 

Lorfqu'une  corde  achevé  100  vibrations  dans  une  féconde  ,  «Se  qu'une 
autre  en  achevé  zoo,  le  fon  de  la  première  fera  plus  grave,  ou  plus  bas. 
Se  l'autre  plus  aigu ,  ou  plus  haut. 

Voilà  la  différence  des  fons  graves  Se  aigus,  fur  laquelle  roule  toute 
la  feience  de  la  Mufique  ,  dont  tout  le  mérite  confifte  à  favoir  mêler  des 
fons  qui  différent  entr'eux.  par  raport  au  grave  &:  à  l'aigu  (a),  mais 
unis  tellement  enfembie  ,  qu'd  en  réfulte  une  agréable  harmonie.  Le  cé- 
lèbre Euler, d'après  lequel  nous  avons  donné  la  définition  du  fon ,  a  remarqué 
que  nous  ne  pourions  pas  entendre  un  fon  qui  ferait  moins  de  vingt 
vibrations  dans  une  féconde  ,  parce  qu'il  ferait  trop  bas  ;  ni  un  fon  qui 
ferait  dans  une  féconde  plus  de  quatre  mille  vibrations ,  à  caufe  de  fa  trop 
grande  hauteur. 


CHAPITRE    III. 

Des  Intervalles. 

(3N  nomme  ainfi  la  diftance  qu'il  y  a  d'un  fon  grave  à  un  fon  aigu  (b). 
Cette  diftance  fe  divife  en  degrés ,  dont  le  premier  s'appelle  unijfon.  C'eft 
lorfque  deux  voix  ou  deux  inltrumens,  ou  une  voix  &  un  inltrument, 
forment  le  même  fon. 


(.1)  Les  anciens  ayant  confacré  le  grave  aux  cérémonies  religicufcs,  majeftueufes,  dott- 
lourcufcs,  &  l'aigu  à  la  gaîté ,  à  rimpétuofîté  &  même  à  la  fureur,  ne  pouvaient  fourtrir 
le  mélange  du  grave  &  de  l'aigu.  Ignorant  l'art  de  les  unir  fans  rudcAl-,  &  d'en  faire 
réfulter  cette  harmonie ,  tantôt  terrible  &  entraînante ,  tantôt  douce  &  perfuafive  ,  ils 
regardaient  comme  un  attentat  de  les  mêler  cnfcmblc.  C'cff  une  preuve  inconteftable 
qu'ils  n'ont  jamais  connu  la  Mufique  à  plulicurs  parties  ;  ou  du  moins ,  que  s'ils  en  ont 
eu  quelque  idée,  ils  l'ont  condamnée  à  ne  jamais  exifter  ,  parce  qu'en  fourïran:  feulement 
le  deiïiis  &  la  baffe  ,  ils  auraient  uni  le  grave  à  l'aigu.  Ils  n'ont  donc  jamais  conn» 
Harmonie. 

(A)  On  fuppofc  qu'on  eft  parti  du  ton  le  plus  grave  ou  le  plus  bas,  &:  que  les  autres 
le  forment  en  élevant  la  voix  fucccflivcmcnt  fclon  fes  degrés  naturels. 

Ai 


4 


ESSAI 

Le  ie  degré  s'appela féconde. 

Le  3e ."     .     .     tierce. 

Le  4e '     •     quarte. 

Le  5  e quinte. 

Le  6e fixte> 

Le  7e feptieme. 

Le  Sc octave. 

Le  oc neuvième. 

ôcc.     &c.     &c.     ôcc.     ôcc.   . 

Le   15e double-octave. 

Le  21e.      .      .  • triple-octave. 

ôcc.     ôcc.     ôcc.     ôcc.     ôcc 


C  H  A  P  I  T  Pv  E    IV. 

Ce  que  cejl  que  les  ConÇonances  ;  pourquoi  elles  font  parfaites. 
Ce  que  c'ejl  que  les  DifJ'onances  /  pourquoi  elles  font  imparfaites. 

\J  n  appelé  parfait  ce  qui  eft  fournis  aux  proportions  rationelles ,  c'eft- 
à-dire,  quand  une  chofe,  par  exemple,  fait  deux  fois,  dans  un  tenu  égal, 
ce  qu'une  autre  ne  fait  qu'une  fois  j  alors  il  y  a  proportion  entre  ces 
deux  chofes. 

Une  corde  qui  dans  une  féconde  forme  fix  vibrations ,  étant  pincée  en 
même  tems  qu'une  corde  qui  en  forme  douze,  il  en  refaite  deux  fons, 
qui  forment  une  Confonance  s  parcequ'alors  il  exifte  un  raport  entre 
ces  deux  fons  j  au  lieu  que  dans  deux  cordes,  dont  l'une  ferait  dix-neuf 
vibrations,  pendant  que  l'autre  en  formerait  douze,  il  n'exifte  point  de 
raport ,  ou  s'il  en  exifte  un ,  il  eft  impoifible  que  l'oreille  le  découvre. 
Donc  la  plus  (Impie  Confonance  eft  celle  où  le  fon  aigu  achevé  préci- 
fément  deux  fois  plus  de  vibrations  que  le  fon  grave.  Cette  Confonance 
eft  appelée  octave  ;  &  l'octave  aiguë  eft  au  fon  grave  dans  la  proportion 
de  2  à  1  ,  puifqu'elle  forme  deux  fois  plus  de  vibrations  que  lui. 

La  doublé  oclave  formera  quatre  vibrations  pendant  que  le  fon  grave 


SUR    LA    MUSIQUE.  % 

en  forme  une;  la  triple  en  formera  huit;  la  quadruple,  feize;  la  quintuple, 
trente-deux.  Voilà  donc  cette  proportion  établie  : 

i,  z,  4,  8,   \6,   jz,  64,   rz8,  zj5,  Sec. 


xiiuii     ia     i/iuuuiiiuii     vlu          •        • 

1    à    1. 

1    à   2. 

La  double  octave  de    ... 

1    à  4. 

La  triple  octave  de     ...     . 

1    à   S. 

La  quadruple  octave  de   . 

1    à    \6. 

La  quintuple  odave  de 

1    à   32. 

La  fextuple  octave  de 

1    à   64. 

La  feptuple  octave  de   . 

1    à    1  z  8 

L'octuple  octave  de      . 

1    à   256 

tkc.    . 

Toutes  les  proportions  que  nous  venons  de  voir  ,  tirent  leur  orieir.e 
du  nombre  2  j  puilque  que  4  vient  de  deux  fois  deux  ,  8  de  deux  fois 
quatre ,  eVc.  Amii  en  n'admetant  que  le  nombre  2  dans  la  Mulique ,  on 
ne  parvient  qu'à  la  connailfance  des  Confonances  appelées  octaves. 

En  y  introduifant  le   nombre   3  ;  voyons  ce  qu'il  en  rélultcra. 

La  proportion  de  1  à  3  nous  préfente  deux  fons ,  dont  1  un  rend  trois 
fois  plus  de  vibrations  que  l'autre  dans  le  même  tems. 

Suppofons  donc  que ,  dans  la  proportion  de  1  à  3 ,  le  nombre  1  réponde 

au  fon  ut  :  puifque  le  fon  ut  eft  exprimé  par  le  nombre  2  ;  le  nombre  j 


8<= 


nous  donne  un  fon  plus  haut  que  ut  3  mais  plus  bas  que  ut,  qui  répond 
au  nombre  4,  puifque  le  nombre  4,  ainu  que  tous  ceux  engendrés  du 
nombre  2,  apartieuent  aux  octaves.  Or  le  fon  exprimé  par  3  eft  celui 
que  les  Muficiens  marquent  par  la  note/o/;  6\:  ils  nomment  l'intervalle 
d'ut  à  fol  3  une  quinte*  parce  que  dans  la  fucceliion  des  noies  de  la  Gamme, 
ut3  n-j  mi  3  fa3  fol  3  la  3  fi  3  ut  j  &c.  la  note /bl  eft  la  cinquième  depuis  ut. 

s- 
Donc  fi  le  nombre   1   donne  le  (on  ut;  le  nombre   2,  le  fon  ut;  le 


«< 


■&' 


ic  8e 


nombre  3  ,  le  fon  fol  ;  &  le  nombre  4,  le  fon  ut  :  le  fon  Jcl  3  qui  eft  l'oâave 
du  nombre  3  ,  donnera  6  ;  en  montant  encore  d'une  octave ,  il  donner* 
12  y  à  la  triple  OctavCj  24  ,  &c. 


ESSAI 


E 


X     E    M     P     L     E. 


g'       S'       i<  8e  i.«i'    3e  8=    }' 8e    4=  8e    4' 8=     ^oûive. 
Ut,   Ut,  fol,   Ut,   fol,   ut,  fol,   Ut,    fol,    Ut, 

i.      i.       3.      4.      6.      8.      12.      16.     24.    32. 

Il  réfulte  delà,  que  la  proportion  de  1  à  3  exprime  un  intervalle  corn- 
pofé  d'une  octave  &  d'une  quinte  ;  &  qui ,  à  caufe  de  la  (implicite  de  fes 
nombres,  doit  former,  après  l'octave,  la  Confonance  la  plus' fenfible  à 
l'oreille.  C'eft  auflî  celle  qui,  fur  un  inftrument,  s'acorde  le  plus  faci- 
lement après  l'o£tave. 

Si  l'unité  nous   avait  marqué  le  fon  fa  j  le  nombre   3   marquerait  le 

fon  ut ,  en  forte  que  les  fons  fuivans  répondraient  à  ces  nombres  : 

8e         8e         i'  8e     ie  8e      ic  8=      5e  8e. 
fa ,    fa ,     ut ,     f a  ,     ut ,     ta  ,     ut. 

i.       2.       3.        4.        G.        8.        12. 
De  fa  à  ut  l'intervalle  eft  une  quinte ,  contenue  dans  une  proportion 

i«  S'     Ie  8e  5e  8e     }e  8e 

de  2  à  3  ;  de  même  de  fa  à  ut ,  de  fa  à  ut  3  Sec.  il  y  a  auflî  l'intervalle 
d'une  quinte  ,  puifque  la  proportion  de  4  à  6  Se  de  8  à  1 2  ,  eft  la  même 
que  celle  de  2  a  3. 

Delà  nous  arrivons  à  la  connaifTance  d'un  autre  intervalle  contenu  dans  la 

8e        i*  8=  Ie  8e    3e  8e 

proportion  de  3  à  4  ,  qui  eft:  à' ut  Xfij  Se  pareillement  d'ut  àfa,  ou  finale- 
ment d'ut  à.  fa.  C'eft  ce  que  les  Mulîciens  appelent  quarte  ;  Confonance  qui 
n'eft  pas  auflî  agréable  que  la  quinte,  pareeque  fa  proportion  étant  de  3  à  4, 
commence  à  être  plus  compliquée  que  celle  de  la  quinte,  qui  eft  de  2  à  3. 

C'eft  donc  le  nombre  3  qui  nous  a  fourni  les  Confonances  de  la  quinte 
Se  de  la  quarte. 

Prenons  maintenant  trois  fois  le  nombre  3  ,  pour  avoir  le  nombre  9  , 

1'  8e 

il  nous  donnera  un  fon  plus  haut  que  le  fon  fa  j  donc  le  nombre  9  donne 

3e  8£  ic  8e     j*  8e     ;=  8e      s'-'S* 

le  fon  fol  ;  en  forte  que  ut  3  fa3  fol  y  ut,  feront  marqués  par  6,8,9, 
12  :  d'où,  prenant  ces  fons  dans  les  octaves  inférieures,  les  proportions 
demeurant  les  mêmes ,  on  aura  : 

8=  1'  8«  ?»  8e  4e  8e 

ut,  fa,  fol,  ut,  fa,  fol,  ut,  fa,  fol,  ut,  fa,  fol,  ut, 

6.     8.      5).      12.   16.    1S.    24.    32.    36.    48.  64.   72.   t)6. 


S  U  R    L  A    M  U  S  I  Q  U  E.  7 

proportions  qui  nous  procurent  la  connaifîànce  de  nouveaux  intervalles  ; 
le  premier  eft  celui  de  fa  à.  fol  j  dans  la  proportion  de  8  à  9  :  c'eft  ce 
que  les  Muficicns  appclent  féconde  &c  aulîl  ton  entier.  Le  fécond  eft  celui 

S' 
de  fol  à  fa  t  contenu  dans  la  proportion  de  9  à  1 6  -y  c'eft  ce  qu'on  appelé 

fiptieme 3  intervalle  qui  eft  d'un  ton  entier  ou  d'une  féconde  plus  petit 
que  l'octave.  Ces  proportions  de  8  à  9  Se  de  9  à  1 6  ,  n'étant  plus  exprimées 
par  les  petits  nombres  1  ,  2 ,  3  ,  4 ,  6 ,  ne  font  plus  dans  la  clarté  des  Con- 
j'onances ,  mais  commencent  celle  des  Dijjonanccs. 

Prenons  le  nombre  9  trois  fois ,  pour  avoir  27  ,  ce  nombre  marquera 

xc  8e  8e 

un  ton  plus  haut  que  ut ,  &C  précifément  d'une  quinte  plus  haut  que  fol. 

»«  8e  3e  8e  4e  8e 

Ce  fera  donc  te  ,  &c  fon  octave  re  répondra  au  nombre  54 ,  &  re  au  nombre 
108,  &cc.  Repréfentons  ces  tons  de  quelques  octaves  plus  bas,  nous  aurons 
les  proportions  fuivantes  : 

85  x«  8e  3e  8<  4' l* 

ut,  re,  fa,  fol,  ut,  re,  fa,  fol,  ut,  re  ,  fa  ,  fol  ,  ut  ,  re  ,  fa  ,  fol  ,  ut, 
24.  27.  32.  36.  48.  54.  64.  72.  96.  10 S.  128. 144. 1  92.  216.  256.  2 S 8.  384. 

Nous  y  découvrons  que  l'intervalle  de  re  à  fa  eft  contenu  dans  la  pro- 
se 

portion  de  27  à  3  2  ,  8c  celui  de  fa  à  re  j  dans  la  proportion  de  32  à  54. 
Ce  premier  intervalle  nous  donne  la  tierce  mineure  >  &  le  fécond  la_/î".vrc 
majeure. 

On  pourait  encore  tripler  le  nombre  27  ;  mais  les  Théoriciens  mo- 
dernes ,  que  nous  fuivons  ici ,  prenent  le  nombre  5  &  fes  multiples  pour 
avoir  les  autres  tons  (a). 

Nous  avons   vu  jufqu'ici  que  le  nombre   2   fourniflait  les  octaves  }  le 

nombre  3  la  quinte  8c  la  quarte  ;  3  multiplié  par  3  ,  Inféconde  8c  la  fep- 

tieme  ;   8c  9  multiplié  par  9  ,  la  tierce  mineure  8c  \-\  fixte  majeure.  Intro- 

duifons  maintenant  le  nombre  5  ,  &  voyons  quel  fera  le  fon  qui  fait  cinq 

vibrations ,  pendant  que  le  fon  fa  n'en  fait  qu'une. 

8e  ic  8<  1'  S' 

Dans  le  même  tems  fa  en  fait  deux ,  fa  en  fait  quatre ,  ut  lix  :  le  ton 


{a)  En  triplant  17  on  aurait  81.  Les  ottaves  fupcrieutcs  Je  y,  font  10,  »o,  40  &  So; 
les  Théoriciens  modernes  emploient  80  ,  au  lieu  de  81  ,  &  ils  appclent  comtrui  la  JilVo» 
xenec  entre  ces  deux  nombres.  Voyez  la  note  Je  la  page  10. 


6  ESSAI 

i'  8e       z'  S'  i«  8« 

que  nous  cherchons  eft  donc  entre  fa  &  ut.  C'eft  celui  qu'on  a  nommé  la, 

dont  l'acord  avec  fa  fait  ce  qu'on  nomme  une  tierce  majeure  3  év  forme  une 
Confonance  agréable,  puifqu'elle  eft  contenue  dans  la  proportion  de  ces  pe- 

ïc  8e  i'  8e 

tits  nombres  4  à  5.  De  plus  ce  ton  la  fait  avec  ut  un   acord  contenu  dans 

la  proportion  de  5  à  6 ,  qu'on  nomme  tierce  mineure  3  comme  celle  donc 

nous  avons  déjà  parlé,  contenue  entre  les  nombres  27  &  32  ,  parceque  la 

différence  eft  prefque  imperceptible  à  l'oreille.  Ce  même  nombre  5  étant 

appliqué  aux  autres  tons;  fol 3  ut 3  re3  nous  donneront  de  la  même  manière 

leurs  tierces  majeures ,  prifes  dans  la  féconde  octave  au  deffiis  j  c'eft-à-dire 
ic  8e    je  8e    jc  S<= 

les  fons  fi3    mi,  fa  )K  3  qui,  étant  tranfportés  dans  la  première  octave, 
donneront  maintenant  ces  tons  avec  leurs  nombres  : 

8« 

f a  ,  fa  $  ,   fol  ,     la  ,     fi  3     ut ,     re  ,     mi ,     fa , 
128.    135.     144.     160.   180.   192.  216.    240.    256. 
En  étant  le  ton  de  fa  %  3   on  aura  le  genre  diatonique  3  qui  par  con- 
féquent  réfulte  des  nombres 

2. 

3- 

3    X    j. 

5- 
En  appliquant  une  féconde  fois  le  nombre  5  ,  il  fournira  les  tierces  majeures 
des  quatre  tons  la  3  mi  3  fi 3  fa  •%  ,  qui  font   ut  X  3  fol  X  3  re%  3  la%. 
De  forte  qu'à  préfent  voilà  l'octave  remplie  des  douze  fons  : 

ut3  ut%3  re  3  re%3  mi3  fa3  fa%3  fol  3  fol  X  3  la  3  la%3  fi. 
Et  tous  ces  tons  tirent  leur  origine  des  nombres 

2. 

?• 

3    X    3- 

5- 

S    X    5- 

Ainû  pendant  que  le  fon  ut  rend   384  vibrations,  les  autres  fons  e» 
Kndent  les  nombres  fuivans  ; 

Nombre 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Nombres  dont  la  multiplication  donne  la  fomme  des 
vibrations  de  chaque  fon  de  la   Gamme. 

Somme 
des 

vibrations. 

Différences 

entre  ces 

vibrations. 

ne 

iXiX2XiXiXiXiX-J-     • 

384 

ut» 

400 

\G. 

re 

43* 

3*- 
18. 

450 

mi 

480 

3°- 

fa 

2X2XZX1X2X1X2      X      2     X     2 

511 

32. 

fa« 

54o 

28. 
,6. 

fol 

2X2X2X2X2X2X3X3     •• 

57^ 

fol» 

600 

24. 

la 

2X2X2x2x2x2x2    x    5    •    • 

640 

40. 

la» 

3x3x5x5x5 

^75 

35- 

fi 

2X2X2X2X3X5X5 

720 

45- 

8e 

2X2X2X2X2X2X2X1X3 

768 

48. 

Pendant  que  le  fon  ut  rend  trois  cent  quatre-vingt-quatre  vibrations  ,  on 


8< 
voit  que  fon  octave  ut  en  rend  fept  cent  foixante-huit  ;  ce  qui  fait  preci- 

fément    le  double.  Pour  trouver  le  nombre  des   vibrations  des   octaves 

fuivantes ,  on  n'a  qu'à  multiplier  384  par  4,  ou  76S  par  2j  &  on  trou- 

ze  8e 

vera  que  ut  rendra  mille  cinq  cent  trente-fix  vibrations  :  enfuite  multiplier 

384  par  8,  ou  7^8  par  4,  ou  1536  par  2;  on  trouvera  que  ut  rendra 
trois   mille  foixante-douze  vibrations.  Et  ainli  des  autres. 

Pour  comprendre  la  formation  des  fons  de  ces  trois  nombres  2,  3,  5, 
il  faut  remarquer  que  le  (igné  mis  entre  chaque  chiffre  veut  dire  multiplier. 

Ainli  la  première  rangée  de  chiffres  lignihe  :  deux  multiplies  par  deux, 
font  quatre  }  multipliés  par  deux,  font  huit;  multiplies  par  deux,  font 
feize;  multipliés  par  deux,  font  trente-deux  ;  multipliés  par  deux,  t'ont 
Tome  II.  B 


,o  ESSAI 

foixante-quatre  ;  multipliés  par  deux,  font  cent  vingt-huit;  multipliés  par 
trois ,  font  trois  cent  quatre-vingt-quatre.  Et  ainfi  des  autres. 

On  voit  par-là,  que  les  différences  entre  ces  tons  ne  font  pas  égales 
entr'elles,  que  les  unes  font  plus  grandes  &  les  autres  plus  petites.  C'en: 
ce  qui  fait  que  les  tons  ne  font  pas  égaux  entr'eux;  qu'il  y  a  quelques 
commas  (a)  de  différence  entre  certains  tons  ;  que  quelques  quintes  ne 
font  pas  juftes  ;  que  les  deux  tierces  mineures ,  dont  nous  avons  parlé , 
ne  font  pas  égales;  que  le  la  )(K  n'eft  pas  la  même  chofe  que  le  fib,  le  fi 
que  Vutb,  le  Ji%  que  l'ut,  Vut%  que  le  reb,  le  re%  que  le  mib,  le  mi  que 
le/ab,  le  mi  %  que  le  fa,  le  fa%  que  le/ô/b,  Se  le  fol  K  que  le  lab. 
Mais  comme  ces  différences  ne  font  pas  coniidérables ,  on  les  néglige  fur 
les  inftrumens  à  touches ,  tels  que  le  clavecin ,  l'orgue ,  &c. 

On  nomme  demi-tons  les  deux  intervalles  qui  féparent  la  diftance  d'un 
ton  à  un  autre  ;  ainfi ,  fur  ces  inftrumens  l'octave  étant  partagée  en  douze 
demi-tons  à-peu-piès  égaux  entr'eux ,  il  en  réfulte  qu'aucunes  quintes  ni 
tierces,  &c.  ne  font  parfaitement  juftes;  mais  cette  différence  eft  fi  petite, 
que  l'oreille  ne  peut  l'apercevoir. 

C'eft  encore  cette  différence  qui  fait  qu'on  éprouve  dans  un  Ton  une  fenfa- 
tion  que  l'on  n'éprouve  pas  dans  un  autre  ;  &  comme  les  quintes  &  les  tierces 
font  différentes  dans  chaque  Ton ,  cette  différence  procure  à  chaque  Ton 
un  caractère  qui  lui  eft  propre,  &  qui  fait  que  l'un  nous  invite  à  la  gaité, 
tandis  que  l'autre  nous  porte  à  la  trifteife  :  telle  eft ,  à  notre  avis ,  l'ori- 
gine de  ces  fameux  Modes  des  Anciens,  dont  chacun  avait  un  cara&ere 
différent,  &  qui  étaient  chez  eux  ce  que  font  parmi  nous  les  Tons,  comme 
nous  efpérons  de  le  prouver  bientôt. 

La  véritable  origine  des  tons  qui  fcnt  aujourd'hui  en  ufage  ,  eft  donc 
tirée  des  nombres  1 ,  j  &c  5 .  Si  nous  voulions  y  introduire  le  nombre  7 , 


(<j)  Le  comma  eft  le  petit  intervalle  qui  fait  la  différence  du  ton  majeur  au  ton  mi- 
neur; fa  raifon  eft  de  3o4  à  81.  On  l'appelé  comma-ma'jeur\  c'eft  le  comma  ordinaire. 

On  diftingue  auiïi  deux  autres  efpeces  de  commas.  1°.  Celui  que  l'on  appelé  mineur, 
dont  la  raifon  eft  de  2025  à  2048,  il  eft  la  différence  du  demi-ton  majeur  au  demi-ton 
moyen.  ic.  Celui  qu'on  appelé  maxime  ou  comma  de  Pyt/iagore  ,  il  eft  dans  le  ra- 
port  de  524188  à  531441';  c'eft  la  différence,  dont  la  douzième  quinte  d'un  fon  fur- 
pafle  la  dix-neuvieme  oftave  de  ce  même  fon. 


SUR    LA    MUSIQUE.  1 1 

le  nombre  des  tons  de  l'odtave  deviendrait  plus  grand ,  &  nous  donnerait 
les  quarts  de  ton,  que  les  Anciens  connaiflaient ,  &  dont  ils  formaient 
ce  qu'ils  appelaient  l'enharmonique  ;  mais  ces  quarts  de  tons  étant  banis 
de  notre  Mufique ,  nous  ne  poufferons  pas  plus  loin  nos  recherches  en  c? 
oenre.  C'eft  à  M.  Euler  que  nous  devons  la  démonftration  que  nous  venons 
de  donner  j  nous  avons  feulement  taché  de  la  rendre  plus  claire  pour  lej 
Muficiens  qui  ne  font  pas  Géomètres. 

Les  Confonances  confident  donc  dans  l'uniflon  (a) ,  l'o&ave,  la  quinte, 
la  quarte ,  la  rierce  &  la  fixre. 

Et  les  Diflbnances  font  formées  par  la  féconde  &  par  la  feptieme.  La 
feptieme  majeure ,  ou  note  fenfible  ,  eft  l'origine  des  Dilïbnances  ma- 
jeures j  la  feptieme  mineure ,  ou  fimplement  la  feptieme ,  eft  l'origine  de 
toutes  les  Diflonances  mineures. 

Nous  établirons  donc  que  tout  intervalle  commenfurable  forme  Une  Con- 
fonance,  c'eft  pourquoi  on  dit  Confonances  parfaites  ;  Se  qu'il  n'y  a  de  Diflo- 
nances que  les  intervalles  dont  les  raports  font  irrationels ,  voilà  pourquoi 
l'on  dit  Diffonances  imparfaites. 

•  — —— —  'i 

(a)  La  différence  des  fons,  à  l'égard  du  grave  &  de  l'aigu,  étant  ce  qui  conftituc  la 
confonance,  l'uniflon  ne  devrait  pas  en  être  une.  Cependant  on  le  compte  dans  le 
nombre  des  confonances. 

L'unité  étant  le  principe  des  nombres,  &  i  en  étant  le  premier,  l'octave  (qui  répond  an 
nombre  z  )  eft  naturelement  la  première  confonance  ,  &  en  terme  de  Compolition ,  on  l'ap- 
pelé réplique  ,  parcequ'elle  fe  confond  avec  fon  principe.  Une  preuve  que  l'octave  eft  une 
partie  de  fon  principe,  c'eft  que  fur  un  infiniment,  lorfqu'on  fait  réfoncr  une  corde 
avec  un  peu  de  violence  ,  une  autre  corde  ,  montée  à  une  autre  o&avc  plus  aiguë  ou 
plus  grave,  frémira j  au  lieu  que  fi  on  acorde  trois  cordes  de  cette  manière. 


3 


te=Q 


:ol. 
rc. 


&  que  l'on  fafTe  réfoner  la  corde  fol ,  il  n'y  aura  que  la  quinte  rc  qui  frémira  ,  la  quarte 
rc  en  defïbus  ne  remuera  point.  Cette  corde  ne  fait  donc  pas  partie  du  fon  que  l'on 
fait  réfoner,  puifqu'clle  ne  frémit  pas. 

Une  autre  preuve  que  l'octave  fait  partie  de  fon  principe,  c'eft  que  fur  la  flûte  .  plus 
ou  moins  de  foufle  fait  un  fon  plus  liaut  ou  plus  bas  d'une  octave. 

Zarlin  dit  que  l'octave  eft  la  merc,  la  fource  &  l'origine  de  tous  les  intcrvjl'cs;  c'eft 
par  la  divifion  de  l'es  deux  termes,  que  s'engendrent  tous  les  acords  de  l'harmonie. 

B  i 


ai  ESSAI 

i     ,  I 

CHAPITRE    V. 

De  la  Compojition. 

C>  e  qu'on  appelé  Compojition }  ne  confifte  qu'en  deux  chofes. 

La  première,  à  ranger  &  difpofer  plufieurs  fons,  ou  femblables  ou 
différens ,  les  uns  après  les  aucres ,  de  manière  que  cette  fuite  de  fons  n'ait 
rien  de  défagréable  &  fade  plaifir  à  l'oreille  -y  c'eft  ce  que  les  Anciens  ont 
appelé  mélodie  3  &  ce  que  nous  nommons  chant. 

La  féconde,  confifte  à  faire  entendre  deux  ou  plufieurs  fons  enfemble,' 
de  manière  que  ce  mélange  foit  agréable ,  c'efe-i-dire ,  à  inventer  plufieurs 
chants  différens  entr'eux,  mais  qui  puiffent  aller  enfemble  ,  &  tels  que  le 
mélange  ou  la  réunion  des  fons  diffcrens  qui  les  compofent,  n'ait  rien 
qui  choque  l'oreille  (a)  ;  c'eft  ce  que  nous  nommons  harmonie  3  &  ce  qui 
feul  mériterait  le  nom  de  Compojition  :  mais  l'ufage  a  prévalu  ;  on  entend 
également  par  ce  mot  la  mélodie  Se  l'harmonie.  Ainfi,  former  une  agréable 
fuite  de  fons,  qui  produifent  un  beau  chanr,  y  joindre  d'autres  fons,  pour 
former  un  tout  harmonique  ;  voilà  toute  la  Compofition. 

Elle  fe  réduit  donc  à  deux  chofes  :  donner  des  règles  sûres  pour  aranger 
tellement  les  fons  les  uns  après  les  autres,  qu'il  en  réfulte  une  mélodie 
agréable  (è),  &  donner  les  moyens  d'acompagner  cette  mélodie  d'une 
bonne  harmonie,  c'eft-à-dire ,  de  faire  entendre  à  la  fois  plufieurs  chants 
différens  ,  fans  que  ce  mélange  ait  rien  de  défagréable. 

(a)  Athénée  ,  liv.  3  ,  dit  qu'un  Cuilînier  Épicurien  employait  dans  fon  art  toutes  le» 
loix  de  la  Mulique  ,  %c  mêlait  fes  viandes,  tantôt  félon  la  proportion  de  la  quarte,  tantôt 
fuivant  celles  de  la  quinte  ou  de  Toûave ,  c'eft-à-dire,  comme  de  3  à  4  ,  ou  de  3  à  i  ; 
ou  de  i  à  4. 

(a)  Il  faut  auilï  qu'un  Compofîteur  connailTe  la  portée  &  le  carattere  des  voix  &  des 
inftrumens  ,  la  facilité  ou  la  difficulté  de  l'exécution  ;  qu'il  fâche  les  règles  particulière! 
établies  par  la  convention  ,  par  le  goût ,  le  caprice  (  ou  la  pédanterie  ,  dit  Rouffeau , 
pareequ'il  ne  favait  pas  en  faire  ufage  )  comme  les  fugues,  le  contre-point ,  l'imi- 
lation,  &c. 


SUR    LA    MUSIQUE.  ij 

I,  i  .  5=3 

CHAPITRE    VI. 

De  la  Mélodie. 

La  Mélodie  confifte  dans  une  agréable  fucceffion  de  fons  fimples  (a). 

C'eft  au  goût  du  Compohteur  à  choifir  fes  fons  ,  &  à  s'en  fervir 
de  manière  à  créer  des  chants ,  qui  flatent  l'oreille ,  comme  dans  nos 
bouquets  ,  le  mélange  heureux  des  couleurs  parvient  à  dater  la  vue. 
C'eft  là  que  nous  devons  borner  le  pouvoir  de  la  mélodie  ;  tout  ce  que 
la  mauvaife  foi  ou  l'ignorance  y  ajoute  de  merveilleux  ,  eft  aulîi  faux 
qu'impoflible  j  &  fi  ceux  qui  la  mettent  fi  fort  au  deffiis  de  l'harmonie  , 
voulaient  être  de  bonne  foi ,  ils  conviendraient  aifément  qu'au  Théâtre 
ou  dans  les  Concerts,  la  Mufique  ne  leur  a  jamais  fait  éprouver  de  fc-n- 
fations  délicieufes  que  par  l'harmonie,  foit  douce  &:  fenfible  ,  foit  bruyante 
&  terrible.  Que  deviendraient  en  effet ,  fans  l'harmonie  ,  ces  fuperbes 
récits  obligés ,  ces  morceaux  d'expreflion ,  où  lame  déchirée  partage  les 
feintes  douleurs  d'un  Acteur ,  fouvent  froid ,  &  qui  ne  doit  fes  fuccès 
qu'à  la  précilîon  avec  laquelle  il  rend  ce  qu'un  habile  Compolîteur  , 
moyénant  de  riches  acompagnemens  &  la  force  du  rhythme ,  lui  ordone 
d'exécuter?  Abandonez-le  fur  la  fcène  fans  orcheftre ,  lailîez-le  chanter 
un  récitatif,  quel  qu'il  foit,  dénué  d'acompagnement  :  comparez  ce  mor- 
ceau avec  un  autre  foutenu  par  l'harmonie;  &  prononcez  enfui  te. 

Roufteau ,  au  mot  mélodie  de  fon  Dictionaire,  dit  que  la  Mufique  ne  peint 
que  par  la  mélodie  }  &  que  les  acords 3  laffant  bientôt  les  oreilles  3  laijfent  tou- 
jours le  cœur  froid.  Cette  proposition  eft  au  moins  très  hafardee  :  il  ne  faut, 
pour  s'en  affiner ,  qu'entendre  les  Opéra  que  l'on  nous  donne  depuis  quel- 
ques années,  c\r  s'interroger  fur  la  caufe  du  plailîr  qu'on  y  rclluu  :  on 
avoûra  que  ce  plaifir  vient  de  la  beauté  d'une  exprellion  imitative ,    que 


(j)  M.  Alg.irotti  dit  que  la  mélodie  eft  comme  la  vertu,  qui  confifte  dans  un  point  Je 
perfection ,  hors  duquel  le  trop  &  le  trop  peu  vienent  écKoucr. 


H  ESSAI 

l'harmonie  feule  peut  faire  naître.  Qu'on  exécute  j  fans  inftrumens,  Ro* 
lani  y  Iphigénie  3  Orphée  y  &c.  &  l'on  verra  fi  la  mélodie  peut  fufiire. 

Si  RoufTeau  avait  eu  plus  de  connaiffances  qu'il  n'en  avait  en  harmonie, 
il  n'aurait  donné  la  préférence ,  ni  à  la  mélodie  ni  à  l'harmonie  féparées 
l'une  de  l'autre,  mais  certainement  à  leur  union,  de  laquelle  il  réfulte  un 
.charme  inexprimable,  que  l'on  peut  appeler  la  mélodie  de  l'harmonie _, 
&c  qui  a  lieu  lorfque  l'harmonie  ne  fait  pas  un  vain  bruit,  mais  lorfqu'elle 
chante  ou  qu'elle  exprime. 

C'eft  avec  la  même  légèreté  qu'il  critique  l'ufage  où  l'on  eft  quelque- 
fois, de  faire  fervir  un  air  d'acompagnement  à  un  chœur  :  ce  qui  eft, 
dit-il ,  (  croyant  faire  une  épigramme  )  «  comme  fi  on  s'avifait  de  réciter 
»  deux  difcours  à  la  fois  ».  Nous  nous  contenterons  de  répondre  :  malheur 
à  celui  qui  n'aura  pas  entendu  avec  plaifir  Y  air  des  Sauvages  fervir  d'a- 
compagnement au  chœur  Forêts  paifible  s  >  dans  l'Opéra  des  Indes  Galantes! 
Cet  air  fublime  nous  ramené  à  la  mélodie ,  acompagnée  de  l'harmonie ,  plus 
naturelement  que  tous  les  paradoxes  de  Rouifeau  ne  pouraient  faire. 

On  fait  qu'un  fon  quelconque  eft  compofé  de  deux  autres ,  qui  fonc 
l'oétavs-  de  fa  quinte  (ou  la  douzième  )  3  8c  la  double  octave  de  fa  tierce 
majeure  (  ou  la  dix-feptieme  ).  Des  oreilles  bien  fines  Se  bien  exercées  en- 
tendent même  quelquefois  les  oétaves  aigues  de  ces  intervalles.  On  appelé 
ces  fons  les  harmoniques  du  fon  principal  :  Se  comme  ils  portent  toujours 
chacun  l'acord  parfait,  c'eft  fortheureufement  qu'ils  font  fi  raibles  de  leur  na- 
ture \  car  s'ils  étaient  plus  forts,  il  en  réfulterait  une  cacophonie  continuelle. 
Dans  l'acord  parfait  d'ut,  par  exemple,  on  entendrait  toujours  enfemble: 
ut ,     mi  ,     fol  ,     fi  ,     re. 

I     acord  d'ut.     I 
I    acord  de  mi. 


acord  de  fol. 


Et  dans  l'acord  de  feptieme  de  fol ,  on   entendrait 
fol ,     Ç\ ,     re  ,     fa ,     la  ,     ut. 

acovd  île  fol.      I 


acerd  de  Ci. 


acord  de  rc. 


acord  de  fa. 


SUR    LA    MUSIQUE.  i  j 

Ceftpar  ces  harmoniques  que  Rameau  ôc  Tartini,  par  un  chemin  abfo- 
lument  oppofé,  ont  cherché  le  principe  de  l'harmonie,  fans  pouvoir  le 
trouver  ni  l'un  ni  l'autre. 

Les  înftrumens  nous  aûlgnent  les  bornes  des  fons  praticables  ,  au 
grave  &  à  l'aigu  ;  lorfqu'ils  font  trop  élevés  ou  trop  bas,  ils  ne  peuvent 
plus  fe  diftinguer.  Il  ne  faut  pas  croire  pour  cela,  que  l'étendue  des  tons 
foit  l'intervalle  qu'il  y  a  entre  le  plus  grave  ôc  le  plus  aigu.  Dans  cet 
intervalle  les  tons  font  répétés  a  chaque  octave  ;  c'eft  donc  l'octave  feule 
qui  fert  de  bornes  à  l'étendue  des  tons,  ôc  tous  ceux  qu'on  peut  former 
dans  la  nature  font  compris  dans  l'oétave. 

Quoique  la  nature  ne  divife  pas  cette  octave  en  parties  égales ,  ôc  qu'il 
y  ait  entr'elles  des  différences  que  le  calcul  fait  développer ,  ces  diffé- 
rences étant  prefque  inappréciables  à  l'oreille ,  on  eft  convenu  de  les  regarder 
comme  égales  ;  &c  comme  on  a  adopté  que  chacune  de  ces  parties  aurait  un 
demi-ton ,  il  en  réfulte  que  l'octave  entière  eft  compose  de  iix  tons  ou 
de  douze  demi-tons.  Toutes  les  voix  peuvent  former  ces  douze  fons,  dont 
fept  font  naturels  &  cinq  artificiels.  On  appelé  les  fept  premiers ,  diatoni- 
ques ,  &  les  cinq  derniers ,  chromatiques  : 

Sons  naturels ,       ut ,     re ,     mi }     fa  3     fol  j     la  >    Jî. 

^   ut%}  re%  ,  fax,  fol%  3   la%. 

Sons  artificiels  ,   >  ou 

j   reb,    mib,  folb  ,    lab ,   Jîb. 

Les  Anciens  admétaient  encore  une  troifieme  efpece  de  fons,  qu'il  j 
appelaient  enharmoniques }  dont  nous  parlerons  dans  un  chapitre  deftiné 
particulièrement  à  cet  objet  j  mais  ils  font  prefque  impraticables,  &  quand 
il  ferait  pofiïble  de  s'en  fervir,  il  n'y  a  point  aujourd'hui  d'oreilles  alfez  dé- 
licates pour  en  fentir  le  mérite.  Ces  fons  enharmoniques  étaient  formés 
d'un    fon  coupé  en   plufieurs  parties. 

Ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  enharmonique,  eft  abfolument  différent 
de  la  lignification  que  les  Anciens  donnaient  à  ce  mot,  &  ne  contifte  qu'à 
faire  changer  de  nom  à  un  acord ,  lorfqu'on  peut  donner  deux  noms  à  une 
des  notes  qui  le  compofent.  Par  exemple,  l'acordy?,  re 3  ja  y  la  b,  qu'on 
appelé  feptieme  diminuée,  eft  un  acord  dans  le  Ton  d'ut ,  <Sc  doit  uaturé- 
lement  être  fuivi  de  l'acord  parfait  ut  j  mib  }  fol.  Si,  au  lieu  île  lui  faire 
prendre  cette  route,  on  change  le  la  b  en  fol  $  ,  cet  acord  de  feptieme 
diminuée,  fi3  re  j  fa}  lab}  fe  change  en  un  acord  de  fixtc  majeure 


i6  ESSAI 

fauffe  quinte  jÇj  re }  fa  ,fol%  _,  &  eft  fuivi  de  l'acord  de  fixte  ut  3  ml  j  la', 
ou  de  l'accord  parfait  la  _,  ut  j  mi }  qui  tous  deux  conftituent  le  Ton  de  la. 
Ainlï,  au  lieu  d'avoir  été  en  ut ,  comme  il  femble  que  l'oreille  devait  y  con- 
duire :  par  ce  changement  de  nom  de  la  b  en  fol  M  3  on  fe  trouve  en  la  >  &C 
c'eft  ce  que  nous  appelons  enharmonique.  11  y  a  bien  quelque  analogie  entre 
notre  enharmonique  8c  celui  des  Anciens ,  en  ce  que,  quoique  nous  nous 
permétions  d'appeler  à  notre  gré  le  même  ton  la  b  &c  fol  %  ,  il  y  a  effecti- 
vement entre  ces  deux  tons  une  différence.  Nous  avons  déjà  dit  que  c'eft 
cette  différence  qui  empêche  que  nos  quintes  &c  nos  tierces  ne  foient 
parfaitement  juftes  ;  c'eft  ce  qu'il  eft  aifé  de  conftater  par  le  calcul. 

Les  douze  fous,  dont  nous  venons  de  parler,  peuvent  fe  recommencer 
plufieurs  fois  en  defcendant  &  en  remontcffit  ;  c'eft  ce  qu'on  appelé  les 
différentes  oftaves  :  mais  toute  notre  Mufique  eft  renfermée  dans  l'efpace  de 
fept  octaves  &  demie,  comme  on  le  verra  bientôt  ;  c'eft-à-dire,  que  depuis 
le  fon  le  plus  grave  ou  le  plus  bas  de  la  contre-balfe  ,  jufqu'au  fon  le  plus 
aigu  ou  le  plus  élevé  de  la  flûte  du  tambourin  ,  il  y  a  fept  o&aves  &  demie. 

Les  Anciens  avaient  divifé  leurs  fons  diatoniques  en  quinze  degrés  ,' 
qu'ils  rangeaient  en  quatre  claffes ,  appelées  tétracordes  j  parcequ'elles 
contenaient,  chacune  quatre  fons  ou  cordes. 

Le  fyftême  des  Anciens  commençait  par  le  fon  le  plus  grave,  &  def- 
cendait  à  l'aigu ,   comme  dans  le  tableau  fuivant. 

Noms  des  Cordes  des  Anciens  j  en  lettres  latines. 


i"   Tétracorde 

hypatôn. 

i*  Tétracorde 
mefàn. 


3e  Tétracorde 
die^eugmenôn. 

4e  Tétracorde 
hyperbol&ôn. 


Proflambanomenos. 

Hypatè-l^patôn. 

Parhypatè-hypatôn. 

Lichanos-hypatôn. 

Hypatè  mefôn. 

Parhypaté-melôn. 

Lichaaos-mclôn. 

Mefé 

Parainefè 

Trité-diezeugmenôn  . 

Parauèté-diezeugmenûn, 

Nétè-diezeugmenôn. 

Tritè-liyperbola:«n. 

Par.uiècé  hybcrbolxùn. 

Nèté-hyberbolœôii. 


Mefê.    .     .     .     :    . 
Tritè-fynèmmenôri.  . 
Paranétè-fynèmmenôn. 
Nétè-fynèmmenôn. 


3  e   Tétracorde 
fynemmenon. 


Notes 


SUR    LA    MUSIQUE. 


•  7 


Notes   de  notre  Mujique  oui 

répondent  aux  Cordes  des 

Anciens. 

^.  /V»  .Q 


En  Enhar- 
monique. 


En  Chro 
matique. 


I  En  Diato 
I    nique. 


Noms 

de  leurs  Cordes 

en  lettres  Greques. 


Târacordes. 


des  Cordes  en  Français. 


fi  x 


i\  X 


fa 


ut  >? 


ti% 


ut» 


fa  ff 


ut 
re 


fol 


fi  A  |  fi 


fa 


TWt«  -l/VatTûH'. 

Y7roL'zn-y.i?av. 

Ai^vôî-j«iVety. 
Mj'»».      ' 


~,            ^icr  Tétracorde 

5? 

\  hypatôn  ou  <& s 

r  °" 

\    principales. 

a  5 

)ic  Tétracorde 

V  mç/cfa  ou  </« 
•\      moyenes. 

^;e  Tctracorde 
rmH-laïvypiit.,.      .     i   diereugmenôn 

ri<t(a.téni-SuÇ«ry/4iim.    \       °,u  d" 

J      féparées. 


HeTctracorde  s  J 
fynèmmenôn 

ou  tfVs 
conjointes. 


TfiTH-t/TîùC&Âfitiia)/. 


101      ,ITaeffltv«'TJi-t'7£fC'.>iijar. 

la  NMTH-l/TtfÉ'O.aiûpT. 


I  4'  Tctracord!: 

hybcrbolxôn 

ou    rf« 


L'ajoutée. 

La  principale  des  principales. 

La  fous-principa!e  des  principale . 

Celle  des  principales  qui  fc  tou- 

criait  de  l'ir.dc". 
La  principale  des  moyenes. 

La  fous-principale  des  moyenes. 

Celle  des   moyenes  qui    fe    tou 

chait  de  l'index- 
La  moyene. 

Celle  d'après  la  moyene. 

La  troilîeme  des  feparees. 

La  pénultième  des  fepatees. 

La  dernière  des  feparees. 

La  troilîeme  des  aiguës. 

La  pénultième  des  aiguës. 

La  dernière  des  ai:uës. 


Leur  fyltcme  était  donc  compofé  de  quatre  Tétracordes ,  ainfi  nommés 
En  Grec.  En  Latin.  En  Français. 


TiT^'j.'X.cfSov-ÙTTa.ruv.  .  .  . 
TtTpxxcf.f,o\'-/j.i?a>v  .  .  .  . 
.  TtTfttxcpS'M-SnÇtuj/jt.tvw. 


-3-wn/jt/jt.îmv -fynèmmenôn. 


4e 


1.  Tetrachordon-hypatôn.  •  .  .   1.  Tétracorde  des  principales: 

1.  Tetrachordon-meion »  2.  Tétracorde  des  moyenes. 

j.Tetrachordon-diezeugmenôn.  5.  Tétracorde  des  feparees ,  quand 

fa  première  corde  commençait  à: 
la  paramèfe  ; 
El  tetracorde  des  conjointes ,  quand 
la  première  corde  commençai 
mèfe  }  iSc  lui  était  commune  avec 
le  fécond  tétracorde,  auquel  alors 
il  était  joint. 
TiTpàxcf>fov-v7TipÇcX'J.mv. .  .  4.  Tetrachordôn-hyperbol.ton. .  4:  Tétracorde  des  a:gucs. 

Chaque  tétracorde  s'acordait  de    trois   façons,   félon  les  trois   genres  diatonique 4 
chromatique  &  enharmonique. 

Tome  II.  C 


fi8  ESSAI 

Dans  le  diatonique ,  un  demi-ton ,  un  ton ,  un  ton  : 

fi ,  ut  3  re  ,  mi;  ou  mi  3  fa  3  fol 3  la;  ou  la3fib,  ut,  re. 
Dans  le  chromatique ,  un  demi-ton ,  un  demi-ton  ,  un  ton  j ,  ou  tierce 
mineure  : 

fi,  utj  ut)£  ,  mi;  ou  mi  y  fa3  fa  •%  ,   la. 

Dans  l'enharmonique,  un  quart  de  ton,  un  quart  de  ton,  deux  tons, 
ou  tierce  majeure  , 

fi  ;  fi  X  ,  ut ,  mi;  ou  mi  3  mi  X  3  fa  _,  la. 

L'enharmonique  confiftair  dans  la  différence  de  mi  ,  hauffé  d'un  quart 
de  ton  ,  à  fa  ;  ce  qui  n'eft  pas  aifé  à  fentir ,  fur-tout  dans  des  mouve- 
mens  vifs. 

On  voit  par  le  tableau  ci-defTus,  que  dans  l'acord  des  tétracordes, 
pour  les  genres  chromatique  &  enharmonique  ,  la  première  &  dernière 
corde  ne  changeaient  point ,  auilï  les  appelait-on  cordes  fixes  ou  immo- 
biles ;  il  n'y  avait  que  la  féconde  &  la  troilïeme ,  qui ,  prenant  tantôt  une 
intonation  ,  tantôt  une  autre  }  fe  nommaient ,  à  caufe  de  cela ,  les  muables 
ou  mobiles. 

Les  Ariftoxéniens  prétendaient  avoir  fix  changemens  d'acords  pour  leurs 
tétracordes  ;  deux  pour  le  diatonique ,  trois  pour  le  chromatique ,  &  un 
pour  l'enharmonique.  Ptolomée  les  réduilît  à  cinq  :  comme  les  Auteurs  de 
ce  tems-là  fe  contredifent  prefque  tous,  on  s'eft  arête  à  ce  qu'il  y  a  de  plus 
général. 

RoufTeau ,  au  mot  tétracorie  de  fon  Diétionaire  ,  prétend  qu'un  tétra- 
corde  formait  3  pour  les  Anciens  ,  un  tout  aufji  complet  _,  que  le  forme  pour 
nous  une  oclave.  C'eft  un  paradoxe  qui  ne  peut  pas  même  être  difeuté 
férieufement,  pareeque ,  dans  tous  les  tems ,  il  n'eft  pas  poffible  que  l'o- 
reille ne  fe  foit  aperçue  que  la  paramèfe  (  oétave  de  Phypate-hypaton  )  & 
l'hypate-hypaton  formaient,  pour  ainfi  dire,  le  même  fon,  avec  la  feule 
différence  de  l'aigu  au  grave,  &  avaient  ainfi  entr'elles  une  analogie  qu'elles 
n'avaient  avec  aucune  autre  corde.  La  preuve  en  eft,  que  les  Grecs,  qui  ne 
pouvaient  fouffrir  deux  fons  différens  frapés  enfemble,  chantaient  à  l'odave 
ou  à  la  double  odave ,  &  croyaient  chanter  la  même  chofe  ;  ils  fentaient 
donc  que  l'oétave  &  le  fon  principal  ne  faifaient  qu'un  j  ils  ne  croyaienc 
donc  pas  qu'un  tétracorde ,  une  quarte  pût  jamais  former  un  tout  complet. 

Si  leur  première  Mufique  était  contenue  dans  un  lîmple  tétracorde ,  ôc 


SUR    LA    MUSIQUE.  ij> 

sll  eft  vrai  que  leur  première  lyre  n'ait  eu  que  trois  ou  quatre  cordes, 
c'eft  qu'alors  leur  Mufique  n'en  était  point  une ,  mais  Amplement  une  dé- 
clamation ;  &  l'étendue  de  ce  tétracorde  prouve  feulement  que  la  voix , 
dans  la  déclamation ,  ne  pouvait  palier  les  bornes  de  ce  tétracorde ,  &  par 
conféquent  ne  pouvait  s 'abaiffer  au  deflous  de  Yhypate-hypaton  _,  ni  s'élever 
au  delïus  de  Yhypate-mefon. 

Comme  leur  première  Mufique  (  ou  plutôt  Plain-chant  )  fut  confacrée 
à  la  religion,  ils  fe  bornèrent  au  tétracorde  hypaton  3  qui  était  le  plus 
grave  ,  &  qui  s'acordait  mieux  avec  la  majefté  des  Dieux.  Quand  ils 
introduilirent  la  Mufique  dans  les  harangues  &:  dans  les  tragédies ,  pour 
acompagner  ce  qui  devait  être  entendu  diftinétemeut  par  le  Peuple  ,  ils 
trouvèrent  que  le  premier  tétracorde  était  trop  bas  &  trop  fourd  pour  cet 
ufage ,  &  ils  inventèrent  le  fécond  tétracorde  ,  appelé  mefon  _,  qui  fut 
compofé  de  la  dernière  corde  du  premier  tétracorde,  &  de  trois  nouvelles 
cordes  plus  aiguës  :  (  voilà  les  trois  cordes  ajoutées  à  la  lyre  par  Terpandre , 
félon  Pline).  La  Mufique  ne  fe  contentant  pas  alors  d'être  confacrée  aux 
cérémonies  religieufes  &:  aux  inltitutions  morales,  voulut  s'introduire  dans 
les  chofes  de  limple  amufement ,  &  fervir  d'encouragement  à  la  gaité.  Les 
fons  des  deux  premiers  tétracordes  n'étant  pas  allez  aigus  pour  opérer  cet 
effet,  il  fallut  inventer  le  troilieme  tétracorde,  fynanmenon  &  d'u\eugmcnon\ 
&  l'abus  de  la  gaité ,  comme  les  bacchanales ,  les  orgies ,  les  myfteres  de 
la  bonne  DéeiTe,  &c.  auront  fait  inventer  le  quatrième  tétracorde,  hyper- 
boleon,  pareeque  plus  les  fons  devenaient  perçans ,  plus  ils  animaient  des 
efprits  déjà  échaufés  par  le  vin  &  par  la  débauche. 

Il  nous  parait  que  voilà  la  marche  la  plus  naturelle  de  l'invention  des 
tétracordes.  Jamais  nous  ne  croirons  que  les  Grecs  aient  été  alfez  bornés , 
pour  penfer  avoir  un  fyftême  complet  de  Mufique  dans  l'intervalle  d'une 
quarte J  &  que  leurs  oreilles",  fi'  délicates  en  poefie  &  en  profe,  n'aient 
pas  fenti  en  Mufique,  que  cette  étendue,  pour  être  complète,  devait  aller 
julqu'à  l'octave.  La  preuve  qu'ils  l'ont  fenti ,  c'eft  qu'après  avoir  inventé 
les  deux  premiers  tétracordes,  dont  le  premier  fallait/- _,  ut ,  re,  mi,  ôv 
Je  fécond  mi  j,  fa  3  Jal ,  la,  voyant  qu'il  leur  manquait  quelque  chofe  avec 
ces  deii*  intervalles  ide  quarte,  ils  ajoutèrent  une  corde  au  délions  de  la 
plus  grave  de  celles  qu'ils  avaient ,  ce  ils  la  nommèrent  pnfiziabMûffteatU 
ou  ajoutée j  ce  qui  leur  donna  le  la  ;  &  alors,  en  partant  de  cette  puijlamha- 

Cl 


20 


ESSAI 


nomenos  ou  la  >  8c  montant  jufqu'à  la  fin  de  leur  fécond  tétracorde ,  ils 
eurent  la  3  fi  3  ut  3  re  3  mi  >  fa3  fol  3  la3  ce  qui  leur  fit  une  oétave  com- 
plète j  &  les  deux  derniers  tétracordes  ajoutés  depuis ,  firent  entr'eux  une 
féconde  octave.  Le  premier  tétracorde  ne  formait  donc  point  pour  hs  Anciens 
un  tout  aujfi  complet  3  que  le  forme  pour  nous  une  octave. 

Nous  venons  de  voir  les  noms  que  les  Anciens  donnèrent  à  leurs  fons  ; 
mais  ces  noms  étaient  plutôt  les  noms  des  cordes  de  leur  lyre  ou  de  leur 
cithare,  qui  répondent  aux  différens  noms  que  nous  donnons  à  nos  cordes, 
comme  bourdon  3  chanterelle  3  féconde  3  troifieme  3  quatrième  3  &zc.  Ainii  ces 
noms  étaient  plus  propres  pour  la  pratique  des  inftrumens,  que  pour  celle  du 
chant  ;  car  comment  pouvoir  prononcer  proflambanomenos  fous  une  feule 
note  ?  Aulîi  ils  ne  tardèrent  pas  à  y  fubftituer  d'autres  noms  plus  courts. 
Noms  Grecs  3  té ,  ta ,  tè ,  tô ,  ta ,  tè ,  tô. 
Noms  modernes 3   fi,   ut,  re,  mi,  fa,  fol,  la. 

Les  Romains ,  en  adoptant  la  Mulique  des  Grecs ,  changèrent  les  noms 
des  quinze  fons  des  quatre  tétracordes ,  &  leur  donnèrent  ceux  de& 
quinze  premières  lettres  de  leur  alphabet  :  A,  B,  C,  D,  E,  F,  G,  H, 
I ,  K,  L,  M,  N,  O,  P  ;  ce  qui  dura  jufqu'au  Pape  Saint  Grégoire  : 
car  alors  ce  Pape  ayant  trouvé  que  le  nombre  en  était  trop  confidérable  , 
les  réduifit  à  fept. 


A^ 

B 
C 

d;^ 

E. 
F. 
G.J 


D'où  nous   cjl  venu 
l'ufage  de  dire: 


< 


A  mi  la. 
B  fa  fi. 
C  fol  ut. 
D  la  re. 
E  fi  mi. 
F  ut  fa. 
^G  re  fol. 


Cerufage  fubfifta  jufqu'au  milieu  du  onzième  fiecle,  que  Gui  d'Arezzo; 
appelé  vulgairement  Gui  Arétin  3  fe  fervit  des  fix  fyllabes  ut  3  re  ,  mi  3 
fa3fol3  la 3  qu'il  prit  de  l'hymne  de  Saint  Jean,  comme  nous  l'avons 
déjà  dit;  &  l'ufage  de  les  nommer  ainfi ,  s'eft  univerfelement  établi.  Ce- 
pendant, comme  les  fons  fe  réproduifent  de  fept  en  fept,  &  que  Gui 


SUR    LA    MUSIQUE.  2i 

n  avait  donné  que  fix  noms ,  il  fallait  à  tous  momens  muer  ou  plutôt 
/nuancer _,  c'eft-à-dire,  nommer  toujours  mi  chaque  demi-ton  qui  fe  trou- 
vait dans  la  mefure.  Ce  qui  a  befoin  d'être  un  peu  détaillé  pour  être 
compris. 

Nos  pères  ne  connaiiïant  point  le  fi  3  Se  n'ayant  pour  nommer  leurs 
notes  que  ut  (  ou  do  (a)  ) ,  re  3  mi  3  fa  j  fol,  la  3  nommoient  mi  ,  ce  que 
nous  appelons  aujourd'hui  fi,  &  s'y  préparaient  une  note  d'avance  j  ainlî, 
au  lieu  de  dire  comme  nous , 

demi-ton 


ut  3  re  j  mi  y  fa  3  fol  3  la  ,  fi  3   ut  } 


ils  difaient,  w,  re  3  mi  3  fa  3  fol 3  re 3  mi  3  fa. 

Ainfi  la  muance  commençait  après  fol 3  en  difant  re  3  mi 3  fa  3  au  lieu 
de  la  3  fi  3  ut. 

S'il  y  avait  un  b  mol  dans  la  mefure  ,  la  muance  commençait  deux 
hôtes  d'avance  ;  ainlî ,  au  lieu  de  dire  _, 

demi-fon 

ut  3  re  3  mi  3  fa  3  fol  3  la  3  Jib  3  ut  y 


ils  difaient,  ut  3  re  3  mi  3  fa  3  re  3  mi  3  fa}  fol. 

Par  ce  moyen ,  les  deux  demi-tons  de  cette  mefure  ,  mi  fa  Se  la  fi  b  3 
fe  trouvaient  mi  fa  Se  mi  fa  3  Se  la  muance  commençait  après  le  premier 
fa3   en  difant  re  3  mi  3  fa  3  fol  3  au  lieu  de  fol 3  la3fib3  ut. 

Si  le  chant  commençait  deux  notes  avant  le  demi-ton,  la  muance  com- 
mençait alors  comme  dans  cet  exemple  : 

demi-ton 

fol  3  la  3  fi  j  ut  3  re  3  mi  3  fa  3  fol  ;  au  lieu  de  foliîer 


ainfi ,  on  difait ,     ut  s  re  3  mi  3  fa  3  re  3  mi  3  fa  s  fol. 

Si  le  chant  defeendait  après  le  b  mol  accidentel ,  la  muance  dépendait 
aufli ,  comme  dans  cet  exemple  : 

demi-ton 

re  3  mijftifolj  la,Jibj  la  3 


en  difait  alors,  re  ,  mi  3  fa  3  re 3  mi  j  Ja  3  mi. 


(«)  Les  Italiens  difenc  do ,  pour  ne  pas  dire  out ,  qui  ferai:  dur  à  prononcer. 


22 


ESSAI 


L'exemple  fuivant  donne  deux  muanccs  dans  un  traie  de  chant  montant  : 

demi-ton  demi-ton 

ut  3  re  ,  mi,  fa  3  fol  3  la  ,  fi  3  ut3  re  3  mi  3  fa  /â  3  fol 3 


ut  3   re  ,   mi ,  fa  3  fol  3   re  3  mi  ,  ja  3  JoL  3     re  3  mi  3  fa. 
On   folfiait  ainfi  le  chant  fuivant  : 

demi-ton         demi-ton  demi-ton  demi-ton  demi-ton  demi-ton 

mi  3  fa  3    fi  3  ut  y     fafcjjolj     ut  %  3  re  3    fol  %  }  la  ,     re  )K  3  mi  a 

ire  muance        iemuance  ;cmuance  40  muince  5emuance 

mi ,  fa  3      mt  3  fa  3      mi  ,  Ja  3        mi  3  fa  ,        mi  }  fa  ,  mi  3  fa. 

On  voit  aifémerit  la  difficulté  qu'il  y  a  de  folfier  ainii ,  &  combien  de 
tems  il  iaut  étudier  pour  fe  la  rendre  familière  ;  il  eft  auffi  à  préfumer 
que  c'eft  cette  longue  étude,  &  cette  fatigante  méthode,  qui  donnent  aux 
Muficiens  Italiens  la  grande  fupériorité  qu'ils  ont  de  lire  la  Mufique,  & 
la  précifion  avec  laquelle  ils  l'exécutent.  Nous  croyons  cependant  que  de- 
puis quelques  années  ils  ont  abandonné  la  méthode  des  muances  ,  pour 
prendre  la  nôtre,  quoique  le  P.  Martini  faffe  encore  mention  de  l'anciene, 
dans  fon  Livre  qui  a  paru  en  1774;  mais  ce  favant  Théorifte  laiffe  voir 
clairement  qu'il  n'eit  pas  ataché  à  celle  de  fon  pays,  &  qu'il  en  conhaic 
mieux  que  perfonne  tous  les  inconvéniens. 

Il  eft  bien  fingulier  qu'un  homme  auffi  habile  que  Gui ,  ne  fe  foit  pas 
avifé  de  nommer  le  feptieme  fon,  ne  pouvant  douter  que  le  huitième 
ne  fût  l'o&ave  jufte  du  premier,  &c  par  conféquent  le  mêmej  &  qu'il  ait 
préféré  cette  fuite  fi  compliquée  des  muances ,  à  une  opération  auffi  aifée 
que  l'eft  celle  d'un  feptieme  nom. 

On  fut  cependant  plufleurs  fiecles  fans  en  détruire  l'inconvénient  ;  êc 
M.  l'Abbé  Broffard  prétend ,  dans  un  manuferit  dépofé  à  la  bibliothèque 
du  Roi,  qu'en  1501  Balthafar  Prafperg 3  de  Merfpurg  en  Allemagne,  fit 
imprimer  à  Râle  un  Traité  de  Mufique  chorale,  au  commencement  duquel 
il  y  a  une  planche  en  bois ,  où  l'on  voit  gravé  très-diftinctement ,  quoi* 
qu'en  lettres  gothiques  : 

ut  3  re  3  mi  3  fa  3  fol }  la  3  fi. 
Et    il    ajoute    que   ce  Traité  eft    dans  la  bibliothèque    du   Collège    des 
quatre  Nations  j  mais   malgré  toutes  nos  recherches  ,  nous  n'avons  pu  l'y 
voir,   de  il  nous  femble  qu'on  s'acorde  généralement  à  convenir  que  le 
fi  fut  ainli  nommé  par  un  Muficien  du  dernier  ûecle ,  nommé  le  Maire  j 


SUR    LA    MUSIQUE.  23 

peut-être  cependant  la  première  idée  n'eft-elle  pas  de  lui.  Car  vers  la 
fin  du  dernier  ficelé  ,  un  Flamand,  nommé  David  Mojlard }  donna  un 
petit  Traité  De  Injlitutione  Muficcs  3  dans  lequel  il  fubftitue  aux  fix 
fyllabes  de  Gui  : 


ut  j  re  j  mi  3  fa  3  fol  3  re ,  mi  3  fa. 

bo  j  ce  j  di  j  ga  s  lo  }  ma}  ni  y  bo. 
où,  par  le  moyen  de  cette  nouvelle  fyllabe,  il  détruit  toutes  les  muances, 
en  nommant  tous  les  tons  de  l'octave.  Cette  nouveauté  fit  du  bruit,  Se 
eut  des  partifans ,  ainli  que  des  critiques  ;  mais  pour  avoir  voulu  trop 
changer,  on  s'en  tint  à  l'ufage  qui  fubfiftait  depuis  fix  ficelés.  Peut-être 
que  s'il  n'eût  propofé  que  d'ajouter  la  fyllabe  ni  3  cette  nouveauté  fi  fim- 
pli fiante  eût  alors  réulfi  comme  elle  le  devait.  Il  eft  pollîble  que  le 
Maire  ait  connu  l'Ouvrage  de  David  Mojlard  3  qu'il  en  ait  fenti  l'utilité, 
6V  qu'ayant  feulement  changé  le  nom  de  ni  en  celui  fi  3  il  ait  beaucoup 
contribué  à  en  introduire  la  pratique ,  ce  qui  l'en  aura  fait  palfer  pour 
l'inventeur. 

Jean   Roujfeau  eft  le  premier  qui  ait  fait  imprimer   une  méthode   de 
Mufique ,  félon  le  fyftême  du  fi.  Les  Allemands  eurent  de  la  peine  à  s'y 
acoutumer.  Ce  ne  fut  qu'en   1697  que  Speeren  fit  imprimer  une  méthode 
félon  ce  fyftême ,  &  les  Italiens  commencent  à  l'adopter.  Le  Maire  avait 
propofé  de  changer  les  noms  des  notes ,  il  voulait  qu'on  les  nommât  : 
ta  j  ra  3  ma  3  fa  3  fa  3    la  _,    %a  3  ta  3 
ut  j  re  j  mi  3  fa  3  fol 3  la  t  fi  3  ut. 
En  1685,  un  nommé  Lancelot  avait  aufli  propofé  de  les  nommer  : 
ta  j  la  _,  mij  da3  fe  3    re  ,  ni  3  ta  } 
ut  j  re  j  mi  3  fa3  fol  3  la  3  fi.  3  ut. 
Mais  ces   changemens  n'ayant  aucune   utilité  réelle  ,   ne   furent  point 
adoptés  Se  ne  devaient  pas  l'être. 


24  ESSAI 


CHAPITRE    VIL 

Figures  ou  Caractères  dont  on  s'eji  fervi  en  différens  tems  pour 
noter  la  Mujîque  des  Anciens, 

\J  n  ne  fe  contenta  pas  d'avoir  inventé  des  noms  pour  les  fons  :  on  crut 
néceffaire  de  les  peindre  aux  yeux,  pour  foulager  la  mémoire  \  &  on 
convint  pour  cela  de  différens  caractères  ou  figures  plus  ou  moins  faciles 
à  comprendre  &  à  retenir  ,  félon  le  génie  des  Nations  qui  s'en  font  fervies, 
ou  plutôt  félon  les  degrés  de  perfection  que  l'art  de  la  Mufîque  a  reçus 
de  tems  en  tems. 

Les  Grecs  fe  fervirent  des  lettres  de  leur  alphabet.  Ces  lettres  étaient 
entières,  coupées,  droites,  renverfées ,  Sec.  8c  fe  marquaient  fur  une  même 
ligne,  au  dellus  de  chaque  fyllabe  du  texte  qu'ils  voulaient  chanter.  Nous 
en  avons  tiré  les  figures  exactes  du  Recueil  précieux  du  Savant  Meibo- 
mlus  la).  Athénée  _,  d'après  Phémius  _,  nous  anonce ,  dans  fon  Livre  8, 
chap.  2  ,  que  Stratonique }  Athénien  ,  inventa  les  acords ,  ainfi  que  le 
moyen  de  les  noter.  Nous  parlerons  de  cette  découverte  dans  notre  Livre  5  , 
article ,  Stratonique  ;  on  peut  y  voir  l'importance  dont  eft  cette  phrafe 
d'Athénée ,   &  combien  elle  confirme  notre  façon  de  penfer. 

Un  manuferit,  que  l'on  peut  voir  à  Saint-Sauveur  de  Mefline,  &  qui 
a  plus  de  huit  cent  ans  d'ancieneté,  prouve  que  l'on  chercha  à  fimplifier  l'an-; 
ciene  méthode,  en  tirant  huit  lignes  parallèles  à  une  diftance  égale,  &  à  la' 
tête  defquelles  on  mettait  une  de  ces  lettres,  propres  à  marquer  les  fons;  au 
deffous  de  ces  huit  lignes  on  écrivait  le  texte ,  &  au  deffus  de  chaque  fyllabe, 
on  mettait  un  point  fur  la  ligne  du  fon  qu'on  voulait  donner  à  cette  fyllabe» 

E        X        E       M       P        L       E. 


-c- 


^?t — 6- 


-*£- 


S  al  —  ve  j     Re — gi — na. 


M  »— — ■  1  I  ■  1 

(a)  Voyez  ces  figures  à  la  fin  de  ce  Livre. 


Cette 


fo 


ai 


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8  " 

p  1 

vïs   »ï 

"Si        Ç 

s  I 

^^ 

Ts!      ^ 

Si 


I    Fbî/e  i/n  Tiim/>oiirm  . 
Petite  Flûte  . 
Grande  F/ttte  ■ 
f/aulb<ns  ■ 
L  bonnette  e/i  C-.iv/-n/  ■ 


Trompette  en  C- sol  ut ■ 

L  or  M  ini  'il art  pour  ta 

ver  île  ibi  Son  . 


^ 
* 


diuavement 
BaSson 

Serpent  Ins trnjn - V ■%• tftîs 'e 

Premier  Dessus  citantaiit  ■ 
Oeeond ' JJessus  chantant 
\  l    Hante  contre     chantante  . 
Taille  c/iatitzuite 
liasse  taille  chantante  ■ 
liasse  contre  cnaniante 
Fiolon 

.il te 

Basse     ou 
Fwloncefle  . 


Contre  basse. 

A  Doubbt  Clef  d Octave  renverse  cet  lnslriunent\  A 
etanta  deiur  Octaves  au  dessous  de  la  note  copiée , 


lîssay  sur  la    -Alusiipie 
Tome  11  page  zS  ■ 


ir  Le  Neveu    Martre  de  /a   .Uitstaue  de  la  chambre  du  Jiox/  et  Je  i Orchestre 
^r/eés  ■  J^ues  ne  peuvent  j-epo.w/-  .pie  l<iit  la  seconde  et troisième  ttynév ,  stleurr 
Jaire  connaître plus  aisément  tes  sorts  an' 'eues  desianent .  la  Clef  A    nomme*  double  C/e/ '  d'Octave  en  monùuit  ou  en  descendant ,  est  destane'e par    tesc/ii/lrds  là  ■  poiu^/arro  connaître  oue  les  jour  au  eite  mdiaiie  sont  à  aen±-   Octaves  sstt 

montant  ou  en  descendant- ,  est désignée  par  te  c/ii/fre  6    pour  n  '  indiauer  an  'une  Octave  .  Comme   ce  Tableau  représente  a Va.  vue  tes  tJnissons  f   an  connaîtra   aisément  par  les  Cle/S  ordmairar  oui  se  trouvent . vit sa 

Diajiafoii  général  de  tou>  les  înfû-uuums  à  veut,  par   Mr  Fraiicœur  le  Neveu,  tpi'il  a  fini paraître   en  1772    . 


'â"e  rtjulesi~  de  Jeux  Octaves  plus  basse  pie  la  Clef  de  Fa  ordinaire  ,  SU-  lancceur  Le  Neveu  M, litre  Je  [a  Musique  Je  la  c/ia/nire  du  Jloj/  et  Je  t ' 'Orr/wstro  Je  l ''Opéra  a  inventé- 1er  dou.v  lie/' Je  Si  que  nous  emploi/ ivU Jrms  ce  Talleau ,  el  que  .l'on 
~lûplicde  des  fiynes qu'on  est  souvent  ollli/e  d'aiouter  au  dessus , au  au  dessous  des  cota  j'Or/eés  ■  Elles  ne peiwe/it  seposec  pie  sir  la  seconde  et  troisième  lignes,  et  leia-j/tnden  au  dessus  ou  <nt  dessoin'  de  loi  'le/  '  uidipie  les  octaves  pi  elles  supesent.  on  leur  a  donne  des  /croies  .  Indu,  •■.. 
A    nonin,ee  doulle  Clef  d'Octave  enmontnnt  mien  descendant ,  est  désirée  par   les Ou//iw  jS  ,,oia-fu/v  eonnaili-e  que  les  sons  ari  elle  indique  sont  à  Jeux   Octaves  serf  au  dessus  seil  au  dessous  selon  pie  le  guidon  le  ,/uirpie  ,    et  la  Ole/'    B.   noui/neè peiite Ole/'  d . 


,  "  ^t       *""r »"-™>-"-  -—.—*-»«.««»»«.,  »>  i»^yr«c<y.—     •arnu/// or  10  ■ pour/aav  eonnmn-e  pie  /es  sons  pi  etle  indique  sont  a  deux   Octaves  soit  au  dessus  sou  an  devons  se/on  pie  le  guidon  le  marque  ;  et  la  L4ff      15.  nouunee  petite  i  te/   a  UCBWk 

indiquer pO une  Ocmve  .  Comme   ceTailemi  représente  à  la-  mie.  les  Unissons  (    on  connaîtra   aisdment  par  les  Clefs  ordinaire  p,i  se  t/ouvent  jvil  au  ,/essns  soit  au  dessous  de  ces  nouoclles  clef,  /es  sons  qu'elles  indioueut  .on  veut  doit  un  détail  v  lus  étendu  sur'  .et  olict 
J'ur  '.'  Neveu ,  pi  U  a/ml  paraître    en  1772    .  '  >'!./// 


/iWay  sur  la     Jfiisitpw 
Tome  11   page  z5  . 


tour  éviter  la  mu/tto/ierfs  eaf 
iû-taneat .  /a  C/ef  A    nonu>I''! 


uour  ri  '  indi. 


tmter  tnl1 
çf  j/ar   AI''  Froiicœur  le  Neve 


SUR    LA    MUSIQUE,  «5 

Cette  méthode  avait  cela  de  bon,  qu'elle  marquait  diftin&ement   le 
fons  aigus  cv  les  Ions  graves. 

Vers  l'an  1014,  Gui  d'Arezzo  réduifir  ces  huit  lignes  à  quatre,  &:  f  e  fervit 
des  interlignes ,  aulli  bien  que  des  lignes  ;  &  par  ce  moyen  il  eut  autant 
d'étendue  en  quatre  lignes,  qu'on  en  avait  alors  en  huit.  Il  eft  confiant 
qu'il  ne  fe  fervit  que  de  points,  pour  repréfenter  ce  que  nous  appelons 
aujourd'hui  des  notes  ;  pareeque  la  Mufique  n'étant  alors  que  le  plain- 
chant  t  dont  toutes  les  notes  font  égales  ,  on  n'avait  pas  befoin  de 
figues  pour  marquer  la  différence  de  leur  durée.  C'eft  de-là  que  nom 
eft  venu  le  nom  de  contre-point.  Cette  méthode  pouvait  fuftire,  lorfque 
les  fyftêmes  n'étaient  tout  au  plus  que  de  quinze  fons  en  deux  octaves  ; 
mais  depuis  que  leur  quantité  s'eft  iï  fort  accrue,  il  a  fallu  trouver  des 
moyens  de  les  diftinguer. 

D'abord  on  a  ajouté  une  ligne  aux  quatre  de  Gui  ;  puis  on  a  imagine  des 
clefs,  qui  élèvent  les  fons  d'une  octave.  On  peut  voir  dans  la  table,  que  l'on 
trouvera  à  la  fin  de  ce  Livre,  &  qui  eft  tirée  du  diapafon  général  des  inftru- 
mens  a  venu  par  M.  h  rancœur  le  neveu  ,  Maître  de  Mulîque  <^e  la  Chambre 
du  Roi,  le  tableau  général  des  unifions  ,  qui  compofe  fept  octaves  &  demie. 
On  peut  voir  aulli  le  chapitre  de  norre  premier  Livre ,  où  nous  avons  indiqué 
la  manière  de  déchifrer  la  Mufique  des  xne  ,  xmc  &  xivc  fiecles. 

Nous  n'entrons  point  dans  le  détail  des  clefs,  ni  des  valeurs  des  notes; 
nous  fuppofons  nos  Lecteurs  allez  Muficiens  pour  en  être  inftruits. 


CHAPITRE    VIII. 

Étendue  des  Voix. 

Comme  toutes  les  Voix  ne  fe  reflemblent  pas,  &  qu'elles  ont,  outre 
un  caractère  particulier,  plus  ou  moins  d'étendue,  on  les  a  diftingiues 
en  fept  clalTes. 

i°.  Premicrs-Dejfus  ,  en  Italie  Soprano  }  autrefois  en  France  Supcrius. 
Ce  font  les  voix  de  femmes  Se  d'enfans  qui  forment  les  fons  les  plus  aigus , 
Quelques  hommes  ont  cette  voix ,  ou  naturelement ,  ou  par  une  opératioa 
contre  nature. 

Tome  IL  D 


ESSAI 

ÉTENDUE. 


*P- 


|j=3  ÏTTTç=çÈ 


m 


*    *   ■P"f*T~ 

-<_zp=f=£=F-  p— E 


pf=ÊE 


z°.  Seconds-Deffus  ou  Bas-Dejfus ,  en  Italie  Difcajito. 

Étendue. 


3E^EEJIÉgâ=E=g^lll^E 


3°.  Hautes-Contres  ^  en  Italie  Alto-Tenore  t  forment  les  fons  les  plus 

élevés  du  médium. 

É  t  E-  N  D  V  E. 


Jfe=EEgEEJEElEE«EE^Eg=g=Ë 


_*_ 


:i?È 


.>>.- 


4°.  Tailles  3  en  Italie  Tenore 3  forment   les  fons  du  milieu  du  médium. 

ÉTENDUE. 


fc 


g=J=£ 


3=j^Ea=fee=fe^N 


3E^E 


5°.  Concordant  ou  Baryton .,  entre  la  BaiTe   &  la  Taille  :  on  ne  s'en 
fert  plus. 

£    T   Z   N  D   U   E. 


6°.  Baffes-Tailles  ,  forment  les  fons  les  plus  bas  du  medixm. 

É   T   E   N*  D   U   E. 


WÊÊÈÈÊÊM 


{^S'»-— 


£ 


7°.  Baffes-Contres  j  forment  les  fons  les  plus  graves. 

É    T   E    N  ZK  U    E. 

nnân 


=^3E 


•=P= 


£»»*» 


SUR    LA    MUSIQUE,  a7 


CHAPITRE    IX. 

Des  Modes  ou  Tons. 

J_,E  nom  de  Mode j  parmi  nous,  n'a  pas  la  même  lignification  qu'il  avaic 
-chez  les  Anciens. 

Nous  ne  connaiflons  actuelement  que  deux  modes,  le  majeur  &•  le 
«îineur  j  c'eft-à-dire ,  que  toute  Mufique  en  Ton  majeur  eft  dans  le 
mode  majeur  j  &  que  toute  Mulique  en  Ton  mineur  eft  dans  le  mode 
mineur.  C'eft  la  tierce  qui  conftitue  le  mode ,  puifque  c'eft  la  tierce  qui 
conftitue  le  Ton  majeur  ou  le  Ton  mineur. 

Le  mode  majeur  eft  dans  la  nature ,  puifqu'il  eft  engendré  par  la  réfo- 
nance  du  corps  fonore,  qui  rend  la  dix-feptieme  majeure,  double  oclave 
de  la  rierre  majeure ,  aïnfi  qnf>  1i  douzième,  o&ave  de  la  quinte  du  Ton 
fondamental. 

Le  mode  mineur  n'eft  pas  donné  par  la  nature  j  il  ne  s'y  trouve  que  par 
un  renverfement  expliqué  par  Rameau ,  &  mieux  encore  par  M.  d'Alem- 
tert,dans  fes  excellens  Elémens  de  Mufique  théorique  &  pratique y  pag.  il. 

Dans  le  mode  majeur ,  la  tierce ,  la  fixte  2c  la  feptieme  doivent  tou- 
jours erre  majeures. 

Dans  le  mode  mineur ,  les  mêmes  intervalles  doivent  toujours  être 
mineurs;  cependant  on  rend  prefque  toujours  majeure  la  feptieme  :  c'eft  ce 
<ju'on  appelé  la  note  fenfible. 

Quoiqu'il  n'y  ait  effectivement  que  ces  deux  modes,  on  fe  fert  de  ce 
terme  dans  un  autre  fens  ;  &  nous  difons  qu'un  air  eft  dans  le  mode  de 
re ,  quand  il  eft  dans  le  Ton  de  re  majeur  ou  mineur ,  &  alors  il  devient 
fynonyme  de  Ton. 


Di 


*8  ESSAI 

Ainfi  j  dans  cette  acception ,  on  compte  trente-quatre  modes. 


^   C 


< 


Ut. 

re. 

mi. 

fa. 

foL 

la. 

fi. 

ut* 

re* 

fa* 

fol» 

la* 


oa 

re£. 

ou 

mi£. 

ou 

fol  3. 

ou 

la£. 

ou 

fi  b.   é 

11 

V    u 

S     « 

n 


« 

qj 

'^ 


24.       -j"  10  =  54. 

Ces  trente-quatre  modes  fe  réduifent  à  vingt-quatre ,  puifqu'il  y  en  1 
dix  qui  ne  font  que  la  répétition  des  autres ,  comme  ut  *  &  re  b ,  8cc. 

Palier  d'un  mode ,  ou  d'un  Ton ,  dans  un  autre ,  s'appele  moduler.  De-là 
vient  la  diiHnction  du  mode  principal  &  du  mode  relatif.  Le  principal ,  eft 
celui  dans  lequel  commence  &  finit  ordinairement  le  morceau  j  &  les  modes 
relatifs ,  font  ceux  dans  lefquels  on  paffe  dans  le  cours  du  morceau. 

Chez  les  Anciens  {a)  le  mode  n'était  que  l'étendue  d'un  tel  fon  à  tel 
autre  fon. 


(a)  Les  Anciens  diffèrent  beaucoup  enïr'eux  fur  les  définitions,  les  divifions  &:  les  noms  de 
leurs  modes.  Tous  s'acordent  à  dire,  que  c'eft  une  conftitution  de  fons,  c'eft-à-dire,  l'ef- 
pace  d'une  oétare  ou  de  deux  tétracordes  disjoints ,  remplis  de  tous  les  fons  intermédiaires 
félon  le  genre;  &  ce  qui  conftatait  chaque  mode,  c'était  la  manière  dont  les  deux  demi- 
tons  étaient  placés  dans  l'ofrave  :  ainfi ,  comme  il  n'y  a  que  fept  manières  de  les  placer, 
H  n'y  avait  donc  que  fept  modes.  Cependant  les  Anciens  en  ont  admis  ou  rejeté1  un 
grand  nombre  en  différens  tems.  (  Voye\  le  Ditiionaire  de  Roujfeau,  art.  Mode). 

L'idée  que  les  Anciens  ataçhaient  à  ce  terme  mode  ou  tort ,  était  bien  différente  de 
celle  que  nous  en  avons.  Ils  n'entendaient  par-là,  qu'un  certain  degré  d'élévation,  dans  le 
fyfïême  total  de  leur  harmonie,  dont  les  fons  fc  fuivaient  toujours  félon  le  même  ordre. 
Au.  lieu  que,  parmi  nous,  les  modes  font  diflingués  l'un  de  l'autre,  non- feulement  pat  le 


-$3; 


Tome  II.  page  2p 


TABLEAU    des  Modes  de   la  Mufique  des  Grecs  ,    comparés    avec    les  Tons   de   la  Mufique  Moderne. 


Noms 
des  Tons 
Modernes. 


(  Genre 
(     des 

[t, 


ONS. 


Caractères  des  Tons  prouvés  par  des  Exemples. 


Nombre 

des 

Modes 

Anciens. 


Noms 

des  Modes 

Anciens. 


Situation  rejpeclive 

de  la  Corde  fondamentale 

de  chaque  Mode, 

d'après    les  Anciens. 


CaraBeres  des  Modes  , 
félon  les  Écrits  des  An- 
ciens :  ils   correfpondent 
aux  Caractères  de  nos 
Tous. 


Ce  qu'en  difent  les  Auteurs 
Anciens. 


Divifion 

des  Modes 

fuivanc    leur 

genre    d'ébé' 

vation  dans 

te  Syjléme 

ge'ne'raL 


La 


Majeur 


Mineur 


Ouverture  du  Carnaval  du  Parna5sc. 


71 — * 1 1 


'*U-'=à& 


Air  «f'Armide. 


È^i^ËfgïilgÉi^^lS=[ 


Les     Oi-seaux    de    ces     bo  -  ca-ges        N'y     res  -  pirent    que    l'A-mour. 


XVe. 


Hyper-Lydien. 


Ce  Mode y  le  plus  aigu  des  Quinze 
de  la  Mufique  des  Grecs  ,  avait  la 
Corde  fondamentale  une  Quarte  au- 
defïus  de  celle  du  Mode  Lydien;  & 
faifait  le  Diapafon  ,  ou  l'Octave  avec 
le  Mode  Iil  Hypo- Phrygien.  Il  était 
probablement  jnconu  à  Arifloxêne } 
qui  n'en  parle  pas. 


Ce  Mode  avait  probable- 
ment le  même  caractère  , 
mais    plus    brillant  ,'  qu 
l'Hypo  -  Phrygien. 


La  y  ou  Sol  , 


i 


M 


ajeur 


Mineur 


ËEÈfe 


Ces  Tons  ne  sont  guère 
employe's,  tint  au  Ma- 
jeur qu'au  Mineur. 


XIV. 


Hyper-Éolien. 


Ce  Mode ,  qui  n'était  vraifemblable- 
ment  pas  conu  à'Arifloxène  ,  avait  (a 
Corde  fondamentale  à  la  Quarte  au- 
defTus  de  celle  du  Mode  Eolien  ,  &  à 
l'octave  de  celle  de  Y Hypo-Ionien. 


Il  avait  probablement! 
le  même  caractère  ,  maisl 
plus  brillant ,  que  le  Alode, 
Hypo-Ionien. 


Nous  n  avons  pu  découvrir 

la  façon  depenfer  des  Anciens 

fur  ces  trois  Modes. 


Sol 


Ouverture  de  Pigmalion. 


Air  des  Prêtresses  rf'Hippolyte  £t  Aricîe.     Aile  I ,  Scène  3. 


XIII. 


Hyper-Phrygien, 

appelé  par  Euclide  ,    &c, 
HirPER-Mixo-  Lydien. 

II  femble  que  ce  dernier  nom 
conviendrait  mieux  a  un  Mode  qui 
ferait  à  un  demi-ton  au-defHjsd; 
l'Hyper  -Lydien,  à  la  Quarte  au- 
derius  de  l'Hyper  -  Vorien  ,  &  à 
rOrtave  deVHypo-Donen. 


Ce  Mode  ,  le  plus  aigu  des  Treize 
conus  oYArifloxène  avait  fa  Corde 
fondamentale  uue  Quarte  au-deflus 
de  celle  du  Mode  Phrygien  ,  Se  faifait 
l'octave  avec  ÏHypo-Dorien  ,  le  plus 
grave  de  tous. 


Il  avait  probablement 
le  même  caractère  ,  mars 
plus  brillant,  que  le  Mode 
Hypo-Dorien. 


Mai 


SoL^  ou  Fa; 


ajeur 


Mir 


£m 


ËEÈE 


i&)—  *■  4 

Ces  deux  Tons  ne  sont 
guère  en  usage. 

Le  Ton  de  Sol  B  Mi- 
neur n'est  jamais  em- 
ployé'. 


XII. 


Hyper -Ionien, 

ou  Hyper-Iaftien  , 
ou  Mixo-Lydien  aigu. 


Sa  Corde  fondamentale  était  à  ta 
Quarte  au  -  deiïus  de  celle  du  MoJe 
Ionien. 


Majeur 


Fa 


< 


Mineur 


Chasse  de  Zaïde,    A8e  If,  Scène  $. 


Monologue    de    Dardanus. 


Lieux  funestes,      où  tout  res-pir 


XI. 


Hyper-Dorien  , 

ou  Mixo  -  Lydien. 


Majeur 


Mi 


Ce  Mode  ,  le  plus  aîgu  &  le  der- 
nier des  Sept  reconus  par  Ptolé- 
me'e  ,  qui  l'appelé  Mixo  -  Ly 'd'un  , 
avait  fa  Corde  fondamentale  à  la 
Quarte  au-deflus  de  celle  du  Mode 
Do  ri  en. 


Air    gai,    du  3'  Acte    de  Castor    Se   Pollux 


yjj — *  ■  jv^-     **!g —  • — L       *^^l ft — 


Sarabande  de  Castor. 


l^lllfeÉËlÉÉ^mi!^^ 


Sombre  &  Tranquille. 


Lucien  le  dit  Trifte  ,  &   propre  aux 
Cérémonies  Religieufes. 


Bruyant  ;  mais  quel- 
fois  ,  Mélancolique  & 
Pathétique. 


Plutarque  le  dit  propre  aux  Tragédies  ; 
Arijîote,  aux  coeurs  Trilles  ; 
Platon  ,  aux  Larmes  ; 
Athénée  ,   tantôt  à  émouvoir  ,   tantôt  à 
calmer  les  Pallions. 


X. 


Lydie 


N 


ou  Mode   Barbare , 

parcequ'il  portait  le  nom 

d'un  Peuple  de  l'Alie. 


Ce  Mode  ,  le  plus  aigu  des  cinq 
Moyens,  occupait  le  milieu  entre 
V Hyper  -  Dorien  &  {'Éolien;  Se  fa 
Corde  fondamentale  était  i  un  ton 
au-deiïus  de  celle  du  Mode  Phrygien. 
Ilefl  le  Sixième  des  Sept  reconus  par 
Ptolémée, 


M.lb  OuKeM 


1  Majeur 

{ 

^  Mineur 


Animé ,  Éclatant  ;  quel 
quefois  Pathétique  ,  & 
propre  à  la  Mollette. 


Platon  le  défend,  comme  propre  à  rendre 
Mou  &  Efféminé. 

Athénée ,  dit  que  quelquefois  il  eft  pro- 
pre aux  Plaintes. 

Arijlote ,  l'appelé  Plaintif. 


Monologue  de  Castor. 


3T-fc5Z=cacir«q:=:qrJ3zir=riT==rrzp        zrrr»  » »—    Ce  Ton  Majeur 

"  e  ~*~  jamais  employé. 

Tristes     a -prêts,   pâles   flambeaux. 


^m 


Ces  Tons  Mineurs  de  Mi  b  Se  de  Re  l 
font  peu  usités. 


^Mineur  1  SEtEEÎfiÈffEfeÊÉëEËEëÊiïfeWÏËl^ 


IX. 


Éolien, 

ou    Lydien    grave. 


Il  occupait  le  milieu  entre  le  Mode 
Lydien  &  le  Phrygien  ;  Se  avait  fa 
Corde  fondamentale  à  un  demi-ton 
au-defTus  de  ce  dernier. 


Grave  &  très-Sombre. 


VIII. 


Lajus  en  parle  comme  d'un  Mode  Grave 

&  Sombre. 
Athe'nee  dit  qu'il  était  Simple  Se  Myfté- 

rieux. 
Pralines^  raporté  par  Athe'nee  ,  dit  que 
l'Harmonie  louiené  convenait  aux  Jeu- 
nes Gens   avides  de  Chantons  Triltcs  \ 
Se  il  lui  donne  le  premier  rang. 


Phrygien. 


Ce  Mode  ,  le  Cinquième  des  Sept 
reconus  par  Ptolémée  ,  occupait  le 
milieu  entre  le  Lydien  Se  le  Dorien; 
cV  avait  fa  Corde  londamentale  à  un 

ton  de  diftauce  de  celles   de  l'un   Se 


Ardent  ,  Fier  ,  Impé 
tueux  ,  Véhément,  Ter- 
rible j  quelquefois  plus 
Doux. 


Athénée  dit,  que  c'elt  le  Mode  flir  lequel 
on  fonoit  des  Trompetes  Si  des  Inltru- 
mens  Militaires. 

Platon  dit,  quec'eft  le  plus  Ficr&Iep/u. 

Impétueux  de  :on<   ',■<  IW.-i.îfs. 


b 


o 
b 
1*1 
03 


■  5  / 


I.Mi  ."•.'.vRejk 


I  Mineui 


^-1—  -      -  i  ê- 


Tristcs     H -prêts,    pâles  flambeaux 


jamais  employé. 


Ces  Tons  Mineurs  de  Mi  b  &  de  Re  I 
font  peu  us:  et  s. 


IX. 


Ri 


Chasse  tf'Églé. 


nm^iii^ 


La  Générale. 


"i  ,  Jrr  i t r r  1  ^rtf  h^^ 


ou    Lydien    grave. 


Lydien  &  le  Phrygien  ;  Se  avait  fa 
Corde  fondamentale  à  un  demi-ton 
au-deflus  de  ce  dernier. 


Grave  Se  trcs-Sombre. 


Pralines ,  raporté  par  Athénée  ,  dit  que 
l'Harmonie  Iomenc  convenait  aux  Jeu- 
nes Gens  avides  de  Chantons  Tnltcs  y 
Se  il  lui  donne  le  premier  rang. 


VIII. 


Phrygien. 


Ce  Mode  ,  Je  Cinquième  des  Sept 
reconus  par  Ptolémee  ,  occupait  le 
milieu  entre  le  Lydien  &  le  Dorien  ; 
Se  avait  fa  Corde  londamentale  à  un 
ton  de  diftance  de  celles  de  l'un  Se 
de  l'autre. 


Ardent  ,  Fier  ,  Impé 
tueux  ,  Véhément,  Ter- 
rible j  quelquefois  plus 
Doux. 


Athénée  dit,  que  c'eft  le  Mode  fjr  lequel 
on  fonoit  des  Trompctcs  &  des  Inftru- 
mens  Militaires. 

Platon  dit,  quec'eft  le  plus  Fier  2c  le  plus 
Impétueux  de  tous  les  Modes. 

Plutarqttc  l'appelé  le  yéhement. 


I  Maj 

Re^okUtK^ 


Mineur 


**= 


;la 


£=*=>= 


Les  Tons  de  Ri  *  Majeur  Se  i'  "'  £ 
Mineur  sont  peu  usités.  Les 
Tons  d"  Pi  ï  Majeur,  &  fin-tout 
itReb  Mineur ,  ne  le  font  point 
dit  tout, 


VII. 


Ionien, 

ou  Iaftie.i  , 
OU  Phrygien   grave. 


Il  occupait  le  milieu  entre  le 
Mode  Phrygien  Se  le  Dorien  ;  Se 
avait  fa  Corde  fondamentale  à  un 
demi-ton  au-deflus  de  ce  dernier. 


Mou  Se  confacré  à  la 
CompaiTîon  ,  ainli  qu'à 
ce  qui  rendait  Etfémiué. 


Platon  le  défend  ,  dan!  fa  République  , 
comme  propre  à  rendre  Mou  &  Effé- 
miné. 

Plutarque  le  dit  Mou  ,  &  Aihc'née  , 
Voluptueux. 


Ut 


Majeur- 


Mineur 


Marche  de  Castor. 


Venite  ,  exultemus,  par  Mondonville. 


m^^^^mm$mz=m 


Vc  -  ni  -  te  ,      ve  -  ni  -  te ,     ado  -  re  -  mus. 


VI. 


Dorien, 

ou  Hypo-Mixo-Lydien. 


Ce  Mode,  le  Quatrième  des  Sept  reconus 
par  PtoUmce  ,  était  le  premier  6e  le  plus 
grave  des  cinq  principaux  &  plus  anciens 
de  la  Mulîque  Grcque  ;  appelés  auflï 
Moyens  ,  pareequ'ils  renaienr  le  milieu 
entre  les  dix  ajoures  depuis  ,  &  placés  à  la 
Quarte  de  chacun  d'eux  i  favoir,  cinq  a 
Yaigu,  diftinguéi  des  cinq  Moyens  par  l'ad- 
dition de  la  prépolltion  hyper,  Se  cinq  au 
grave  ,  diftingués  par  l'addition  de  la  pré- 
pntîrion  hypo. 


Sérieux  ,  Grave  ,  Ma- 
jeitueux  ,  propre  pour  la 
Guerre  ;  quelquefois  pro- 
préaux  Sujets  Religieux. 


Platon  ie  regarde  comme  propre  à 
conferver  les  Bonnes  Moeurs. 

Plutarque  dit  qu'il  eft  diltingué  par  fa 
Gravité. 

Athénée  dit  que  quelquefois  il  eflTendre. 


Si 


Maje 


Minent 


Duo  de  Titon  &  l'Aurore. 

Re    -    -     -     -     -     -------     gne ,     règne ,      Amour. 

Prière  de  Thésée  à  Neptune  dans  Hippolyte   &  Aricie.    Afie  JII,  Scène  p. 


Hypo-Lydien. 


Sa  Corde  fondamentale  était  aune 
Quarte  au-deflbus  de  celle  du  Mode 
Lydien.  Il  eft  le  Troilieme  des  Sept 
reconus  par  Piolémée, 


Animé  &  Brillant  : 
quelquefois  Agréable  & 
Doux  ,  d'autres  fois  con- 
facré aux  Chants  Funèbres 
&  aux  Méditations  fubli- 
mes. 


Platon  le  dit  Btillant. 

Arijlote  veut  qu'il  foit  confacté  aux 
chofes  Trilles  Se  Lentes. 

Athénée  le  contacte  aux  Chants  Funè- 
bres, &  aux  Méditations  fublimes. 


,  !  Majeur 

IiPouLaJBK 

j  Mineur 


Marche  des  Gardes  Franc  -ifes. 

|£d*.S=;=«k  LeT0ndeZ.1l  Majeur 


i  employé. 


Le  Ton  de  Si  h  Mineur  j^L:tzfe=r=:       (^Jr  —    Le  Ton  de  la  e  Mineur  n'esr 
est  peu  usité.  —        *~B r=T-l:|: presque  jamais  employé. 


IV. 


Hypo-Éolien  , 

ou    Hypo-Lydien   grave. 


Sa  Corde  fondamentale  était  à  une 
Quatte  au-deflous  de  celle  du  Mode 
Êolien. 


Impofant,  quoique 
Trilie. 


Arijlote  le  dit  d'une  douce  Gravité. 
Athénée  dit  qu'il  eit  Impofant. 


La       J 


-  Majeur 


Mineur 


Air  des  Indes  Galantes,    Aih  des  Sauvages. 


Clair     flambeau      du      monde,       L'air,      la     terre     &     l'onde. 
Monologue  <i'ïsmène. 


^^^^SJEg^j^=teg|3EE=E=Ej 


Ze-phirs,    aimables     fleurs,     6c     vous,     claires      fon- raines 


III. 


Hypo -Phrygien. 


Sa  Corde  fondamentale  était  à  la 
Quarte  au-deflous  de  celle  du  Mode 
Phrygien  ,  &  à  l'Octave  au  deflous 
de  celle  de  l'Hyper-Lydien.  Il  eft  le 
Second  des  Sept  reconus  par  Pto- 
lémee, 


Brillant  ;  Se  quelquefois 
Calme  Se  Paisible. 


Arijlote  ,  au  IXe  Livre  de  les  Problèmes, 
nous  apprend  que  les  Grecs  chantèrent 
fur  ce  Mode  des  Monologues  pallionés 
de  leurs  Tragédies  ,  Se  les  appelaient 
Cantiques, 

Athénée  dit,  que  quelquefois  il  eft  Calme. 


L\b  cuSo 


(m 


Mineur 


gept^e.gfczt-ii 


±ldk=z 


Les  Tons  de  La  b  Majeur  fie  de  Sol  5  Mineur 
sont  peu  usités.  Les  Tons  de  La  b  Minent 
6c  de  Soi  S  Majeur  ne  le  sont  point  du  tout. 


II. 


Hypo  -Ionien  , 

ou  Hypo  -  Iaftien, 
ou  Hypo-Phrygien  grave. 


Sa  Corde  fondamentale  était  à  la 
Quarte  au-deflous  de  celle  du  Mode 
Ionien,  Se  à  l'Oftave  au-deflbus  de 
celle  de  l'Hyper-Ëolien. 


Grave  Se   Majeftueux  ; 
quelquefois  très  Trille. 


Lucien  dit  qu'on  l'employait  aux  Séré- 
nades amoureufes  t  pour  procurer  de 
doux  réveils. 


Sol 


Maje 


Mineur 


Mvnologuc   il'Eqlc. 


gËgig£^i^&Iig^g^=^ 


Paisibles    bois ,    ver  -  gers      dé  -  h  -  cicux. 

Air  des  Indes  Galantes,  Allé  des  Sauvages. 


^g£^3J|^EggEJg^^ 


Totèts     pai    -    sibics , 


forêts       pai  -  sibics. 


Hypo -Dorien. 

Commun. 
Locrien, 


Ce  Mode,  le  premier  Se  le  plus 
grave  des  Quinze  de  la  Mulique  des 
Grecs ,  avait  fa  Corde  fondamentale  à 
la  Quarte  au-deflbus  de  celle  du  Mode 
Dorien,  Se  à  l'Oftave  au-deflbus  de 
celle  de  l'Hyper-Phrygien,  Il  eftaulli 
le  plus  grave  des  Treize  conus  A'A- 
rijloxine  ,  &  des  Sept  reconus  par 
Ptolémée, 


Affectueux  ,  mais  Gai  ; 
fouvent  Doux  &  Majes- 
tueux. 


Arijlote   lui  donne  le  même  ufage  qu'; 

l'Hyper-Phrygien, 
Lucien  l'appelé  le  Majejlueux, 


Tw.e  II  pige  29 


a*— s 


TABLEAU   des  Modes  de  1 


SUR    L'A    MUSIQUE.  & 

Les  Anciens  n'ayant  dans  leur  Muliqùe  qu'une  étendue  tres-bornée, 
n'en  admirent  d'abord  que  trois,  dont  les  Toniques  avaient  entr 'elles  un  ton 
de  diftance  ;  le  Dorien  au  grave,  le  Phrygien  au  milieu,  Se  le  Lydien  à  l'aigu. 
Ils  partagèrent  enfuite  ces  tons  en  deux  intervalles,  &  augmentèrent  de 
deux  le  nombre  de  leurs  modes,  V Ionien  8c  YÈolien  :  le  premier  fut  inféré 
entre  le  Dorien  8c  le  Phrygien,  Se  le  fécond  entre  le  Phrygien  &  le  Lydien. 

Le  fyftême  s'étant  enfuite  étendu  à  l'aigu  8c  au  grave ,  on  établit  de 
nouveaux  modes,  qui  tirèrent  leur  dénomination  des  cinq  premiers,  en  y 
joignant  la  prepofition  hyper  {fur)  pour  ceux  d'en  haut,  &  la  prepofition 
hypo  (fous  )  pour  ceux  d'en  bas.  Ainfi  le  mode  Lydien  était  fuivi  de  Ylly- 
per-Dorien,  de  Y  Hyper-Ionien,  de  X Hyper-Phrygien,  de  YHyper-Eolien  Se  de 
V Hyper-Lydien j  en  montant  j  comme,  après  le  mode  Dorien,  venaient  V Hyper- 
Lydien,  YHypo-Éolien  ,  YHypo-Phrygien,  YHypo-Ionien  Se  Y Hypo-Dorien,  en 
defeendant.  Mais  Y  Hypo-Dorien  était  le  feul  qu'on  exécutât  dans  toute  fon 
étendue  j  à  mefure  que  les  autres  s'élevaient ,  on  en  retranchait  des  fons  à 
l'aigu ,  pour  ne  pas  excéder  la  portée  de  la  voix. 

Nous  fommes  perfuadés  que  ce  que  les  Anciens  appelaient  mode ,  n'eft 
que  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  ton  ,  à  l'exception  que,  dans  chaque 
Mode,  on  ne  parcourait  que  l'octave  j  au  lieu  qu'aujourd'hui,  dans  nos 
Tons,  nous  parcourons  une  bien  plus  grande  étendue.  Nous  allons  donner, 
dans  la  planche  qui  regarde  cette  page,  un  Tableau  de  tous  les  Modes, 
avec  celui  de  nos  Tonsj  &  on  fera  en  état  de  juger  des  raports  qui  font 
entreux. 


degré  d'élévation,  mais  encore  par  le  différent  arangement  ou  la  différente  progreflion 
des  fdns  (  ce  qui  conftitue  la  modulation  majeure  &  mineure  )  :  &  outre  cela  ,  par  les 
diverfes  modifications  que  reçoivent  ces  mêmes  fons ,  à  caufe  du  défaut  de  juftefTe  ,  inf?- 
parable  de  la  manière  d'acorder  les  inffrumens  de  Multque  ;  modifications  qui  diver- 
sifient ,  an  jugement  de  l'oreille ,  les  modulations  tant  majeures  que  mineures ,  quoique 
toutes  les  majeures  foient  efTentielement  les  mêmes  ,  auflï  bien  que  toutes  les  mineure». 
(  Voyei  le  Mémoire  de  M.  Burette,  tora.  y  de  l'Académie  des  Bellcs-Leurcs,  pag.  iyC). 


So  ESSAI 


On  a  pu  voiï  dans  le  Tableau  précédent,  que  ce  que  les  Anciens  ap- 
pelaient modes  3  eft  en  effet  ce  qu'aujourd'hui  nous  appelons  tons  3  puifque 
les  genres  des  uns  &  des  autres  fe  font  confervés  femblables  depuis  plus 
de  deux  mille  ans.  Mais  les  Modes  pouvaient  être  caractérifés  plus  parti- 
culièrement que  nos  Tons,  par  le  genre  de  poéiies  qu'on  mettait  en  mufique 
fur  ces  Modes,  par  l'efpece  d'inftrumens  qui  acompagnaient  les  voix  dans 
ces  Modes ,  &c  par  la  mefure  qu'on  y  employait. 

Voilà  à  peu  près  tout  ce  qu'il  eff  poflîble  de  conjecturer  fur  ces  fameux 
modes  qui  ont  donné  lieu  à  tant  de  contes,  dont  plufieurs  cependant  pou- 
raient  s'expliquer  aflez  naturelement.  Ce  qui  nous  femble  le  plus  furprenant, 
c'eft  que  la  Muhque  ait  un  caractère  aflez  diftinct,  pour  que  les  Tons  aient 
un  caractère  invariable  depuis  tanc  de  hecles. 

Les  Grecs  avaient  encore  d'autres  modes  improprement  nommés;  car  ce 
n'étaient  que  des  genres  de  compofition  ;  tels  étaient  le  mode  tragique  deftiné 
pour  le  Théâtre,  le  nomique  confacré  à  Apollon,  le  dithyrambique  confacrc 
à  Bacchus,  lefyntonolydienj  dont  parle  Platon,  &  dont  nous  n'avons  aucune 
connaiflance,  &:c. 

Il  y  avait  auflî  plufieurs  des  Modes,  que  nous  venons  de  nommer,  qui, 
félon  divers  Auteurs ,  portaient  des  noms  differens  :  on  peut  confulter  à  ce 
fujet  le  Dictionaire  de  Roufleau,  art.  Mode. 


CHAPITRE    X. 

Des  Cadences. 

JLe  mot  Cadence  eft  formé  du  verbe  latin  cadere*  qui  veut  dire  tomber  t 
parce  qu'une  cadence  eft  proprement  une  chute  du  chant  ou  de  l'harmonie, 
d'un  Ton  à  un  autre,  fur  lequel  ou  peut  fe  repofer  Se  déterminer  tout  à 
fait  un  morceau. 

Il  faut  au  moins  trois  fons  pour  former  une  véritable  cadence  ;  celui 
d'où  l'on  part ,  celui  par  lequel  on  pafle ,  &  celui  fur  lequel  on  fe  repofe. 
II  y  a  trois  fortes  de  cadences  : 
La  cadence  parfaite, 
La  cadence  imparfaite, 
Et  la  cadence  détournée. 


SUR    LA    MUSIQUE.  3i 

les  cadences  parfaites  font  de  trois  fortes,  comme  dans  ce  canon,  où 
elles  font  toutes  trois  ralltmblées. 


te  E^W^^^^^^^^MmM 

O     Je  -  fu,    mi fe-  -  re-  re        me î. 

Les  cadences  imparfaites  font  aufli  de  trois  fortes  r 


Defcendre  d'un  demi  ton  _-_ 
à  la  finale,  foit  naturel,  «J^z 
foie  accidentel.  


Xfc 


:zaz 


Shëêé^i 


Monter  d'un  ton  plein  depuis  la  pénul-     Iffc—m — p~~Prp — I       -fjP- 
ticme  jufqu'à  la  finale.  '  E-F—  l^t~; 


Monter  de  quinte  ou  defeendre  de  quarte.      *^-g— p — p=  :     ""~,"tër~p--f~~ 


-e— 


Les  cadences  détournées  ne  font  que  de  fimples  repos. 


La  finale  fur  le  même  ton  que  la  pénul-    Sg 
tieme. 


ÎEE 


I 


La  finale  defcenJant  de  la  pénultième  par    gfc-?—  |    ° 

tierce  majeure  ou  mineure.  — ■     °— F— - 


La  finale  montant  de  la  pénultième  par     H»'  -  B  rrr 
tierce  majeure  ou  mineure.  =EËEËE:Ë 


:az; 


~az=: 


t. 


CHAPITRE    XI. 

Z?^  CHarmonic. 

M^  Harmonie  eft  une  fuite  d'acords  qui  plaît  plus  ou  moins  à  Toreille. 
La  nature  nous  donne  l'acord  parfait 3  compofé  d'un  feu,  de  fa  tierce,  fc 
de  fa  quinte;  l'art  nous  a  donné  les  autres  acords,  qui  font  tous  dérives 
de  la  Jlptieme  Se  de  la  fine. 


3a  ESSAI 

Les  Anciens ,  dit-on ,  connaîtraient  l'harmonie.  Nous  n'en  avons  aucune 
preuve,  &:  celles  qu'on  veut  tirer  de  quelques  pafTages  de  Séneque,  pa- 
raillent  au  moins  douteufes  (a)  :  mais  ce  qui  nous  fait  croire  qu'ils  ne  la 


(a)  Voici  le  fameux  paffage  de  Séneque,  épine  84,  qui  prouve,  dit-on,  que  les  An- 
ciens connaifTaieot  l'harmonie  :  Non  vides  quant  multorum  vocibus  chorus  conftet?  Unus 
tamen  ex  omnibus  fonus  redditur.  Aliqua  illic  aucla  eft ,  aliqua  gravis,  aliqua  média. 
Accedunt  viris  foemint ,  interponuntur  tibii,  Jîngulorum  ibi  latent  voces ,  omnium  apparent. 

a  Ne  voyez-vous  pas  de  combien  de  voix  différentes  un  chœur  eft  compofé?  Cependant 
»  de  tous  ces  fons  divers,  il  n'en  réfulte  qu'un  feul.  Il  y  a  des  Hautes- Contres  (aucla), 
»  des  Baffes  (gravis),  des  Tailles  [média).  Les  voix  des  hommes  fe  marient  à  celles  des 
n  femmes ,  les  accens  de  la  flûte  s'incorporent  avec  elles;  on  ne  diftingue  aucun  fon  parti- 
»  culier,  mais  on  recueille  une  harmonie  générale».  Cela  lignifie  feulement,  ou  peut  fignifier,' 
que  les  voix  des  hommes  font  graves  &  aiguës,  ainli  que  font  les  EalTes ,  les  Tailles  & 
les  Hautes-Contres  ;  que  les  voix  des  femmes  font  à  une  odaTé  au  delïïis  des  voix  aiguës 
des  hommes  ;  que  les  flûtes  font  à  une  oftave  au  deflus  des  voix  de  femmes ,  &  que  tous 
ces  fons  à  des  octaves  différentes  ne  font  qu'un  fon  unique  ;  mais  cela  ne  prouve  pas  que 
les  Anciens  compofaffenr  a  plusieurs  parties.  Ariftide  Quintilien  définit  la  Mufique,  l'art 
qui  apprend  a  bien  chanter ,  &  l'art  qui  apprend  à  compofer  un  beau  chant ,  &  Bacchius 
la  définit  la  connaijfance  du  chant  &  de  ce  qui  lui  apartient.  Ariftide,  livre  premier, 
dit  qu'on  entend  par  harmonie ,  l'ordre  de  plufieurs  fons  qui  fe  fuivent  ,  mais  il  ne  dit 
pas  le  mélange  de  plufieurs  fons.  Quelle  preuve  plus  convaincante  que  les  Anciens  n'ont 
jamais  connu  ce  que  nous  appelons  harmonie?  Caffiodore  définit  l'harmonie  (  qu'on  ap- 
pelait alors  fymphcnie)  d'une  manière  qui  prouve  qu'il  ne  la  connaiiïait  pas;  car  il  dit 
que  c'eft  afTez  que  plufieurs  fons  fe  rencontrent  agréablement,  pour  fatisfaire  à  tourcs  les 
conditions  de  -cette  définition,  fuivant  laquelle  il  n'eft  point  néceffaire  de  changer  l'acord, 
ni  de  varier  par  les  différentes  .modulations ,  des  parties  qui  chantent  chacune  leur  fujet. 
Cependant  Caffiodore  étant  l'un  des  derniers  Auteurs  anciens  qui  aient  écrit  fur  la  Mu- 
sique ,   devait  favoir  tout  ce  que  favaient  fes  prédéceffèur-s. 

Lear  ignorance  fur  l'harmonie  eft  donc  prouvée  par  celle  de  Caffiodore,  &  il  en 
réfulte  que  l'harmonie  des  Anciens  était  femblable  à  celle  que  les  Iroquois,  amenés  à 
Louis  XIV  vers  la  fin  du  fiecle  dernier,  lui  firent  entendre,  pour  lui  donner  une  idée 
de  leur  Mufique.  Plufieurs  d'entr'eux  chantaient  à  l'uniffon  ou  à  l'octave  ,  &  les  autres 
acompagnaient  ce  chant ,  en  grondant  comme  des  pourceaux  ,  avec  des  fecouffes  mar- 
quées par  un  mouvement  bien  réglé  ;  &  voilà  comment  on  tempérait  l'aigu  des  voix  , 
par  le  mélange  de  la  gravité  du  grondement  rhythmique  des  autres  Chanteurs,  ainli  que 
le  dit  Caffiodore.  (  Voye^  la  Mufique   des  Anciens  par  Perrault  ). 

Toutes  les  fois  que  Platon  parle  d'harmonie,  il  lui  donne  la  lignification  que  nous  donnons 
aux  Modes  :  il  dit  que  les  harmonies  Ioniene  &  Lydienc  ,  fon;  molles  &  efféminées,  &c.  que 

connaiflaienc 


SUR    LA    MUSIQUE.  33 

connaîtraient  pas,  c'eft  la  préférence  qu'ils  donnaient  à  la  mélodie  fur  la 
fymphonie;  c'eft  ainft  qu'ils  appelaient  alors  leur  prétendue  harmonie. 

Us  faifaient  ordinairement  jouer  leurs  inftrumens  à  i 'octave  ou  à  l'unilTon, 
quelquefois,  dit-on,  à  la  tierce  ou  à  lafîxte,  &  rarement  en  trio.  Ainfi  ils 
étaient  bien  loin  de  fe  douter  des  beautés  d'un  art,  qui,  quoique  encore 
dans  fon  enfance,  eft  infiniment  fupérieur  à  ce  qu'il  était  de  leur  cents. 

Les  Anciens  donnaient  quelquefois  le  nom  d' 'harmonie  à  l'octave,  c'eft- 
à-dire,  aux  concerts  de  voix  qui  s'exécutaient  à  l'octave,  <Sc  qui  s'appelaient 
plus  communément  antiphonïc. 

Dans  les  premiers  tems,  les  règles  de  l'harmonie  ne  furent  fondées 
que  fur  l'approbation  de  l'oreille.  Mais  le  Père  Merfenne,  M.  Sauveur, 
Rameau  &  Tartini  ont  enfin  fixé  des  loix  invariables,  qui  font  démontrées 
à  ceux  qui  veulent  prendre  la  peine  de  les  étudier.  Cette  matière,  fi  feche 
par  elle-même,  traitée  par  des  Muficiens  qui  n'étaient  pas  aftez  Géomètres 
&  par  des  Géomètres  qui  n'étaient  pas  afTez  Muficiens ,  eft  devenue  enfin  lï 
obfcure  8c  fi  rebutante ,  qu'il  eft  peu  de  perfones  qui  aient  la  confiance 
d'étudier  res  préceptes  volumineux  noyés  dans  des  raifonemens  qui  n'ont 
jamais  été  entendus,  même  par  leurs  Auteurs. 

'Sans  le  courage  de  M.  d'Alembert  ,  les  Ouvrages  de  notre  grand 
Rameau  ,  remplis  de  chofes  utiles,  ingénieufes  &c  neuves,  ne  feraient  lus 
que  par  peu  de  perfones ,  étant  prefque  inintelligibles  &  dénués  de  cette 
méthode  fi  néceifaire  pour  inftruire  par  gradation.  M.  d'Alembert,  fâché 
de  voir  tant  de  travaux  inutiles,  a  voulu  les  mettre  en  valeur  :  il  nous  a 
donné  [c^Elémens  théoriques  &  pratiques  }  qui  fonr,  pour  ainli  dire,  l'élixir 
de  tout  ce  qu'a  écrit  Rameau.  La  clarté,  la  juftefte,  la  précifîon,  voilà  ce 
qui  caraélérife  cet  Ouvrage  précieux,  le  feul,  peut-être,  utile  aux   jeunes 


l'harmonie  Doricne  eft  propre  à  conferver  les  bonnes  mcairs,  Sec.  M.  l'Abbé  Fraguier,  Sa?ant 
illuftre  de  l'Académie  des  Belles-Lettres,  Se  admirateur  des  Anciens  ,s'i  .  ,  quoique 

vieux,  de  s'inftruire  des  premiers  élémens  de  la  Mufiquc,  prit  quelques  leçons  d'acomplgne- 
ment  fur  le  clavecin.  Charmé  de  la  douceur  de  cette  harmonie  ,  qui  fe  mariant  aux  fons  mé- 
lodieux de  la  voix  ,  flatait  agréablement  fon  oreille  ,  il  fe  fenti:  indigné  contre  ceux  qt;i 
rctufaient  aux  Anciens  la  connaiJTancc  d'une  eipecc  de  concert  (i  harmonieux.  Il 
dû  plutôt  s'indigner  contre  les  Anciens,  ou  de  leur  ignorance  en  ISIuliquc,  s'ils  non:  pas 
connu  cette  douce  harmonie,  ou  de  leur  mauvais  goût ,  li  l'ayant  connue  ,  ils  l'a  : 
flaignée. 

Tome  II.  l. 


54  E    S    S    A    I 

Muficiens ,  6c  dont  nous  ne  (aurions  trop  leur  confeiller  la  lecture  répétée 
ôc  la  plus  réfléchie. 

RoulTeau  compare  les  acords  aux  mots  dont  les  Dictionaires  font  com- 
pofés.  Il  ne  s'agit  plus,  pour  faire  un  beau  morceau  de  Mufique,  ainfi 
qu'une  belle  pièce  d'éloquence  ,  que  de  trouver  la  liaifon  néceifaire  j  & 
voilà  ce  qu'on  n'apprend  jamais,  à  moins  que  la  nature  n'y  ait  difpofé  nos 
organes.  Pour  faire  un  tout  raifonable,  il  faut  que  quelque  chofe  de  ce 
qui  précède,  fe  tranfmete  à  ce  qui  fuit;  &  c'eft  cette  fucceflion  plus  ou 
moins  agréable,  qui  forme  une  harmonie  &  une  mélodie  plus  ou  moins 
bonne. 

Une  des  plus  ingénieufes  découvertes  de  Rameau,  eft  fon  principe  de 
l'acord  parfait  mineur,  dont  la  vérité  lui  eft  conteftée  par  RoufTeau  (  art. 
Harmonie  ),  fans  qu'il  en  aporte  d'autre  raifon ,  que  de  dire  :  l'expérience  eft 
fauffe.  Nous  pouvons  dire  avec  plus  de  vérité  :  la  réfutation  n'eft  pas  vraie. 

Rameau  a  dit  :  qu'une  corde  fonore  faifait  vibrer,  fans  les  faire  réfoner,. 
deux  cordes  plus  graves,  l'une  à  fa  douzième  Se  l'autre  à  fa  dix-feptieme 
majeure.  11  en  a  conclu,  par  un  procédé  trop  long  à. raporter ,  que  la  tierce 
mineure  était  dans  la  nature,  &  que  le  grave  la  donnait,  comme  l'aigu, 
donne  la  tierce  majeure.  RoufTeau  prétend  qu'i/  eft  reconnu*  que  les  cordes 
acordéesau  dejfous  du.  Son  fondamental  *  ne  frémiftent  point  en  entier  à  ce  Sort 
fondamental  j  mais  qu'elles  Je  divifent  pour  en  rendre  feulement  l'uniffon  *. 
lequel  conféquemment  n'a  point  d'Harmoniques  en  dejfous.  Il  eft  reconnu  de 
plus  j  que  la  propriété  qu'ont  les  cordes  de  fe  divifer,  n'eft  point  particulière 
à  celles  qui  font  acordées  à  la  douzième  &  à  la  dix-feptieme  en  deffous  du. 
Son  principal',  mais  qu'elle  eft  commune  à  tous  fes  multiples;;  d'où  il  fuit \ 
que  les  intervalles  de  douzième  &  de  dix-feptieme  en  defjous  ,  n'étant  pas 
uniques  en  leur  manière  _,  on  ne  peut  rien  conclure  en  faveur  de  l'acord  par~ 
fait  mineur  qu'ils  repréfentent. 

Voilà  l'opinion  de  Rouffeau.  Mais  depuis  quand  une  opinion  eft-elle 
une  preuve  ?  Qu'efl-ce  que  c'eft  qu'une  corde  qui  ne  frémit  pas  en  entier 3 
mais  qui  fe  divife  pour  rendre  feulement  l'uniffon?  Si  elle  ne  réfone  point, 
&  que  par  conféquent  on  ne  puilfe  l'entendre,  comment  fait-on  qu'elle 
nend  l'unifTon?  Si  c'eft  une  étrange  théorie  de  tirer  de  ce  qui  ne  réfone  pas 3  les 
principes  de  l'harmonie  3  c'eft  un  étrange  raifonement  que  d'affurer  comme 
Certain ,   qu'««c  corde   qui  ne  réfone  point  j  donne  l'uniffon.   Quand   bien 


SUR    LA    MUSIQUE.  3f 

même  Rameau  aurait  établi  un  principe  faux,  Rouleau  n'en  aurait  pas 
moins  dit  une  chofe  abfurdej  mais  plufieurs  expériences,  faites  avec  grand 
foin,  nous  ont  détermines  à  croire  que  Rameau  ne  s'eft  point  trompé  dans 
cette  occaiïon. 

Nous  avons  vu  très-diftinétement  vibrer  les  cordes  plus  graves  que  1a 
corde  principale,  Se  nous  n'avons  pu  distinguer  aucun  fonj  comme  le  fon 
n'eft  autre  chofe  que  l'air  ébranlé  par  les  vibrations,  il  nous  femble  polTible 
que  quelquefois  les  vibrations  n'aient  pas  aflez  de  force  pour  faire  réfoner 
diftinclement  l'aie  qu'elles  ébranlent.  Si  cela  eft ,  Rameau  a  raifon  ■  &  Ci 
cela  n'eft  pas,  il  n'eft  pas  prouvé  qu'il  ait  tort,  puifqu'alors  il  pourait  avoir 
raifon  par  une  autre  caufe  ,  &  que  certainement ,  en  faifant  foner  une 
corde,  on  n'entend  jamais  réfoner  les  plus  graves  pour  former  l'unilïon, 
ainfi  que  le  prétend  Rondeau. 

Une  autre  de  fes  erreurs ,  eft  que  le  corps  fonore  ne  donne  pas  feulement  3 
outre  le  fon  principal,  les  fans  qui  compofent  avec  lui  l' acord  parfait ,  mais 
une  infinité  d'autres  fons  formés  par  toutes  les  aliquotes  du  corps  fonore  ,  lef- 
quels  n'entrent  point  dans  cet  acord  parfait. 

Nous  ne  favons  pas  par  quelle  expérience  il  a  entendu  ou  cru  entendre 
d'autres  fons  que  la  tierce  &  la  quinte ,  mais  nous  déclarons  formelemenc 
que  nous  n'en  avons  jamais  entendu  d'autres  ;  il  ne  faur  que  lire  ce  que 
nous  allons  rapporter  de  Roufteau  ,  pour  ne  plus  douter  de  fon  erreur. 

Tout  fon  donne  un  acord  vraiment  parfait  3  puif/u'il  ejl  formé  de  tous 
fes  harmoniques  >  &  que  c'ejl  par  eux  qu'il  e(l  un  fon.  Cependant  ces  harmo- 
niques ne  s'entendent  pas  3  &  l'on  ne  dijlingue  qu'un  fon  fimple3  à  moins  qu'il 
ne  fait  extrêmement  fort  ;  d'où  il  fuit  que  la  feule  bonne  harmonie  ejl  l'u- 
nijjon,  &  qu'aujfi-tàt  qu'on  dijlingue  les  confonanecs,  la  proportion  naturcle 
étant  altérée  >  l'harmonie  a  perdu  fa  pureté. 

D'abord  il  n'eft  pas  vrai  qu'un  fon  ne  foit  tel  que  par  fes  harmoniques  j 
car,  puifque,  lorfqu'on  fait  réfoner  une  corde  qui  forme  un  fon,  on  en 
entend  trois ,  il  en  faut  conclure  que  le  fon  qu'on  entend  ,  eft  la 
réunion  de  trois  fons ,  dont  deux  font  fi  faibles  qu'on  ne  peut  que  dirri- 
cilement  les  diftinguer  ;  mais  il  n'en  eft  pas  moins  vrai  que  chacun  de  ces 
fons  eft  un  fon  particulier  :  donc  il  n'en  faut  pas  trois  pour  en  faire  un  , 
pareeque,  s'il  était  néceftaire,  pour  l'elfence  du  fon,  qu'il  fût  an  compofé 
de  trois,  chacun  de  ces  trois  principes  ne  feroit  rien  féparément,  &  ne 

Ex 


$■£  T    S    S    A    i 

deviendrait  quelque  chofe,  que  par  fa  réunion  avec  les  deux  autres',  à 
moins  que  Roufleau  n'ait  voulu  nous  faire,  croire,  que  chacun  de  ces  harmcv 
niques  eft  compofé  de  trois  fons ,  &  cela  jufqu'à  l'infini.  Rameau»,  que  la 
profondeur  de  fes  idées  a  quelquefois  égaré  ,  a  bien  voulu  prouver  auiîî  la 
Trinité  par  le  fon;  aflurément  nous  n'avions  pas  befoin  d'une  preuve  auflî 
fmguliere,  mais  cette  preuve  eft  aiifll  claire  en  fon  genre,  que  celle  que 
Roufleau  nous  donne  de  la  formation  du  fon. 

Mais  quand  il  ferait  vrai  que  le  fon  n'exifte  que  par  fes  harmoniques., 
faudrait-il  en  conclure,  que  la  feule  bonne  harmonie  ejl  l'uniffon  ? 

Peut-on  appeler  harmonie  l'uniffon  &  même  l'octave?  Et  parceque  le 
corps  fonore  ne  nous  donne ,  ni  la  feptieme ,  ni  tous  les  acords  qui  eu 
dérivent,  peut-on  nier  que  ce  ne  foit  l'heureux  mélange  de  ces  acords  qui 
fait  la  bonne  harmonie,  &  même  l'harmonie  proprement  dite? 

Il  femble  que  RoufTeau  ait  pris  à  tâche  de  dire  le  contraire  de  ce  qu'avait 
dit  Rameau,  uniquement  pour  le  contredire  ;  car  il  n'apuie  fon  fentiment  par 
aucune  raifon  même  plaufible.  Rameau  a  dit,  que  les  deffus  d'une  certaine 
fimplicité  fuggerent  naturelement.  leur  baffe ,  &  qu'un  homme  ayant 
l'oreille  jufte,  quoique  non-exercée,  entonera  naturelement  cette  baffe. 
Rameau  a  dit  vrai ,  &  on  en  voit  chaque  jour  des  exemples  frapans.  Ce- 
pendant Roufleau  ne  craint  pas  de  répondre,  que  c'efi-là  un  préjugé  de 
Mujicïen  _,  démena  par  toute  expérience  ;  &  que  non-feulement  celui  qui  n'aura 
jamais  entendu  ni  baffe  ni  harmonie  ,  ne  trouvera  de  lui-même  ni  cette  harmonie- 
ni  cette  baffe  s  mais  qu 'elles  lui  déplairont  _,  fi  on  les  lui  fait  entendre  _,  &  qu'/Z 
aimera  beaucoup  mieux  le  fîmple  unifjon.  Nous  convenons  de  ce  fait,  mais 
en  le  reftraignant  aux  perfones  qui  font  nées  avec  l'oreille  faufle,  ou  avec 
une  infenfibilité  totale  aux  charmes  de  la  Mufique. 

Rameau  a  eu  aufli  raifon  de  dire  que  l'harmonie  efl  la  fource  des  plus 
grandes  beautés  de  la  Mufique;  &  les  favans  &  les  ignorans  ne  peuvent 
également  juger  de  la  Mufique,  ainfi  que  Roufleau  le  prétend,  pas  plus 
qu'ils  ne  peuvent  également  être  juges  d'un  tableau,  d'une  ftatue  ou 
d'un  monument.  L'ignorant  peut  dire ,  cela  me  plaît ,  ou  me  déplaît  j 
mais,  dans  aucun  genre,  il  n'aura  le  droit  de  prononcer,  d'après  fon  fenti- 
ment, qu'une  chofe  eft  belle  ou  ne  l'eft  pas.  Il  eft  bien  jufte  que  ce  foie 
le  droit  de.  ceux  qui  ont  pafle  leur  vie  à  s'inftruire,  ôc  à  diftinguer  la  vraie 


SUÉ    LA    MUSIQUE. 


1? 


beauté,  qui,  dans  tous  les  genres,  ne  confifte  que  dans  les  proportions \   il 
faut  donc  les  connaître  pour  pouvoir  en  juger. 

Roulïeau  dit  à  la  fin  du  mot  Harmonie,  que  le  phyfique  desfons  ejl  très  borné 
dans  le  plaifir  qu'il  nous  donne  3  &  n'a  que  très  peu  de  pouvoir  fur  le  cxur  hu- 
main. Nous  abandonons  cette  afiertionau  jugement  de  ceux  qui  éprouvent  le» 
fenfations  les  plus  vives,  lorfqu'ils  entendent  de  la  Mufique  inuxumenrab 
parfaitement  exécutée  par  un  orcheure  femblable  à  celui  de  l'Opcr.1. ,  du 
Concert-fpirituel,  ou  de  Meilleurs  les  Amateurs. 


CHAPITRE    XII. 

[  De  VÉchelc  des  Grecs  &  de  la  nôtre, 

U  ne  Echele  eft,  en  Mufique,  la  fuccefiion  diatonique  des  notes. 
Celle  des  Grecs  était  compofée  de  deux  tétracordes  conjoints». 

fi  — 

ut 

re 

tni — 

fa 

fol 

la— 

qui,  comme  l'a  ingcnicufement  prouvé  M.  d'Alembert,  était  plus  ample 
que  la  nôtre,  puifqu'elle  était  formée  du  feul  Mode  duc. 

Jî  3    ut  3    rc  j    mi  j  fa  }  fol 3  la. 
Balte  fondamentale ,  fol  3  ut 3  fol  r  ut  3   fa3   ut  3  fa. 

Au    lieu  que  notre  échele  ut  3  re  3  ml  3  fa  3  fol  j.  la  >./?,.  ut  3.  eft  far- 
inée du  Mode  d'ut  Se  de  celui  ~de  fol. 

ut  j  re  3  mi  3  fa3fol3  la  3  fi  3    ut. 
Balte  fondam.  ut  ,  fol,  ut  3  fa3  ut  3  re  3  fol 3  ut. 

Dans  la  Bafle  de  la  première  échele ,  on  ne  trouve  que  ut  3  fol  3  fa ,  qui 


3$  ESSAI 

apartienent  au  Mode  d'ut;  &  dans  la  Baffe  de  la  féconde,  on  trouve 
ut }  fol  j  fdj  qui  apartienent  au  Mode  à' ut ,  &  fol  3  re  3  qui  apar- 
tienent au  Mode  de  fol.  L'échele  des  Anciens  était  donc  plus  fimple  que 
la  nôtre  :  aufii  on  la  difait  de  fuite ,  fans  avoir  befoin  de  repos ,  &  fans 
que  l'oreille  en  demandât  \  au  lieu  que  quand  nous  chantons  ut  3  re  3  mi3 
faj  fol  j  fa  3  fi  3  ut  »  il  n'y  a  point  d'oreille  un  peu  exercée,  qui  ne  fente 
un  repos  forcé  après  avoir  dit /^  j  &  la  raifon  en  eft,  que  jufque-là  on  a 
été  dans  le  Mode  d'ar  j  mais  qu'alors  on  en  fort  pour  entrer  dans  celui, 
de  fol ,  où  l'on  achevé  fol  3  la  3  fi >  ut. 

Ce  fut  Saint-Grégoire  qui  changea  les  tetracordes  des  Anciens  en  un 
heptacorde  ou  fyftême  de  fept  notes ,  8c  exprima  ces  notes  avec  les  fept 
premières  lettres  de  l'alphabet.  Gui  d'Arezzo  leur  donna  des  noms ,  excepté 
à  la  feptieme  note ,  qui  ne  porte  celui  de  fi  que  depuis  la  fin  du  dernier 
fîecle.  On  ne  conçoit  pas  que  les  Anciens  n'aient  pas  eu  la  même  échele 
que  la  nôtre  ;  on  peut  voir  dans  M.  Sauveur  la  raifon  ingénieufe  qu'il  en 
donne ,  &  qui  ne  peut  être  fentie  que  par  les  Géomètres.  Rondeau  la 
critique:  mais  il  nous  femble,  qu'avant  d'aceufer  M.  Sauveur  de  s'être 
trompé  dans  fes  calculs ,  il  aurait  mieux  valu  donner  un  calcul  plus  jufte 
que  le  fien  j  &  c'eft  ce  qu'il  n'a  pas  fait. 


CHAPITRE    XIII. 

Du  Chromatique. 

J-jE  Chromatique  eft  un  chant  compofé  d'une  fucceflîon  de  fons,  en  mon- 
tant ou  en  defeendant  par  demi-tons. 

Athénée  en  donne  l'invention  à  Epigone ,  &  Boëce  à  Timothée  de 
Milet. 

On  s'en  fert  dans  le  genre  trifte,  pour  exprimer  la  douleur,  En  montant 
il  eft  déchirant,  quand  il  eft  bien  employé  j  &  en  defeendant  il  eft  plus 
fombre ,  quoiqu'un  peu  moins  exprelfif. 

Nous  verrons  bientôt  que  la  marche  fondamentale  par  quintes  donne  le 
genre  diatonique,  ôc  celle  par  tierces  majeures ,  le  genre  chromatique. 


SUR    LA    MUSIQUE.  39 


'MwwuinMiwdii  iJtmaMwumjMtmm 


CHAPITRE    XIV. 

De  F  Enharmonique. 

Aristoxene  &  plufieurs  autres  Anciens  ont  appelé  ce  genre,  harmonie. 

11  confifte  dans  la  différence  qui  eft  entre  \s  fiHk  &  IVtfj  le  mi  %  &  le 
fa,  Sec. 

En  général,  c'eft  un  chant  où  les  quarts  de  ton  font  admis.  Ces  quarts- 
de  ton  ne  peuvent  guère  fe  diftinguer  à  l'oreille,  &  il  faut  y  être  fort 
exercé  pour  les  fentir.  On  appelé  avec  raifon  quarts  de  ton  ces  inter- 
valles ;  le  calcul  prouvant,  par  exemple,  que  la  différence  du  fi%  (  tierce 
majeure  de  fol  %  )  à  Yut,  eft  de  ^  ou  de  ^  environ. 

Or  on  diftingue  quatre  efpeces  différentes  de  quarts  de  ton , 

Différence  avec  l 'unité  ft ion  M.  d'Alcmbert, 


Le  quart  du  ton  majeur.  .  .  . 
Le  quart  du  ton  mineur.  .  .  » 
La  moitié  du  demi-ton  majeur. 
La  moitié  du  demi-ton  miaeur. 


1 1 

i 
77 

i- 

Tâ 

1 
*t 


C'eft  pour  cela  que  l'intervalle  entre  \q  filik  ScViUt  eft  appelé  quart  de 
ton  y  fa  différence  avec  l'unité  étant  de  — ,  il  en  diffère  moins  que  le  plus 
grand  des  quarts  de  ton  ,  &  plus  que  le  plus  petit. 

Ariftide  Quintilien  nous  affure  que  ce  genre  était  le  plus  doux  des  trois  j, 
cependant  les  Anciens  ne  le  conferverent  pas  long-tems,  parceqa'on  com- 
mença à  ne  plus  calculer  le  plailir  {a) ,  &  que  ces  divifions  de  tractions 
n'en  produiraient  qu'à  l'efprit,  Se  jamais  au  eccur.  Plutarque  reproche  aux 
Muficieas  de  fon  tems,  d'avoir  perdu  le  plus  beau  des  trois  genres,  &:  d'ofer 
dire  que  les  intervalles  n'en  font  pas  affez  fenlihles ,  comme  li ,  ajoute  ce  Phi- 
lofophe,  tout  ce  qui  échape  à  leurs  fens  grolliers  celfait  d'être  dans  la  nature* 


(.;)  M.  d'Alembert ,  dans  fa  n'ponfe  à  une  lettre  de  M.  Rameau ,  qu  i!    faut  lire  à   la 
fin   de  fes  Éléinens  ,   dit  expreflement  :  que  la    confidération    des    rapor:s    (J: 
cour  rendre  raifon  du  plaijir  que  la  Mujîque  nous  eauf'c. 


$è  ESSAI 

Ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  Enharmonique }  ne  reflemble  point  i 
celui  des  Anciens.  Nous  l'employons  quelquefois  pour  palier  d'un  Ton  dans 
un  autre,  en  faifant  changer  de  nomà  un  acord.  Par  exemple,  les  fons, 
fa%  ,  la  3  ut 3  mib,  forment  un  acord  que  l'on  appelé  feptieme  diminuée 3 
&  cet  acord  doit  conduire  ordinairement  à  l'acord  parfait  mineur  de  fol  : 
fol 3  fib,   tc. 

Si,  au  lieu  d'aller  en  fol  3  on  veut  palier  dans  le  Ton  de  ml 3  on  ne 
fait  que  changer  le  nom  de  mib-y  on  l'appelé  re%.  Dans  l'exécution  on 
ne  s'aperçoit  point,  ou  fort  peu,  de  ce  changement,  quoiqu'il  y  ait  entre 
ces  fons  une  différence  d'un  quart  de  ton  enharmonique  ,  différence 
prefque  inapréciable  à  l'oreille.  Alors,  fay&,  la  3  ut  3  rc%,  devient  une 
fixte  majeurs  avec  fauJJ'e  quinte  3  qui  conduit  a  l'acord  parfait  fur  mi  : 
mi  3  fol  j  fi  i  ou  à  celui  de  fixte  fur  fol  :  fol 3  fi  3  mi  ;  &  l'un  ou  l'autre 
de  ces  acords  conftate  que  l'on  vient  d'entrer  dans  le  Ton  de  mi. 

On  peut,  avec  le  même  acord  ,  fa%  3  la 3  ut 3  mi b ,  palfer  dans  le  Ton 
de  fib,  en  changeant  de  même  le  faya  en  fol  b  :  folb  ,  la  3  ut  3  mib. 
Alors  cet  acord  de  feptieme  diminuée  devient  une  féconde- fuperfiue  3  qui 
conduit  à  la  fixte-quarte ,  fa  3fib ,  reb,  &  qui  conftate  que  l'on  eft  dans 
le  Ton  de  fib. 

On  peut  auilî  palTer,  toujours  avec  le  même  acord  ,  fa  %  ,  la3  ut  3  tnibi 
dans  le  Ton  d'uf%  :  alors  l'ut  devient  fill  3  &  le  mi  b  devient  re  %  ;  & 
l'acord  de  feptieme  diminuée  fe  change  en  acord  de  triton  (  ou  quarte* 
fuperfiue  )  avec  tierce  mineure 3  fa~%  ,  la  3  fi%. ,  re%  ,  &  doit  être  fuivï 
de  l'acord  de  fixte  fur  le  mi  :  mi  3  fol%  ,  ut%  3  qui  conftate  que  l'on  eft 
entré  dans  le  Ton  d'ut  y&.. 

Voilà  donc  quatre  marches  enharmoniques  différentes ,  qui  procèdent 
de  la  feptieme  diminuée ,  &  dans  kfquelles  chacune  des  quatre  notes 
de  cet  acord  devient  nore  fenfible  du  Ton  dans  lequel  on  palTe.  Cet  exemple 
fuffira  pour  fixer  les  idées  fur  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  l'Enhar- 
monique j  &  nous  ne  raporterons  pas  les  huit  autres  manières  de  changer 
les  quatre  marches  dont  nous  venons  de  parler  ,  en  fe  fervant  de  la, 
tierce  majeure  ou  mineure. 

Quoique  l'oreille  ne  puilïe  guère  fentir  ce  quart  de  ton  enharmonique , 
lorfqu'il  eft  ifolé ,  elle  s'aperçoit  fort  bien  de  la  brufquerie  qu'il  caufe  dans 
•ces  différens  palïages  j  &  bientôt  elle  eft  forcée  d'admirer  la  manière  dont 

elle 


SUR    LA    MUSIQUE.  41 

telle  fe  voit  tranfportée  dans  un  Ton,  dont  elle  fe  croyait  bien  éloignée. 

C'eft  l'acord  qui  fuit  cette  feptieme  diminuée,  qui  prouve  h  on  a  fuivi 
le  genre  chromatique,  ou  fi  on  s'eft  fervi  de  l'enharmonique. 

Rameau  a  divifé l'enharmonique  en  deux  genres,  l'enharmonique  diatonique 
&  l'enharmonique  chromatique  ;  il  a  même  eflayé  de  faire  des  morceaux  pref- 
qu'entiers  dans  l'un  &  l'autre  de  ces  genres.  Son  fameux  trio  des  Parques, 
d'Hippolyte  &  Aricie,  eft  en  grande  partie  dans  le  genre  enharmonique  dia- 
tonique j  qui  confifte  à  faire  defcendre  de  quarte  la  baffe ,  Se  à  la  faire  monter 
de  tierce  majeure,  alternativement.  Dans  l'acte  des  Incas,  des  Indes  galantes, 
il  avait  ellayé  de  faire  un  tremblement  de  terre  dans  le  genre  enharmonique 
chromatique  _,  qui  confifte  à  faire  defcendre  de  tierce  mineure  la  balle  fonr 
damentale,  &  la  faire  monter  de  tierce  majeure,  alternativement.  Ces  deux, 
morceaux  n'ont  jamais  pu  être  exécutés.  Quand  ils  le  feraient,  nous  ofons 
allurer  que  l'effet  en  ferait  dur  &  mal  fonant ,  &  nous  exhortons  les  jeunes 
Compofiteurs  à  ufer  de  l'enharmonique  rarement  &  avec  la  plus  grande 
modération,  &  de  ne  jamais  s'en  fervir  que  dans  les  endroits  où  il  faut 
qu'ils  furprenent  l'oreille  des  Auditeurs  ;  ce  genre  ne  pourait  que  très 
rarement  ne  pas  nuire  à  la  mélodie,  qui  doit  être  la  bafe  de  la  compolition. 
Voici  un  exemple  des  deux  efpeces  d'enharmonique. 

Enharmonique    Diatonique. 


Enharmonique     Chromatique. 


h.nharm. 

:ptaz 


F.nhjrmr 

£=i§lipÉPPi 

I    W  t    "  I       1 


JE/lVï  rm. 


l^JUlÉls 


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I       I       I 


■fcarcrr 


Tome  II. 


M  nu  ■»  M  t'.i  a 

Y 


^1 


A2  ESSAI 

C'eft  une  obfervation  lumineufe  de  RoufTeau  dans  fon  Diétionaire  (  arc . 
Enharmonique) ,  que  Rameau  s'efl  trop  occupé  de  calculs,  &  que  le  feu  na- 
turel de  ce  fayant  Artifte  eût  produit  des  prodiges  dont  le  germe  était  dans  fon 
génie,  mais  que  fes  préjugés  ont  toujours  étouffé.  Sans  doute  toutes  les  fois  que 
l'on  voudra  foumetre  à  la  preuve  du  calcul  tous  les  effets  de  Mufique  que  l'on 
trouve  en  préludant,  &  qui  fe  fuccedent  rapidement  chez  un  Compotîteur 
de  «renie ,  il  ne  fe  peut  que  la  verve  ne  fe  refroidiffe  par  la  féparation  que 
l'on  met  entre  les  idées  en  les  calculant.  D'ailleurs  il  peut  arriver  que, 
pour  une  erreur  de  calcul ,  on  rejeté  ce  qui  n'en  fait  pas  moins  un  excellent 
effet  au  jugement  de  l'oreille.  C'eft  au  goût  feul  à  conferver  ou  à  rejeter 
les  productions  du  génie  ,  &  nous  avons  pour  principe  immuable  que  tout 
ce  qui  plaît  à  l'oreille  eft  bon,  mais  que  tout  ce  qui  lui  déplaît  eft  mauvais» 
le  vrai  calcul,  en  Mufique  ,  n'étant  fondé  que  fur  le  fentiment  de  l'oreille. 

RoufTeau  confeille  aulîî ,  avec  la  plus  grande  raifon ,  d'employer  ordi- 
nairement T enharmonique  dans  le  récit  obligé. 

Dans  ces  morceaux  d'expreffion ,  Pâme  éprouvant  fans  cefTe  des  fentimenj 
oppofés  les  uns  aux  autres ,  on  ne  peut  mieux  peindre  le  choc  des  partions 
£c  des  idées  que  par  ce  genre  de  Mufique  ,  qui  eft  incohérent ,  &  qui 
brife  le  fens  de  la  phrafe  muficale ,  ainfi  qu'une  idée  en  vient  brifer  une 
autre. 

Une  preuve  que  l'enharmonique,  tel  que  le  calcul  le  donne,  ne  peut  être 
employé  dans  notre  genre  de  compofition,  c'eft  que  plufieurs  de  nos  inftru- 
jnens  à  cordes,  &  tous  ceux  à  vent,  ne  peuvent  faire  la  différence  de  mi  )ft 
au  fa  j  du  fa  y&  au  fol  b,  &c.  C'eft  ce  qui  fait  que  fur  le  clavecin ,  par 
exemple ,  ces  deux  fons  n'étant  exprimés  que  par  une  même  touche ,  les 
paffages  enharmoniques  paraiffent  plus  durs;  au  lieu  que  fur  le  violon,  le 
violoncelle,  &c.  le  doigt  pouvant  être  gliffé  un  peu  plus  ou  un  peu  moins, 
exécute  ces  différens  fons,  8c  diminue  ainû  la  dureté  qui  réfulte  du  partage 
de  l'un  à  l'autre.  Il  y  a  cependant  des  clavecins  où  les  touches  des  dièfes 
&  des  bémols  font  coupées  en  deux ,  &  où  par  conféquent  \q  fa%  &c  le 
folb ,  le  mi  b  &  le  re  $; ,  &c.  ne  font  pas  la  même  chofe  ;  mais  outre  que  cette 
divifion  augmente  de  beaucoup  la  difficulté  de  jouer  de  cet  infiniment,  il  y 
a  bien  peu  d'oreilles  capables  de  la  difcerner ,  &  affez  délicates  pour  favoir 
gré  à  celui  qui  joue,  de  ce  qu'il  lui  en  a  coûté  de  peine  pour  y  parvenir» 


SUR    LA    MUSIQUE,  *j 

On  eft  donc  convenu  de  forcer  un  peu  les  tierces  majeures,  en  acordanc 
le  clavecin,  Se  de  diminuer  aullî  un  peu  les  tierces  mineures \  ce  qui  fait 
cju'il  n'y  a  guère  que  l'odtave  qui  foie  parfaitement  jufte.  Car,  li  on  acor- 
dait  les  tierces  comme  elles  doivent  l'être,  trois  tierces  majeures  ou  quatre 
tierces  mineures  devant  faire  l'étendue  d'une  octave ,  il  ariverait  que  les 
quatre  tierces  mineures  étant  juftes ,  paiferaient  l'octave  de  près  de  — -  (j)  , 
&  que  les  trois  tierces  majeures  n'ariveraient  à  l'octave  jufte  que  moins  ~ 
à  peu  près.  C'eft  cette  méthode ,  dont  on  eft  convenu  de  forcer  un  inter- 
valle &  d'en  diminuer  un  autre,  que  l'on  nomme  tempérament.  Pythagore  t 
qui ,  le  premier ,  trouva  les  intervalles ,  voulait  qu'on  fuivît  le  calcul  à  toute 
rigueur.  Arifloxène ,  qui  trouvait  avec  raifon  combien  cette  rigueur  recu- 
lait les  progrès  de  l'Art,  voulait  que  l'on  ne  confultât  que  fon  oreille.  Telle 
fut  l'origine  de  la  feéte  des  Pythagoriciens  Se  de  celle  des  Arifloxéniens. 
Les  premiers  n'enfeignaient  que  la  théorie,  &  les  féconds  la  pratique.  L'An- 
tiquité a  été  long-tems  divifée  par  ces  deux  feétes. 

Rouffeau  donne  (art.  Tempérament),  comme  la  meilleure  manière  d'a- 
corder  le  clavecin ,  celle  qui  fuit. 

i°.  On  commence  par  Vut  du  milieu  du  clavier,  Se  l'on  afaiblit  les 
quatre  premières  quintes  en  montant ,  jnfqu'à  ce  que  la  quatrième  mi 
fa^e  la  tierce  majeure  bien  jufte  avec  le  premier  fon  ut  ;  ce  qu'on  appelé 
la  première  preuve.  i°.  En  continuant  d'acorder  par  quintes  ,  dès  qu'on 
eft  arrivé  fur  les  dièfes ,  on  renforce  un  peu  les  quintes  ,  quoique  les 
tierces  en  fouffrent,  Se  quand  on  eft  arrivé  au/ô/^C ,  on  s'arête.  Ce  fot%i 
doit  faire,  avec  le  mi,  une  tierce  majeure  jufte,  ou  du  moins  fourlrable  j 
c'eft  la  féconde  preuve.  30.  On  reprend  Vut  3  Se  l'on  acorde  les  quintes  au 
grave,  favoir,  fa,fîb,  mib,  Se  Lib,  faibles  d'abord,  puis  les  renforçant 
par  dégrés,  c'eft-à-dire,  afaiblilïant  les  fons  jufqu'à  ce  qu'on  foit  parvenu 
au  reb,  lequel,  pris  comme  ut  M  ,  doit  fe  trouver  d'acord  &  faire  quinte 
avec  le  fol  )&  ,  auquel  on  s'était  ci  -  devant  arête  \  c'eft  la  troifîeme 
preuve. 

» 1 1        1      ■     1 —     11  ii»  h— — — ^— 

(a)  C'eft  cette  différence  que  l'on  appelé  le  comma  de  Pythagore. 

F: 


4*  ESSAI 

Voici  le  Tableau  de  cette  manière  d'acorder. 


|    Quintes  faibles  ,   en    II  Première  j    Quintes  plus  fortes ,  en    1  Seconde  II  Quintes ,  en  defeendant ,  I   Ttàjïime 
I  I      Preuve.   S  !  Preuve.         d'abord  faibles,  puis  Preuve. 

montant.  J  |j  montant.  J    Tierce    |  renforcées.  ia.Quinte,HB 

n.»  3^4=  |iS.I     5=  6e  7=  *  !&!£  |  9e  -"<         Jpeurropfone. 

L    Uniflbn. 


6-1-9-t 


&£êJE§=l=n 


fnnj.juite.   I      5=  6e  7e  Sc   1  "ui'ort".   I 


Nous  croyons  qu'il  eft  une  méthode  plus  fimple ,  &  nous  nous  en  fommes 
toujours  bien  trouvés  :  la  voici  en  peu  de  mots. 

C'eft  de  commencer  par  mib,  &  d'acorder  enfuite  par  quintes  juftes  8c 
par  o&aves  juftes,  comme  dans  le  Tableau  fuivant. 


Y^-9- 

< 

3e    4e 

e-i 

TES 

i-  O     1 

JUSTES , 

îe    6e 

a_    o    _ 

"□.    □.  L:      q 

EN 
7e 
-e — 

MONTANT. 

fru    i.  «o.  ■c      *e  r 

1  ,,.*,,,. 

il      tropforte. 
l|        Uniflbn. 

— -3na=fee-d|;= 

•^-jT-Q- 

_fca az 

ctra 

ZTq-— 

Le 

„Q_- 

-n F-eH- 

-e — 

~u *© —  *© ' 

Uniflbn. 

Alors,  fi  1  on  fait  foner  l'odlrave  au  deflous  de  fol  W,  avec  le  mi  b  par  le- 
qu'on  a  commencé,  on  trouvera  que  ce  foi  &  ,  devenu  la  b,  ne  fera  pas  une 
quinte  jufte  avec  le  mi  b  \  mais  on  la  laiffera  telle  qu'on  la  trouvera,  parce- 
ciu'il  n'eft  pas  pofiible  qu'elle  foit  autrement.  De  cette  manière  il  n'y  aura 
qu'une  quinte  faufTe  dans  tour  le  clavier  ,  &c  les  autres  fe  trouveront 
juftes.  Alors  il  faudra,  feulement  éviter  de  jouer  des  morceaux  de  Mufique 
dans  le  Ton  de  lab,  pareeque  fa  quinte  n'étant  pas  jufte  à  toutes  les  octaves, 
il  ne  peut  en  réfulter  qu'un  effet  défagréable,  pour  peu  qu'on  ait  de  la 
délicateife  dans  les  organes.  11  pouta  très  bien  arriver  que  cette  manière 
ne  paraifte  pas  bonne  à  plufieurs  Muficiensj  mais  comme  ils  ne  pouront. 
prouver  que  celle  qu'ils  préfèrent  foit  meilleure ,  il  nous  eft  permis ,  comme 
à  eux ,  de  donner  la  préférence  à  la  nôtre  :  au  moins  ne  pouront-ils  nier  qua 
*elle-ci  ne  paraiffe  la  plus  fimple. 


SUR    LA    MUSIQUE.  4Ï 


CHAPITRE    XV. 

De  la  Baffe  fondamentale. 

Ce  fameux  fyftème,  inventé  &  calcule  par  le  grand  Rameau,  doit  fe  1*2 
dans  les  excelens  Êlémcns  de  Mufique  de  M.  d'Alembert  ,  qui  l'a  perfec- 
tioné  :  nous  nous  contenterons  d'en  donner  ici  une  légère  idée. 

Elle  ne  peut  exifter ,  fi  elle  ne  règne  toujours  au  deffous  des  autres  parties. 

Toutes  les  notes  de  la  baffe  fondamentale  ne  peuvent  porter  que  Yacord- 
parfait  3  celui  de  feptieme 3  ou  celui  de  Jlxtc  &  quinte  (a). 

Dans  route  fuccelfion  d'acords -parfaits ,  il  faut  qu'au  moins  une  des 
notes  de  l'acord  où  l'on  pafie,  fe  trouve  dans  celui  d'où  l'on  veut  fortir» 
Ainli,  lorfque  de  l'acord -parfait  c\'ut  3  par  exemple,  Ton  veut  paifer  à 
un  autre  acord-parfait,  il  faut  que  l'un  des  fons  de  l'acord  d'ut3  c'eft-à- 
dire,  ou  ut  3  ou  mi  3  ou  fol  3  fe  trouve  dans  l'acord  iuivant. 

Dans  tout  acord  de  fixte  Se  quinte,  ou  de  fous- dominante ,  c'efl:- 
à-dire  ,  de  quarte  qui  aille  à  la  tonique,  il  faut  qu'au  moins  une  dej 
confonances  de  l'acord  fe  trouve  dans  l'acord  précédent.  Ainfi  dans  l'acord 
fa  3  la  j  ut  3  re3  il  faut  que  fa  3  ou  la3  ou  ut  3  fe  rencontrent  dans  l'acord 
précédent  :  re3  qui  eft,  une  difTonance,  peut  s'y  rencontrer  ou  non. 

Toute  dominante ,  fiinple  ou  tonique ,  doit  defeendre  de  quinte. 

Toute  fous-dominante  doit  monter  de  quinte. 

Le  palTage  d'une  dominante-tonique  à  une  tonique,  s'appele  repos  abfoluî 
en  cadence  parfaite 3  comme  nous  avons  déjà  vu  j  &  le  pafTage  d'une  fous- 
dominante  à  une  tonique,  s'appele  cadence  imparfaite  ou  irrégulière. 


(.;)  M.  d'Alembert  dit ,  que  la  Baffe  fondamentale  eft  le  principe  de  l'harmonie  &  de 
la  mélodie ,  comme  ie  fyftcme  de  la  gravitation  eft  le  principe  de  l'Aftronomic  pliyfique ; 
e'eft-à-dire ,  que  ces  deux  fyftêmcs  ne  rendent  pas  raifon  de  tout  ce  qui  s'obfervc  eu  Mu- 
fique ou  en  Aftronomie. 

C'cft  une  chofe  bien  clouante,  qu'on  ait  pu  pouffer  la  pratique  de  la  Mufique  aa  point 
•ù  elle  était  parvenue,  fans  en  connaître  le  fondement;  &  qu'on  ait  exactement  trouva 
to«ss  les  règles ,  avant  que  d'avoir  découvert  le  principe  qui  ks  donne,. 


46  ESSAI 

Quand  la  baffe  fondamentale  fyncope,  c'eft  une  licence  qu'il  ne  faut  fe 
permetre  que  rarement.  Le  Dejfus  eft  un  chant  fupérieur  à  la  baffe  fonda- 
mentale, &  donne  les  notes  de  cette  baffe,  qui  lui  répondent.  Les  autres 
parties  font  prifes  dans  le  refte  des  notes  des  acords,  lorfque  le  deffus  &  la 
baffe  en  font  ôtés. 

Elle  ne  peut  marcher  régulièrement  que  de  trois  manières. 
i°.  Monter  ou  defcendre  de  tierce  ou  de  fixte. 
2°.  Monter  de  quarte  ou  de  quinte. 
3°.  Monter  diatoniquement  fur  un  acord  parfait. 

La  baffe  fondamentale  n'eft  pas  une  partie  de  Mufique  qui  puiffe  être 
exécutée ,  elle  eft  feulement  la  preuve  de  la  compofition  j  comme ,  en 
Arithmétique,  l'addition  eft  la  preuve  de  la  fouftraction. 

Toute  harmonie  ne  peut  être  bonne ,  quand  elle  n'eft  pas  foumife  à  la 
baffe  fondamentale. 

Voilà  à-peu-près  les  principales  règles  de  ce  fyftême,  qui  a  tant  fait  de 
bruit  dans  fon  origine.  Nous  ne  faurions  trop  confeiller  de  l'étudier  avec  le> 
plus  grand  foin ,  8c  de  fe  famihariler  le  plus  que  l'on  poura  avec  fes 
règles  &  leurs  exceptions.  Il  ne  faut  parvenir  à  les  connaître  Ci  bien ,  que 
pour  ne  plus  s'en  occuper  lorfqu'on  compofe. 

Ceci  a  l'air  d'un  paradoxe,  ce  n'en  eft  pourtant  pas  un. 
XTn  Componteur  qui  s'amuferait  à  tirer  la  baffe  fondamentale  de  tout  ce 
qu'il  fait,  outre  qu'il  perdrait  un  tems  confidérable ,  refferrerait,  par 
cette  contrainte ,  les  bornes  de  fon  génie  ;  mais  quand  il  eft  parvenu  à 
un  certain  point  de  connaiffànce  de  la  baffe  fondamentale,  il  contracte 
une  habitude ,  qu'il  ne  peut  plus  perdre ,  de  compofer  félon  les  règles  de 
cette  baffe ,  &  il  ne  dépend  plus  de  lui ,  de  rien  faire  qui  ne  foit  fournis 
à  fa  marche. 


CHAPITRE    XVI. 

De  la  Baffe  continue. 

On  lui  a  donné  ce  nom,  parcequ'elle  dure  pendant  tout  le  morceau  qu'on 
exécute. 

Ce  n'eft  qu'une  baffe  fondamentale ,  dont  les  acords  font   renverfés 


SUR    LA    MUSIQUE.  47. 

pour  la  rendre  plus  chantante  j  ainfi  elle  n'c-ft ,  pour  ainfi  dire ,  qu'un  chanc 
intermédiaire  entre  le  deffus,  ou  chant  principal,  &  la  balle  fondamentale. 

Il  y  a  quelques  règles  principales,  pour  faire  une  bonne  baffe  continue, 
comme  d'éviter  qu'elle  faffe,  avec  le  chant,  deux  octaves  ou  deux  quintes 
de  fuite j  mais  ces  règles  ont  quelques  exceptions,  &  l'oreille  feule  nous 
apprend  à  perfeétioner  les  baffes  continues. 

La  baffe  continue  fut  mife  en  ufage  en  1600,  par  un  Italien  nommé 
Ludovic  Viadana.  Dumont,  Maître  de  la  Chapelle  du  Roi,  mort  en  16S2, 
en  a  établi  l'ufage  en  France.  Avant  lui,  c'étaient  les  hautes-contres  &:  les 
tenore  qui  faifaient  les  baffes. 

Une  règle  invariable  de  cette  baffe  ,  pour  qu'elle  foit  bonne ,  c'efl 
qu'elle  falfe  la  partie  la  plus  baffe  des  morceaux  où  elle  fe  trouve ,  &  que 
dans  les  repos  Se  cadences ,  elle  préfente  les  mêmes  notes  que  la  Balfe  fon- 
damentale. 


S9 


CHAPITRE    XVII. 

De  la  BaJJe  contrainte. 

Autrefois  les  Compofiteurs  regardaient  comme  un  tour  de  force,  de 
faire  des  paffacailles ,  des  chaconnes ,  &c.  fur  quatre  ou  huit  mefures  de 
baffe  qui  fe  répétaient  fans  ceffe ,  comme  celle-ci  : 


^!ÉÉ*EÉËËiÉ^I 


Les  Compofiteurs  modernes  ont  reconu  l'abus  de  pareilles  miferes  ,  £c 
ne  cherchent  plus  à  donner  des  entraves  à  un  Art,  qui  a  par  lui-même  allez 
de  difficultés,  fans  lui  en  procurer  de  nouveles. 


*$* 


*5  'ESSAI 

Y  "    BBSSJggBBgB    "     !       ■   —————— — 

CHAPITRE    XVIII. 

Des  Parties  fupérieures. 

JjES  parties  fupérieures  doivent  obferver,  chacune  en  particulier,  à  l'égard 
de  la  bafle,  les  règles  de  l'harmonie,  comme  s'il  n'y  avait  qu'une  partie; 
&  il  faut  qu'elles  procèdent  avec  elle ,  le  plus  qu'il  eft  poffible ,  en  mou- 
vement contraire. 

Les  acords  étant  compofés  de  trois,  quatre  ou  cinq  fons,  il  faut  donc 
plufieurs  voix  ou  inftrumens  pour  les  rendre  ;  Se  ce  font  les  différentes  ma- 
nières de  faire  chanter  ces  différentes  parties,  qui  conftituent  la  bonne  ou  la 
mauvaife  harmonie. 

La  façon  la  plus  lîmple  de  compofer,  eft  à  quatre  parties  :  deffuSj  haute- 
contre  ou  quinte t  taille  ,  &  baffe.  Cependant,  comme  tous  les  acords  ne 
portent  pas  quatre  notes,  &  que  pluiieurs  n'en  ont  que  trois,  il  n'eft  guère 
pofîible ,  lorfqu'on  compofe  à  trois  parties ,  qu'il  n'y  ait  jamais  dans  aucune 
les  mêmes  notes  qui  font  dans  les  deux  autres. 

La  première  règle  du  Trioj  ou  de  la  Mufique  à  trois  parties ,  eft  qu'il  faut 
qu'on  entende  la  tierce  dans  tous  les  tems  de  la  mefure,  parcequ'elle  eft 
comme  l'âme  de  l'harmonie.  La  fixte  étant  proprement  une  tierce  renverfée, 
peut  très  bien  fuppléer  la  tierce.  Ainfi  il  fuffit  qu'une  des  parties  faffe  la 
fixte  contre  la  bafle ,  ou  que  les  parties  fupérieures  la  faffent  entr'elles. 

Il  faut  que  les  trois  parties  du  Trio  foient  le  plus  près  poflible  les  unes 
des  autres ,  &  fur-tout  de  la  bafle ,  pareeque  plus  l'harmonie  eft  ferrée  , 
plus  l'oreille  en  eft  fatisfaite. 

Quand ,  dans  une  des  parties ,  plufieurs  diflbnances  paflent  par  fuppo- 
Jîtion  (a)  contre  une  feule  note  de  la  bafle ,  l'autre  partie  peut  marcher  auifi 

(a)  Dans  les  parties  fupérieures,  on  appelé  notes  par  fuppofitioit  ou  notes  de  pajfage  , 
celles  qui  ne  portent  point  d'harmonie,  Se  qui  ne  font  proprement  que  pour  conduire 
d'une  note  d  harmonie  à  une  autre  note  d'harmonie.  Si  l'on  a,  par  exemple,  les  trois 
notes  d'harmonie  ut,  mi,  fol ,  &c  que  pour  remplir  les  interfaces  d'ut  à  mi  &  de  mi 
à  fol,  on  forme  le  chant  ut,  re ,  mi,  fa,  fol,  en  notes  de  moindre  valeur  j  le  re  &  le 
fa  feront  des  notes  par  fuppofuion  ou  de  pajfuge, 

par 


SUR    LA    MUSIQUE.  \0 

par  fuppofition,  ou  tenir  contre  la  baffe.  Toute  partie  qui  fyncope,  doit 
toujours  defcendre  d'un  degré.  Il  ne  faut  prefque  jamais  faire  fyncoper  les 
trois  parties  enfemble,  mais  les  deux  fupérieurcs  le  peuvent  très  bien. 

En  général  les  meilleures  règles  de  compofition  que  l'on  puille  donner  , 
font  les  partitions  des  grands  Maîtres. 


CHAPITRE    XIX. 

Vu  DeJJein* 

JLe  DtJJeln  eft  un  chant  que  l'on  veut  faire  régner  dans  le  morceau  quô 
l'on  fait,  &  qu'on  a  foin  de  rappeler  dans  les  parties,  &  dans  les  différentes 
modulations  où  l'on  pâlie.  Roulfeau  le  définit  :  l'invention  &  la  conduite 
du  fujet  j  la  dïjpojïtïon  de  chaque  partie,  &  fordonance  générale  du  tout. 

Les  Modernes  lui  ont  fait  quiter  fon  nom,  pour  lui  donner  celui  de 
motif y  pris  des  Italiens,  qui  l'appelent  motivoj  Se  le  cultivent  avec  foin 
dans  leur  Mufique. 

Le  grand  art  du  Compofiteur  confîfte  à  deiTiner  d'abord  en  grand ,  à  bien 
établir  fon  motif,  &  à  le  repréfenter  de  tems  en  tems  à  fes  Auditeurs ,  de 
manière  que  ce  foit  toujours  avec  un  nouveau  plaifir  qu'on  le  voie  revenir. 

RoufTcau  dit  avec  grande  raifon,  que  c'eftune  faute  de  dejfcin  3  de  laiffer 
oublier  fon  fujet  j  mais  que  c'en  eft  une  plus  grande,  de  le  pourfuivre  jufqu'i 
l'ennui. 


CHAPITRE    XX. 

De  ïlmitaùon. 

.L'imitation  confîfte  à  faire  répeter  le  chant  d'une  ou  de  pîufieurs  mefure% 
dans  une  feule  partie,  ou  dans  toutes,  cV  fur  les  différens  modes  que  l'on 
veut  parcourir. 

On  ne  demande  point  à  l'imitation,  la  févérité  qu'on  exige  pour  la  f'gue. 
Tome  IL  G 


jo 


£    S    S    A    2 


On  quite  la  première,  on  la  prend,  on  l'abandone  à  volonté.  C'eft  ce  qui 
fait  que  les  grands  Maîtres  la  dédaignent  ;  mais  nous  la  croyons  bien  plus 
fufceptible  que  la  fugue  ,  d'être  agréable. 


CHAPITRE    XXI. 

Du  Canon. 

J_iE  Canon  eft  une  fugue  perpétuele,  ou  une  imitation  dans  toutes  les  parties, 
qui  répètent  abfolument  le  même  chant. 

L'empereur  Charles  VI,  qui  était  grand  Muficien,  compofait  fouvent 
des  Canons,  Se  en  a  fait  faire  de  toutes  les  façons  par  les  plus  habiles  Mu- 
ficiens  Italiens  &  Allemands. 

Nous  en  donnerons  plusieurs ,  faits  en  France ,  pour  faire  connaître  les 
différentes  manières  de  les  compofer. 

Les  plus  fimples  font  à  l'uniffon  ou  à  l'octave  ;  c'eft-à-dire ,  que  chaque 
partie  répète  fur  le  même  ton  le  chant  de  celle  qui  la  précède. 

Telle  eft  à-peu-près  la  manière  de  compofer  des  Canons  de  ce  genre  : 

On  écrit  une  ou  plusieurs  mefures  d'un  chant  à  volonté  j  on  met  fous 
<e  chant  autant  de  parties  que  l'on  veut  ,  enfuite  on  fait  un  feul 
chant  de  toutes  ces  parties  ;  &  le  Canon  eft  fait ,  en  faifant  commencer 
les  diférentes  parties  à  une  mefure  l'une  de  l'autre. 

Exemple. 


(T» 


g^fl^t 


;t>-Qr- 


I 


$== 


Ê=sg= 


cErtn: 


I 


Ces  quatre  parties  fe  chantant  de  fuite  forment  ce  chant 


Maman,  je  veux  fai-  re    do  -  do,  do  do,  dodo. 


Igï 


Cadran   Hailmoniote 

(ZilYos:  -1    six  p.JivriKs  de  R.tniEAr 


/n.ir.riie  A\;  vimw/uvaient 


Le  même  Canon      a  une  ;ui(ro  manière 


f.,1  fatr  .tu  ('  l>.i r re- 
in.1/  jii.  •/.'  i  '.  '•mu  ii  '//4  ni  if nt 
.lit  c  )i/i.'/i, .•//<•  C  Inu-re 
martiuc  quilaoït  efrv 
./i.m/.'.T ,A-K.r  ime,  ce 
.rtw  Aynvuw  Cadran 
tic  //i,rrattsi'a.f 


SUR    LA    MUSIQUE.  ji 

On  trouvera  à  la  fin  de  ce  Livre  plufieurs  Canons,  dont  quelques-uns  font 
fort  compliqués.  Nous  ne  les  avons  raportés  que  pour  prouver  combien  il  eft 
inutile  de  perdre  du  tems  à  de  pareilles  recherches. 


CHAPITRE    XXII. 

De  la  Fugue. 

l-i  a  Fugue  confiée  à  faire  répéter  le  dejjcin  alternativement  dans  le  deflus, 
dans  la  balTe,  Se  dans  les  parties. 

Toute  fugue  a  fa  réponfe  dans  la  partie  qui  fuit  immédiatement  celle 
qui  a  commencé.  Cette  réponfe  fe  rend  à  la  quinte  ou  à  la  quarte ,  félon 
la  fantaifie  de  nos  Compolîteurs. 

La  fugue  eft  authentique,  quand  les  notes  du  fujet  vont  en  montant  ;  Se 
elle  eft  plagale,  lorfqu'elles  vont  en  defeendant.  11  y  en  a  à  un,  à  deux  Se 
à  trois  dclfeinsj  d'autres  qu'on  appelé  renverfecs ,  Se  dont  la  réponfe  le  tait 
par  un  mouvement  contraire  à  celui  du  fujet. 

Comme  c'eft  le  morceau  le  plus  difficile  à  taire,  Se  qu'il  varie  de  toutes 
les  manières ,  nous  renvoyons  aux  traités  de  Compolîtion ,  pour  aprendre 
à  les  connaître. 


CHAPITRE    XXIII. 

Du  Contrepoint. 

v_/n  appelait  autrefois  Compofaion>  l'invention  des  chants,  Se  Contrepoint t 
la  compoliwon  de  l'harmonie.  Mais  aujourd'hui  on  donne  le  nom  de  Con- 
trepoint aux  parties  ajoutées  à  un  lujet  donné  j  Se  ce  qui  n'était  alors  qu'une 
partie  de  plain-chant ,  eft  devenu  maintenant  ce  qu'il  y  a  de  plus  difficile  à 
iaire  en  Mufique ,  par  les  fugues  à  plufieurs  delleins  qu'on  y  infère. 

On  définit  aulïi  le  Contrepoint,  F  harmonie  fimultanée  de  différentes 
parties. 

L'origine  de  ce  nom  vient  de  ce  qu'ancienement  les  notes  étaient  des 
points,  &:  qu'en  compofant,  il  fallait  placer  ces  points  l'un  contre  l'autre. 

Gz 


52  ESSAI 

Le  Contrepoint  double  3  eft  proprement  un  chant  compofé  fur  quelque 
fujet  donné  j  lequel  fujet  fert  d'abord  de  baife  ou  de  fondement  À  la  con> 
pofition  de  ce  chant,  de  manière  cependant,  que  ce  chant  étant  mis  au- 
deffous  du  fujet,  Se  lui  fervant  de  baife  à  fon  tour,  le  renverfement  de 
ces  deux  parties  n'empêche  pas  que  l'harmonie  ne  foit  auffi  bonne  Se  aufll 
correcte  entr'elles ,  que  lorfqu'elles  étaient  dans  leur  première  fituation  ;  en- 
forte  qu'ils  font,  chacun  à  leur  tour,  &  fujet  &  contrepoint  j  ce  qui  a  faiç 
donner  le  nom  de  contrepoint  double  à  cette  efpece  de  compofition. 

Exemple. 

Chant  fait  fur  le  Sujet.  Sujet  au  DefTiis. 


se 


Ê^EJgEEg 


^â=ÊtEj~tqa= — 


ë=^ 


Sujet  donné.  Chant  faifaut  Bafie. 

Le  fujet  peut  être  pris  du  plain-chant,  ou  inventé;  mais  il  faut  obfervej 
qu'il  ne  doit  pas  être  trop  long.  Le  meilleur,  eft  celui  qui  n'excède  pas  quatr» 
mefures  ;  &  la  première  note  doit  être  la  finale  ou  la  dominante ,  ou  a\» 
moins  la  médiante. 

On  peut  voir  dans  les  Traités  de  Compofition,  ce  que  c'eft  que  le  cqji- 
frepoint  à  la  tierce  ou  dixième, 
à  la  quarte  ou  onzième, 
à  la  quiiste  ou  douzième. 
à  la  fixte  ou  treizième. 
à  la  feptieme  ou  quatorzième» 
à  l'octave  ou  quinzième. 
La  feptieme  fuperrlue,  fauvee  Se  préparée  par  l'octave,  fait  un  bon  effet  j 
«juand  la  réplique  eft  à  la  quinte  au-delfous. 

Exemple. 


*£ 


ïrre 


'ÊE§g=^ 


Réplique  une  quinte  au  delîbu;. 


SUR    LA    MUSIQUE.  tf 

Nous  fomnics  perfuadés,  que  la  réplique  du  contrepoine  a  Aotmè  naif» 
fance  à  la  fixte  fuperflue  : 

E     x     e     m     v     i     r. 


Sujet. 


j^bggpg|f[ 


6  s 


±=z 


-e-n 


On  peut  fyncoper  au  Deiïus,  la  féconde  ou  neuvième  ,  &  à  la  Baffe.,  J» 
quarte ,  pourvu  qu'elles  foient  fauvées  par  la  tierce. 

Exemple, 


ImÊ^Mm^^Ê^mm 


Ifl^ii^lliliil^il 


Exemple  des  DïJJonances  praticables  dans  le  Contrepoint* 


.  rggg;gg^^Eg^;ipteËffefe^M 


3eë 


»  r- 


zêzkm 


tlHI 


9  8 


2  3 


4  3     5,    3  *—    6  -?  3  6    76    73      76  76     76k     3 


â 


iii^H^^^iigl 


e 


— i- 


5^P=3t:p 


A.  Neuvième  fyncopee  au  DefTus  &  fauvée  par  l'octave. 

B.  Sernnrlp  fyncepée  ô  1i  Balfe  &  fauvée  par  la  tierce. 

C.  Quarte  fyncopee  au  Deffus  &  fauvée  par  la  tierce. 

D.  Faillie  quinte  fyncopee  au  Delfus  6V:  fauvée  de  la  tierce. 

E.  Triton  fauve  de  la  fixte. 

F.  Faillie  quinte  non  fyncopee. 

G.  Septième  fyncopee  au  Deiïus  &:  fauvée  de  la  tierce. 
H.  Septième  fauvée  de  la  tierce. 


y 


Septièmes  fauvées  de  fixce$. 


y* 


ESSAI 


On  peut  aufïï  fe  fervir  de  la  féconde  fuperflue,  de  la  feptieme  fuperflue , 
Se  de  la  quinte  fupetflue  ,  de  cette  manière  : 


Exemple. 


,       n  6  6 

7*  8  ?  32s  4      4ï  6  6 


-£C- 


6      6 

32s  4      4ï  6  6      5ï6ï        3 


ïS5p=Ë^i!N^^^ri^^ 


Le  Contrepoint  à  la  quinte  doit  commencer  par  la  quinte  dans  le  delïus, 
,6c  la  baffe  répond  une  quinte  en  deilous. 

Exemple. 


j&fettȕ,rr 


£ 


g^E^-^Eg^â 


Su, et  liauiTé  d'une  £e. 


Contrepoint. 

Sujet  qui  commence  par  la  finale.         Contrepoint  baifTé  d'une  quinte. 
Exemple  d'un  Contrepoint  dont  le  fujet  commence  par  la  Médiante. 


feEEEEEEEE:  BEEE£5fÈE 


fcfefES 


Contrepoint  fini  fiant  par  la  Médiante. 


S 


eteS 


r& 


S 


^Ji^Ëpsa^^S^-Er^ 


Contrepoint  finifiant  par  la  Dominante. 


i2E^^ggE^5g|^E|^E^E|^ 


SUR    LA    MUSIQUE,  jj 

Dans  la  mefure  à  quatre  teins,  on  ne  doit  jamais  fe  fervir,  fur  le  premier 
&  le  troifieme  tems,  qui  font  les  bons  tems  de  cette  mefure,  de  la  fixte 
majeure  ou  mineure  j  on  la  peut  feulement  faire  par  fuppofition,  foit  pour 
l'ornement  du  chant,  foit  dans  le  deuxième  &  quatrième  tems ,  ou  aprcs 
une  note  pointée,  ôc  tout  cela  par  degrés  conjoints. 


u 


**■ 1 — i i>  •  U» » — — r-^ »^ — u^^é. — ~- — i 1 


KÊ2ËÊ 


ï     6 


5     6     3  6       3     6 


5     6 


m 


m 


~~  e^^g^ 


Le  Contrepoint,  fait  fur  le  champ,  &  exécuté  fans  aucune  préparation, 
fur  un  fujet  donné,  s'appele  Chant  j ut  h  Livre  (a). 


CHAPITRE    XXIV. 

Du  Chant  fur  le  Livre. 

Cj 'est  prendre  un  fujet  ou  un  chant  tout  fait,  &  compofer  Se  chanter, 
dans  le  même  inftant,  au-delTus  de  ce  fujet,  un  chant  qui  foit  différent  & 
qui  falTe  une  bonne  harmonie. 

Ordinairement  les  fujets  que  l'on  prend,  font  des  Hymnes,  des  Profcs  , 
des  Répons,  des  Antïenes  ou  des  lntroits.  La  Profe  efl:  un  chant  rimé  qu'on  die 
avant  l'Evangile  aux  Fêter,  folemneles  feulemenf.il  y  en  a  quatre  principales  : 

Pour   Pâqut  ,    JrlCtïiux   Puflhuil  t  on   en  ignoro  l'Auteur. 

Pour  la  Pentecôte  3  rem  Sancle  Spiritus ,  par  le  roi  Robert. 

Pour  la  Icte-Dieu  ,  Laudu  Sion,  par  Saint  Thomas  d'Aquin. 

Tour  les  Morts,  D:cs  u\t,  par  le  Cardinal  Frangipani,  dit  Malabranca. 


(a)  RoufTeau  a  raifbn  de  dire (  art.  Contrepoint  )  ,  «  qu'où  a  long- tems  diiputépourfavoii 
»  fi  les  Anciens  avaiant  connu  le  contrepoint  ;  mais  que  ,  par  tout  ce  qui  nous  refle  de  leut 
>>  Mufique,  &  fur-tout  par  les  relies  de  pratique  d'Ariftoxène ,  on  voit  clairement  qu'il» 
»  n'en  curent  jam.iis  la  moindre  notion».  Comment  l'auriient-ils  connu,  puisqu'ils  : 
raient  ce  que  nous  appelons  ucords,  c'eft-à-dire,  rçofemble  de  pluûcurs  fous  dicVrcns» 


S6  ESSAI 

Ce  fut  faine  Ignace,  évêque  d'Antioche  &  difciplede  faïnt  Jean  l'Évangc- 
liftç,  qui  inftitua  le  Chant  alternatif  des  Pfaumes  &  des  Hymnes.  Saint  Hi- 
laire  ,  évêque  de  Poitiers,  compofa  plulieurs  Hymnes  qu'on  chanta  alors  en 
Occident.  C'eft  de  ce  Chant  fimple  que  faint  Ignace  a  pris  une  compa- 
raifon,  dans  fa  Lettre  aux  Ephéiiens,  lorfque,  exhortant  les  Prêtres  à  la 
concorde,  il  demande  qu'on  foit  fembkble  à  la  fymphonie  (harmonie)  Se 
qu'elle  foit  fi  jufte  qu'ils  ne  faffent  tous  qu'une  voix  (a). 

Lorfqu'Horace dit:  Utgratas intirmaifasfymphoniad'ijcors...  Offenditj &c. 
«  La  fymphonie  mal  acordée  offenfe  les  oreilles ,  &c.  »  Art.  poctiq.  v.  373. 
il  entend  amplement  les  voix  à  l'uniiîon  qui  ne  chantent  pas  jufte.  La  preuve 
que  le  mot  fymphonïi  3  ou  celui  d'harmonie  3  ne  fignifiait  que  L'uniflbn  ou 
l'octave,  c'eft  qu'Ariftote  dit,  dans  fon  Problême  16,  fect.  iç>3  que  dans 
la  fymphonie ,  l'une  de  voix  étant  tout-à-fait  femblable  à  l'autre  ,  il  arive 
néceffairement  qu'il  y  en  a  une  qui  obfcurcit  l'autre .,  c'eft-à-dire,  qu'il  femble 
qu'il  n'y  en  ait  qu'une,  au  lieu  que  dans  i 'antiphonie y  les  voix  chantant  à 
l'octave }  on  le  diftingue  agréablement.  Si  ce  paflage  n'eft  pas  concluant, 
nous  ignorons  de  quelle  nature  doivent  être  les  preuves  qu'on  exige  de 
nous  (b). 


e 


CHAPITRE    XXV. 

Du  Plain-chant, 

L.E  Plain-chant  n'a  pris  la  forme  qu'il  a  aujourd'hui,  que  depuis  que  Guî 
d'Arezzo  eut  inventé  les  notes,  &  les  eut  placée  fnr  quatre  lignes.  Avant  ce 
tems,  le  plain-chant  n'était  que  les  débris  de  la  Mulique  Greque,  Se  pro- 


(a)  Nouvele  pteuve  que  l'harmonie  de  ce  tems  n'était  que  l'unifïbn ,  &  que  les  Ancien* 
«l'en  ont  jamais  connu  d'autre,  à  moins  que  ce  ne  fut  l'oftave. 

(£)  Plutarque,  dans  fon  Traité  de  l'infcription  du  temple  de  Delphes,  diftingue  les 
Cordes  de  deux  manières.  1°.  Plufieurs  cordes  ne  faifaat  qu'un  ton  (  ainiï  que  les  cordes 
de  Luth  ou  de  Guitare  montées  à  l'uniflon  ou  à  l'oétave),  il  les  appelé  alors  polyckordia 
*3.  Comme  faifant  chacune  un  ton  différent,  il  appelé  celles-là  poeciliu. 

bablement 


SUR    LA    MUSIQUE.  $7 

bablement  qui  nous  en  a  confervé  quelques  chants  que  nous  poffédons  Gins 
le  favoir.  Avanr  le  onzième  fiecle,  chez  les  Grecs  comme  chez  les  Latins, 
chaque  fon  avait  un  nom  Se  un  caractère  particulier,  &  on  fe  contentait 
alors  de  mettre  au-delfus  de  chaque  fyllabe  du  texte  le  caractère  des  fons 
qui  convenaient  à  ces  fyllabes-,  ainfi  les  caractères  fe  trouvaient  écrits  avec 
le  texte  fur  une  même  ligne.  Mais  le  nombre  des  caractères  grecs  qu'il 
fallait  graver  dans  fa  mémoire  ,  montait  à  mille  fix  cent  vingt  ;  ce  qui  était 
prodigieux,  &  bien  difficile  à  retenir  par  cœur.  Gui  fimplifia  extrêmement 
fart  d'écrire  la  Mufique,  en  imaginant  les  lignes,  &  y  plaçant  des  points  : 
niais  comme  ces  points  étaient  tous  égaux ,  ils  ne  pouvaient  fervir  qu'au 
plain-chant,  dont  les  notes  font  égales.  Ce  fut  en  1330,  que  Jean  de 
Mûris ,  Docteur  &  Chanoine  de  Paris ,  donna  des  valeurs  aux  notes ,  Se 
inventa  des  fignes  qui  indiquaient  ces  valeurs,  &  par  conféquent  les  mou- 
vemens.  Plufieurs  de  ces  fignes  ne  fubfiitent  plus,  Se  on  leur  en  a  fubftitué 
d'autres.  Cet  art  fe  perfectionne  tous  les  jours. 

On  ne  fe  fert  que  de  deux  clefs  dans  le  plain-chant  :  la  première,  que 
l'on  nomme  clef  cïutj  Se  la  féconde,  clef  de  fa.  La  clef  d'uc  fe  pofe  fur 
les  quatre  lignes,  de  cette  manière. 

ut         UC       ut         ut 

.  ii^ippi 

La  clef  de  fa  fert  au  chant  grave,  étant  d'une  quinte  plus  balfe  que  la 
clef  d'utj  Se  fe  pofe  rarement  fur  la  féconde  ligne,  quelquefois  fur  la 
quatrième,  Se  prefque  toujours  fur  la  troifieine,  de  cette  manière. 

fa  fa 


atririF^^pi 


Voici  quelques  régies  principales  pour  chanter  fur  le  Livre,  nous  nous 
fommes  étendus  fur  cette  partie,  parce  qu'elle  cft  moins  connue,  que  les 
autres  parties  de  la  Composition. 

Il  ne  faut  jamais  faire  deux  octaves  de  fuite,  tant  en  defeendant  qu'e:i 
montant,  tant  par  degrés  conjoints  que  disjoints. 


m 


-©—a. 


-©- 


□ 


m 


Tome  II,  H 


5S  ESSAI 

Il  ne  faut  ni  monter  ni  descendre,  avec  la  balle,  fur  l'octave. 


WE?=^ 


-e- 


~*G- 


Î=TC? 


n'-e-      '»-e- 

Quand  la  baife  monte  d'une  quarte ,  il  ne  faut  pas  mettre  l'octave  fur 
fur  la  féconde  note. 


-^e- 


^az=Êz 


m 


Quand  la  baffe  defcend  d'une  quinte ,  il  ne  faut  pas  mettre  l'octave  fur 
la  féconde  note. 


——9-e-; -F— P 


o-e- 


II  ne  faut,  pas  mettre  l'octave  après  la  fixte  ,  à  moins  que  la  baffe  ne 
defcende  d'un  ton  par  degrés  conjoints,  &  que  la  fixte  ne  foit  majeure. 

6— »  6  -e- 


IH^i^ 


e-lo- 


*e- 


Il  ne  faut  jamais  mettre  l'octave  après  la  fixte  mineure. 


1 


Quand  on  eft  monté  à  l'octave,  il  ne  faut  point  nfcnter  de. quarte, 
-a-  -Q- 


&=**= 


IH^ 


Il  ne  faut  jamais  faire  deux  quintes  de  fuite  ,  excepté  en  mouvement 
contraire  : 


et— n— e- 


:— D 


_a_     -©=. 


-e- 


ÉHHiH 


On  ne  doit  point  defcendre  ni  monter  avec  la  baffe  fur  la  quinte. 


Quand  on  eft  à  la  quinte  ,  il  ne  faut  pas  defcendre  de  quarte  fur  la  tierce. 


_□_ 


j*=°=S= 


ni 


SUR    LA    MUSIQUE.  59 

Il  ne  faut  jamais  f.nir  par  une  tierce  mineure  ,  mais  toujours  par  la 
majeure  ;  &  avant  l'octave  la  tierce  doit  toujours  être  majeure. 

Quand  la  baffe  monte  d'une  tierce,  il  ne  faut  pas  defeendre  d'une  tierce 
majeure  ou  mineure. 

JBJtrf'     I 


Quand  la  baffe  defeend  d'une  tierce,  il  ne  faut  pas  monter  d'une  tierce. 


HilS 


Il  ne  fane  jamais  commencer  Yii  finir  par  la  fixte  majeure  ou  mineure  , 
&c  devant  l'octave  la  fixte  doit  être  toujours  majeure. 

Après  la  fixte  mineure  il  faut  defeendre,  &c  après  la" fixte  majeure  il  faut 


monter. 


5 


:_, e — . — e-±n~a—, — e— °- 


-e- 


ÏH 


==E 


Le  plain-chant  était  autrefois  fi  eftimé ,  que  plufieurs  Papes  &  Souverains 
en  ont  fait  une  étude  particulière.  Charlemagne  rétablit  dans  les  Eglifes 
d'Occident,  le  chant  Grégorien  ,  que  la  fuccelfiondes  tems  avait  corrompu. 
Le  roi  Robert,  fils  de  Hugues  Capet,  compofa  le  chant  de  plufieurs  ré- 
pons &:  antienesj  qui  font  encore  aujourd'hui  les  plus  beaux  morceaux 
de  la  Mufique  d'églife. 

Il  y  eut  même  des  règles,  des  ftatuts  ScAas  loix,  pour  obliger  ceux  qui 
jouiraient  des  fondations ,  faites  pour  entretenir  le  chant  dans  les  ccré- 
monies  religieufes  ,  à  cultiver  ce  précieux  talent.  Delà  vient  que  la  pra- 
tique du  chant  dans  les  églifc; ,  loin  d'avilir  ceux  qui  en  failaient  pro- 
fe  filon ,  les  faifait  honorer. 

En  1451,  peu  de  tems  après  l' extinction  du  fchàfme  d'Occident,  un 
commiiTaire  du  Pape  ayanr  été  député  pour  régler  quantité  de  points  qui 
intérefiaieiu  la  difeipline  de  l'églife  de  Siileron  ,  ég4ife  alors  tort  conli- 
dérable,  il  fut  indigné  que  la  plupart  tic  ceux  qui  detVervaienr  c 
églife,  n'euifent  aucune  teinture  de  l'art  de  la  Mulique,/Ii«J  lequel t  dit-il , 
dans  une  lettre,  il  efi  impojfible  que  l'office  divin  Je  faffe  avec  décence. 

Il  ordonna,  par  l'article  69  de  fes  ltatuts ,  que  ceux  qui  ne  (auraient 
point  les  règles  de  cet  art,  auraient  foin  de  s'en  faire  inftruire  dans  us 

H  1 


'€o  ESSAI 

rems  limité,  fous  telle  peine  que  l'Evêque  du  lieu  voudrait  leur  impofery 
s'ils  ne  le  faifaient  pas.  En  \66\ ,  les  Bénéficiers  de  cette  églife  s'aviferent 
de  contefter  cette  obligation  ,  en  difant  que  les  ftatuts  ne  parlaient  point 
d'une  Mufique  travaillée  à  plufieurs  parties,  mais  feulement  de  ce  qu'on 
appelé  plain-chant  ou  chant  Grégorien.  Sur  cette  contestation ,  qui  alla  en 
juftice  réglée,  il  intervint  deux  Arrêts' du  Parlement  d'Aix  ;  l'un  du  5 
Mars  1664;  &  le  fécond  confirmatif,  du  premier  Janvier  1667,  qui  ne 
permet  aux  Bénéficiers  de  réfigner  leurs  bénéfices ,  qu'à  condition  que  les 
refignataires  feront  en  état  de  pratiquer  l'art  de  la  Mufique  _,  dans  l'année 
de  leur  réception.  Et  comme  cet  Arrêt  fut  rendu  pour  ordonner  l'exécution 
de  ce  qui  fe  pratiquait  en  France  depuis  plufieurs  fiecles  ,  il  fert  à  prouver 
qu'avant  1481,  on  compofait  à  plufieurs  parties ,  Se  que  la  Mufique  n'était 
pas  feulement  du  plain-chant,  puifque  les  Bénéficiers  de  Sifteron,  qui  fe 
foumétaient  à  favoir  le  plain-chant  _,  furent  déclarés,  par  l'Arrêt  du  Parle- 
ment ,  dans  l'obligation  de  favoir  la  Mufique. 

Cette  digreflion  nous  a  paru  curieufe  Se  néceflaire  pour  établir  l'an-» 
cieneté  de  la  Mufique  travaillée  en  France. 

11  y  a  encore  une  efpece  de  plaint-chant,  qu'on  nomme  faux-bourdon  : 
c'eft  de  la  Mufique  fyllabique  non  méfurée.  On  peut  le  définir  une  pfal- 
modie ,  à  plufieurs  parties,  de  nos  hymnes,  pfeaumes  Se  cantiques. 


CHAPITRE    XXVI, 

De    ï 'Accompagnement   &   des    Accords. 

.L'acompagnement  eft  l'action  de  fraper,  avec  chaque  note  de  baffe , 
les  acords  qu'elle  doit  porter. 

Pour  apprendre  en  peu  de  tems  à  acompagner ,  il  faut  étudier  le  qua- 
trième livre  du  traité  de  l'Harmonie  de  Rameau.  11  nous  a  paru  que  fa 
manière  eft  la  plus  fimple.  Il  en  exifte  cependant  plufieurs  autres  qui  foni 
bonnes  aufli ,  &  en  général  l'acompagnement  eft  devenu  une  chofe  fi 
fimple  ,  qu'en  trois  ou  quatre  mois ,  on  peut  fe  flatter  (  lorfque  l'on  étudie 
férieufement  )  d'être  en  état  de  fe  palfer  de  Maître. 

Autrefois  l'acompagnement  était  fondé  fur  une  feule  règle ,  qu'on  ap- 


SUR    LA    MUSIQUE.  Si 

pelait  règle  de  l'octave  3   Se  qui  avait  été  publiée,  dit-on  >  en  1700  par 
le  n'eur  Delaire  (a). 

La  voici  en  majeur  &  en  mineur. 


Ton  majeur.    £ 


Cette  règle  était  fufifanre  pour  acompagner  ,  tant  qu'on  ne  fortait  pas 
du  même  ton  &  de  celui  de  fa  dominante  j  mais  du  moment  qu'on  en 
fortait,  elle  ne  donnait  point  les  moyens  de  s'en  apercevoir  :  il  fàlut  donc 
perfeftioner  cette  méthode  ;  c'eft  ce  que  Rameau  a  fait  avec  fucecs. 

RouiTeau  prétend,  dans  fon  article  règle  de  l'oclave  ,  qu'il  elt  fâcheux 
qu'une  formule  deftinée  à  la  pratique  des  règles  élémentaires  de  l'hat- 
monie ,  contienne  une  faute  contre  ces  mêmes  règles ,  parcequ'il  n'y  a  pas  de 
liaifon  entre  l'acord  de  la  cinquième  note  de  celui  de  la  lixieme.  Nous 
n'entendons  pas  ce  qu'il  veut  dire ,  ni  où  eft  la  faute  qu'il  prétend  être 
fur  la  fixicme  note  de  l'octave  j  car  dans  cette  manière  de  chifrer  l'octave  : 


6 

5 


&1 


3 
-en 


6 

-e- 


m 


^1 


La  tierce  marejuée  fui  la.  uinjuicm»  non?  faifant  yô/„  Jî ^  re  y  acord  oar- 
faiï  du  fol  fondamental;  &  la  petite  fixte  (b)  marquée  fur  la  lixieme  note, 
iaifant  la>  ut 3  re  s  fa3  acord  de  feptieme  du  re  fondamental,  re  elt  donc 
commun  aux  acords,  &  fert  par  confequent  de  liaifon. 

Mais  quand  cette  liaifon  n'exifterait  pas ,  où  Roulleau  a-t-il  trouve  qu'il 


(a)  Gimpion  a  dit  l'avoir  publiée  le  premier  en   1716.  Rameau,  &  Raufleau  d'aprîs 
lai  ,  prétendent  que  c'eft  Delaire. 

(*)  L'erreur  de  Rouiïèau  cft  d'avoir  regardé  comme  une  fate  fimplc  l'açoid,  de  j>c 
tiic  lute. 


5a  ESSAI 

faut  qu'elle  exifte  toujours  ?  Dès  que  l'on  eft  arrivé  à  la  cinquième  note 
du  ton  (a) ,  n'eft-on  pas  maître  d'aller  où  l'on  veut  ? 

C'eft  une  autre  erreur  du  même  Écrivain ,  dans  Ion  article  acompagne- 
ment j  de  combatre  avec  dérifion  ceux  qui -prétendent  qu'il  eft  plus  aifé 
d'aprendre  à  acompagner ,  lorfqu'on  commence  par  aprendre  la  compo- 
fition; c'cfl,  ajoute-t-il ,  comme  fi  l'on  propofait  de  commencer  par  fe  faire 
Orateur,  pour  aprendre  à  lïre{b);  mais  il  aurait  du  fonger  qu'on  aprend 
deux  cliofes ,  en  aprenant  l'acompagnement  j  la  feience  &  la  manière.  Un 
écolier  eft  déjà  aflez  embarafte ,  &  de  cette  longue  fuite  d'acords,  qu'il 
faut  fe  mettre  dans  la  tête  ,  &  de  lire  la  Mufique ,  que  peut-être  il  ne 
lit  qu'avec  difficulté,  Se  des  changemens  de  ton,  qui  ne  font  point  marqués 
par  les  chifres ,  &c.  fans  avoir  à  fonger  au  méchanifme  des  doigts  &  à  la 
manière  de  renverfer  les  acords  dans  les  doigts  ;  ce  qui  fait  une  grande 
partie  de  la  feience  de  l'acompagnateur.  Ce  n'eft  donc  point  une  chofe  abfurde 
de  propofer  aux  jeunes  gens  de  commencer  par  aprendre  la  compofition,  ce 
qui  doit  être  pour  eux  une  affaire  de  quatre  ou  cinq  mois  tout  au  plus, 
&  enfuite  de  fe  livrer  entièrement  au  méchanifme  de  l'acompagnement , 
qui  ne  leur  paraît  alors  qu'un  jeu  ;  n'étant  plus  embaralTés  par  les  différentes 
combinaifons  qui  fe  brouillent  dans  leur  tête,  quand  ils  aprenent  en  même 
tems  Y acompagnement  Se  à  acompagner.  Nous  perfiftons  donc  à  croire  qu'il 
vaut  mieux  commencer  par  aprendre  la  compofition ,  &  nous  le  confeillons 
à  tous  ceux  qui  feraient  arrêtés  par  cet  article  du  DicHonaire  de  Mufique. 
Nous  leur  confeillons  encore ,  lorfqu'ils  feront  en  état  de  fe  palTer  de  maîtres , 
de  ne  pas  employer,  dans  leur  acompagnement,  toutes  les  notes  de  l'har- 

(a)  La  cinqiiier»c  uote  du  ton  s'appelle  ainu,  quand  elle  ne  porte  qu'accord  parfait  j 
elle  i'apclle  dominante ,  dès  qu'on  y  ajoute  la  feptieme.  On  verra  dans  notre  troifieme 
volume,  â  l'article  Blainville  ,  quelles  font  les  fautes  que  l'on  trouve  dans  la  r;gle  de 
l'o&ave,  &  comment  Rouffeauen  a  fuppofé  dans  un  endroit  une,  qui  n'y  eft  pas  ,  tandis 
que  dans  ce  même  endroit,  il  n'a  pas  vu  celle  qui  y  eft;  non  plus  que  les  autres  dont 
nous  parlons  dans  le  même  article. 

[bj  II  eft  à  remarquer  que  RouiTeau  ,  dans  la  même  page,  dit  qu';7  faut  qu'un  acom- 
pagnateUr  foit  grand  Mujiclen  ,  qu'il  fâche  a  fond  l'harmonie ,  qu'il  connaijfe  bien  fon 
clavier,  &c.  (Voyez  la  page  6  de  fon  Diitionaire  ).  Comment  cet  acompngnateur  fera-t-tl 
grand  harmonifte  ,  s'il  n'a  pas  apris  la  Compofition  î  II  faut  que  Rouffeau  ait  toi:  au 
commencement  de  fa  page  ou  à  la  fin. 


SUR    LA    MUSIQUE.  CS 

inonie  •  c'eft  une  richefTe  dont  il  faut  ufer  fobrement.  On  doit  faire  chanter 
les  acords  le  plus  que  Ton  peut  ;  ce  qui  eft  impoflible ,  lorfque  l'harmonie 
eft  toujours  complète.  Les  Italiens  pcftedent  fupérieurcment  cette  manière 
agréable,  de  n'employer,  dans  leur  acompagnementj  que  les  notes  nécef- 
faires  ,  fans  faire  parler  les  autres  j  c'eft  ce  que  l'habitude  d'entendre 
d'habiles  gens ,  Se  le  goût  naturel ,  aprenent  bien  mieux  que  toutes  les 
règles  que  l'on  pourait  donner. 

On  peut  lire,  dans  le  Dictionaire  de  RouiTeau ,  à  l'article  acords  t  le 
détail  qu'il  en  donne,  d'après  le  traité  de  l'harmonie  de  Rameau;  ainli  que 
l'article  chiffres _,  où  l'on  vcuj  la  nianicie  donc  s'c(-riv<?nt  les  acorrlç. 


CHAPITRE    XXVII. 

De  la  Tablature. 

O  n  appelle  ainfi  la  manière  dont  on  note  la  Mulique  pour  certains 
inftrumens,  comme  la  guittare ,  le  luth,  le  théorbe ,  cVc. 

On  fe  fert  pour  cela  des  premières  lettrée  de  l'alphabet;  «Se  cette  méthode 
eft  d'autant  plus  commode,  qu'en  lifant  .a  Mufique,  on  l'exécute  en 
même  tems. 

On  tire  autant  de  lignes  paralcles,  qu'il  y  a  de  cordes  à  ttnftrument ; 
comme  les  manches  font  divifés  en  touches,  les  a  fignifiipt  les  à  vide3  les 
b ,  la  première  touche,  les  Cj  la  féconde,  6Vc. 

Exemple. 

fi 

Manche  de  la  ?/  fcg ^t, 

Guittare.  ■;,■'/-    j         C 6 fe- 


FF r- 

i.* a c        é- 

Ainfi  cet  exemple,  noté  à  l'ordinaire,  fe  lirait  ainli  : 

1 


rj^f«E 


La  petite  double  croche ,  qui  eft  au-deflusde  la  ligne  de  l'exemple,  marque 
que  toutes  les  lettres  de  cette  mefure  font  ies  doubles  croches.  On  écrit  ie$ 


#4  ESSAI 

valeurs  des  notes  toujours  fur  cette  ligne ,  8c  on  n'eft  obligé  de  mettre  une 
note  que  quand  la  valeur  des  lettres  change.  Lorfque  toute  la  mefure  eft  de 
noires,  croches  ou  doubles  croches,  une  noire,  croche  ou  double  croche, 
fuftit  j  mais  quand  les  valeurs  font  mêlées ,  ou  les  marque  ainfi , 

é — i—  a 


±± 


-&- 


|^»o"i 1— m T -^— — 

__iE i_l 

Dans  cet  exemple,  on  a  été  obligé  de  mettre,  fur  la  ligne  d'en  haut,  la 
valeur  de  prefque  toutes  les  lettres,  excepté  celle  du  premier  b >  parce  qu'elle 
eft  la  même  que  celle  du  c  qui  le  précède.  Ainfi ,  s'il  y  avait  cent  lettres  de 
fuite  qui  euffent  la  même  valeur,  on  ne  marquerait  cette  valeur  que  fur  la 
première. 

On  voit  combien  cette  méthode  fimplifie  l'action  de  lire  la  Mufique ,  on 
n'a  plus  befoin  de  dièfes  ni  de  bémols,  8c  tous  les  tons  font  égaux.  11  en 
réfulte  auffi  que  l'on  fait  deux  opérations  en  même  tems ,  puifque  le  moment 
où  on  lit ,  eft  celui  où  l'on  exécute.  Mais  comme  la  tablature  change  félon 
les  différens  inftrumens  qui  ont  plus  ou  moins  de  cordes,  &  ont  un  acord 
différent,  on  ne  peut  fe  mettre  dans  la  tête  ces  différentes  tablatures,  de 
manière  à  lire  fans  inftrumens  la  Mufique  qu'elles  repréfentent ,  &  à  la 
chanter  comme  on  ferait  avec  des  notes.  Nous  n'avons  vu  que  Made- 
felle  Gentï  pnfTérW  1©c  TnKlamrpc  aii  point  de  s'en  fervir  comme  de  la 
Mufique.  Cette  célèbre  Vutuofe  eft  affez  connue  pour  n'avoir  pas  befoin 
de  nos  éloges  ;  mais  nous  faidffons  avec  plaifir  Toccalion  de  la  remercier  des 
inftructions  quelle  a  bien  voulu  nous  donner ,  pour  nous  aprendre  à  connaître 
la  guittare,  le  luth  8c  le  théorbe,  trois  inftrumens  dont  elle  joue  également 
bien ,  8c  pour  lefquels  elle  a  compofé  plufieurs  acompagnemens  des  plus 
jolies  chanfons. 

Les  Grecs  avaient  auffi  une  double  tablature >  l'une  pour  les'inftrumens , 
Se  l'autre  pour  la  voix.  C'eft  Philochore  qui  nous  le  dit ,  dans  le  troifieme 
livre  de  fou  Atthis  j  mais  il  ne  nous  dit  point  leur  manière  de  l'écrire; 

Fin  du  troifieme  Livre. 


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miiris  tel  rneùf  fri  - 


arids  .  vins  de'  fi  -  -  r^i^r     //  '  2/      rnan    -    ai/en/ 


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fiimaio'noiijn'en u voru  i>u  ma pwsjè  fut  r//\'  ca/rwar&. 


CANON   ,1  S    VOIX  A  LA  QUARTE  PAR  1L1MK.1C 


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DOUBLE  i  '.i.Vc'.v  RENVERSE  -/  QUATRE  DESSINS  .1  LA  QVOtTB  AU  DESSUS 

funOltt-v  djyit.'i  SVUl   .'l'/.'A/t'/i://','/  -   >i,'/  il'  t-.'nt  -  u>  /    .•iiu-v  .".•)// 


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stttanf  dater  surit  ça  -  uui  nous  y  di—j'ans  tt-tu  r/ui/i -,ion 
AUTRE DOUBLE  CANON  RENPERSE    l  ///:/. \  DE  S  SIX  S  .1  LA  QUINTE  AU  DESSUS 

j'i/i.i/y -     ri/.y  .■;•//    .'//<-'/..  1IO  -  Sù'it  .••ui .:  it,i,i  •yi/ii,'.'iitv,y   Ma  f* 


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Le-vau  -  VI'C  Crr<-   I  jfoire    csl  '  /n.'rl .1//US y/.-ti/. '/!.■■. ,\>/i         sort 

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Le  oauvre      Orei/,u/c     est  mort  anus  ouvrons  son.  vrl 


\ ',>//.<■  neraportons  ces  derniersi anons.auf  poitr  ///,'///>;•/•/,////,'- 
oue Ion pat/ /aire ,/a  /,//,■///  et  du calcul, :11011s ne  saurions  /. 
r'/t/.it/r/'  /<;<■  feu/tes  Cbnwosàeurs  </  mieux  employer  leut  .',  w 


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CANON  .1  10.r-IR.riES 


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MORCEAUX 


DE  .MUSIQUE 


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7G 

Mélanges  de  morceaux,  de  Musique,  appelles  Octonajses, 
sur  differents  sujets  moraux  «xv . 
Par  Claude  le  jeune  natif  de  L'ilencifnxi: 
Composit*dè  la  Musique  de  la  Chambjuv  /un-  /lEyiirm. 


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1/ean  d'idem:   peut/eu  raurs en  /un:,'  /en  -die  l'eu/ 


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C*1NSON  J)E  PETRARQUE  ;  SECOND  COUPLET.  A  5.  POIX.  PAJfCLd.1  '"■■   '■''■ 
JEUNE  EN  1501  SOUS  LE REONE  JJUEXR1'  IU ■ 


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Fin  du   III  ?  Livre  . 


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SUR  LA  MUSIQUE. 


LIVRE    QUATRIEME. 

Des  Chanfons. 


CHAPITRE    PREMIER. 

Réflexions  fur  les  Chanfons» 

IX  o  v  s  s  E  A  u  définit  la  chanfon  :  un  petit  poème  lyrique  fort  court  t  qui  rouit 
ordinairement  Jîy  des  fujets  agréables  >  auquel  on  ajoute  un  air  pour  être  chanté 
dans  des  ocafions  familières 3  comme  à  table  avec  fes  amis  ,  avec  fa  maù  , 
&  même  feul }  pour  éloigner  quelques  inflans  l'ennui  ,  fi  l'on  cjl  ru  &(  _,  - 

rter  plus  doucement  la  miferc  &  le  travail  t  fi  l'on  c  jl  pauvre. 

Tome  II.  I 


mo  ESSAI 

Nous  ajouterons  à  cette  définition,  que  c'eft  quelquefois  un  moyen  ingé- 
nieux d'écrire  l'hiftoire  de  fa  vie  Se  les  différentes  lituations  de  fon  ame  j 
de  convenir  publiquement  de  ce  qu'on  n'oferait  peut-être  pas  avouer  en. 
particulier  -y  &  d'inftruire  allégoriquement  l'objet  aimé  de  ce  qu'on  fouffre 
tant  à  lui  cacher.  Enfin  c'eft  le  langage  des  amans  malheureux,  foit  que  l'ef- 
poir  leur  foit  encore  permis,  où  qu'ils  l'aient  entièrement  perdu. 

La  douceur  de  la  mélodie,  jointe  aux  charmes  de  l'harmonie,  ajoute  une 
nouveîe  force  Se  un  fentiment  plus  tendre  aux  plaintes  qu'on  lui  adreffe.  La 
Mufique  eft  alors  l'accent  de  l'amour.  Platon  dit  que  les  Dieux,  touchés  des 
travaux  Se  des  peines  inféparables  de  l'humanité ,  firent  préfent  à  l'homme 
de  la  poéfie  Se  du  chant. 

Chez  toutes  les  nations,  depuis  les  plus  policées,  jufqu'aux  plus  fauvages, 
les  chanfons  ont  toujours  fervi  d'interprètes,  tantôt  à  la  douleur  phylique  Se 
morale,  Se  tantôt  aux  plaifirs. 

Les  fauvages,  au  milieu  des  tourmens  les  plus  affreux  &  au  moment  d'être 
dévorés  par  la  flâme,  chantent  (a)  leur  confiance  Se  infultent  ceux  qui  leur 
donnent  la  mort. 

Les  Indiens  fe  brûlent  de  leur  propre  volonté,  Se  chantent  en  fe  brûlant. 
Les  fauvages  chantent  auiïï  en  allant  au  combat  Se  aux  funérailles  de  leurs 
chefs  ou  de  leurs  parens.  Dans  nos  enterremens ,  on  chante  de  même  des 
prières  pfalmodiées,  Se  quelquefois  acompagnées  par  des  inftrumens. 

*  *  ■!* 

(a)  Chanfon  fauvage  d'un  prifonier  prêt  à  mourir» 

«  Arivez  tous  hardiment,  afTemblez-vous  pour  diner  de  moi:  car  vous  mangerez  en 
r>  même  tems  vos  pères  &  vos  aïeux,  qui  ont  fervi  d'alimens  &  de  nouriture  à  mon  corps  & 
»  à  ceux  de  mes  ancêtres.  Ces  mufcles,  cette  chair  &  ces  veines,  ce  font  les  vôtres  :  pau- 
»  vres  fous  que  vous  êtes,  vous  ne  reconnaifTez  pas  que  la  fubltance  des  membres  de  vos 
»  pères  s'y  tient  encore:  favourez-les  bien,  vous  y  trouverez  le  goût  de  votre  propre 
»  chair  »■ 

(  Tirée  de  Montaigne,  liv.  jo). 

Chanfon  d'amour  des  Caràihes. 

«  Couleuvre  arête-toi ,  arête-toi  couleuvre,  afin  que  ma  fœur  tire  fur  le  patron  de  ta 
»  peinture ,  la  façon  &  l'ouvrage  d'un  riche  cordon  ,  que  je  puifTe  donner  à  ma  mie  :  ainfi 
»  foit  en  tout  tems  ta  beauté ,  &  ta  difpofition  préférée  à  tous  les  autres  ferpens  »» 

Montaigne  trouve  cette  chanfon  anacréontique  (  même  livre  ). 


SUR    LA    MUSIQUE.  m 

Chez  les  Anciens,  les  guerriers  chanraienr  des  hymnes  au  moment  de 
combatre.  De  nos  jours,  nos  foldatsont  encore  des  chanfons  qu'ils  anpelent, 
chartfons  de  bataille  [a).  Ils  chantent  enfuite  la  victoire,  quelquefois  la  défaite. 

{a)  Dans  les  campagnes  de  1756  Se  1777,  les  Pruflîens  ont  fait  revivre  cet  ufage 
par  les  chants  de  guerre,  de  la  compoiïticm  de  M.  Clcim  ,  qui  fc  chantaient  parmi  leurt 
troupes. 

Nous  en  raporterons  un  traduit  de  M.  JjPàfs,  qui  pourra  faire  juger  du  mérite  des 
autres. 

Larmes  d'uni  Ama\onc  fur  la  tombe  de  fin  Amant. 

Coulez ,  larmes  délicieufes  :  coulez  :  mon  Coeur  oppreiïe  fe  réfoud  dans  une  douce 
douleur;  c'eft  l'unique   bien  que  je  pouvais  encore  délirer. 

Oui  ,  baignez  mon  fein  ,  précipitez  -  vous  de  mes  yeux  :  l'orgueil  de  la  jeunefTe , 
l'ornement  des  Héros ,  n'eft  que  pouflïere  ,  Se  fa  ruaifon  eft  une  tombe. 

Vous  ne  le  reverrez  plus ,  ô  mes  regards  !  baignez  de  larmes  fon  vifage  fi  beau  &: 
fi  terrible ,  vous  ne  le  reverrez  plus. 

Mon  oreille  ravie  ne  l'entendra  plus  :  fes  difeours  raviiTans  comme  le  chœur  des 
Mufes,  comme  l'harmonie  des  Sphères,  elle  ne  les  entendra  plus. 

Mes  lèvres  brûlantes  ne  fe  colleront  plus  fur  les  tiennes  :  elles  ne  recevront  plus  fes 
baifers  doux  comme  le  parfum  des  fleurs  &  comme  la  rofée  du  matin. 

Trifte  &  folitaire,  je  vais  errer  dans  la  vallée  :  fa  vue  inopinée  ne  me  «aufera  plus 
une  douce  émotion  !  je  ne  le  trouverai  plus  caché  dans  l'obfcurité  du  bois. 

Mais  qu'entens-je  !  .  .  .  Quels  accens  lugubres  fe  mêlent  à  l'expreflion  de  ma  douleur  ? 
Ils  s'aprochent  :  j'entends  des  cris  entrecoupés  de  fanglots. 

Je  vois  ....  une  troupe  de  guerriers,  compagnons  de  mon  Héros,  s'approcher  à  pas 
lent  :  elle  eft  fuivic  d'une  multitude  de  guertiers. 

Ah  !  leurs  joues  hâlées  brûlent  d'une  douleur  profonde,  &  de  grofiès  larmes  coulent 
fut  leurs  barbes  épaiflès. 

O  Guerriers  !  que  portez-vous  fous  ce  manteau  ?  . . .  Vous  ne  répondez  rien  .  • .  vous 
fanglottcz  !  ...  Ah  !  malheur  à  moi  :  c'eft  lui  ;  c'eft  mon  jeune  amant. 

Otez ,  ôtez  ,  ce  vêtement  qui  le  dérobe  à  mes  yeux.  Je  veux  le  voir  ;  il  eft  à  moi 
Se  à  ma  patrie.  O  jeune  homme  que  tu  es  encore  beau! 

Ah  !  laifTc-moi  encore  t'embrafTcr ,  aimable  Héros  !  Que  mon  baifer  ne  peut-il  te 
ranimer;  toi,  dont  un  regard  me  donnait  la  vie! 

1  1 


'  f  ï  2  ESSAI 

Les  artifans  charment  leurs  travaux  par  des  chanfons  qui  les  confolent  (a); 
enfin ,  dans  les  cachots ,  on  entend  des  chanfons.  Si  elles  exercent  leur  empire 
jufques  dans  ces  tombeaux  des  vivans ,  dans  quels  lieux  les  plus  reculés  pou- 
raient-elles  ne  pas  pénétrer? 

Nous  croyons  que  l'on  doit  diftinguer  les  chanfons  en  quatre  clafTes. 

i°.  Les  hymnes  en  l'honeurde  la  Divinité. 

2°.  Les  romances  ou  chanfons  amoureufes» 

3°.  Les  chanfons  à  boire,  rondes,  Sec. 

4°.  Chanfons  d'efprit,  madrigaux,  parodies,  vaudevilles,  Sec. 

Amis,  ce  cœur  ne  bat  plus  :  l'amour  &  la  gloire  ne  le  font  plus  palpiter  :  il  ne  fê 
tourne  plus  avec  un  doux  fourire  vers  moi. 

Ce  bras  infatigable  ne  foulève  plus  l'épëe  ;  il  ne  s'entrelace  plus  autour  Je  mon  co!» 
C'en  eft  fait!  ces  relies  de  mon  amant  vont  donc  tomber  en  poufliere  !  Arrêtez  encore  , 
ces  blefiures  ne  me  difent-elles  pas  ce  qu'il  étaic  ? 

LaifTez-moi  les  voir  !  ...  J'y  vois  le  triomphe  &  la  gloire,  qu'elles  font  profondes  !  elle* 
ne  lui  font  plus  de  mal  ;  mais  elles   t'en  foat ,  ô  ma  patrie. 

Elles  engloutiiïënt  mes  larmes  !  mais  ru  ne  veux  plus  être  pleuré  :  la  gloire  me  le  défend. 

Elle  m'arrache  de  la  tombe  ?  mon  cœur  s'aggrandit  :  il  s'élève  jufqu'à  toi  ;  l'amoui 
&  le  defir  m'avoient  trop  ravalée  l 

Heureufe  que  fa  chute  ait  été  fi  glorieufe  !  ah  !  que  ne  fuis- je  ce  qu'il  était ,  &  que 
ne  puis- je  tomber   comme  lui  ï 

Que  mon  aine  ne  p;ut-efle  fe  dégager  de  fa  dépouille ,  &  que  ne  peut-elle  anime* 
Ion  corps  pour  devenir  un  être  aulli  grand  que  toi  ! 

Alors  d'une  main  courageufe  je  te  vengerais  !  Si  toi  ,  ma  patrie ,  que  je  me  trouverait 
Jieureufe  de  combattre ,  de  verfer  mon  fang ,  de  mourir  pour  toi ,  &  d'obtenir  les  regreis 
&  les  pleurs  d'une  troupe  de  Héros  ,  tels  que  ceux  qui  regietent  &  pleurent  ici  mort 
amant  ..  .  Amis,   venez  le  coucher  dans  la  tombe. 

EntafTez  les  crânes  des  ennemis,  formez- en  un  monument  à  fa  gloire ,  &  arborez  JefTus 
le  drapeau  gagné  par  fa  valeur. 

Autour  de  la  pyramide  je  planterai  un-  bois  épais  de  lauriers,  &  je  lui  consacrerai  en 
fîlence  mes   foupirs. 

O  ma  patrie  f  mes  pleurs  aroferont  ce  bois  facré  ,  jufqu  a  ce  que  mes  os  repofent  avec 
mon  amant  dans  la  même  tombe. 

(a)  Sous  Charles  VI,  on  fit  des  chanfons  Liment  Me  s  ,  fur  l'anaflinat  du  Duc  d'Or- 
léans ;  elles  fe  chantaient  dans  l'aimée  du  Roi,  pour  infulter  au  Duc  de  Bourgogne, 


SUR    LA    MUSIQUE.  115 


CHAPITRE     II. 

Des  Chanfons  Greques. 

JL/usage  des  chanfons  cfl:  naturel  aux  hommes.  Elles  font  le  plaifïr  6c 
l'amufemenr  des  enfans  &  des  vieillards,  des  pauvres  Se  des  riches,  de 
ceux  qui  travaillent ,  comme  de  ceux  qui  retient  en  repos.  Ce  goût  a  été  de 
tous  les  fiecles  (a),  Se  fe  trouve  chez  toutes  les  nations.  Les  Grecs,  en  le 
cultivant,  n'ont  fait  que  ce  qu'avaient  fait  leurs  prédécefleurs ,  e\:  nous  ne 
faifons  que  fuivre  leur  exemple.  Ils  n'avaient  point  encore  l'ufage  des 
lettres ,  qu'ils  avaient  celui  des  chanfons  (/>).  Ils  mettaient  en  chant  leurs 
loix  6c  les  événemens  de  leur  hiftoire,  pour  s'en  miuix  fouvenir. 

Lorfque  les  lettres  eurent  donné  naiflance  aux  arts  Se  aux  feiences,  les 
chanfons  firent  faire  des  réflexions  fur  l'air  de  fur  les  paroles  dont  elles 
étaient  compofées.  Les  réflexions  fur  l'air  furent  l'origine  des  règles  de  la 
Mufique,  c\:  les  réflexions  fur  les  paroles  produifîrent  peu-à-peu  les  pré- 
ceptes de  la  Poéiie.  La  Mufique  &  la  Puélîe,  à  leur  tour,  portèrent  les 
chanfons  à  un  point  de  perfection,  où  elles  n'avaient  pu  aller  dans  les 
fiecles  précédens. 

Nous  ne  parlerons  point  des  épodes  ,  des  profodies,  des  dithyrambes; 
celles  dent  il  nous  refle  le  plus  de  monumens,  font  les  chanfons  de  table. 
Comme  la  néceffitc  de  boire  Se  de  manger  eft  de  tous  les  états,  il  n'eft  pas 
furprenant  que  ce  genre  de  chanfons  foit  celui  qui  ait  été  le  plus  abondant. 
Tous  ceux  qui  étaient  à  table,  chantaient  d'abord  à  l'uniflbn  les  louanges 


(a)  L'Ecdéfiaftc ,  chap.  47,  dit  que  Salonion  fe  fit  admirer  de  tou:c  Ja  terre,  par 
l'excellence  de  les  chanfons. 

(h)  Les  Arcadicns  furent  les  premiers  Charifoniers  de  la  Grèce.  L'invention  de  la  Chan-" 
fon  apartient  à  la  condition  paftorale ,  la  plus  ancienc  parmi  les  hommes.  Qui  pouvoit 
mieux  rmfpircr  que  le  (peclacle  de  la  Nature  ,  que  toutes  les  circonstances  d'une  vie 
(impie,  gaie,  libre,  uniforme,  peu  occupée,  encore  moins  pénible  ,  employée  feulement 
à  jouir  des  beaux  jours,  dos  agrémens  inlinis,  que  le  ciel,  la  terre,  les  différentes  faifons 
fcmUent  offrir  inutilement  à  plus  de  la  moitié  des  hommes  ?  /'oyq  Jl.  de  Querlw,  p-  S> 


ii4  ESSAI 

de  la  Divinité.  Enfuite  l'ufage  vint  de  chanter  l'un  après  l'autre ,  en  tenant 
une  branche  de  myrte  qui  palTàit  de  main  en  main. 

Quand  la  Mufique  fe  perteétiona  dans  la  Grèce,  &  qu'on  employa  la  lyre 
dans  les  feftins ,  il  n'y  eut  plus  que  les  habiles  gens  en  état  de  chanter  à 
table,  &  leurs  chanfons  s'appelèrent  alors  Scholies  (a). 

Pindare,  cité  par  Plutarque,  dit  que  Terpandre  fut  inventeur  des  fcholies, 
ou  chanfons  à  boire  des  Grecs.  11  vivait  vers  l'an  GjG  avant  J.  C.  félon 
les  Marbres  d'Oxford.  Alcée,  Anacréon  &  la  favante  Praxilla,  qui  vécurent 
dans  le  fïecle  fuivant ,  cultivèrent  beaucoup  ce  genre  de  poéfie. 

On  commençait  à  chanter  les  fcholies ,  lorfque  le  dernier  fervice  était  fait. 
C'eft  ainfi  qu'il  y  a  vingt  ans ,  on  chantait  chez  nous  au  defïèrt.  Cet  ufage 
eft  prefqu'entiérement  aboli.  Nos  repas  en  font  moins  longs ,  mais  en  font-ils 
plus  gais  ? 

DES    HYMNES. 

Les  hymnes  ont  été  un  des  premiers  monumens  de  l'hiftoire.  Les  Anciens 
les  divifaient  en  trois  clafTes. 

i.     Théurgiques  ou  Religieux. 

2.  Poétiques  ou  Populaires. 

3 .  Philofophiques. 

Il  ne  nous  refte  des  premiers  que  ceux  qui  portent  le  nom  d'Orphée. 

Les  Grecs  chantaient  fouvent  des  hymnes  (b)  &  des  cantiques  à  la  gloire 
de  leurs  Dieux ,  foit  pour  leur  adreiïer  des  prières ,  foit  pour  les  remercier 
des  chofes  qui  leur  arrivaient.  Telles  étaient  les  Iules  de  Cérès  de  de 
Proferpine,  la  Philéfie  d'Apollon,  les  Upinges  de  Diane,  &c.  [c] 

(a)  Mot  qui  lignifie  oblique  &  tortueux ,  pour  marquer  la  difficulté  de  la  chanfon  , 
ou  parcequ'alors  le  Myrte  ne  pafïbit  plus  de  main  en  main  ,  mais  faifait  des  lacunes, 
lorfqu'il  rencontrait  des  convives  qui  ne  favaient  pas  s'acompagner  de  la  lyre  en  chantant. 

Ce  mot  Chanfon ,  autrefois  Cançon ,  eft  formé  de  deux  mots  latins ,  Caniâs-fonus, 
Çhant-fon, 

(b)  Les  cantiques  fe  raportaient  aux  actions  ,  &  les  hymnes  aux  perfones. 

(c)  On  a  prétendu  qu'ils  étaient  d'un  Pythagoricien,  nommé  Cercops,  ou  d'Onomacrite, 
qui  vivait  un  fiecle  avant  Platon.  Origène  allure  qu'il  ne  refte  rien  d'Orphée.  Quoi  qu'il 
en  foit ,  ces  hymnes  fe  chantaient  à  l'honeur  de  Cérès  &  des  autres  Divinités ,  'dans  les 
initiations ,  &  dans  la  célébration  des  myftercs  Orphiques. 


SUR    LA    MUSIQUE.  »  i  f 

Ils  en  avaient  auflî  en  l'honeur  des  héros.  Tels  étaient  Y  Hymne  tle  Théfée^ 
celui  aux  Tyndarïdes ,  à  Hercule,  &c 

Leurs  facrifices  étaient  toujours  acompagnes  de  chants,  &  leurs  funérailles 
d'hymnes  funèbres.  Cet  ufage  s'eft  introduit  dans  nos  coutumes  religieuses. 
Les  cérémonies  de  l'Eglife  font  remplies  d'antiennes,  de  profes,  d'hymnes , 
de  cantiques,  de  répons,  Sec.  qui  remplilTent  le  même  objet.  Nos  pfeaumes 
ne  font  que  des  chanfons  à  couplets  réguliers,  &  probablement  David  les 
avait  imités  des  Egyptiens.  Nous  avons  déjà  parlé  de  la  fameufe  hymne  de 
faint  Jean,  qui  a  fourni  les  noms  de  fix  notes,  &  dont  l'air  eft,  à  ce  qu'on 
allure,  le  même  fur  lequel  Sapho  &  Horace  compoferenr  plufieurs  de  leurs 
odes.  Plufieurs  autres  chants  des  hymnes  de  l'Eglife  font  d'une  aufli  grande 
antiquité,  &  ont  peut-être  fervi  à  célébrer  les  louanges  des  faux  Dieux,  avant 
que  d'être  confacrés  à  celles  du  véritable. 

On  chantait  auflî  des  hymnes  aux  triomphes,  «Se  Plutarque  nous  aprend  , 
dans  la  vie  de  Paul-Emile,  que  lorfque  ce  grand  homme  triompha  de  Perfée, 
dernier  roi  de  Macédoine,  toute  fon  armée  fuivait  fon  char,  chantant  des 
chanfons  à  la  Romaine  ,  remplies  d'épigrammes  contre  leur  général ,  Se 
d'autres  à  fa  louange ,  pour  célébrer  fes  grands  exploits. 

Les  Hyporchêmes  étaient  des  cantiques  acompagnes  de  la  cvthare ,  fur 
lefquels  on  danfait  aux  fêtes  des  Dieux  j  c'elt  peut-être  l'origine  de  nos 
danfes  en  rond. 

Le  Pxan  était  un  chant  de  victoire  en  l'honeur  des  Dieux.  Xénodame  Se 
Pratinas  en  étaient  les  inventeurs,  ainfi  que  Thalctas. 

Les  Parthénies  étaient  des  airs  à  chanter  par  des  jeunes  filles.  Alcman  j 
Pindare,  Simonide }  Bachylïde }  8cç.  en  avaient  compofé  plulieurs  fur  le 
mode  Dorien. 

Les  Proémes  étaient  des  hymnes  en  vers  héroïques. 

Les  hymnes  poétiques  qui  nous  reftent,  font  ceux  d'Homère  &  de  Callimaque.  On  les 
chantait  dans  les  folemnités.  C'était  des  mouumens  autentiques  de  la  religion  populaire  des 
anciens  ;  quoique  Platon  fe  foit  moqué  d'Homère  pour  avoir  peint  les  Dieux  fc  coiubataii;, 
faifant  l'amour,  &c.  &:  pour  avoir  écrie  fur  eux  les  contes  les  plus  abfurdes. 

Il  paroît  inconteftablc  que  les  hymnes  à  Mercure  &:  à  Apollon  ,  font  d'Homère  :  Thu- 
cydide &  Callimaque  le  certifient  ;  comment  en  douter  !  Nous  n'avons  que  quelques 
hymnes  philofophiqucs  ;  un  de  Platon  à  l'Amour,  un  de  Cléaiilhe  à  Jupiter  j  &  quelques-; 
uns  de  l'Empereur  Julien  &  de  Pioclus. 


H6  ESSAI 

DES  ROMANCES  ou  CHANSONS  D'AMOURj 

Les  Anciens  connurent  ce  genre;  ôc  les  Œuvres  d'Anacréon,  ainfi  que 
celles  de  plufieurs  autres  de  leurs  Poctes ,  en  font  remplies.  Mais  nous  ne 
Croyons  pas  leur  manquer  de  refpect,  en  difant,  que  nous  les  furpalTons  de 
beaucoup  en  ce  genre,  ôc  que  depuis  mille  ans,  on  en  fait  en  France,  de 
manière  à  ne  craindre  la  concurrence  avec  aucun  peuple. 

Chanfon  Greque  à  une  jolie  Bouquetière, 

x  Sont-ce  les  rofes  de  la  corbeille  ou  celles  de  ton  teint,  fille  aimable  , 
r>  que  tu  veux  vendre?  eft-ce  le  rofier  même  avec  toutes  les  rofes»? 

(  Antologle3  liv.  i  ). 

Chanfon  de  Platon  pour  Arquéanaffe  de  Colophon ,  traduite  par  Fontenellc. 

L'aimable  Arquéanaffe  a  mérité  ma  foi  ; 

Elle  a  des  rides  ,  mais  je  voi 
Une  troupe  d'amours  fe  jouer  dans  fes  rides. 
Vous  qui  pûtes  la  voir  avant  que  fes  apas       , 
Euffent  du  cours  des  ans  reçu  ces  petits  vuides , 
Ah  '  que  ne  fouffrites  -  vous  pas  ! 

Autre  de  Platon. 

Lorfqu'Agathis  par  un  baifer  de  flâme, 
Confent  à  me  payer  des  maux  que  j'ai  fentis, 
Sur  mes  lèvres  foudain  je  fens  venir  mon  âme, 
Qui  veut  paiTei-  fur  celle  d'Agathis. 

DES   CHANSONS   A  BOIRE. 

Les  Scholies  embralfaient  tous  les  genres  ;  l'hiftoire,  la  guerre,  la  morale,- 
la  religion,  l'amour  &  la  vie  ;  cependant  elles  fervaient  plus  communément 
à  célébrer  Baechus &  le  jus  de  la  treille.  Elles  devinrent  fi  fort  à  la  mode, 
que  dans  prefque  tous  les  repas  conlidérables ,  les  joueurs  d'inftrumens  ari- 
vaient  au  deflèrt  pour  acornpagner  les  voix. 

Dans  les  commencemens,  tous  les  convives  chantaient;  mais  quand  la 

Mufique 


SUR    LA    MUSIQUE.  117 

Mufique  eue  faic  des  progrès  confidérables ,  il  n'y  eut  plus  que  les  gens  du 
métier,  &  ceux  qui  étaient  aufli  habiles  qu'eux,  qui  chantèrent  à  tabie. 
Les  chanfons  Athéniennes  étaient  tenomées  par  la  naïveté  de  leurs  pre- 
miers auteurs. 

Scholie  morale  citée  par  Athénée. 

<«  Quand  on  eft  encore  à  terre,  il  faut  confidérer  fi  l'on  a  tout  ce  qui  eft 
>»  nécelïàire  pour  entreprendre  la  navigation  j  mais  quand  une  fois  on  tlt 
.•>  fur  mer,  c'eft  une  néceifité  d'aller  félon  le  vent  ». 

Autre  de  Timocréon. 

«  Vous  ne  deviez  paraître ,  richeffes  aveugles,  ni  fur  la  terre  ni  fur  la 
»  mer  ,  ni  dans  le  refte  du  monde  vifible  j  mais  habiter  le  Tartare  &c 
»  l'Achéron  ,  puifque  c'eft  de  vous  que  tous  les  maux  viennent  aur 
>»  hommes  ». 

Autre  fur  le  choix  des  Amis  >  citée  par  Athénée. 

«  Ami,  le  feorpion  fe  glifle  fous  toutes  fortes  de  pierres;  prends  garde 
»  qu'il  ne  te  pique.  Toute  fourberie  fe  cache  dans  l'obfcurité  ». 
11  y  avait  enfuite  les  fcholies  fur  la  mythologie  ou  fur  Phiftoire. 

Scholie  fur  la  Mithologie ,  citée  par  Athénée. 

"  Latone  enfanta  autrefois  deux  enfans  dans  Pile  de  Delos,  le  puilfant 
»»  Apollon  aux  cheveux  dorés ,  6c  Diane  qui  fe  plaît  à  la  charte,  qui  lance 
»  les  traits  à  coup  sûr,  cV  qui  a  un  empire  fouverain  fur  les  femmes  ». 

Autre  fur  rHifloire,  citée  par  Athénée» 

c<  Nous  avons  battu  l'ennemi  comme  nous  le  fouhaitions;  les  Dieux  nous 
»  ont  donné  la  victoire,  en  ta  faifant  palier  du  côté  d'Athènes,  cette  patrie 
»  de  Pandrofe  qui  leur  eft  chère  ». 

Autre  fur  Ajax ,  citée  par  Athénée. 

"  Fils  de  Télamon,  vaillant  Ajax  ,  on  fait  que  vous  parûtes  devant  Tn 
Tome  II.  K. 


it8  £    S    S    A    I 

»  le  pins  brave  des  Grecs  après  Achille.  Télamon  était  déjà  allé  auparavant 
»  à  Troye.  Ajax,  le  fécond  des  Grecs  après  Achille,  y  alla  enfuite  ». 

Autres  fur  Harmodius  &  Ariftogiton ,  citée  par  Athénée. 

«  Je  porterai  mon  épée  couverte  de  feuilles  de  myrte  ,  comme  firent 
»  Harmodius  &  Ariftogiton ,  quand  ils  tuèrent  le  tyran,  &  qu'ils  établirent 
»  dans  Athènes  l'égalité  des  loix. 

»  Cher  Harmodius ,  vous  n'êtes  point  encore  mort  ;  on  dit  que  vous  êtes 
»  dans  les  îles  des  bienheureux,  où  font  Achille  aux  pieds  légers,  &  Diomède 
»  ce  vaillant  fils  de  Tydée. 

»  Je  porterai  mon  épée  couverte  de  feuilles  de  myrte  ,  comme  firent 
»  Harmodius  Se  Ariftogiton,  lorfqu'ils  ruèrent  le  tyran  Hypparque,  dans 
»  le  teins  des  Panathénées. 

»  Que  votre  gloire  foit  éternelle,  cher  Ariftogiton  ,  pareeque  vous  avez 
»  tué  le  tyran,  &  établi  dans  Athènes  l'égalité  des  loix  ». 

Autres  fur  des  fujets  ordinaires, 

Alcée  &  Anacréon  en  ont  fait  beaucoup  dans  ce  genre  j  Se  nous  en  rapor- 
terons  quelques-unes. 

Scholies  d 'Alcée. 

I.  «  Jupiter  envoie  de  la  pluie,  le  mauvais  tems  s'anonce  dans  l'air;  le  cours 
»  des  eaux  eft  arrêté  par  la  gelée  ;  chaflez  le  froid ,  non-feulement  en  faifant 
s>  faire  du  feu,  mais  fur-tout  en  vous  faifant  donner. du  vin  en  quantité, 
»  qui  foit  bon  &  d'une  couleur  foncée,  pour  ne  porter  que  doucement  à 
»  la  tête  ». 

II.  »  Humectez  les  poumon?  (a)  avec  du  vin;  l'aftre  brûlant  fe  levé," 
»  toute  la  nature  eft  dans  la  foif,  à  caufe  de  la  chaleur  ». 

£.;)  A  l'occafion  de  ces  mots  :  humecle\  les  poumons ,  Plutarque  examine  férieufemen; 
fi  la  bciïïbn  defeend  dans  l'eltomac  ou  dans  la  poitrine,  &  conclud  pour  cette  dernière 
route  ,  d'après  l'autorité  de  piufïeurs  anciens.  Ce  qui  ne  donne  pas  une  grande  idée  de 
leur  anatomie  ni  de  leur  phyfîque.  (  Voyt\  les  Mémoires  de  M.  de  la  Naur^e  dans 
teux  de  Ç Académie  ). 


SUR    LA    MUSIQUE.  u9 

III.  «  Il  ne  faut  point  fe  tailler  aller  au  chagrin,  nous  n'y  gagnerions 
»>  rien,  ô  Bacchus!  Le  meilleur  remède  contre  le  chagrin,  eft  de  le  noyer 
»  dans  du  vin  pris  jufqu'à  l'ivrelïe  (a)  ». 

IV.  «  Buvons  ;  pourquoi  atendre  la  lumière  fans  rien  faire  ?  Le  jour 
»  n'eft  qu'un  doigt.  Verfe  du  vin  dans  des  grandes  coupes.  Le  fils  de 
»  Jupiter  &  de  Sémélé  a  donné  le  vin  aux  hommes,  pour  leur  ^aire  oublier 
»  leurs  peines.  Verfe  donc  un  de  deux  coups ,  &  plulïeurs  enfuitej  Se  s'ils 
»>  portent  à  la  tête,  qu'un  verre  chafîè  l'autre  ». 

Nous  dirons  feulement  d'Anacréon  ,  qui  cft  entre  les  mains  de  tout  le 
monde  ,  que  prefque  tout  y  eft  beau  te  naturel  ;  point  de  penfée  qui  ne  foit 
un  fentiment,  point  de  fentiment  qui  ne  parte  de  l'ame  8c  qui  n'aille  au 
cœur.  On  y  trouve  ces  grâces  naïves  qui  caractérifent  la  chanfon  ,  &  la 
diftinguent  des  autres  ouvrages  de  poélie.  On  y  voit  ces  images  riantes 
Toujours  sûres  de  plaire  ;  la  Mufique  fans  doute  était  adbrtie  aux  paroles, 
Se  était  prefque  toujours  dans  le  mode  Ionien  (  ut  )&  majeur  &  mineur  ) 
propre  à  la  molefïè  &  à  la  volupté. 

Scholie  de  Pindare. 

«  Allons,  que  je  m'enivre  en  hiver,  à  force  de  boire  aux  grâces  cv  aux 
i>  amours  de  Vénus;  &  qu'en  jouant  du  cottabe,  je  l'adrefTe  à  Agathon   », 

Scholie  militaire  cTHybrias  de  Crète. 

«  Une  lance,  une  épée  &e  un  beau  bouclier  pour  la  défenfe  du  corps,  r.-.e 
v  tiennent  lieu  de  grandes  richeiTes.  L'une  me  fert  à  labourer,  l'autre  A 
>»  moifloner ,  &  le  troifieme  à  fouler  la  vendange.  Par  leur  moyen ,  je  fuis 
»  le  maître  de  ma  maifon.  Ceux  qui  n'ont  pas  le  courage  de  prendre  la 
»  lance,  l'épée  8c  le  bouclier ,  fe  profternent  à  mes  genoux  ,  cv  me  traitent 
»  de  maître  &  de  grand  roi  ». 


(<j)  Horace  a  die  depuis,  liv.  iv.  ode  1 1  : 

Spes  donare  novas  largiu  ,  amaraque 


Curarum  c Litre  ejficax. 
«  De  ce  vin  cjui  porte  l'clpcrancc  au  cœur ,  S:  banni:  Je  l'efpric  les  plus  cuif.ins  foucis  o. 

K  z 


120  ESSAI 

DES    CHANSONS    D'ESPRIT. 

Chanfon   d'Arijlote  fut  la  mort  d'Hennins  [a)  }   confcrvée  par  Athénée 

&  par  Diogènc-Lae'rce* 

O  Vertu  !  dont  les  feux  font  fi  purs ,  fi  tranquiles , 

Malgré  les  routes    difficiles 

Que  vous  préfentez  aux   mortels , 
Leur  encens  fumera  toujours  fur  vos  autels. 

Souffrir  pour  vous,  pour   vous,  perdre  la  vie, 
Fut   toujours  pour  les   Grecs  un   fort  digne  d'envie, 

Le  premier  des  bonheurs. 
De  l'immortalité,  telles  font  les  femences  , 

Que  vous  répandez  dans  les  coeurs  ; 
.  Contre   les   vices    féduéteurs 

Elles  feront  toujours  nos  plus  sûres  défenfès  ; 
Leurs  fruits  font  en  tout  tems   plus  précieux   que  l'or, 
Que  l'amour  des    parens  ,  que   le  fommeil  tranquille  ; 

Pour   vous ,  Hercule ,  &   Pollux  &   Caftor 
Se  vouant  aux  travaux  en  fuporterent  mille  : 
Ce  fut  pour  vous  qu'Ajax  &  le  fils  de  Tliétis 
Virent  dès  leur   printems  les  rivages   du  Stix  ; 
Et  c'eft  pour  pofléder  votre  beauté  célefle  , 
Que  le  Prince  d'Atarne  éprouve  un  fort  funefte 

En  renonçant  au  jour. 
Prince  à  jamais  fameux  ,  les  filles  de  mémoire 
Chanteront   tes   vertus ,  célébreront  ta  gloire  ; 
Lorfque  ,  pour  Jupiter,  témoignant  leur  amour, 

Elles  chanteront  pour  lui  plaire 
Le  prix  d'une  amitié  toujours  pure  &  fincere. 


(a)  Hermias  était  Eunuque  ,  Prince  ou  Tyran  d'Atarne,  &  parent  d'Ariftote.  Il  Ce  dévoua 
volontairement  à  la  mort  pour  le  falut  de  fa  patrie ,  &  Ariftote  fit  ce  l'<zan  ou  cantique  , 
pour  célébrer  cette  aftion  généreufe.  Comme  il  n'était  permis  de  faire  des  Pœans  qu'en 
l'honeur  des  Dieux  ou  des  Héros  ,  Démophile  &  Eurymedon ,  ennemis  d'Ariftote, 
dénoncèrent  fon  cantique  à  la  Jufticc  ,  qui  lui  ordbna  de  répondre  à  cette  aceufation  5, 
rpais  il  s'enfuit  à  Chalcis  ,  où  il  s'empoifona  ,  dit-on,  avec  de  l'aconit.  D'autres,  qui 
«'adoptent  point  cette  caufe  de  fa  mort ,  difent  qu'il  fe  précipita  dans  l'Euripe  ,  pour 
«'avoir   p<u  compicndre  fes  flux  &  reflux,.  .  1 


SUR    LA    MUSIQUE.  141 

Autre  citée  par  Athénée. 

lut  premier  bien,   c'eft  la  famé, 
Et  le  fécond   c'eft  la  beauté  : 
Après  elles  ,  c'eft    la  richefle  , 
Lorfque  les  biens  font  bien  acquis  ; 
Le  quatrième  eft  la  jeunefTe, 
Que   l'on   paffe  avec  fes  amis. 

Outre  ces  difTérens  genres  de  chanfons,  chaque  profelïîon  ,  dans  la  Grecs, 
en  avait  une  qui  lui  était  particulièrement  confacrée.  Voici  à-peu-pres  les 
fragmens  qui  nous  en  relient. 

La  Chanfon  des  Bergers  ou  Bucollafme* 

Diomus  (a)  berger  de  Sicile,  en  fut  l'auteur,  &  Eoicbarme  en  faifait 
mention  dans  Y  Alcyon  ex  dans  UliJJe  faifant  naufrage,  à  ce  que  nous  dix 
Athénée ,  livre  14,  chap.  3. 

On  appelait  auili  Bucoliafme  un   air  à  danfer  qu'on  jouait  fur  la  flûte, 

La  Chanfon  rujlique. 

Pollux  nomme  ainfi  celle  des  chevriers  Se  des  pafteurs. 

La  Chanfon  des  gens  de  journée  à  la  campagne. 

Athénée  dit  queTétéclide  en  avait  parlé  dans  fes  amphictions.  C'eft  tout 
ce  qu'on  en  fait. 

La  Chanfon  des  Moiffoneurs. 

Théocrite,  Apollodore,  Pollux,  Amenée,  Suidas,  cVc.  font  menti, 
cette  chanfon ,  &  la  nomment  la  chanfon  de  Lityerfes  ou  le  L;:\er-  nom 
qu'elle  tirait  de  Lityerfes 3  fils  naturel  de  Mydas.  C'était  un  prince  féroce 
qui  obligeait  les  étrangers  à  moilTôner  avec  lui;  «Se  ceux  qui  n'en  avaient 
pas  la  force,  étaient  mis  à  mort.  Hercule  le  tua  du  vivant  de  Mvdas. 

Pollux  dit  que  cette  chanfon  était  lugubre,  &  qu'on  la  chantait  autour  1 
gerbes,  pour  cpnfoler  Mydas  de  l.i  mon  de  t\n\  Bïs. 

(a)  D'autres  difent  Daphnis,  ou  Idis. 


izt  ESSAI 

Théocrite  raporte  ainfî  cette  chanfon.  Nous  ignorons  fi  c'eft  la  véritable  , 
ou  s'il  l'a  imitée. 

«  Cérès  qui  multipliez  les  grains  &  les  épis,  faites  »que  cette  moiflbu 
,■>  réunifie ,  &"  qu'elle  foit  des  plus  abondances.  Vous  qui  faites  les  gerbes , 
»  ayez  foin  de  les  bien  lier,. de  peur  que  lés  pafïàns  ne  difent  :  m^f érables 
»   ouvriers  }  voilà  du  bien  perdu. 

»  Que  le  tas  de  vos  gerbes  foit  expofé  au  vent  du  nofd  ou  du  couchant , 
»  c'eft  le  moyen  de  faire  gonfler  les  épis. 

»  Vous  qui  battez  le  bled,  évitez  le  fommeil  du  midi ,  c'eft  l'heure  où  le 
»  grain  fe  détache  plus  aifément  de  la  tige. 

»  Les  moifloneurs  doivent  commencer  leur  travail  au  réveil  de  l'alouette, 
»  finir  quand  elle  fe  couche,  &  fe  repofer  pendant  la  grande  chaleur. 

s»  Enfans,  que  le  fort  de  la  grenouille  eft  à  defirer!  elle  ne  s'embarraffe 
»  point  qui  lui  donnera  à  boire,  elle  en  a  toujours  abondamment. 

,»  Il  vaudrait  mieux,  homme  avare,  nous  faire  cuire  des  lentilles, 
'»  que  de  te  couper  le  doigr  en  voulant  nous  partager  une  graine  de 
*»  cumin  ». 

La  Chanfon  des  Eplucheurs  de  grains. 

Ariftophane  en  parle  dans  fes  PrêtrefTes  de  Cérès,  &  Nicocharès ,  dans 
l'Hercule ,  chef  de  la  danfe. 

La  Chanfon  de  ceux  qui  pulfaient  de  Peau* 

Elle  s'appelait  Himée 3  &  n'était  que  dans  la  bouche  des  perfones  les 
plus  viles. 

La  Chanfon  des  Meuniers. 

Elle  s'appelait  Epimulie 3  Epaulée ,  Êpinojle  _,  ou  Épïaulie.  On  en  trouve 
•ce  débris  dans  le  feftin  des  fages  de  Plutarque. 

»  Moulez,  meule,  moulez;  car  Pittacus  ,  qui  règne  dans  I'augufte 
r>  Mitylene  aime  à  moudre  ».  \ 

La  Chanfon  des  Tijferans. 

Epicharme  la  nomme  Ê.l'we. 


SUR    LA    MUSIQUE.  l2} 

La  Chanfon  des  Ouvriers  en  laine. 

Athénée  la  nome  Iule  >  Eratofthènes  lui  donne  aufli  le  même  nom  dans  un 
hymne  en  l'honcur  de  Mercure. 

La  Chanfon  des  Nourices. 

Elles  étaient  de  deux  efpeces;  celle  que  chantaient  les  nourices  en  alaitant 
leurs  enfans  (a),  on  l'appelait  Catabaucalife j  &  celle  qui  fervait  à  les  endor- 
mir ,  Se  qu'on  nomait  Nunnïc. 

Théoctite  en  fait  chanter  une  à  Alcmène,  mère  d'Hercule  8c  d'Iphitus , 
pour  les  endormir  à  l'^ge  de  dix  mois. 

<■'  Dormez ,  mes  enfans ,  d'un  fommeil  doux  8c  tranquille  ,  aimables 
»  frères ,  chers  enfans  ;  repofez  en  pleine  fanté  y  endormez-vous  heureux  , 
:>  8c  revoyez  l'heureux  lever  de  l'aurore  ». 

La  Chanfon  des  Enfans. 

On  l'appelait  La  La. 

sLa  Chanfon  des  Baigneurs. 

Cratès  en  parle  dans  fes  audaces;  mais  s'il  était  permis  de  chantei  aux 
perfones  qui  fervaient  aux  bains  ,  il  n'était  point  honcte  à  ceux  qui  fe 
baignaient  d'en  faire  autant.  Théophrafte  (b)  voulant  peindre  un  homme 
grollier,  le  préfente  chantant  8c  fe  baignant. 

La  Chanfon  d'Erigone* 

On  la  nomait  Alctis  ou  la  Vagabonde  3  8c  on  la  chantait  dans  la  fête  «.les 
Êores  ou  de  YEfcarpoictte.  Erigone  érait  hlle  d'Icarius ,  rils  d'GXbalus,  8c 
par  conféquent  coufine  de  CaiW  6c  de  Pollux.  Son  père  ayant  difparu  , 
le  chercha  de  tous  côtés,  ce  fâchant  enfin  qu'il  avait  cté  tué,  elle  fe  pendu 


(a)  Platon  ordone  aui  nourices  de  chanter  beaucoup  de  chanfons  à  leurs  enfans* 
Etlani  nutrlcum. ,  quœ  aJhibcntur  infantibus  alUSIationi ,  fuum  quodiLim  carmer. 
ajpgnat. 

Faut-il  croire  Cardan  ;  qui  affiirc  (è  rcfTouvcnir  qu'en  entendant  chanter  ces  cîunfons  , 
lorfqu'il  était  au  berceau  ,  il  reffentit  la  plus  voluptuculè  fatisfadion  qu'il  ait  depuis  éprow\ic 
dans  toute  la  vie. 

(4)  Dans  fis  caradercs ,  cJup.  4, 


de  défefpoir.  Peu  après,  la  pefte  ravagea  l'Attique  ;  Se  l'oracle  ayant  été 
confulté  fur  fa  réponfe,  on  confacra  la  fête  des  Eores  à  la  mémoire  d'Erigone. 

Chanfon  fur  Théodore. 

Théodore  était  un  jeune  homme  perdu  de  débauches,  &  qui  mourut  de 
mort  violente.  Athénée  raporte  qu'à  la  fête  des  Eores,  les  femmes  chantaient 
fur  lui  plufieurs  chanfons. 

Chanfons  en  Vhontur  de  Cens  ù  de  Proferpine. 

Elles  s'appelaient  Jules  ,  &  étaient  chantées  avec  la  plus  grande  vé- 
nération. 

La  Chanfon  d  Apollon. 


On  la  nomait  Philélie,  Se  tel  en  était  le  refrein  :  «  Levez-vous ,  levez - 
»»  vous ,  charmant  foleil  ». 

Upinges  de  Diane. 

Chanfons  qui  tiraient  leur  nom  du  mot  Up'is  ;  nom  fous  lequel  on  adorait 
Diane  chez  les  Lacédémoniens.  Virgile  le  donne  à  une  des  compagnes 
de  Diane. 

La  Chanfon  des  Amans. 

Trois  chofes  invitent »à  chanter,  félon  Théophrafte  dans  Plutarque.  La 
peine,  la  joie  Se  l'entoufiafme,  l'amour  renferme  les  peines  les  plus  cui- 
fantes ,  les  joies  les  plus  vives  Se  les  tranfports  les  plus  violens.  Il  faut  donc 
que  cette  pallion ,  qui  réunit  les  trois  principes  du  goût  du  chant,  foit  la 
plus  propre  de  toutes  à  faire  chanter  des  chanfons. 

Les  chanfons  des  amans  fe  divifaient  en  trois  clalTes. 

Celle  des  hommes  s'appelait  Nomion ;  celle  des  femmes,  Calyce ;  celle 
des  jeunes  filles,  Harpalyce. 

11  nous  refte,  dans  Athénée,  les  débris  fuivans  de  ces  trois  différentes 
chanfons. 

«  La  chanteufe  Ériphanis,  aimant  le  chafTeur  Ménalque,  allait  auflî  à 
»  la  chafie,  Se  courait  comme  lui,  avec  ardeur,  les  hêtes  féroces  \  elle 
p  parcourait   les   endroits  des  montagnes  les  plus   héruTcs    d'épines  ;  les 

,i  peines 


SUR    LA    MUSIQUE.  125- 

m  peines  de  cette  malheureufe  amante  infpiraient  de  la  compafTîon.  C'eft 
»  à  ce  fujet  qu'elle  fit,  &  qu'elle  chanta  la  chanfon  appelée  Nomïon. 

»  Ariftoxène,  dans  fou  quatrième  livre  fur  la  Mufique,  dit  :  qu'ancien- 
»  nement  les  femmes  chantaient  une  chanfon  appelée  Calyce.  Nous  avons 
»  des  vers  de  Stéfichore  (a) ,  où  Calyce ,  éprife  d'amour  pour  le  jeune 
5i  Esvathlèj  demande  à  Vénus  la  faveur  de  l'cpoufer;  mais,  toujours  rebutée 
»  par  le  jeune  homme,  elle  fe  précipita  du  rocher  de  Leucade  ». 

Le  même  Auteur,  dans  fes  Mémoires  abrégés,  écrit  :  qu'Harpafyce 3 
méprifée  par  Iphiclus  ,  qu'elle  aimait  éperduement ,  fécha  de  douleur  j  &  à 
l'occaiion  de  cet  événement,  on  inftitua  des  jeux,  où  les  jeunes  filles  chan- 
taient la  chanfon  Harpalyce. 

La  Chanfon  des  Noces. 

Elle  s'appelait  Hy menée 3  félon  Athénée,  d'après  Ariitophane,  cv  donna 
«aiuance  à  YEpithalame. 

La  Chanfon  des  chants  joyeux. 

Il  y  en  avait  plulieurs  en  Grèce,  à  qui  on  donnait  particulièrement  ce 
nom.  Telle  était  la  chanfon  de  Datis ,  raportée  par  Ariflophane.  Ce  D.itis 
était  un  général  Perfan. 

"Chants  trîjles  &  lugubres. 

Il  y  en  avait  de  plufieurs  efpeces  :  la  Lamentation j  Vlalcmc s  le  Linos.  La 
Lamentation  fe  chantait  dans  les  funérailles  ou  dans  les  jeux   funèbres. 

L'Ialême  fe  chantait  dans  le  deuil.  Le  Linos  était  célèbre  en  Phcnicîe  <Sc 
en  Chypre,  félon  Hérodote  ;  Se  on  prétend  qu'il  fut  chanté,  pour  la  première 
fois ,  aux  jeux  célébrés  en  l'honeur  de  Linus.  Pollux  prétend  que  c'était  une 
chanfon  propre  aux  rofioyeurs,  ainii  que  le  Lytierfe.  On  l'appelait  en  Egypte 
Mancros  3  en  latin  Nccnia. 

La  Chanfon  des  Vendanges. 
Se  nommait  É pile ne  3  &:  fe  chantait  avec  la  plus  grande  joie. 

La  Chanfon  des  Vainqueurs. 
On  la  nommait  Epinicion. 

Ça)  Athénée  &  Euitachc  font  mention  de  ce  Pocrae  Je  Stclkhorc. 
Tome  II.  L, 


\*4  e    S    S    A  I 

La  Chanfon  de  Sperchis. 

Sperchis  était  un  Grec,  fuivant  Suidas,  qui  fe  livrant  à  Xerxès,  s'était 
dévoué  volontairement  à  la  mort  pour  fa  patrie.  On  avait  fait  une  chanfon 
«n  fon  honeur ,  &  on  la  chantait  tous  les  ans  en  fa  mémoire. 

Les  Grecs  avaient  aufli  des  morceaux  de  Mufique  de  dirTérens  caractères, 
qu'ils  appelaient  nomes.  C'était  des  efpeces  de  chanfons  fans  paroles,  qui 
s'exécutaient  fur  les  inftrumens,  &  dont  la  voix  acompagnait  quelques-uns» 

Voici  ceux  qui  étaient  le  plus  en  ufage. 

Le  Chorion  }  nome  en  l'honeur  de  Cybele. 

Chomachios  3  nome  pour  les  flûtes. 

Hermatïas j  nome  daétilique. 

Orticn  était  un  air  de  flûte  dont  le  ton  était  aigu  &  plein  de  vivacité  ;  ce 
«ui  le  rendait  d'un  grand  ufage  dans  la  guerre,  pour  animer  les  combattans. 

Endématie ,  nome  fur  lequel  on  exécutait  une  danfe  particulière  aus 
Argiens. 

EuJrome'j  nome  que  les  haut-bois  jouaient  aux  Jeux  Sthéniens  ,  inftitués 
dans  Argos ,  en  l'honeur  de  Jupiter. 

Gymnopédie  y  nome  fur  lequel  danfaient  les  jeunes  Lacédémoniennes 
toutes  nues  fur  le  théâtre.  11  avait  été  introduit  à  Sparte  par  Xéincrite  , 
Xénodame  3  Polymnejle  ôc  Sacadas. 

Hexarmonien  ou  Niglarien  ,  nome  d'une  mélodie  efféminée  &c  lâcK» 
«ui'Ariftophane  reprocha  à  Philoxene  fon  auteur. 

Hlperboleïen j  nome  femblable  à  l'Hexarmonieru 

Éolien  &  Lydien,  nomes  trochaïques. 

Hiéracien. 

Polymnejlien  3  de  Polymnefte  qui  l'avait  inventé. 

Pythien ,  nome  confacré  à  Apollon. 

Comique y  nome  dont  on  fe  fervait  feulement  dans  les  comédies. 

Hypatoïde }  nome  grave. 

Nétcïle,  nome  aigu. 

Trïpartite  ou  T rimer e  }  nome  fur  trois  modes.  C'eft- à-dire ,  qu'il  modulait 
dans  planeurs  modes. 

Bipartite  3  nome  fur  deux  modes. 


SUR    LA    MUSIQUE.  127 

Si  les  Grecs  avaient  connu  l'harmonie,  il  ferait  aifi  d'expliquer  diffé- 
remment ces  nomes ,  &  l'on  ne  fe  contenterait  pas  de  dire  que  le  nome 
Tripartite  modulait  dans  trois  modes,  &  le  nome  Bipartite  dans  deux. 

On  dirait  Amplement  que  ces  modes  pouvaient  s'exécuter  enfemblej  Se 
voici  comment  :  en  ne  fe  fervant  dans  1  harmonie  que  des  tons  communs  à 
ces  modes  ,  comme  aujourd'hui  les  cors  peuvent  jouer  en  ut  _,  quand  le 
morceau  eft  enfa}  pareeque  dans  le  ton  d'ut,  le  cor  peut  donner  le  fa,  le 
mi  y  le  re y  l'ut  y  le  fol  en  haut,  Se  le  la  au-deflus ,  qui  apartiennent  autant 
au  ton  de  fa  qu'à  celui  d'ut.  Ainfi  des  clariners  pouraient  être  en  mi  b,  la 
fymphonie  en  fol  mineur,  Se  des  cors  enjîb;  Se  jouer  enfemble  ,  fans  que 
les  auditeurs  s'en  'aperçuflent ,  &  fans  qu'il  en  réfultât  un  autre  effet  que 
s'ils  jouaient  tous  dans  le  même  ton. 

La  fymphonie  ferait  tous  les  tons  de  celui  de  fol  :  les  clariners 
ne  pouraient  foner  que  l'ut  y  le  re ,  le  mi  b  Se  le  fol.  Point  de  fa,  parce- 
qu'il  eft  dieze  en  fol.  Se  les  cors  ne  foneraient  que  le  fi  b,  lut,  le  re , 
le  mib,  le  fol  Se  le  Itt.  De  même  point  de  fa  ,  parcequ'il  eft  dieze  en  fol. 
Voilà  comme  les  Anciens  auraient  ph  exécuter  de  la  Aiulique  dans  trois 
modes  à  la  fois ,  s'ils  euflent  connu  l'harmonie. 

Polyccphale ,  nome  pour  les  flûtes  en  l'hofteur  d'Apollon. 

Polymnaflique ,  nome  pour  les  flûtes. 

Profodiaque  3  nome  en  l'honeur  de  Mars. 

Profodie,  nome  pour  les  flûtes  Se  propre  aux  facrifices. 

Schoénion,  nome  pour  les  flûtes  inventé  par  Clônas. 

Apothétos y  nome  pour  les  flûtes,  auflî  inventé  par  Clônas. 

Trimcles ,  nome  pour  les  flûtes. 

Hormus  était  une  danfc  ou  *in  branle  compofé  de  filles  &  de  garçons  y 
où  un  garçon  menait  la  troupe,  en  faifantdes  poftures  mâles  eV  belliqueufes, 
cv  les  filles  le  fuivaient  avec  des  pas  plus  doux  &:  plus  modeftes ,  comme 
pour  faire  une  harmonie  des  deux  vertus,  la  force  «Se  la  tempérance. 

Les  filles  Greques  de  bonne  maifon  s'allemblaient  par  troupes ,  ornées  de 
bouquets,  de  guirlandes  Se  de  chapeaux  de  fleurs  j  elles  allaient  enfuite  dans 
les  temples  chanter  les  hymnes  dans  les  fêtes  folemnelles,  ou  aux  tpoufailles 
de  quelqu'une  de  leurs  compagnes. 

La  danfe  Lacédémon'unne  était  à  trois  parties,  qui  représentaient  les  H 

I    1 


ia8  ESSAI 

Us  chantaient  en  même  tems  (a)  : 

Les  vieux  :  Nous  fûmes  jadis  valeureux. 

Les  jeunes  :  Nous  le  fommes  préfentcment. 

Les  enfan3  :  Nous  le  ferons  à  notre  tour. 

Dans  les  commencemens ,  il  n'était  pas  permis  de  rien  changer  dans  le 
Jeu  de  la  cythare ,  foit  pour  le  chant ,  foit  pour  le  rhythme ,  &  on  avait 
foin  de  conferver  à  chacun  des  anciens  airs  le  ton  qui  lui  était  propre  :  delà 
vint  le  nom  de  nome,  qui  veut  dire ,  loi 3  modèle \  parceque  les  nomes  étaient 
chacun  dans  un  ton  différent  qui  leur  était  affecté  j  qu'on  les  regardait 
comme  invariables,  &  qu'on  ne  devait  point  s'en  écarter.  Avant  Olympe, 
les  nomes  ne  fe  chantaient  que  dans  les  genres  diatonique  Se  chromatique  j 
ce  fut  lui  qui  aporta  d'Aiie  l'ufage  des  nomes  enharmoniques. 

On  appelait  genre 3  dans  la  Mufique  des  Grecs,  la  manière  de  partager  * 
le  tétracorde ,  ou  l'étendue  de  la  quarte  ;  c'eft-à-dire,  la  manière  d'acorder 
les  quatre  cordes  qui  la  compofaient.  Cet  acord  pouvait  fe  faire  de  trois 
façons,  comme  nous  l'avons  vu  dans  le  livre  précédent. 
» ié » 

{a)  Plutarque  le  raporte  ainfi  dans   la  vie  de  Lycurgue ,  traduite  par  Angot» 

Vieillards. 

Nous  avons  été  jadis 
Jeunes  ,   vaillans  &  hardis. 

Jeunes  Cens, 
Nous  le  fommes  maintenant  j 
A  l'épreuve  à  tout  venant. 

En/ans. 
Et  nous  un  jour  le  ferons 
Qui  tous  vous  furpaflerons. 


SUR    LA    MUSIQUE.  i29 


CHAPITRE    III. 

Des  Chanfons  Romaines. 

-M.  de  Qucrlon  nous  dit  qn'Ennius ,  en  raportant  aux  Faunes  les  plus 
anciennes  chanfons,  leur  donne  une  origine  champêrre.  Caries  Faunes  les 
Silvains,  les  Satyres,  les  Nymphes  n'étaient  vraifemblablement  que  certains 
habitans  des  bois,  que  leur  vie  folitaire  6c  fauvage  fit  ériger  en  divinités 
par  la  crainte,  la  fuperftition  ôc  la  crédulité  des  hommes  rallemblés  dans 
Jes  villes  &  dans  les  campagnes. 

Virgile  nous  a  lailîé  de  charmantes  chanfons  dans  fes  églogues.  Théocrite 
aurait  dû  nous  donner  celles  que  chantaient  les  Bergers  de  fon  tems:  mais  il 
n'a  fait  que  nous  en  repréfente'r  l'iifage. 

Les  odes  d'Horace  font  de  vraies  chanfons  qu'il  chantait  à  table  avec  fes 
amis,  à  fes  maîtrefTes,  ou  dans  les  fociétés  ,  dont  il  faifait  les  charmes. 
Quelle  chanfon  plus  jolie  que  cette  ode  ? 

3  e  Livre,  Ode  15  e.  Traduction  de  M.  Chahanon  de  àfaugris. 

O  fins  Bandujla  ,  fpleniidlor  vitro  ,        Fontaine  pure  ,  aimable  Bandufie 

DuLi  digne  mero,  non  fine  fîoribus ,  Digne  d'unir  tes  flots  à  des  flots  d'Ambroifie, 
Crûs   donaberis  hcedo  ,  Demain  fur  tes  bords  amené , 

Cui  frons  turgida  cornibus  Un  Chevreau  périra  de  ferions  couroné. 

Frimis  ,  <S-  Fcnerem ,  &  preslia  deflinat  Déjà  Vénus ,  la  merc  des  délices , 

F/uflra;  nam  gelidos  inficiet  tibi  Lui  promettait  fes  flateufes  prémices? 

Rubro  Sanguine  rivos  Dé/a  fon  front  s"armait  contre  un  rival  : 

Lafiivi  /oboles  gregis.  Son  fàng  verfe  rougira  ton  criital. 

Te  flagrant!  s  atrox  hora  caniculai  Quand  tout  brille  des  feur  que  répand  fur  le  mon  Je 
Nefçit  tangere  ;  tu  frigus  amabili  Le  chien  dévorant  de  Prociis  , 

Feffts   vomere   tauris  Sous  tes  feus  &  charmans  abris, 

Prœbes ,  &  pteori  vago.  Dort  le  bœuf  las  du  joug ,  la  brebis  vagabonde. 


Fies  nobilium  tu  quoque  fiontium  ,  O  Fontaine ,  qui  fuis  fous  ces  ombrages  mis , 

Ht  dicente  cavis  impofitàm  ilieem  Erqid  du  fern  ton  roc.  tombant  au  pied  d'un  ci* 

Saxù  ;  undt  toquâtes  En  murmurant ,  frappes  la  moUe  . 

Lympha.  defiGuntjuue,  Sois  à  jamais  célèbre  par  mes  vête. 


iene  1 


I3o  ESSAI 

La  vingt-quatrième  pièce  de  Catulle  eft  une  chanfon  charmante.  Elle 
commence  ainfi  :  Nulli  Je  dicit  mulier 3  &c.  Il  y  en  a  plus  de  cinquante  du 
même  Pocte  qui  font  de  -ce  genre. 

On  peut  regarder  Ovide  ,  Tibulle ,  Properce  &  Martial  comme  des 
chanfoniers ,  puifque  la  plus  grande  partie  de  leurs  ouvrages  fe  chantaient. 
Du  Freihi  a  imité  de  Martial,  livre  10,  ép.  75.  fa  charmante  chanfon  de 
Ph'dis  plus  avare  -que  tendre. 

On  connaît  la  fameufe  chanfon  que  chantaient  les  foldats  de  Céfar  , 
lorfqu'il  triomphait  des  Gaulois.  «  Citadins ,  gardez  bien  vos  femmes  ;  voici 
»>  le  Chauve  fi  redoutable  aux  maris  ». 

Et  celle  qu'on  fit  fur  l'empereur  Aurélien,  qui  tua  de  fa  main,  dans 
l'efpace  de  quelques  jours,  neuf  mille  cinq  cent  ennemis. 

«  Nous  avons  moilïbnné  mille  &  mille  têtes  ;  mille  Se  mille  têtes  abattues 
r>  ont  été  l'ouvrage  d'un  feul  homme,  vive  mille  &  mille  fois  le  guerrier 
♦î  qui  a  fait  ces  exploits.  Perfone  n'a  bu  autant  de  vin  qn'il  a  verfé  de  fang  ». 

(  Tropifcus  in  Aurel.  ) 
■  On  fait  auffi  que  quelques  momens  avant  de  mourir,  l'empereur  Adrien 
fit  des  vers  ,  qu'on   peut  appeler   une  véritable  chanfon.  Voici  comrni 
Fontenelle  l'a  traduite. 

Chanfon  d'Adrien.  Imitation  de  Fontenelle. 

'Animula,  vagula  ,  blandulay  Ma  petite  ame  ,  ma  mignone, 

Hojpes;  comefque  eorporis ,  Tu  t'en  vasdoncmafiIle,&Dieufache  oi\  tuvasî 
Qutt  nunc  abibis  in  loca.  Tu  pars  feulette ,  &  tremblotante  hélas  . 

l'allidula  ,  rigida,  nudulay  Que  deviendra  ton  humeur  folichone  ï 

Nec  ,  ut  foks  ,  dabis  jotos.  Que  deviendront  tant  de  jolis  ébats  î 

Florus  écrivit  un  jour  ces  vers  à  Adrien  : 

# 

Ego  nolo  Cœfar  ejje  ,  Les  promenades  de  Céfar  le  mènent  au  moins 

Ambulare  per  Britannos  ,  en  Bretagne ,  ou  bien  il  va  braver  les  neiges 

Scythicas pari pruinas,  de  la  Scythie  :  je  ne  veux  pas   être  Céiàr. 

L'Empereur  lui  répondit  fur  le  champ  : 

Ego  nolo  Florus  ejjfe ,  Les  promenades  de  Florus  font  les  taverne» 

Ambulare  per  tabernas  ,  les  plus  voifines  ;  il  s'enfonce  au  premier  cabaret, 

Laritare per  popinas  y  où  il  éprouve  la  piquûrc  incommode  des  niou- 

Culkes  pari  rotundos.  cherons  :  je  ne  veux  pas  être  Florus, 


SUR    LA    MUSIQUE.  151 

Nous  ne  nous  étendrons  pas  davantage  fur  les  chanfons  des  Pvomains; 
hous  avons  à  parcourir  une  carrière  plus  étendue,  plus  difficile,  6c  fur-tou* 
plus  agréable. 


CHAPITRE    IV. 

Des  Changemens  arivés  à  la  Langue  Romance  ou  Française. 

Avant  que  de  commencer  nos  recherches  fur  les  chanfons  francaifes  , 
nous  croyons  nécellaire  de  dire  un  mot  fur  quelques  révolutions  éprouvées 
par  la  langue  françaife  depuis  Charlemagne.  Les  Lecteurs ,  curieux  des 
détails  intéretians  en  ce  genre ,  pouront  lire  la  favante  diflertation  de  M. 
Levefque  de  la  Ravaliere,  dans  fon  édition  des  Chanfons  du  Roi  de  Navarre  ; 
ce  font  fes  judicieufes  remarques  qui  nous  ont  fervi  de  guide. 

Les  langues,  ainfî  que  les  empires,  ont  leur  commencement,  leur  milieu 
Se  leur  fin. 

La  nôtre ,  après  bien  des  fiecles ,  eft  parvenue  à  un  degré ,  où  il  eft  A 
fouhaiter  qu'elle  demeure ,  tant  que  la  monarchie  fubfiftera  ;  quoiqu'on  ne 
puifie  fe  dillimuler  qu'elle  eft  remplie  d'irrégularités  ,  d'équivoques  Se 
d'imperfections  qui  la  rendent  difficile  pout  les  étrangers,  &  même  pour 
les  Français  qui  veulent  la  parler  &  l'écrire  avec  pureté. 

Il  ne  fera  point  queftion  ici  des  différens  patois  qu'on  a  parlés  de  tout 
rems  dans  les  différentes  Provinces.  Nous  n»  regarderons  comme  langue 
françaife,  que  celle  qu'on  parlait  à  la  cour  de  nos  Rois. 

Dans  le  tems  de  Charlemagne,  on  parlait  également  le  latin,  &  ce  qu'on 
appelait  la  langue  vulgaire.  Cette  langue  paraiffait  à  cet  Empereur  fi  diqne 
d  être  cultivée ,  qu'il  chargea  Eginhar  de  la  réduire  à  des  principes  de 
grammaire  (a).  On  ne  fait  i\  ce  projet  fut  exécuté;  mais  il  n'en  refte  aucune 
preuve.  Duchefne  nous  dit  qu'on  appelait  aulfi  cette  langue  vulgaire  , 
langue  françci'fe ,  francifque  ou  romance  rujlique.  Elle  eft  ainli  nommée  au 
dix-huitieme  canon  du  concile  de  Tours  tenu  en  813  ,  peut-être  pareeque 

(.1)  IrunoavU  &  grammatUam  patrii  Scrmwùj ,  Dudicûie,  toyi.  t.  p.  ioj. 


152  ESSAI 

cette  langue  ruftique  était  celle  du  peuple  &  des  nobles  qui  n'avaient  alors 
aucune  éducation,  tandis  que  la  latine  était  réfervée  pout  les  eccléfiaftiques, 
qui  feuls  étaient  inftruits  autant  qu'on  l'était  dans  ce  tems-là. 

Une  preuve  prefque  certaine  que  les  Français  étaient  alors  diftingués  en 

favans  &  en  nitriques,  c'eft  que  Grégoire  de  Tours  dit,  dans  la  prérace  de 

fon  hiftoire  :  «  Aujourd'hui  les  lettres  font  méprifées,  an  Rhéteur  philo- 

i>   fophe  a  peu  d'auditeurs  ;  on  court  en  roule  entendre  un  ruftique  (a)  ». 

Aujourd'hui  on  ferait  blefTé  de  s'entendre  appeler  ruftique ,  parcequ'on 

donnerait  à  ce  mot  à-peu-près  la  même  fignification  qu'à  celle  de  ruftre. 

Mais  alors  il  lignifiait  abfolument  la  même  chofe  que  le  mot  laïque  ou 

féculier ;  &  cet  état  était  celui  de  l'ignorance.  Car  le  guerrier  ne  maniait  que 

fes  armes ,  &  ne  fe  glorifiait  que  de  fon  courage  ;  le  Juge  ne  prononçait  que 

des  arrêts ,  guidé  plutôt  par  le  bon  fens  &  la  droiture  que  par  la  connaifTance 

des  loix  j  &  le  fimple  citoyen  ne  fongeait  qu'à  l'adminiftration  de  fes  affaires 

Se  de  fon  commerce ,  quelque  borné  qu'il  fût  alors.  Les  feuls  Eccléfiaftiques 

s'étaient  emparés  de  la  littérature,  des  arts,  des  feiences,  &c  mettaient 

modeftement  entre  eux  6c  les  laïques ,  la  même  différence  qui  eft  entre 

l'homme  8c  la  bête. 

«  L'homme,  dit  Nicolas  de  Clairvaux  ,  ne  diffère  pas  plus  des  animaux, 
»>  qu'un  lettré  d'un  laïque  (b)  ». 

Cette  langue  des  laïques  fut  donc  appelée  Ruftique  (c);  enfuite  on  la 
nomma  Romans  ;  &  ce  fut  cette  langue  que  Charlemagne  voulut  fixer  par 
des  règles  invariables  ;  mais  ce  grand  Empereur  en  fut  détourné,  peut-être 
par  la  facilité  qu'il  eut  à  aprendre  celles  des  peuples  qu'il  foumettait.  On  die 
qu'il  les  parlait  toutes  aulïï  bien  que  la  tienne  ;  &  il  nous  refte  des  preuves 
qu'il  s'exprimait  en  latin  aufii  bien  que  les  favans  les  plus  renommés  de  fon 
fiecle.  Peut-être  aulïi  doit-on  le  peu  de  progrès  que  fit  fous  fon  règne  la 

(a)  Philo fophanttm  Khttorem  intelligunt  pauci ,  lequentem  rujlicum  mult'u- Le  mot 
intelligunc  ne  veut  pas  dire  entendre  relativement  à  l'audition  ,  mais  à  l'intelled. 

(£)  Quantum  <î  Belluis  ho mine s ,  tantum  dijlant  à  Laids  littirari. 

(c)  M.  Levefque  de  la  Ravaliere  prétend  que  ce  terme  de  ruftique  n'eft  échappé  qu'à 
quelques  auteurs  Ecclélîaftiques  de  mauvaife  humeur ,  &  que  tous  les  premiers  auteurs  n'ont 
jamais  dit  que  la  langue  Romans  :  que  ce  mot  eft  dérivé  du  latin  Romana  lingua,  Se 
a  été  depuis  confacré  à  ces  ouvrages  légers,  appelés  Romans,  paicequc  les  premiers  ont 
jsté  compofés  en  langue  Romanfc  ou  Romans. 

langue 


SUR    LA    MUSIQUE.  ij* 

langue  Romans,  à  la  cenaiflance  des  belles-lettres  Se  clés  arts  que  Charles 
Ht  Heurir  en  France,  par  le  moyen  des  favans  étrangers  qu'il  atira  à  fa  cour. 
On  ne  peut  raifonablement  penfer  que  ces  Savans  aient  préféré  d'aprendre 
une  langue  barbare  Se  fans  principes,  à  fe  fervir  de  la  facilité  qu'ils  avaient 
de  s'expliquer  dans  la  langue  latine  ,  dont  ils  polfédaient  toutes  les  beautés. 
Les  connailFances  que  les  Français  prirent  de  cette  langue,  retardèrent  donc 
encore  les  progrès  de  la  langue  Romans.  Les  courtifans  de  Charlemagne , 
pour  lui  faire  leur  cour ,  s'empreflaient  de  s'inftruire  dans  une  langue  que 
cet  Empereur  parlait  avec  tant  de  facilité j  Se  alors,  dit  Paquier,  le  latin 
devint  la  langue  courtifane. 

Aux  affemblces  générales  du  royaume,  les  affaires  ne  fe  traitaient  qu'en 
latin;  les  loix ,  les  plaidoyers,  les  actes,  tout  ce  qui  était  public  n'était 
rédigé  qu'en  cette  langue  (a). 

Il  fàlait  que  la  langue  Romans  fût  alors  lin  fimple  jargon  ,  puifqu'elle 
éprouva  l'humiliation  de  voir  une  langue  étrangère  s'emparer  de  tous  fe$ 
droits ,  ou  peut-être  était-ce  une  fuite  de  l'afferviffement  des  Gaules  aux 
Romains,  qui,  en  foumettant  l'univers,  avaient  voulu,  pour  monument  de 
leur  domination,  y  faire  régner  leur  langue  ,  Se  par  elle,  étouffer  toutes 
les  autres. 

Cependant  une  preuve  certaine  que  la  plus  grande  partie  de  la  nation 
refta  atachée  à  fon  langage,  c'eft  l'ordre  que  Charlemagne  donna  de  taire  i 
l'E"hie  ,  les  inftruttions  en  langue  Romans.  Il  donna  aulli  des  noms  français 
aux  mois  de  l'année ,  Se  fir  ordonner  par  le  Concile  de  Tours ,  de  traduire  les 
homélies  en  langue  vulgaire.  Louis-le-Debonaire  foutint  de  tout  fon  ponv  r 
lés  établillemens  de  fon  père,  &  protégea  la  langue  latine,  qu'il  prêterait 
à  l'autre.  Cependant  il  fir  fouvent  des  vers  en  langue  Romans ,  Se  nous  en 
raportons  pour  preuve  ceux-ci  (b)  que  nous  avons  copiés,  &  qui  font  gravés, 

(a)  Nous  avons  encore  une  lettre  de  Charlemagne  àFaftrade,  fa  femme,  qui  e(t  écrire 
en  latin.  Il  lui  mandait  la  nouvelle  d'uue  victoire  qu'il  venait  de  remporter,  L'Im^er.v 
Savait  donc  le   latin  comme  fa  langue  naturelle. 

(i)  Hélas!  que  je  fuis  prias  de  douleur! 

Mourir  mieux  me  vaudrait 
Que  fouftïir  telles  épremtes. 
•         .  .  .... 

Il  n'eft  pas  poiïîblc  Je  lire  la  quatrième  ligne  ou  vers.  La  pièce  où  eft  cette  iufc.-lpJo» 
Tome  IL  M 


ii4  ESSAI 

dit-on ,  de  fa  main  fur  la  muraille  de  la  chambre  qui  lui  fervait  de  prifon 
à  l'abbaye  de  faint  Médard  de  Soilïbns.. 

Son  règne  peut  être  appelé  le  fiecle  de  la  Métromanie  s  par  la  fureur  que 
l'on  eut  alors  de  faire  des  versj  mais  tout  ce  qui  nous  en  refte,  eft  écrit  en 
latin.  S'il  y  en  eut  en  langue  Romans,  aucun  débris  n'eft  échapé  à  la  barbarie 
du  ficelé;  Se  c'eft  une  preuve  convaincante,  que  le  latin  l'emportait  alors, 
fur  le  Romans.  Une  autre  preuve  que  ces  deux  langues  exiftaient  en  même 
tems ,  c'eft  que  plufieurs  Auteurs  ont  loué  ce  Roi ,  de  ce  qu'il  parlait  le 
fcuin  aufTi  bien  que  fa  langue  naturele  (a).  On  fait  les  guerres  affreufes  que 
fes  enfans  fe  firent,  Se  que  les  deux  cadets,  Louis  &  Charles,  s'unirent  en 
841,  contre  Lothaire  leur  aîné. 

Ils  prononcèrent  un  ferment  à  Strasbourg,  Louis ,  en  langue  romanfe  (b) , 
&c  Charles ,  en  langue  tudefque  ,  pour  être  entendus  par  les  deux  peuples , 
qui  répétèrent  le  ferment  après  eux. 

Voici  celui  des  français  en  langue  romanfe,  avec  la  traduction  littérale 
deffous,  faite  par  M.  Levefque  de  la  Ravaliere. 

Si  Lodhuvigs  f agrément  que  fon  faire  Karlo  jurât ,  confervat,  &  Karlus- 

Si  Louve  (  le  )  ferment  que  fon  frère  Charles  jure ,  conferve ,  &  Charles 
meos  fendra   de  fuo  part  Kion  los  tanitxJl  io  returnar  non  lo  pois }  ne  io  nz 
mon  feigneur  de  fon  côté  ne  le  tient,  fi  je  détourner  ne  le  puis,  ni  moi  ni 
neuls  cui  eo  returnar  int  pois }  in  nulla  adjugha  contra  Lodhuvigs  nun  li  iver. 
aucun  autre  retourner  ne  le  peut,  en  nulle  aide  contre  Louis  avec  lui  ir-ai  (c).. 
-      — — — — — — — — ■  ' 

gft  un  vrai  cachot,  précédé  d'une  falle  extrêmement  vafte,  où  fe  tenait  une  partie  des 
foldats  chargés  de  garder  le  prifonier.  Ce  cachot  peut  avoir  fept  à  huit  pieds  de  lon- 
gueur ,  fur  trois  ou  environ  de  largeur.  Le  jour  n'y  pénètre  que  par  une  efpece  de 
foupirail ,  les  murs  ont  une  épailTeur  confidérable  ,  il  fert  maintenant  de  cellier.  Il  faut 
obferver  cependant  que  M.  le  Moine  ,  Hululer  du  cabinet  du  Roi  ,  auteur  d'une  hiftoire 
des  antiquités  de  Soiflons  ,  aufli  favante  qu'agréable  à  lire,  ne  croit  pas  que  cette  com- 
plainte foit  de  Louis  le  Débonnaire,  comme  les  moines  de  Saint-Médard  l'aiTurent  ;  le- 
langage  lui  fait  penfer  qu'elle  eft  d'un  fiecle  pofjérieur.  C'eft  dons  l'ouvrage  de  quel- 
que malheureux   qui  aura  été   renfermé  dans  Je   même   cachot. 

{a)  Latiam  vero  Unguam ,  ficut  naturalem  aqualiur  loqui  poterai. 

(J>)  Alors   on   n'appellait  plus  cette  langue  Romans ,   mais  Romanfe. 

(c)  Voici  celui  de  Louis  le  Germanique ,    traduit  littéralement  par  Dudos. 
Texte.  Traduction. 

\  Pio  Don  amur ,  &  pro  Chtiftian  poi>!o         Par  amour  de  Dieu  &  du  peuple  Crivi- 


SUR    LA    MUSIQUE.  13; 

On  ne  trouve  aucune  analogie  entre  cette  langue  appelée  Romande  Se  la 
langue  nommée  de  même,  qu'on  parla  depuis  fous  faint  Louis. 

M.  l'Abbé  de  Longuerue  prétend  que  ce  langage,  du  tems  de  Charles-le- 
Chauve ,  eft  encore  le  même  que  parlent  les  Catalans. 

Une  troujeme  langue  fut  donc  alors  en  vogue,  puifqu'outre  la  romanfe  8t 
la  latine,  on  ne  parla  gueres  que  la  tudefque  dans  les  états  de  Louis  II ,  frère 
de  Charles-le-Chaave  ;  Se  ce  Roi  aimait  telement  cette  langue ,  que  Otfrid , 
religieux  de  Wifembourg ,  ayant  mis  les  quatre  Evangéliftes  en  vers  tudef- 
ques,  les  lui  dédia. 

La  paix  fut  enfuite  proclamée  à  Cobîents  ,  entre  les  deux  mêmes  Rois  Se 
leurs  neveux,  en  fans  de  Lothaire,  en  langue  tudefque  &:  romanfe. 

Depuis  ce  tems ,  la  langue  teutonique  fut  toujours  employée  dans  les 
traités  que  les  Français  iîrent  avec  les  Germains. 

Il  nous  refte  encore  quelques  termes  de  la  langue  romanfe  de  ce  tems , 
ou  à-peu-près  femblables.  On  appelait  alors  camïfium  ce  que  nous  appelons 
camïfolc  :  bargas }  ce  que  nous  nommons  barque t  Sec.  mais  ils  font  en  il 
petit  nombre ,  qu'on  voit  évidemment  qu'elle  n'était  pas  la  même  langue  que 
celle  que  l'on  parla  deux  Se  trois  cent  ans  après  Charles-le-Chauve.  On  doic 
attribuer  la  deftruction  de  cette  première  langue  romanfe  aux  ravages  des 
.Normands  «Se  au  mélange  de  leur  langue  avec  la  nôrre.  11  en  naquit  une 
nouvele  langue,  qui  fut  divilée  en  autant  d'idiomes  qu'il  v  eut  de  feigneurs 
fouverains.  Ce  fut  alors  que  le  latin  devint   plus  en.  .   que  jamais  , 

pareequ'il  fervit  de  point  de  raliement  à  tous  les  dinérens  peuples  qui  ne 
pouvaient  s'entendre  que  par  ion  moyen. 

Sous  le  règne  de  Hugues  Capet,  la  nouvele  langue  romanfe  commença 

«  S;  noftro  commun  falvatnent ,  dilr  di  ea  tien,  &  pour   notre  commun  falut,  .'. 

u  avant,  in  quant  Deus  favir  Se  potir  me  jour  en  ,v  aot  que  Dieu  me  do: 

n  dunat  ,   fi  l.i'.varai  co  ceft    meon    fradra  de  favoir  3c  de  pouvoir ,  je  fauverai  cj  : 

»  Karlo,  3c  in  adjudha  3C  in  cadhuna  cofa  ,  frère  Charles ,  3c  l'aiderai  en  chacune  cl 

■o  II   cumhom  per  dreit    fon  fradra  hlvar  comme  un  homme  par  droit  doit  fauver  (on 

»  dift ,  ino  cjuid  il  imi  altre   li  raret ,  3c  ab  frère,  en  ce  qu'il  en  ferait  autant  pour  . 

o  Ludher  nu!  plaid  nunquatu  prindrai ,  qui  3c  fe  ne  ferai  avec  Lothaire  aucuii 

d  meon  vol  eiftmeon  f;adreK5rle  in  damno  de  ma  volonté  puilTc  être  domm. 

»      :  ».  mon  ftere  Charles, 

M  i 


t:*  ESSAI 

à  fe  former  &  à  devenir  d'ufage  (a).  Son  fils  Robert  cultiva  les  lettres  » 
les  arts  &  les  fciences.  11  favait  parfaitement  le  latin,  Se  fit  dans  cette 
langue  plulieurs  hymnes,  que  nous  chantons  encore  avec  la  même  Mufique 
qu'il  compofa  fur  fes  hymnes.  Son  goût  pour  le  latin  ne  lui  fit  point  négliger 
la  langue  françaife  j  Se  nous  lifons  dans  l'hiftoire ,  que  Thierry  Duc  de 
Lorraine,  lui  envoya  pour  ambalfadeur  Nantere ,  abbé  de  faint  Michel, 
pareequ'il  était  très  habile  dans  la  connailfance  de  la  langue  françaife  (£)„ 

Un  pafiage  de  Dudon,  chanoine  de  Saint-Quentin,  qui  écrivit  en  iooi 
les  vies  des  premiers  Ducs  de  Normandie ,  fait  connaître  que  la  langue 
romanfe  était  la  vulgaire  de  la  ville  de  Rouen ,  quoiqu'alors  gouvernée 
par  des  Danois. 

Cet  Auteur  dit  que  Guillaume  I,  voulant  choifîr  un  lieu  convenable  à 
l'éducation  de  fon  fils  Richard  (c).  «  Comme  la  ville  de  Rouen  fe  fervait  de 
m  la  langue  romanfe  plus  que  de  la  danoife,£c  qu'au  contraire,  à- Bayeux , 
jj  on  parlait  le  danois  plus  que  le  romans,  le  Duc  envoya  fon  fils  à  Bayeux > 
»»  pour  le  former  dès  l'enfance  à  parler  aux  Danois  leur  langue  auiîl  facir 
«  bernent  qu'on  le  faifait  autrefois  «. 

Cette  langue,  appelée  gallica,  françaife  au  concile  de  Moufon,  Se  rornana-^ 
romanfe  par  le  moine  Dudon ,  était  donc  alors  en  vogue. 

Ce  fut  du  tems  de  Robert  que  les  familles  ajoutèrent  un  nom  français 
aux  noms  de  baptême.  Une  charte  de  ce  Prince  confirme  les'  privilèges  ds 
l'Eglife  de  Saint-Denis ,  &  la  met  fous  fa  protection  contre  les  entreprifes 
de  Burchard  ,  fumomé  Barbu,  qui  renait  en  fief  de  la  même  Eglife  un 
château  fur  la  Seine,  à  caufe  de  fa  femme,  veuve  d'Hugues,  furnommé 
Bajfeth.  Le  nom  de  baptême  était  le  nom,  &  le  furnom  était  un  nom 
français.  Les  Auteurs  qui  ont  fixé  l'origine  des  furnoms  aux  croifades ,  fe 
fon:  évidemment  ttompés,  puifque  cette  charte  exifte. 

{a)  Entre  les  chefs  d'aceufarion  ,  dont  on  chargea  Arnoult ,  Archevêque  de  Reims ,  dans 
îe  Concile  de  Moufon,  en  99%  ,  on  lui  reprocha  un  traité  d'aflbciation  qu'il  avait  fait 
en  Français  Callica  avec  Charles  de   Lorraine. 

(b)  El  I.inguœ  Gallicœ  per'uia  facundiffunus .  Analecî.  t.  i.  p.  351.  Chronique  de 
Saint  Michel. 

(c)  Quoiriam  quidam  Rotomagenfîs   civitat   Romand  potius   quam  Dacifcâ  utittlT 
thqueniid,  &  Bajocaccnfis  fruitur  frequemius  Dacifcâ  iinguà  ,  quam  Romand  ,  vola 

m  ai Bajocaccnfia  defiratur  quantoùus  mania*  £v._Hiftor.  Norman. , .  lib.  3.  p.  ni» 


SVR    LA    MUSIQUE.  ,37 

Sous  Henri  I  &  Philippe  I,  Marbode ,  Evêque  de  Rennes,  compofa  en 
vers  latins  un  traire  des  Pierres  précieufesj  &  on  en  a  la  traduction  en 
vers  français ,  faite  dans  le  même  rems  (a).  Faucher  &  Ducange  prétendent 
que,  lorfque  Guillaume  eut  conquis  l'Angleterre,  il  donna  de  nouveles 
loix  à  fes  fujers,  &  qu'elles  furent  rédigées  en  langue  françaife.  M.  Levefque 
de  la  Ravaliere  le  nie  formellement.  Tous  ces  faits  fi  éloignés  font  bien 
difficiles  à  débrouiller.  Il  cft  cependant  certain  que  le  premier  Auteur  connu 
qui  ait  écrit  en  langue  vulgaire,  fut  un  Chevalier  de  Bechada  qui  fit,  en 
njo,  l'hiftoire  de  la  prife  de  Jérufalem  (b).  Cependant  cette  langue  ne 
parailfait  pas  encore  dominante,  puifque  nous  avons  des  lettres  d'Hildebert 
Archevêque  de  Tours,  qui  font  écrites  à  la  Reine  d Angleterre ,  à  Adèle, 
comtefle  de  Chartres,  Se  à  de  fimples  reclufes,  &  toutes  écrites  en  latin. 
Cette  langue  était  donc  universellement  répandue. 

Le  règne  de  Louis-lc-Gros  n'aporta  pas  de  grands  changemens  à  l'état  de 
notre  langue.  Nous  avons  encore  quelques  mots  qui  étaient  alors  en  ufa<*e, 
tels  que  brouette,  meurtre 3  étendart.  (c)  Le  nom  du  village  de  Befons  (d)t 


(a)  M.  Levefque  de  la  Ravaliere  croit  que  la  traduction  ne  fut  faite  qu'à  la  fin  Ju 
XII"  ficelé ,  pareeque  le  français  en  eft  parfaitement  conforme  à  celui  des  Poètes  qui  ont 
écrit  depuis  Louis-le-Jeune ,  &  que  les  rimes  y  font  entremêlées  comme  dans  le  roman 
de  Brut,  fait  alors. 

{b)  Cet  auteur  eut  la  pre'caution  de  confultcr  Gauberd,  Normand,  comme  fon  maître. 
fur  fon  ftyle  ,  &  fur  la  langue  vulgaire  qu'il  avait  ofé  choifir;  pareeque  les  Normands 
étaient  en  pofTeflion  de  pratiquer  notre  langue  mieux  que  nulle  autre  Province.  Geoffroy 
de  Vigeois  parle  ainfî  de  Bechada. 

«  Le  Chevalier  Grégoire  Bechada  du  Château  des  Tours,  au  pays  de  Limoges; 
»  homme  d'efprit  fubtil ,  un  peu  verfé  dans  les  lettres ,  a  écrit  aiTez  bien  les  certes 
»  de  la  guerre  de  Jérufalem  ,  dans  la  langue  maternelle  &  en  poéfie  vulgaire ,  afin 
»  que  le  peuple  en  fçût  parfaitement  l'hiftoire  ,  n'ayant  voulu  raporter  rien  qui  ne  fût 
»  vrai  &  agréable.  II  a  été  douze  ans  à  la  compofer;  &  de  peur  que  fon  livre  ne  fut 
i>  meprité  ,  à  caufe  qu'il  était  en  langue  vulgaire ,  il  ne  l'a  entrepris  que  fur  l'appro- 
»  bation  de  l'Evcque  Euftorge  &  par  le  confeil  de   Gauberd  Normand  i>. 

Ce  paflàge  prouve  que  peu  avant  le  XII'  flede,  les  écrits  en  langue  vulgaire  étaient 
rares,  peu'elHmés,  &  faits  feulement  à  l'ufage  du  peuple.  Celui  de  Bechada,  s'il  exirte, 
n'a  pas  été  encore  décopmt. 

(c)  Nommé  anciennement  Standar^.  FuLh.  Hi/l.  de  Jérufalim. 

{d)  Cuhuram  inter  quadruriam  &  inter  Bezunz  . .  .  Doublet ,  Hilt.  de  Saint- Denis, 


i58  ESSAI 

Ôc  celui  de  'Vaucreffon ,  que  l'Abbé  Suger  dit  avoir  bâti  {a).  Ce  fut  la  Pro- 
vince, Se  non  pas  Pans,  qui  preduifit  les  premiers  Auteurs  ;  &  la  province 
de  Normandie  eut  la  gloire  de  fauver  de  1  oubli  la  langue  romanfe,  Se  en  la 
confervant,  de  la  mettre  en  état  de  combatre  un  jour  la  latine.  M.  Arnaud 
prétend,  avec  raifon,  que  ce  ne  fut  que  peu  de  tems  avant  faint  Bernard  » 
que  le  français  commença  à  fe  former,  c'eft-à-dire  à  fe  polir.  Les  ouvrages 
de  l'Abbé  Suger,  fes  mémoires,  fes  lettres,  celles  de  Pierre  le  vénérable  Se 
de  tant  de  gens  célèbres  du  tems  de  Louis-le-Gros,  étant  écrites  en  latin, 
prouvent  que  cette  langue  était  encore  la  dominante,  &  que  le  français 
n'était  pas  alors  en  état  de  la  combatre.  Ce  ne  fut  que  fous  le  règne  de 
Louis-le-Jeune ,  que  la  langue  romanfe  ou  françaife  commença  à  paraître 
avec  éclat  dans  les  Provinces. 

Les  plus  anciens  livres  que  nous  ayons  en  cette  langue ,  &  qui  furent  faits 
après  celui  de  Bechada,  que  nous  n'avons  plus,  font,  le  Livre  des  Bretons 3 
fait  en  1 1 5  5  ,  par  Wiftace  ou  Euftache. 

Le  Roman  du  Chevalier  au  Lyon  >  fait  par  Gaffe  dans  la  même  année.  Ce 
Gaife  était  de  l'île  de  Gerfai  (  alors  Gerfié  )  fut  amené  dès  fon  enfance  à 
Caen,  &  devint  enfuite  Chanoine  de  Bayeux  Se  Clerc  de  la  chapelle 
d'Henri  111 ,  Roi  d'Angleterre.  Quelques-uns  lui  donnent  le  Roman  du. 
Rou  des  Normands. 

«  Mil  &  cent  cinquante  -  cinq  ans 

»  Fit   maiftre  Gaffe  ce  Romans. 

»  Et  le  Roman  du  Rou  des  Normands  [b)  ». 

'    Ce  livre  peut  être  regardé  comme  la  fuite  de  celui  d'Euftache,  puifque 

celui-là  contient  l'hiftoire  du  premier  âge  de  l'Angleterre,  cv  que  l'autre 

contient  celle  du  fécond  âge.  Mant,  nous  dit  Galfe,  en  langue  du  hord  & 

anglaife  s  veut  dire  un  homme  en  français. 

«  Mant  en  Engleiz  &  en  Norrois 
»  fegnefie  home  en  Franchois  ». 

Ses  ouvrages  ne  firent  pas  grande  fortune  en  France  j  Se  Thibault,  comte 
de  Champagne ,  eft  prefque  le  feul  qui  en  ait  parlé. 

Les  Rois  conquérans  ayant  toujours  aimé  à  faire  régner  leur  langue,  il 

(a)  Quoilam  villa  nova  quant  cedificavimus ,  qu<z  ValcrefTon  appellatur.  Ibid.  p.  87^. 
(<•)  Ce  Poème  eft  ainfi  nommé  du  nom  de  Raoul,  premier  Duc  du  Normandie  ,  ou 
bien  à  caufe  du  furnom  de  Roux  qui  fut  donné  à  Guillaume  II. 


SUR    LA    MUSIQUE.  iS9 

n'eft  pas  étonant  que  la  françaife  fe  Toit  beaucoup  répandue  fous  le  règne 
de  Philippe-Augufte.  C'eft  à  cette  époque  qu'il  faut  fixer  le  premier  éclat 
de  notre  langue  j  8c  tour  ce  qui  l'a  précédé,  ne  nous  offre  que  des  obfcurités 
impénétrables. 

Ce  fut  alors  qu'Alexandre,  furnommé  de  Paris ,  compofa  fon  poeme  de  la 
Vie  d'Alexandre-le-Grand,  qui  n'eft  qu'une  allégorie  de  celle  de  Philippe- 
Augufte  &  des  dernières  années  du  règne  de  Louis-le- Jeune. 

On  trouve  dans  ce  poeme  une  grande  quantité  de  beaux  vers  tels  que 

celui-ci  : 

<i  Pire  efl  riche  mauvais ,  que  pauvres  honourés  ». 
Un  mauvais  riche  cflplus  me'prifable  qu'un  pauvre  qui  a  de  Choneur. 

Les  vers  d'Alexandre  ont  douze  fyllabes.  Un  a  dit  que  cette  forte  de  vers 
avait  été  nommée  alexandrins,  foit  d'Alexandre  le  héros  du  Roman,  foit 
d'Alexandre,  auteur  du  Poëme.  Si  Gaffe,  auteur  du  Roman  du  Chevalier 
au  Lyon ,  eft  aulîi  l'auteur  du  R.oman  du  Rou  des  Normands ,  M.  Levefque 
de  la  Ravaliere  a  raifon  de  nier  à  Alexandre  l'invention  des  vers  alexandrins, 
puifque  ce  Roman  en  eft  rempli,  &  que  dans  ce  cas,  il  aurait  été  fait  long- 
tems  avant  Alexandre.  Mais,  s'il  n'a  été  compofé  que  par  Gaffe  Brûlés  qui 
floriffair  en  1230,  Alexandre  peut  être  l'inventeur  des  vers  de  cette  mefure, 
puifqu'il  écrivit  fous  le  règne  de  Philippe-Augufte ,  long-tems  avant  Cajfc 
Brûles. 

Ce  poëme  fut  le  fignal  de  toutes  les  poéfies  qui  parurent  peu  de  tenu 
après;  &  la  langue  françaife  ayant  pu  foutenir  le  ron  de  la  poéfie,  il  fut 
encore  plus  facile  de  la  taire  parler  en  profe.  En  1190,  parut  le  fameux 
Roman  de  Tnjlan  de  Léonois 3  qui  pane  pour  être  le  plus  beau  &  le  mieux 
fait  qui  ait  jamais  paru.  Quelques  années  après ,  Craal  ôc  Lancelot  fui virenr. 
La  vie  de  Charlemagne  fut  enfuite  traduite  du  latin  en  fiançais.  Puis 
Viilehardoin  ,  Chevalier  Champenois,  Maréchal  de  Champagne  &  de 
Romanie,  ne  balança  point  à  préférer  la  langue  françaife  à  la  latine,  pour 
écrire  fon  intéreilante  hiftoire.  Sous  Philippe-Augufte,  le  français  parvint 
donc  à  s'emparer  de  la  poélîe  &  de  l'hiftoire  ,  il  ne  reft.i  au  latin  que  les 
chaires,  les  tribunaux  <$c  les  comptes  des  finances  (a). 

{S}  Le  Prcfidcnt  Hainault  nous  «.lit  que  Henri  II ,  Roi  d'Angleterre  ,  ec:i*  i:  l'on  cefta  r.cn: 
cn  langue  Romance  ;  ce  qui  prouve  lien  que  c\.;.\ic  alors  la  langue  vulgaire .  ,.c;  que 
)e  latin  était  ledcvcnu  une  langue  lavante.. 


ï4g>  ESSAI 

Ce  fut  alors  que  la  langue  provençale  acquit  un  grand  éclat  par  les  poéfies 
des  Troubadours-,  éclat  qui  dura  environ  trois  cent  ans,  &  qui  fut  éclipfé 
par  le  progrès  que  fit  le  français  fous  le  règne  de  François  I. 

L'avancement  de  la  langue  fut  plus  fenfible  fous  le  règne  de  faint  Louis. 
Les  Poètes  y  fleurirent  &  les  favans  Aftronomes,  Géomètres  &  Géographes 
s'en  fervirent  pour  conftater  leurs  découvertes. 

Entre  les  années  1240  &  1150,  on  commença  à  écrire  en  français  les 
actes  publics;  Se  par  un  hafard  fingulier,  Alphonfe ,  roi  de  Caftille  ,  fie 
une  ordonnance  en  12.60,  par  laquelle  il  voulut  qu'à  l'avenir  les  a&es 
publics  fuflent  écrits  en  efpagnol  dans  fes  états  ;  Se  bientôt  l'Allemagne  en 
fit  autant. 

Saint  Louis  fe  fervit  de  la  langue  françaife  dans  les  Loix  générales  qu'il 
fit,  Se  qui  font  connues  fous  le  nom  & Etablijfement.  Son  Hiftoire,  écrite  par 
Joinville ,  eft  en  français  Se  remplie  des  converfations  qu'il  eut  avec  cet 
Hiftorien.  Cette  langue  prit  alors  tant  de  faveur,  Se  mérita  telement  les 
éloges  des  Savans ,  qu'on  la  crut  parvenue  à  un  degré  de  perfection  ,  à 
laquelle  il  n'y  avair  plus  rien  à  ajouter.  Huon  de  Mcri  défefpérait  d'ateindre 
à  la  beauté  du  langage  de  Chrétien  de  Troye ,  Se  de  Raoul  de  Houdanc ,  qui 
avait  écrit  en  français  mieux  que  jamais  aucun  homme  n'avair  fait.  Les 
étrangers  commençaient  auflî  à  avoir  la  plus  grande  eftime  pour  la  langue 
françaife ,  Se  envoyaient  leurs  enfans  dans  différentes  villes  du  royaume  , 
pour  aprendre  à  la  parler.  Les  trois  jeunes  Gentilshommes  qu'Enguerrand  de 
Coucy  fit  mourir  en  1 2 5  6  (a) ,  pour  avoir  chafle  fur  fes  terres  ,  demeuraient 
depuis  quelques  tems  à  l'Abbaye  de  faint  Nicolas  du  bois  de  Laon ,  Se  y  étaient 
venus  pour  aprendre  la  langue  françaife,  qui  acquérait  tous  les  jours  une 
plus  grande  célébrité  [b). 

C'eft  donc  fous  Philippe-Augufte  que  la  langue  françaife  commença  à  fe 
tirer  de  la  barbarie  où  elle  était  retenue  depuis  fon  origine.  Sous  faint  Louis, 
elle  jouit  d'un  premier  éclat,  qui,  au  lieu  d'augmenter  dans  les  fiecles 
fuivans ,  ne  fit  qu'aller  en  déclinant  jufqu'au  règne  de  Louis  XII.  Celui 
de  François  I  lui  rendit  tout  fon  luftre  5  mais  bientôt  le  mauvais  goût  qui 
s'introduifit  dans  les  ouvrages  de  plufieurs  Poètes ,  la  fit  encore  décliner 


(a)  Voyez  Guillaume  Je  Nangis, 

(J>)  Le  Dante  &  Pétrarque  ont  beaucoup  loué  plufieurs  de  nos  Poètes  du  XIII'  fieclci 

jufqu'aux 


SUR    LA    MUSIQUE.  i$t 

jufqu'aux  règnes  immortels  de  Louis  XIV  &  de  Louis  XV;  règnes  uniques 
dans  l'hiftoire,  tant  par  leur  durée  qui  embrafle  un  intervalle  de  plus  de 
cent  trente  ans,  que  parcequ'ils  ont  produit  plus  de  chefs-d'œuvre  d'efprit 
que  les  fiecles  qui  ont  fuivi  celui  d'Augufte,  n'en  avaient  produits  à  eux 
tous.  Il  en  faut  cependant  excepter  celui  de  François  I  &  de  Léon  X,  qui 
produific  Raphaël,  Michel-Ange,  le  Tafîe,  l'Ariofte,  &  plusieurs  autres 
génies  qui ,  dans  quelque  tems  qu'ils  euflent  patu ,  autaient  toujours  été 
les  premiers  de  leur  fiecle. 

C'eft  fous  ces  deux  règnes ,  qui  feront  à  jamais  la  gloire  de.  la  France,  que 
la  langue  françaife  eft  parvenue  au  plus  haut  degré  de  gloire  qu'elle  puifle 
jamais  efpérer.  Il  eft  à  craindre  que  fon  élégance  &  fon  énergie  ne  diminuent 
à  l'avenir.  Sous  prétexte  de  l'épurer ,  on  en  a  banni  une  foule  de  mots 
exprefiifs  qui  n'ont  pu  être  remplacés  par  aucun  équivalent.  &c  dont  l'abfence 
ne  peut  que  l'apauvrir. 


CHAPITRE    V. 

jDes  Chanfons  Françaïfes t  &  des  Poètes  chanfonlers  des  douzième 

&  treizième  ficelés. 

1  l  faut  convenir  que  nous  excellons  dans  ce  genre  de  poéfie,  8c  que  nous 
l'avons  emporté  fur  toutes  les  nations  du  monde  en  chanfons  bachiques," 
amoureufes  ou  fatyriques. 

Les  Gaulois  avaient  tant  d'amour  pour  les  vers,  qu'on  peut  afTurer  qu'ils 
en  eurent  aulîi  pour  les  chanfons  (a). 

Nous  voyons  dans  Sidoine-Apollinaire  (£),  que  Théodoric,  roi  des  Gots, 
aimait  à  entendre  jouer  des  inftrumens,  mais  n'aimait  pas  le  grand  bruit 
ni  les  chanfons-  Dès  ce  tcms-là  donc,  c'eft-à-dire  dès  le  cinquième  lîecle  , 
les  chanfons  étaient  en  ufage  dans  les  Gaules. 

(a)  Leurs  Poètes,  nommes  Bardes,  compofaient  des  hymnes  &'dc*  clianfons  pour 
conferver  la  mémoire  de  leurs  guerriers  qui  s'étaient  fignalés  dans  les  combats,  ou  avaient 
péri  glorieuferaent  les  armes  à  la  main. 

{b)  Ep.   ii,1.  premier. 
Tome  IL  % 


f&2  E     S    o     A    I 

La  plus  ancienne  chanfon  des  Français  que  naus  ayons  pu  découvrir,  eft 
du  tems  du  roi  Clocaire  II ,  &  faite  après  une  grande  vidoire  fur  les. 
Sarrazins.  C'eft  M.  de  la  Ravaliere  qui  en  raporte  deux  couplées  :  elle 
étoit  latine. 

i.  r. 

De  Clotario  efi  cancre  Rege  Francorum  «  Chantons  le  Roi   Clotaire  ,  qui  alla 

Qui  ivit  pugnare  cum  gente    Saxonum  »  combatre  la  nation  Saxonc.  Les  Ambaf- 

Quam  graviter  proveniffet  mijfis  Saxonum ,  »  fadeurs  Saxons  auroient  été  traités  févé- 

Si  non  fitiffet  inditus  Faro  de  gente  Burgun-  »  rement ,  Si  Faron ,  de  nation  Bourgui- 

dionum.  a  gnone ,  n'eût  intercédé  pour  eux. 

IL  IL 

Quando  veniunt  in  terrant  Francorum  ,  »  A  l'arrivée  des  AmbafTadeurs  en  France, 

Faro  ubi  erat  Princepsy  mijji  Saxonum,  »  où  Faron  était  prince,  Dieu  leur  inlpira  de 

Injlincîu  Dei  tranfeunt  per  urbem  Meldorutn ,  »  paner  par  la  ville  de  Meaux ,  pour  les  fau- 

Ne  inurficiantur  à  Rigt  Francoium,  »  ver  de  la-  mort  que  le  Ko j  leur  préparait  »t, 

Nous  favons  que  les  foldats  Français  étant  en  ordre  de  bataille  ,  Se 
marchant  au  combat,  excitaient  leur  valeur  par  des  chanfons  militaires  , 
où  ils  célébraient  les  vertus  de  leurs  anciens  héros  :  Charlemagne ,  (  au 
xaport  d'Eginard  fon  hiftorien  )  en  fit  un  recueil  \  &  cet  Auteur  remarque 
que  ces  chanfons ,  comme  celles  des  Germains,  faifaient  toute  notre  hiftoire  > 
&:  comprenaient  les  plus  belles  actions  de  nos  premiers  Rois  (a). 

La  chanfon  de  Roland  fuccéda ,  fous  la  féconde  race ,  à  ces  vers  barbares  : 
on  l'appelait  Chanfon  de  Roland s  Cantilcna  Rolandij  pareequ'on  y  exaltait  leî 
faits  de  ce  fameux  Paladin. 

M.  le  Marquis  de  Paulmy  en  ayant  trouvé  quelques  débris  dans  de  vieux 
Romanciers ,  les  a  rafTemblés ,  les  a  embellis  de  plufieurs  couplets  qui  fonr 
abfolument  dans  le  même  efprit,  Se  en  a  fait  une  chanfon  charmante ,  que 
l'on  trouvera  dans  ce  livre.  Il  ferait  à  defirer  qu'on  la  fit  aprendre  à  nos 
jeunes  foldats  j  ce  ferait  pour  eux  la  meilleure  leçon  de  bravoure ,  d'humanité 
Se  de  difeipline. 

{a)  Quel  dommage  que  ce  recueil  n'exifte  plus  f  quels  matériaux  plus  précieux  poui 
fHiftoire  !  Peut-être  le  trouverait-on  dans  les  archives  de  la  Tour  de  Londres  ,  dans  le 
nombre  des  nunuferks  emportés  par  les  Anglais  fous  les  règnes  itc  Charles  VI  &  de 
Charles  VIL 


SUR    LA    MUSIQUE.  i«r> 

M.  le  Comte  de  Trejfan  trouve  furprenant  ,  avec  raifon  ,  qu'aucun 
manuferit  cligne  de  confiance  ne  nous  ait  ttanfmis  la  chanfon  de  Roland  : 
il  croit  qu'elle  aurait  dû  fe  conferver  du  moins  par  une  tradition  orale , 
puifqu'il  eû  prouvé  que  les  vignerons,  voifins  de  Marfeille  (  colonie  des 
Phocéens)  chantent  encore  en  travaillant  quelques  vers  grecs  très  altérés,  qu'on 
a  reconnus  pour  être  les  fragmens  d'une  Ode  de  Pindare,  fur  les  vendanges. 
Il  croit  aufli  que,  s'il  exifte  encore  quelques  traits  de  cette  chanfon,  ce  doit 
être  parmi  les  payfans  des  Pyrénées.  (Nous  n'en  voyons  pas  la  raifon ,  puifqu« 
cette  chanfon  n'a  été  compofée  qu'après  la  mort  de  ce  guerrier  tué  à  Ron- 
cevaux,  &  qu'elle  n'a  pas  été  chantée  dans  les  Pyrénées  plus  que  dans  tout 
le  refte  du  Royaume  ).  M.  le  Comte  de  Trejfan  ajoute  que  feu  M.  le 
Marquis  du  Viviers  Lanfac 3  d'une  illuftre  n.iillance,  dont  la  terre,  fituée 
dans  les  Pyrénées,  eft  depuis  plus  de  fix  cent  ans  dans  fa  maifon  ,  eft  le  feul 
qui  lui  avait  afluré  qu'il  avait  cru  reconnaître  des  fragmens  de  cette 
célèbre  chanfon,  dans  la  bouche  des  payfans  montagnards;  6V:  que  l'on 
pouvait  rendre  à -peu -près  ce  qu'il  en  avait  raftemblé  par  la  traduction 
fuivante  : 

«  O  Roland  !  honeur  de  la  France , 

»  Que  par  toi  mon  bras  foit  vainqueur! 

»  Dirige  le  fer  de  ma  lance 

w  A  percer  le  front ,  ou  le  cœur 

»  Du  fier  ennemi  qui  s'avance  ! 

»  Que  fon  fang  coulant  i  grands  floti 
»  De  fes  flancs  ,  ou  de  fa   vifîcre , 
»  Bouillone  encor  fur  la  poufficre , 
»  En  baignant  les  pieds  des  chevaux  ! 
»  O  Roland  !  &c 

Si  les  débris ,  fur  Iefquels  M.  le  Marquis  de  Paulmy  a  co:npof<;  fa 
chanfon,  ne  font  pas  les  véritables,  nous  fommes  tentés  de  leut  en  favoir 
gré  ;  car  il  n'eft  guères  pollible  de  croire  que  l'ancienne  chanfon  fut  aulli 
agréable  c\:  aulli  exprellive  que  la  nouvelle. 

L'Élégie  de  Gotefcale,  qu'il  compofi  dans  fon  exil,  peut  être  regardée 
comme  une  chanfon.  Elle  eft  adrellce  à  un  de  fes  compagnons 

N  i 


î^4?  ESSAI 

(a)  «  Cher  enfant  (  lui  dit-il  )  pourquoi  demandez-vous  que  je  criante 
»  quelques  vers  agréables  ?  Exilé  au  milieu  des  mers  ,  pourquoi  m'os- 
»  donnez- vous  de  chcnter? 

»  Miférable  que  je  fuis  !  les  pleurs ,  les  larmes ,  cher  compagnon  ,  me 
»  conviennent  mieux  que  le  chant.  Ah!  cher  ami,  pourquoi  m'ordonnez-» 
s»  vous  de  chanter?  » 

Les  chanfons  furent  écrites   en  latin  jufqu'au  tems  ou  les  Normands 
commencèrent  à  culciver  la  langue  romance ,  &  à  la  tirer  de  l'obfcurité 
©.\  elle  était  depuis  long-tems.  La  Provence  lui  difputa  bientôt  les  grâces- 
de  la  poéfie.  Les  Troubadours  parurent  &  eurent  de  grands  fuccès.   On 
lit  dans  l'Hiltoire  de  la  Poéfie  françaife,  que  la  Provence  fut  la  porte  par 

*■"  ■  -■  ■    ■■    ■■■■     ■    i    ■  ■  ■ '  ■-  ■■  ■  ■    ■    i    ■  iii  ■■■■ni»  » 

(à)'  Ut  quid  jubés  pufiole  + 

Quare   mandas  filiole , 
Carmen  dulce  me  camare  r 
Cum.  fim  longe  exul  valde  }. 

Intra  marey 
G  cur  jubés  cancre  h 

Magis  mihi  miferale  V 
Flere  lïbet  puerale 
Plus  plorare  quam  camare  f 
Carmen  taie  ,  jubés  quare  ; 

Amor  care  , 
O  cur  jubés  canere ,    &c. 

Cote/cale,  nommé  auflî  Fulgence  à  caufe  de  fon  attachement  à  la  doctrine  de  ce  îâintt: 
Evêque,  était  Saxon.  Forcé  de  fa  faire  Bénédictin  à  Fulde  dans  fon  enfance,  il  réclama-, 
en  vain  quelques  années  après,  &  le  brouilla  avec  Raban ,.  Archevêque  de  Mayence  &. 
'Abbé  de  Fulde.  Il  fe  retira  à  Soifïbns,  &  y  reçut  l'ordre  de  la  Prêtrife.  La  lecture  des- 
ouvrages de  Saint  Auguflin  ,  lui  donna  des  idées  fur  la  prédeftination  qui  effrayèrent 
l'Evcque  de  Vérone,  avec  qui  Gotefcale  eut  de  longues  conférences ,  en  revenant  de 
vifiter  à  Rome  les  tombeaux  des  Saints-Apô-res.  Le  charitable  Evêque  le.  déféra  à  Raban  f 
«jui  le  fit  condamner  dans  un  Concile  qu'il  convoqua  à  ce  fùjet  ;  &  dans  un  fécond 
Concile  tenu  en  Quercy  ,  il  fut  dégradé  de  la  prêtrife,  obligé  de  brûler  lui-même  Ces 
ouvrages,  battu  de  verges,  &. renfermé  dans  une  étroite  prifon  au  Monaftere  d'Auviller» 
en  Champagne  ,  où  il  mourut  en  868.  Les  Moines  lui  refuferent  les  Sacremens  &  la 
fépulture  ,  par  l'ordre  de  Hincmar  ,  Archevêque  de  Reims.  Cependant  fa  doctrine  fut 
déclarée  bonne  au  Concile  de  Valence,  tenu  treize  ans  avant  fa  mort ,  mais  fa  perfonne 
n'en  fin  pas  moins  abandonés  aux  fureurs  de  il- s  ennemis,. 


SUR    LA    MUSIQUE.  \^ 

cù  la  rime  entra  en  France  \  mais  cependant  on  vient  de  voir  des  chantons 
rimées  long-rems  avant  les  poéfies  provençales  (a). 

Une  Lettre  d'Yves ,  Évêque  de  Chartres,  au  Pape  Urbain  II ,  nous  aprend 
que  ,  fous  le  règne  de  Philippe  I  ,  un  jeune  homme,  qu'on  avait  futnommé 
Flora j  pour  marquer  fa  vie  folle  ôc  eftcmin.ee,  était  l'objet  des  chanfons 
fatyriques  que  l'on  faifait  chaque  jour  fur  lui.  Elles  étaient  auffi  licencieufes 
que  fa  conduite  ;  ôc  le  fcandale  en  fut  fi  grand,  que  le  faint  Evcque  crut 
devoir  en  écrire  au  Pape. 

On  a  prétendu  qu'Abélard  avait  compofé  des  chanfons  françaifes  (i)j  mai» 
rien  ne  le  prouve.  11  eft  vrai  qu'il  écrit  à  Héloïfe  : 

«<  L'amour  m  ayant  embrafé  le  cœur,  fi  j'inventais  encore  quelques  vers, 
w  ils  ne  parlaient  plus  de  philofophie,  ils  ne  refpiraient  que  le  langage  de 
>»  mon  vainqueur.  Plufieurs  de  mes  petites  pièces  font  chantées  dans  nos 
»  villes,  cvc.  >»  (  Ep.  i  ), 

Et  qu'Héloïfe  lui  répond  r 

«Entre  les  qualités  qui  brillaient  en  vous,  deux  fur-tout  m'enflâmerenr, 
5<  les  grâces  de  votre  poéfie  8c  celles  de  votre  chant  :  toute  autre  femme  en 
»  aurait  été  également  enchantée.  Lorfque,  pour  vous  déialîer  de  vos 
»  exercices  philofophiques ,  vous  compofiez  en  mefure  limple  ou  en  rime, 
»  des  Poéfies  amoureufes,  tout  le  monde  voulait  les  chanter,  à  caufe  de  la 
jj  douceur  de  votre  exprelfion  &c  de  celle  du  chant.  Les  plus  iufenfibles  aux 
»  charmes  de  la  mélodie  ne  pouvaient  vous  refufer  leur  admiration.  Comme 
»  la  plupart  de  vos  vers  chantaient  nos  amours,  mon  nom  fut  bientôt  connu 
•»  par  le  vôtre.  Les  fociétés  particulières  Se  les  publiques  ne  retentillaient 


(a)  Plufieurs  auteurs  croient  que  la  rime  en  vers  était  connue  des  anciens.  Il  eu  vrai 
«ju'on  en  trouve  des  exemples  dans  Catulle  ,  dans  Ovide  &  dans  Virgile  ;  mais  ils  n'en 
©nt  iriï-  que  rarement  ;  toujours  de  manière  à  faire  entendre  qu'ils,  ivcn  aprouvaient  pas 
l'ulage   fréquent  ,  Se  qu'ils   ne    l'ont  connue  que  pour   la  rejetter. 

On  fait  que  parmi  les  Arabes  ,  la  rime  eft  d'un  ufage  immémorial.  Des  auteurs  dignes 
de  foi,  aflûrciu  que  l'Arabie  feule  a  produit  plus  de  Poètes  que   tout  le  refte  du  monde 
enfemble;  elle  en   compte  jufqu'A  foixante  du  premier  ordre.  L'un  d'eux' a  mi>  l'Alcoran 
en  rimes.  Avant    l'irruption  des  Maures,    arrivée  en  711,  0:1   n'avait  point  vu   de 
«mis  en  Europe,  on   ne  vit  autre  choie  depuis.   /'>vq    PAbbi  Matjiai,  p.  81. 

(£)  L'Abbé-  Mallieu  le  dit  dans  fon  hiftoirc  de  la  Poche  Françaife,  nais  n'en  apporte 
aucuuc  preuve.. 


.1+6  ESSAI 

n  que  du  nom  d'Héloïfe ,  les  femmes  enviaient  mon  bonheur.  Hélas  !  que 
»  font  devenus  ces  tems  heureux!  qu'ils  font  chang.'s!  (  Ëp.  1 1  ). 

Les  Epitres  d'Abélard  &  d'Héloïfe  font  écrites  en  latin ,  comment  peut-on 
en  conclure  que  les  chanfons ,  dont  il  eft:  ici  parlé ,  étaient  en  français  ?  Tous 
les  vers  d'Abélard  ont  péri  hors  ces  deux-ci  : 

«  Vive  ,  vale  ,  vivantque  tute  ,   valeantque  forons  , 
»  Vivite  y  fed  Chrijlo  ,  qucefo   mei  memores. 

»  Mon  Héloife  ,   adieu,  vivez,  tes  feurs  &  toij 

»  Vivez  pour  Jéfus-Chrift,  mais  fouviens-toi  de  moi  (a)  i». 

Nous  ne  pouvons  raifonablement  douter  que  toutes  les  chanfons ,  faîtes 
avant  le  fiecle  de  Philippe-Augufte,  n'aient  été  écrites  en  latin.  En  vain  a-t-on 
prétendu  que  les  premières  chanfons  françaifes  (ou  romances)  furent  faites 
fous  Philippe  I ,  rien  ne  le  prouve  :  on  peut  donc  en  alïurer  l'époque  à  la 
fin  du  douzième  fiecle  (b).  Ce  genre  eut  un  tel  fuccès,  que  pendant  le 
douzième  &  le  treizième  fiecle ,  nous  pouvons  compter  plus  de  cent  trente-fix 
Poètes  qui  nous  ont  laitfé  des  chanfons  plus  ou  moins  agréables,  mais  qui 
prefque  toutes  ont  de  la  naïveté  &  de  la  délicatede ,  même  dans  les  fujets 
les  plus  libres  (c). 

(a)   Epitaphe  d'Abélard,  par  Pierre  de  Cluny  : 

«  Me ,  feiens ,  quidquid ,  fuie  ulli  feibile. 
»  Ci-gît  tout  ce  qu'un  homme  peut  (avoir  ». 
Bernard   de  Cluny  fit  un  Poème  de    plus  de  trois  mille  vers  exametres  &  rime's ,  dont 
le  fujet  était  le  mépris  du  monde  ;  &  pour  rendre  fon  ouvrage  d'une  plus  grande  difficulté  , 
fes  vers   ne  furent  compofés  que  de  dattyles ,  excepté    le  lîxieme  pied    de  chacun  ,  qui 
ne  pouvoit  ne  pas  être  un  fpondee.  Ces  vers  latins  Se  rimes,  s'appelaient  Léonins. 

(b-  M.  de  Querlon  nous  dit  que,  pour  peindre  d'un  trait  les  huit  ou  neuvième  fiecles 
Écoulés  depuis  le  démembrement  de  l'Empire  Romain  jufqu'au  renouvellement  des  lettres, 
il  y  eut  toujours  du  génie  fans  art ,  de  l'efprit  fans  goût ,  du  goût  fans  règles  &  fans 
principes ,  des  connaijfances  deftituées  de  lumières  ,  du  f avoir  fans  difeernement  ,  du 
jugement  fans   critique ,  &c. 

(c)  Prefque  tous  ces  Poètes  compofaient  les  airs  de  leurs  chanfons  ,  mais  ces  airs  n'étaient 
autre  chofe  que  du  chant  Grégorien  ;  &  même  c'était  fouvent  tout  Amplement  les  chants 
de  l'Eglife  qu'ils  parodiaient.  A  la  fin  d'un  grand  nombre  de  leurs  chanfons,  on  trouve 
les  premiers  mots  de  l'hymne ,  dont  l'air  eft  celui  de  la  chanfon.  Il  eft  fmgulier  qu'il 
n'y  ait  jamais  eu  en  France  plus  de  Poètes  tendres  ,  galants  &  libres ,  que  fous  le  règne 
du  plus  faint  de  nos  Rois. 


SUR    LA    MUSIQUE.  147 

II  eftctonant  que  depuis  l'an  1385,  environ  jufqu'au  règne  de  François  I, 
en  ne  puiffe  rien  trouver  qui  prouve  que  ce  genre  aie  été  cultivé.  Depuis  la 
mort  de  Philippe-le-Hardi,  peu  de  Poètes  nous  fonteonnus,  peu  ce  chanfons 
nous  font  reftées ,  excepté  quelques-unes  du  Duc  d'Orléans,  de  froilTarr,  de 
Machaut ,  &  de  quelques  autres ,  mais  inférieures  à  celles  du  treizième  fiecle. 
Ce  fut  donc  fous  Philippe-Augufte  qu'on  abandonna  le  latin  aux  hymnes  8c 
aux  autres  chants  de  l'Eglifc;  la  langue  françaife  s'empara  du  refte,  Se  devint 
la  langue  de  la  jonglerie,  c'eft-à-dire,  des  Poctes  épiques,  dramatiques  Se 
lyriques. 

Alors  les  chanfons  françaifes  commencèrent  à  devenir  communes  ,  & 
Gautier  de  Coincy,  religieux  de  faint  Médard  de  Soilfons,  en  compofa  un 
nombre  confidérable,  que  nous  avons  encore  manuferites.  Les  premières 
furent  appelées  (a)  Lais,  Se  prefque  toutes  étaient  une  forte  d'élégie,  dans 
laquelle  le  Poète  fe  plaignait  de  quelqu'infortune  amoureufe. 

Triftan ,  célèbre  par  fes  amours,  qui  font  la  matière  du  premier  de  nos 
Romans  (b),  elt  fouvent  occupé  à  acorder  fa  harpe  &  à  chanter  des  Lais  (c). 

On  prétend  qu'il  y  avait  alors  plus  d'un  heele  que  les  Poctes  Provençaux 
compofaient  des  chanfons  ,  Se  que  c'eft  à  eux  que  nous  devons  les  nôtres.  Si 
cela  eft,  on  les  doit  à  quelque  Troubadour  acueilli  à  la  cour  de  Philippe— 
Augufte,  fes  chanfons  auront  eu  du  fuccès,  &  auffi-tôt  nos  Poètes  fe  feronc 
efforcés  d'en  faire  de  femblables.  En  effet  les  plus  anciennes  que  nous  ayons, 
font  de  Coincy  ,  de  Chrétien  de  Troye,  d'Auboin  de  Senne  ,  du  Châtelain 
de  Coucy,  &c.  (d)  qui  vivaient  vers  la  fin  du  douzième  fiecle.  Thibaut, 
Comte  de  Champagne  Se  Roi  de  Navarre,  qui  floriffait  cinquante  ans  après 
eux,  fut  un  des  plus  grands  amateurs  de  ce  genre  de  poéfîe,  qu'il  cultiva 
lui-même  avec  fuccès.  11  nous  refte  foixante-huit  de  fes  chanfons,  dont  M. 
Levefque  de  la  Ravaliere  nous  a  donné  foixante-fix  dans  une  édition  qu'il  en 

(il)  Du  mot  latin  LeJflfS ,  qui  ligniliait  complainte   ou  chant  funèbre. 

(/>)  Il   parut  en    1 150. 

(<■•)  Dans  le  roman  de  Perceforcit,  on  voit  qu'aux  tables  des  dames  A:  demouellcs  de 
la  Reine,  une  pucelle,  [  c'eft  ainlï  qu'on  appelait  alors  toutes  les  jeunes  filles-] ,  difait 
mie   clianlon  ,   &  que   toutes   répondaient. 

(cl)  Parmi  les  Poélies  d'Euftadie  Defdiamps  ,  on  trouve  une  dnuifon  à  boire ,  qui  çll 
peut-être  la  première  que  l'on  connaillc  dans  noire  poeiic. 


1*8  ESSAI 

a  fait  faire  (a).  Cette  édition  eft  correéte,  &  ornée  d'excellentes  remarques 
fur  les  révolutions  de  notre  langue ,  «Se  fur  l'ancienneté  des  chanfons 
françaifes. 

L'exemple  de  ce  Prince  entraîna  quantité  de  jeunes  gens  qui  voulurent 
l'imiter  ou  lui  plaire.  Les  noces  des  frères  de  faine  Louis,  avec  les  PrincelTes 
de  Touloufe  &  de  Provence ,  donnèrent  une  ample  matière  à  nos  Poc'tes 
d'exercer  leurs  talents.  Charles  d'Anjou  fut  lui-même  de  leur  nombre.  M. 
de  la  Ravaliere  aflure  n'avoir  trouvé  aucune  pièce  de  fa  façon  \  cependant  il 
a  fait  fon  édition  des  Poéfies  du  Roi  de  Navarre  fur  le  manuferit  de  la 
bibliothèque  du  Roi,  n°  7121  j  Se  la  quatrième  chanfon  de  ce  Recueil  porte 
le  nom  du  Comte  d'Anjou  (è). 

L'Académie  établie  en  Provence  pendant  près  d'un  fiecle,  donna  le  tort 
à  la  poélîe  françaife ,  qui  par  conséquent  ne  s'occupa  que  de  chanfons,  qui 
alors  s'appelaient  chants  royaux  (c),  foit  à  caufe  du  Roi  de  Navarre,  qui  en 
compofa  une  foule,  foit  pour  marquer  que  c'était  le  Pocme  le  plus  noble  8c 
le  plus  digne  d'être  chanté  à  la  cour.  Car  bien  différentes  de  nos  vaudevilles, 
loin  de  paffer  de  bouche  en  bouche  ,  elles  n'étaient  compofées  que  pour  les 
oreilles  les  plus  délicates,  Se  exécutées  dans  ces  tems-là  par  les  plus  habiles 
Muficiens. 

Le  grand  défaut  de  ces  chanfons  eft  leur  monotonie  infuportable  ;  prefque 

(a)  Nous  «porterons  les  deux  que  M.  de  la  Ravaliere  n'a  pas  connues ,  pour  que  le 
public  ait  la  collection  complette  des  chanfons  du  Roi  de  Navarre.  L'une  fe  trouve  dans 
les  manuferits  du  Roi  &  du  Vatican,  &  l'autre  dans  celui  de  M.  le  Alarquis  de  Paulmy. 

(B)  Elle  commence   ainfi  : 

«  Li  granz  defirs  &  la  douce  penfée 

»  Que  j'ai  por  vos  ,  dame  qui  valez  tant  ». 

Nous  en  avons  trouvé  une  féconde  dans  les  manuferits  de  M.  de  Sainte-Palaye,  &  notiç 
les  raportons  toutes  deux  à  l'article  du  Comte  d'Anjou. 

(c)  Ces  chants  étaient  compofés  de  trois,  quatte  ou  cinq  fiances,  le  dernier  vers  de 
îa  première  devait  fervir  de  refrein  aux  autres,  &  on  leur  donnait  ce  nom  parce  qu'on 
adreffait  cet  ouvrage  au  Roi;  les  balades  fuccederent  aux  chants  royaux,  &  étaient  moins 
longues.  Ordinairement  à  la  fin  de  ces  deux  Pocmes ,  on  mettait  en  cinq  vers  un  abrégé 
du  fujet ,  qu'on  appelait  envoi ,  parce  qu'on  l'adrefTait  au  Roi ,  pour  fe  le  rendre  favo- 
rable. Du  Chant  royal  &  de  la  Balade,  font  venus  le  Lay ,  le  Virelay ,  le  Rondeau, 
jie  Triolet,  &  tous  les  petits  ouvrages  dont  le  retiein  fait  l'agrément, 

tous 


SUR    LA    MUSIQUE.  t# 

tcnis  les  Poètes  fe  font  afllijetis  au  même  modelé  ;  prefque  toujours  ils  parlent 
du  printems  ,  des  fleurs ,  de  la  verdure  ,  du  ramage  des  oifeaux  ,  &c.  Il 
Semblait  qu'il  y  avait  alors  un  cadre  général  qui  fervait  aux  Clianfoniers. 
Cependant  ils  avaient  un  fécond  genre  qui  différait  uij  peu  du  premier,  mais 
qui  avait  auflî  fa  monotonie  :  c'elt  ce  qu'on  appelait  PaflourdU.  Le  Pocte 
fort  dans  les  champs  à  pied  ou  à  cheval,  rencontre  une  Bergère  très-jolie,  lui 
fait  des  proportions,  Se  de  gré  ou  de  force  finit  par  jouer  avec  elle  le  jeu 
d'amour.  Cette  monotonie  était  déjà  infuportable  du  tems  de  Thibaut,  qui 
s'en  moque  dans  une  de  fes  chanfons,  où  il  dit  :  «  que  les  feuilles  6c  les 
»  fleurs  ne  fervent  en  rimant  qu'à  ceux  qui  ne  faveur,  point  inventer 
a»  d'autres  fujets  >». 

«  Feuille  ne  flors  ne  vaut  rien  en  chantant 

»>  Fors  ke  por  défaute  fans  plus  de  rimoier,  &c  »." 

Nous  allons  entrer  dans  quelques  détails  fur  les  anciens  Poctes,  Se  raporter 
fur  eux  &  fur  leurs  ouvrages  le  peu  que  nous  en  favons.  Plufieurs  ne  font 
connus  que  de  nom  ■  Se  les  chanfons  qu'ils  nous  ont  biffées  ,  ne  nous  font  pas 
regreter  d'être  fi  mal  infrruits  fur  leur  compte.  Des  diftérens  Recueils  que 
nous  avons  examinés ,  Se  qui  renferment  plus  de  douze  cent  chanfons , 
environ  foixante-quinze  nous  ont  paru  dignes  d'être  diftinguées.  Peut-être 
cependant  jugera-t-on  que  nous  aurions  dû  nous  montrer  plus  difficiles. 

Adam  de  la  Halle  furnommé  le  Bossu,  né  à  Arras,  fe  fit  Moine  à 
l'abbaye  de  Vaucelles  l'an  1 300  ou  environ.  11  avait  été  marié  avant  de  f* 
faire  Moine,  ainfi  que  le  prouvent  ces  vers. 

«  Seigneur,  favés  pourquoi  j'ai  mon  habit  changé, 
»  J'ai  été  avec  femme,  ot  revais  au  clergé  ». 

Nous  avons  de  lui  trente-trois  chanfons.  On  peut  voir  à  la  bibliothèque 
du  Roi  fes  chanfons  manuferites,  n°  7365. 
11  eft  auteur  du  Roman  d'Ogei  le  Danois. 

«  En  tel  manière  k'cirre  n'en  puifl  blâmez 
»  Li  Roy  Adams  pat  ki  il  eft  rimer»* 

Adenez  (Le  Roy),  Pocte  Se  excellent  joueur  d'inftrumeiis,  a  fait  le 
Roman  de   Cléomadês  Se  celui  de  Bertin  ,  où   l'on  trouve  beaucoup 
chanfons. 

Tome  IL  Q 


<5*o  ESSAI 

II  floriflait  en  info,  &  étaic  Meneftrel  &  Roi  d'armes  de  Henri  Duc 
ce  Brabant. 

Dans  ce  rems-là,  les  Poètes  fe  donnaient  que'quefois  le  titre  de  Roi, 
comme  pour  prouver  la  fupériorité  qu'ils  avaient  fur  les  autres  hommes. 

On  lit  dans  le  roman  de  Cléomaies  par  Adene%» 

«  Ce  livre  de  Cléomadès 

»  Rimé-}e  le  Roi  Adenez  , 

»  Meneftrel  au  ban  duc  Henry  ». 

On  a  vu  qu'Adam  avait  pris  le  même  titre  dans  le  Roman  d'Oger  le 
Danois  (a). 

Il  ne  nous  refte  aucune  chanfon  d 'Adenez,  quoiqu'il  en  ait  fait  un 
grand  nombre. 

Alars  de  Caus.  Il  nous  refte  de  lui  deux  chanfons  qui  fe  trouvent  dans 
le  manufcrie  du  Roi.  Il  vivait  dans  le  treizième  fiecle. 

Alexandre  de  Paris  ,  né  à  Bernay  en  Normandie ,  fous  Philippe-Augufte  , 
floriifait  vers  1200. 

On  prétend  qu'il  eft  le  premier  qui  fe  foit  fervi  des  vers  de  douze  fyllabes, 
qui  prirent.de  lui  le  nom  d'Alexandrins  (A).  11  acheva  en  vers  de  cette  mefure 
le  roman  d'Alexandre. 

Cet  Alexandre  de  Paris  fut  un  célèbre  Jongleur. 

«  Alexandre  nos  dit  que  de  Bernay  fut  nez, 
»  Et  de  Paris  refiit  fes  furnorns  appelés  ». 

(a)  On  croit  que  Marie  de  Brabant  eut  grande  part  aux  ouvrages  d'Adenez ,  fur- 
lout  aux  Romans  de  Berthe  au.  grand  pied,  de  Cléomadès  &  à'Ogler  le  Danois. 
Cette  PrincefTe  aimable  &  éclairée ,  fut  féconde  femme  de  Philippe  le  Hardy.  Jamais 
elle  ne  fut  foupçonnée  de  galanterie,  mais  elle  efiuya  une  accufation  bien  plus  grave, 
ce  fut  d'avoir  empoifoné  Louis ,  l'aîné  des  fils  du  Roi  &  d'Ifabelle  d'Arragon  ,  fa  première 
femme.  La  Broffe  ,  d'abord  barbier  du  Roi ,  puis  fon  favori  ,  &  fon  premier  Miniftre 
fut  fon  accufateur;  mais  la  vérité  fut  reconnue,  &  la  BroJJl  pendu.  Il  faut  lire  cette 
anecdote  intéreiïànte  ,  &  qui  fait  connoître  l'efprit  de  ce  fiecle  flngulier,  dansla  Bibliothèque 
des  Romans,  Décembre  1778,  pag.  100. 

{b)  Nous  ne  favons  pas  pourquoi  on  lui  attribue  l'invention  des  vers  de  douze  fyllabes, 
puifqu'ij  n'eft  que  continuateur  du  roman  d'Alexandre  ,  compofé  par  Lambert  li  Cors  ; 
&  que  le  commencement  du  roman  eft  en  vers  de  même  mefure.  Ccft  donc  Lambert 
qui  en  eft  l'inventeur. 


SUR    LA    MUSIQUE,  ïp 

L'Auteur  du  roman  d'Athis  &c  de  Prophylias  eft  aufïi  nommé  Alexandre; 
mais  on  ignore  fi  c'eft  le  même  :  le  ftyle  le  rai:  croire. 

Amiens  le  Clercs  (  Henri  ) ,  connu  feulement  par  le  Manufcrit  du 
Vatican.  Il  nous  refte  une  chanfon  de  lui. 

Amiens  le  Paignieres  (Guillaume  d'  ).  Il  vivait ,  ainfi  que  le  précédent ,' 
du  tems  de  faint  Louis ,  &  nous  a  laitfé  deux  chanfons ,  qu'on  trouve  dans 
le  manufcrit  du  Vatican. 

Andeli  (  Rogerin  ou  Rogiers  d'  ) ,  cité  par  Faucher,  a  laifTé  deux  chanfons 
qui  font  dans  le  manufcrit  du  Roi.  Il  vivait  fous  Saint  Louis. 

Angecourt  (  Perrin  d'  ).  Il  fut  attaché  à  Charles  d'Anjou,  frère  de  Saint 
Louis ,  à  qui  il  adrelîa  plufieurs  de  les  chanfons  :  elles  nous  aprenent  qa'il 
demeurait  à  Paris  par  amour  pour  fa  Dame. 

Le  manufcrit  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy  en  contient  vingt-quatre,  & 
Fauchet  en  cite   vingt -fept  ;  mais   nous  n'en  connailTbns   que  vingt-fix. 

P  A  S  T  O  U  R  E  L  L  E  (a).- 


Au  temps  nouvel 
Que  cil  oilêl 
Sont  hetie  &  gai  , 
En   un  bochel 
Sanz  paftorel 
Paftore  trouvai  ; 
Oi\  fcfoit  chapiau   de  flors , 
Et  chantoit  un  fon  d'amors 

Qui  mule  cft  jolis. 
Li  penfers  trop  mi  guerroie 
De  vous ,  dou\  amis. 

Par  grant  rével 
Ens  cl  piael 
Dire  li  allai  ; 
S'il  vous  eft  bel 


«  Au  tems  nouveau  que  les  oifeaux  font 
»  gais  &  joyeux ,  je  trouvai  une  bergère 
»  toute  feule  dans  un  bofquet  où  elle  railbit 
»  un  chapel  (  couronne  de  fleurs  ) ,  & 
i>  chantait  un  air  d'amour  quf  cft  joli.  Son- 
»  gtr  à  vous  me  tourmente  trop  ,  doux 
»  ami. 


»  Tout  joyeux,  j'allai  dans  le  bois  1 
»  dis  :  C\  vous  voulez,  jcpiends  votre  chapel , 
>•  5c  me  donne  à  vous;   je  ferai  confiant 
»  &  loyal ,  fans  jamais  penfer  à  d'autre . 


{a)  Les  deux  derniers  vers  de  chaque  couplet  font  des  refreins  d'autres  chan 
le  Poète  acommode  à  la  liennc-j  Si  voilà  pourquoi  ils  ne  font  jamais  d:  la  iucuiciu. 

O  i 


IJ* 


ESSAI 


Por  vo  chapel 
Voftre  Revendrai  : 
Fins  &  loiaux  à  touz  jorz 
Sans  jamés  penfèr  aillors  ; 

Et  pour  ce  vous  proi, 
Bergeronnette , 
Fêtes  vofire  ami  de  moi. 

Sire ,  allez-en , 
C'eit  pour  noient 
Qu'elles  ci  afîîs  ! 
J'aim   Ioïaument 
Robin  le  gertt, 
Et  ferai  tandis  ; 
Sa  mie  fui  &  ferai, 
Ne  j'a ,  tant  com  je  vivrai , 
Autre  n'en  jorra. 
Rohln  m'aime,  Robin  m'a, 
Robin  m'a.  demande  fi  m'aura. 

Mult  longuement 
L'alai  proiant, 
Que  riens  n'i  conquis. 
Etroitement 
Tout  en  riant 
Par  les  flans  la  pris, 
Sur  l'herbe  la  fouvinai. 
Mult  en  fut  en  grant  eûiiai , 
Si  haut  a  crié  , 
Belle  douce  mère 
Me  !  Garde\-moi  ma  chafie'e. 

Tant  i  luitai 
Que  j'achevai 
Treftout  mon  defir. 
Je  la  trouvai 
De  bon  eflai , 
Et  douce  à  fentir. 
Alors  fi  me  fui  tornez; 
Et,  quant  je  fui  remenbrez, 
Si  pris  à  chanter  : 
Par  les  Sain^  Dieu,  douce  Margot , 
Il  a  grant  paine  en  bien  amer,, 


n  je  vous  prie  donc  ,  douce  bergère ,  failli 
»  votre  ami  de  moi. 


»  Sire  ,  retirez-vous  ;  vous  avez  perdu 
»  vos  pas  en  venant  ici.  J'aime  avec  fidé- 
»  lité  le  gentil  Robin  ,  &  l'aimerai  tou- 
»  jours.  Je  fuis  &  veux  être  fa  mie ,  Se 
»  jamais  tant  que  je  vivrai ,  nul  autre  ne 
»  jouira  de  moi;  Robin  m'aime,  Robin 
nm'a,  Robin  m'a  demandée,  s'il  m'ob- 
»  tiendra. 


r>  Pendant  long-temps  je  la  priai  Se  ne 
»  gagnai  rien  ;  alors  tout  en  riant ,  je 
»  la  faifis  étroitement  par  le  corps  Se  la  ren- 
»  verfai  fur  l'herbe.  Elle  fut  bien  étonnée 
»  &  cria  de  toutes  fes  forces  ;  douce  vierge 
»  fauve\mon  honneur. 


»  Je  travaillai  fi  bien  qiw  j'accomplis 
»  mon  défit ,  &  la  trouvai  de  bon  aloi  r 
»  Se  ayant  la  peau  douce.  Alors  je  m'en- 
»  allai ,  &  quand  je  me  rappelai  moi» 
»  aventure,  je  memis  à  chanter,  par  les 
»  faims  Dieu,  douce  Margot ,  on  a  bien 
»  de  la  peine  à  bien,  aimer  ». 


SUR    LA    MUSIQUE.  iS3 

Anjou  (Charles  d' ),  frère  de  Sainr  Louis,  naquit  en  1220,  Se  mourut 
le  7  Janvier  1185.  Gendre  &  héritier  de  Bérenger ,  comte  de  Provence, 
il  conquit  le  royaume  de  Naples,  &  y  porta  avec  lui  le  génie  de  la  litté- 
rature françaife.  Il  commença  par  l'introduire  à  Ilorence,  dont  il  fut  maître 
plufieurs  années.  Quelques  Ecrivains  ont  cru  que  le  féjour  de  la  maifon 
d'Anjou  en  Italie  &  la  réfidence  de  la  cour  de  Rome  en  Provence  avaient 
contribué  à  former,  polir  &  enrichir  l'Italien.  Que  cela  foit  ou  non,  il 
eft  certain  que  les  Écrivains  Provençaux  ont  contribué  à  faire  fleurir  la 
littérature  italienne.  Le  goût  des  romances  y  fît  pafler  infenfiblement ,  en 
plufieurs  contrées,  avec  le  goût  de  la  galanterie,  celui  de  lire  les  romanciers 
provençaux,  &  même  l'envie  de  les  imiter. 

Chanfon  du  Comte  d'Anjou. 


Li  granz  defirs  &  la  douce  penfée 
Que  j'ai  por  vos  ,  dame  qui  valez  tant, 
Dont  la  peine  ne  puet  eftre  celée 
Ou  m'avez  mis  &  tenu  longuement, 
Encor  tenez  mon  cuer  en  tel  tonnent 
Dont  )'a  n 'lierai  nul  jor  de  mon  vivant 
Se  par  vos  non  ,  douce  dame  honorée. 

Li  granz  defirs  &  la  paine  m'agrée 
A  fourTrir  tant  de  fin  cuer  bonement 
Que  par  tos  m'iert   tote  joie  donnée , 
Douce  dame  qui  tant  elles  plaifant  ; 
Et  fâchiez  bien,  Madame,  à  enfeiant 
Se  de  vos  n'a  aucun  alégemant 
Je  ne  fai  mais  où  merci  foit  trovée. 

Et  fanz  merci  comment  iert  endurée 
Si  granz  dolors  par  moi  tant  longemcnt? 
Se  par  vos  eft  pitiez  entroubliée  , 
Douce  dame  à  cui  mes  cuers  s'atent, 
Mon  cors  perdrai  &  ma  vie  enfemant  ; 
Et  Tachiez  bien  ,  dame  ,  certainement 
Si  en  feroiz  de  fins   amans  blafmée. 

Douce  dame  ,  car  foiez  remembrée 
De  la  peine  que  fuefrent  fin  amant 
Tant  que  par  vos  me  foit  guerredonéc 


«  Les  grands  defirs  &  les  douces  pen- 
»  fées  que  vousm'iniphés,  Dame  qui  vale» 
»  tant,  font  G  puiflans ,  que  je  ne  puis  plus 
»  celer  davantage  les  peines  que  depuis  long 
»  temps  vous  me  caufés.  Vous  tenez  mon 
»  cœur  dans  un  tel  tourment  que  jamais  de 
»  ma  vie  il  ne  me  fera  pollible  d'en  for:irque 
»  par  vous  feule,  douce  Dame,  mes  amours. 

»  J'aime  cependant  à  foufTrir,  de  bonne 
»  foi,  «es  peines  &  ces  delîis  violens,  parce 
»  que  j'efpere  que  par  vous  ,  me  feront 
»  accordés  tous  les  plaifirs  ;  belle  qui  (avez 
»  tant  plaire ,  Se  fâchez  que  fi  je  ne  reçois 
»  de  vous  aucun  foulagement,  je  ne  fais 
»  plus  ou  l'on  trouvera  merci  déformais. 

»  Et  fans  merci  comment  pourrai-je  en- 
»  durer  fi  long-temps  de  telles  douleurs? 
«douce  beauté,  en  qui  fe  repofe  mon 
»  cœur,  fi  vous  oubliez  la  pitié,  je  perdrai 
»  le  jour  &  la  vie  ;  mais  Cachez  au/fi  que 
v  vous  en  ferez  à  coup  sur  blâmée  par  les 
»  vrai  amants. 

»  Douce  Dame,  fongez  fans  cciTe  aui 
»  tourmcn.s  qu'enJure  un  amant  véritable, 
»  jufqu'à  ce  que  vous  inc  rccompenûcz  de 


i  ;•£ 


ESSAI 


Cele  que  j'ai  foufferte  ,  Se  tozjors  fan:  : 
Car  onques  n'oi  voloir  ne  hardement 
Ne  fa  n'aurai ,  fe  Dieu  plaift  le  poifTant , 
Que  par  moi  foi:  loïal  amors  ghilée. 


Ja  envers  vos  n'iert  par  moi  porpenfe'e 
Defloïautez  ,  douce  dame  avenant  j 
La  bonne  foi  qu'ai  del  cuer  en  convant 
Lors  porroiz  vous ,  fanz  blafme  de  la  gant, 
Et  au  maugré  des  félon  mefdifant , 
Faire  de  moi  ami  com  bien  amée. 
Douce  dame  ,  del  tout  à  vos  me  rent , 
Aïez  pitié  de  moi,  s'il  vos  agrée. 


»  ceux  que  j'ai  foufferts  ,  &  que  je  fouffre 
»  toujours  :  car  jamais  je  n'eus  &  jamais 
»  je  n'aurai,  s'il  plaît  au  Tout-Puiflant , 
»  le  vouloir  Se  la  hardieffe  de  manquer  ea 
»  rien  au  loyal  amour. 

»  Jamais  non  plus  je  ne  fongeai  à  vous 
»  être  infidelle  ,  douce  Se  belle  Dame.  Mais 
»  aullî  quand  vous  aurez  connu  &  éprouvé 
»  la  bonne  foi  qui  eft  dans  mon  cœur , 
»  alors  vous  pourrez ,  fans  craindre  le  blâme 
»  public  ,  &  en  dépit  des  lâches  médifans, 
»  faire  de  moi  votre  ami  comme  vous  êtes 
»  ma  bien  aimée.  Douce  beauté  ,  je  me 
»  rends  à  vous  tout  entier  ;  prenez  pitié  de 
»  moi ,  je  vous  en  conjure  ». 


Autre  Chanfon  du  Comte  d'Anjou. 


Trop  eft  deftroiz ,  qui  eft  defeonfortés 
De  cele  en  qui  il  a  tout  fon  cuer  mis , 
Et  g'en  ai  tant  foufert  &  enduré 
Paine  &  travaux  come  loïaus  amis  ; 
Et  fachiés  bien  ja  ne  m'en  retiaierai  ; 
Ainz  ferviray  à  mon  pooir  touz  dis , 
Tant  que   j'aurai  vers  ma  dame  trové 
Aucun  confort  des  maus  où  il  m'a  mis. 


Li  defeonfors  m'a  fi  défefpéré 
Que  je  ne  fai  que  puifle  devenir  ; 
Mes  un  efpoir  m'a  fi  réconforté 
Que  il  li  doit  de  mes  maus  fouvenir  : 
Et  tant  me  fi  en  fa  grant  loïauté 
Ja  por  autre  ne  me  devra  guerpir , 
Quant  il  faura  con  je  li  ai  efté  , 
Fins  &  verais ,  cortois  fans  repentir. 

Se  loïauté  me  voloit  avancier, 
Bien  porioie  de  Iégier  fouftenir 
Ma  grant  dolour,  &  mes  maus  alégier 
Que  bone  amor  me  fait  por  li  foufrir  : 


«  Trop  eft  malheureux  celui  qui  fouffre 
»  par  celle  en  qui  il  a  mis  fou  cœur.  J'ai 
»  enduré  comme  un  amant  loyal  beaucoup 
»  de  peines  &  de  travaux ,  fâchez  cepen- 
»  dant  que  jamais  je  ne  m'en  féparerai , 
»  mais  que  je  la  fervirai  toujours  félon 
»  mon  pouvoir  ,  tant  qu'à  la  fin  je  trou- 
»  verai  chez  elle  le  foulagement  des  maux 
«  qu'elle  me  caufe. 

»  Mes  douleurs  m'ont  Ci  fort  défèipéré ,' 
»  que  je  ne  fai  plus  que  devenir  ;  mais  une 
»  efpérance  me  ranime ,  c'eft  qu'elle  doit 
»  fe  fouvenir  de  mes  maux  ;  Se  je  me  fie 
»  tant  en  fa  loïauté ,  qu'elle  ne  m'aban- 
l>  donnera  jamais  pour  aucun  autre,  fur- 
»  tout  quand  elle  faura  combien  j'ai  été 
»  tendre ,  fidèle  &  courtois  fans  changer. 

»  Si  fa  loyauté  voulait  m'obliger  ,  je 
»  pourrais  fans  peine  fupporter  ma  douleur, 
»  Se  voir  alléger  les  maux  qu'amour  fidèle 
»  me  fait  endurer.  Je  fuis  &  ferai  toujours 


SUR    LA     MUSIQUE. 


»  à  fon  fcrvicc  :  Se  fâchez  que  je  ne  cherche 
»  point  à  me  feparer  d'elle  ,  mais  que  je 
»  la  piie  feulement  d'empécher  que  le 
»  défelpoir  ne  me  rafle  mourir. 

»  Elle  m'afflige  celle  qui  devrait  me  fe- 
»  courir,  &  elle  ne  daigne  avoir  pitié  de 
»  moi.  Rien  ne  pourra  me  guérir  pour:aat , 
»  que  ccllc-l.i  feule  qui  me  tient  fournis 
»  au  point  que  je  ne  puis,  ni  ne  fais  prendre 
»  conlèil.  Je  demeure  étourdi  Se  éperdu, 
»  &  puifqu'elle  eft  réfolue  de  me  laifler 
»  languir,  mieux  me  vaudrait  la  mort  qu'elle 
»  veut  me  procurer. 

»  Un  feul  efpoir  me  réconforte,  c'eft 
»  que  jamais  je  ne  fus  inconftant ,  que 
»  toujours  je  l'ai  iervie  autant  qu'il  a  été 
»  en  moi ,  &  que  je  n'eus  jamais  de  pen- 
»  fées  que  pour  elle.  Cependant  elle  me 
»  dédaigne,  &  je  fais  bien  que  je  ne  l'ai 
»  pas  mérité.  Malgré  cela  je  fuis  réfolu 
»  d'attendre  fa  bonne  volonté  ,  &  je  l'ac- 
»  tendrai  comme  un  amant  loyal  ». 

Argies  (  Meflire  Gautier  d'  ).  On  fait  feulement  qu'il  était  ami  de  maître 
Richard  (  de  Semilly  ou  de  Fournival  ). 

Il  vivait  certainement  fous  le  règne  de  Saint  Louis ,  étant  compris  dans  le 
manuferit  des  Poètes  du  treizième  fiecle.Noas  avons  vingt -fept  chanfon  s  de  lui. 

Chanfon  de  Fournival. 


Touzjours  ferai  Se  fui  en  fon  dangier, 
Et  fachiès  bien  ja  ne  m'en  quicr  partir, 
Por  ce  li  pri  qu'ele  mi  veuille  aidicr. 
Qu'en  defefpoir  ne  me  face  moiir. 

Celle  mi  nuill  qui  m'y  devroit  aidier, 
Et  (i  ne  daigne  avoir  de  moi  merci, 
Ne  nulc  riens  ne  mi  puet  alégicr 
Se  celé  non  qui  li  me  tient  (ài/î 
Que  ne  me  puis  ne  ne  fai  confeillier, 
Ainz  en  rcmaing  dolens  Se  esbahi. 
Puifqu'el  me  veut  en  tel  dolor  laiiTier, 
Melz  me  vendroit  la  mort  que  vuift  enfi. 


Un  feul  confort  me  tient  en  bon  efpoir, 
Et  c'eft  de  ce  c'onques  ne  la  guerpi, 
Servie  l'ai  touzjors  k  mon  pooir 
N'oncvers  autre  n'oi  penfé  fors  qu'à  D. 
Et  à  tout  ce  me  met  à  non  chaloir, 
Et  fi  fai  bien  ne  l'ai  pas  défervi  : 
Si  me   convient  atendre  fon  voloir 
Et  atendrai  comme  loyal  ami. 


Chanfon  ferai  mult  marriz 
D'amors  qui  tant  fçut  valoir 
Faus  l'ont  leffié  décheoir , 

S'en  cft  periz. 
Li  mons  cft  vaincuz  &  failliz: 


«  Je  ferai  une  chanfon  pour  regretter 
»  amour  qui  (iit  tant  valoir.  Les  faux  amans 
»  l'ont  laifTé  dépérir  ;  il  ttl  mort.  Le  monde 
»  eft  dégénéré  S:  corrompu  ;  le  il  n'eft 
»>  pas  étonnant,  puifqu'aœoui  n'a  plus  de 


Droift  cil,  puifqu'amors  n'a  pouvoir,    »  pouvoir  ,&  que  les  hommes   ne   Talent 
Que  li  liecles  ne  puet  mes  rien  valoir.  »  plus  riea. 


Bien  vos  a  à  noient  mis 
Ainors  qui  donne  favoiï  , 
Dames  &  Barons.  Valoir , 
Houor  &  pris 


»  Dames  &  Barons ,  aaiour  qui  départie 
»  le  favoir  vous  a  réduits  à  rien.  Valeur, 
»  honcur  St  mérite  eu  font  altérés  ;  & 
»  reniarquez-k  bien ,  vous  tous  ;  la:gcflè  & 


/ 


15* 


ESSAI 


En  eft  mule  forment  arnaie. 
Et  bien   fâchiez  vous   tous   de  voir, 
Largèce  &  bien  fe  font  mes  pou  paroir. 

Solaz  gieu  ...  &  ris  , 

Cortoide  &  dire  voir , 

Voit  l'en  mes  mule  reraanoir. 

Bien  eft  traïz 
Cil,  celé  qui  s'en  fet  efchis; 
Car  ne  puet  grant  j'oie  avoir , 
Ne  li  conviengne  en  fine  amor  morir. 

Amors  m'ont  lafehié  &  pris  ; 
Et  fi  ferf  à  mon  povoir 
Celi  qui  me  fet  doloir 
Si   m'esjoïs , 
Entant  qui  fui  fins  amis; 
Se  loïauté  me  puet  valoir, 
Ne  puis  faillir  à  guerredon  avoir. 


»  belles   actions  fe  montrent  aujourd'hui 
»  rarement. 


»  On  voit  maintenant  gaieté ,  jeux  Se 
»  ris ,  courtoifie  &  franchife  fe  cacher. 
»  Celui  ou  celle  qui  les  recherche  eft  bien 
»  trompé:  car  ils  ne  peuvent  plus  goûter 
»  de  joie ,  à  moins  qu'ils  ne  perféverent 
»  jufqu'à  la  mort,  dans  un  amour  confiant. 

»  Amour  m'a  enlacé  &  pris ,  &  je  fers ,' 
»  autant  qu'il  eft  en  moi,  celle  qui  caufe 
r>  mes  maux.  Je  me  réjouis  pourtant  d'ai- 
»  mer  avec  tant  de  loyauté  ,•  car  fi  la  conf- 
»  tance  peut  être  utile,  je  ne  puis  manquer 
»  d'être  récompenfé  », 


Arnould  le  Viéleux  vivait  dans  le  treizième  fiecle,  &  a  lailTé  trois 
chanfons,  dont  deux  font  dans  le  manuferit  du  Roi,  &c  une  dans  ceux  de 
M.  de  Sainte-Palaye. 

Aubins  (ou  Auboins)  de  Sézane,  vivait  fous  Saint  Louis,  Se  nous  a  laifl» 

cinq  chanfons. 

Chanfon  d' Aubins  de  Se^ane. 

Lonc  tens  ai  efté  »  J'ai  été  long-temps  dans  le  chagrin 

En  ire  fanz  joie,  »  fans  mélange  de  joie  ,  &  cependant  j'ai 

Et  fi  ai  chanté  »  chanté,  parce  que  je  m'efforçois.  Je  vais 

Que  je   m'efforçoie.  »  être  maintenant  joyeux  ,  car  amour  m'a 

Or  me  vient  à  gré  »  commandé  de  le  fervir  à  fon  gré. 

Que  g'envoifié  foie , 
Qu'amors  m'a  mandé 
•       Que  fervir  la  doie 
A  fa  volemé. 


Dex  !   tant  fut  bon  nez 
Cil  qu'amors  meftroie , 
Que    quant   fon  grevé 
Tant  bel  les  ravoie  ! 
Tout  mi  fui  donné  , 


»  Dieu  !  comme  font  heureux  ceux  qu'eix 
i»  flamme  amour ,  puifque  quand  ils  font 
»  daus  la  peine ,  il  les  ranime  fi  agréa- 
»  blement.  Je  me  fuis  livré  à  lui,  quand 
»  je    devrais    e»    mourir  j    &    ne    veux 

jam  ais 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Se  morir  dévoie  : 
N'ai  pas  en  penfé 
Que  partir  m'en  doic 
A  tout  mon  aé. 

Dame,  a  vous  me  rent, 
Franche   débonnaire. 
Par  un  biau  femblant 
Me   poez  liez  fere. 
Quant  vois   remuant 
Votre   cler  viere, 
Joie  en  ai   Ci  grant 
Que  ne  m'en  puis  taire  : 
Pour  ce  chant. 

Pafcot  en  chantant 
Dit,  cil  ne  vit  gaires 
Qui  por  mal  qu'il  fent 
Se  cuide  retraire. 
Moi  n'eft  à  noient 
De  touz  les  maus  traire , 
Se  à  mon  vivant 
Povoie  riens  faire 
A  fon  talent. 

Fine  amour ,  merci  : 
En  vos  eft  ma  vie. 
Bien  m'avez  traï 
Se   n'ai   voftre  aïe , 
A  touz  Sainz  le  di , 
Se   je  pert  ma  mie 
Qu'en  Dieu  ne  me  fi , 
Ne   liens   ne   lui  mie  : 
Si  l'aifi. 


IJ7 

»  jamais    m'en  feparer ,  tant  que  je  vir 
»  vrait 


»  Dame  franche  Se  débonnaire ,  je  me 
»  rends  à  vous  ;  vous  pouvez  par  un  regard 
»  favorable  me  rendre  joyeux.  Lorfque 
»  j'admire  votre  vifage  brillant,  je  rcfTcns 
»  tant  de  joie  que  je  ne  puis  plus  me  teoir , 
i>  &  c'eft  ce  qui  me  fait  chanter. 


»  Pafcot  (a)  dit  dans  fes  chanfons,  que 
»  celui-là  ne  mérite  gueres  de  vivre  ,  qui, 
■»  pour  quelques  maux  qu'il  fen: ,  veut  fe 
»  retirer.  Moi  je  regarde  comme  rien  tous 
»  ceux  que  je  peux  foufhïr  ,  (i  pendant 
»  ma  vie  je  puis  faire  quelque  chofe  qui 
»  plaife  à  ma  belle. 


»  Amour  je  vous  cric  merci  ;  en  vou» 
»  eft  ma  vie,  &  vous  me  l'aurez  ô:ée  par 
»  trahifon  ,  (i  vous  n'avez  pitié  de  moi. 
»  Je  le  déclare  à  tous  les  Saints  ;  oui 
»  (î  je  perds  ma  mie  ,  je  ne  me  fie  plus  ea 
»Dicu,  &  ne  veux  plus  être  i  lui,  je 
»  l'alTure  », 


Audefrois  le  Bâtard  eft  compris  dans  le  manuferit  des  Poètes  avant 
1300.  Nous  avons  de  lui  dix-fept  chanfons. 

Autik  (  Simons  d'  )  ou  d'Athies.  Guy  tfAthxt  était  garde-des-fce.iux  fous 
Pliilippe-Augufte,  depuis  1101  jufqu'en  1103. 

(il)  Poète  aparammenc  fameux  alors  par  fes  chaulons,  qui  font  entièrement  perdues. 
jniifqu'il  ne  nous  eft  connu  que  par  cette  citation. 

Tome  II.  P 


ïjs  ESSAI 

Hugues  d'Ath'us  était  Grand  -  pahetier  fous  Philippe  -  Augufte  &  fous; 
Louis  VIII.  Peut-être  Simon  d'Athies  était-il  le  fils  de  l'un  ou  de  l'autre- 
Nous  avons  de  lui  onze  chanfons. 

Chanfon   de  Simon  d'Athies. 

»  Fou  eft  celui  qui  de  fang  froid  veut 
«  femer  fur  le  fable;  mais  plus  fou  encore 
»  eft  celui  qui  entreprend  d'aimer  femme 


Folz  eft  qui  à  efcient 
Veut  for  gravele  femer  ; 
Et  cil  plus  qui  entreprent 
Volage  femme  à  amer. 
On  n'i  puet  raifon  trouver , 
Toft  ame  ,  &  toft  fe  repent , 
Et  toft  fet  celui  dolent 
Qui   plus   s'i  cuide  fier. 

Vaillanz  hom  ,  quant  à  li  tent, 
Fet  trop  adès  à  amer  : 
Car  c'eft  cil  qui  fanz  bon  vent 
S'efpant  en  la   haute  mer, 
A  tel  feme  doit  béer 
Un   çonchieres   de  gent 
Qui  par   fon   conchiement 
La  fâche  à  fon  droit  mener. 


»  volage.  On  n'y  petit  faire  aucun  fonds  ; 
»  elle  aime  foudain  ,  foudain  elle  s'en 
»  repent ,  &  elle  caufe  bien  de  la  peine 
»  à  celui  qui  ofe  s'y  fier. 

»  Un  galant  homme,  quand  il  jette 
»  fes  vues  fur  elle,  fait  trop  de  l'aimer  j 
»  c'eft  comme  celui  qui ,  fans  un  bon  vent 
»  fe  mettrait  en  mer.  L'homme  qu'il  faut 
»  à  une  telle  femme,  c'eft  un  de  ces  ha- 
»  bleurs  fieffés ,  qui  par  fes  hâbleries  vienne 
»  à  bout  de  l'amener  à  fon   but  ». 


AUTRE. 


Tant  ai  amors  fêrvie  &  honorée, 
Bien  mi  devroit  mon  fervife  mérir , 
Mes  ma  dolor  n'ieft  ja  guerredonée 
Qu'à  moi  ne  puet  joie  d'amors  venir, 


t<  J'ai  fi  long-temps  fervi  &  honoré  amour 
»  qu'il  devrait  bien  m'en  récompenfer;  mais 
»  ma  douleur  n'obtiendra  jamais  un  tel  prix., 
»  &  je  ne  puis  m'attendre.t  fes  plaifirs.  Ah 


He  !  Diex  !  comment  mi  porroie  esjouir  »  Dieu  !  comment pourrais-je  efperer  de  me 
Quant  je  esloing  la  riens  qui  plus  m'agrée  !    »  réjouir  quand  je  me  fépare  de  ce  qui  me 

»  plaie  le  plus  au  monde  .: 

Se  li  miens  cors  fe  part  de  fa  contrée,  »  Si  mon  corps  quitte  la  contrée  qu'elle- 

Ne  s'en  vuet  pas  pour  ce  mes  cuers  partir,  »  habite ,  mon  cœur  au  moins  ne  veut  pas 
G'en  port  mon  cors,  mes  g'i  les  ma  penfee:  »  pour  cela  la  quitter.  J'emporte  l'un, 
Qui  près  aime  ,  de  loing  ne  puet  haïr,  >'  mais  je  lui  laifTe  l'autre.  Qui  aime  de 
Ne  près neloing  nepuet  vraiscuers mentir,  »  près  ne  peut  haïr  de  loin,  &  ni  de  près 
Ne  ja  amors  n'iers  de  mon  cuer  fevrée.  »  ni  de  loin  un  cœur  vrai  ne  peut  tromper.. 

»  Ain  fi  jamais  amour  ne  fortira  de  mon 

•n  cœur. 


Gel  eft  &  belle  &  bone  &  bien  fenée. 
S'ele.  s'amor  mi  daignoit  confenùr, 


»  Elle  eft  belle ,  elle  eft  bonne  &  pleine 
»  d'efprit,  Si  elle  daignait  m'accorder  foui 


S  V  R    L  A    M  U  S  I  Q  U  E.  v$a 

Adonc   feroit  ma   dolor  oubliée.  »  amour,  j'oublhai.jrinftantmesdoubui 

Je  l'amerai,  s'en  devroic  morir  :  »  Oui,  je  veux  l'aimer,  quand  j'en  devrais 

Car  plus  me  pleft,  pour  li  aimer,  languir    »  mourir;  il  me  plaît  davantage  de  fouffric 
Que  par  autrui  fuit  ma  dolor  fanée.  »  en  l'aimant ,  que  fi  une  autre  guétiflâit 

»  mes   maux. 

En  pou  d'eure  fii  bien  ina  mort  jurée  »  En  bien  peu  de  temps  ma  m  i 

Sanz  moi  avant  défier  &  garnir.  »  arrêtée,  fans  que  j'euiïê  pu  m'en  défier 

•Si  œil  riant,  fa  bouche  colorée,  >,  ni   m'en   défendre.  Ses  yeux   riar.s  ,  fc:- 

Ses  biax  parlcrs  qui  tant  plcit  à  oïr  »  lèvres  vermeilles  ,  fa   douce   voix  qu'on 

Bien  u  i  forent  décevoir  &  traïr  »  a  tant  de  plaifir  à  entendre  ,    furent  me 

Qu'en  contre  aus  trois  n'ot  ma  réfon  durée.  >>  féduirc  &  me  tromper  ,  &  ma  raifon  ne 

»  put  réfifter  à  eux   trois. 

Toute  biauté  eft   en  li   aiinée;  a  Elle  réunit  toutes  les  beautés ,  &  Dieu 

Souffrcte  en  ot  dex  en  moi  cnbelir.  »  en  manqua  lorfqu'il  voulut  m'en  ^ratifier. 

Et  quant  biauté  s'eft  toute  à  li  donée ,  >»  Mais  en  les  lui  donnant  toutes  &  en  ne 

Dex  qui  me  fift  à  la  biauté  faillir  »  m'en  donnant  aucune,  il  m'a  au  moins 

M'a  donné  cuer  verai  pour  li  fervir,  »  accordé  un  cœur   fincere,   douce   diunc 

Douce  dame  honorée.  »  que  j'honore  ». 

Autieux  ou  Autels  (  Baudoins  de3  )  vivait  dans  le  treizième  fiecle,  &: 
nous  a  laifle  deux  chanfons. 

Celles  que  nous  avons  vues  de  lui,  ne  valent  rien. 

Bar.  (  Le  Comte  de  )  Le  manuferit  du  Roi  renferme  une  de  fes  chanfons, 
Renaud  II ,  dit  le  jeune ,  époufa  Agnes  de  Champagne 3  fille  de  Thibaud  IJry 
Comte  de  Champagne  j  &  de  ce  mariage,  vint,  i°.  Henri  I,  mort  fans  enfans 
au  liège  d'Acre  en  119».  i°.  Thibaut  !,  mort  en  1117.  Il  fut.Comti 
Bar  après  la  mort  de  fon  ftere,  &  n'eut  d'enfant  que  Henri  II,  Comte  de 
Bar 3  qui  époufa  en  12.19  Philippe  de  Dreux,  fille  do  Robert  de  Dreux, 
Comte  de  B raine ,  &  d'Yol.ind  de  Coucy,  frxur  ou  tante  de  Jean  de  Braïne, 
dont  on  verra  un  article  ci-après,  Se  qui  nous  a  laifle  trois  chanfons.  Ce? 
Comte  de  Bar  fe  croifia  en  1239,  avec  Thibaut,  Comte  de  Charopàgii 
Roi  de  Navarre;  cV  s'etant  laifle  furprendre  par  les  Sarazios  près  de  Gaza 
en  Paleltine,  avec  Am.uiri  de  Mont  tort  &  plulicurs  autres  braves  "uerriers, 
on  a  toujours  ignoré  s'il  fut  tué  à  cette  action,  ou  s'il  mourut  en  prifou  j'mais 
depuis  ce  moment,  il  ne  hit  plus  mention  de  lui. 

Henri  l.l  laiflà  deux  fils,  Thibaut  II  &  Renaud.  Thibaut  époufa ,  i°.  Jeanne 

P  z 


x6o  ESSAI 

de  Flandres  3  fille  de  Guillaume  de  Dampierre  8c  de  Marguerite,  Corntefle 
de  Flandres;  z°.  Jeanne  de  Montmorency  ;  30.  Jeanne  Toucy. 

Nous  ferions  bisn  tentés  de  croire  que  le  Comte  de  Bar,  qui  nous  a: laifTé 
une  chanfon,  était  Thibaut  II 3  gendre  de  la  Comtejje  de  Flandres,  ami  du 
Duc  de  Brabant  8c  frère  de  Renaud 3  Marquis  de  Bar  y  circonftances  qui 
conviennent  toutes  à  fa  chanfon  j  mais  un  obftacle  invincible  s'y  oppofe.  A  la 
fin  de  fa  chanfon,  il  s'adrelfe  au  bon  Comte  d'Aloft;  8c  vers  Tan  1240  ,  où 
fa  chanfon  aurait  pu  être  faite,  il  n'exiflait  plus  de  Comte  cVAloJî;  le  dernier 
étant  mort  en  121  2.  C'était  Philippe,  Comte  de  Namur  &  àA'loJl ,  fécond 
fils  de  Baudoin  le  Courageux  3  Comte  de  Hainaut,  qui  devint  aiiifi  Comte 
de  Flandres  en  1 191  ,  après  la  mort  de  Philippe  d'Alface  fon  frère,  tué  au 
liège  d'Acre.  Ce  Philippe,  devenu  Comte  d'Alqfi,  avait  époufé  en  1206 
Marie  de  France 3  âgée  de  huit  ans,  fille  de  Philippe- Augufie  8c  à' Agnès  de 
Me-anie,  répudiée  en  1201  8c  morte  quelques  mois  après  au  château  de 
Poilîy.  Marie  avait  d'abord  été  proinife  au  fils  du  Roi  d'ÉcoJfej  puis  à  Anus  > 
Comte  de  Bretagne  &  d'Anjou.  Après  la  mort  du  Comte  d' AloJl3  fon  mari , 
elle  époufa  Henri  I3  Duc  de  Brabant  3  qui  mourut  en  1235J  &  e'"e  ^e 
iuivit  bientôt  après,  le  1  Août  1238.  Le  Comte  8c  la  Comteffe  d'AloJl 
étant  morts  fans  enfans,  le  comté  fut  réuni  à  la  Flandre  j  8c  depuis  1212-, 
on  ne  connaît  plus  de  Comtes  d'AloJl'. 

Le  comte  de  Bar,  auteur  de  la  chanfon ,  ne  peut  donc  pas  être  Thibaut.II 3. 
puifqu'il  ne  fut  Comte  que  vers  1 24,0.  Il  eft  à  préfumer  que  c'était  Henri  1 3. 
•mort  fans  enfans  au  fiege  d'Acre  en  1 191  ;  8c  que  la  chanfon  fut  faite  vers 
11 89  ou  1190,  dans  le  tems  que  le  Châtelain  de  Coucy  compofait  les 
iïennes;  alors  Philippe,  dernier  Comte  d'Aloft,  pouvait  avoir  dix-huit  ou 
dix-neuf  ans.  Henri  I  avait  été  probablement  en  guerre  avec  quelque  Prince 
Allemand  qui  l'avait  fait  prifonier  j  8c  pour  fortir  de  prifon ,  il  implora  le 
fecours.  de  Godefroy  III 3  Duc  de  Brabant,  mort  en  1 190,  de  fa  belle-mere  , 
qui  ne  nous  eft  pas  connue,  du  Comte  à'AloJl  Philippe  3  par  le  moyen 
duquel  il  efpérait  du  fecours  du  Comte  de  Flandres  fon  père,  &  de  fon 
frère  Thibaut  I,  Marquis  de  Bar,  qui  lui  fuccéda ,  8c  mourut  en  1217.  11 
dit  auffi  dans  le  premier  couplet  de  fa  chanfon  ,  qu'il  fc  fie  beaucoup  au  Comte 
Othon.  Ce  Comte  pouvait  être  Othon  de  Brunfwick  3  fils  de  Henri ,  Duc  de 
Saxe  j  couroné  Empereur  en  1198  à  Aix-la-Chapelle,  après  la  mort  de 
l'Empereur  Henri  VI 3  8c  qui  fut  appelé  Othon  IV  le  Superbe.  En  11  S- 


SUR    LA    MUSIQUE.  \6\ 

ou  1190,  lorfque  Henri  I ,  Comte  de  Bar,  pouvait  faire  des  clianfons,  cet 
Empereur  n'était  encore  que  Comte  Otho.i  ;  &  le  malheureux  Comte  de  Bar , 
conlîné  dans  une  prifon,  pouvait  efpérer  en  fa  gcnérolité. 

Chanfon  du  Comte  de  Bar. 


De  nos  Seigneur  que  vos  cft-il  avis, 
Conpains  Erars  î  dites  voftre  femblance: 
A  nos  parens  &  à  toz  nos  amis 
Avom-i-nos  nule  bone  atendance 
parcoi  foïons  hors  du  Thyojs  pais 
U  nos  n'avons  joie,  foulaz,  ne  ris  ? 


«  Que  penfez-vous  de  nos  Seigneurs , 
»  ami  Erard*  dites-en  votre  avis.  Avons- 
»  nous  raifon  de  nous  fier  à  nos  parens 
»  &  à  nos  amis  pour  fortir  de  cette  Alle- 
»  magne,  où  nous  n'avons  joie,  ris  ni 
»  plailir.  Je  nie  fie  beaucoup  au   Comte 


Ou  Comte  Othon  ai  moût  grant  atendance.    »  Othon. 


Dux  de  Brabant,  je  fui  jà  voftre  amis, 
Tant  con  je  tui  en  délivre  poiiïànce  ;■ 
Se  vos  fuiïiez  de  rienz  nule  entrepris, 
Vos  éufllez  en  moi  mult  gran:  fiance. 
Por  Dieu  vos  proi  ne  me  fofezefchis. 
Fortune  fait  maint  Prince  Se  maint  Marchis, 
Meiilor  de  moi,  avenir  mefehéance. 

Bele-mcre,  aine  rienz  ne  vos  meffb 
Par  qu'éufle  votre  male-vueillance. 
Dès  celui  jor  que  votre  fille  pris 
Vos  ai  fervi  loïaument  dès  m'enfance; 
Or  fui  por  vos  ici  loïez  &  pris 
Entre  les  mains  mes  morteus  anemis, 
S'avczbon  cuer,bicnenprcndicz  venjance. 

Bons  Cuens  d'Aloft,  fe  par  vos  fui  hors  mis 
De  la  prifon  où  je  fui  en  doutance , 
Où  chacun  jor  me  vient  de  niai  en  pis, 
Tozjors  i  fui  de  la  mort  en  baance  , 
Sachiez  par  voir,  fe  vos  m'eftes  aidis , 
Voftres  ferai  de  bon  cuer  à  toz-dis, 
Et  mes  pooir  fauz  nule  retenance. 

Ghançon ,  va,  di  mon  frerc  le  Marchis 
Et   mes  homes,  ne  me  facent  faill.uice, 
Et  fi  diras  à  ceus  de  mon  pais 
Que  loïautez  mains  preudomes  avance. 


»  Duc  de  Brabant ,  je  fus  votre  ami 
»  tant  que  je  fus  puiflan:  ;  fi  vous  vous  é;iez 
»  trouvé  dans  le  moindre  embarras ,  vous 
»  auriez  trouvé  en  moi  un  fecours  afTuré. 
»  Pour  Dieu,  je  vous  prie  ,  ne  ni'abandoncz 
»  pas.  Souvent  la  fortune  fe  plait  i  humi- 
»  lier  des  Princes  &  des  Marquis  meilleurs 
»  que  moi. 

»  Belle-mire,  jr.mais  je  ne  fis  rien  pour 
»  mériter  votre  mauvaife  volonté.  Depuis 
»  le  jour  où  j'époufai  votre  fille ,  depuis 
»  mon  enfance  je  vous  ai  fervie  loyalement. 
«Maintenant  je  fuis-  pour  vous  retenu  & 
»  emprifoné  par  mes  ennemis  moi: 
»  vous  avez  le  cœur  bon,  vous  me  vengerez. 

»  Bon  Cornu  d'AloJl,  fi  par  vo:re  :i  oyen 
»  je  fors  de  cette  prifon  où  je  crains 
»  pour  ma  vie  ,  où  chaque  jour  je  tombe 
w  de  mal  en  pis ,  où  toujours  je  m'attends 
»  à  la  mort  ,  lâchez  ccr;ainement  que  fi 
»  vous  me  fecourez ,  je  vous  ferai  dévoué 
»  pour  la  vie ,  &  que  toute  ma  puiffance 
»  fera  à  vous  fans  exception. 

»  Chanfon  ,  va  &  dus  i  mon  frert  le 
»  Marquis  &:  à  mes  vaflaux  ,  qu'ils  ne 
»  m'abandonnent  pas.  Dis  i  ceux  de  mon 
>■>  pays  que  loyauté  honore  les  bru  es  gois. 


i6z  ESSAI 

Or  verrai-je  qui  fera  mes  amis ,  »  Je  verrai  par  là  qui  fera  mon  ami ,  je 

Et  connoifhai  treftoz  mes  anemis  :  »  connaîtrai  mes  ennemis  ;  &  s'il  plaît  à 

Encor  aurai,  te  Dieu  plaift,  recouvrance.      »  Dieu  ,  j'efpere  recouvrer  ma  liberté  ». 

Barai.   (  MefTîre  Geoffroy  de  )  eft  un  des  Poètes  du  treizième  fîecle  , 
dont  les  deux  chaulons  fe  trouvent  dans  le  manufcrit  du  Roi. 

Baude  de  la  Quarriere  ou  de  la  Kakerie  florillait  vers  1250. 
Nous  avons  de  lui  un  dialogue  de  l'amour,  de  fes  yeux  &  de  fon  cœur. 
Ses  quatre  chanfons  ne  méritent  pas  d'être  copiées. 

Baudes   (  Augenon  Maître  ).    On  trouve  une   chanfon    de    lui  dans  les 
manufcrits  du  Vatican,  parmi  les  Poètes  lyriques  du  treizième  fîecle. 

Bauvais  (Raoul  de  ).  M.  de  Paulmy  a  un  manufcrit  de  lui.  11  vivait  fous 
Saint  Louis,  6c  nous  a  laiiTé  cinq  chanfons  (a). 

Chanfon  de  Raoul  de  Beauvais. 


Puifque  d'amors  m'eftuet  chanter 
Chançonete  commencerai , 
Et  pour  mon  cuer  réconforter 
De  nouvele  amor  chanterai. 
Dex  !  tant  me  fet  à  li  penfer 
Celé  dont  ja  ne  partirai 
Tant  com  vivrai. 


»  Puifqu'il  me  faut  chanter  d'amour  ,  je 
»  commencerai  une  chanfonete ,  &  pour 
»  reconforter  mon  coeur,  je  chanterai  un 
»  nouvel  amour.  Hélas  !  elle  me  fait  tant 
»  penfer  à  elle,  celle  dont  je  ne  pourrai 
»  me  féparer  tant  que  je  vivrai.  Dieu  ! 
»  je    ne   puis   durer    aux    maux  que    je 


Hé  !  Dex  !  vrai  Dex  !  ne  puis  durer   »  foutfte. 
As  maux  que  j'ai. 

Se  la  belle  blonde  favoit 
Com  li   départirs  m'ocira, 
Ja  de   moi  ne  dépaitiroit 
S'amor  ,  qu'ele  donnée  m'a  ; 
Car  en  quel  lieu  que  mes  cors  foit, 
Mes  cuers  tosjours  à  li  fera , 
Ne  ja  ne  s'en  départira. 
Dex  !  la  reverrai-je  tant  ja 
La  bêle  qui  mon  cuer  a. 

Je  proi  celé  qui  mon  cuer  a 
Qu'elle  vueille  que  foie  amis , 


»  Si  la  beauté  blonde  que  j'aime  favait 
»  que  la  perdre  me  donnerait  la  mort , 
»  jamais  elle  ne  m'ôterait  fon  cœur  qu'elle 
»  m'a  donné.  Car  en  quelque  lieu'  que  je 
»  vive,  le  mien  fera  toujours  à  elle,  &  jamais 
»  il  ne  s'en  éloignera.  Dieu  !  la  reverrai- 
»  je  bientôt  la  belle  qui  a  mon  cœur  ; 


»  Je   prie  celle  que  j'aime   de  vouloir 
»  m'aimer;  Se  que  le  premier  qui  me  nuira 


(a)  Les  couplets  de  la  chanfon  fuivante  font  de  diférentes  mefures  vers  la  fin. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


i6S 


Et  H  premiers  qui  mi  nuira 

Soit  de  Dam  le  Dieu  maléis. 

Aucuns  bien  nuire  mi  porra; 

Mes  conment  que  foie  nuilis , 
Bêle,  à  vous  fui 

Sans  ami  ne  fuis-jc  pas  ? 
Non  fere-je  ja  , 
N'onques  ne  fui. 


»  auprès  d'elle  ,  foie  maudit  du  Teigneur 
»  Dieu.  Sans  doute  il  cft  poiïîtlc  de  me 
n  nuire.  Mais  quand  bien  même  ce  mal- 
»  heur  m'arriverait ,  belle,  je  fuis  tout  â 
»  vous.  Et  ne  fuis-jc  pas  fans  autre  amie? 
»  ne  le  ferais-je  pas  toujours  ?  ne  l'ai-je  pas 
»  toujour»  été  ? 


PASTOURELLE. 


En  mois  de  Mai  par  un  matin 

S'eft  Marion  levée  ; 
En  un  bofcliet  lez  un  jardin 

S'en  eft  la  bêle  entrée. 
Dui  vallet ,  Guiot  &  Robirr 

Qui  lonc-tems  l'ont  amée  , 
Pour  li  voer  delez  le  bois 

Alerent  à  celée  : 
Et  Marion  qui  s'csjoi 
A  Robin  perceu ,  (\  dift 

Cette  chançonete  : 
Nus  ne  doit  lès  le  bois  aller 

Sans  fa  compaignete, 

Robin  &  Guiot  ont  oï 

Le  ton  de  la  brunette. 
Gil  qui  a  plus  le  cuer  joli 

Fet  melz  la  paclete. 
Guiot  mult  uxs-grant  joie  ot , 

Quant  ot  la  chançonete  : 
Pour  Marion   failli  en   piez , 

S'atempre  fa  mofette» 
Robin  mult  très-bien  oï  l'ot, 
Au  pluftoft  que  il  onques  pot 

A  dit  en  fa  freftele  : 
De x  !  quel  amer  ! 

Harou  !   quel  jouer 

Fait  à  la  paJloreUe, 


(à)  »  Au  mois  de  Mai ,  par  un  inatio 
»  fe  leva  Marion  ;  la  belle  entra  dans  un 
»  bofquet  au  bout  d'un  jardin.  Deux  jeunes 
»  gens,  Robin  &  Guyot  ,  qui  1  aillaient 
»  depuis  long-temps ,  allèrent  en  tapinois 
»  le  long  du  bofquet  pour  la  voir;  &  Ma- 
»  rion  qui  aperçut  Robin  ,  &  qui  voulaic 
»  fe  diveuir,  chanta  cette  chanfonerc,  nul 
»  ne  doit  aller  au  bois  fans  une  com- 
«  pagne. 


»  RcLin  <Sc  Guyot  entendirent  la  chan- 
»  fon  de  la  brunette.  Celui  qui  a  le  cœur 
»  plus  amoureux  fait  mieux  ....  Guvot 
»  fut  trés-joyeux  d'entendre  cc5  paroles. 
»  Il  fe  leva  pour  Marion  ,  S:  tira  ù  mu- 
>•>  fette.  Ro' in  de  fon  côté  qui  l'entendit  r 
»  joua  fur  fon  fretel ,  cet  air  ;  Dieu 


(a)  Les  vers  dans  les  dirlcrens  couplets  ne  font  ni  de  même  nombre  ni  ce  même  mi 
Nous  ne  concevons  pas  trop  comment  on  pouvait  les  chanter  fur  l'air  du  premier,  chaque 
r.ouplet  finit  par  un  refrein  tiré  d'autres  ciianfons. 


Kf-f 


ESSAI 


Guïot  a  rouit  bien  entendu 

Ce  que  Robin  freftele, 
Si  très  grand   duel  en  a  eu 

A  pou  qu'il  ne  chancelé. 
Mes  li  cuer  li  eft  revenu 

Pour  l'amour  de  la  bêle. 
Il   a  report  :  fa  mufele  , 

Si  fecorie  fa  cotele , 
Un  petite:  ala  avant 
De  lez  Marion   maintenant, 
Si  li  a   dit  tout  en  efinai  ; 

He'l   Marionnette, 

Tant  ame'i  t'ai. 


n  Guyor  entendit  très- bien  te  fretel  ue 
»  Robin  ,  &  il  en  eut  un  tel  chagrin  que 
»  peu  s'en  falut  qu'il  ne  tombât  j  mai? 
»  l'amour  qu'il  avait  pour  fa  belle  lui  remit 
»  le  cœur,  il  ripofta  par  un  air  de  fa  mu- 
»  fette,  &  après  avoir  arangé  fa  cotte,  il 
»  alla  où  était  Marion  ,  &  lui  dit  tout  hors 
»  de  lui  même  ;  Ah  !  Marionette  je  t'ai^ 
B  mais  tant  ! 


Marion  vit  Guïo:  venir , 

S'eft  autre  part  tornée. 
Et  quant  Guïot  la  vit  guanchir  , 

Si  li  dift  fa  penlëe  : 
Marion  mains  fez  à  prifîer 

Que  famé  qui  foit  née, 
Quant  pour  Robinet  ce  Bergier 

Eft   fi   afleurée. 
Quant  Marion  s'oi  blafmer , 
Li  ceur  le  commence  à  trembler, 
Si  li  a  dit  fanz  nul  déport; 
Sire  ballet,  vos  ave\  tort, 
Qui  éve'dlii\  le  chien  qui  dort. 

Quant  Guïot  vit  que  Marion 

Fefoit  fi  maie  chiere , 
Avant  fâcha  fon  chaperon  , 

Si  eft;  tornez  arrière. 
Robin  qui  s'eftoit  enbufchiez 

Sous  un  Chafteigniere 
Pour  Marion  failli  en  piez, 

Si  a  fet  Chapiau  d'ierre. 
Marion  contre  lui  alla , 
Et  Robin  deux  fois  la  baifa , 
Ptiift  li  a  dit  ;  fuer  Marion  , 

Vous  ave\  mon  cuer 
Et  j'ai  vojlre  amor  en  ma  prifon 


»  Marion  qui  l'avait  vu  venir,  s'en  alla 
»  d'un  autre  côté  ;  &  lorfqu'il  la  vit  s'éloi- 
»  gner,  il  déchargea  fon  cceur.  Marion, 
»  dit-il,  eft  la  plus  méprifable  des  femmes 
»  qui  exiftent ,  quand  elle  eft  fi  folle  d'ua 
»  berget  comme  Robin.  Celle-ci  s'enten- 
»  dant  blâmer  ,  friffonna  intérieurement, 
»  &  répondit  anfli-tôt  fans  détour  ,  fire 
»  Damotfeau ,  vous  ave\  tort  de  re'veilbr 
»  le  chien  qui  dort. 


»  Quand  Guyot  vit  Marion  le  traitet 
»  ainfi ,  il  remit  fon  chaperon  &  fe  retira  j 
»  alors  Robin  qui  s'était  caché  fous  des 
»  châtaigniers,  fe  leva  peur  Marion,  3C 
»  fit ...  .  Marion  vint  au  devant  de  lui , 
»  il  l'embrafla  deux  fois ,  &  dit ,  amie  Jlfa- 
»  rion  ,  vous  ave\  mon  cœur  ,j  &  j'ai  le 
o  vôtre  dans  ma  p/ijon  ». 


BfiAUMARCHAl 


SUR    LA    MUSIQUE.  itfj 

Beaumarchais  (  Pierre  de  )  était  frère  ou  coufin  à'Euflache  de  Beau- 
marchais ,  Chevalier  d'une  grande  réputation,  que  Philippe  le  Hardi  envoya 
en  Navarre j  pour  foutenir  les  droits  de  Jeanne,  héritière  de  ce  royaume, 
que  le  Roi  d'Arragon  voulait  dépouiller  de  fes  états.  11  fe  rendit  à  Pa.npe- 
lune,  y  fit  fon  entrée  en  qualité  de  vice-roi,  &  y  reçut,  au  nom  de  la  Princeire, 
les  hommages  de  la  plus  grande  partie  de  la  noblelle.  La  bonne  conduite  de 
Beaumatchais  conferva  la  Navarre  à  fa  fouveraine ,  qui ,  dés  qu'elle  fut  en 
âge  de  fe  marier,  époufa  Philippe  le  Bel,  qui  n'était  encore  que  fécond  fils 
du  Roi ,  &  devint  enfuite  l'héritier  du  royaume,  par  la  mort  de  fon  frère 
aîné.  Ce  mariage  réunit  la  courone  de  Navarre  à  celle  de  France.  Nou» 
avons  deux  chanfons  de  lui. 

Beaumont  (  Médire  Gilles  de  ).  Mathieu  IIy  Comte  de  Beaumont  ^  vivait 
en  1 174  &  en  1190,  &  fut  chambtier  de  Louis  le  jeune  &  de  Philippe- 
Augufte. 

Mathieu  III }  Comte  de  Beaumont,  chambrier  de  France,  époufa  Alienot 
de  Vermandois,  Se  mourut  en  1x14. 

Jean-Gilles  j  Comte  de  Beaumont,  chambrier  de  France  (peut-être  notre 
chanfonier,  )  époufa  en  premières  noces  Gertrude  _,  fille  aînée  de  Raoul  de 
Soiffbns  (  peut-être  auiîi  celui  qui  nous  a  laine  des  chanfons  )  Se  (d'Alix  de 
Dreux.  Il  mourut  en  izxo. 

Dans  le  manuferit  du  Roi,  on  trouve  une  chanfon  de  Gilles  de  Beaumont. 

Il  y  avait  un  Raoul  de  Beaumont  t  maître  Queux  du  Roi  (a)  qui  emplova 
cent  livres  parifis  pour  la  dépenfe  de  la  tranilition  du  corps  de  Saint  Louis 
en  1  Z98. 

Jean  de  Beaumont  était  chambrier  de  Louis  VIII  (ce  qu'on  appelé  aujour- 
d'hui premier  gentilhomme  de  la  chambre.  )  Guillaume  de  Beaumont  était 
Maréchal  de  France  fous  Saint  Louis,  Se  mouruc  vers  1150.  Il  était  proba- 
blement père  ou  frère  de  MeJJlre  Gilles  de  Beaumont  3  qui  nous  a  lailfé  une 
chanfon. 

Ce  Guillaume  prend  le  titre  de  Maréchal  de  France  dans  une  obligation 


(a)  Ou  grand  Queux  de  France.  Cette  charge  était  la  première  de  U  bouche  du  Roi  ; 
fes  fonctions  ont  été  réunies ,  i  celles  de  grand  Maître, 

Tome  U.  Q 


F 


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16$ 

de  150  livres, -dont  le  Roi  faint  Louis  avait  répondu  pour  lui  envers  Pierr* 

Chambellan.  Cette  obligation  eu  datée  d'Acre,  en  Juin  1250. 

Berneville  (  GilIebeTt  de-)  vivaic  en  ikjo,  ôc  était  né  à  Courtray  et* 
Flandres.  Il  était  attaché  à  Henri,  Duc  de  Brabant,  père  de  la  féconde  femme 
de  Philippe-le-Hardy.  Ce  Duc  de  Brabant  lui  a  adreffé  une  chanfon  qui 
commence  par  Beau  Gïllebert,  &c. 

'  II'  aima  Béatrix  d'Oudenarde,  quoiqu'il  avoue  qu'il  était  marié.  Il  était: 
perfuadé  qu'on  ne  peut  mettre  trop  de  mauvaife  foi  dans  le  commerce  des. 
femmes,  &  qu'on  n'y  réullît  qu'autant  que  l'on  fait  tromper. 

«  Nul  ne  fe  peut  avancer  ' 
»  En  amour,  fors  par  mentir  ^ 
»  Et  qui  mieux  fçait  s'en  aider 
»  Plutôt  en  a  fon  plaifir  ».. 

Il  nous  refte  de  lui  trente- une  chanfons. 

Chanfon  de   G'Ulebert. 


J'ai  fet  maint  fers  de  chançon, 
Et  s'ai  mainte  foiz  chanté  : 
Onques  n'en  oi  guerredon , 
Nés  tant  c'on  m'en  s'euft  gré. 
Mes  j'a  pour  ce  n'iere  fausj 
T02  fins  &  loïauz 

M'en  irai , 

Et  ferai 
Sages  :   fi  m'en  retreirai 

D'amer  celi 
Où  il  n'a  point  de  merci» 

Je  ne  donroie  un  bouton 
D'amors,  ne  de  fa  fierté» 
lïïuz  fui  de  fa  prifon 
Ou  j'ai  mains  mauz  enduré. 
Amors  n'efi  fors  paine  &  mau3 
Tormenz  &  travaus. 

Joe  n'ai 

Quant  les  ai  ; 
Et  pour  celi  me  retrai 

D'ame'r  celi 
O»  il  n'a  point  de  merci» 


«  J'ai  fait  beaucoup  de  vers  pour  cKan- 
»  fons  ,  je  les  ai  fouvent  chantés  :  &  jama;s» 
»  on  ne  m'en  a  récompenfé  ni  fçu  gré. 
»  Je  n'en  ferai  pas  pour  cela  plu'i  faux  ;. 
»  je  continuerai  d'être  franc  &  loyal  ;  mais 
»  je  me  retirerai ,  je  deviendrai  fage ,  & 
»  je  renoncerai  à  aimer  celle  dont  il  ne 
»  faut  attendre  aucun  merci. 


»  Je  ne  donnerais  pas  une  feuille  main» 
»  tenant  d'amour  &  de  toute  fa  puhTance. 
»  Je  fuis  forti  de  fa  prifon ,  dans  laquelle 
»  j'ai  tant  fouffert.  Amour  n'eft  que  peine 
r>  &  douleur,  tourmens  &  travaux.  Je  n'ai 
»  plus  de  joie  depuis  que  je  le  fens ,  & 
»  c'eft  pour  cela  que  je  renonce  à  aimer 
»  celle  dont  il  ne  faut  attendre  aucun 
»  merci  ». 


SUR    LA    MUSIQUE. 


ï57 


Se   j'amafle  traifon 
Ne  mefdit,  ne  fauïïcté, 
L'on  m'euft  tenu  à  bon  , 
Et  Ci  m'euft-on  amé. 
Certes ,  amors  déloïaur. , 
Ja  n'iere  de  çaus  ; 
Ainz  ferai  , 
Quant  voudrai , 
Guanfonj  fi  me  retraierai 

D'amer  celi 
Où  il  n'a  point  de  merci. 


i>  Si  j'avais  aimé  les  trahifons ,  les  mé- 
»>  difaDces ,  la  raufTeté ,  on  m'eût  regardé 
»  comme  un  homme  de  mérite  ,  &  l'on 
»  m'eût  aime.  Amour  trompeur ,  jamais 
»)  je  ne  ferai  de  ces  gens  là.  Mais  je  ferai 
»  une  chanfon  toutes  les  fois  qu'il  me 
>»  plaira,  8c  je  renoncerai  à  aimer  celle,' 
»  &c. 


Nus  ne  fe  puer  avancier 
En  amor,  fors  par  mentir  : 
Et  qui  melz  s'en  fet  aidier  , 
Pluftoft  en  a  fon  plefur. 
Qui   famé  juftifera, 
Ja  ne  l'amera 
Par  convenc 
Loïaument  : 
Et  pour  ce  je  me  repent 

D'amer  celi 
Ou,  il  n'a  point  de  merci. 


»  Ce  n'eu1  qu'à  force  de  menfonges  qu'on 
»  peut  parvenir  en  amour  ;  &  qui  fait  miçux 
•»  les  employer  ,  en  obtient  plutôt  qu'un 
»  autre  ,  la  récorapenfe.  Qui  rendra  juftice 
■  aux  femmes ,'  jamais  ne  les  aimera  de 
»  bonne  foi  &  loyalement.  Pour  moi  je 
••  me  repens  d'aimer  celle ,  &c. 


Certes  ja  celer  nel  quier, 
G'enpris  ma  dame  à  (ervit. 
Rendu  m'en  a  tel  loyer 
Qu'ele  me  cuida  traïr. 
Voirs  fu;  s'amor  m'otrii, 
Mes  elle   me  gaba 

Por  vil  gent. 

Vengeaient 
M'en  dont  Dex.  Je  me  repent 

D'amer  celi 
Où  il  n'a  point  de  merci. 


t>  Je  ne  cherche  point  à  m'en  défendre, 
»  j'entrepris  d'aimer  une  belle  ;  &  le  prix 
»  dont  elle  a  payé  mon  amour  a  ex  de 
»  me  trahir.  Il  ell  vrai  qu'elle  m'accorda 
»  fes  bontés  ;  mais  elle  me  trompa  &  s'aban- 
»  donna  à  des  gens  méprifables.  Que  Dieu 
»  me  donne  le  piaille  d'en  être  veagé.  Je 
»  me  repens  d'aimer  celle,  &c  ». 


•    Le  Poc'te  fe  repentit  d'avoir  fait  cette  chanfon  que  lui  dicta  la  colère;  il 
en  a  laiffc  une  autre,  où  il  demande  pardon  à  fa  belle,  &:  à  l'amour,  de  les 


avoir  outrages. 


Qi 


1*3 


ESSAI 


Autre  Chanfon  de   Gïllehert* 


Li  joli  penfé  que  j'ai 
Me  vienent  fie  fine  amor 
Et  ce  que  ma  dame  fai 
Bone  &  fage  &  de  vialor. 
Me  conforte  &  tient  en  joie, 

Et  fe  je  pooie 

Paflër  la  meillor 
C'on  fâche  de  faire  honor, 
Por  ma  dame  le  feroie. 

• 

Jamais  je  n'entr'oublierai 
Un  ris  qui  vint  de  do'uçor 
Qu'ele  fift  quant  l'efgardai. 
Mes  ne  dis  pas  tel  folor     . 
Que  pour  moi  fuft ,  je  faudroie , 

Ne  voir  ne  diroie; 

Mes  de  tel  (avoir 
M'eft  el  cuer  que  nuit  &  joi 
Me  famble  qu'adès  la  voie. 

Dame  je  vous  ai  donc 
Mon  cuer,  fanz  ja  départir: 
S'il  pooit  eftre  à  vo  gré , 
C'efl  la  rienz  que  plus  deiïr. 
Dame  franche  &  débonaire, 

Se  favoie  faire 

Le  voftre  plaifir, 
Mieuz  ameroie  à  morir 
Que  nus  m'en'véift  rétraire. 


«  Tout  ce  que  j'ai  de  jolies  penfées  me 
»  vient  d'amour  &  de  ce  que  je  fais  que 
»  ma  dame  eft  bonne ,  fage  &  femme  de 
y>  mérite.  C'eft  elle  qui  m'anime  &  me 
»  met  en  joie ,  &  fi  je  favais  l'honeur  qu'on 
»  peut  rendre  à  la  meilleure  des  4ames , 
»  je  le  ferais  pour  la  mienne. 


»  Jamais  je  n'oublierai  un  fouris  fi  doux 
»  qui  lui  échappa  un  jour  que  je  la  re- 
»  gardais.  Je  ne  ferai  pas  la  folie  de  dire 
»  que  c'était  pour  moi,  je  tromperais  5e 
»  ne  dirais  pas  la  vérité  ;  mais  ce  fouris 
»  eft  refté  fi  agréablement  dans  mon  cœur,, 
»  qu'il  me  fembla  que  je  la  vois  toujours. 


•  »Dame,  je  vous  ai  donné  mon  cœur, 
»  fans  jamais  le  retirer.  S'il  pouvait  vous 
»  être  agréable,  ce  lirait  la  cholê  que  je 
»  délirerais  le  plus.  Dame  franche  &  douce 
»  M  je  favais  faire  ce  qui  vous  fait  plaifir, 
>i  j'aimerais  mieux  mourir  que  l'on  me  t'a 
»  y  manquer  ». 


Les  deux  autres  couplets  ne  valent  rien  ;  maïs  en  voici  un  d'une  autre 
chanfon  qui  fe   trouve  plus  bas,  &  qui  eft  joli  : 


Adès  ai  efté  jolis , 

Bien   m'en  vant  : 
Encor  le  ferai  toz  dis 

Mon  vivant , 
Et  ferai  chançon  plus  lie 


«  J'ai  toujours  éie  joyeux ,  &  je  m'en 
»  vante;  mais  je  le  ferai  toujours  tant  que 
»  je  vivrai,  &  je  ferai  chanfons  plus  gaies 
»  encore  que  je  n'en  fis  jamais  ,  car  celle 
»  que  j'aime  me  prie  &  me  dit  de  chanter  j 


SUR    L  A    M  U  S  1  Q  U  E. 


\fi<) 


•Conques  ne  fis  por  itant: 
Que  celé  cui  j'aini  m'en  prie 
Et  dit  à  moi  que  je  chant  ; 
S'en  ai  le  cuer  plus  joiant. 


»  ce    qui  roc  rend  le   eccur   plus   cou- 
»  cuit  ». 


Bestourmes.  Il  nous  relie  deux  chanfons  de  lui ,  que  l'on  trouve  dans  le 
manuferit  du  Roi ,  parmi  celles  des  Poètes  du  treizième  fiecle. 

Béthune  (  Guillaume  de).  Le  manuferit  du  Vatican  nous  a  fait  connaître 
deux  chanfons  de  lui  /qui  ne  font  attribuées  nulle  part  à  Quefnes  de  Béthune  j 
ainfi  ce  font  deux  Poètes  différens. 

Béthune  ( Le  Comte  de  )  (ou  Meflîre  Queues  de  ).  Il  nous  refte  de  lui 
douze  chanfons,  &  il  eft  compris  parmi  les  Poètes  du  douzième  Se  du  trei- 
zième fiecles. 

Une  chanfon  d'Hugues  d'Oify,  qui  lui  eft  adreflee,  femble  prouver  que  le 
Quefnes  de  Béthune  avait  acompagné  Philippe-Augufte  en  France  à  fou 
retour  de  la  Terre-Sainte  y  &  il  leur  reproche  leur  lâcheté  d'avoir  fitôt 
abandonné  les  faints  lieux. 

Chanfon  du  Comte  de  Béthune. 


L'autrier  un  jour  après  la  Saint  Denife 
Fui  à  Bcthune  ù  j'ai  efté  fouvent  : 
Là  me  ibuvient  de  gent  de  maie  gtiifc 
Qui  m'ont  mis  fus  mensonge  à  efeient, 
Que  j'ai  chanté  des  dames  laidement. 


a  L'autre  jour,  le  lendemain  de  la  Saint- 
»  Denis ,  jallai  à  Béthune  où  j'ai  été  fou- 
»  vent  j  là  je  me  fuis  rappelé  les  difeours 
»  que  quelques  méchants  ont  tenus  fur  moi 
»  par    menfonge ,  en  difant  que  j'ai  mal 


Maiz  ils  n'ont  pas  ma  chançon  bien  aprife;    »  parlé  des  dames.  Mais  ils  ont  mal  Cfcm- 


Je  n'en  chantai  que  d'une  feulement , 
Qui  bien  foifift  que  venjanceen  futprife. 

• 

Si  n'eft  pas  drois  que  on  me  deconfife , 
Si  vous  dirai  bien  par  raifon  comment  : 
Quar  fe  on  fait  d'un  fort  larron  juftife, 
Doit-il  delplaire  as  loiaus  de  noient  ? 
Nennil  par  Dieu  qui  raifon  i  entent. 
Maiz  la  raifons  eft  fi  arrière  mile 
Que  ce  c'on  doit  blafmer  locnt  la  gent, 
Si  locnt  ce  que  nus  autres  ne  prife. 


A  la  meilleur  du  Royaume  de  France , 


»  pris  ma  chanfon  ;  je  ne  me  fuis  plaint 
»  que  d'une  feule  qui  s'eft  conduite  fi  mal 
w  qu'elle  en  a  été  punie. 

»  II  n'eft  donc  pas  jufte  que  l'on  me 
»»  perfécute  ,  Se  je  vous  le  prouverai  bien. 
»  Tous  les  jours  on  fait  jufticc  d'un  voleur  ; 
»  Se  cependant  les  houètes  gens  ne  s'en 
v  plaignent  pas.  Non  par  Dieu  ,  pour  celui 
»  qui  fuit  la  raifon  ;  mais  la  raifon  aujour- 
»  d'hui  eft  fi  peu  eftimée ,  que  les  gen« 
r>  louent  ce  qu'on  doit  blâmer ,  &  qu'ils 
»  louent  ce  que   perfone  n'eftime. 

* 

»  J'ai  donné  mon  eccur  à  la  mcillem» 


*70 


ESSAI 


Voire  del  mont ,  ai  mon  cuer  atourné  ; 
Et  non  pourquant  paour  ai  Se  doutance 
Que  fa  valour  ne  me  tieigne  en  vuité, 
Quant  trop  redout  orgueilleufe  biauté } 
Or  mi  doint  Dex  trover  vraie  efpérance 
Qu'en  tout  le  mont  n'a  orguejll  ne  fierté 
Qu'amours  ne  puift  plaifller  par  fa  puiflance. 


»  femme  de  France ,  te  même  du  monde 
»  entier;  &  je  crains  cependant  que  fou 
»  mérite  me  tienne  en  fbuffrance  ;  car  je 
»  redoute  beauté  orgueilleufe.  PuifTe  Dieu 
»  m'accorder  véritable  efpérance,  puifque 
»  dans  tout  l'Univers  il  n'y  a  orgueil  ni 
»  fierté ,  qu'amour  >  par  fon  pouvoir ,  ne 
»  puiflè  adoucir  ». 


B  l  A  z  o  n  (  Mgr.  Thibaut  de  )  était  un  gentilhomme  attaché  à 
Thibaut ,  Roi  de  Navarre  &  Comte  de  Champagne  ,  dont  la  cour  refpirait 
la  poéfie  &  la  galanterie.  On  trouve  dans  fes  chantons  (dont  neuf  feulement 
nous  reftent  )  plufieurs  proverbes  qui  font  encore  d'ufage. 

Chanfon  de   Thibaut  de  Blason   [a). 


Chanter  m'eftuet,  fi  criem  morir  : 
Mult  faz  grant  effors  quand  je  chant. 
Tout  le    monde  voi   resbaudir, 
Las'!  tout  adès  mi  truis  dolent. 
Amors  me  fet  au  cuer  fentir 
Tele  angoifle  &  tel  forment 
Que  je  ne  cuit  mie  garir, 
Se  la  bêle  pitié  n'en  prent. 
Certes  à  tort  me  plaing  d'amors, 
Mult  en  font  douces  les-doulors. 

Certes  à  tort. 
Biau  fire  Dex  !  pour  ce  fui  nez 
Que  je  l'arnaflè  à  mon  povoir. 
Si  faz-je  las  !  defeonfortez  : 
Si  s'en  puet  bien  apercevoir. 
Et  fe  g'i  muir  fanz  eftre  amé 
Tant  ai  fervi  en  bon  elpoir , 
Qu'encor  li  fera   réprouvé 
Mes  fervifes ,  'g'el  fai  de  voir. 

Certes  à  tort. 


«  Je  crains  de  mourir ,  &  il  me  faut 
»  chanter.  Il  m'en  coûte  beaucoup  pour 
»  le  faire.  Hélas,  je  vois  tout  le  monde 
»  dans  la  joie  ,  &  moi  je  fuis  toujours 
»  dans  la  douleur  !  Amour  me  fait  fentir 
»  au  cœur  telle  angoifle  &  tels  tourments  , 
»  que ,  fi  ma  belle  ne  prend  pitié  de  moi , 
»  je  ne  crois  pas  pouvoir  en  guérir.  Mais 
»  non ,  c'eft  à  tort  que  je  me  plains  d'amour^ 
»  les  maux  qu'il  caufe  font  doux,     ' 

■»  Oui ,  c'eft  à  tort ,  beau  fire  Dieu  .*  je 
»  fuis  né  pour  aimer  de  toutes  mes  forces. 
.»  Aufli  fais-je  hélas  !  malheureux  que  je 
»  fuis  .*  &  il  ne  tieet  qu'à  elle  de  s'en  aper- 
»  cevoir.  Mais  fi,  après  avoirfervi  fi  long- 
»  tems  dans  l'efpérance  ,  je  meurs  fans  être 
»  aimé ,  on  lui  reprochera  encore  mes 
»  (ervices ,  j'en  fuis  certain.  Oui,  elle  a 
v  tort  ». 


Blois  (  Robert  de) ,  né  à  Blois ,  vivait  du  tems  de  Saint  Louis,  &  nous 
a.  laifTé  neuf  chanfons. 


(a)  C'eft  une  efpecc  de  rondeau  :  le  fécond  couplet  a  deu*  vers  de  moins. 


S  U  R    L  A    M  V  S  I  Q  U  E.  i7t 

Chànfon   de  Rcber:    de    Blois. 

«  Pour  trop  cacher  mon  amour ,  je  ne 
ï»  puis  efpérer  de  joie  ,  &  je  me  caufe  mon 
»  malheur  en  Celant  mes  ptfnltes.  Comme 
»  on  ne  peut  fans  amour  ,  mériter  louange 
»  &  honcur,  ainlî  n:  doit-on  pas  regarde» 
»  comme  fage  l'amant  qui  ne  (ait  parler. 


Par  trop  celer  mon  courage 
Ne  puis  à  joie  monter , 
Et  fi  rctieng  à   outrage 
De  trop   géhir  mon  penlêr; 
Ne  plus  qu'on  puet  fanz  amer  , 
Avoir  prit  ne  vaflclage  , 
Ne  puet-on  tenir  à  fage 
Homme   qui   trop   fet  celer. 


En    toute  cliofe  a  mefure , 
Que  bien  garder  i  fauroit  ; 
Mes  vilaine  amor  n'a  cure 
D'esgarder  réfon  ne  droit. 
Je  dis  que  cil  le  déçoit 
Qui  n'a  foing  de  couverture, 
Et  qui  plus  (i   aiïêure 
Greigneur  damage  i  reçoit. 


»  Qui  voudrait  y  prendre  garde,  verrait 
»  qu'en  toutes  chofes  il  y  a  une  mefure,  mais 
»  vilain  amour  ne  connon  ni  droit  ni  raifon. 
»  Je  dis  que  celui-là  fe  trompe  lui  même 
»  qui  ne  prend  aucun  foin  pour  fe-cacher  j 
»  &  que  plus  il  fe  fie  en  lui-même,  plus  il 
i>  reçoit  de  dommage. 


Rire  &  bêle  bouche  fere 
Puet-on ,  ce  dient  li  gent  : 
On  note  bîen  au  vicre 
Et  au  fol  contenement 
Mainte  folie  fotrvent  ; 
Pour  ce  fe  doit  on  retraire  ; 
Et  melz  en  fet  fon  affere 
Qui  fe  cueuvre  fagement, 

Blondeau  de  Neele,  connu  auiïi  fous  le  nom  de  Blondel.  Voyez  fon 
article  au  chapitre  des  Troubadours.  Il  nous  refte  de  lui  vingt-neuf  chaulons. 

Chanfon  de  Blondeau. 


»  On  peut ,  dit-on  ,  fourire  &  montre» 
»  un  vifage  agréable.  Mais  à  l'air  du  vifage 
»  &  au  maintien*,  on  peut  remarquer  fou- 
»  vent  de  la  folie.  Ainfi  l'on  doit  fe  tenir 
»  fur  fes  .gardes  ;  &  celui-là  eit  plus  sûi 
»  de  réufiir  qui  le  cache   prudemment  ». 


La  joïe  me  femont 
De  chanter  au  douz  ten». 
Et  mes  cuers  li  relpont 
Que  droit  eft  que  g'i  pens  ï 
Car  nule  riens  el  morit 
Ne  faz  feut  fon  deffens. 
Dex  !   quel  fiecle  cil  ont 
Qui  i  metent  leur  fenî. 

A  la  joïe  apartient 
D'amer  mult  finement, 
Et ,  quant  H  lieus  en  vient, 
Li  donaers  largement. 


«  La  joie  (  l'amour  heureux  ) ,  me  fait 
»  chanter  au  retour  du  printems  ,  &  mon 
t>  cœur  lui  répond  qu'il  eft  jufte  de  m'en 
»  occuper.;  car  perfonne  au  monde  n'ofe- 
»  roit  défobéir  à  amour.  Dieu  !  quelle  vie 
ta  heureufe  mènent  ceux  qui  s'abandonnent 
»  à  lui  ï 

»  Pour  obtenir  ce  bonheur ,  il  faut  aimer 
»  loyalement ,  &  quand  l'occaiion  s'en 
•  préfente,  donner  libéralement  ;  mais  par> 
»  deiTus  tout  il  faut  difeours  courtois.  Qui 


i72  ESSAI 

Oncor  plus  i  convient  »  pratiquera  ces   trois   préceptes ,  jamail 

Parler  cortoifement  :  »  n'éprouvera  mauvais  fuccés  », 

Qui  ces  trois  voies  tient 
Ja  n'ira  malement, 

Bodel  (Jean  )  ou  Bodeavx,  né  à  Arras  dans  le  treizième  fiecle,  nous  a 
lailTé  cinq  chanfons. 

Bouloigne  (  Gérard  de  )  eft  compris  dans  la  lifte  des  Poëres  du  treizième 
fiecle ,  dans  les  manuferits  de  M.  de  Sainte-Palaye  5c  dans  celui  du  Roi. 
On  n'a  de  lui  qu'une  chanfon. 

Bouteiller  (  Colard  le  ).  On  croit  qu'il  était  de  la  noble  maifon  des 
Bouteillers  de  Senlis.  Il  était  ami  de  Guillaume  leViniers,  Se  vivait  fous 
Saint  Louis.  Nous  avons  de  lui  feize  chanfons. 

Brabant  (  Le  Duc  de  ).  Henri  III 3  Duc  de  Brabant  ,  furnommé  le 
Débonaire  ,  époufa  Alix  de  Bourgogne  ,  fille  à' Hugues  IV.  Leur  fils  aîné  fe 
fit  Moine.  Jean  1  fuccéda  à  fon  père;  Geoffroy  y  feigneur  d'Arfcotj  était  le 
troifieme,  &  Marie  leur  fille,  époufa  Philippe  le  Hardi }  Roi  de  France.  Le 
Duc  Henri  III  mourut  en  iz<îo,  &  fa  femme  le  23  Octobre  1273.  On  a 
foupçonné  quefes  chanfons  étaient  de  fon  Meneftrel  Adenez,  qui  nous  aprend 
que  fon  maître ,  avant  de  mourir ,  commanda  d'ouvrir  fa  chambre  à  tous 
ceux  qui  le  voudraient  venir  voir,  pauvres  &  riches,  ayant  fait  mettra 
beaucoup  d'or  d'argent  près  de  lui,  afin  de  le  donner  aux  pauvres. 

Nous  avons  de  lui  quarte  chanfons. 

PASTOURELLE. 

L'autrier  efloie  montez  «  J'étais   monté   l'autre  jour   fur  mou 

Seur  mon  palefroi   anblant,  »  palefroi  (  qui  va  l'amble),  &  il  m'étaic 

Et  pris  m'eftoit  volentez  »  venu  l'envie  de  faire  un  chant  nouveau  ï 

De  trouver  un  nouviau  diant.  »  je  marchais  tout  gaiment,  quand  je  trou- 

Tout  esbanoïanc  »  vai  dans  mon  chemin  une  bergère  afliie 

M'en  aloie  ;  »  à  l'écart.  J«  la  falue  poliment ,  &  lui  dis, 

Truis  enmi  ma  voie  g  vous  voyez  votre  amant. 

Paitore  feant 

Loin  de   gent  : 

Bêlement 

La  falu  , 

Et  li  dis ,  vez-ci  vo  dru. 

Biau 


SUR    LA 

Biau  fire ,  trop  vous  haftcz , 
Dit  la  toufe  ;  j'ai  amant  : 
Il  n'eft  gueres  loing  alcz, 
II  revendra  maintenant. 
Chevauchiez  avant. 

Trop   m'erFroie 
Que  il  ne  vous  voie, 
Trop  eft  meferéant  ; 
Ne   talent 
Ne   me   prent 
De    vos   giu  : 
Aillors  ai  mon  cucr  rendu. 

Damoifclle,  car  créez 
Mon  confeil;  je  vous  créant, 
James  povre  ne  ferez, 
Ainz  auroiz  à  vo  talenc 
Cote  traînant , 
Et  corroie 
Ouvrée  de  foie 
Cloée  d'argent. 
Bonement 
Se  défent  j 
N'a  valu 
Quanquc  j'ai  dit  un  feftu. 

Biau  fire  ,  car  en  alez , 
Dift  elle  ,  c'eft  pour  noient  ; 
Voltre  parole  gaftez 
Que  je  ne  pris   mie  un  gant. 
Ne  voflre  beuban 

N'amcroie, 
Vos  don  ne  prendroie  , 
Ne  fi  autrement 
Voltre   argent  ; 
Vo  prefent 
N'ai  eu  ; 
Maint  prometeus  ai  véu. 

Damoifclle  ,  car  prenez 
La  cainturc  maintenant, 
Et  le  matin  li  raurez 

Tome  II. 


M  V  S  I  Q  U  E.  i7î 

»  Beau  fire ,  vous  vous  prefTcz  trop , 
»  dit  la  filière  ;  j'ai  un  amant.  Conti' 
»  votre  chemin  ,  j'ai  peur  qu'il  ne  vous 
»  voie  ,  il  eft  jaloux;  &  je  n'ai  nulle  envie 
r>  d'ecouer  vos  badinages  :  mou  cœur  eft 
»  donné  à  un  autre. 


»  Demoifelle,  faites  ce  que  je  vous  con- 
»  feine.  Je  vous  donne  ma  parole  que  vous 
»  n'aurez  plus  jamais  à  craindre  la  pau- 
»  vre:e ,  mais  que  vous  aurez  à  votre  gré 
»  cote  à  longue  queue,  &  ceiir.uie  tra- 
»  vaillée  en  foie  avec  des  doux  d'argent. 
»  Elle  le  défend  bravement ,  &  tout  ce  que 
»  je  difois  ne  produifoit  rien  ,  (  n'a  vallu 
»  un  fétu  ). 


»  Beau  fire,  retirez -vous,  dit-elle  :  c'eft 
»  inutile  ,  vous  perdez  vos  difeour; 
»  je  ne  prife  pas  un  gant  ).  Je  n'aimerais 
»  pas  vos  galanteries,  &  ne  prend' 
»  vos  dons  ni  votre  a-gen;.  Je  n'ai  p.int 
»  vu  ces  prélcns  dont  vous  parles  ,  &.  j'ai 
»  fouvent  rencontre1  gens  qui  promettaient. 


»  Demoifelle  ,  recevez  dés  ce  moment 
»  la  ceinture  ;  demain  matin  vous  aurez  tout 
»  le  tefte.  Alors  clic  (baril  &  feu  fus  fort 


m 


ESSAI 


Treftout  l'autre  convenant., 
Lrrs  va    orr  ant, 

Et  foi  joie. 
Tant  fis  qu'ele  otroie 
JVIon  gré  maintenant. 
Le   don   prent 
Maintenant; 
J'ai  fentu 
De  quel  manière  ele  fu. 


A     U     T 


Amors  m'eft  à  cuer  entrée , 
De   chanter  m'a  efméu  : 
Si  chant  por   la  bêle   née 
A  cui  j'ai  mon  cuer  rendu 
Ligement  ; 
Et  fâchent  la  gent , 
Mercier 
Ne  doit-on  de  mon  chanter, 
Fors  Ii 
Cui  j'aim  fî 
Que  j'en  ai  &  cuer  &  cors  joli. 

Se  j'ai  dolor  endurée 
Por   amor ,  .&  mal  fentu  , 
II  me  plaift  bien  &  agrée 
Quant  j'ai  fi  bien  efléu  ; 

N'ai  talent 
D'amer   fauiïèment  : 

Amender 
Vueil,  &  loïaument  amer 
Por  U 

Cui  j'aimfi  ,  &c. 

Amors  eft  en  moi  doublée 
Plus  que  onques  maiz  ne  fu  : 
Si  fervirai   à  durée; 
Dex  doint  c'on  m'ait  retenu 

Tempiement 
Amoroufement 

Sanz  fauiïèr  : 
Car  je  ne  puis  oublier 
Celi 

Cui,   &c, 


»  aife.  Enfin  je  fis  tant  qu'elle  confentit 
»  à  ce  que  je  voulais.  Elle  prit  le  pré- 
»  Cent  &  moi  je  fus  comment  elle  était 
»  faite  »» 


R     E. 

«  Amour  eft  entré  dans  mon  cœur  & 
»  m'excite  à  chanter.  Je  chanterai  donc 
»  pour  la  belle  à  qui  j'ai  fait  hommage 
»  lige  de  mon  ame.  Et  je  veux  qu'on  fâche 
»  que  perfonne  ne  doit  me  favoir  gré  de'mon 
»  chant ,  hors  celle  que  j'aime  tant  que 
»  j'en  ai  le  corps  &  le  cœur  joyeux,. 


»  Si  j'ai  enduré  quelque  douleur  &  ref- 
»  fenti  des  maux  pour  amour  ;  je  m'en' 
»  aplaudis  au  moins  &  m'en  félicite  quand 
»  je  vois  que  j'ai  fi  bien  choifi.  Je  n'ai 
v  point  envie  d'aimer  fauflement  ,  mais 
»  je  veux  me  corriger  &  m'attacher  loyale- 
r>  ment  à  celle  que  j'aime  tant ,  &c.     ■ 


»  Amour  eft  augmenté  en  moi  plus  qu'il 
»  ne  le  fut  jamais.  Je  le  fervirai  conftam- 
»  ment.  Dieu  veuille  qu'on  me  garde  ten- 
»  drement ,  amouieufement ,  lans  me  trom- 
»  per  ;  car  je  ne  puis  oublier  celle  que,  &ct. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Et  s'amors  les  fuens  avance , 
De  moi  li   doit  fouvenir  : 
Car  je  fui  fuenz  fanz  faillance 
A  toz-jors  fanz  repentir. 
Ententis 
Serai  mes  touz  dis 
D'avancier 
Amors ,  &  fon  nom  haucier 
Por  li 
Cui,  &c 

Adez  me  croift  ma  poifTance 
Et  volentez  de  fervir  , 
Sanz  celi  où  j'ai  fiance 
Ne  porrai  mie  garir; 
Si   conquis 
M'ont   fi  très  douz  ris  : 
Sanz   cuidicr 
Sai  que   ne  puis  eflongnicr 
De  li 
Cui ,    &c. 

Cuens  jolis 
De  Flandres ,  amis, 
Cui  j'ai  chiei , 
Me  fauriez-vous  confeilliez 
De   li 
Cui  j'aim  fi ,   Sic. 


17? 

»  Si  amour  fait  profpércr  fes  ferviteur; 
»  il  doit  fe  reflbuvenir  de  moi  ;  car  je  fuis 
»  le  fien  fans  retour  &  à  jamais.  Toujours 
»  déformais  je  ferai  occupé  a  honorer  amour 
w  êcà  exalter  fon  nom  pour  celle  que ,  &c. 


»  Sans  ceflccroîr  dans  mon  cœur  l'envie 
»  &  l'ardeur  de  la  fervir.  Sans  fes  bontés, 
■»  dans  lelquelles  j'ai  confiance,  je  ne  pour- 
»  rai  guérir.  Son  doux  fou  rire  m'a  con- 
»  quis ,  &  je  fens  qu'il  n'eft  plus  en  mon 
»  pouvoir  de  m'éloigner  de  celle,  &c. 


»  Joli  Comte  de  Flandres,ami  que  j'aime^ 
s>  pouvez  vous  me  confeiller  fur  celle  que 
»  j'aiine  tant  ».  S<c.t 


Braine  (  Médire  Jean,  Comte  de  )  vivait  fous  faint  Louis,  cV  nou<;  a 
kilfc  trois  chanfons  ,  que  l'on  trouve  dans  le  manulci.it  du  Rol  [à)  Se 
dans  celui  de  Noailles. 


(a)  La  table  ancienne  &  la  table  nouvelle  de  ce  manuferit,  attribuent  faufTemcr 
chanfons  au  Roi    Jean.  Le  nom  du  Quens  Jehan  de  Braine  ,  elt  à  la  tète  de  chacune 
de  ces  chanfons  dans  le  même  manuferit.  L'ecrnure  de  ces  titre;  elt   auflî  ancienne  que 
celle  de  la  table  ancienne  ,  &  la  féconde  a  été  copiée  fur  la  première;  ainll  il  efi  évident 
que  c'eft  une  faute  du  premier  copifte. 

Le  manuferit  de  Noailles  renferme   deux  copies   de   la  troilîeme  de  ces  chanfons.  L.t 
première  eft   attribuée   au   Comte   Jean    de   Braine  ,    &    la    féconde    OU    Chanoi-. 
Saint  Quentin.  L'écriture  du  manuferit  du  Roi  étant  du  treizième  fiecle ,  &   le  Roi  Jean 
n'étant  monte  fût  le  trône  qu'au  quatorzième,  il  eft  impoflîble  qu'il  (bit  l'auteur  de  ce* 
chanfons. 


Ri 


î76  ESSAI 

Bresi  (  Hugues  de)  ou  de  Berci  ,  ou  de  Bregy  ,  contemporain  d'Héfinand^ 
vivait  fous  Philippe-Augufte,  &  était  le  plus  agréable  de  nos  vieux  Roman- 
ciers Il  nous  a  lauTé  fix  chanfons.  L'Abbé  Maflieux  prétend  qu'il  eft  le  même 
que  Guyot  de  Provins,  Auteur  de  la  Bible.  On  le  croit  Moine,  parce  qu'il 
dit  quelque  part  : 

a  Y  a  plus  de  doufe  ans  paiïe 

»  Qu'en  noirs  draps  fuis  enveloppé  »» 

Il  nous  aprend  que  ,  de  fon  rems,  l'aimant  fervait  à  guider  les  vaiiTeaux.. 
Car,  après  avoir  parlé  de  1  étoile  polaire  qu'il  appelé  Tramontane,  il  dit: 

Icelle  étoisle  ne  fe  muet. 
Un   art  font  qui   mentir  ne  puet 
Par  vertu   de  la  Marinette 
Une  pierre  laide  &   noirette 
Ou  li  fers  volentiers  fe  joint. 

Bretagne  (Jean  I  de  Dreux,  Comte  de).  Il  était  Comte  fouverain  de 
Bretagne  &  fils  de  Pierre  Mauderc  3  fi  fameux  fous  Philippe-Augufte.  11 
époufa  Blanche,  fille  de  Thibaut,  Roi  de  Navarre.  Ce  fut  Cace  Brûlé  qui  ,, 
pendant  fon  féjour  en  Bretagne,  lui  fit  naître  le  goût  de  compofer  des 
chanfons.  Ce  Prince  &  fon  époufe  furvécurent  plus  de  trente  ans  au  Roi 
de  Navarre,  qui  mourut  en  1153  ou  1*54  {a). 

Nous  n'avons  de  lui  que  la  chanfon  fuivante. 

Chanfon  du  Duc  de  Bretagne. 

Bernart,    à  vous  vueil  demander  «  Bernard  je  veux  vous  demander  quelle 

De  deus  chofes  la  plus  vaillant,  »  eft  la  meilleure  de  deux  chofes ,  ou  la 

Fro  ce  que   tant  oi  loer  ,  «valeur  que  j'ai  entendu  tant  louer,  ou 

Ou  largece  qu'on  aime  tant..  »  la  libéralité  qu'on  aime  tant.  Dites  m'en-. 


(a)  I-es  Souverains  de  cette  province  portaient  également  le  titre  de  Duc  ou  Comte. 
Fauchet  dit  que  celui  dont  il  s'agit  ici,  était  Pierre,  fijrnommé  Mauderc,  mais  il  fe 
trompe. 

Cette  pièce  eft  un  jeu  parti  entre  le  Duc  &  Bernard  de  la  Ferté.  Il  y  a  dans  les 
4erniers  couplets  plufieuis  vers  qui  ont  une  fyllabe  de  moins  que  ceux  des  deux  premiers. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Si    m'en  dites  vofcre  femblant  ; 
Car  j'ai   touz  jors  oï  conter, 
Sans  proece  ne   puet  monter 
Nul  chevalier  très  bien  avant 
Qui  d'armes  foit  entremétant. 


«77 

»  votre  avis  ;  car  j'ai  toujours  oui  dire  que 
»  fans  prouefle ,  un  chevalier ,  qui  fuit  le 
»  parti  des  armes ,  ne  peut  aller  loin. 


Cuens  de  Bretaigne  ,  fans  faufler, 
Largèce  vault  melz ,  ce  m'eft  vis  : 
Que  largece  fait  homme  amer 
A   treftouz  ceus  de   fon  pays  ; 
Méefmement  fes   anemis 
Puet-on  conquerre  par  doner  : 
Et  fi   en  puet-on  acheter 
L'amor  au   Roy  de  paradis  ; 
Et  qui  l'a  ,  mule  li  eft  bien  pris. 

Bcmart  de  la  Ferté  ,  amis, 
Ne  cuit  fanz  proece  vaille 
Largece;  ainçois  nAft  avis 
Qu'en  femble  feu  de   paille  : 
Quant  eft  ars  ,   bien   fé  fanz  faille 
Riens  ne  vaut  ;   pour  ce  m'eft  avis 
Proece  doit  avoir  le  pris  ; 
Car  qui  l'a  ,  ne   fera  faille 
En  nul  bifoing  où  il  aille. 

Cuens ,  &  je  di  fans  largece 
Ne  porroit  nus  cftre  preudon  : 
Car  à  toz   biens  fere   adrece 
Celui  qui   l'a  en  fa  meTon. 
Et  méefmement  riches  hon 
Qui  de  doner  n'a  paréce  , 
Si  ne  le  fet  par  dél  èce  , 
Itcl  doit  avoir  région  ; 
Et  non  mie  le  preus  félon. 

Bernart,  j'ai  touz  jors  oï  dire 
Que   li  cors  gaaigne   l'avoir; 
Et  fe   il    eft    mauves   (ire 
Quel  chofe  le  fera  valoir? 
Largece  u'ia  povoir 


»  Comte  de  Bretagne,  franchement  à 
»  mon  avis ,  largefle  eft  préférable.  C'eft 
»  elle  qui  fait  aimer  un  homme  dans  tout 
»  fon  pays.  Il  peut  même,  par  fon  moyen, 
»  gagner  fes  ennemis;  il  peut  en  acquérir 
»  l'amour  du  Roi  du  ciel  ;  &  celui  qui  la 
»  poflêde  eft  un  homme   bien  eftimable. 


»  Bernard  de  la  Ferté,  mon  ami ,  je  ne 
»  crois  pas  que  largefle  ait  quelque  prix 
»  fans  la  prouefle.  Il  me  femble  au  con- 
»  traire  qu'elle  reflemble  au  feu  de  paille 
»  qui,  quand  il  a  brûlé  un  inftant ,  r.e  vaut 
»  plus  rien.  Je  conclus  donc  que  prouefle 
»  doit  l'emporter  ;  car  celui  qui  eft  preux 
»  ne  manquera  jamais ,  en  quelque  lieu 
»  qu  il  aille.. 

»  Comte,  je  dis  moi  que  fans  largefle, 
33  on  ne  peut  être  un  prud'homme ,  car 
»  c'eft  elle  qui  engage  ,i  taire  du  bien 
»  celui  qui  la  poflede.  J'ajoute  de  plus 
»  qu'un  homme  riche  qui  eft  prompt  à 
»  donner ,  &  qui  le  fait  avec  grâce  ,  devroil 
»  poflèder  un  état,  &  jamais  le  preux  qui 
»  en  même  temps  peut  être  un  traître. 


»  Bernard ,  j'ai  toujours  entendu  dire 
»  que  l'argent  ne  gagne  que  des  corps.  Si 
»  votre  homme  libéral  eft  un  mauvais  Prin- 
»  ce,  qu'aura  t  il  pour  fe  (aire valoir  aimer 
v  de  fes  fujets  l  )  largefle  ne  fera  rien  à  cela. 


i78  ESSAI 

Ne   fificien  ne  mire.  »  II  n'y  a  médecin  ni  chirurgien  qui  y  fâche 

Touz  jors  fera  de  l'Empire  »  remède;   &  il  (èra  regardé   comme  un 

Mis   à  henor  en   non  chaloir,  »  homme  qui  fe  foucie  fort  peu  de  l'honeur 

Ce  poez-vous  favoir  de  voir.  »  de  fes  états  :  vous  pouvez  certainement 

»  compter  là-defllis  ». 

Bretel  ou  Breteaux  (Sire  Jean)  vivait  du  rems  de  faint  Louis,  &  a 
fait  une  foule  de  chanfons  en  jeux  partis.  11  ne  nous  en  refte  que  quatre. 
Breteaux  était  ami  de  Lambert  Fer  ris  Se  de  Cuveliers. 

Burneau  de  Tours  vivait  fous  faint  Louis,  &  nous  a  laine  deux 
chanfons. 

Capelains  de  Laon  eft  compris  dans  la  lifte  des  Poètes  du  treizième 
ilecle,  dans  les  manuferits  de  M.  de  Sainte-Palaye. 

La  feule  chanfon  qui  nous  refte  de  lui,  eft  anonime  dans  le  mannferit  de 
M.  de  Paulmy. 

Carasauz,  né  à  Arras,  vivait  fous  faint  Louis,  &c  nous  a  laide  fix 
chanfons. 

Castel  ou  Chastel  (  Robert  ou  Robins  de)  noriflait  en  iiô'o  ,  &  a 
laide  fix  chanfons,  dont  deux  font  cotées  en  marge  courantes 3  pour  avoir, 
félon  les  aparences,  gagné  quelque  prix. 

Caupains  (  Arnould  ),compris  dans  la  lifte  des  Poctes  du  treizième  fiecle, 
nous  a  laille  cinq  chanfons. 

Chancelier  de  Paris.  La  chanfon  qui  nous  refte  de  lui ,  eft-elle  de 
Hugues  de  Bethify,  Chancelier  en  1186"  &  en  izoo,  ou  de  Guy  d'Athies, 
vice-Chancelier  en  izoï  ,  &  peut-être  frère  ou  parent  de  Simon  d'Athies, 
l'un  de  nos  Chanfoniers  de  ce  fiecle,  ou  enfin,  de  frère  Guerin,  Garde-des- 
Sceaux  en  1113,  mort  en  1230?  C'eft  ce  qu'il  n'eft  pas  aifé  de  décider. 

Chanoine  de  Saint-Quentin  {  Le  )  vivait  fous  faint  Louis,  &  nous 
a  laide  trois  chanfons. 

Chardon  de  Croisilles  vivait  fous  faint  Louis.  Nous  n'avons  que  deux 
de  fes  chanfons. 

Chartres  (  Matthieu  Vidame  de  )  de  la  maifon  de^endôme  ,  était 
Vidame  du  pays  Chartrain ,  dont  alors  Thibaut  de  Champagne  était  Comte. 


SUR    LA    MUSIQUE.  i19 

11  eft  à  préfumer  que  leur  goût  pour  les  chanfons  dût  les  lier  enfemble.  Le 
Vidame  ne  nous  en  a  laiiTc  que  huit  allez  jolies.  Il  eft  qualifié  panetier  de 
France  dans  un  état  de  la  maifon  du  Roi  Philippe-le-Bcl,  de  l'an  12S8,  & 
vivait  encore  en  i2yi. 

Il  était  fils  de  Geoffroy  de  Freteval,  Vidame  de  Chartres,  mort  en  1  245 , 
qui  peut  être  aulïi  l'auteur  des  chanfons  j  mais  il  n'eft  pas  aifé  de  décider,  i\ 
elles  font  du  père  ou  du  fils.  11  nous  en  relie  neuf. 

Les  deux  premiers  couplets  d'une  de  fes  chanfons  fe  trouvent  dans  le 
Roman  de  Guillaume  de  Dole. 

Chanfon  du  Vidame  de  Chartres. 


Chafcuns  me  femont  de  chanter  ; 
Mes  n'en  puis   trouver  l'achéfon  , 
Quant  celé  ne  me  daigne  amer 
Qui    à  tort  me  tient   en   prifon. 
Onques  ne  vout  ma  guérifbn 
Quene ,  ne  ma  plaie  faner , 

Tant  m'a  haï  ! 
Bien  voi  fin  amant  traï  , 
Quant   amors  m'a  ri  enhaï. 

Lonc  tens  ai  amé  fans  faufTer 
Celé  dont  nos  dire  le  non  ; 
Mes  or  la  puis  malc  nonmer, 
Conques  ne  me  rift  fe  mal  non. 
Servie  l'ai   fanz  traïfo»  , 
N'onques  n'i  poi   douçor  trouver  : 
Tant   m'a  haï ,  &c 

Onques  ne  poi  fi  bel  fervir 
Ma  dame,  que  melz  m'en   féfift. 
En  une  cure  péuft  mérir 
Les  max  que  j'ai ,  s'ele  voufift  : 
Aies  onques   talent  ne  li   prift 
De   moi  rcfpafTcr  ne  guérir  , 
Tant  m'a  haï ,  &c. 

Dame  pour  qui  plor  Se  foufpir, 
Aine  famé,  fors  vous,  ne  me  lill  : 
Car  quant  voftre  biauté  remir  , 
Mon  cuer  lo  qui  li  haut  s'allîtt  3 


»  Chacun  m'engage  à  chanter,  mais 
»  je  ne  puis  en  avoir  l'envie ,  quand  je 
»  vois  celle  qui  me  tien:  dans  fd  prifon , 
»  nedaigner  m'aimer.  Jamais  elle  n'a  voulu, 
»  tant  elle  me  hait!  (bulager  nus  maux,  Se 
»  guérir  la  bleffure  qu'elle  m'a  faix.  Quand 
»  je  vois  amour  tant  m'atHigcr ,  je  vois  ua 
m  vrai  amant  bien  trahi. 


»  Long-tcms  j'ai  aimé,  fans  tromper, 
»  celle  dont  je  n'ofe  prononcer  le  nom  • 
»  mais  à  préfent  je  puis  bien  la  nommer 
»  méchante ,  puifqu'elle  ne  me  rit  jamais 
«  que  du  mal.  Jamais  je  ne  trouvai  dou- 
»  ceur  en  elle  ,  tan:  elle  me  lu::.  Quand  je 
»  vois ,  Sec. 

»  Je  n'ai  jamais  pu  fi  bien  fervir  ma. 
«dame,  qu'elle  m'en  traitât  mieux.  Elle 
»  eut  pu  dans  une  heure,  li  elle  eu:  voulu, 
»  guéiir  les  maux  que  je  fens  ;  mais  jamais 
»  l'envie  ne  lui   vint  de  n  .  Ja  tré» 

»  pas,  tan:  clic  me  liai;  !  Sec, 


»  Dame  pour  qui  je  pleure  Se  foupire , 
>■  fama  que  vous  ne  me  toucha.  E: 

»  quand  je  con;cmplc  vos  charmes,  je  loue 
»  111^11  cœur  de  i'étic  aJuiîi.  en  lias  G  iuu:.. 


î8o 


ESSAI 


Et  ne  porquant  trop  i  mélprift 
Quant  enfi  mi  lelT-ez  morir. 

Dame,  merci; 
Bien  m'a,  &c. 

Cliançon,  di  ma  dame  au  partir 
En   qui  Dcx  tan;  de  biaute  mift 
Qu'aine  nule  autre  n'i  pout  partir, 
N'ainc  nule  plus  bêle  ne  rîft  ; 
Di  li   qu'à  li  pas  n'aflérift 
De  fon  ami  leflîer  morir 

Tant  fanz  merci. 
Bien  voi,  &c. 


»  Cependant  il  s'efr  mépris,  puifque  roui 
»  me  laiflèz  mourir.  Grâce ,  ma  dame 
»  quand  je  vois,  Sec. 


os  Chanfon,  dis  en  partant  à  cette  belle, 
»  à  qui  Dieu  a  départi  tant  de  beauté, 
»  que  nulle  autre  ne  peut  la  balancer) 
»  &  que  nulle  autre  ne  fut  plus  belle.  Dis- 
»  lui  qu'il  ne  lui  convient  pas  de  laifTer 
>>  mourir  ainfi  fon  ami  fans  pitié.  Quand 
»  je  vois ,  &c  ». 


Chastel  (  Robert  du  )  pourait  bien  être  le  même  que  Robins  du  Cartel, 
Il  nous  reite  deux  chaulons  de  lui. 

Chevaliers  (  Guefves  ).  La  table  du  manuferit  du  Roi  fait  mention  d'une 
de  fes  chaulons;  mais  elle  a  été  coupée,  peut-être  par  Henri  III ,  qui  a  coupé 
prefque  toutes  les  vignettes  de  ce  manuferit.  Celui  de  M.  de  Sainte-Palaye 
nous  en  a  confervé  trois,  dont  on  trouve  une  dans  celui  de  Noailles. 

Chiertain  ou  Certain  vivait  dans  le  treizième  iiecle,  &  nous  a  laiff» 
une  feule  chanfon. 

Chison  (  Jacques  de)  ouKison,  vivait  en  1 150,.  &  a  laifTé  neuf  chanfons 
d'amour,  pleines  de  ientiment. 

Chanfon  de  Jacques  de  Chifon. 


Quant  reconmence  &  revient  biaux  eftcT, 
Que  foille  &  flor  refplendit  par  bofchage, 
Que  li  froiz  tanz    de  l'hyver   eft  pafTez , 
Et  cil  oifel  chantent  en  lor  langage, 

OC}' 

Lors   chanterai, 
Et  envoifîez  ferai 
De  cuer  verai  : 
Ja  por  rienz  nel  lairai; 
Car  ma  dame  qui  tant  eft  bone  &  fage 
M'a  conmande  a  tenir  mon  ufage 
D'avoir  cuer  gai. 


«  A  préfent  que  revient  &  recommence 
»  le  doux  printems,  que  dans  les  bocages 
»  on  voit  briller  fleurs  &  fruits  ,  que  la 
»  froidure  de  l'hiver  eft  paiTée  :  je  chan- 
»  terai ,  &  ferai  joyeux  de  bon  cœur,  & 
»  ne  me  tairai  pour  chofe  au  monde  ; 
»  car  ma  dame  qui  eft  fi  bone  &  fi  foz,e 
»  m'a  ordonné  de  tenir  félon  mon  ufage 
»  mon  cœur  gai. 


Cil 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Cil  qui  dient  que  mes    chans  eft .  remez 
Par  mauvaiftie  Se  par  faintis  r.orage, 
Ec  que  perdue  eft   ma  jolivetez 
Par  ma  langor  &  par  mon  mariage 

N'ont  pas  bien  fai 
Si    amoroz  aflai 

Conme  je  ai 
Qui   joie  maintendrai 
Tôt  mon  vivant;   ne  ja  par  nul  malage 
Conment  qu'il  griet,  ne  conment  qu'aiïbage  , 

Ne   recrerai 


i2c 

»#Ceux  quû  difent  que  j'ai  renoncé  à 
»  chanter  par  lâcheté  ,  par  manque  de 
»  courage  ,  &  que  ma  nonchalance  & 
»  mon  mariage  m'ont  fait  perdre  ma  gaktté , 
»  ne  favent  pas  ce  qu'on  fait  quand  on 
»  eft  amoureux  comme  je  le  fuis ,  moi  qui 
»  maintiendrai  joie  toute  ma  vie ,  : 
»  pour  nulle  maladie  ne  céderai ,  foit  que 
»  l'amour  me  caulè  des  peines,  foit  qu'il 
v  me  procure  des  plajiîrs. 


Li  tens  d'efté   ne  la  bêle  faifons 
Ne  font  or  pas  ma  chancon  envoifie , 
Maiz  douz  penfé  ,   &   jolie  raifons  ; 
Et   bone  amors  qui  m'a   en  fa  baillie  , 
Qui  de  joie  mon   fin   cuer  refemont 
Me  fait  penfer  à  la  meillor  dcl  mont  : 
S'en  doift  eftre  mes  chanz  mont  pluz  )'o!is, 
Car  or  endroit  clunt-je  con   fins  amis. 

Et  puifqiramors  eft  ma  droite  oclioifons, 
Je  me  dois   bien  tenir  à  fa  maiftrie 
Qu'elc  m'aprènt  &:  les  chans  &  les  fons, 
Et  par  li  eft  ma  penfée  jolie. 
Quar  quant  recort  les  biaux  ex  de  fon  front  , 
Et  les  regart  amourouz  qui  ens  funt, 
Lors  me  confort  qu'en  penfans  m'eft  avis 
4PQue  d'eus  me  naift  ,   en  fondant,  mercis. 


»  Ce  n'eft  ni  le  primems  ni  la  belle  faifon 
»  qui  rendant  ma  chanfou  gaie  ;  c'eft  une 
»  douce  penfée,  un  reflouvenir  agréable,  & 
«l'amour  qui,  pondant  mon  coeur,  le 
»  fomme  avec  joie  de  penfer  à  la  plus  belle 
»  du  monde.  Min  chant  doit  donc  é:re 
»  plus  joyeux  :  car  eu  ce  momf.n  je  ne 
»  chante  que  comme  un  tendre  amant. 

• 

»  Puifqu'amour  eft  ma  véritable  reflburce, 
»  je  dois  bien  m'y  tenir  attaché.  C'eft  lui 
0  qui  m'enfeigne  à  chanter  ,  c'eft  lui  qui 
»  rend  mes  penfees  riantes.  Lorfque  je 
»  fonge  aux  beaux  yeux  de  ma  belle  Se  à 
»  fes  regards  amoureux  ■>  alors  il  me  fem- 
»  ble  que  je  vois  merci  naître  en  eux  avec 
»  un  fourire  ». 


Chrestien  de  Troyes  ,  Auteur  du  Roman  du  Graal ,  vivait  vers  la  fin  du 
règne  de  Louis-le-Jeune ,  puilqu'il  y  parle  de  Philippe  d'Alf.ice^  Com:c  de 
Flandres }  comme  vivant  alors;  Se  ce  Prince  mourut  en  iioi.  Faucher. 
penfe  que  les  anciens  Romans,  comme  Triftan,  Lancclot,  &c.  avaieni 
d'abord  compofés  en  profe;  &:  que  vers  ce  tems,  ils  furent  remis  en  vers  c< 
en  nouveau  langage.  Triftan  parut  en  iioq.  Le  Graal  le  fuivit  immé- 
diatement. 

On  le  fait  auteur  du  Roman  de  Perce  val;  mais  c'eft  feulement  Thori  de 
Bourges  j  qui  n'eu  donne  aucune  preuve.  11  a  fait  certainement  le  Roman 
du  Chevalier  du  Lyon. 

Tome  II.  S 


rS2  .  ESSAI 

C'eft  aulîï  à  toit  que  Fauchej,  &  Lacroix-Dumaine  lui  ont  attribué  le 
Fabliau  du  Chevalier  de  l'Epée.  La  preuve  s'en  trouve  dans  le  préambule  de 
ce  Fabliau.  L'Auteur  reproche  à  Chreftien  de  n'avoir  pas  parlé  de  Gauvain  , 
lui  qui  avait  parlé  de  tant  de  Chevaliers  de  la  table  ronde,  11  nous  refte 
trois  chaulons  de  Chreftien  de  Troyes. 

Cœsar,  excellent  Peintre  &  bon  Poè'te  Provençal,  vivait  l'an  1384,. 
Colars  le  Bouteillier.  (  Voyez  au  B  ). 
Colin  Muset.  (  Voyez  Mufet  ). 

Contredit  (  Andrieu,  André  ou  Pierre ),  Poé'te  du  treizième  ilecle,  nous 
a  laillé  dix-fept  chanfons. 

Corbie  (  MelTire  Pierre  de  )  Pocte  du  treizième  fiecle ,  nous  a  laiiTé  iix 
chanfons,  qu'on  ne  trouve  que  dans  le  manuferit  du  Roi  Se  dans  celui  de. 

Noailies. 

Corbie  (  Roufins  de  )  vivait  à-peu-près  dans  le  même  tems,  Se  on  ne 
trouve  qu'une  chanfon  de  lui  dans  le  manuferit  de  M.  de  Sainte-Palaye. 

Corbie  (Vielard  de).  Cinq  chanfons  nous  reftent  de  lui:  il  était  contem- 
porain des  précédens. 

Coucy  (Le  Comte  de)  ;  probablement  c'était  Raoul  fécond,  Sire  de  Coucy, 
tué  à  la  Mafloure  en  1150.  Nous  n'avons  de  lui  que  cette  chanfon. 

Chanfon  du   Comte  de   Coucy. 


De   Jolis  cuer  enamoré 
Chançonette  commencerai , 
Pour  favoir  s'il   viendroit  en  gré- 
Celé  dont  ja  ne  partirai  ; 
Ainz  ferai  à  fa  volonté , 
Ja  tant  ne  mi  faura  grever 
Qu'el  ne  mi  truiiïè  ami  verai. 


«  De  cœur  gai  Se  amoureux ,  je  com- 
»  mencerai  une  chanfon  pour  favoir  fi  elle 
■>■>  plairait  à  celle  dont  jamais  je  ne  me  fe- 
»  parerai  ,  &  à  la  volonté  de  qui  je  ferai 
»  toujours  dévoué.  Car  elle  aura  beau 
»  m'affliger ,  je  ferai  toujours  fon  amant 
»  fidèle,. 


SUR    LA     M 


# 

Quant  fon  gent  cors  &  Ton  vis  dcr 
Et  fà  grain  biauté  remitai , 
Lors  la  trouvai   fi   à  mou   gré 
Que  toute  autre  amor  oubliai  : 
Ce  ne  fut  pas   pour  ma  famé  , 
Et   fi  cuit  bien  tout   mon  aé 
Languir  que   j'a  ne  li   dirai. 

Réfon  me  blafme  durement 
Et  dit  que  pas  ne  l'ai  créu  ,, 
Car  d'amer  fi  très  hautement 
Ai   trop  mauves   confeil  eu  j 
Mes  pitié  qui  les  fins  amant 
Fct  iriez  baux  &  joianz  , 
Dit  qu'amor  mi  fera  rendu. 

Dame  ,  fe  j'aim  plus  hautement 
Que  mcnicr  ne  mi  foit  eu , 
La   grant  biauté  qu'à   vous  apent 
A  fi  mon   corage  méu  : 
Si  vous  cri,  merci  bonement  : 
Car  trop   rcdout  vilaine  gent 
Que  il  ne  foient  mes   créu. 

Déformés   n'elt-il  noïent 
Du  départir  ne  ne  du  mouvoir  , 
Ne  pour  painc  ne  pour  tonnent, 
Ne  pour  niai  que  mi  face  avoir  : 
Ainz  ferai  tout  à  li  fervir, 
Or  foit  du  tôt  à  fon  plcfir 
Pour  merci  atendre  Se  avoir. 


V  S  I  Q    ,   E.  1.83 

»  Quand  je  vis  fon  joli  co;  ps ,  &  Co» 
»  minois  charmant  ,  &  fa  beauté  j>ai 
»  je  la  trouvai  fi  fort  à  mon  gré  que  je 
»  renonçai  à  tout  autre  amour;  ce  ne  tut 
»  pas  pour  ma  fanté  ,  car  je  crois  que  je 
»  fuis  deftiné  à  languir  toute  ma  vie  (ànc 
»  que  j'ofe  le   lui   dire. 

»  La  raifon  me  blâme  durement,  &  me 
»  dit  que  c'elt  ma  faute  d'avoir  eu  l'iinpru- 
n  dence  d'aimer  en  fi  haut  lieu  ;  mais  pitié 
»  qui  procure  joie  '&  plaifir  aux  amans 
»  défolés,  me  dit  -jUC  je  Lrai  recompenfé» 


»  Dame ,  fi  j'ai  eu  un  amour  plus  am- 
»  bitieux  qu'il  ne  me  convenoit,  c'eft  la 
»  beauté  que  vous  avez  en  partage  qui 
»  m'y  a  excite.  Je  vous  crie  merci ,  car 
»  je  crains  que  les  médians  ne  foient  crus 
u  dans  leurs  «îédifauces  fur  mon  compte. 

»  Déformais  peu  m'importe  que  je  parte 
»  ou  que  je  relie ,  que  j'éprouve  peine  & 
»  tourment ,  Se  les  maux  dont  elle  m'afBiee; 
»  Je  ferai  tout  entier  dévoué  à  la  1.  <  . 
»  &  c'eft  de  fi  bonne  volonté  uniquement 
»  que  j'attends  ,  &   veux  avoir  merci  ». 


Coucy  (  Le  Châtelain  ).  Voyez  fes  chanfons  au. chapitre  fui vant. 

Coupele  (  Pierre  de  la)  vivait  en  1160,  &  nous, a  laitle  cinq  chanfons. 

Couroierie  (  Eudes  de  la).  Rien  de  bon  de  lui;  mais  il  Faut  remarquée 
cet  hânilliche  fingulier  dans  une  chanfon  ,  dont  les  vers  font  de  dix  fyllabes. 

Chadfon  d'Eudes  de  la   Courôîêrlf. 

Apris  ai  d'amors   treftout  mon  aage ,  «  J'.'.i  tend  l'amour  toute  ma  rie,  k  i! 

Oie  en  fui  plus  fox  qu'au  connicnccment  ;        »  rend  maintenant  plus  roi  q  Lie  je  ne  Pai 
Aies  je  me  pourpens  q'il  n'en  cft  nul  fage,       »  jamais  été,  Mais  je  m'in 


184  ESSAI 

Ja  tant  n'en  aura  apris  longuement.  »  fone  n'eft  eft  exempt ,  quelqu'étude  qu'il 

Or   me.  face  amors  un  tel  avantage  «ait  faite  à  ce   fujet.   Or,  qu'amour  me 

<)u'ele  me  partit ,  ou   qu'el  m'afoage  »  faiTe   donc  la   grâce  ,  ou  de  me  quitter 

Les  maux  qu'ai  forlerc  débonairement.  »  enfin  ,  ou  de  me  fouîager  des  maux  que 

»  j'ai  foufterts  avec  douceur  ». 

Il  vivait  fous  faint  Louis,  &  nous  a  lailfécinq  chanfons. 

Craon  (  Pierre  de  ).  Ce  qu'avance  Fauchet ,  que  ce  Pocte  était  de  l'illuftre 
maifon  de  Craon ,  eft  détruit  par  les  premiers  vers  d'une  de  fes  chanfons , 
où  il  dit  qui!  aime  par  protection,  &  que  fes  bons  feigneurs  de  Craon 
ont  aimé  toute  leur  vie.  Il  était  alors  d'ufage  que  les  vaflaux  priflent  quel- 
quefois le  nom  de  leur  feigneur. 

Il  ne  nous  refte  de  lui  qu'une  chanfon. 

Craon  (Maurice  de  jetait  peut-être  frère  du  précédent,  &  a  été  confondu 
avec  lui. 

11  dit,  dans  la  chanfon  qui  nous  refte  de  lui,  qu'il  aime  par  héritage,  Se 

que  dans  fa  famille,  on  a  toujours  été  galant  de  père  en  fils. 

»  Fine  amor  daim  en  moi  par  héritage. 
»  Droiz  s'eft  réfon  :  car  bien  &  loïaument 
»  L'ont  fervie  de  Creon  leur  aage 
»  Mi  boa  feigneur». 

Cupelim,  bon  Pocte  du  treizième  fiecle,  vivait  en  1260.  11  était  com- 
pagnon de  Hugues  de  Braie-Selve  >  ftmeux  Meneftrcl,  &  compofait  les 
chanfons  que  chantait  ce  jongleur. 

Cuveliers  (Jean  le)  vivait  fous  faint  Louis,  &  nous  a  Iaifïc  fix  chanfons. 

Doete  de  Troyes.  Elle  fe  trouva  à  la  cour  de  l'empereur  Conrard  à 

Mayence. 

«  De  Troye  la  belle  Doete 

»  Y  chantait  cette  chanfonette, 

»  Quant  revient  la   faifon 

»  Que  l'herbe  reverdoie. 

Bible  Cuyot. 

Doete  était  fameufe  par  fa  beauté ,  fon  efprit  &  fa  voix  j  &  elle  faifaic  des 
thanfons ,  dont  elle  compofait  auili  les  airs. 


SUR    LA     MUSIQUE.  18; 

Douai  (  Pierre  de).  Nous  n'avons  qu'une  chanfonde  lui  dans  le  manuferit 
de  Sainte-Palaye.  11  cft  dans  la  lifte  des  Poètes  du  treizième  fiecle. 

Douche  (  Andrieu  ).  Le  manuferit  de  Sainte-Palaye  nous  a  confervç  deux 
chanfons  de  lui.  Il  cft.  dans  la  lifte  des  Poètes  du  treizième  ficelé. 

Dregnau,  de  Lille,  (  Marotte  ou  Marie).  11  nous  refte  une  feule  chanfon 
d'elle,  que  l'on  trouve  dans  le  manuferit  du  Roi  &  dans  celui  de  Noailles. 

Moût  m'abelift  quant  je  voi  revenir  «  J'ai  du  plaifîr   quand   je   rois  revenir 

Yver  ,  greiïll  Se  gelée  aparoir  ;  r>  l'hiver  &   paroîfre  le  grelîl  &  la  gelée , 

Car  en  toz  tans  fe  doit  bien  refjoïr  »  car  en  tout  tems  jolie  pucelle  doit  le  ic- 

Bele  pucele  ,   &  joli   cuer    avoir.  »  jouir  &  avoir  le  cœur  joyeux.  Je  ferai 

Si  chanterai  d'amors  por  mieux  valoir,  »  chanfon  d'amour  pour  être  plus  gaie,  car 

Car   mes  fins  cuers  plains  d'amorous  defir  »  mon  cœur  cendre  ,  plein  de  defirs  amou» 

Ne  mi  fait  pas  ma  grant  joie  faillir.  »  reut ,  ne  me   donne  pas  lieu  de  m'at- 

»  tri  (ter  ». 

Durand  ,  ancien  Pocte  Français ,  vivait  vers  l'an  1 300  ,  ck  compoù 
plusieurs  Romans  ,  où  l'on  trouve  des  chanfons.  Etant  amoureux  d'une 
demoifelle  de  la  Maifon  de  Balbi ,  cette  demoifelle  tomba  malade  :  on  la 
crut  morte j  ck  Durand,  en  aprenant  cette  nouvelle,  mourut  fubitemenc 
de  douleur.  Revenue  à  la  vie,  le  chagrin  qu  elle  eut  d'avoir  caufé  la  mort 
de  Durand,  lui  fit  prendre  le  voile. 

Errars  (Jean  ).  11  y  avait  un  Jean  Errars  ,  fieur  de  Valéry  ,  Cham- 
brier  de  Philippe  le  Hardy,  &  qui  mourut  en  1571.  Il  était  probablement 
fils  de  celui  qui  nous-  a  laiiTé  trente  chanfons.  On  lit  dans  le  manuferit 
du  Roi  :  Chanfons  de  Jean  Errars ,  6'  Chanfons  de  Jean  Errars  le  jeune  ; 
ce  qui  laiflerait  foupçonner  qu'ils  étaient  deux  frères:  mais  aucun  autre  ma- 
nuferit ne  fait  cette  diftinction. 

Chanfon   de  Jean  Errars  (a). 

Je  ne  me  fai  mes  en  quel  guife  «  Je  ne   fais  plus    que  faire   ni   qu'i- 

Ne maintenir  ne  démener,  »  maginer,  lorfque  je   me  vois  liai  & 

(a)  Toute  entière  fur  deux  rimes.  Il  y  en  a  beaucoup  d'exemples. 


iS6 


v 


S    S    A    I 


Quand  celé  me  het  &  merprife 
Où  cuidoie  merci  trouver. 
De  moi  grever  s'eft  entiemife 
Amours  dont  tan;  me  fueil  loer, 
Quant  à  celé  me  fet  penfer 
Qù  ne  truis  pitié  ne  franchife. 

Mes  amours  m'a  la  voie  aprife 
Et  la  fente  de  bien  amer. 
Parquoi  péréce  ni  faintiie 
Ne  me  porraient  tors  mener 
Ne  deftourner  de  mon  fervife. 
Ainz  vueil  tant  par  fervir  ouvrer 
Qu'à  j'oie  puiiïe  recouvrer, 
Qu'eipoir  la  m'a  adès  promife. 

Efpérance  qui  m'apetife 
Mes  maux  ,  &  fet  entroublier, 
Me  témoigne  bien  Se  devile 
Qu'amors  ne  veut  fa  loi  fauflër 
Ne  remuer  pour  vaillantife  ; 
Car  là  où  cuers  fe  veut  doner, 
Eftuet  celé  part  cors  torrrer  : 
Tels  eft  fa  force  &  fa  juftife. 

Si  je  vous  aim ,  &  lo  ,  &  prife  , 
Dame ,  n'en  faz  mie  à  blafmer  : 
Car  de  biauté  nature  a  mile 
S'entente  en  vous  faire  &  former. 
Sage  en  parler,  par  S.  Denife  , 
Ce  n'i  fet  pas  à  oublier. 
Cil  devrait  bien  Dieu  aorer 
Qui  voftre  amour  aurait  conquife. 

Amours  ,  qu'eftes-vous  en  moi  quife  , 

Que  ne  mi  voulez  conforter  ? 

Par  vous  ai  fête  celte  enprife , 

Si  vous  en  doi  achoifoner, 

Et  demander- la  mort  qu'ai  prifè  , 

En  fa  grant  biauté  regarder  , 

Se  merciz  ne  me  veut  tenfer 

Contre   le  mal  qui  fi  m^tife. 


»  prifé  par  celle  en  qui  je  croyais  trouver 
»  merci.  Amour  dont  j'avois  coutume  de 
»  me  tant  louer ,  s'eft  mis  en  tête  de  m'affli- 
»  ger ,  en  m'arachant  à  une  beauté  en  qui 
»  je  ne  trouve  ni  pitié  ni  comparTîon.  » 


«  Mais  il  m'a  apris  le  chemin  de  bien 
»  aimer  ;  ainfi  ni  découragement  ni  feinte 
»  ne  pourront  m'en  faire  fortir  &  changer 
»  mes  fervices.  Je  veux  au  contraire  ,  par 
»  ma  confiance,  fi  bien  faire,  que  je  par- 
»  viendrai  enfin  à  obtenir  la  joie  qu'efpé- 
»  rance  m'a  de  tout  teins  promife»  » 

«  Efpérance  qui  diminue  &  qui  me  fai.t 
»  oublier  mes  maux  ,  médit  &  me  répète 
»  fans  cefTe  qu'un  amant  ne  doit  manquer 
»  à  fa  foi  ni  .changer ,  quelque  beauté  qu'il 
»  trouve.  Car  quand  le  cœur  veut  fe  don- 
»  ner  quelque  part,  il  faut  que  le  corps 
»  fuive  ;  &  telle  eft  fa  force  &  fon  pou- 
»  voir»  » 

«  Si  je  vous  aime  ,  fi  je  vous  loue  & 
»  vous  eftime ,  dame ,  on  ne  doit  pas  m'en 
»  blâmer;  car  nature  ,  quand  elle  vous  for- 
»  ma,  vous  départit  tout  ce  qu'elle  avait 
»  de  beauté.  Il  ne  faut  oublier  non  plus ,  par 
»  S.  Denis!  (forte  de  ferment  )  la-fa- 
»  gefTe  de  vos  difeours.  Certes  celui  qui 
»  aurait  gagné  votre  amour  ,  devrait  bien 
»  remercier  Dieu.  » 

«  Amour ,  pourquoi  vous  fixer  chez 
n  moi ,  puifque  vous  ne  voulez  me  foula- 
»  ger  ?  C'eft  vous  qui  m'avez  engagé  dans 
»  cette  entreprife  ,  &  c'eft  vous  que  je  dois 
»  acufer  de  la  mort  que  me  cauferont  les 
»  yeux  de  ma  belle  ,  fi  elle  ne  daigne  avoir 
»  pitié  du  mal  qui  m'enflàme,  » 


SUR    LA    MUSIQUE. 


187 


AUTRE  (a). 


Penfer  ne  doit  vihinie 
Cuer  qui  aime  loiauruent, 

Mes  baer  à  cortoifie 

Et  haïr  vilaine  gent , 

Et  amer  plus  hautement 

Cointe  Dame  renvoifie. 

S'amerai  la  plus  jolie 

Qu'en  treftout  le  monde  fai  : 
J'ai ,  j'ai 
Amoretes  au  cuer 
Qui  me  tiennent  gai. 

Gai,  joli  toute  ma  vie 
Serai ,  &  plus  bonement 
Servirai,  que  que  nus  die, 
La  bcle  où  mes  cuers  s'atent. 
'A  mains  jointes  hulmement 
Li  pri  qu'el  ne  m'oublit  mie  ; 
Mes ,  s'il  li  pleft  ,  (I  m'ocie , 
Ja  ne  l'en  (aurai  maugré. 
A  la  plus  favorcufcte 
î)u  mont  ai  mon  cuer  donc'. 


(a  «  Cœur  qui  aime  loyalement ,  ne 
»  doit  penfer  à  chofes  vilaines  ,  mais  s'ocu- 
»  per  de  courtoilie ,  haïr  les  gens  mépri- 
»  fables ,  &  aimer  de  plus  en  plus  femme 
»  aimable  &  attrayante.  J'aimerai  donc  la 
»  plus  jolie  que  je  counaiiïe  dans  le  monde. 
»  J'ai  amourettes  au  cœur  qui  me  tiennent 
»  gai.» 


a  Je  ferai  toute  ma  vie  gai  &  Joveux  ;  te 
»  quoiqu'on  dife  ,  j'en  fervirai  avec  plus 
«  d'ardeur  la  belle  en  qui  mon  cœur  fe  fie. 
»  Je  la  fuplic  humblement  à  mains  jointes 
»  de  ne  pas  m'oublier.  Mais  lui  prit-il  mè- 
»  me  envie  de  me  faire  mourir  ,  je  ne  lui 
»  en  faurais  pas  mauvais  gré  ?  J'ai  donne' 
»  mon  coeur  à  la  plus  aimable  du  monde.-» 


Doné  li  ai  fanz  boisdie  , 
Cuer  &  cors  entièrement  : 
Or  doint  Diex  queotroïe 
Me  foit  s'amor  bonemenr. 
SJ.le  croit  vilaine  gent, 
James  nul  jor  de  ma  vie 
N'iére  bien  comme  d'amie. 
J  à  de  li  ne  partirai 

Amoretes 
Ai 

Jolivetes  ; 

S'amerai. 


«  Mon  cœfir  ,  mon  corps,  je  lui  ai  tout 
)»  donné  fans  tromperie  ;  or  maintenant 
»  que  Dieu  m'acorde  d'obtenir  fon  amour. 
«  Si  elle  croit  les  méchans,  je  fais  bien  que 
»  jamais  elle  ne  deviendra  mon  amie  ; 
»  néanmoins  je  ne  la  quitterai  jamais  ;  /".;: 
»  amourettes  jolies ,  &  j'aimerai  ». 


(a)  Cette  chanfon  a,  comme  plufieurs  autres,  à  la  fin  de  chaque  couplet,  un  refr.nr. 
tiré  d'autres  chanfons  du  tems  ;  mais  ce  qui  eft  à  remarquer  ,  c'eft  que  le  mot  qui  finir 
wj  couplet ,  commence  le  couplet  fuivant. 


188  E 

S'amerai  fanz' tricherie  , 
Si  comne  s'oi  et  entent  , 
Celé  où  il  a  cortoifie 
Plus  qu'il  n'a  ui  autres  cent. 
Treftout  mes  cuers  à  li  tent  j 
Bêle  elî  et  bien  enfeignie  ; 
Tant  eft  bêle  &  bien  taillie 
Que  je  l'aim  ci  bone  foi. 
Tout  li  cuer  me  rit  dijoie 
Quant  la  voi. 

PAS 
Dehors  loncpré  el  bofquel 

Erroie  avant  hier; 
Là  vi  mener  grand  revel 

Emmi  un  fentier, 
D'une  jolie  Toufette , 
Sage  ,  pléfant  &  jonetc. 
Dex  !  tant  m'enbéli , 

Quant  feule  la  vi  ! 
.  Et  la  Toufc  tout  enlî 

Commence  à  chanter. 
Robin  qui  je  dois  amer 
Tu  puetz  bien  trop  demorer. 

Je  la  faluai  plus  bel 

Que  je  poi  raifnier  : 
Si  li  donai  mon  chapel 

Pour  moi  acointier  ; 
Quant  je  vis  fa  mamelette 
•  Qui  liève  fa  côtelette , 

Mes  bras  li  tendi  ; 

Si  la  très  vers  mi 
Et  la  Toufe ,  &c. 

Je  l'aflls  for  l'aibroiflêl , 
Si  la  veus  bien  béfier. 

Elle  dift ,  Sire  Dancel , 
Ce  n'eft  mie  meftier  : 

Je  fui  une  jouvenete  , 

Povre  de  dias,  &  nuete 
Et'fachiez  de  fî 
Que  j'ai  bel  ami  :    • 
Et  la  Toufe  ,  &c. 


S    S    Al 


«J'aimerai  fans  tromper,  &  c'eft  ainfî 
»  que  je  l'entends  &  l'efpere ,  celle  qui 
»  feule  a  plus  de  courcoifie  que  cent  autres 
»  enfemble.  Mon  cœur  n'afpire  qu'après 
»  elle.  Elle  eft  belle,  bien  élevée  &  (î 
«belle,  fi  bienfai.e,  que  je  l'aime  de  bonne 
»  foi.  Quand  je  la  vois  ,  mon  cœur  fourit 
»  d'aije.  » 


TOURELLE. 

«  Je  me  promenais  l'autre  jour  dans  un 
»  bofquet  le  long  de  la  prairie,  quand  j'en- 
»  tendis  un  grand  bruic  parcir  d'un  petit 
»  fentier.  C'était  une  fillette  fage ,  jolie  & 
»  jeunette.  Dieu  !  quel  plaifir  j'eus  lorfque 
»  la  vis  feule  !  La  poulette  chantait  ces  pa- 
»  rôles  :  Robin  que  je  dois  aimer ,  tu  tardes 
»  bien  à  arivei,  » 


«  Je  la  faluai  le  plus  poliment  que  je 
»  pus  ;  &  pour  me  faire  bien  recevoii ,  je 
»  lui  dennai  mon  chapel.  Mais  quand  je 
»  vis  fes  deux  petites  pommes  qui  foule- 
»  vaient  fa  colerete ,  j'ouvris  les  bras  &  la 
»  tirai  à  moi.  La  poulette  alors  chanta.  Ro- 
»  bin  ,  &c.  » 


«  Je  la  fis  afTeoir  fous  un  arbriffeau  ,  Jfc 
»  voulus  l'embrafler.  Sire  Damoifeau  ,  me 
»  dit- elle,  vous  vous  trompez  ;  je  fuis  une 
»  pauvre  bergère,  mal  mile  &prefque  nue; 
»  &  fâchez  d'ailleurs  que  j'ai  un  bel  ami;  & 
»  la  poulette  chanta  :  Robin  ,  &c.  » 


Sir 


SUR    LA    MUSIQUE. 


189 


Sire,  j'ai  ami  nouvel 

"Tout  à  fouhaidier  , 

Je  cuit  qu'il  cil  el  vaucel 

Delez  cel  vivier. 

Robin  fonefa  mufette  ; 

Donc  dilï  à  moi  la  toufete, 
Tournés  vous  de  ci , 
Siié,  je  vouspri  ; 

Et  donc  recommence  enfî 
La  belleàcanter  : 

Robin ,  Sic. 

En  lieu  de  vopaflorel, 

Belle ,  m'aiez  chier. 
Ma  ceinture  &  mon  anel 

A  ce  commencier 
Aurés  ,  ma  douce  amiete  : 
A  donc  la  mis  fur  l'herbete , 

Mon  bon  acompli  ; 

Mie  n'i  failli  : 
Et  la  toufe ,  &c. 


«  Sire ,  j'ai  un  ami  nouveau  tel  que  je 
»  le  puis  defirer.  IJ  eft  ,  je  crois ,  dans  ce 
V  vallon  près  du  vivier.  Robin  alors  fait 
»  entendre  fa  mufette",  &  la  fille  me  die  : 
»Site,  rediez-vous,  je  vous  prie,  &  elle 
o  recommença  ainfi  à  chanter:  Robin,  &c. 


a  Belle,  lui  répondis- je  ,  aimez-moi  aa 
»  lieu  de  ce  berger  ;  pour  commencer  , 
»)  vous  aurez,  ma  douce  amie,  ma  cein- 
»  ture  &  mon  anneau.  Alors  je  la  couchai 
»  fur  l'hcrbette  &  en  fis  mon  plaifir ,  fans 
»  que  rien  y  manquât  ;  Se  la  poulette  chan- 
d  ta  :  Robin  ,  Sec,  » 


£     N     V     O     ï. 


n  Sire  de  Longjumeau  ,  les  amans  ri- 
»  mides  n'obtiendront  jamais  ni  fucces  ni 
»  plaifirs.  Je"  brufqtiai  la  bergère  ,  &  fis  fo- 
»>  lie  avec  elle,  de  fon  bon  gré.  Quand  je  la 
»)  quitai ,  la  jeune  fille  ainfi  recommença  à 
»  chanter  :  Robin ,  &c,  v. 


Sire  de  Lonc-jamuel , 
N'auront  recouvrier 
Ne  ja  n'auront  leur  avel 
Li  couart  laifnier. 
J'entrepris  la  baifeletc, 
Toute  fis  la  foliete 
La  foie  merci. 
Quant  je  m'en  parti, 
Adonc  la  toufe^nfi 
Commence  à  canter , 
Robin ,  Sec. 

Le  quatrième  couplet  &  l'envoi  font  dans  le  manuferit  du  Vatican,  mait 
ne  font  point  dans  celui  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy. 

Autre  Pajlourelle  du  même  (4). 

L'autiicr  chevauchois  mou  chemin  (a)  «  Je  chevauchais  l'autre  jour  le  long 


(a)  Il  n'y  en  a  aucune   juf 


••  autlî  irréguli-". 
1 


S£0 


ESSAI 


De  j'oufte  un  ruiiïel; 
Truis  Paftore  foz  un  pin 
Novel  ; 
.    D'un  raimfel 
Ot;  fet  chapel, 
Et  cote  &  chaperon  ot  d'un  burel, 
Freftel 
Chalemel 
Ot  fi  notait  ; 
Et  chantait 
Bien  &  bel  : 
Sovent  regrete  un  paftorel , 
•    Car  foie  gardait  Ton  aignel. 
Je  m'arreftai  foz  l'ombre  d'un  fraifnel . 
Lès  un  bofchel 
Laflai  mon  pointrel  : 
.  Sa  voix  qui  retendit  el  bolchel 
De  s'amor  m'efprent  ; 
Car  le  cors  a  gent  , 
Le  vis  cler  &  bel. 

Lafle!  fait-ele  en  foufpirant , 

De  duel  morrai  , 
Robins  ne  m'aime  de  néant  : 
Or  maudirai 
Le  tans  de  mai, 
Et  maudirai 
Et  foille  &  flor  &  glai. 
Mal  trai. 
Si  m'efmai , 
Porcoi  ne  m'aime  Robins ,  je  ne  fai  ; 
•    Je  l'aime  de  cuer  vrai ,  • 
Ja  par  biauté  nel  laiflèrai , 
Jamais  autrui  m'amor  n'otroierai, 
Trop  ai 
Le  cuer  vrai  ; 
Mes  je  chanterai 
Aîné  l'ai, 
Et  s'il  ne  m'aime  ,  j'el  lairai , 

Certes  j'el  narrai. 
Lafle  !  qu'ai  je  dit  ?  Voir  non  ferai. 

Quaat  je.l'oï  fi  dementer , 


»  d'un  ruifTeau  fur  le  grand  chemin.  Je 
«  trouvai  bergère  fous  un  pin  nouveau  ; 
»  elle  avait  fait  un  chapel  de  branches  d'ar- 
»  bres.  Elle  avait  cotte  &  chaperon  de 
»  bureau  ;  elle  avait  fretel  &  chalumeau  , 
»  &  chantait  très  -  bien.  Elle  regrettait 
»  fouvent  un  berger  ;  car  ellç  gardait 
»  feule  fes  agneaux.  Je  m'arêiûi  (bus  l'ojn- 
»  bre  d'un  frêne  ;  je  laiflai  mon  cheval  à 
»  l'entrée  du  bois.  La  voix  de  la  bergère 
»  qui  retentiflait  dans  le  bofquet ,  m'enflà- 
»  ma  d'amour  ;  car  fa  taille  était  jolie  ,  &. 
»  fon  vifage  fiais  &  beau.  »  ' 


«  Hélas  i  s'écriait-elle  en  foupirant ,  je 
»  mourrai  de  chagrin  ,  Robin  ne  m'aime 
»  pas  ,  je»  maudirai  le  mors  de  mai  , 
»  je  maudirai  verdure,  fleurs  &  glayeul». 
»  Que  je  fuis  malheureufè  !  Je  m'é- 
»  tone  pourquoi  Robin  ne  m'aime  pas  , 
y  &  n'en  fais  pas  la  raifon  ;  car  je  l'aime 
»  vraiment  ,  jamais  je  ne  le  laiflèrai  pour 
»  un  berger  ,  quelque- beau  qu'il  foit ,  ja- 
»  mais  je  îVacorderai  mon  amour  à  d'autres; 
»  j'ai  le  cœur  trop  vrai  ;  mais  je  dirai  dans 
»  ma  chanfon  ,  je  l'ai  aimé  ;  &  s'il  ne 
«m'aime,  je  le  laiflèrai,  &  certes  je  le 
»  haïrai.  Helas  !  Qu'ai-je  dit  ?  Non  vrai- 
»  ment  je  ne  le  ferai  point.  » 


«  Quand  je  l'entendis  fe  plaindre  ainiï;. 


U  S  I  Q  U  E;  ipi 

»  je  lui  dis  :  abandonnez  ce  berger ,  c'cft  un 
»  gueux ,  qui  le  fera  toujours  ;  jamais  vous 
»  n'aurez  de  lui  fatisfa£tion  tant  qu'il  .ivra. 
»  Enfin  je  dis  &  promis  tant  que  l'ayant 
u  prife  doucement  entre  mes  bras ,  je  l'aC- 
»  fis  fur  l'herbe  verte ,  &  lui  baifai  les  yeux 
«  &  les  joues  ;  alors  il  me  fembla  que  j'é- 
n  tais  en  paradis.  J'étais  épris  d'elle  ,  j'en. 
»  pris  &  repris  à  mon  appétit ,  &  lui  dis , 
»  vous  n'aurez  jamais  pis.  Alors  elle  fôu- 
»  rit ,  &  dit  :  vous  ferez  toujours  mon 
»  ami.  » 


SUR    L  A    M 

Adonc  li   dis  , 
Le/liez  efter 

Cel 
Paftorel  : 
Chaitis  eft  &  fera  toz  dis , 
Jamais  n'aurais  de  lui  foulaz 
Tant  corne  foit  vis. 
Tant  dis 
Et  promis 
Qu'entre  mes  bras 
Doucement  la  faifis. 
Sor  l'herbe  verdoiant  la  mis  , 
Les  ex  li  baifai  Se  puis  le  vis. 
Lors  me  fembla  que  fufTe  en  paradis, 
Delui  fu  efptis , 
S'en  pris 
Et  repris; 
Puis  li  dis, 
N'aurez  pis. 
Elle  jeté  un  ris , 
Si  dit:  mes  amis 
Serez  mais  toz  dis. 


Eriers  (Thomas  ).  Faucher,  le  nomme  Thomas  Erars.  La  première  de 
fes  chantons  eft  corée  en  marge ,  coronée.  Nous  en  avons  douze  de  lui. 

Espinais  (  Gautier  d' ).  Fauchet  le  nomme   d'Efpinois,  &:  cite  cinq 
de  fes  chanfons..  Nous  eu  avons  neuf. 

11   en  adreffe  une  ail' Seigneur  de  Bar,   qui  ,  apparemment,   cil:  t 

dont  il  nousrefte  une  chanfon. 

Voyez  Bar  (  Comte  de  ). 

Espinais  (  Jacques  de  )  frère  ou  coufm  de  l'autre.  Ou  n'a  de  lui  qu'une 
chanfon. 

Esquiii  i  (Jean  d'  ).  Le  manuferit  de  Ste.-Palaye  &:  celui  de  Noailles 
nous  ont  confervé  une  chanfon  de  lui  :  il  vivait  vers  1150. 


r.usTACHE,   d'Amiens,   vivait   dans   le    treizième   lîecle  ,  &   a   fait 
beaucoup  de  chanfons. 

T   1 


ïj3  2  "ESSAI 

II  cfl:  Auteur  du  Boucher  d' ' Abbevillc  j  Fabliau. 

La  cinquième  nouvelle  de  la  feptieuie  journée  de  Bocace  ,  &  la  fixieme 
de  la  neuvième  font  prifes  de  lui. 

Eustache  le  Peintre  ou  de  Reims.  11  ne  faut  pas  le  confondre  avec 
Euftache,  Auteur  du  roman  de  Brut  d' Angleterre,  11  mourut  vers  1140, 
&  à  fait  plufieurs  chanfons  d'amour ,  dont  il  nous  refte  fept. 

Il  dit  dans  une  ,  que  Trïjlan  ,  le  Chajlelaïn  de  Coucy  cv  Blondeau.  de  Nèfle 
n'aimaient  jamais  comme  lui.  Ce  Châtelain  n'était  donc  pas  Raoul  II , 
tué  à  la  MaiToure  en  1250,  puifqu'Euftache  le  Peintre  le  cite  comme  un 
modèle  d'amour .,  &  qu'il  était  mort  dix  ans  avant  lui.  Il  n'avait  donc  pu 
favoir  l'hifcoire  du  cœur. 

Chanfon  d'Eujlache  le  Peintre. 


Cil  qui  chantent  de  fleur  ne  de  verdure 

Ne  Tentent  pas  la  doleur  que  je  fent  : 

Ainz  font  amanz  aufi  corn  d'aventure, 

Quant  il  vueknt ,  fi  ont  alégement. 

Mais  je  ne  puis  chanter  jolieraent , 

Car  tout  adès  maint  mes  cuers  en  tonnent . 

Et  ma  Dame  truis  de  merci  fi  dure 

Qu'à  pou  ne  dis  qu'en  fon  cuer  faut  nature. 


Onques  ,  je  croi ,  nés  une  créature 
Not  tant  de  mal  pour  amer  loiaument: 
Si  en  inorrai  ,  fe  longuement  me  dure  , 
Ou  la  bêle  de  moi  pitié  ne  prent. 
Merci  ,  Dame  ,  vous  entrai  à  garant: 
Ne  doit  morir  qui  de  tout  pris  fe  rent  : 
Non  voir  par  droit.  Mes  tele  eft  m'aventure, 
Pour  loïauté  fui  à  defeonfiture. 


Douce  Dame  ,  bêle  &  vaillant  &  fage  , 
Ou  tôt  biens  font  afftmblé  pour  manoir, 
Pour  Dieu  vous  pri ,  nel  tenez  à  outrage 
Si  je  vous  aim  ,  que  ne  m'en  puis  mouvoir. 


«  Cettt  qui  chantent  les  fleurs  &  la  rer« 
»  dure  ,  ne  reflentent  pas  la  douleur  que 
»  j'éprouve  ;  mais  ce  font  des  amans  à 
»  l'aventure  qui ,  quand  ils  veulent ,  ont 
»  foulagement.  Pour  moi,  je  ne  puis  chan- 
»  ter  gaiement;  car  mon  coeur  eft  conti- 
»  nuellement  affligé,  &  je  trouve  fans  cefTe 
»  ma  Dame  fi  dure  à  la  pitié  ,  que  peu  s'en 
»  faut  quelquefois  que  je.ne  croie  fon  cœur 
»  manquer  de  naturel.  » 

«  Jamais  aucune  créature  ,  je  penfè  ,  ne 
»  fouffrit  autant  pour  aimer  loyalement. 
»  Oui  j'en  mourrai,  li  mon  mal  dure,  ou. 
»  fi  ma  belle  ne  prend  pitié  de  moi  j, 
»  grâce  ,  Madame,  j'entrai  à  votre  fervice 
»  fous  bonne  garantie;  &  celui  qui ,  étant 
»  pris ,  fe  rend  ,  ne  doit  pas  mourir.  Non 
»  certes  ,  c'efl  la  juftice  ;  mais  tel  eft  mon 
»  malheur ,  que  je  péris  pour  avoir  été  trop- 
»  loyal.  » 

«  Daine  douce  ,  belle  &  fàge ,  en  qui 
»  font  réunies  toutes  les  fortes  de  mérites, 
»  ne  regardez  pas  comme  un  outrage  ,  je 
»  vous  en  conjure  au  nom  de  Dieu  ,  fi  je 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Ne  je  ncl  qier ,  ne  je  n'en  ai  voloir  ; 
Et  facliiez  bien  ,  douce  Dame,  de  voir 
Que  (c  je  muir  end  de  tel  malade  , 
Je,di  qu'amours  pert  fou  droit  héritage. 


Ors  ,.ne  lion  n'cft,  ne  befte  fauvage 
Qui ,  tel  fax  eft  ,  ne  fraingne  (bu  vouloir 
De  fere  mal  &  ennui  Se  damage. 
Mes  ma  Dame  fer  adès  (on  povoir 
De  moi  grever  Se  de  fere  doloir  : 
N'autre  merci  ne  puis  de  li  avoir. 
Si  ne  fait  pas  feneur  ne  vafïclage, 
Séle  m'ocit ,  quand  je  li  fis  honmage. 


GnquesTriftan  n'ama  en  tel  manière  , 
Li  ChaPtelain,  ne  Blondiax  autreli , 
Com  je  faz  vous  ,  très  douce  Dame  chiere  j 
Et  encor  aim  c'onques  nus  n'ama  lï. 
Ne  m'en  créez  pour  ce  fe  le  di  ; 
Car  ce  qu'on  voit  ne  doit  eftre  en  oubli  : 
Qu'à  moi  pert  bien  au  vis  &  à  la  chiere  , 
Que  voftre  amor  m' eft  trop  cruel  S:  fiere. 


»  vous  aime  ;  car  je  ne  puis  m'en  empê- 
»  cher  ;  je  n'en  ai  .ni  la  volonté  ,  ni  le  defir  j 
»  &  fâchez  vraiment  que  fi  je  meurs  ainfi 
»  de  chagrin  ,  amour  perdxa  fon  héritage 
»  (  un  ferviteuf  ).  » 

«  Il  n'y  a  ours  ,  lion  ni  bête  fauvage 
»  qui ,  quelque  cruelle  qu  elle  foit  ,  ne 
»  perde  fouvent  l'envie  de  nuire  Se  de  mat 
»  faire.  Mais  ma  Dame  fc  fait  un  plaifir  de 
J>  me  tourmenter  &  de  me  défoler  fans  re- 
»  lâche  ,  Se  je  ne  puis  obtenir  d'elle  rien 
»  autre  chofe.  Si  die  m'ôte  la  vie  quand 
»  je  lui  fais  hommage  ,  cette  acliou  ne  fera 
»  ni  (âge  ni  génércule  ». 

«  Jamais  Triftan  ,  le  Châtelain  (  de 
»  Coucy  )  ni  Blondeau  (  de  Néele  )  n'ai- 
»  merent  autant  que  je  vous  aime  ,  chère 
»  Se  douce  Dame.  Je  crois  même  chérir 
»  plus  que  qui  que  ce  foit  au  monde.  Au 
»  refte ,  ne  m'en  croyez  pas  feulement 
»  d'après  mes  difeours  ;  croyez-en  mon  vi- 
»  fage  ,  Se  mes  yeux  vous  prouveront  que 
»  votre  cœur  m'elf  cruel  &  lier,  u 


Ferrieres  (Raoul  de)  vivait  fous  S.  Louis,  &  nous  a  l.aitTc  neuf 
chanfons. 

Ferris(  Lambert  ).  Il  y  avait  fous  S.  Louis  un  Fcrris  Paflé ,  Sei- 
gneur de  Clialeranges  ,  cVrc.  nomme  Maréchal  de  France ,  d.ins  trois  char- 
tes :  il  fut  envoyé  en  \ii6  en  ambailade  en  Flandres,  avec  Raoul  de 
Mello  ,  probablement  neveu  de  Dreux  de  Mello,  Connétable  de  France-, 
pour  recevoir  de  Jeanne  ,  ComrelTe  de  Flandres,  le  château  de  Douay  Se 
plufieurs  autres  places.  Notre  Lambert  herns  eft  peut-être  le  même  que 
Fcrris  Paflc  ,  ou  quelqu'un  de  fes  par.ens.  Ce  qu'il  y  a  de  certain  ,  c  eft 
qu'il  vivait  vers  1150,   &:  nous  a  lailïc  deux  chanfons. 

IfrtÉ  (  Meffire  Hugues  .de  la)  était  probablement  le  Seigneur  de  fa 
Fcrcc-BcrnurJ ,    à  qui  le  Comte  de  Bretagne  adrefTa  la  chanl'on  oui' nous 


«5>4r 


ESSAI 


refte  de  lui  :  nous  en  avons  trois  d'Hugues  de  la  Verte.  Ce  Seigneur  vivait 
fous  S.  Louis  &:  fous  Philippe-le-Hardi. 

Fontaine  vde  Tournay  (  Jean  de  la  )  connu  feulement  par  le  manuf- 
crit  du  Vatican. 

Fournival  (  Richard  de  )  Chancelier  de  l'églife  d'Amiens.  On  trouve 
fes  chanfons  dans  un  de  fes  ouvrages  en  profe  intitulé  :  Li  Commandement 
d'Amour.  Il  a  aulli  compofé  le  Bejtiaire  d'amour  [a)  profe  mêlée  de  vers. 
Il  vivait  fous   S.  Louis.  Il  ne  nous  relie  que  vingt  chanfons  de  lui. 

Chanfon  de   Richard  de  Fournival. 


Je  fu  l'autrier  en  un  autre  pais 
Q'uns  Chevaliers  oc  une  Dame  araée.  ' 
Tant  corn  la  Dame  fa  eu  fon  bon  pris 
Li  a  s'amor  efeonduite  &  vée  : 
Jufqu'à  un  jor  qu'ele  li  dift  ;  amis, 
Mené  m'avez  par  parole  mains  dis  j 
Ore  en-  l'amor  conçue  &  donée  , 
Déformés  fui  tout  à  voftre  devis. 

Li  Chevaliers  la  regarda  el  vis , 
Si  la  vit  rouit  pâle  &  décolorée. 
Par  Dieu  !  Dame  ,  mort  fui  &c  entrepris , 
Quant  dès  l'autrier  ne  foi  cefte  penfée  : 
Li  votre  vis  qui  femblait  flor  de  lis 
M'eft.  fi  torné  du  tout  de  mal  en  pis  , 
Ce  m'eft.  avis  que  me  foïez  enblée. . 
A  tare  avez ,  Dame ,  ceft  confeil  pris. 


«  L'autre  jour  je  fus  dans  un  pays  oïl 
a  un  Chevalier  avait  aimé  une  Dame.  Tanc 
»  qu'elle  fut  jeune  ,  elle  lui  refufa  conftam- 
»  ment  (on  amour.  Mais  un  jour  enfin  elle 
»  lui  dit  :  ami ,  vous  m'avez  jufqu'à  pré- 
»  fent  beaucoup  follickée,  j'ai  conçu  à 
»  mon  tour  de  l'amour  pour  vous ,  &  je 
»  veux  bien  confentir  à  vos  defirs.  » 

«  Le  Chevalier  la  regarda  au  vifage  :  il 
»  vit  qu'elle  était  fans  couleurs  &  fans  fraî- 
»  cheur.  Par  Dieu  ,  Madame  ,  dit  -  il ,  il 
»  taut  que  je  fois  bien  malheureux  de  n'a— 
»  voir  pas  fu  autrefois  quelle  était  votre 
»  bonne  volonté  ;  mais  vos  joues  qui  me 
»  femblaient  fleurs  de  lys  ,  me  paraiiïènt 
»  aujourd'hui ,  telles  que  je  croirais  voir 
»  une  autre.  Madame ,  vous  vous  êtes 
»  avifée  trop  tard.  » 


Quant  la  Dame  s'oï  fi  rampofner ,        .  «  Quand  la  Dame  entendit  qu'on  lui 

Grant  duel  en  ot;  fi  dift  par  felonnie  :  »  faifait  ce  reproche  ,' elle  en  fut  très  pi- 

,  Danz  Chevaliers,  on  vous  doit  bien  gaber.  »  quée ,  &  dit  avec  mépris  :  Sire  Chevalier, 

Cuidiez-vous  donc  qu'à  certes  le  vous  die?  «vous  voulez    donc   qu'on  fe  moque  de 


(a)  Le  Bifilaire  d'amour  eft  un  traité  fur  la  nature  des  différentes  bitts  ou  animaux , 
avec  des  applications  morales ,  tant  mauvaifes  que  bonnes. 


SUR    L  A  ■  M  U  S  I  Q  U  E. 


Nennil  certes  ;  onc  ne  Toi  en  pcnfée. 
Voulez-voos  donc  Dame  Je  pris  amer  i 
Nennil  certes  ;  ainz  auriez  envie 
D'un  biau  vallet  béficr  &  acoler. 


Dame,  fet-il ,  j'ai  bien  oï  parler 

De  votre  pris ,  mes  ce  n'eft  ore  mie. 

Et  de  Troie  ai  je  oï  conter 

Qu'ele  fu-j'a  de  mult  grain  feignorie. 

Or  n'i  puct-on  fors  les  places  trouver. 

Par  tel  réfon  vous  lo  à  efeufer , 

Que  cil  foient  refté  de  l'yréfie 

Qui  déformés  ne  vous  voudront  amer. 


Danz  Chevaliers,  mari  avez  gardé 
Quant  vous  avez  réprouvé  mon  aage  , 
Si  j'avoïe  tout  mon  jouvent  ufe  : 
Si  fui-je  tant  bêle  &  de  haut  parage 
Qu'on  m'ameroit  à  mult  pou  de  biauté, 
Qu'oncor  n'a  pas ,  ce  cuit ,  un  mois  paire 
Que  li  Marchis  m'envoïa  fon  ménage 
Et  li  Barons  a  pour  m'amor  plorc. 


Fremaux  de  Lille  ,  vivair   dans 
trois  chanfons  médiocres. 


»  vous.  Quoi  !  vous  avez  cru  que  je  par- 
»  lais  tout  de  bon:  Non  certes,  jamais  je 
»  n'en  eus  la  penfée.  Vous  faites  femblanc 
»  maintenant  de  vouloir  aimer  une  femme 
»  de  qualité.  Je  n'en  fuis  pas  dupe ,  &  fois 
y>  que  vous  préféreriez  plutôt  un  beau 
»  garçon.  » 

«  Madame  ,  répondit-il ,  j'ai  bien  ,  il  cft 
»  vrai  ,  entendu  parler  de  votre  mérite  , 
»  mais  ce  n'eft  pas  d'aujourd'hui  ;  &  j'ai 
»  entendu  dire  de  Troie  auffi  qu'elle  eut 
»  une  grande  puiflance  ;  mais  maintenant 
»  on  n'y  trouve  plus  que  la  place.  Ainfi  je 
»  vous  exeufe  de  trouver  coupables  de 
»  l'infâme  hérélîe  ceux  qui  déformais  ne 
»  voudront  pas  vous  aimer.  » 

«  Sire  Chevalier,  vous  n'y  avez  pas  bien 
f>  regarde  quand  vous  m'avez  reproche 
»  mon  âge  ,  comme  fi  j'avais  paffé  cntierc- 
»  ment  ma  jeunefle.  D'ailleurs  je  fuis  d'une 
»  naiflance  &  d'une  qualité  telles  qu'on 
»  m'aimerait  encore  quand  je  ne  ferais  pas 
»  belle.  Il  n'y  a  guercs  qu'un  mois  ,  je 
»  penfe  ,  que  le  Marquis  m'envoya  uni 
»  meiïage  ,  &  que  le  Baron  a  pleure  poux 
»  obtenir  mon  amour.  » 

le  treizième  fit.  le,  &  nous  a  lailTc 


Gace  Brûlés  (  Mciïire).  Prefque  tous  les  manuferits  anciens  lui  donnent 
le  titre  de  Monfeigneur,  ik  le  font  ami  de  Thibaut,  Comte  de  Champagne. 
Quelques  Auteurs  (j)  même  avancent  qu'ils  firent  enl 
chanfons  les  plus  dtïitables  &  les  plus  mélodieufes  qui  jurent  oneqm 

Quelques  manuferits  l'appelent  Gafie-blé  (/>)  ;  8c  il  elt  certain  que  de 


(a)  (  Voyez  la  Chronique  de  Saint  Denis). 

(*)  Il  y  a  même  dans  les  manuferits  de  M.  de  Sainte-Palaye  une  chanfon  qui  com- 
mence ainli  :  Pour  mieux  valoir,  6i\  fous  le  nom  Je  Gajh-bU  ;  elle  n'elt  nulle  pair 
fous  le  nom  de  Gace» 


fon  t«ms  ,  il  y  avait  en  Champagne  une  famille  noble  .de  ce  nom.  S'il 
eût  été  ami  intime  du  Comte  de  Champagne ,  il  l'aurait  nommé  dans 
quelqu'une  de  fes  chanfons  ,  &c  ce  Prince  l'eût  nommé  dans  les  fiennes. 
Comme  cela  n'eft  dans  aucune  de  celles  qui  nous  ont  été  confervées ,  il 
y  a  orande  aparence  qu'ils  ne  fe  connailfaient  pas.  Gace  nous  aprend,  par 
fes  chanfons ,  qu'il  féjourna  quelque  tems  en  Bretagne  ,  &  laiffe  entendre 
qu'il  s'y  était  retiré  ;  mais  fans  nous  en  aprendre  la  caufe.  Il  paraît  aulîi 
que  le  Comte  de  Bretagne  adoucit  fes  peines  autant  qu'il  lui  fut  poffible. 

Cace  fut  un  des  plus  aimables  Poctes  de  fon  tems  ,  Se  fans  contredit 
celui  qui  écrivait  le  plus  purement  alors.  11  y  a  une  grande  différence  de 
fes  vers  à  ceux  de  fes  contemporains.  Il  a  adreifé  la  plupart  de  fes  chan- 
fons à  une  Dame  ,  dont  il  n'ofe  pas  dire  qu'il  eft  amoureux ,  &  qu'il  ne 
nomme  pas  j  les  antres  le  font  au  Comte  &  à  la  Comtene  de  Blois  ,  au 
Comte  JofTroy  ,  4  Guillon  (  fon  bel  ami  )  à  Gui  de  Ponceaux  &  à  Oudin. 

Gace  floriifait  vers  1135. 

Nous  avons  de  lui  foixantè  dix-neuf  chanfons ,  dont  il  ne  fe  trouve  que 
quarante-fix  dans  le  nlanufcrit  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy. 

Paquier  cite  pour  la  première  chanfon  du  Roi  de  Navarre  celle  qui 
commence  par. 

Au  renouviau.  de  la  doulfour  d'été. 

Mais  dans  tous  les  manuferits  où  nous  l'avons  trouvée  ,  elle  eft  atri- 
buée  à  Gace  \  <Se  dans  l'édition  de  M.  Levefque  de  la  Ravaliere  ,  qui  ra- 
porte  foixantefixehanfons  de  ce  Prince  ,  il  ne  fait  pas  mention  de  celle-là. 

Chanfon  de  Gace. 

Les  oifillons  de  mon  païs  »  J'ai  entendu  en  Bretagne  les  oifeaux 

Ai  oïs  en  Bretaingne.  »  de  mon  pays ,  &  il   me  femble  à  leur 

A  leur  chant  m'eft-il  bien  avis  »  chant  que  ce  font   ceux  que  j'entendis 

Q'en  la  douce  conpaingne  »  un  jour  dans  la  compagnie  de  ma  belle. 

Les  01  jadis.  »  Au  relie ,  lî  je  me  trompe ,  ils  m'ont  inf- 

Se  g'i  ai  mefpris  ,  »  pire  de  fi  douces  penfées ,  que  je  veur 

Il  m'ont  en  fi  doux  penfer  mis  »  faire  une  chanfon  (  laquelle  je  chante- 

Qu'à  chançon  fere  me  fuis  pris  »  rai  )  jufqu'à  ce  que  j'obtienne  ce  que, 

Tant  que  je  parataingne  »  depuis  fi  longtems ,  amour  m'a  promis,  », 

Ce  qu'amors  m'ont  lonc  ten s  promis. 

Pe  longue  atente  m'efbahis  «  Je  m'étone  d'un  fi  long  délai ,  fans  ce- 

pendant, 


S  U  R    L  A 

Sanz  ce  que  je  m'en  plaingnc. 
Ce  me  tout  le  gieu  &  les  ris. 

Nus  qui  amors  enpraingne 

N'cft  d'el  entends  : 

Mon  cuer  Se  mon  vis 
Truis  mainte  foix  fi  entrepris 

Un  fox  fenblant  j'ai  apris. 

Qui  qu'en  amour  m'cfpraingne  ; 
Ainz  certes  plus  ne  li  meftis. 


MUSIQUE.  197 

»  pendant  m'en  plaindre.  Il  m'ôte  l'envie 
»  de  jouer  &  de  rire.  C'eft  à  qu^i  perfone 
»  ne  fongera  quand  il  commencera  d'ai- 
»  mer.  Mon  cœur  &  mon  vifage  fe  trou- 
»  vent  fi  fouvent  affligés  ,  que  j'en  ai  con- 
»  tracté  l'air  d'un  homme  fans  raifon.  Voi- 
»  là  ce  qu'Amour  me  fait  éprouver  ,  &  cc- 
»  pendant  jamais  il  n'a  eu  à  fe  plaindre  de 


»  moi,  ». 


AUTRE. 


À  l'entrant  du  douz  termine 

Du  mois  nouvel, 
Que  la  flor  nelt  en  l'épine , 

Et  cil  oifel 
Chantent  parmi  la  gaudine 

Seri  &  bel  , 
Lors  me  rafaut  amors  fine 

D'un  très  douz  mai 
Que  je  ne  penfe  al 
Fors  là  où  mes  cuers  s'acline, 

Onques  d'autrui  n'oi  envie, 

Ne  jamais  n'aurai  : 
Et  lï  mes  cuers  fi  affie , 

De  duel  morrai  ; 
Car  trop  main  greveufe  vie 

Des  max  que  j'ai. 
Hélas  !  ele  ne  fet  mie , 

Ne  je  ne  (ai , 
Se  je  jamès  li  dirai 
Belc ,  ne  m'ociez  mie. 

A  touz  les  jorz  de  ma  vie 

La  lérvirai , 
Et  ferai  en  fa  baillic 

Tant  corn  vivrai, 
Ne  ja  de  la  feignorie 

Ne  partirai , 
Et  fe  briément  ne  m'aie 

Trop  Etant  mal  trai  , 
Mes  guetiz  fui  le  g'en  ai 
Un  biau  llnblant  en  nu  vie. 
Tome  II. 


»  Quand  commence  la  douce  faifon  du 
«printems,  quand  fleurit  l'aubépine,  & 
»  que  les  oifeaux  chantent  à  l'envi  fous  la 
»  feuillée;  amour  alors  m'ataque  d'un  doux 
»  mal ,  tel  que  je  ne  puis  penfer  ailleurs 
m  qu'à  celle  vers  qui  mon  cœur  penche.  » 


«  Jamais  je  n'eus  &  jamais  je  n'aurai  en* 
»  vie  d'une  autre  ;  &  fi  mon  cœur  perfévere 
»  à  l'aimer,  je  m'atends  à  mourir  de  dé- 
«plaifir;  car  les  maux  que  je  fens  me 
»  font  mener  une  vie  trop  douloureufe. 
»  Héla9  !  Elle  n'en  fait  rien  ;  &  je  r.e  fais 
»  moi-même  fi  jamais  j'aurai  la  hardiefle 
»  de  lui  dire:  Belle ,  ne  m'ôtez  pas  la  vie.  ». 


«  Tant  que  je  vivrai ,  je  veux  la  fervir  Si 
»  relier  toujours  fous  ion  empire  ;  jamais  je 
»  ne  me  fouitrairai  à  fa  loi.  Je  fais  bien  que 
»  fi  elle  n'a  pitié  de  moi ,  j'ai  tout  à  crain- 
»  dre  ;  mais  aufli  je  fuis  guéri ,  fi  ,  dans  ma 
a  vie,  j'obtiens  d'elle  un  regard  favorable.  »» 


jr>8 


ESSAI 


G  Ai  di  fer,  n'en:  connu  que  par  le  manufcrit  du  Vatican  ,  qui  a  con- 
fervé  cinq  de  fes  chanfons. 

Giïvïncy  (  Adam  de  )  Poe  te  du  treizième  fiecle,  n'erV  connu  que 
par  les  recueils  de  chanfons  qui  nous  reftent  de  ce  tems-là ,  Se  il  nous  en  a 
laiffé  huit. 

GoBiN,  de  Reims,  a  été  confondu  avec  La  Chèvre  de  Reims;  Se  ce 
font  cependant  deux  Poctes  différens.  Ils  vivaient  tous  deux  fous  S.  Louis  j 
Se  Gobin  nous  a  laiffé  deux  chanfons. 


«  La  douce  vie  que  ce  ferait  de  bien  ai- 
v  mer  ,  fi  l'on  avait ,  pour  fe  divertir ,  belle 
»  amie  fans  fierté  ,  fans  caprice  &  fans 
»  tromperie ,  qui  n'eût  point  envie  d'ai- 
»  mer  un  autre  ,  qui  ne  voulût  point  vous 
»  trahir;  mais ,  comme  une  amante  loyale.,. 
»  s'atacher  à  celui  qui  l'aime  d'un  cœur  fin-i- 
»  cere.  » 


Mult  ferait  bone  vie 

De  bien  amer , 

Qui  aurait  bêle  amie  , 

Pour  déporter , 
Sanz  orgueil ,  fanz  folie 

Et  fans  guiler , 
Ne  ja  n'euft  envie 

D'autrui  amer  ; 
Ne  me  voufift  faulîèr  , 
Mes,  com  loïal  amie, 

Celui  amer 
Qui  de  fin  cuer  la  prie.. 

Guillaume.  Fauchet  fait  mention  de  quatre  Poctes.  de  ce  nom,,  mais. 
dont  chacun  avait  un  furnom. 
Guillaume  Viaux. 
Guillaume  le  Viniers. 
Guillaume  de  Lorris. 
Guillaume  de  Villeneuve. 
11  paroît  que  celui-ci  eft  un  Poê'te  différent.  Il  eft  Auteur  d'un  poeme, 
en  vers  de  huit  fyllabes  intitulé  :  Li  Beftiares  ou  de  la  nature  des  Bêtes.  Il 
dédie  fon  ouvrage  à  Raoul  fon  Seigneur. 

Guillaume  ,  qui  ceft  livre  fift 

En    la   definaille   tant  dift 

De  Sire  Raol  fon  Seignor 

Por  qui  il  fu  en  tel  labor  : 

Et  li  eft  bien  guerdonné 

Et  bien  promis  ,  &  bien  donné. 


SUR    LA    MUSIQUE.  i9<> 

Ce  Seigneur  était  probablement  Raoul  de  Coucy  j  l'orthographe  de  ce 
pocme  étant  un  peu  Picarde  ,  Se  le  ftyle  paraiflant  être  celui  du  liecle  de 
Philippe  Augufte.  On  dit  aufïi  qu'il  a  fait  des  chanfons. 

G  ri  e  v  i  l  e  a  n'eft  connu  que  par  le  manuferit  du  Vatican  ,  qui  a  con- 
fervé  fix  de  fes  chanfons. 

Guiot,  de  Dijon  ,  l'un  des  Poé'tes  du  treizième  fiecle  ,  nous  a  laifl~é 
feize  chanfons  qu'on  ne  trouve  que  dans  le  manuferit  du  Roi  ,  hors 
quatre  qui  font  dans  celui  de  Noailles. 

Hedïn  (Jacques  de).  Nous  avons  deux  chanfons  de  lui  ,  dont  une 
contre  les  femmes  j  de  celle-ci  nous  avons  cru  pouvoir  copier  le  premier 
couplet. 


Je  chant  comme  dervez, 
Com  cil  qui  eft  guiiez 
D'amors  coûte  fa  rie. 
Proéce ,  loïautez, 
Ne  valor ,  ne  bontez  , 
Ne  feus  ,  ne  coitoifie 
N'ont  mes,  d'amours  aie} 
Car  cil  qui  famé  prie 
N'iert  james  efeoutez 
S'il  n'a  deniers  aflez 
Et  la  bourlTc  garnie. 

Il  eft  mort  vers   izyo. 


«  Je  chante  comme  un  homme  furieux , 
»  comme  un  homme  trompé  toute  fa  vie 
»  par  amour.  ProuefTe ,  loïauté  ,  mérite 
v  bonté  ,  efprit ,  courtoifie  ,  tout  cela  eft 
»  inutile  pour  obtenir  fecours  de  lui  :  celui 
»  qui  prie  une  femme ,  peut  être  sûr  de  n'être 
»  jamais  écouté  s'ils  n'apporte  beaucoup 
»  d'argent  Se  la  bourfc   garnie  ». 


He  lin  and.  Fameux    Pocte    fous    Philippe    Augulte.  Paquier  (page 
598)  nous  dit  qu'on   le  renommait  particulièrement  pour    chanter  que 
belle  chanjon  devant  le  Roi. 

c  Quant  li  Roy  ot  mangé,  s'zppclla  Helinand 
n  Pour  l'y  esbanoyer  commanda  que  il  chant  ». 

Le  roman  d'Alexan.lre  de  Paris,  d'où  font  tirés  ces  vers,  nous  aprend 
qu'on  faifait  venir  ce  Pocte  après  que  le  Roi  avait  mangé,  Cs;  qu'alors  il 
chantait  des  vers  fur  quelqu'effet  de  la  nature ,  ou  fur  quelque  fujet  tiré  de  l.i 
fable  à  peu-près  comme  nous  voyons  dans  Homère  que  Phemius  éc  LX 

V: 


2oo  ESSAI 

docus  chantaient  à  la  'abïe  d'Àlcinbiis  8c  de  Pénélope  ;  Se  dans  Virgile  > 
qu'Yopas  chantait  à  la  table  de  Didon. 

Helinand  était  de  Beauvais  &  Religieux  de  l'Abbaye  de  Fremont,  ordre 
de  Cîteaux. 

Il  vécut  d'abord  en  homme  du  monde  &  en  Pocte  de  Cour  ;  puis  fe 
retira  à  Fremont ,  dans  le  diocèfe  de  Beauvais.  L'Eglife  l'a  canonifé  ;  ce 
qui  n'arrive  pas  fréquemment  aux  Poètes.  Le  célèbre  Avocat  Loifel  tira 
fes  œuvres  de  la  poufTiere  au  commencement  du  dix-feptieme  (îecle  ,  Se 
en  donna  une  édition  afTez  exaéte.  Il  mourut  vers  1220. 

Hugues  (  Châtelain  d'Arras  )  Pocte  du  treizième  fiecle  ,  ne  nous  a  laifTé 
qu'une  chanfon..   ' 

Hugues  le  Maronniers,  ami  de  Simon  d'Authies ,  vivait  par  confé- 
queut  fous  S.  Louis.  Nous  n'avons  de  lui  qu'une  feule  chanfon. 

Hugues   le  Roy   a  fait  plufieurs  chanfons.  Se   le   Fabliau  du  vair 
Palefroi  qui  a  été  fameux. 
Il  vivait  fous  S.  Louis.. 

Jean  l'Orgueneur  ,  vivait  dans  le  treizième  fiecle,  Se  nous  a  laifTé  deux 
chanfons. 

Je  an  (  le  Petit  )/Nous  n'avons  qu'une  chanfon  de  lui. 

Josselins  de  Dijon.  Les  manuferits  du  Roi  &  de  Noailles  nous  ont 
confervé  deux  chanfons  de  ce  Pocte  du  treizième  (iecle. 

Kaukesel(  Maître  Guibert  de  ).  Nous  en  avons  quatre  de  lui,  & 
Jious  favons  qu'il  vivait  vers  1250. 

Lageni  (  Oudart  de)  ne  nous  a  laifTé  que  trois  chanfons,  &  était  un 
des  Poètes  du  treizième  fiecle. 

La  Chievre  de  Reims  a  été  confondu  quelquefois  avec  Gobin  de 
Reims.  Il  vivait  5  ainfi  que  Gobin  ,  dans  le  treizième  fiecle ,  &  nous  a 
iftifle  cinq  chanfons. 


SUR    LA    MUSIQUE.  201 

Lambert  l'aveugle.  Une  feule  clianfon  de  lui  ,  que  l'on  trouve  dans  le 
manufcrit  du  Roi ,  nous  prouve  qu'il  vivait  dans  le  treizième  lîecle. 

Le  Moine  de  S.  Denis.  Le  manufcrit  du  Roi  nous  a  confervé  trois 
de  fes  chanfons  ,  dont  une  prouve  qu'il  n'avait  pas  de  trop  bonnes  mœurs  j 
nous  n'en  raporterons  que  ce  coupler. 


«  Par  Dieu  c'eft  une  rage  que  le  mal 
»  d'amour.  Je  ne  puis  plus  fouffrir  fes  tour- 
»  mens  ;  s'il  ne  me  foulage,  je  lui  retirerai 
»  mon  cctar,  je  Je  quitterai.  Mais  cela  n'eft 
>»  pas  en  mon  pouvoir,  car  quand  je  la 
1»  vois  ma  belle ,  ma  blonde  ,  je  me  livre 
»  à  elle  ». 


En  non  Dieu  c'eft  la  rage 

Que  li  maus  d'amors  ; 

S'il  ne  m'affbage , 
Ne  puis  foufrir  fôn  outrage, 
'  Mon  coragc 
En  retrairai: 

De  li  partirai. 
Mais  n'eft  pas  par  moi  ; 
Car  quant  la  voi ,  la  voi ,  la  voi , 

La  belle,  la  blonde, 

Ali  m'otroi. 


Lille  (  le  Tréforier  de  )   ou  Pierre  le  Borgne  ,  vivait  fous  S.  Louis ,  & 
nous  a  laide  trois  chanfons. 


Chanfon  du    Tréforier  de  Lille. 


Joie  ne  guerredon  d'amors 
Ne  viennent  pas  par  biau  fervir  ; 
Car  on  voit  ceus  fouvent  faillir 
Qui  fervent  Cuiz  changier  aillorsi 

Si  m'en  air, 
Quant  celé  ferf  fanz  repentir 
Qui  ne  me  veut  fere  fecors. 

Voir  cft  qu'amors  eft  grant  douçor  , 
Quant  dui  cuer  font  un  fanz  partir  ; 
Mes   amors  fet  les   ficus   languir 
Et  les  ennuiz  tozjors  foffrir. 

Bien  os  géhir 
Que  ne  puis  à  amors  venir , 
Et  en  li  gift  tout   mes  recors. 

Li  haut  pris  &  la  grant  valor 
De  la  bcle  que  tant  defir, 


«  Ce  n'eft  pas  par  la  fidélité  des  lêr- 
»  vices  qu'on  obtient  les  plaifirs  &  la  re- 
»  compenfe  d'amour ,  puifqu'on  voit  ibu- 
»  vent  échouer  ceux  qui  aiment  fans  inconf- 
»  tance.  Pour  moi  je  m'en  courrouce  quand 
»  je  fers  conllammcnt  celle  qui  îefufc  de 
»  me  fecourir. 

»  Il  eft  bien  vrai  qu'amour  cft  une 
»  grande  douceur,  quand  ceux  coeurs  réuni; 
»  n'ai  font  plus  qu'uu  pour  toujours.  Ma  s 
»  amour  fait  languir  les  fiens ,  il  leur  fài: 
»  foutïrir  des  peines  continuelles.  J'ofc  m'en 
»  plaindre,  car  |e  ne  puis  réulfir ,  &  en 
»  lui  cependant  eft  toute  mon  efpérancc. 

»  Le  mérite  incomparable  de  la  btl!c 
»  que  je  délire  fi  ardemment,   la  beauté 


202 


ESSAI 


Sa.  biauté  qu'en  mon  cuer  remir, 
Ses  cler  vis ,  fa  frefche  coloc 

Me  font  creïr 
Ma  mort,  &  bonement  foufFrir 
Les  max  d'amors  Se  les  dolors. 

Ha  !  bêle  ,  des  non  pers  la  flor , 
Ne  fêtes  votre  pris  mentir 
Par  trop  merci  contretenir  : 
Quanque  vous  viengne  défenors, 

Vueil  melz  morir. 
Si  n'aura  en  vous  qu'aconplir  , 
Ne  n'en  ferez  rien  à  rebors. 

Ja  voir  n'iert  periz  mes  Iabors , 
Se  fins  cuers  doit  d'amors  joir  : 
Mèî  je  criem  par   trop   haut  choilîr 
Ne   foit  mes  guerredons   trop  cors. 

Par  fon  pléfir 
Li  pri  de  merci  accueillir. 
Aumolhe  li  eft  &  honors. 


»  dont  mon  cœur  s'occupe ,  fon  vifage  cclat- 
»tant,  la  fraîcheur,  me  font  craindre  la 
»  mort,  &  cependant  fouffrir  avec  patience 
»  les  maux  &  les  douleurs  d'amour. 


»  Ah  !  belle  ,  la  fleur  des  femmes  incom- 
»  parables,  n'affcibliiïèz  point  ce  que  vous 
»  valez ,  en  me  refufant  trop  long  tems 
»  merci  ;  j'aime  mieux  mourir  que  de  vous 
»  voir  faire  un  reproche  ;  vous  ferez  alors 
»  accomplie,  &  ne  ferez  plus. rien  de  blâ- 
»  mable. 

»  Oui  certes  mes  fervices  ne  feront  point 
»  fans  fuects ,  fi  un  '  cœur  confiant  doit 
»  efpérer  les  jouiiïknces  d'amour;  mais  je 
»  crains  qu'ayant  porté  mes  veux  trop  haut, 
»  ma  récompenfe  ne  foit  trop  petite.  Je 
»  fupplie  donc  ma  belle  de  ru'accorder 
»  merci  de  fon  bon  gré;  c'eft  une  aumône, 
»  Se  elle  lui  fera  honeur  v. 


Loris  (  Guillaume  de)  Auteur  du  Roman  de  la  Rofe. 

«  Ce  eft  le  Roman  de  la  Rofe 

»  Où  l'art  d'amours  eft   toute  enclofe  », 

C'eft  une  imitation  de  l'Art  d'aimer  d'Ovide  ,  mais  qui  malheureufe- 
ment  ne  reflemble  point  du  tout  à  fon  original. 

Loris  vivait  encore  en  1160  ;  on  croit  qu'il  étudiait  en  Droit  ,  &  on  en 
donne  pour  preuve  ces  vers  : 

«  Ainfï    nos  dit  Juftiniens 
»  Qui  fît  nos  livres  anciens  ». 

Lou  v  01  s  (  Meilire  Jean  de  ).  On  trouve  une  feule  chanfonde  lui  dans 
le  manuferit  du  Roi.  11  vivait  vers  1 240. 

Ma  ill  1  (  Monfeigneur  Bouchard  de  )  (a)  vivait  au  milieu  du  treizième 


{a)  Le  manuferit  du  Roi    donne  cette  chanfon  à  Bouchard   de  Mailli,  Se  la  table 
ie  celui  de  Sainte-Palaye  à  Boucars  de  JUarlù 


SUR    LA    MUSIQUE.  203 

fiecle  ,  de  a  fait  une  longue  fatyre  intitulée  :  fEJloire  li  Romans  de  Monfeï- 
gnor  Thiebault  de  Mail/y.  Elle  eft  cutieufe  par  la  quantité  de  perfonages 
qu'il  y  nomme.  Il  ne  nous  refte  de  lui  qn'une  chanfon. 

M  a  1  l  l  1  (  Mathieu  de  )  probablement  le  fils  du  précédent ,  était  Cham- 
bellan de  Philippe  le  Hardy  en    117 1. 

Maisons  (Gille  de  )  nous  a  laifle  deux  chanfons ,  &   vivait  fous  S. 
Louis. 

Maisons  (Jean  de)  vivait  fous  S^  Louis  ,  Se  ne  nous  en  a  laifTc 
qu'une. 

• 

Marberoles  (  Meffire  Robers  )  Gentilhomme  de  Thibaut,  Roi 
de  Navarre  ,  nous  a  laifle  trois  chanfons  qui  ne  valent  pas  grand'chofe  y 
on  croit  qu'il  mourut  à  la  Croifade  de  1139  ,  ou  qu'il  demeura  captif  chez 
les  Infidèles.  Il  dit  qu'il  ne  fait  des  chanfons  tendres  que  par  coutume  -y 
qu'au  refte  il  n'aime  point  ôc  n'aimera  de  fa  vie  ,  parcequ'il  n'y  a  plus  de 
véritable  amour  fur  terre. 

»  Mort   eft  amours,  mort  font  cils  qui  aimoienc 
»  Les  faux  amanz  l'ont  fait  du  tout  faillir  ». 

Nous  n'avons  de  lui  que  trois  chanfons. 

Marche  (  le  Comte  de  )..  Ce  Comte  de  la  Marche  était  Hugues  qui  fe 
révolta  plusieurs  fois  contre  S.  Louis.  11  avait  époufe  Ifabelle  d' Angoulcme  , 
veuve  de  Jean  Sans  terre  ,  Roi  d'Angleterre,  &  mère  de  Henry  III.  né  en 
1207.  Cette  Princefte  avait  été  promife  au  Comte  de  la  Marche,  avant 
que  d'époufer  le  Roi  Jean  )  elle  s'unit  au  Comte  après  la  mort  du  Roi  , 
arivée  le  1 9  Octobre  1116.. 
■  — ■ ■  — ^""" —  . 

Nous  ne  connaiflbns  que  Mathieu  de  Marli ,  de  la  maifon  de  Montmorency,  à  qui 
on  puifîe  l'attribuer.  Il  était  Chambellan  de  France  en   iî7x. 

Au  lieu  de  Bouchard,  il  eft  polTible  qu'il  faille  lire  Thibault  ,•  car  on  lit  dans  les 
antiquités  de  Picardie ,  par  la  Morliere  ,  pas;.  131 ,  que  Thibault  de  MaiUli  dignement 
écrit  en  vers ,  &  clt  eftimé  entre  les  premiers  romanciers  de  la  France.  Il  eft  probable 
que  ce  Thibault  était  l'auteur  des  chanfons  j   il  vivait  en  1177. 


204-  E     S    S    m.     I 

Lorfque  S.  Louis  donna  le  Comté  de  Poitiers  à  Alfonfe  fon  frère ,  le 
Comte  de  la  Marche  ne  voulut  point  lui  rendre  homage.  S.  Louis  mar- 
cha contre  lui ,  &  gagna  la  bataille  de  Taillebourg  ,  ou  Hugues  fut  tail- 
lé en  pièces.  Ce  malheureux  Comte  fut  obligé  de  venir  trouver  le  Roi 
dans  fon  camp  vis-à-vis  Pons,  de  fe  jetter  à  fes  pieds  &  de  fe  foumettre. 
Il  ne  nous  relie  de  lui  que  trois  chanfons. 

Chanfon  du   Comte  de  la  Marche. 


Puifque  d'amours  m'eftuet  les  maus  fouffrir, 
Merveilles  eft  c'on  les  puis  endurer  ; 
•  Car  enfi  fui  du  tout  à  fon  oléfir 
Que   nuit  ne  jor  ne    puis  aillors  penfer. 
Mon  cuer  li  ai  Iefîïé  fanz  recouvrer  ; 
Et  s'il  revient  failli  à  amaïer, 
Pour  ce  li  pris ,  pour  Dieu  ,  qu'il  ne  m'ocie. 


«  Depuis  que  je  fuis  condamné  à  fouf- 
»  frir  les  maux  d'amour  ,  je  m'étonne  com- 
»  ment  on  peut  les  endurer;  car  je  fuis 
»  tellement  en  fon  pouvoir,  que  ni  le  jour 
»  iii  la  nuit  je  ne  puis  avoir  d'autres  pen- 
»  fées.  Je  lui  ai  abandonné  mon  cœur  fans 
»  retour,  &  s'il  ne  veut  s'adoucir  pour  moi, 
»  je  le  prie ,  au  nom  de  Dieu  ,  de  ne  pas 
»  me  donner  la  mort. 


Douce  dame ,  quant  je  primes  vous  vi , 
Touz  esbahiz  le  falu  oubliai  : 
N'ell  merveilles  fe  je  m'en  esbahi , 
Car  à  mon  cuer  pas  ne  m'en  confeillai  : 
Si  vous  l'aviez,  onc  puis  ne'l  recouvrai, 
Tant  li  fuites  de  bêle  conpaingnie , 
Qu'ainz  puis  entrer  ne  vout  en  ma  baillie. 


Et  pHifqu'en  vous  a  fon  repaire  pris , 

N'a    pas  failli  à  loi   bien   hebergier  : 

Car  vous  avez  povoir  de  garantir 

Con.-re  touz  çaus  qui  le  voudront  grever. 

Et  fi  avez  feur  toutes  loz  &  pris  ; 

S'eftes ,  dame ,  de  biauté  (I  garnie 

Que  riens  ne  faut  en  vous ,  ma  douce  amie  ,  (a) 

Fors  que  pitiez.  Dont  trop  fui  esbahiz  : 
Si  que  j'en  fui  à  méfèfe  mult  grant; 


»  Douce  dame  ,  la  première  fois  que  je 
»  vous  vis,  je  reliai  tellement  interdit  que 
»  j'oubliai  de  vous  faluer  j  &  je  ne  dois 
»  pas  m'étonner  de  cette  émotion  ,  car  je 
»  ne  pouvais  plus  conseiller  mon  cœur. 
»  Vous  l'aviez  pris  dès  le  moment ,  je  ne 
»  l'ai  point  recouvré  depuis,  &  il  fe  plaît 
»  tant  d'être  auprès  de  vous  qu'il  ne  veut 
»  plus  revenir  en  mon  pouvoir. 

■»  Au  relie  puifque  c'eft  chez  vous  qu'il 
»  s'eft  logé  ,  je  ne  dois  pas  blâmer  fon 
»  choix  :  car  vous  pouvez  le  garantir  des 
»  efforts  de  toutes  celles  qui  lui  en  vou- 
»  draient  :  &  vous  l'emportez  tant  fur  elles, 
»  &  poiTédez  tant  de  beauté  que  je  ne  vois 
»  rien  à  délirer  en  vous,  ma  douce  amie, 

»  Que  la  pitié.  Je  m'en  étonne ,  &  m'en 
»  trouve  fort  à  plaindre:  car  jamais,  fi  je 


(a)  Le  fens  de  ce  couplet  ne  finit  qu'avec  les  trois  premiers  mois  du  premier  vert  du 
couplet  fuivant.  Car 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Car  à  nul  jor,  Ci   conmc  il  m'eft  avis, 
Ne  poi  avoir  de  vous  un   biau  fenblant. 
Ne  fai  pourquoi.  S'onqucs   en  mon  vivant 
Ne  fis  vers  vous  ne  nul  ne  félonnie, 
Ne  en  penfcr,  n'en  dire  vilanie. 

Douce  dame  ,  quant  de  vous  départi, 

Tor  effréez  d'ilucques  m'en  allai, 

Si  c'onques  puis,  pour  verte  le  vous  di , 

Ne  poi  (avoir  quele  part  je  tornai. 

Hé  !   las  !   qui  fet   de  moi  que  devcndrai  ! 

Tant  ai  au  cuer  d'angoifTc  Se  de  hafchie , 

Que  je  morrai ,  fe  pitié  ne  m'aie. 


20; 

»  me  le  rapelc,  je  ne  pus  obtenir  de  vo  :s 
»  un  doux  regard.  J'en  ignore  la  raifon; 
»  jamais  pendaut  ma  vie  je  ne  vous  man- 
»  quai  par  perfidie,  par  trahifon  ,  par 
»  aucune  penfée  ,  ni  parole  déshonnète. 

»  Douce  dame  ,  quand  je  vous  quittai 
»  (a),  je  fonis  hors  de  moi-même  ;  rellc- 
»  ment  que  depuis  (  je  vous  dis  la  féaii  ) 
»  je  n'ai  fu  de  quel  cô:é  tourner  Hélas 
»  qui  fait  ce  que  je  vais  devenu  !  J'ai  au 
»  cœur  tant  d'angoiiïè  &  de  douleur  que 
»  je  m'attends  à  mourir ,  fi  votre  com- 
»  paflion  ne  me  fauve  ». 

M  archis  ou  Marquis  (  Bernard  )  Chambellan  de  Philippe  le  Lon<*  ; 
alors  Corme  de  Poitou  en  1310.  On  a  de  lui  plulîeurs  chaulons  en  vers 
Provençaux. 

Martins  r.EBEGuiNs,de  Cambray  ,  n'eft  connu  que  par  le  ma- 
nuferit  du  Vatican  ,  qui  nous  a  confervé  quatre  de  fes  chanfons. 

Mathieu  le  Juif,  vivait  fous  S.  Louis  ,  &  nous  a  lailTe  deux  chanfons. 

Mathieu  de  Gant  ,  le  Clers  ,  vivait  dans  le  même  tems  ,  &  nous  a 
lailTé  fix  chanfons. 

M  A  u  v  o  1  s  1  n  (  Robert  de  )  floriffait  vers  l'an  1150,  &:  ne  nous  a  laiiré 
qu'une  chanfon. 

Moniot  d'Arras  (  Jean  ).  Quelques-uns  croient  que  Moniot  était  fon 
nom  de  famille  ;  d'autres  prétendent  que  ce   mot  veut  dire  petit   Mx 
Il  vivait  fous  S.  Louis  ,  Se  nous  a  laillé  feize  chanfons. 

PASTOURELLE. 


Ce  fu  en  Mai , 
Au  douz  tens  «rai 

o 

Que  la  féfons  eft  bclc  ; 


n  Ce  fut  en  mai  au  doux  tems  gai  que 
»  la  failon  eft  belle  ,  je  me  levai  un  matin 
»  &  allai  me  promener  près  d'une  foi  : 


(a)  Il  fit  probablement  cette  chanfon  après  être  parti  pour  la  Tenc  Sainte  ,  en  1  :  ;•■. 
Tome  II.  \ 


206 


ESSAI 


Main  me  levai, 

Joer  m'alai 
Léz  une  fontenele. 

En  un  vergier 

Clos  d'efglantier 

Oï  une  viele. 

Là  vi    dancer 

Un   chevalier 
Et  une  damoifelle. 

Cors  orent  gent 

Et  avenant, 
Et  mu!t  très  biau  d'ançoientj 

En  acolant 

Et  en  befant 
Mult  biau  fe  déduifoienr. 

Eb  un  deftor 

Au    chief  du  tor 
Dui  &  duj  s'en  aloient. 

De  for  la  flor 

Le  gieu  d'amor 
A  leur  plélîr  fefoieut. 

J'aillai  avant, 

Trop  redoutant 
Que  nus  d'els  ne  me  voie,, 

Maz  Si  penfanz 

Et  delîtranz 
D'avoir  autre  tel  joie. 

Lors  vi  lever 

Un  de  leur  per , 
De  Ci  loing  com  g'eftoie, 

A  apeler, 

A  demander 
Qui  fui  Se  que  querroie. 

3'alais  vers  aus  ; 

Di  lor  mes  maus, 
Que  une  dame  ainoie, 

A  qui  loïauz, 
■  Sarfz  élire  faux  , 
Tout  mon  vivant  feroie  , 


»  J'entendis  dans  un  verger  clos  d'églan- 
»  tier  le  fon  d'une  vielle ,  &  là  je  vis  danfei 
»  un  chevalier  avec  une  demoifelle» 


r>  Ils  avaient  le  corps  bien  fait  Si  plcim 
»  de  grâces,  &  ils  danfaient  tics -bien.  Je 
»  les  voyais  s'accoler,  fe  bailèr  &  s'amufer 
»  beaucoup.  Enfin  tous  deux  s'en  allèrent 
»  au  bout  du  verger  dans  un  endroit  dé- 
»  tourné  ,  &  fur  l'herbe  fleurie  ils  jouèrent. 
»  i  leur  aife  le  jeu  d'amour. 


»  Je  m'approchai ,  quoique  craignant 
»  qu'ils  ne  m'apperçuflënt ,  trille  &penfif, 
»  &  délirant  goûter  la  même  joie  qu'eux, 
»  Alors  je  vis  un  de  ce  couple  fe  lever 
»  &  me  crier  à  l'endroit  où  j'étais  ,  pour 
i>  me  demander  &  mon  nom  Si  ce  que  je 
»  voulais» 


»  J'allai  à  eux  ;  je  leur  contai  mes  maui  ; 
3>  que  j'aimais  une  dame  à  qui  je  voulais 
»  être  dévoué  toute  ma  vie  ,  fîdellemcnt 
»  &  fans  tromper  ;  &  pour  laquelle  j'éprou- 
»  vais  des  peines  Si  des  tourmens  tels  que 
»  je  ne  pouvais  en  donner  l'idée.  Hélas  ! 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Por  qui  plus  fent 
Paine  &   torment 

Que  dire  ne  porroie. 
Las  !   or  mortai  , 
Car  bien  le  fai , 

S'ele  ne  me  ravoie. 


2C7 

»  j'en  mourrai ,  &  je  m'y  attends ,  G  elle 
»  ne  daigne  me  rendre  la  vie. 


■  Chacun  d'eux  alors  avec  douceur  &  po- 
»  litefle  nie  conibla.  Ils  m'aflurercnt  plu- 
»  fieurs  fois  que  Dieu  bientôt  m'envcrraic 
»  ce  plaifir ,  dans  l'efpoir  duquel  je  iburfre 
»  tant.  Je  leur  fis  des  remercimens  fans 
»  fin,  &  en  pleurant  je  pris  congé  d'eux  ». 


Courtoifement 

E:  gentcmenc 
Chafcuns  d'els  me  ravoie, 

E;  dicnt  tant 

Que   Diex  bricment 
M'envoie  de   celé  joie 

Pour  qui  j'acens 

Grant   marrement. 
Et  je  leur   en   rendoie 

Merciz  mul  grant, 

Et  en  plorant 
A  Dieu  les  conmandoie» 


M  o  n  i  o  t  ,  de  Paris  (  Jean  ).  On  a  de  lui  un  ouvrage  intitulé  :  Le  Di- 
tclet  de  fortune. 

D'autres  difent  que  cette  pièce  eft  de  Moniot  d'Arras.  Ils  vivaient  tous 
deux  fous  S.  Louis.  Nous  avons  onze  chanfons  de  Moniot  de  Paris. 

Moulins  (  Mefîire  Pierre  de).  Quatre  chanfons  que  le  manuferic  de 
Ste.-Palaye  nous  a  confervées  de  lui,  nous  aprenent  qu'il  vivait  fous  le  règne 
de  S.  Louis. 


Mu  set  (Colin)  était  un  fimple  Jongleur  ou  Meneftrel ,  que  fon  ef- 
prir  éleva  au  grade  d'Académicien  de  Troyes  &  de  Provins. 

M.  le  Marquis  de  P.  croit  que  le  Roi  de  Navarre  ne  lailïà  pas  long- 
tems  Colin  Muftt  faire  le  métier  d'un  vil  chanteur,  courant  les  champs 
pour  gagner  fa  vie  \  de  qu'il  le  prit  à  fon  fervice. 

Une  tradition  fort  ancienne  nous  aprend  que  Colin  Mufet  contribua   de 
fes   deniers    à    la   conftrucYion    du   portail    de   Saint    Julien    des    M 
triers ,  qui   fubfilte    encore  dans    la   rue   Saint  Martin,    cv    qu'on    l'y    a 
représenté  jouant  du  violon.  Cet  inftrument  reflemble  trop  aux   violons 

X  i 


so8  ESSAI 

de  nos  jours ,  pour  ne  pas  avoir  été  ajouté  à  la  figure  long-tems  après 
qu'elle  a  été  faite.  On  a  voulu  que  la  Vielle  ait  été  inventée  par  Colin 
Mufet  ;  mais  nous  lui  avons  prouvé  une  bien  plus  ancienne  origine  dans 
notre  fécond  Livre.  On  l'a  fait  auffi  à  tort  l'inventeur  du  Vaudeville.  M. 
le  Marquis  de  Paulmy  a  raifon  de  le  croire  plutôt  l'inventeur  des  chanfons 
à  danfer ,  du  moins  n'en  connaiffôns-nous  aucune  plus  ancienne  que  la 
fienne  (a).  Il  ne  nous  relie  de  lui  que  trois  chanfons. 

Chanfon  de   Colin  Mufet. 


Ces  deux  vers 
Sont  corrompus 
tb.rts   l'original. 


Volez  oir'  la  mufe  Mulet? 
En  Mai  fut  fête  un  matinée, 
En  un  vergier  flori ,  verdet , 

Au  point  du  jor , 
Où  chantoient   cil   oifelet 

Par  grant  baudor. 
Et  j'alai  fere  un  chapelet 

En    la  »erdor  : 
Je  le  fis  bel,  &  cointe,  &  ne: 

Et  plain  de  flor. 

Vis   une   dancele 
Avenant  &  mult  bêle, 

Gente  pucele , 

Bouchère  riant, 

Qui  me  rapele  : 

Vien  ça,   fi  viéle 
Ta  mufe  en  chantant 
Tant  mignotement. 

J'alai  à  li  el  praèlet 
O   tout  la  viele  &  l'archet  ; 
Si  h  ai  chanté   le  Mufet 
Par  grant  amour 


«  Voulez-vous  ouïr  la  chanfon  de  Mufet? 
»  elle  fut  faite  en  Mai,  un  certain  matin 
»  dans  un  verger  verd  &  fleuri ,  au  point 
»  du  jour,  tandis  que  chantaient  à  l'envi 
»  les  oifeaux.  J'allai  fur  la  prairie  faire  un 
»  chapel  ;  je  le  fis  beau ,  propre ,  bien  tour- 
»  né  ,  plein  de  fleurs.  Alors  j'apperçus  une 
»  demoifelle  attrayante  &  belle  >  une  pu- 
»  celle  gentille  , -qui  avec  un  joli  fourire, 
»  m'appela.  Viens-çà ,  Mufet ,  joue-moi  de 
»  ta  vielle  en  chantant  ta  chanfon  fi  joli-» 
v  ment, 


»  J'allai  à  elle  dans  la  prairie  avec  ma 
»  vielle  &  mon  archet  (3) ,  je  lui  chantai 

»  mon  Mufet  amoureufement 

.............. 

»  en  voyant  fes  cheveux  blonds,  fes  cou- 
»  leurs  vermeilles  ,   fon  gentil  corps    qui 


(a)  On  la  trouvera  eu  Mufique  à  la  fin  de  ce  Livre  :  elle  a  été  remife  en  français  pat 
M.  le  Marquis  de  P. 

(b)  Il  y  avait  alors  plufieurs  efpeces  de  vielles  ;  celle  à  roue,  &  celle  à  archet  que  nous 
De  connaiffons  plus ,  &  d'où  l'on  a  prétendu  que  nous  était  venue  la  viole.  On  voit 
que  c'eft  de  cette  dernière  dont  jouoit  Colin  Jl/stfa  ,  puifqu'il  parle  de  l'archet. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Et  quand  je  vis  Ton  chef  blondet 

Et  fans  color  , 
Et  fon  gent  cors   amoureufet , 

Ec  fi  d'ator , 

Mon  cuer  fautele 

Pour  la  damoifelle 

Alult   renouvelé 

J\la  joie  fouvenr  : 

Ele   ot  gonele 
De  drap  de  Cartel  e 

Qui  reflincele. 
Doux  Dex  !  je  l'aim  tant 
Du  cuer  loiaument. 


2Cp 

»  infpirait  l'amour',  &  fes atours ,  mon  cœur 
»  trefiaille  pour  la  demoifelle  ,  &  mon 
»  plaifir  augmente  à  chaque  inftant.  Elle 
p  avait  une  gonnelle  de  drap  de  Caftille 
p  trùs-brillant.  Dieu  !  je  l'aime  tant  &  fi 
»  loyalement  ! 


Quand  j'oi  devant  li  viélé 
Pour  avoir  s'amour  &  fon  gré  , 
Elle  m'a  bien  guerredoné  , 

Soe  merci  , 
D'un  béfier  à  ma  volenté. 
Dex  !   que  j'aim   fi  ! 
Et  autre  chofé  m'a  donné , 

Com  fon  ami , 
Que  j'avoie  tant  defiré. 
Ce  m'eft  merci , 
Plus  fui  en  joie 
Que  je   ne  foloie  , 
Quant  celé  eft  moie 
Que  je  tant  défir. 
Je  ne  prendroie 
Avoir  ne  monnoie 
Pour  riens  que  voie. 
Ne  rrTen   quier    partir, 
Aincois  vuel  morir. 


»  Quand  j'eus  vielle  devant  elle ,  pom 
»  mériter  fon  amour  &  fa  grâce,  elle  m'en 
»  récompenfa  de  fon  bon  gré  ,  par  un  bai'" 
»  fèr  que  je  pris  à  mon  aife.  Dieu  !  quel 
p  plaifir!  elle  m'accorda  autre  chofe  comme 
p  à  fon  ami.  J'obtins  ce  que  j'avais  tant 
»  fouhaité  ;  &  je  relTentis  une  joie  extraor- 
»  dinaire  quand  je  vis  à  moi  cette  beauté 
»  que  je  délirais  fi  fort.  Je  ne  céderais  pas 
u  mon  bonheur  pour  richefles ,  pour  argent, 
p  ni  pour  rien  au  monde.  Je  ne  veux  pas 
»  m'en  féparer,  mais  mourir  à  fon  fervicç. 


Ore  a  Colin  Mufet  mufé , 
Et  s'a  à  devife  chanté 
Pour  la  belc  au  vis  coloré 

De  cuer  joli. 
Maint  bon  morcel  li  a  donné 

Et  départi , 
Et  de  bon  vin  fort  à  fon  gré , 

G  cl  vous  arîi. 


»  Ainfi  joua  Colin  Mufet ,  &  il  enanta 
p  gaiement  pour  la  belle  aux  joues  ver- 
•o  meilles.  Elle  lui  donna  maint  bon  mor- 
»  ceau  &  d'excellent  vin  ,  je  vous  jure , 
»  tant  qu'il  en  voulut.  C'eft  ainfi  qu'il  a 
»  vécu  jufqu'i  prélènt.  Il  continuera  de 
»  même;  il  chante  gaiment ,  &  protefte 
p  qu'il  veut  fcrvii  amour.  Il  a  grand  joie  , 


S     S    A    I 


»  &  fe  plaît  à  retourner  au  Terger  où  il 
»  fe  divertit  à  faire  venir  bon  vin  tout  à 
»  loilîr  ». 


310  E 

Eafi  à  fon  fiecle  mené 
Jufques   ici  j 
Oncor  doignoie, 
En  chantant  maine  joie , 
Mult   fe  cointoie 
Qu'amours  veut  fervir. 
Si   a  grant  joie 
El  vergier  où  doignoie 
Bien  (e  convoie , 
Bon  vin   fet  venir 
Très  tout  à  loifir. 

Ne  e  l  e  (  Perrot  de  )  était  l'ami  de  Bretel ,  ôc  vivait  du  tems  de  S.  Louis  : 
il  nous  refte  de  lui  une  chanfon. 

Neuville  (  Jean  de  ).  Le  manufcrit  du  Roi  nous   a  confetvé  dix-neuf 
chanfons  de  lui.  Il  vivait  dans  le  tteizieme  fiecle. 

Chanfon  de  Jean  de  Neuville. 


Li  douz  tans  de  palcor 

Ma  guéri , 
Que  vergier  de  colorî 

Sont  flori , 
Bois  &  pré  raverdi  , 
Li  oilêl  for  la  flor  funt  resjoï. 
Or  balez  ,  fins  amis  , 
Por  la  bêle  au  cler  vis. 

Ma  dame  n'os  proïer , 

Tant  la  dout, 
Tant  la  crient  avoier! 

Car  del  tout 
Me  convient,  fanz  dire  riens, 
Devant  fon  gent  cors  eftre  esbahis 

Or,  &c. 

Sovent  foufpir  &  plor 

Por   celi 
Qui  aine  de  ma  dolor 

N'ot  merci , 
Hélas!  porcoi  la  vi , 
Quant  je  por  un  regart  mon   cuer  i  mis 
Or,  «ce. 


o  Je  fuis  guéri  par  le  retour  du  doux 
»  printemps ,  maintenant  que  les  vergers 
p  font  émaillés  de  fleurs ,  que  les  bois  & 
»  les  prés  font  reverdis,  &  que  les  oifeaux 
»  fe  réjouiflent  fur  les  arbres  fleuris.  Or 
v  danfez,  tendres  amans ,  pour  la  belle  au 
w  joli  minois. 

»  Je  n'olê  rien  demander  à  ma  dame , 
»  tant  je  la  redoute  ,  tant  je  crains  de  la 
»  fâcher  !  Je  fuis  réduit  à  refter  devant  fa 
»  jolie  figure,  tout  ébahi,  (ans  dire  un  feui 
s  mou    Or  ,   &c . 


»  Souvent  je  foupire  &  pleure  pour  celle 
»  qui  jamais  n'eut  pitié  de  ma  douleur. 
»  Hélas  !  pourquoi  l'ai-je  vue  ce  jour  où 
»  un  feul  regard  me  coûta  mon  cceur  ! 
»  Or ,  &c 


SUR    LA    MUSIQUE. 


211 

»  Dame  j'ai  été  defTervi  par  les  médifans 
»  qui  veulent ,  (les  méchans  !  )  fépater  ce 
»  qu'amour  avait  uni.  Dames  Se  cheva- 
»  liers  aiment  conftainment  :  Or ,  &c  u. 


Dame  ,  cil  lofengicr 

M'ont  tiai 
Qui  vuelent  dépécier  , 

Li   honi  ! 
Ce  qu'amors  cftabli. 
Dames  &  chevaliers  aiment  toz  dis. 
Or,  &c. 


Oisi  (  Meflîre  Hagues  d'  ).  Thibaud  le  Bon  ,  Comte  de  Blois ,  dernier 
grand  Sénéchal  de  France,  qui  époufa  Alix  de  France ,  ferur  de  Philippe 
Auguftc ,  était  fils  de  Thibaud  IV ,  dit  le  grand  Comte  de  Champagne  , 
&  frère  cadet  de  Henry  I ,  auffi  Comte  de  Champagne.  Ce  Comte  de  Blois 
fut  tué  en  1191  au  fiége  d'Acre,  &  laiflà  plusieurs  enfans  ,  entr'autres 
Marguerite  mariée  à  Hugues  d'Oifi,  troisième  du  nom,  Seigneur  de  Mont- 
mi  rai ,  probablement  celui  dont  il  nous  relte  deux  chanfons.  Vers  uzo  , 
il  y  eut  un  Jean  d'Oifi,  Seigneur  de  Montmiral  ,  qui  époufa  une  Elha- 
beth  de  la  maifon  de  Champagne. 


Chanfon  de  M"   Hugues  d'0ijî{a).  Il  manque  les  deux  prem 


\itrs  vers. 


Maugrez  tous  fainz  &  maugré  Dieu  aufî 
Revient  Queues,  &  mal  foit-il  végnans. 
Honiz  foit-il ,  S:  fes  prééchemans  ; 
Et  houniz  foit  ke  de  lui  ne   dit  fi. 
Quant  Dex  verra  que  fes  befoinz  ert  grans , 
Il  li  faudra,  car  il  li  a  failli. 


«  Malgré  tous  les  Saints,  &  même  en  dépi: 
»  de  Dieu ,  Quenes  revient  ;  &  puirTc-t-il  re- 
»  venir  pour  fon  malheur.  Honni  foi:-il  lui  Se 
»  fes  prédications,  &  honni  celui  qui  fur  lui 
»  ne  dira  il.  Quand  Dieu  verra  que  la  Terrc- 
»  Sainte  cft  dans  une  grande  détrefTe,  i!  l'a- 
»  bandonuera  puifqu'il  en  a  été  abandonné. 


(a)  Cette  chanfon  eft  fatyriquc;  Elle  cft  faite  contre  M.   Quenes  de  Bediune,  qui  arait 
pris  la  croix,  Se  avait  annoncé  fon  départ  par  la  chanfon , 

Ahi  amors  !   com  Jure  départie. 
Si  elle  eft  de  lui,  comme  les  manuferits  du  Roi  &  da  Vatican  la  lui  attribuent.  On  U 
trouvera  dans  le  chapitre  fuivaut  parmi  celles  du  Châtelain  de  Coucy. 


a  12  Ë    S    S 

Déchantez  maiz ,  Quenes,  je  vouz  en  prie} 
Car  vos  chançons  ne  font  mes  avenanz. 
Or  meniez -vous  honteufe  vie   ci  ; 
Ne  voufiftes  por   Dieu  morir  joïanz, 
Or  vous  conte-on  avccc  les  rçcréanz  : 
Si  remaindroiz  avœc  vo  Roi  failli. 
Ja  dame  Diex  qui  feur  touz  eft  puiiTanz , 
Du  Roi  avant,  &  de  vous  n'ait  merci. 


Tout  fu  Quenes  preuz ,  quant  il  s'en  ala , 
De  fermoner  &  de  gent  preefchierj 
Et  quant  uns  feuz  en  remanoit  de  ça , 
Il  li  difoit  &  honte  &  réprouvier. 
Ore  eft  venuz  fon  lieu  réconchier , 
Et  s'eft  plus  orz  que  quant  il  s'en  ala  ; 
Bien  poet  fa  croiz  garder  &  eftoïer: 
E'encor  l'a  il  tele  k'il  l'enporta. 


A    I 

»  Déchantez  déformais ,  Quenes ,  je  vous 
»  en  prie,  car  vos  chanfons  ne  convien- 
»  nent  plus.  Vous  allez  mener  ici  une  vie 
n  honteufe.  Vous  n'avez  point  voulu  mou- 
»  rir  glorieulèment  pour  Dieu ,  on  va  vous 
»  compter  maintenant]  parmi  les  renégats. 
»  Vous  refterez  avec  votre  lâche  Roi, 
»  Que  le  Seigneur  Dieu  ,  qui  eft  tout- 
»  puiffant,  n'ait  pitié,  ni  du  Roi  d'abord» 
»  ni  de  vous  enfuite. 

»  Quant  Quenes  s'en  alla  il  fit  des 
»  prouefTes  pour  fermoner  &  prêcher  les 
»  gens;  quand  il  en  voyait  un  feul  refter, 
»  il  lui  faifoit  honte  &  lui  difait  des  injures, 
n  Or ,  maintenant  il  eft  revenu  faire  caca 
»  dans  fon  nid ,  &  le  voilà  plus  fale  que 
»  quand  il  eft  parti.  Il  peut  bien  garder 
»  &  conferver  fa  croix  ,  car  elle  eft  encore 
»  telle  que  quand  il  l'emporta  », 


O  s  t  u  n  (  Jacques  d'  ).  Une  feule  chanfon  de  lui  nous  eft  reftie.  Il 
vait  fous  S.  Louis. 


VI- 


Paon  (  Philippe  )  a  fait  une  chanfon,  dont  voici  le  premier  couplet. 


Se  félon  &  lofengier 
Ont  parlé  feur  mi, 
Or  puent  vif  enragier 
Car  je  di  d'aus  fi  , 
Et  ma  douce  dame  aufi 
Qui  pou  prife  leur  dangier. 

Et  fâchiez  de  fi 
Pour  l'amour  que  j'ai  en  li 
Tien-je  mon  cuer  fi  joli. 


«  Si  les  médians  &  les  médifans  ont 
»  parlé  fur  moi ,  ils  peuvent  maintenant 
»  enrager  tout  vifs  ;  car  je  dis  fi  d'eux ,  & 
»  ma  douce  maîtrefTe  aufll  qui  craint  peu 
»  leurs  difcours  ;  &  fâchez  fur  ma  foi  que 
»  c'eft  l'amour  que  je  trouve  en  elle  qui 
u  me  tient  le  cœur  fi  joyeux  », 


U  était  l'un  des  Poètes  du  treizième  fiecle. 


Pierre  (  Robers  de  la)  a  laiflTé  neuf  chanfons,  Se  vivait  fous  Saint 
Louis. 

i  Prez 


SUR    LA    MUSIQUE.  21? 

Prince  de  Morée  (le  ).  Le  feul  manufcrit  du  Roi  avait  confervc  deux 
chanfons  de  ce  Prince  ;  mais  elles  n'exiftent  que  dans  la  table  ,  Se  fai- 
fatent  aparemment  partie  de  celles  coupées  par  Henri  III.  Nous  n'avons 
pu  les  retrouver  nulle  part ,"  Se  nous  ignorons  quel  pouvait  être  ce  prince 
de  Morée. 

Quarignon  (Renier  de).  Le  manufcrit  de  Ste.-Palaye  renferme 
deux  chanfons  de  ce  Poe  te  du  treizième  fiecle. 

Renti  (  Jean  de  )  n'efl:  connu  que  par  douze  chanfons  de  lui,  qui  fe 
trouvent  dans  les  manuferits  de  Ste.-Palaye  Se  de  Noailles. 

Robert  (  de  Reims  )  vivait  fous  S.  Louis,  &:  nous  a  laifle  cinq 
chanfons. 

Robin,  de  Compiegne ,  ami  de  Bretel ,  vivait  du  tems  de  S.  Louis. 

Rogeret,  de  Cambray.  Fauchet  l'appelé  Roger,  Se  dit  qu'il  jouait 
de  la  vielle. 

Le  Poëce  le  dit  dans  la  feule  chanfon  qui  nous  refte  de  lui  :  Pour  U 
fa\  former  ma  viéle. 

Sauvage  d'Arraz  ,  Poëte  du    treizième  fiecle,  nous  a   lailfé   quatre 

chanfons. 

Sauvage,  de  Béthune  ,  vivait  dans  le  même  tems ,  Se  ne  nous  en  a 
laillé  qu'une.  9 

Sauvales  Cosses;  Le  manufcrit  du  Vatican  qui  feul  en  fait  mention 
ne  nous  a  confervé  qu'une  feule  chanfon  de  lui. 

Semilli  (Richard  de)  vivait  fous  S.  Louis  ,  Se  était  ami  de  Gautier 
d'Argiès  :  nous  avons  quinze  chanfons  de  lui. 

Chanfon  de  Richard  de  Semilli. 

J'aim  la  plus  fade  riens  qui  foie  de  mère  née        «  J'aime   la   plus  belle    perfon.ie    que 
En  qui  j'ai  treftour  mis  cuer  &  cors  &  penfee.    »  femme  ai;  engendrée.  Je  lui  ai  dévoue 
Tome  II.  Y 


2 1 4  E     S    b 

Li  douz  Dex  !  que  ferai  de  s'amor  qui  me  tue  .' 
Dame  qui  veut  amer  doit  eftre  (impie  en  rue , 
En  chambre  o  fon  ami  foie  xenvoifie  &  drue. 


N'eft  riens  qui  ne  l'amaft  ;  cortoife  eft  à  merveille  ; 
Plus  eft  blanche  que  noif;  conme  rofe  vermeille, 
Li  douz  Dex  !  &c. 


A    1 

»  mon  cœur ,  mon  corps  Si  mes  penféet, 
»  Dieu  !  que  ferai-je  de  fon  amour  qui  me 
»  fait  mourir  ?  dame  qui  veut  aimer  doit 
»  dans  la  rue  être  modefte;  mais  dans  la 
»  chambre  avec  fon  ami ,  elle  doit  être 
»  gaie  Se  amoureufe. 

»  Il  n'eft  perfonne  qui  ne  l'aimât,  ma  belle  j 
»  elle  eft  courtoife  jufqu'à  étonrter.  Elle  eft 
»>  plus  blanche  que  neige,  vermeille  comme 
»  la  rofe.  Dieu  !  &c 


Elleaun  chief  blondet,  euz  verz ,  boche  fadete ,  »  Elle  a  les  cheveux  blonds,  les  yeux 
Un  cors  pour  enbracier,  une  gorge  blanchete  :  »  bleus ,  la  bouche  riante  ,  une  taille  faite 
Li  douz,  &c.  »  pour  être  embraffée ,  une  gorge  blanche. 

»  Dieu  !  &c. 


Ele  a  un  pié  petit,  fi  eft  fi  bien  chaucié. 
Puis  va  fi  droitement  defus  celé  chauciée. 
Li  douz  ,   Sic, 

Que  irai-je  difant  ?  n'eft  nule  qui  la  vaille. 
Se  plaine  eft  de  pitié ,  n'eft  nule  qui  la  vaille. 
Li  douz,  &c. 

Chançon,  va  toft,  fi  di  la  douce  débonnere 
Qu'el  te  chant,  fanz  merci  el  le  faura  bien  fere. 
Li  douz,  &c. 


»  Elle  a  un  petit  pied,  &  fi  bien  chauffe! 
»  Elle  marche  avec  tant  de  grâce  dans  la 
»  rue  1  Dieu  ,  &c. 

»  Que  vous  dirai  je  ?  il  n'eft  point  de 
»  femme  qui  la  vaille  ,  mais  fi  elle  a  pitié 
»  de  moi,  oh  !  c'eft  alors  qu'aucune  femme 
»  ne  la  vaudra.  Dieu  !  &c. 

»  Chanfon  ,  va  la  trouver,  &  dis  à  cette 
v  beauté  débonnaire  qu'elle  te  chante}  elle 
»  le  fera  fans  pitié.  Dieu  1  &c. 


PASTOURELLE  (a). 


L'autrier  chevauchoie  de  fez  Paris 
Trovai  Paftorele  gardant  berbiz, 
Defcendiz  à  terre ,  lez  li  m'affis , 
Et   fes  amoretes   je  li  requis. 
El  me  dift  ,  biau  fire,  par  Saint  Denis, 
J'aim  plus  biau  de  vous  &  mult  melz  apiis  : 
Ja  tant  conme  il  fait ,  ne  fainz  ne  vis, 
Autre  n'amerai,  je  le  vous  plevis  : 
Car  il  eft  biax ,  cortois  Se  fenez. 


«  J^chevauchois  l'autre  jour  près  de  Pa- 
»  ris,  quand  je  rencontrai  bergère  gardant 
»  brebis.  Je  mis  pied  à  terre ,  m'aftis  auprès 
»  d'elle,  &  lui  demandai  fon  amour.  Beau 
»  fire  ,  me  répondit- elle,  par  Saint-Denis, 
»  j'aime  plus  beau  ,  &  plus  honête  que  vous , 
»  &  tant  que  je  ferai  faine  Se  vivante  je 
»  n'aimerai  autre  ,  je  vous  le  jure  :  car.  it 
»  eft  beau,  courtois  &  fenfé.  Dieu]!  je  fuis 


(a)  Hémiftiche  à  remarquer;  il  eft  au  troiîîeme  pied  &  quelquefois  placé  à  la  cinquième 
fyllabe. 


SUR    LA    MUSIQUE.  !m$ 

Dex  je  fuis  jonete  •jeunette,  gentillette  ;  &  j'aime  tel  qui 

Et  fadete ,  »  efi  jeune ,  gentil  &  fage  aujji. 

Et  j'aim  te-t. 
Qui  jones  ejl 
Et  fades  &  figes  affe\  (a)« 


Rcbin  l'atendoit  en  un  valet, 
Par  ennui  s'affift  1er  un  buiflbnec 
Que  ils'efcoit  levez  trop  matinée 
Pour  coillir  la  rofe  &  le  mufguec. 
S'ot  j'a  à  fa  mie  fet  chapelet 
Et  a  foiaun  autre  tout  nouvelet  : 
Et  dift,  je  me  muir  ,  bêle ,  en  fon  fonet  : 
Se  vous  demore^un  feul  petitet, 
James  vif  ne  me  trouverez. 

Très  douce  damoifele  , 

Vos  m'ocire-^  , 

Se  vous  voule^. 

Quant  elle  I'oï  fi  defeonforter 
Tantoft  vint  à  li  fanz  demorer. 
Qui  lors  les  veift  joie  démener , 
Robin  des  bruilîcr  Se  Marot  baler. 
Lez  un   buiiïon   s'alerent  joer. 
Ne  fai  q'il  i  firent,  n'en  quier  parler  : 
Mes  n'i  voudront  pas  grinmcnt  demorer, 
Ainz  fe  relevèrent  pour  melz  noter 
Celle  Pallorcle  ; 
Vali  doriax  ,  li  doriax 
Laire  le. 

Je  m'areftai  donc  iluec  en  droit  ; 
Si  vi   la  grant  joie  que  cil  fefoit 
Et  le  grant  Solaz   que  il  dénienoie 
Qui  oneques  amors  (ërvies  n'avoit. 
Et  di-je  ,  maudit  amors  orendroit 
Qui  tant  m'ont  tenu  loue  tens  à  dcflroit. 
Ges  ai  plus   fervies  q'onmc  qui   foit  , 


»  Robin  était  à  l'attendre  dans  un  vallon. 
»  D'ennui  il  s'aflît  près  d'un  buiflbn  ,  car 
»  il  s'était  levé  de  grand  matin  pour  cueillir 
n  la  xofe  &  le  muguet,  afin  de  ûire  un 
»  chapel  à  fa  mie.  Il  s'en  était  fait  un  aufli 
»  pour  lui-même;  Se.  il  difait  en  chantant: 
»  belle ,  je  me  meurs  :  vous  ne  me  trou- 
»  vêtez  plus  en  vie ,  fi  vous  tardez  encore 
»  un  inltant  :  très-douce  amie,  vous  me 
*fere\  mourir ,  fi  vous  voule\. 


y  Quand  elle  l'entendit  fe  défoler ,  elle 
»  vint  à  lui  aufli-tôt.  Vous  les  eulTiez  vus 
n  alors  montrer  grande  joie,  Robin  faire 
»  du  bruit ,  Marot  fauter.  Ils  allèrent  s'é- 
»  battre  derrière  un  buiiïbn  ,  je  ne  fais  ce 
»  qu'ils  y  firent  &  ne  puis  vous  le  conter  ; 
»  mais  ils  n'y  relièrent  pas  long-tems,& 
»  fe  relevèrent  pour  chanter  ce  refrein  d'une 
»  pailourelle:  vali  doriax,  li  doriax  loin 
h.  {/•) 


n  Je  m'arrêtai  donc  là  ,  &:  vis  la  joie 
»  que  montrait  &  le  plaifir  que  témoignait 
n  ce  berger  qui  jamais  n'avait  fervi  amour. 
»  Alors  je  m'écriai ,  je  vous  maudis,  amour, 
»>  qui  m'avez  tenu  li  long-tcms  dans  la 
»  fouffranec.  Je  vous  ai  fervi  mieux  qu'hoin- 
»  me  au  monde,  &  j'amais  fe  n'en 


(a")  Chaque  couplet  finit  par  des  refreins  d'autres  chanfons. 

(3)  Refrein  qui  probablement  avait  alors  un  fens  que  nous  ignorons  aujourd'hui. 

^4  • 


2ït5 


ESSAI 


N'onques  n'en  oi  bien:  fi  n'eft-ce  pas  droit. 

Pour  ce  les  maudi  : 
Maie  honte  ait  cil  qui  amors parti , 

Quant  g'i  ai  failli. 

De  fi  loing  con  li  bergiers  me  vit, 
S'efcria  mule  haut ,  &  fi  me  dift  , 
Alez  voftre  voie  par  Jhefus   crift, 
Ne  nous  tolez  pas  noftre  déduit  : 
J'ai  mult  plus  de  joie  &  de  délit 
Que  li  Rois  de  France  n'en  a ,  ce  cuit. 
S'il  a  fa  richece,  je  la  lui  cuit, 
Et  j'ai  ma  miete  &  jor  &  nuit, 
Ne  ja  ne  départiron. 
Dance\y  bêle  Marion, 
Ja  n'aimje  riens  fe  vous  non. 


»  bien.  N'eft-il  pas  jufte  que  je  vous  mau- 
»  diffe  ?  puijje  être  déshonoré  celui  qui  fe 
n  prend  d'amour,  quand  moi  je  n'en  retire 
r>  rien. 

»  Du  plus  loin  que  me  vit  le  berger , 
»  il  s'écria  à  haute  voix  ,  paffez  votre  che- 
»  min  &  ne  troublés  pas  nos  plaifirs.  J'ai 
»  plus  de  joie  &  d'aife  que  le  Roi  de  France, 
»  je  penfe.  S'il  a  des  richelTes ,  je  les  lui 
»  laiflè  ;  moi  j'ai  ma  mie  jour  &  nuit,  Se 
»  jamais  nous  ne  nous  quitterons.  Danfe\ 
»  bdle  Marion  ,je  n'aime  riiti  que  vous»» 


AUTRE. 


L'autrier  tous  feus  chevauchoi  mon  chemin 
A   l'oiffue  de  Paris  par  un   matin , 
Oï  dame  bêle  &  gente  en  un  jardin 
•Cefte  chançon  noter  : 
Dame  qui  a  mal  mari , 

S'ele  fet  ami, 
N'en    eft  pas  à  blafmer. 

Vers  li  me  très,  fi  li  dis;  fuer,  dites-moi, 
Pourquoi  parlez  vous  d'ami  ?  eft-ce  defroi  ? 
Sire,  je  vous  le  dirai  mult  bien  pourquoi, 

Ja  nel  vous  qier  celer. 

Dame ,  &c. 

A  un  Vilain  m'ont  donée  mi  parent 
Qui  ne  fet  fors  auner  or  &  argent  ; 
Et  me  fet  d'ennui  morir  afTez  fouvent 

Q'il   ne  me  let  joer  t 

Dame,  &c. 

Je  li  dis ,  ma  douce  fuer ,  fe  Diex  me  faut , 
Vez-ci  voftre  douz  amis  qui  ne  vos  faut  ; 
Venez- vous  en  avec  moi,  &  ne  vous  chaut, 

Si  le  lellîez  efter  , 

Dame ,   Sic. 


«  L'autre  jour  fortant  de  Paris  tout  feul 
»  un  certain  matin  ,  j'allois  fur  mon  cheval 
»  lorfque  je  vis  dans  un  jardin  daine  bellï 
»  &  gentille,  qui  chantait  ces  paroles:  Dame 
»  qui  a  mauvais  mari,  fi  elle  fait  un  ami 
»  elle  n'en  eft  pas  à  blâmer. 

»  J'allai  à*  elle  &  lui  dis,  feeur,  dites- 
r>  moi  ,  pourquoi  parlez-vous  d'ami  ?  eft' 
»  ce  défefpoir .'  fire ,  je  vous  en  dirai  vo- 
»  lontiers  la  raifon  &  ne  vous  la  cacherai 
»  pas.  Dame  ,  &c. 

»  Mes  parais  m'ont  mariée  à  un  vilain 
»>  qui  ne  fait  qu'amafTer  or  &  argent ,  Se 
»  qui  me  fait  fouvent  périr  d'ennui ,  ne 
»  me  laiflant  jamais  divertir.  Dame ,  Sec. 

»  Ma  douce  four,  repris- je,  que  Dieo 
»  me  fauve  ,  vous  voyez  un  ami  qui  ne 
»  vous  manquera  jamais  ,  fîiivez-moi ,  & 
v  ne  vous  inquiétez  pas  du  refte  ,  laifièz-là 
»  votre  mari.  Dame  ,  Sic, 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Sire ,  je   n'iroie  pas  hors  de   Paris , 
J'auroie  perdu  honeur   mes   à  touz  dis  î 
JVIcs  ici  l'accoupirai ,  fe  trouver  puis 

Nus   qui   me  veuille  amer. 

Dame ,  &c. 

Quant  je  vis  qu'avecques  moi  ne  vont  venir  > 
Je  li  fis  le  gieu  d'amors ,  au  départir 
Puis  me  pria   &  requift  qu'au  revenir 

AlafTe  à  li  parler  : 

Dame,  Sec. 


21J 

»  Sire ,  je  ne  veux  pas  fortii  de  Paris , 
»  je  ferais  deshonorée  à  jamais,  mais  je  me 
»  vengerai  ici  ,  fi  je  puis  trouver  quelqu'un 
»  qui  me  veuille  aimer.  Dame ,  &c. 

»  Quand  je  vis  qu'elle  ne  vouloit  pas 
»  me  fuivre ,  je  lui  montrai  le  jeu  d'a- 
»  mour ,  &  quand  je  la  quittai ,  elle  me 
»  pria  qu'à  mon  retour  je  vinflè  encore  lui 
»  parler.  Dame  ,  &c  ». 


AUTRE. 


Nous  tenions  l'autrier  de  joer  &  de  refver 
Moi  &   mi    conpaing  Si  roi  per  : 
Car  jolis  cuers  nos  maine  , 
L'amors  n'eft  pas  vilaine 
Qui  ainfi  nos  démaine. 

De  Paris  encontrafmes ,  ce  cuit , 
Le   greigneur   bruit 
Des  dames  qui  vont  en   déduit 
Au  pardon  outre  feine  : 
L'amors ,  &c. 

La  plus  belle  du  mont  choifi , 

Dame  à  mari , 
Par  pou  que  fon  nom  ne  vous  di , 

Touz  jors  me  met  en  paine  : 

L'amors ,  &c. 

E!e  ot  euz  vers,  un  chief  fi  blondet, 
Vis  vermillet, 
Douche  bouche,  douz  mentonet, 
Une  doucete  alaine  : 
L'amors,    &c. 

Tuit  li  déduit  du  mont  font  en  li , 
One  ce  ne  vi , 
Car  ele  chante  fanz  merci 

Cler  conme  une   feraine  : 
L'ainois ,    Sic. 


«  Nous  venions  l'autre  jour  de  jouer  & 
»  de  nous  ébattre  moi,  mon  ami  &  mes 
»  camarades  ,  car  la  gaieté  nous  mené , 
»  &  amour  n'er*  pas  vilaia,  quand  il  naus 
»  fait  vivre  ainfi, 

n  Nous  entendîmes  venir  du  côté  de 
»  Paris ,  je  penfe,  un  grand  bruit  :  c'étaient 
»  des  dames  qui  allaient  gaiement  au  par- 
»  don  (a)  outre  Seine,  Amour,  &c. 

»  Je  choifis  dans  la  bande  uue  femme 
o  mariée ,  la  plus  belle  du  monde.  Peu 
»  s'en  faut  que  je  ne  vous  dife  fon  nom  : 
»  toujours  elle  me  met  en  peine.  Amour,  Bec 

»  Elle  a  les  yeux  bleus,  les  cheveux  blondi, 
»  les  joues  vermeilles  ,  jolie  bouche ,  joli 
»  menton  ,  douce  haleine.  Amour ,  &c, 

»  En  elle  (ont  tous  les  plaifirs  du  monde, 
»  jamais  je  ne  vis  fa  pareille  :  car  elle  chante 
»  fans  cefie  doux  comme  la  voix  d'une 
»  Sirène.  L'amour,  &c  ». 


[a)  Apparemment  au  mow  Valcricn. 


ai8  ESSAI 

Roix  ,  de  Cambray,  Poé'te  du  treizième  fiecle,cité  pat  Fauchet. 

Sendrart  ou  Sendrat.  Le  manufcrit  du  Vatican  eft  le  feul  qui  en  parle,' 
&  nous  a  confervé  une  de  fes  chanfons. 

Soignies  (Gautier  de)  vivait  fous  S.  Louis.  Nous  avons  fept  chan- 
fons de  lui. 

S  01  s  s  on  s  (  Meflîre  Raoul  de  ).  C'eft  peut-être  le  même  que  Henri  de 
Soiflons  qui  fut  pris  à  la  Maflbure  en  fuivant  S.  Louis ,  &  qui  fit  des  vers 
fur  fa  captivité. 

Il  y  avait  un  Raoul ,  Comte  de  Soiflons ,  dont  la  fille  Gertrude  époufa 
Mathieu  II  ,  dit  le  Grand ,  Connétable  de  France  fous  Philippe  Augufte. 

Ce  fut  après  la  mort  de  Gertrude  qu'il  époufa  Emme  ,  fille  &:  héritière  ' 
de  Guy  V,  Sire  de  Laval ,  dont  il  eut  Guy  VI  ,  tige  de  la  branche  de 
Montmorency-Laval.  Mathieu  II  mourut  en   1x30. 

Ce  Raoul  était  de  l'anciene  maifon  de  Nèfle  ,  qui  pofledait  le  Comté  de 
Soiflons  fous  S.  Louis.  11  était  grand  ami  du  Roi  de  Navarre  ,  qui ,  dans 
fes  chanfons ,  lui  donne  le  titre  de  Sire  de  Vertus.  Nous  avons  quatre 
chanfons  de  lui. 

Chanfon   de  Raoul  de  Soijfons. 

Quant  voi  la  glaie  meure  «  Quand    je    vois   la  (  a  )    mûre  ,  & 

Et  le  rofier  efpanir,  o  la  rofe  s'épanouir ,  &  la  rofée  briller  fur 

Et  feur  la  bêle  verdure  »  la  verdure,  alors  je  foupire  pour  celle 

La  roufée  refplendir ,  »  que  je  délire  tant.  Hélas  !  j'aime  outre 

Lors  foupir  »  mefure.  Et  comme  la  brûlure  grille  tout 

Pour  celé  que  tant  dé(ïr.  »  ce  qu'elle  atteint,  fon  regard,  qui  vint 

Hélas  !  j'aim  outre  mefure.  i>  me  frapper  au  cœur  ,   pour  me    faire 

Autre  fi  conme  l'arfure  »  éprouver  la  mort,  raie  pâlir  &  changer 

Fet  quan  qu'ele  ataint  brouir  ,  »  mon  viiâge. 
Fet  mon  vis  taindre  &  pâlir 
Sa  (impie  regardeure 
Qui  me  vint  au  ceur  férir 
Pour  fere  la  mort  fentir. 

Malt  fet  douce  blécéure  »  Un  bon  amour  caufe,  quand  il  corn- 

Bone  amour  en  fon  venir,  »  mence,  une  douce  blefTure,  &  il  vau- 

Et  melz  voudroit  la  pointure  »  irait  mieux  éprouver  la  morfure   à'aa 


<^)Lc  texte  dit  la  glaie.  Nous  ignorons  ce  que  c'eft. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


D'un  efcorpion  fcntif, 

Et  morir  , 
Que  de  ma  dolor  languir. 
Hélas  !   ma  dame  eft  fi  dure 
Que  de  ma  joie  n'a  cure 
Ne  de  ma  dolor  guérir  : 
Ainz  me  fèt  vivre  manir; 
Et  c'eft  adès  m'aventure 
Conques  dame  ne  fervir 
Q'ele  me  daignait  mérir. 

Hé  !  très  douce  défirée , 
Onques  dame  ne  fu  fi  : 
Se  vous  m'aviez  vée 
La   joie  dont  je  vous  pri , 

Enrichi 
Sont  mi  mortel  anemi, 
S'aurez  leur  joie  doublée, 
Et  à  moi  la  mort  donnée  : 
Si  ne  l'ai  pas  défcrvi. 
Conques  honme  ne  traruTi 
De  mort  fi  défefpérée  , 
Et  bien  vueil  eftre  péri 
Puifqu'à  s'amor  ai  failli, 

He  !  Dex ,  je  l'ai  tant  amée 
Dès  primes  que  je  la  vi , 
Conques  puis  d'autre  riens  née 
Ne  de  mon  cuer  ne  joi  j 

Ainz  m'a  fi 
LelTïé  pour  l'amour  de  li 
Que  je  n'aim  autre  riens  née. 
Mes  fe  nu  dame   honorée 
Set  qu'cle  ait  loial  aini , 
Bien  devroit  avoir  merci 
Se  loiauté  li  agrée. 
Mes  Couvent  avient  enfi 
Que  ce  font  li  plus  hai. 


2ip 

»  feorpion  &  mourir  ,  que  languir  airrfi 
»  de  douleur.  Hélas!  ma  dame  eu  f\  cruelle 
»  qu'elle  s'embarrafTc  fort  peu  de  ma  joie  & 
»  de  la  guérifon  de  mes  maux..  Elle  mefait 
»  vivre  martyr  ;  &  tel  a  toujours  été  mou 
»  fort  de  fervir  le* dames,  Cuis  lien  obtenu 
»  d'elle;. 


9  Ah  !  belle  tant  defiréj,  jamais  femme  ne 
»  le  fut  comme  vous  ;  fi  vous  me  refufez  les 
»  plailîrs  que  je  vous  demande,  mesenne- 
»  mis  en  feront  joyeux  ,  vous  aurez  aug- 
»  mente  leur  joie ,  &c  à  mei  vous  me  don- 
»  nerez  la  mort.  Je  ne  l'ai  pourtant  pas 
»  méritée.  Jamais  homme  n'éprouva  mort 
»  fi  défefpérée ,  &  je  eonfens  volontiers  à 
»  mourir  ,  puifque  je  n'ai  pu  obtenir  votre 
d  amour. 


»  Ah  Dieu  !  du  premier  moment  que 
»  je  la  vis ,  je  l'aimai  tant ,  que  depuis 
»  je  n'ai  joui ,  ni  d'aucun  plailîr  ni  de  mon 
»  cceur.  Il  eft  tant  enflammé  pour  elle, 
»  que  je  n'aime  plus  perfonne.  Si  celle  que 
»  j'honore  fait  qu'elle  pofTéde  un  amant 
»  loyal  Se  que  mon  amour  lui  plaife,  elle 
»  devrait  bien  avoir  pitié  de  moi.  Mais  (bu- 
»  vent  il  arrive  que  de  pareils  amaus  font 
»  les  plus  hais. 


Chançon  ,  va-t-en,  fanzatendre, 
A  ma  dame  droitement: 
Prie  li  que  fànz  mefprcndrc 


»  Chan'bn ,  va-r-cn  ,  fans  tarder  ,  et» 
»  droiture  vers  ma  dame  ;  prie  la  de  te 
»  dire  avec  iïanchifc  fa  pcofec ,  cax  lbuvea-. 


»  vivre  eft  plus  douloureux  que  l'état  de 
»  celui  que  la  mort  abat.  Mais  fon  doux 
»  vifage ,  en  qui  reluit  tant  de  beauté ,  prend 
»  &  enflamme  le  cœur  ;  &  le  charbon  ne 
f>  brûle  pas  fi  fecretement  fous  la  cendre 
»  que  le  fait  celui  qui  attend  (  l'effet  de 
h  l'amour  )  », 


220  E    S    S    A 

Te  die  tout  fbn  talent  : 

Car  fouvent 
Vif  plus   dolereufement 
Que  cil  que  mort  fet  eftendre; 
Mes  fa  douce  face  tendre 
En  qui  grain  biauté  refplent, 
M'art  fi  le  cors  &  efprent, 
Que  li  charbons  foz  la  cendre 
N'art  pas  fi  couvertement 
Com  fet  li  los  qui  atent, 

Soissons  (  Mefïïre  Tierry  de).  Joinville  parle  d'un  Seigneur  de  ce 
nom,  qui  acompagna  S.  Louis  en  Paleftine.  Il  fut  pris  à  la  journée  de 
la  Maflbure  ;  &  dans  une  de  fes  chaulons  il  procède  que  ni  fes  voyages , 
ni  fa  captivité  ,  ni  fes  maladies  ,  ne  purent  jamais  changer  ou  affaiblir 
les  fentimens  de  fon  cœur.  On  allure  qu'il  était  de  l'illuftre  imaifon  de 

Soiiïbns.  " 

«  Bien  m'a  amours  éprouvé  en  Surie, 
»  Et  en  Egypte ,  où  je  fus  mené  pris. 
»  Si  que  je  fus  en  grand  paour  de  ma  vie, 
»  Et  chacun  jour  cuidai  bien  être  occis. 

Il  nous  a  laine  fix  chanfons. 

Chanfon  de  Thierry  de  Soijfons. 


Amis  Harchier,  cil  autre  chantéor 
Chantent  en  mai  volontiers  &  fouvent  ;        » 
Mes  je  ne  chant  pour  feuille  ne  pour  flor,     » 
Se  fine  amor  ne  m'en  done  talent  t  » 

Car  je  ne  fai  par  autre  enfaignement 
Fere  chançon  ,  ne  chofe  que  je  die  ; 
Mes  quant  amors  &  volenté  m'aie , 
Sachiez  de  voir  que  j'ai  affez  réfon 
De  bien  chanter  &  de  fere  chançon» 


De  bien  amer  ai  mult  bêle  achéfon 
Et  de  chanter  trop  biau  conmencement  ; 
Car  autre  fi  com  la  rofe  él  bouton 
Croift  de  biauté  &  en  amendement, 
Fet  la  bêle  qui  à  chanter  m'aprent; 


c  Ami  Harcher,  les  autres  chanfoniers 
font  ordinairement  leurs  chanfons  en  mai; 
moi  je  ne  chante ,  ni  pour  la  verdure 
ni  pour  les  fleurs,  fi  un  amour  fincere 
ne  m'en  infpire  l'envie.  Car  je  ne  fais 
nulle  autre  raifon  qui  puifle  me  faire 
chanter  ou  parler.  Mais  quand  amour 
&  tendieffe  m'animent ,  fâchez  qu'alors 
j'ai  motif  de  faire  des  vers  &  des  chan- 
fons. 

»  J'ai  un  beau  fujet  d'aimer  &.  de  chanter; 
car  ,  comme  on  voit  la  rofe  &  fon  bou- 
ton croître  fans  cefTe  en  beauté  &  en  agré- 
ment, ainfi  voit-on  croître  la  belle  qui 
m'infpire;  &  pour  moi  je  trouve  à  chaque 

Car 


SUR    LA    MUSIQUE. 


221 

»  inftam  fa  beauté  s'embcllifTant  &  fe  parant 
»  de  courtoific,  il  me  la  faut  alors  aimer 
»p!us  tendrement  encore  ,  &  chanter  pou 
»  elle  de  meilleur  cœur, 

»  Quand  je  regarde  (on  vifage  brillant 
»  &  fon  joli  corps  de  fi  beau  maintien  , 
»  je  ne  puis  retirer  mes  yeux  de  defllis  elle  ; 
»  car  j'apperçois  en  clic  cent  charmes  dif- 
»  férents  avec  lefquels  amour  m'aflalTine 
»  d'une  manière  (t  agréable  que  je  meurs, 
»  Se  cependaut  ne  me  plains  pas.  C'cft 
»  cette  mort  au  contraire  qui  me  foutienc 
»  en  vie  ;  la  douleur  fait  mon  plaiîir  &  ma 
wfanté,  &  la  richefle  caiife  ma  pauvreté. 

»  Quand  vos  veux  fe  firent  fur  moi, 
»  douce  dame  ,  je  n-eatrouve  plus  riche 
»  que  fi  j'avois  or  &  argent  ;  mais  lorfque 
»  je  fonge  que  vous  ne  m'aimez  pas  ,  la 
»  richefle  ne  me  plaît  pis,  car  fans  vous 
»  tout  ne  m'eft  rien.  Un  fcul  regard  cepen- 
»  dant  méfait  pli'S  opulent  que  le  Roi  d'A- 
>i  vcgnic(a),  &  le  pi  tifu  que  je  goûte  en  vo- 
»  tre  compagnie  eft  li  doux  qu'il  me  femble 
a  qu'ici  bas  il  n'y  ait  point  d'autre  paradis. 

s  Bonne  &  fage,  courroife  dans  vos 
»  paroles,  je  vous  crie  merci  de  meilleur 
»  cœur  qu'un  champion  qui  s'eft  loué  pour 
»  un  autre  ne  !c  crie  à  Dieu,  quand  ,!.  a 
»  bleffc  il  fe  trouve  réduit  i  Ce  défendre 
Qu'envers  fes  cous  ne  fai  riens  d'eferemie ,    »  fans  bâton.  Votre  amour   m'attaque  fi 


Car  fa  biauté  voi  adès  enbélie 

Et  amender  de  fine  cortoifîe. 

Si  la  m'eftuet  plus  loiaument  amer , 

Er  pour  s'amor  plus  volontiers  chanter. 

Quand   je  regart  fon  doux  viaire  cler 
Et  fon  gent  cors  de  bel  acefmement , 
Mes  eux  n'en  puis  partir  n'amefurer  , 
Car  en  li  voi  de  biautez  plus  de  cent , 
Dont   bone  amor  m'ocit  fi  pléfanment 
Que  pour  li  muir,  &  fi  ne  m'en  plaing  mie. 
Mes  c'eft  la  mort  qui  me  fouftient  en  vie, 
Quant  la  dolor  m'eft  déliz  &  fantez, 
Ec  Richece  ma  plus  grant  povretez. 

Douce  dame  ,  quant  vous   me  regardez  , 
Plus  fui  riches  que  d'or  ne  que  d'argent. 
Mes  richece,  puifque  vous  ne  m'amez  , 
Ne  me  pleft  riens  :  car  fanz  vous  j'ai  noient. 
Et  ne  porquant  d'un  regard  feulement 
Sui  plus  riches  que  li  rois  d'Avegnie, 
Car  li  folax  de  voftre   conpaignie 
M'eft  fi   plefanz  que  tozjors  m'eft  avis 
■Qu'en  c/ft  fiede  n'ait  autre  paradis. 


Bone  &  fage  ,  Cortoife  de  biax  diz, 
Merci  vos  proi  plus  débonérement 
Que  ne  fet  Deix  Champion  loeiz 
Qui  toz  navrez  fanz  bafton  fe  deffent  : 
Car  voftre  amour  m'aflaut  fi  mortieuinent 


Et   vous  avez  du  champ  la  feignorie. 
Si  vous  requier,  bêle  dame,  merci, 
Que  vous  aiez  pitié  de  voftre  ami. 


»  cruellement  que  je  ne  comtois  aucune 
»  reflource  d'eferime  contre  fes  coups.  Vous 
»  avez  l'honneur  du  champ-dos  ;  &  je 
»  vous  conjure,  belle  dame,  d'avoir  pitié 
»  de  votre  ami  ». 


Tarduis  (  Jofepli  ).  Le  manuicrit  du  Roi  no.is  a  cotifervc  deux  ch.ui- 
fons  de  lui.  Il  vivait  dans  le  treizième  liecle. 


(a)  Nous  n'avons  pu  découvrir  ce  que  c'étair  que  ce  Roi,  peut-être  femblabre  au  Roi  de  Cocagne, 
Tome  II.  Z 


222  ESSAI 

Thibaut  d'Amiens.  On  trouve  une  feule  chanfon  de  lui  dans  le  ma- 
iiufcrit  de  Clairambaut. 

Thibault  IV  ,  treizième  Gomte  de  Champagne  &  Roi  de  Navarre  , 
fut  aulfi  Comte  de  Chartres ,  de  Blois  &  de  Sancerre ,  &  Vicomte  de 
Châteaudun. 

Il  naquit  au  commencement  de  1201  ,  n'avait  que  quelques  mois  lorf- 
qu'il  perdit  fon  père  ,  &  hérita  de  tous  fes  biens. 

Sa  mère  était  fille  &  héritière  préfomptive  de  Sanche  le  Fort  ,  Roi  de 
Navarre.  Son  aïeule  était  fille  d\in  Roi  d'Angleterre,  &  fa  trifaïeule  était 
de  la  Maifon  Impériale. 

Sa  taille  haute  &  bien  proportionne  ,  fa  vaillance ,  fon  adrefîè  dans  l'e- 
xercice des  armes ,  mais  particulièrement  dans  celui  de  la  lance  ,  fa  magni- 
ficence &  fa  libéralité  ,  fes  talens  pour  la  poéfie ,  &c  fon  goût  pour  les 
lettres  ,  le    rerMaient  un  Chevalier  acompli. 

Cependant  l'ambition  Se  l'amour  lui  firent  faire  de  grandes  fautes  5  & 
malgré  tout  ce  qu'a  écrit  M.  Levefque  de  la  Ravaliere  pour  prouver  que 
ce  n'était  point  la  mete  de  S.  Louis  dont  il  était  amoureux  ,  il  nous  pa- 
raît démontré  qu'elle  régna  toujours  fur  fon  cœur  ,  &  que  cependant  il 
foupira  de  tems  en  tems  pour  des  objets'  paflagers  qui  lui  infpirerent 
suffi  des  chanfons.  Car  il  faut,  avouer  que  plufieurs  des  tiennes  ne  peu- 
vent convenir  à  cette  Reine  vertueufe.  Par  exemple  celle-ci  : 

«  Si  Diex  plut  que  je  feuiïè  Si  Dieu  permettoit  par  bonheur 

.»  De  ma  dame  le  plus  haus  :  Que  feul  je  pluffe  à  ma  maîtreffe, 

»  Certes  bon  gré  l'en  fçinTe  ,  Je  le  remercirois  d'une  telle  faveur. 

»  Mes  trop  pareil  communaux.  Mais  pour  trop  de  galants,  elle  a  de  la  tendreffê, 

»  Moult  ja  de  eaux  Combien    tft-il  de  ces  amants  ' 

»  Qui  deflient  aulmoniere  :  Qui  trouvant  auprès  d'elle  un  accès  trop  facile, 

»  S'en  fout  lor  aviaux  >  Y  paiîent  de  très  doux  moments, 

»  Et  g'en  fui  bouté  arriére  ».  Tandis  que  je  me  donne  une  peine  inutile. 

Louis  VIII  ,  qui  n'ignorait  pas  la  paillon  du  Comte  pour  fa  femme  , 
mais  qui  avair  befoin  d'un  valfal  fi  puiffant  ,  diflïmula  jufqu'au  moment 
où  ayant  réfolu  de  palfer  l'hiver  en  Languedoc  ,  pour  être  plus  à  portée 
de  faire  la  guerre  aux  Anglais  qui  étaient  en  Guienne  ,  il  propofa  fon 
delïeiu  à  tous  les.  Princes  qui  l'avaient  fuivi  ;  tous  y  confentirent ,  excepté 


S  U  R    L  A    MUSIQUE.  22? 

Thibault ,  qui   ne  pouvait  penfer  ,  fans  dTefpoir  ,  qu'il  ferait  un  an  prive 
du  plaint  de  voir  la  Reine. 

La  manière  hardie  &  emportée  dont  il  refufa  le  Roi  ,  irrita  à  un  tel 
point  ce  Prince,  qu'il  le  menaça  d'aller  porter  le  fer'&  le  feu  dans  fes 
Etats ,  s'il  quitait  l'armée.  La  haine  que  le  Comte  portait  au  Roi ,  était 
égale  à  fon  amour  pour  la  Reine. 

Plufieurs  Hiftoriens  prétendent  que  ne  pouvant  fe  venger  ouvertement  , 
Thibault  fe  fervit  de  la  voie  fecrere  d'un  poifon  lent.  D'autres  plus 
croyables  ront  mourir  Louis  VIII  d'une  fièvre  maligne  &:  contagieufe  , 
Se  alfurent  que  le  Comte  de  Champagne  était  trop  généreu*  pour  com- 
mettre une  action  fi  déteftable.  Cependant  il  fut  aulfi  foupçoné  d'avoir 
tait  empoifonner  Philippe ,   Comte  de  Boulogne  ,  oncle  de  S.  Louis. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  Louis  Vlil  mourut  à  Montpenfier  le  7  Novembre 
1116,  Se  par  fon  teftament ,  déclara  Blanche,  Régente  du  Royaume. 

La  conduite  de  la  Reine  prouva  bien  qu'elle  n'avait  jamais  aprouvé 
celle  de  Thibault  ;  car  ,  quoique  fes  efpérances  fifflerft  augmentées  par  la 
mort  du  Roi  ,  jamais  il  ne  fut  fi  maltraité  de  Blanche  -,  S:  le  défefpoir 
qu'il  en  eut  ,  le  fit  confentir  à  devenir  le  chef  de  la  ligne  qui  f«  forma 
coutr'elle: 

La  jaloufie  vint  encore  redoubler  fa  rage.  Varillas  nous  aprend  qu'il 
foupçona  que  lindifférence  de  k  Reine  pour  lui  ,  ne  venait  que  de  la 
paillon  qu'elle  avait  conçue  pour  le  Cardinal  de  S.  Ange  3  Légat  du  Pape. 
Perforie  ne  l'égalait  en  bonne  mine;  il  avait  de  la  délicatelTe  dans  l'efprit, 
&  on  n'avait  pas  encore  vu  un  fi  parfait  courtifan. 

La  Reine  le  confultait  dans  les  affaires  importantes  ,  elle  lui  acordait 
toutes  les  grâces  qu'il  follicitait  :  il  n'en  falait  pas  tant  pour  alarmer  un 
jaloux  tel  que  Thibault ,  St  pour  fournir  des  armes  aux  médifans. 

La  Reine,  qui  fentit  le  befoin  qu'elle  avait  du  Comte  de  Champagne  , 
fe  contraignit  pour  le  mieux  rraiter,  &  lui  fit  dire  qu'elle  délirait  le  re- 
voir à  la  Cour.  L'impatient  Prince  abandona  aulh-tôt  la  ligne ,  Se  acourur 
à  Mont-Lhéri  avec  trois  cens  Gentilshommes  qui  fervirent  d  efeorte  &  V 
Louis  pour  pouvoir  rentrer  dans  Paris  _,  malgré  les  troupes  de  la  ligue. 
les  Bourgeois  de  cette  ville  allèrent  en  aiTez  grand  nombre  an  devant  d« 
leur  Roi,  pour  occuper  l'efpicc  depuis  Mont  I  héri  julqu'à  Paris,  cV  ce  P: 
y  rentra  heurcuiement ,  fuivi  des  trois  cens  Gentilshommes  du  Ccftnte  de 

Z  i 


j?..i4  ESSAI 

Champagne,  qui   rendirent  inutiles  les  efforts  que  l'on  fit  pour  l'enlever* 

Blanche  ayant  réulli  à  remettre  Thibault  dans  fes  intérêts,  ne  l'en  traira 
pas  mieux  qu'auparavant,  &  le  défolé  Comte  n'aurait  pas  tardé  à  trouver 
les  moyens  de  s'en  venger  ,  s'il  n'eût  eu  befoin  alors  des  fecours  du  Roi 
pour  défendre  fes  Erats  contre  les  Ducs  de  Bourgogne  &  de  Bretagne  , 
qui  allégeaient  Troyes. 

Simon  de  Joinville  ,  père  de  l'Hiftorien  ,  fe  jeta  dans  cette  place  (a)  &  en 
fit  bientôt  lever  le  fiége. 

Le  Roi  vint  aufli  tôt  à  la  tête  d'une  armée  pour  fecourir  le  Comte,  & 
fut  joint  en'  chemin  par  Mathieu  II  Duc  de  Lorraine.  Les  ennemis  du 
Comte  ,  qui  prenaient  le  prétexte  de  faire  valoir  les  droits  de  la  Reine  de 
Chypre  ,  à  qui  ils  prétendaient  que  la  Champagne  appartenait  par  droit 
de  nailfance,  députèrent  au  Roi  pour  l'affluer  de  leur  foumiffion  ,  &  le 
fuplier  de  les  laiffer  vuider  leur  querelle  avec  le  Comre  ;  mais  le  Roi 
leur  ordona  de  fe  retirer ,  &:  condamna  Thibault  à  payer  à  la  Reine  de 
Chypre  1000  livres  de  rente  &  40000  d'argent  comptant ,  pour  acquérir  les 
droits  qu'elle  prétendait  avoir  fur  fes  Etats.  Ce  fut  alors  que  Thibault , 
c'puif  par  les  frais  qu'il  avait  été  obligé  de  faire  ,  &  pour  fuivre  les 
confeils  de  Blanche,  Toujours  toute  puiffante  fur  fon  efprit ,  vendit  au 
Roi  fes  Comtés  de  Blois ,  de  Châteaudun  ,  de  Chartres  &  de  Sancerre ,  afin 
d'avoir  de  quoi  payer  la  Reine  de  Chypre. 

Alors  les  Princes  furieux  de  ne  pouvoir  acabler  Thibault  ,  comme  ils  l'a- 
vaient efpéré,  Pacuferent  d'avoir  fait  empoifonner  Louis  VIII,  &  fe  fou- 
rnirent aux  peines  portées  par  les  Loix  contre  les  calomniateurs  ,  en  cas 
qu'ils  ne  le  convainquiffent  pas  dans  les  formes. 

Le  Roi  voyant  que  le  feu  .allait  s'alumer  de  tous  les  côtés  dans  fon 
Royaume ,  engagea  Thibault  à  fe  croifer ,  pour  aller  porrer  la  guerre  aux 
Infidèles ,  &  lui  promit  de  défendre  fes  Etats  ,  fi  on  les  ataquait.  Ce 
moyen  pacifia  tout  j  Thibault ,  qui  fe  voyait  au  moment  d'être  convaincu 
de  fon  crime,  fe  trouvait  juftifié  par  les  fecours  que  lui  donnait  S.  Louis  j 
&  les  ligués  éloignaient  pour  longtems  leur  ennemi ,  en  l'engageant  dans 
une  entreprife  prefque  toujours  fatale  aux  braves  Chevaliers  de  l'Europe. 

La  réconciliation  fe  fit  donc  par  les  foins  de  la  Reine  Blanche  j  mais 

• '■  ■ ■ — 1        ■  '  « 

{à)  Eu  iîï8. 


SUR    LA    MUSIQUE.  22$ 

comme  le  Comte  fe  préparait  à  partir  pour  la  Terre-Sainte ,  Sanche  le 
Fort ,  Roi  de  Navarre ,  mourut  fans  enfans  (a). 

Il  était  le  dernier  de  la  ra.ce  mafculine  de  Dom  Garcie  Ximenès , 
laquelle  avait  régné  plus  de  500  ans  fur  la  Navarre  ;  8c  ,  félon  la  cou- 
tume de  ce  Royaume  ,  la  courone  apartenait  à  Thibault  ,  comme  fils  de 
Blanche  de  Navarre,  fœur  de  Sanche  &  fon  unique  héritière. 

Il  fe  rendit  auffi-tôt  à  Pampelune  ,  &  y  fut  proclamé  Roi  aux  aclama- 
tions  de  tous  fes  fujets.  Ayant  trouvé  dans  le  tréfor  de  Sanche  dix-fepr, 
cent  mille  livres  (  ce  qui  ferait  aujourd'hui  près  de  trente  millions  )  [b)  • 
il  fe  crut  a(Tez  puiifant  pour  revenir  contre  la  vente  qu'il  avait  faite  de 
Chartres,  de  Châteaudun ,  Sancerre  8c  Blois  ,  &  leva  une  armée  pour 
apuyer  fa  réclamation. 

Mais  le  Roi  ayant  alfemblé  fes  troupes  dans  le  bois  de  Vincennes  ,  fe 
préparait  à  fondre  fur  la  Brie  &  fur  la  Champagne  ,  lorfque  le  Roi  de  Na- 
varre eut  recours  à  la  fourmilion. 

S.  Louis  voulut  bien  pardonner  j  mais  il  falut  que  Thibault  donnât  & 
parole  de  partir  pour  la  Terre-Sainte. 

Ce  fut  à  cette  occafion  qu'il  fit  une  chanfon  où  l'on  trouve  ces  vers  : 

«  Amour  le  veult  &  ma  Dame  m'en  prie 
»  Que  je  m'en  parr ,  &  je  moult  l'en  merci. 
»  Quand  par  le  gré  ma  Dame  m'en  chafti, 
»  Meilleur  raifon  n'y  voi  à  ma  partie  ». 

Traduction. 

«  Amour  le  veut  &  ma  MaitrciTe  au/fi 
»  Que  je  m'en  aille ,  &  je  l'en  remercie , 
»  Quand  à  mon  gré  ma  Dame  me  châtie, 
»  j'aurois  grand  tort  d'en  avoir  du  fouci  ». 

Avant  fon  départ,  Robert,  Cotnre  d'Artois,  qui  le   haïiîait ,  le  fit  in— 

(a)  En  1134. 

(3)  Le  marc  d'argent  en  uz6  était  de  J4  fols,  il  eft  aufourd'ui  de  fi  livres.  C'eft 
donc  dix-huit  fois  plus.  Les  1700,000  livres  de  Sanche  fera  ent  donc  pris  de  30  niillionsi 
la  (brume  eft  bien  forte  pour  un  teins  ou  les  metau*  étaient  raies. 


22<?  ESSAI 

fuker  par  fes  gens.  Mais  le  Roi  les  ayant  fait  arêter,  ils  furent  condam- 
nés à  la  mort  ;  Se  Robert ,  pour  leur  fauver  la  vie  t  fut  obligé  d'avouer 
qu'il  était  le  feul  coupable ,  puifqu'on  n'avait  agi  que  par  fes  ordres.  On 
fit  à  Thibault  toutes  les  réparations  qu'on  put  imaginer ,  &:  le  Roi  \t 
combla  d'amitié  Se  d'honeurs. 

(1139).  Enfin  le  Roi  de  Navarre  partit  pour  la  Terre  Sainte ,  acompagne 
des  Ducs  de  Bourgogne  Se  de  Bretagne  ,  Se  d'une  foule  de  Seigneurs 
qui  voulurent  être  du  voyage. 

Ils  prirent  leur  route  par.  l'Allemagne,  la  Hongrie  ,  la  Thrace  ,  l'Afie 
mineure,  le  Mont Taurus  ,  Se,  après  les  plus  grandes  fatigues,  ariverent 
a  Joppc. 

II  fe  pafia  fi  peu  de  chofes  confidérables  à  cette  croifade  ,  qu'à  peine 
les  Hiftoriens  en  ont-ils  confervé  quelques  détails. 

Thibault  revint  à  la  fin  de  1240  ,  Se  ne  s'occupa  plus  qu'à  bien  gouver- 
ner fes  Etats..  Tout  ce  qu'on  fait  des  dernières  années  de  fa  vie  ,  c'eft  qu'il 
fe  fit  aimer  de  fes  fujets,  <Sj  en  fut  fort  regretté. 

On  ne  s'acorde  pas  fur  le  tems  de  fa  mort  y  les  Français  le  font  mourir 
à  Troyes  le  10  Juillet  1154  ;  Se  les  Navarrois  prétendent  qu'il  mourut  à 
Pampelune  le  Mardi  8  Juillet  1253. 

Il  avait  époufé  trois  femmes.  ire.  Gertrudc  ,  fille  d' Aubert  s  Comte  de 
Met^y  &  veuve  de  Thibault }  Duc  de  Lorraine.  2e.  Agnès  de  Beaujeu.  3e. 
Marguerite,  fille  à'Archambaud  de  Bourbon ,  qui  lui  aporta  en  dot  360 
mille  livres  ,  fomme  immenfe  alors. 

Ses  enfans  furent  Blanche  ,  fille  d'Agnès ,  fa  féconde  femme ,  qui 
époufa  en  1235  Jean  le  Roux,  fille  de  Pierre  Mauclerc  ,  Duc  Je  Bre- 
tagne y  Se  de  fa  troilîeme  femme  il  eut  :  Thibault  V  ,  qui  lui  fucceda , 
Henri  le  Gros  ,  qui  fucceda  à  fon  frère  mort  fans  enr-in»  ;  Pierre  ,  (leur 
de  Maracaval  ,  mort  jeune  \  Alienor  ,  morte  jeune  ;  Marguerite  ,  mariée 
en  1 2  5  5  à  Ferry  ,  fécond  fils  du  Duc  de  Lorraine  ;  Beatrix  ,  féconde 
femme  d'Hugues  IV  >  Duc  de  Bourgogne. 

Thibault  V  ,  qui  avait  époufé  Ifabelle  ,  fille  de  S.  Louis  (a)  ,  étant  mort 

{a\  Henri  III,  Roi  d'Angleterre,  étant  venu  en  France  pour  riiker  Saint  Louis ,  choilit 
lé  Temple  pour  fa  demeure  ,  foupa  chez  le  Roi  en  arrivant,  &  le  pria  de  trouver  bon  qu'il 
j*i  donnât  à  dîner  le  lendemain.  Saint  Louis,,  pour  lui  faire  honeur,  le prefla  de  prendre 


SUR    LA    MUSIQUE.  ti7 

fans  enfans  en  T270,  1  Trapany  en  Sicile,  en  revenanc  du  fiége  de  Tu- 
nis où  S.  Louis  était  mort,  fon  frère  Henri  lui  fuccéda,  &  époufa  Blanche  , 
fille  de  Robert  Comte  d'Artois,  tué  en  1250  à  la  Maffoure  en  Egypte. 
Il  mourut  à  Pampelune  le  27  Juillet  12-4,  &  laiflfa  un  fils  &   une  fille. 

Le  jeune  Prince  étant  mort  enfant  ,  fa  lœur  Jeanne  devint  héritière  de 
la  Champagne  &  de  la  Navarre  ,  <Sc  époufa  en  1284  Philippe  II,  fils  de 
Philippe  le  Hardi ,  qui  fut  depuis  Philippe  le  Bel  ,  &  réunit  ainfi  pour 
la  première  fois    le   royaume  de  Navarre  à  la  courone  de  France. 

Les  deux  époux  vécurent  dans  la  plus  parfaite  union  ,  &  le  Roi  était  fi 
perfuadé  du  mérite  de  Jeanne  ,  qu'il  lui  laifla  toujours  l'adminiftration 
de  la  Navarre  &  de  la  Champagne  ;  elle  mourut  au  château  de  Vincennes 
à  33  ans  ,  le  2  Avril  1 504  ,  Se  Fut  inhumée  aux  Cordeliers  de  Paris.  Scn 
amour  pour  les  Lettres  lui  fit  fonder  le  Collège  Royal  de  Champagne  , 
vulgairement  appelé  le  Collège  de  Navarre  ;  on  voit  fur  la  porte  de  ce 
collège  la  ftatue  de  cette  Princeffe   &  celle  de  Philippe  le  Bel. 

La  Navarre  refta'à  la  Fiance  jufqu'au  14  Mars  1335  ,  que  Philippe  de 
Valois  la  céda  au  Comte  d'Evrëux  Si  à  Jeanne  de  France  ,  fon  époufe  j 
mais  la  Champagne  fur  pour  toujours  réunie  à  la  courone. 

a  Thibaut  fut  Roi  galant  &  valeureux  ; 
V  Ses  hauts  faits  Si.  fon  rang  n'ont  rien  fait  pour  fa  gloire  j 
»  Mais  il  fut  chanfonier,  &  fes  couplets  heureux 
»  Nous  ont  confervé  fa  mémoire  » . 
Ces  vers  font  tirés  de  V Anthologie  de  Monet. 

Chanfons  du  Roi  dt  Navarre  ,  qui  ne  fe  trouvent  pas  dans  l'édition  de 

M.  de  la  Ravaliere. 

Dame  d'amors  &  li  max  que  je  trai  «  La  Dame  que  j'aime  ,    Se   les  manx 

Font  que  je  chant  amourous  &  jolis  »  qu'elle  mecaufe,  me  font  chanter  amou- 

Et  en  chantant  rouver,  ce  k'ainc n'ofai ,  »  reux  &  gai ,  &  en  chantant ,  prier  (ce 

Celi  que  j'aim ,  que  je  ne  fuiïè  efeondis  ».que  je  n'ofai  jamafs  faire)  celle  qui  m'eft 

Di  tel  don  que  de  joie  :  »  chère  ,  de  ne  point  me  refufer  le  don  que 

.  1 

place  entre  lui  &  le  Roi  de  Navarre;  mais  Henri  n'en  voulut  rien  faire,  &  dit  au  Roi  : 

yous   êtes  mon  feigneur ,  &  vous  le  fere\  toujours ,  prene^  la  place  qui    vous  ejl  due . 

Saint  Louis  céda  Se  s'aflît,  ayant  à  Ca  droite  le  Roi  d'Angleterre,  &  celui  de  Navarre 

à  fa  gauche. 

yoye\  Us  Mémoires  hijloriques  de  Champagne  par  Baugier, 


22% 

Mes  ce  n'en  ja  que  doie 

Tel  bien  avoir  de   li , 
Se  par  pitié  bone  amor  que  j'en  pri 
Ne  fait  auffi,  con  je  fui  liens,  foit  moie 

Loïal  amours,  de  vo  mal  que  ferai» 
Confortez-moi,  je  fui  de  vos  forpris. 
Celerai-je  ma  Dame  ?  ou  li  dirai 
Que  por  li  fui  en  pêne  &  mi  amis  ? 

Li  célers  me  guerroie; 

Se  li  di ,  ele  anoie  : 

Toft  dira  ,  fui  de  ci  ; 
'   Et  il  n'eft  riens  que  je  refoigne  fi  ; 
Si  me  tairai,  face  fens  ou  foloie. 


Fors  qu'en  chantant  einfi  me  déduirai, 
En  défirrant  ce  qu'amors  m'a  promis , 
Merci  avoir;   que  ne  défervirai 
En  mon  vivant  ne  meillor  qu'il  ont  quis, 

Et  fe  j'en  requéroie  , 

Ma  Dame ,  &  je  faloie 

Audi  qu'autre  ont  falli, 
Jamais  déduit  en  efpoir  fi  joli 
N'auroit  en  moi. 

Très  dont  que  vi  ma  Dame,  me  donai  ; 
Ains  puis  ne  fui  de  li  amer  faintis  , 
Ne  ja  ne  vueille  amors  qu'en  nul  délai 
Mete  le  doue  penfer  qu'en  li  ai  pris, 

Miex  choilir  ne  fauroie, 

Et  plus  je  ne  porroie 

Aillors  penfer  qu'à  li  : 
Ainz  me  convient ,  en  efpoir  de  merci , 
Vivre  &  manoir  :  por  riens  ne  requerroie. 


Aucune  gent  m'ont  demandé  que  j'ai 
Qui  fi  porte  pefme  coulor  ou  vis  ; 
Et  je  leur  ai  relpondu,  je  ne  fai , 
Si  ai  menti ,  c'eft  d'eftre  fins  amis. 
Enfi  mes  cuers  leur  noie , 


ESSAI 


»  j'attends  pour  me  mettre  en  joie.  Mai» 
»  jamais  il  ne  m'arrivera  de  recevoir  d'elle 
»  un  pareil  bien ,  fi  amour  par  pitié  ne  fait 
»  qu'elle  foit  à  moi  comme  je  fuis  à  elle. 

»  Amours  ,  que  ferai-je  de  vos  feux  i 
f>  Soulagez-moi  ,  je  fuis  tout  entier  à  vous. 
»  Le  cacherai-je  à  ma  Dame?  ou  lui  avoue» 
»  rai- je  que  fuis  défolé  pour  elle,  ainfi  que 
»  mes  amis  pour  moi  ?  Le  lui  cacher,  faic 
»  mon  tourment.  Si  je  l'avoue  ,  elle  s'en 
»  irritera,  &  me  dira,  fortez  d'ici  :  or  il 
»  n'eft  rien  que  je  redoute  autant  que  ces 
»  paroles.  Je  me  tairai  donc,  foit  que  je  fafïc 
»  bien  ou  nul. 

»  Je  n'aurai  plus  déformais  de  plaifir  que 
»  de  chanter ,  &  délirer  ce  que  m'a  promis 
»  amour ,  c'eft-à-dire  d'éprouver  la  pitié. 
»  Jamais  pendant  ma  vie  je  ne  lui  manque- 
»  rai.  Et  (i  je  demandais  merci  à  ma  Dame , 
»  &  qu'elle  me  le  refusât,  ainfi  qu'elle  l'a 
»  refufée  à  d'autres ,  il  n'y  aurait  plus  pour 
>)  moi  d'efpoir  ni  de  plaifirs, 

»  Dès  l'inflant  que  je  vis  ma  Dame  ,  je 
»  devins  amoureux  d'elle,  &  depuis  ce  mo- 
»  ment  je  ne  fus  pas  infidèle.  Je  ne 
»  fouhaite  pas  même  qu'amour  me  fafle 
»  perdre  les  douces  penfées  qu'elle  me 
»  donne.  Je  ne  puis  mieux  choifir,  &  il  ne 
»  m'eftplus  poffîble  de  fonger  à  d'autres 
»  qu'à  elle.  Je  fuis  réfolu  de  vivre  dans 
»  l'efpérance  de  la  toucher,  &  pour  rien 
»  au  monde  je  ne  lui  révélerais  ma  peine. 

»  Certaines  gens  en  me  voyant  le  vifage 
»  fi  pâle,  m'ont  demandé  ce  que  j'ai,  Se 
»  je  leur  ai  répondu,  je  l'ignore.  Je  racn- 
»  tais  ;  mais  voilà  ce  que  c'eft  que  d'être 
»  amant  loyal,  Ainfi  mon  cœur  le  leur 

Et 


SUR    LA    MUSIQUE. 

Et  porquoi  leur  diroie, 

Quant  ma  Dame  nel  di 
Qui  m'a  navré  ?  mes  tort  m'aurait  gari 
S'elle  favoit  &  dont  s'en  fuit  eu  voie 


22^ 

»  cache  ;  Se  pourquoi  le  leur  avoucrais-je  , 
»  puifque  je  ne  le  dis  pas  même  à  celle 
«  qui  m'a  blefle  ?  Elle  pourrait  bien  vite 
»  guérir  mes  maux ,  fi  elle  les  connaifTait 
»  &  fi  elle  le  voulait. 


Au  pui  d'amors  convenance  tenrai 
Tout  mon  vivant,  foie  amez  ou  haïs. 


»  Que  je  fois  aimé  d'elle  ou  bai ,  pendant 
»  que  je  vivrai  je  ne  me  plaindrai  jatna  ■ 
»  au  puits  d'amour  ». 


AUTRE. 


Puifqu'il  m'eltuet  de  ma  dolour  chanter 
Et  en  chantant  dire  ma  mefeftance , 
On  ne  doit  pas  à  mon  chant  demander 

Qu'il  ait  envoifeure  ; 

Ainz  chant  felonc  l'aventure, 
Si  cou  cil  qui  ne  puet  merci  trouver 
Et  qui  en  loi  n'a  maiz  point  de  riance. 

Si  cum  Equo  qui  fert  de  recorder 
Ce  qu'autres  dit,  &  par  fa  (éurquidance 
Ne  la  daig  ?.  NarcifTus  réguarder, 
Ainz  fecha  toute  d'ardurc 
Fors  la  vois  qui  encor  dure  : 
Enfi  perdrai  tout,  fors  merci  crier, 
Et  fecherai  de  duel  &  de  pefance. 

Douce  Dame  qui  me  poez  donner  , 

Pluz  qu'autre  rienz,  de  mes  mauz  aléjance, 

Se  mi  [ailliez  monr  pour  bien  amer  "" 

Voftre  en  iert  la  nu-fprefurc. 

Merci ,  franche  créature , 
A  la  mort  lui  que  n'en  puis  efchaper , 
Se  loiautez  Se  pitiez  ne  m'avance. 

Paintrc  Se  maçon  qui  bien   lèvent  ouvrer, 
Et  treflout  cil  qui  lèvent  d'ingremance 
J  porroient  touzjour>  lor  tanz  ufer 
En   oeuvie  &  en   pouttraitUFe , 
Ainz  que  il  feift  la  figure 
Qui  de  bia  ité  la  péuft  neftmblcs 
De  cuci ,  de  cors ,  de  vis  Se  de  uiublancci 
iome  11, 


«  Puifqu'il  me  faut  chanter  ma  douleur, 
»  &  en  chantant  raconter  mes  maux,  on 
p  ne  doit  pas  exiger  de  mes  chants  qu'ils 
»  foient  gais  :  mais  je  chante  au  hafaid , 
»  comme  un  homme  qui  ne  peut  éprouver 
»  de  pitié,  &  qui  n'a  plus  d'cfpérance. 

»  Semblable  à  Echo,  qui  ne  fait  plus 
»  aujourd  hui  que  répéter  ce  que  prononce 
»  un  autre,  Se  que  Narciffe,  par  orgueil, 
»  ne  daigna  pas  regarder ,  Se  qui  fécha 
»  d'amour,  de  façon  qu'il  ne  lui  refla  plus 
»)  que  la  voix;  ainlî  je  perdra!  tout,  ex- 
»  cepté  la  reflource  de  crier  merci ,  &  je 
s  fecherai  de  deuil  &  de  chagrin. 

»  Douce  Dame,  qui  pouvez  me  donner, 
»  plus  que  nulle  autre  ,  foidagement  de  mes 
»  maux,  G  je  meurs  pour  vous  trop  aimer, 
»  vous  en  efTuycrez  des  reproches.  Pardon  , 
»  femme  aimable,  mon  état  cil  défclpc 
»  &  je  ne  puis  en  échaper,  fi  votre  loyauté 
»  ou  votre  compalTîon  ne  me  fauve. 

»  Pein:re  Se  architecte  qui  favent  tra- 
»  vailler,  &  ceux  qui  connaifTcnt  la  mag  , 
»  pourraient  palier  leur  vie  à  travailler  Se 
»  à  peindre  avant  d'attraper  ù  riguic  ..V 
»  de  pouvoir  faire  femme  qui  lui  rcfL'i'.. 
u  de  cœur,  Je  corps,  de  ligure  &  de  traits, 

A  a 


250  ESSAI 

Maiz  amours  que  Narciflus  fîft  mirer ,  »  Mais    Narciflê  que  fit  mirer  amour , 
Quant  pour  Equo  en  voir  prendre  venjance    »  quand  il  voulut   venger  Echo  ,  s'il  eût 

S'cinfi  vousift  pour  Ii  une  autre  amer  :  »  voulu  aimer  ma  belle  à  fa  place ,  n'eût 

Tel  qui   de  li  n'éuft  cure  »  plus  fait  aucun  cas   de  la  nymphe  ;  il 

Mis  l'éuft   à  fa  droiture  »  eût  employé  plus  raifonnablemenc  l'or- 

Du  grand  orgueill  qui  le  fait  révéler  »  gneil  qui  le  fit  réfilter  à  elle ,  &  fe  ferait 

Et  en  venift  pluftolt  à  repeinance.  »  repenti  bien  plutôt  », 

Trie  (  Jean  de  ).  Jean I.  de  Trie  Se  de  Moucy  ,  acheta  en  i zi i  de  Jean 
du  Fayel ,  une  rente  fur  un  moulin  près  de   Mouci-la-Ville. 

Jean  II  époufa  Alix  de  Darnmartin  ,  fœur  de  Simon  de  Dammartin  5 
Comte  de  Ponthieu ,  Se  fut  bifaïeul  de  Matthieu  de  Trie ,  Maréchal  de 
France  en  1320,  Se  qui  mourut  comblé  de  gloire  &  d'honeurs  le  26 
Novembre  1344, 

L'un  de  ces  deux  Jean  de  Trie  eft  peut-être  l'Auteur  des  deux  chan- 
fons  qui  nous  relient.  Il  y  eut  auflï  un  Matthieu  de  Trie  ,  grand-Maître 
de  la  Maifonde  Philippe-le-Eel ,  Se  qui  mourut  en  1306'. 

Veau  (  Guillaume  ).  Fauchet  l'appelé  Viaux.  Les  manuferits  de  Paulmy 
Se  de  Clairambaut  nous  ont  confervé  une  feule  chanfon  de  lui. 

Vieux-Maisons  (  Meffire  Pierre-Gilles  de  )  vivait  fous  S.  Louis,  8c  nous 
a  laifle  douze  chanfons. 

Vilains  d'Arraz  ,  vivait  dans  le  même  terns.  Se  nous  en  a  laifle 
trois. 

Villeneuve  (  Guillaume  de  la  ).  Il  y  a  aparence  qu'il  vivait  fous  S. 
Louis. 

Viniers  (  Gille  le  ),  Il  y  a  eu  un  Nicolas  Viniers  ou  Vignier  qui  a  fait 
une  hiftoire  de  la  Maifon  de  Luxembourg.  Gilles  nous  a  laifle  cinq  chan- 
fons ;  une  d'elles  fut  faite  à  fon  départ  pour  la  croifade  :  il  était  ami  de 
Simon  d'Authie  ,  Se  vivait  fous  S.  Louis. 

Chanfon  de   Gilles  le  Viniers. 

Aler  m'eftuet  là  où  je  trairai  paine,  «  Ii  me  faut  al'er  là  où  je  trouverai 

Là  où  Dex  fu  péaez  &  travailliez.  »  peines,  où  Dieu  fouiftit  Si  mourut.  J'y 


SUR    LA    M 

Mainte  pcnTcc  i  aurai  gicvcraine 
Quant  me  ferai  de  ma  daine  efloigniez  > 
Et  fâchiez  bien  ,  jamès  ne  ferai  liez, 
Jufqu'à  l'heure  que  la  verrai  prochaine. 
Dame,  merci;  quant  ferai  repériez, 
Por  Dieu  vous  proi,  praigne  vous  en  pitiez. 


Douce  dame,  coiiuefTe  Chaftelaine 
•  De  t  mt  vouloir,  qui  fevrance  m'icil  griez, 
Si  eft  de  vous  conmc  de  la  fèraine 
Qui  par  fon  chant  a  plufieurs  engingniez  ; 
N'en  fevent  mot,  les  a  fi  aprochiez 
Que  fes  douz  chans  leur  navie  mal  mainc  , 
Ne  fe  guétent  fës  a  en  mer  plongiez; 
Et  s'il  vous  plclr,  auli  fui  périlliez. 


.En  périz  fui ,  fe  pitiez  ne  m'aie  : 
Mes  fc  fas  cuers  refenble  fes  dous  eut 
Dont  fai  devoir  que  n'i  périrai  m;e. 
Efpérance  ai  qu'ele  l'ait  mult  piteus. 
Souvent  recortfce  que  j'oï  dire  feus 
Qu'ele  difoit,  mult  feroie  esjoïc 
Se  repériez;  je  vous  feroie  feus  : 
Oi  foyez  vrais  comme  fins  amoureus. 


Ha  !  Dcx  !  dame,  cift  moz  me  rent  la  vie. 
Biau  fire  De\  '.  Comme  il  cfl  piécieus  ! 
Sanz  cucr  m'en  vois  cl  raigne  de  Surie , 
O  vous  remaint ,  c'eft  fes  plus  douz  hoiliez. 
Dame  vaillant,  comment  vivra  cors  ÙCX, 
Se  le  volîrc  ai  adès  en  compaignie, 
Adcs  ferai  plus  joïanz  &  plus  preus  ; 
Pour  voftrc  amour  ferai  chevalcureus. 


U  S  I  Q  U  E.  251 

»  aurai  mainte  penfée  défefpcrantc,  quand 
»  je  me  verrai  éloigné  de  ma  dame,  & 
»  jamais,  foyez  en  sûr,  je  n'aurai  de  joie 
»  jufqu'au  moment  oà  je  la  reverrai  près  de 
»  moi.  Accordez-moi  une  grâce,  madame, 
»  &  quand  je  ferai  de  retour,  au  nom  de 
»  Dieu ,  prenez  pitié  de  moi. 

«Douce  dame,  comteffe  Cbatclairc  de 
»  mes  volontés,  vous  dont  la  fifparatiort 
»  m'eft  fi  dure,  vous  reiïemblez  à  la  Grene, 
»  dont  le  chant  féduit  pluficurs.  Ils  ne  con- 
»  naiiTent  pas  le  danger;  elle  les  fait  ap- 
»  piocher  néanmoins,  attire  leurs  navires 
»  par  fes  doux  chants,  &:  ils  ne  s'en  apper- 
y>  çoivent  que  quand  elle  les  englouti:  da:.i 
»  les  eaux.  Voilà,  fi  vous  me  permettez  de 
»  le  dire ,  ma  véritable  situation. 

»  Je  fuis  dans  le  même  péril ,  fi  votre 
»  bonté  ne  me  fecourt.  Mai  5  fi  votre  cœur 
»  eft  auflî  doux  que  vos  yeux  ,  je  fuis  silr 
»  d'avance  que  je  ne  périrai  pas.  j'eiperc 
»  qu'elle  l'aura  compatiflant.  Je  me  rap- 
»  pcle  ce  qu'elle  difàit  un  jour  que  nous 
»  étions  feuls.  Elle  difai:  :  je  ferais  bien, 
»  aife ,  fi  vous  reveniez  ;  alors  je  fêtais  des 
»  feux  de  joie.  Gardez-moi,  en  attendant, 
»  fidélité,  comme  le  doit  un  vrii  amant. 

»  Dieu  !  ces  paroles  ,  dame,  me  rendent 
»  la  vie.  Beau  lire  Dieu ,  qu'elles  font  dou- 
«  ces  I  Je  pars  fans  cœur  pour  le  royaume 
»  de  Syrie.  Il  refte  avec  vous  ,  c'eft  la  pi  as 
»  douce  demeure  qu'il  puific  avoir.  : 
»  charmante,  quelle  doace  vie  aura  ce  < 
«  fi  en  retour  il  a  le  vôtre  avec  lui.  J'>.;i 
moins  trixte  &:  plus  hardi ,  &  pour 
«  l'amour  de  vous,  je  me  montrerai  preux 
»  cl  evalier. 


Douz  gémis  cuers,  Genevre  la  Roïne  »  Doux  cceur  gentil,  la  Reine  Gêner. e 

Fift  Lancdoz  plus  preuz  &  melz  vaillant  :     1»  rcuJj:  Lanceé^-dus  cnticptcuaut  »x 

A  a  i 


232  ESSAI 

Pour  li  en  prift  mainte  Jure  aatine ,  »  brave.  II  entreprît  pour  elle  mainte  pé- 

Et  s'en  fouff'ri  paines  &  travaus  granz;  »  rilleufe   aventure,  il  fouffrit    peines   Se 

Mes  au  double  li  fu  guerred  nanz  »  grands  travaux  ;  mais  après  les  maux  , 

Après  fes  maus  amors  loiax  &  fine.  »  un  amour  rendie  &  loyal  le  récompenfa 

En  tel  efpoir  ferf  &  ferai  touz  cens  »  au  double  ;  c'eft  dans  cet  efpolr  que  je 

Celi  à  oui  mes  cuers  eft  atendant.  »  fers  &  que  je  fervirai  toujours  celle  dont 

»  mon  coeur  attend  (on  bonheur  ». 

Vin  i£R  s  (  Maître  Guillaume  le  )  frère  ou  coufin  de  Gilles  le  Viniers. 
Nous  avons  de  lui  trente-quatre  chanfons. 

Viniers  (Jacques  le)  peut-être  frère  du  précédent j  nous  a  laifïe 
quatre  chanfons. 

Nous  croyons  faire  plaifir  à  nos  Lecteurs  d'ajouter  au  chapitre  des  Poé'res 
des  douzième  Se  treizième  fiecle ,  la  notice  de  deux  fêtes  inftituces  vers  ce 
tems-là  s  &  qui  ont  fubfifté  pendant  plufieurs  fiedes. 

La  Fête  des  Fous  &•  la  Fête  de  VAne  (a). 

On  trouve  à  la  bibliothèque  du  Roi  un  Livre  manuferitj  de  format 
in-doiq_e  >  coté  n°  1 3  5 1  ,  dans  lequel  eft  noté  l'office  de  la  fête  des  fous, 
tel  qu'on  le  chantait  à  l'Eglife  de  Sens  le  jour  de  la  Circoncifîon  ,  fous  ce 
titre  :  Officium  Stultorum  ad  ufum  Metropoleos  ac  Primatialis  EccUJIa 
Senonenjis.  Lhie  inftru&ion ,  placée  à  la  tête  du  Livre  ,  porte  que  cet  office 
a  été  compofé  par  Pierre  de  Corbolio  j  Archevêque  de  Sens,  du  tems  que 
fiéceoit  à  Rome  le  Pape  Honore  III  (b)j  &  que  le  Livre  a  été  tranferit 
fur  celui  qui  fe  conferve  dans  les  archives  du  chapitre  de  Sens,  &  dont 
la  couverture  eft  en  ivoire ,  (  ex  utraque  parte  foliis  eburneis  munïto  ). 

Selon  Moréri,  une  lettre  circulaire  des  Docteurs  en  Théologie  de  la 
Faculté  de  Paris,  envoyée  en  1444  à  tous  les  Prélats  de  France,  pour  les 
enlacer  à  abolir  cette  fête ,  nous  apprend  que  les  Clercs  &  les  Prêtres 
créaient  un  Evêque  ou  un  Pape  (qu'ils  appelaient  l'Evêque  ou  le  Pape  des 

{a)  Si  l'on  delîre  plus  de  détails  fur  ce  fujet,  il  faut  lire  les  Mémoires  pour  fervir  à 
THiJlcire  de  la  Fête  des  Fous,  par  du   Tilloc,    I741» 
(£)  Honoré  III  a  été  râpe  depuis  1117  juftiu'en  1141» 


SUR    LA    MUSIQUE.  25$ 

fous  )  entraient  dans  l'Eglife  ,  les  uns  habillés  en  femmes  ,  d'autres  en 
bouffons,  ou  mafqués  de  différentes  manières,  danfaient  dans  la  nef,  & 
même  dans  le  chœur,  en  chantant  des  clunfons  diflolues,  &  faifant  rm!'e 
folies,  même  à  côté  de  l'autel  pendant  la  célébration  de  la  mefle.  Ce  n  étaic 
pas  feulement  dans  les  cathédrales  &  les  collégiales  qu'on  faifait  ainfi  la  fête 
des  fous,  cecte  impiété  avait  pallé  jufqucs  dans  les  monafteres  de  l'un  Ôc 
l'autre  fexe. 

Quant  à  la  fete  de  l'âne  ou  des  ânes,  c'était  une  cérémonie  oui  fe  faifaic 
anciennement  dans  la  cathédrale  de  Rouen,  le  jour  de  Noc'I.  Des  Eccléfiaf- 
tiques  choirts  représentaient  dans  une  procertîon,  les  Prophètes  qui  avaient 
prédit  la  nairtance  du  Meflîe.  Balaam  y  paraiffait  monté  fur  une  ânefle  ; 
&  c'eft  ce  qui  avait  donné  le  nom  à  cette  fête.  Outre  les  Prophètes  qui 
ont  parlé  de  la  naiifance  du  Meilie ,  on  voyait  encore  dans  cette  cérémonie , 
non-feulement  Zacharies  fainte  Elifabcth ,  faîne  Jean-Baptijlt ,  le  vieil- 
lard Simeon3  mais  encore  la  Sibylle  Erithrce  >  &  le  Poëte  %irgde  3  à  caufe 
d'un  paflage  d'une  de  fes  Eglogues  (a) ,  qu'on  croyait  regarder  la  fainte 
Vierge.  Chaque  acteur  récitair.  fon  partage ,  &  l'on  terminait  la  céré- 
monie par  un  motet ,  où  les  perfonages  fe  réunifiaient  à  tout  le  chœur. 

On  peut  croire  que  la  fête  de  l'âne  devait  être  plus  ancienne  que  celle 
des  fous,  puifqu'on  trouve  dans  l'office  cie  celle-ci  une  Profe  de  l'âne, 
qui  fe  chantait  avant  le  Dcus  in  adjutorium.  Le  Livre  dont  nous  avons 
parlé,  commence  par  une  antienne  qui  précédait  la  profe  ,  &  qu'on  chantaic 
à  la  potte  de  lEglife  (  in  januis  Ecclejîa  ).  Cette  antienne,  qui  était 
une  invitation  à  la  joie ,  finit  par  ces  paroles  remarquables  :  Sine  h 
procul  invidis ,  procul  omnia  mxjla.  L&ta  volune  quicumque  colunt  qfinariafejla. 

(a)  C'eft  la  quatrième.  Eufebe  de  Ccrarce  cire  vinge-fept  vers  de  la  Sibylle  "Erythrée; 
qui  parlaient  de  la  première  venue  du  Fils  de  Dieu,  pour  s'unir  à  notre  nature,  &  de 
la  féconde ,  pour  juger  le  monde. 

La  Sibylle  Erythrée  mourut  dans  la  Troade  ;  Paufanias  nous  allure  avoir  vu  fon  tom- 
beau dans  le  bois  facré  d'Apollon,  avec  une  épi:apbe  en  vers  élégiaques,  gravés  fut  une 
colone  ,  &  dont  voici  le  feus  : 

«  Je  fuis  cette  lamcufe  Sibylle  qu'Apollon  voulut  avoir  pour  interprète  de  Ces  oracles  : 
»  autrefois  vierge  éloquente,  maintenant  muette  fous  ce  rnarbr  ,  &  condamnée  à  un 
s>  lilence  éternel j  cependant,  par  la  faveur  du  Dieu,  toute  morte  que  je  lois,  je  jouis 
m  de  la  douce  fociété  de  Mercure,  &  des  Nymphes  mes  compagnes  ». 


©34  ESSAI 

Vient  enfuîte  la  Profe  de  l'âne  ,  que   nous    allons  tranfcrire  ici   en 

entier  (a). 

PROSE     DE     L'ANE. 


Orientibus  partibus 
Adventavit  afinus 
tulcher  &  fonijjimus 
Sar-inis  aptiffimus. 
ff^l ,  fir'dne ,  he j. 

Hic  in  collibus  Sichen 
Enutritus  Jub  Ruben  , 
Tranfiit  per  Jordanem  , 
Saliit  in  Bethléem. 
He\ ,  fir'dne  ,  he[. 

Saltu  vincit  kïnmdos , 
Damas   &   Cavreolos , 
Super  Dromedarios 
Velox  manduineos. 
He\  ,  fir'dne ,  he\* 

Aurum  de  Arabia  , 
Thut  &  myrrham  de  Saba 
Julit  in  Ecclefia 


Vinus  afinaria, 
Hei ,  firdne  ,  he\, 

Dum  trahit  véhicula 
JHulta  cum  famicula, 
lllius  mandibula 
Dura  terit  pabula, 
He\ ,  fir'dne  he\» 

Cum  ariflii  ordeum 
Comédie  &  carduum% 
Triticum  à  ya'ea 
Segregat  in  area» 
He\ ,  fir'dne  ,  he\. 

Amen  dicas  ajine 
Jam  Satur  ex  gramine 
Amen,  amen  itéra, 
Afpernare  vetera. 
He\ ,  firdne  ,  Acj. 


Air  fur  lequel  on  chantait  cette  Profe. 
Ori-  entis  parti- bus     Adven-tavit    A  fi- nus,  Pulcher    &  for-tifli- 

WêëêëêêèÊÈÊËèèèMM 


—Zt.: 


mus 


,  Sar-ci-    nis   aptif-  fi-  mus. 


Hez,  Sir' Ane  ,    Hez. 


(a)  Toutes  les  ltrophes  font  fur  ie  même  chant.  Dans  l'original ,  il  eft  noté  fur  quatre 
lignes ,  comme  tout  le  plain  chant ,  &  fur  la  clef  d'ut  à  la  troilïeme  ligne.  Nous  l'avons 
tranfporté  à  la  clef  de  fiol,  &  fur  cinq  lignes ,  pour  le  mettre  "à  la  portée  d'un  plus  grand 
«ombre  de  Lefteurs.  Nous  y  avons  d'ailleurs  ajouté  la  mefure  ordinaire  à  la  plupart  des 
profes  des  Eglifcs  de  Fiance. 

Les  mots  he\,firâne,  he\,  qu'on  trouve  à  la  fin  de  chaque  Itrophe ,  font  écrits  dan* 
l'original,  ht\fire  afiie  he^.  Nous  préfumons  que  ce  refrain  cft  une  falutation  à  l'.me* 
&  qu'il  faut  lire  :  firdne,  pour  fin  âne,  he\%  he\. 


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Tome  JI .  Paye  Q.3S. 


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SUR    LA    MUSIQUE.  23 j 


CHAPITRE    VI. 

Chanfons   du    Châtelain  de  Coucy. 

Sa  célébrité,  celle  de  fes  chanfons,  l'hiftoire  de  fes  amours  pour  la  Dame 
de  Fayel ,  nous  ont  engages  à  nous  étendre  fur  un  fujet  aufli  intéféflanp. 

Nous  avons  efpéré  que  nos  Lecteurs  nous  fauraient  gré  de  tous  les  efforts 
que  nous  avons  faits  pour  démêler  les  erreurs  de  plufieurs  Hiltoriens  «Se 
Romanciers  qui  ont  attribué  à  Raoul  I,  fire  de  Coucy  ,  des  chanfons  qu  il 
n'a  pas  faites  ,  Se  un  amour ,  donr  fon  âge  &  les  circonftances  empêchent 
de  croire  qu'il  air  été  fufceptible. 

Nous  donnerons  d'abord  une  notice  généalogique  de  l'illuftre  Maifon 
de  Coucy.  Viendra  après  un  extrait  de  la  vie  du  célèbre  Châtelain  de 
ce  nom.  Il  fera  fuivi ,  en  forme  de  preuves  ,  des  chanfons  qu'on  lui 
attribue ,  j&  qui  ont  un  caractère  de  vérité  incontestable. 

Duchefne,  Auteur  eitimé ,  (a)  aflure,  dans  fon  hiftoire  de  la  Maifon  c!e 
Coucy,  qu'elle  vient  à'Enguçrrand  de  Boves ,  qui  devint  poffeiïeur  en  10S0 
du  château  de  Coucy ,  dont  il  donna  le  nom  à  fes  delcendans. 

La  maifon  de  Boves  tirait  fon  origine  d'un  Seigneur  appelle  Dreux  ou 
Drogon  3  qui  s-'illuftra  fo  '  ?s  règnes  de  Robert  ce  d'Henri  I  ,  Rois  de 
France. 

Enguerrand\,  Comte  d'Amiens,  Seigneur  de  Boves  (b)  8c  de  laFere, 
acquit  la  feigneurie  de  Coucy  (c).  Un  acFe  qui  exilte  encore ,  lui  donne 

(<z)  Et  Dom  Toufïaint  du  Pleflïs  ,  dans  fon  hiftoire  de  la  Ville  Se  des  Seigneurs  ds 
Coucy. 

(i)  La  Maifon  de  Boves  fut  appelée  ainfi  d'un  ancien  château  voilïn  de  la  ville  d'Amiens, 
qui  eft  devenu  célèbre  dans  notre  Hiftoire  ,  &  que  Guillaume  le  Breton  a  décrit  dans 
fa  Philipide  comme  une  place  très  forte.  Voyez  Duchefue,  pag.  188  Se.  fuiv.  Malbrancq , 
de  Morini ,  //1-4.  tom.  i ,  page  89. 

{c   Ce  château,  qui  a  donné  ce  nom  à  l'une  des  plus  îlluftres  Maifons  de  France,  eft 
dans  le  Vermaiulois,  Se  dans  une  des  plus  belles  &  des  plus   hcureulcs  politions,  il  eft 
fur  une  montagne  élevée.  La  tour  qu'on  en  regardait  comme  imprenable  avant  llnven 
du  canon ,  a  cent  (bixante  douze  pie.'s  de  hauteur  Se  trois  cent  cinq  de  circonférence.  Le 
uciublement  de  terre  du  18  Septembre  i6?i  l'a  fendue  du  haut  en  bas. 


à?*  ESSAI 

le  titre  de  très  noble  Prince 3  mort  en  1 1 16"  (a).  Son  fils,  Thomas  de  Marie 
Seigneur  de  Coves  &  de  la  Ferc  ,  ôc  Comte  d'Amiens ,  fut  fameux  par  fa 
cruauté.  Il  prit  fon  nom  de  fa  mère  A  de  de  Marie  ,  &c  fut  le  premier  qui 
prit  le  titre  de  Sire  de  Coucy  par  la  grâce  de  Dieu  (b).  Il  fut  un  ardent 
ennemi  des  Moines;  fit  maûacrer  1  Evcque  de  Laon,  après  l'avoir  mutilé, 
Se  tua  de  îa  propre  main  trente  homme»  qui  acompagnaient  ce  malheureux 
évêque.  Il  mourut  à  Laon  en  1150  (c). 

Son*  fils  Engucrrand  II  (d)  époufa  en  n  $1.  Agnès  de  Boifgency  _,  dont 
il  eut  Raoul  1  &  Enguerrand. 

S  étant  creilé,  ainfi  qu'Evrard  -le  Bréteuil  fon  beau-frere,  pour  acom- 
pagner  le  Roi  Louis-le-jeune  au  voyage  de  Jérufalem  ,  ils  y  moururent  tous 
deux  vers  Tan    1 147. 

Son  rils  Raoul  1 3  Sire  di  Coucy ,  Seigneur  de  Marie  ,  de  la  Fere,  Crecy, 
Vervin,  Landouiie  &:  Pinon  ,  eft  celui  à  qui  on  a  attribué  fans  raifen 
les  chanfons  que  nous  avons  fous  le  nom  de  Châtelain  de  Coucy  j  &  qu'on 
prétend  avec  fi  peu  de  fondement  avoir  été  l'amant  de  la  Dame  de  Fayel. 

Né  vers  1 134 ,  il  avait  époufé  vers  115  j, ,  Agnès  de  'Hainaulc,  fille  du 
Comte  Eeaudoin  .  dont  il  n'eut  oue  trois  filles. 

La  première  fut  Yoland  3  qui  époufa  Robert  II  ,  Comte  de  Dreux  , 
petit-fils  cle  Louis-le-Gros  ;  Se  de  ce  mariage,  vint  entr 'autres,  une  fille  , 
mariée  à  Renaut  de  Choïjcul  3  tige  de  tous  les  Choifeul  qui  exigent 
aujourd'hui. 

(a)  Un  acte  palTé  par  lui  à  Laon  ,  l'an  r»i8,  en  préfence  de  Banhelemi ,  évéque  de 
Laon  ,  &c.  &  de  Gui  Châtelain  di  Coucy ,  prouve  qu'il  ne  faut  pas  confondre  les 
châtelains  (ou  gouverneurs)  avec  les  jires  (  ou  feigneurs  )  de  Co.icy ,  puifqu'alors  En- 
guerrand I  éiahfeigneu/  i.e  Coucy ,  ti.  que  Gui  en  était  châtelain.  Cette  note  eft  elTen-, 
tielle  pour  la  fuite.  (  Voyez  DucheGie,  hiftoire  de  la  Maifon  de  Coucy,  page  i>$  ). 

(£>)  Nous  donnerons  à  la  fin  de  ce  Livre  une  note  très  curieufe  de  AI.  l'Abbé  Rive, 
fur  ces  mots  ,  par  la  grâce  de  Dieu. 

(c)  Ce  Thomas  de  Marie  &  de  Coucy  écrivit  en  vieux  français  la  Loi  de  Vervins, 
dans  le  pays  de  Thisrache  en  Pic.rdie.  (  Voy.  pavag.  6\  de  l'avertiif.  qui  elt  à  la  tête 
du  titre  7  de  Phift.  littéraire  di  la  France,  in- a,.  )  L.  R. 

(d)  Mademoifelle  de  Luflàn,  dans  fes  Anecdotes  de  la  cour  de  Philippe-Auçufte  ,  a 
peint  Enguerrand"!!  ôo.nmc  un  homme  dur,  fëvere  Se  prefqu'infenfîblc ,  quoiqu'il  :ùt  le 
plus  doux  de  tous  les  ho  imcs.  >.,a  fille  qu'elle  lui  donne,  &.  Rogir,  Comte  de  Rhétel, 
qu'elle  dit  en  avoir  été  le  mari ,  n'ont  jamais  exifté;  tout  cet  épiiode  eft  abfolument  de 
fon  invention. 

La 


SUR     LA    MUSIQUE.  257 

La  féconde  fut  Ifabeau,  qui  époufa  en  premières  noces  (  félon  Duchefne) 
Raoul  j  Comte  de  Roucy  (  &  félon  Moréri  )  Raoul ,  Comte  de  Coucy  )  dont 
nous  parlerons  bientôt  ) ,  &c  en  fécondes  noces,  Henri,  Comte  de  Joyeufe 
Grand-Pré ,  d'où  font  venus  tous  les  Joyeufe. 

La  troisième  fut  Ade  de  Coucy,  mariée  à  Thierry,  feigneur  de  Beure. 

On  ne  faurait  trop  admirer  la  grandeur  dame  de  Raoul  \\  car  lorfque 
Philippe  d'Alface,  Comte  de  Flandres,  oncle  6c  tuteur  de  Philippe- Augufle, 
voulut  s'emparer  du  duché  de  Valois  &  du  comté  de  Vermandois ,  dont 
il  fe  prétendoit  héritier  légitime  ,  Raoul  fut  le  premier  à  remontrer  au 
Roi  l'injuftice  du  Comte,  &  à  lui  conseiller  de  s'y  oppofer  :  cependant  il 
ne  doutait  pas  qu'au  premier  fignal  de  la  guerre ,  fes  domaines  ne  fulfent 
pillés  &  dévaftés  par  le  Comte  de  Flandres,  qui  était  fon  plus  proche  voilin. 

(a)  Ce  puilfant  &  généreux  feigneur  ayant  perdu  fa  femme  en  1175  , 
epoufa  en  fécondes  noces,  l'année  fuivante,  Alix  de  Dreux,  Princelfe  du  fang , 
fœur  de  Robert  II,  Comte  de  Dreux  ,  qui  époufa  en  même  tems  Yolande 
de  Coucy,  fille  aînée  de  Raoul  &:  d'Agnès  de  Hainaut.  Par  ces  deux  alliances, 
il  devint  gendre  d'un  fils  de  Fiance  (  Robert  I  de  Dreux ,  fils  de  Louis-le- 
Gros  )  beau-pere  d'un  Prince  du  fang  (  Robert  II  de  Dreux  )  iSc  coulîn- 
germain  par  fa  femme  du  Roi  Phtlippe-Auguite. 

En  1  190  ,  avant  de  partir  pour  la  Terre-Sainte  à  la  fuite  du  Roi,  il  fit- 
fou  teftament  (b)  qui  nous  a  été  confervé  par  l'Alouetej  &  ayant  été  tué 

[a)  Sa  puifTance  était  telle,  qu'avant  d'avoir  époufé  une  petite-fille  de  France,  il  avait 
un  chambellan,  un  bouteiller,  &c.  en  uji  mot,  tous  les  grands  officiers  qui  font  réfervés 
aux  maifons  fouveraines.  Au  refte  cela  n'était  pas  particulier  à  Raoul  I  de  Coucy.  Jadis 
les  Ducs  &  Comtes  avaient  les  mêmes  officiers,  témoins  les  Comtes  de  Champagne.  Voy. 
pag.  2.37,  248  des  Mémoires  hiftonques  Si  critiques  pour  l'hiftoire  de  Troyes,  in-S>  1774  , 
tom.   1  ,  L.  R. 

{/>)  Teftament  de  Raoul,  premier  feigneur  de  Coucy,  extrait  du  livre  1  de  l'hiftoire  de 
la  Maifon  de  Coucy ,  écrite  par  François  l'Alouette. 

«  Moi  Raoul,  feigneur  de  Coucy  ,  veux  qu'il  foit  notoire  à  tous,  préfents  Si  futurs, 
»  qu'étant  prêt  à  partir  pour  Jérufalem ,  &  craignant  qu'il  ne  s'élève  quelques  difficulté» 
v  entre  mes  enfans ,  au  fujet  de  la  part  de  chacun  d'eux ,  j'ai  difpofe  de  mes  biens ,  félon 
»  que  je  l'ai  jugé  convenable,  Si  après  avoir  pris  le  confei!  des  gens  de  probité  qui  me 
»  font  attachés. 

»  J'ai  donc  donné  à  Enguerrand ,  mon  fils  aine ,  toutes  mes  terres  &  fcigncurici , 
s  pour  être  par  lui  poiR-décs  pailiblemciu ,  5c  lins  réclamation  quelconque,  excepté 
Tome  IL  B  b 


23S  ESSAI 

l'année  fuivante  au  fiege  d'Acre  en  Paleftine  ,  âgé  de  cinquante  fept  ans.  Son 
corps  fut  rapporté  en  Picardie ,  à  l'Abbaye  de  Foigny  (a).  Alix  fa  veuve  , 
vivait  encore  en   nu. 


»  les  démembremens  qui  en  ont  été  faits  en  faveur  de  mes  autres  enfans ,  Si  ouï 
»  font  tels. 

»  Je  veux  que  Thomas,  mon  fils,  ait  en  libre  &  tranquille  pofTeffion  ,  Se  fans  être 
»  inquiété  de  perfonne,  Vetvin,  Fontaine«&  Landoufie;  &  qu'il  retire  annuellement  fur 
»  les  droits  de  vinage  de  Vervin  Se  de  Landoufie  foirante  livres  en  monnoie,  telle  qu'or» 
»  l'employera  dans  lefdits  vinages;  &  dans  toutes  fes  pofTeifions,  il  fera  homme- lige  de 
»  fon  frère  Enguerrand. 

»  J'ai  affigné  à  Raoul,  qui  pofTede  un  titre  clérical,  quarante  livres  Parifis  de  rente, 
»  à  prendre  fur  mes  revenus  de  Roye,  &  ce,  tout  le  rems  de  fa  vie. 

»  Quant  à  Robert ,  il  aura  pour  fa  part  tous  les  biens  qui  m'ont  été  apportés  en  mariage 
»  par  fa  mère,  &  ma  terre  de  Pinon,  avec  la  redevance  entière  d'un  certain  bois  que  l'on 
»  nomme  vulgairement  le  pafTage  de  Pinon  ;  &  il  tiendra  tous  ces  biens  à  charge  de  plein 
»>  hommage  à  fou  frère  Enguerrand  :  &  s'il  arrive  que  ledit  iïeur  Enguerrand  vienne  à 
»  mourir  fans  héritier ,  tout  ce  qui  lui  a  été  allïgné  pour  fa  part  retournera  à  Thomas 
s  fon  frère  :  &  fi  au  contraire,  un  défaits  enfans,  quel  qu'il  foit ,  vient  à  décéder-  fans 
»  laifTer  d'héritier,  fa  pan  retournera  entièrement  i  i'aîué. 

»  Pour  ce  qui  eft  de  ma  fille  Agnès ,  je  lui  donne  mille  &  fîx  cent  livres  ,  monnoie 
»  d'Artois ,  à  prendre  fur  les  revenus  de  Marie  &  Crecy  ;  laquelle  Comme  elle  fera  l'efpace 
»  de  huit  ans  à  recevoir ,  à  commencer  feulement  trois  ans  échus  après  mon  départ.  Ainli , 
»  le  jour  de  faim  Rémi  de  chaque  année,  elle  recevra  cent  livres  à  Marie,  &  les  cent 
»  autres  livres  reliantes  à  Crecy  ;  &  l'on  chargera  l'Eglife  de  Prémontré  du  foin  de  lui 
»  faire  toucher  fes  revenus. 

»  Et  s'il  arrive  que,  pendant  mon  voyage  (TOutre-rner ,  je  vienne  à  décéder,  fi  de 
»  même  ladite  Agnès  m»  fille  ceflè  de  vivre  avant  d'être  mariée,  tout  ce  qui  lui  reftera 
»  d'argent  comptant  fera  partagé  en  deux  moitiés  ,  dont  une  fera  donnée  à  Alix  fà 
»  mère ,  qui  eft  mon  époufe ,  &  l'autre  fera  léguée  en  aumône  aux  Hofpitaliers ,  aux 
»  Templiers  Se  à  l'Eglife  de  Prémontré  ,  pour  être  partagée  par  égale  part. 

»  Et  enfin  s'il  nous  arrive,  à  Alix  ma  femme  ainfl  qu'à  moi  de  mourir,  une  moitié 
v  de  ladite  fomme  pafTera  à  mon  fils  aîné,  &  l'autre  aura  fa  première  deftination. 

»  J'entends  que  mes  pofTeiTïons  ,  ainfi  que  les  droits  d'Alix  ma  femme,  ne  foient  aucune- 
»  ment  grevés ,  voulant  que  mes  arrangemens ,  même  fignés  de  moi ,  foient  tout  le  tems 
»  que  je  vivrai  dépendants  de  ma  volonté  ;  or  ,  pour  que  cet  afte  de  partage  de  mes  biens 
»  foit  authentique  &  irrévocable  (  à  moins  cependant  que  je  ne  fois  porté  à  y  changer 
»  auelque  chofe  ),  j'ai  voulu  qu'il  fût  écrit  &  fcellé  de  mon  fceau.  Fait  l'an  de  l'Incar- 
»  nation  de  J.  C.  1 190  ».  Nous  avons  cru  faire  plaifir  à  nos  lecteurs  en  raportantici  cette 
pièce  intéreffante  quelque  étrangère  qu'elle  foit  à  notre  fujet.  L'original  eft  en  latin. 

(  a  )  Le  Chanoine   Motliere  prétend  que  Raoul  de  Coucy  ne  fût  pas  tué  au  fiege 


SUR    LA    MUSIQUE,  239 

Il  laifïi  de  fon  fécond  mariage.  i°.  Enguerrand  III  qui  fie  rebâtir 
le  château  de  Coucy  _,  donc  on  voit  encore  des  reftes  confidérables ,  &c  fe 
diflingua  beaucoup  à  la  bataille  de  Bouvines.  Quelques  hiftoriens  pré- 
tendent que  ,  pendant  la  minorité  de  S.  Louis,  les  plus  grands  feigneurs 
de  France  s'étant  ligues  contre  la  maifon  royale  ,  offrirent  la  couronne  à 
Enguerrand,  (a)  qui  eut  la  généralité  de  la  refufer.  Sa  devife  prouvait  fa 
noble  (implicite  : 

«  Je  ne  fuis  Roi ,  ne  Duc ,  Prince ,  ne  Comte  aufli 
»  Je  fuis  le   (ire  de   Coucy  ». 

Sa  mort  fut  auflî  funefte  que  fmguliere,  en  pafTant  à  gué  une  petite 
rivière  (h),  fon  cheval  le  jeta  à  la  renverfe,  &  fon  épée  étant  fortie  du 
foureau,  il  tomba  fur  la  pointe.  Sa  branche  fut  éteinte  en  1311  ,  en  la 
perfone  d'Enguerrand  IV,  fon  fécond  fils;  l'aîné  Raoul  II  (c)  fut  tué  en  1 250 


d'Acre,  mais  que  ce  fut  Robert  de  Boves  ;  pag.  160 ,  des  illuftres  maifons  de  Picardie, 
in-fbl.  Quand  il  auroit  raifon,  cela  ne  nuiroit  pas  à  notie  opinion  fur  le  Goucy  qui 
a  été  l'amant  de  la  belle  Fayel  &  l'Auteur  des  Chanfons.  L.  R. 

(a)  L'Alouetc  prétend  que  le  Coucy  qui  fut  élu  Roi  fous  la  minorité  de  S.  Louis , 
fut  Enguerrand  II ;  il  fe  trompe.  Voy.  fol.  136  de  fon  Traité  des  Nobles,  &  des  vertus 
dont  ils  font  formés,  &c.  A  Paris,  chez  Robert  le  Manier,  m.  d,  lxxvii,  m-40.  L-R. 

(b)  Auprès  de  Cer/is,  château  à  une  lieue  de  Vervins  &  à  trois  ou  quatre  de  Marie, 
fur  une  petite  rivière  qui  prend  fa  fource  auprès  de  l'Abbaye  de  Thenailles. 

(c)  En  rapportant  la  chanfon  du  Roi  de  Navarre  dans  laquelle  il  parle  de  Raoul  en 
ces  termes  : 

Raoul,  Turc  ne  Arabi , 
N'ont   riens  du  votre  failï 
Rcvenés  par  tans  en  arriére. 

M.  Leveque  de  la  Ravalliere  ajoute  ces  mots  :  «  Je  ferois  tenté  de  croire  que  le  Raoul 
»  de  la  chanftn  était  le  Châtelain  de  Coucy ,  célèbre  par  Tes  poélies  &  par  l'es  amours». 
Nous  nous  flattons  de  prouver  que  ce  Raoul  tué  en  Egypte  n'eft  pas  l'auteur  des  clian- 
fons ;  mais  il  eft  trés-pofliblc  qu'il  foit  celui  dont  parle  Thibaut.  Il  était  petit  -  (ils  de 
Raoul  /,  Sire  de  Coucy  ,  &  Joinvillc  nous  aprend  qu'il  fut  tué  à  la  MafTourc  ,  «  la  , 
»  dit-il ,  fut  tué  le  Comte  d'Artois ,  &  le  Sire  de  Coucy  qu'on  appelait  Raoul  ».  La  chanfon 
que  M.  Leveque  de  la  Ravalliere  dit  être  de  Raoul  de  Couiv  ,  Si  qui  eft  adreflec  au  Roi 
de  Navarre,  n'eft  pas  de  lui  ,  mais  de  Raoul  de  Soiflbns.  On  la  trouve  dans -le  manuf- 
trit  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy.  Elle  commence  ainfi  :  Roy  de  Navarre  Sire  de  f'ertu  ; 
Se  elle  eft  fous  le  nom  de  Raoul  de  Solfions  ;  ce  qui  prouve  eiîcore  que  M.  de  la  Ra- 

Bb   1 


240  ESSAI 

à  la  Malïbure  en  Egypte ,  près  du  Comte  d'Artois ,  frère  de  Saint  Louis,  qu'il 
défendait  au  prix  de  fon  fang  (a).  Ce  fut  cet  Enguerrand  IV  qui  fit  pendre 
trois  gentilshommes  Flamands  qu'il  avait  trouvés  chaffant  fur  fes  terres. 
Saint  Louis  l'ayant  fait  arrêter,  voulut  qu'il  fût  jugé  par  les  Pairs  8c  les 
Barons  ;  mais  les  Juges  devant  fe  récufer ,  lorfqu'il  s'agit  de  juger  un 
'parent,  ceux  d'Enguerrand' fortirent  de  l'afTemblée  l'un  après  l'antre,  & 
le  Roi  refté  feul ,  s'aperçut  qu'il  n'aurait  pas  dû  fortir  le  dernier.  Ehguerrand 
fut  cependant  condamné  par  le  Roi  à  une  amende  coniidérable ,  qui  fervic 
à  fonder  un  hôpital  à  Pontoife ,  8c  les  écoles  publiques  à  Paris  (/>). 

2°.  Thomas ,  qui  eut  par  le  teftament  de  fon  père  Raoul  la  feigneurie 
de  Venin  3  Scïwt  l'auteur  d'une  branche  long-tems  illultre  ,  mais  qui 
perdit  fa  fplendeur  fous  le  règne  de  Henri  II.  On  accufa  Jacques  de  Coucy 
Vervin  3  gendre  du  Maréchal  du  Bietz ,  d'avoir  trahi  l'état  ,  en  rendant 
Boulogne  aux  Anglois  en  1 544  ,  après  cependant  la  réfiftance  la  plus  vigou- 
reufe  pendant  fix  femaines.  Dès  que  Henri  II  fut  parvenu  au  trône  en 
1547,  fes  ennemis  produifirent  des  faux  témoins  &  parvinrent  à  le  faire 
décapiter  en  cette  même  année.  Ce  qui  prouve  que  la  haine  feule  dicta 
ce  jugement ,  c'en:  que  tous  ceux  qui  avaient  compofé  le  confeil  de  guerre  , 
où  il  avait  déterminé  de  rendre  la  place ,  furent  renvoyés  abfous  :  il  n'y 
eut  que  le  lïeur  de  Longueval  qui  paya  fon  abfolution  :  il  poffédait  la 
terre  de   Marchais ,  à  trois  lieues  de  Laon  :  cette  terre  convenait   à  un 


valliere  a  fait  une  erreur  lorfqu'il  dit  (tome  1 ,  page  79  )  que  les  manufcrits  ne  le  nom- 
ment Amplement  que  Raoul  de  Soijfons,  puifque  celui  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy 
l'appelé  Metfîre  Raoul  de  Soijfons  ,•  ce  qui  prouve  qu'il  était  parent,  &  peut-être  frère 
de  Jean  ,  Comte  de  Soiffbns ,  qui   vivait  alors» 

Thibaut  adreffe  une  autre  chanfon  au  même  Raoul ,  qui  commence  par  ces  mots  : 
Sir  Loes  moi  à  ckoijîr.  &c.  Il  lui  propofe  une  queftion  à  décider;  c*eft  de  (avoir  lequel 
eft  préférable  de  fentir  &  baifer  fa  maîtreffe  ,  fans  la  voir  &  lui  parler  ;  «u  bien  de  la 
voir   &   de  lui  parler ,  fans  la  fentk  ni  la  toucher. 

(a)  Jean  le  Carpentier  a  prétendu  que  ce  Raoul  II  fût  l'amant  de  la  dame  Fayel  ; 
Voy.  p.  xj8>  t.  1  ,  Hifl.  de  Cambray  ,  in-tf.  Leide  Chez  l'Auteur,  cididclxiv.  Il  y 
a  apparence  qu'il  fe  trompe  ,  puifque  le  même  Roman  dit  que  l'amant  de  la  dame  de 
Fayel  fe  croifa  avec  Richard ,  Roi  d'Angleterre  ,  qui  était  parti  pour  la  Terre-Sainte 
environ  59   ans  auparavant.  Jovet  &  Mezeray  ont  fait  la  même  faute.  L.  R. 

(b)  Enguerrand  IV  eut  une  fœur ,  qui  fut  mariée  en  premières  noces  au  Roi  d'Ecoffe; 
&  en  fécondes  aoces  à  Jean  de  Briennc  ,  Roi  de  Jérufalera  ,  &  depuis  Empereur  d'Orient, 


SUR    LA    MUSIQUE.  a& 

Miniftre  :  on  fit  peur  à  Longueval,  qui  la  donna  pour  recouvrer  fa  liberté. 
Henri  II  eut  des  remords  fuperHus ,  &  .fit  reftituer  au  fils  de  Vervin  la 
plus  grande  partie  de  fes  biens  qui  avaient  été  confifqués;  mais  ce  ne  fut 
que  fous  Henri  III  ,  en  1575  ,  qu'on  revit  ^e  procès,  &  que  la  mémoire 
de  Vervin  fut  réhabilitée  avec  un  éclat  fans  exemple. 

La  poftérité  mafculine  de  cet  infortuné  finit  à  fon  petit-fils,  mort  en 
bas-âge. 

Jacques  de  Coucy  Vervin  avait  trois  frères ,  Raoul,  J«an  &  Robert;  ces 
deux  derniers  furent  Aumôniers  du  Roi ,  &  Raoul  a  été  la  tige  de  M  M. 
de  Coucy  Polecourc 3  qui  exiltent  aujourd'hui  en  Champagne,  «Se  dont  M, 
de  Belloy  a  prouvé  la  filiation  d'une  manière  irréliltible. 

Cette  feule  maifon  de  Coucy  Polecourt  jouit  d'un  double  avantage  bien 
fingulier  :  c'eft  que  la  Maifon  Royale  defeend  de  Louis-le-Gros  par  les 
mâles ,  &  de  Raoul  I  de  Coucy ,  par  les  femmes  -y  &  que  Meilleurs  de 
Coucy  defeendent  de  Louis-le-Gros  par  les  femmes ,  &  de  Raoul  par  les 
mâles  (a). 

Revenons  maintenant  à  Enguerrand  de  Coucy  s  frère  de  Raoul  J  (/>).  Une 
charte  de  l'an  1  141  prouve  qu'il  fut  baptifé  cette  même  année  par  Barthelemi, 
Évcque  de  Laon.  On  n'a  pas  la  date  précife  de  fa  mort  \  mais  il  était 
déjà  décédé,  félon  l'Auteur  des  antiquités  &  recherches  de  l'Abbaye  royale 
de  Saint-Denis,  en   1174,  &  enterré  dans  cette  Abbaye  (c). 


(a)  Raoul  I,  Sire  du  Coucy ,  laifla  encore  de  Caa  fécond  mariage  Jeux  garçons  & 
une  fille,  dont  il  eft  inutile  ici  de  faire  mention. 

(£)  M.  de  Belloy  n'en  fait  pas  mention  ,  Se  c'étoit  cependant  très  -  nécelTaire  2  fes 
recherches ,  comme  on  va  le  voir.  Voici  ce  qu'en  dit  feulement  Don  TouiTaint  Duplcflïs 
dans  fon  Hiitoire  de  Coucy  ,  page  49:  «  Enguerrand  II  ne  laifTa  que  deux  enfans; 
»  Raoul  I,  qui  hérita  de  la  plus  grande  partie  de  fes  biens,  &:  Enguerrand  ....  qui 
»  eut  deux  enfans  vivans  encore  en  11 87  »•  (  apparemment  que  Don  Touflaint  avait 
vu  la  pièce  dont  nous  allons  parler  ).  «  L'un  nommé  Raoul  qui  prit  le  parti  de  l'Egljfe, 
»   &  l'autre  nommée  Marguerite ,  qui  fut  mariée  a  Joubert ,  Seigneur  de  la  Ferte"  Beliard  o. 

(c)  In  nomine  fanilce  &  individiue  Trinitatis.  Ego  Radulfus  D<i  gratia  Cociaci  ù 
Jllarlic  Dominus ,  &c.  Noverit  tam  futurorum  pojhritas  quant  pnefentium  indu/tria, 
Quod  ego  Radulfus  Engelranni  NobiliJJim  filius ,  ob  remeiliun  anima:  me<x  Agnetis 
uxorismeee,  &  antecefforum  nojlrontm,  &  Jpecialittr  pro  anima  fia  tris  mei  Engel- 
ranni cujus  corpus  in  Ecdejia.  Beati  Dionyfii  Gallorum  Apojloli  hononjic<  Jipulium 


5242  ESSAI 

Cet  Enguerrand  laifla  deux  enfans ,  Raoul  8c  Marguerite ,  mariée  à 
Joubert  j  feigneur  de  la  Ferté  Beliard.  Duchefne,  dans  l'hiftoire  de  la 
Maifon  de  Coucy ,  ne  parle  point  de  ces  deux  enfans  dans  la  généalogie 
qu'il  donne  de  cette  maifon  ,  mais  il  en  fait  mention  dans  les  pièces 
juftificatives ,  page  .3  j  1.  De  plus,  un  extrait  des  archives  de  la  Maladrerie 
de  Laon,  prouve  qu'ils  exiftaient,  puifque  Raoul  I }  fire  de  Coucy  3  y  dit, 
dans  un  aéte  daté  de  \  187  ,  Hujus  ni  tejles  Radulfus  Clericus  [a)  nepos  (b) 
meus  j  Margareta  de  firmitate  neptis  mea3  &c.  Il  exprime  bien  clairement  que 
Raoul  eft  fon  neveu,  8c  Marguerite  fa  nièce;  &  puifque  Raoul  I  n'avait 
point  de  fceurs ,  &  qu'il  n'avait  pour  frère  qu  Enguerrand  y  il  fallait  bien 
que  Radulfus  Clericus  &  Margareta  neptis ,  flirtent  enfans  à' Enguerrand. 

Ce  Raoul,  qui  était  Clerc  en  118-7,  ayant  perdu  fon  père  en  11 74,' 
avait  donc  alors  au  moins  treize  ans ,  8c  peut-être  vingt.  En  1 1 9 1  ,  année 
du  ficge  d'Acre  &  de  la  mort  de  Raoul  I3  ainfi  que  de  la  iïenne  ,  il 
pouvait  donc  avoir  vingt  à  vingt-cinq  ans ,  âge  où  les  pallions  font  les 
plus  vives  ,  8c  où  les  têtes  ardentes  font  fufceptibles  des  idées  les  plus 
lîngulieres  ,  celle  d'envoyer  fon  cœur  à  une  amante  qu'il  adorait ,  eft  bien 
plus  aifée  à  concevoir  dans  ce   jeune  homme  éperdu  d'amour,  que  dans 

ejl ,  fancîœ  Congregationi  ejusdem  Ecclefiœ  contuli  centum  folidos  Provinenfium  in 
Nativitate  Beatat  Maria  femper  Virginis  in  vuinagio  nojlro  apud  Mariant  fingulis 
annis  per  folv  endos ,  Sec.  datum  apud  Marlam  anno  mclxxiiii.  Liv.  4,  des  Antiquités 
que  nous  venons  de  citer. 

(a)  Comme  les  mots  nepos  &  neptis  lignifient  auffi petit-fils  &  petite-fille,  on  pourrait 
nous  objecter  qu'il  n'eft  pas  queftion  dans  cet  aéle ,  d'un  neveu  &  d'une  nièce  de  ce 
Raoul ,  mais  .d'un  de  fes  petits-fils  &  d'une  de  fes  petites  -  filles.  Nous  prévenons  cette 
obje&ion ,  en  difant  que  ces  deux  mots  ne  peuvent  lignifier  dans  cetie  pièce ,  que  neveu 
Se  nièce.  Parceque  Raoul  I,  qui  s'était  remarié  faute  d'hoirs  mâles  ,  en  1174,  ne  pouvait 
avoir  de  ce  fécond  mariage,  aucun  petit-fils,  ni  aucune  petite-fille  en  état  de  fervir  de 
témoins  en  1 187.  11  eft  vrai  qu'il  pouvait  en  avoir,  des  filles  qu'il  avoit  eues  de  fon  premier 
mariage;  mais  comme  il  ne  délîgne  ces  deux  témoins  que  par  leurs  noms  de  baptême, 
c'eft  une  preuve  qu'ils  étaient  les  enfans.  de  fon  frère.  S'ils  étaient  ilîus  de  fes  filles ,  il 
n'auroit  pas  manqué  d'ajouter  quelques  furnoms  à  leurs  noms  de  Baptême ,  pour  ôter 
toute  équivoque.  On  fait  que  les  furnoms  font  au  moins  du  dixième  fiecle-.  L.  R. 

(5)  Ce  mot  Clericus  eft  équivoque ,  &  il  lignifie  un  eccléfiaftique ,  un  homme  de 
lettres,  un  notaire,  un  copifte,  &c.  mais  nous  croyons  qu'il  doit  lignifier  en  cet  endroit, 
Un  eccléfiaftique.  Notre  fyftême  ne  ferait  que  mieux  fondé,  fi  nous -lui  donnions  la  figni- 
cation  d'homme  de  lettres.  L.  R. 


SUR    LA    MUSIQUE.  243 

Raoul  I ,  Jïre  de  Coucy  >  alors  ,  âgé  de  ciuquante-fept  ans  ,  mari  d'une 
PrincefTe  du  rang,  preux  Chevalier  ,  donc  la  fagefle  &  la  prudence  étaient 
connues  de  tout  le  monde. 

Il  y  a  dans  la  bibliothèque  du  Roi  une  hift-oire  manufcrite  du  Châtelain 
de  Coucy  (a).  Elle  a  été  compofée,  à  ce  que  l'on  prétend,  vers  l'an  1218. 


(a)  L'inventaire  des  livres  de  Charles  V,  Roi  de  France,  indique  que  ce  Prince  avait 
un  rnauufcrk  intitulé  :  Du  Châtelain  de  Coucy  &  de  la  Dame  de  Fayel.  On  ne  fait 
ce  qu'il  eft  devenu  ;  il  paroît  que  celui  qui  a  pour  titre  :  Roumans  du  Châtelain  de 
Coucy  &  de  la  Dame  de  Fayel,  doit  être  une  copie  de  celui-là,  ou  peut-être  celui- 
là  même.  Cet  inventaire  était  en  17 15  dans  la  bibliothèque  de  M.  l'Archevêque  de  Rouen, 
&  il  a  appartenu  à  François  I,  comme  on  le  voit  par  fa  lignature  que  l'on  a  effacée, 
mais  quife  lit  encore.  Foy.  Mémoires  de  Littérature ,  /«-40.  tom.  î,  pag.  694  &  69  j. 

C'eft  un  grand  volume  en  papier  couvert  de  cuir  rouge,  découpé  par  fleurons,  qui 
a  pour  titre  :  Inventaire  des  livres  du  Roi  notre  Seigneur,  ejlans  en  /on  Chajlel  du 
Louvre.  Sur  le  fécond  feuillet,  on  Jit  :  Cy  après  en  ce  papier  font  écripts  les  livres 
de  très-Souverain  &  très-Excellent  Prince  Charle-le-Quint  de  ce  nom,  par  la  graco 
de  Dieu  ,  Roi  de  France,  ejlant  en  fon  Chajlel  du  Louvre  en  trois  chambres ,  l'une  fur 
l'autre  ,  l'an  de  grâce  mccclxxiii.  Enregiflrés  de  fon  commandement ,  par  moi  Ciles 
Malet ,  fon  Valet  de  Chambre.  Il  y  avait  alors  909  volumes.  En  1413,  après  la  mort  de 
Charles  VI  ,  la  bibliothèque  du  Roi  fut  examinée  &  prifée.  On  y  trouva  853  volumes 
cftimés  1323  liv.  4  fols ,  fomme  confidérable  alors.  En  141?  ,  le  Duc  de  Betfort,  Régent 
du  Royaume,  fe  fit  repréfenter  ces  mêmes  livres.  Garnier  de  Saint-Yon,  alors  bibliothé- 
caire ,  lui  en  rendit  un  bon  compte  ,  &  en  demeura  chargé  jufqu'en  1419  ,  que  le  même 
Duc  en  déchargea  entièrement  Saint-Yon  ,  &  lui  en-donna  quittance;  on  n'a  jamais  (ça 
ce  qu'il  fit  de  ces  livres  ;  mais  il  eft  bien  probable  qu'il  les  fit  paflèr  en  Angleterre» 
Foy    ibid.  pag.  701  &  701,  &  tom.  15  des  mêmes  Mémoires,  pag.  705  &  706. 

Il  y  a  dans  la  bibliothèque  du  Roi,  un  manuferit  cotté  703 1  ,  Si  qui  a  pour  titre  Ra- 
tional  du  divin  Office;  on  y  lit  à  la  fin  le  feing  de  Charles  V ,  Se  ces  paroles  écrites 
de  fa  main;  c'efl  livre,  nommé  Raftonal  des  divins  offices ,  efl  à  nous  Charles  y  de 
noflre  nom  ,  &  lefifmes  tranflater ,  eferire  &  tout  parfaire  en  l'an  mccclxiv.  Charles. 
Ibid.  p.  -03  ,  au  commencement  de  ce  même  volume ,  au  revers  de  la  couverture ,  on 
lit  :  Ce  livre  efl  à  Jehan  ,  Conte  d' Engofteme  ,  lequel  l'acheta,  à  Londres  en  Angle- 
terre,  l'an  de  grâce   1441.  (  in  eâd.  pag.  ). 

Ce  livre  était  donc  de  la  bibliothèque  de  Charles  V ,  &  avait  été  porté  en  Angleterre 
par  les  ordres  du  Duc  de  Betford.  Probablement  les  autres  auront  eu  le  même  Sfft.  AI. 
Félibien  allure  que  dans  les  Regiftres  de  la  Chambre  des  Comptes,  il  eft  dit  que  les 
livres  de  la  tour  du  Louvre  furent  achetés  lioo  francs,  par  le  Duc  de  Betford,  &:  que 
cette  fomme  fut  comptée  à  Pierre  Thury  ,  Entrepreneur  du  Alaufolee  de  Charles  VJ 
&.   d'Ifabeau  de  Bavière,  fou  époufe. 


244r  ESSAI 

Son  titre  eft ,  Romans  (a)  du  Châtelain  de  Coucy  &  de  la  Dame  de  Fayel. 
Le  Châtelain  qu'elle  a  pour  objet,  y  eft  nommé  Renaut  de  Coucy  (b)  :  on 
y  lit  qu'il  n'était  pas  riche.  Cela  ne  peut  convenir  à  Raoul  I ,  qui  était  un 
des  plus  riches  Seigneurs  de  France  ,  mais  cela  convient  parfaitement  à 
Raoul  fon  neveu  :  il  était  entré  dans  l'état  eccléliaftique,  fon  titre  clérical 
ne  devait  pas  être  plus  confidérable  que  celui  de  {on  coufin-germain  Raoul , 
fils  de  Raoul  I ,  qui  (  ainfi  que  nous  l'avons  vu  ci-delTus  )  n'était  que  de 
quarante  livres  Parifis.  Il  n'était  pas  encore  pourvu  de  bénéfices.  Il  était 
par  conféquent  fans  fortune.  L'amour  dont  il  était  embrâfé  pour  la  Dame 


(a)  On  n'entendait  pas  alors  par  le  mot  Roumans  ce  que  nous  entendons  aujourd'hui 
par  le  tnême  mot.  Ce  mot  fignifîait  tout  livre  écrit  en  langue  Romance ,  foit  en  vers 
(bit  en  proie;  parmi  ceux  qui  font  en  vers,  on  remarque  l'hiftoire  de  Philippe-Augufte , 
écrite  en  rimes  par  Guillaume  le  Breton.  Cette  hiftoire  commence  au  couronnement 
de  ce  Roi,  arrivé  en  1179,  du  vivant  de  fon  frère  Louis  VII.  Elle  finit  en  1117,  après 
la  bataille  de  Bouvines.  Une  page  &  .demie  qui  n'eft  plus  de  lui ,  contient  le  récit  de 
la  mort  de  Philippe,  arrivée  en  1113  ,  &  la  defcription  de  fes  funérailles.  Guillaume 
le  Breton  était  en  Bretagne  vers  1170.  Il  fut  précepteur  du  fils  naturel  de  Philippe- 
Augufte,  Pierre  Carlotte,  qui  mourut,  en  1149,  Evêque  de  Noyon,  &  accompagna 
Philippe-Augufte  dans  plufieurs  de  fes  campagnes;  entr'autres  à  la  bataille  de  Bouvines 
où  il  fit  l'office  de  Chapelain  de  Sa  Majefté.  Qu'on  nous  permette  de  tranfcrire  ici  quelques 
dérails  que  Guillaume  le  Breton  nous  rapporte  dans  fon  Hiftoire  ,  &  qui  nous  ont  parus 
allez  curieux  pour  ne  pas  les  pa'fler  fous  fïlence. 

«  Le  Roi,  dit- il,  ayant  harangué  fes  troupes;  les  foldats- lui  demandèrent  fa  bénc- 
»  diûion  ,  &  la  charge  ayant  fonné  auftî-tôt,  ils  donnèrent  tête  baifTée  fur  l'ennemi, 
»  &  combattirent  avec  toute  la  valeur  poflîble  ,•  comme  nous  étions  au  même  inftant 
»  derrière  le  Roi,  &  aiTez  près  de  fa  perfonne,  un  de  fes  Clercs,  &  moi  fon  Chapelain 
»  qui  écris  ceci ,  dès  que  nous  eûmes  entendus  lé  bruit  des  trompettes ,  nous  entoilâmes  le 
»  Pfeaume  Benediclus  Deus  meus  qui  docet,  que  nous  chantâmes  d'un  bout  à  l'autre,  enfuite 
«  celui  à'Exurgat  Deus  &  Domine  in  virtute  tua  lœtahitur  Rex  ,  autant  que  nous  le 
»  pouvions  faire  au  milieu  des  gémiflemens  &  des  cris  que  faifaient  les  combattans  ;  Se  nous 
»  ranimâmes  de  notre  mieux  leur  confiance  ,  en  leur  failànt  fentir  l'avantage  qu'ils  avaient 
»  de  combattre  pour  un  Roi  protecteur  de  l'Eglife  ,  contre  des  Princes  qui  en  avaient 
»  toujours  été    les  perfécuteuis  ». 

(b)  Dans  le  recueil  de  l'origine  de  la  Langue  &  Poéfie  Françaife  du  Préfîdent  Faucher, 
donné  à  la  Bibliothèque  du  Roi  en  17*1,  par  l'Abbé  d'Olivet  (  n°  X,  8185  ),  &  où 
il  y  a  plufieurs  corrections  de  la  main  de  l'auteur ,  on  voit,  page  124,  à  l'article  du  Châ- 
telain de  Coucy  ,  le  mot  le  effacé,  5c  à  la  marge  on  lit,  de  la  main  de  Fauchet ,  Raoul 
au  Regnaut, 

de 


SUR    LA    MUSIQUE.  24; 

de  Fayel  ,  lui  fit  quitter  l'état  eccléliaftique.  Il  prit  le  parti  des  armes  \ 
mais  fi  fon  changement  d'état  ne  nuifit  pas  à  fes  amours ,  il  n'augmenta 
vraifemblablement  pas  fa  fortune.  Cela  étant ,  ce  Raoul  doit  être  celui  que 
le  Roman  a  en  vue.  Il  eft  certain  qu'aucun  autre  que  lui  ne  peut  avoir 
été  le  Châtelain  de  Coucy  de  ce  tems-Ià.  Il  n'exiftait  alors  d'autre  Coucy 
que  lui ,  auquel  on  puiiTe  attribuer  les  amours.  Les  fils  de  Raoul  I  étaient 
encore  en  trop  bas-âge,  pour  qu'un  d'eux  ait  pu  être  le  héros  de  ce  Roman  y 
le  plus  âgé  d'entr'eux  n'avait  que  treize  ans,  lorfqu'ils  eurent  le  malheur 
de  perdre  leur  père.  Ce  qui  confirme  notre  opinion  ,  c'eft  l'ordre  qui  règne 
entre  quelques  chanfons  du  Châtelain  de  ce  manufcrir.  Elles  n'y  font  qu'au 
nombre  de  fix ,  mais  elles  y  forment ,  par  la  manière  dont  elles  fe  fuivent, 
un  tableau  dans  lequel  il  eft  impollible  de  ne  pas  reconnaître  le  Raoul 
que  nous  venons  d'indiquer.  Nous  en  donnerons  une  copie  à  la  fin  de 
cet  article,  &  nous  y  joindrons  toutes  celles  que  nous  avons  recueillies 
d'après  divers  aunes  manufcrits ,  fous  le  nom  de  ce  Poète  infortuné.  11  n'y 
en  a  aulîi  aucune  d'elles  qui  ne  s'acorde  avec  quelques-uns  des  faits  qui 
font  racontés  dans  ce  Roman. 

L'Auteur  du  manufcrit  du  Roi  nous  dit  que  le  Châtelain  n'arriva  en 
Paleftine,  avec  Richard  ,  Roi  d'Angleterre  ,  qu'après  la  prife  d'Acre  (a)  (  où 
Raoul  I,  lire  de  Coucy,  avait  été  tué  ).Ce  n'était  donc  pas  le  lire  de  Coucy. 

Tous  les  anciens  Auteurs,  ainfi  que  celui  de  ce  manufcrit,  Froijfart , 
Chrijtine  de  Pif  an  3  &c.  lui  donnent  le  titre  de  Châtelain ,  &  non  pas 
celui  de  Sire  que  prenait  Raoul  I.  Nous  avons  déjà  obfervé  qu'on  nommait 
tilors  Châtelains  les  gouverneurs  des  châteaux,  mais  non  pas  les  feigneurs; 
nous  en  avons. plufieurs  exemples,  entr'autres ,  celui  d' Engucrrand  l'A 
Coucy  (/>)  j  châtelain  de  Cambrai 3  dont  il  n'était  pas  feîgneur,  mais  gou- 
verneur pour  le  Roi. 

(a)  Hume  dit  que  Richard  aborda  devant  Acre  pour  partager  feulement  la  gloire  de  fa 
prile.  Cependant  Meferay  afïlire  que  !e  liège  dura  cinq  mois  ,  &  que  Richard  y  ai  riva 
deux  mois  après  Philippe  ,  trois  mois  avant  la  prife.  Le  Prélident  Hainault  dit  qu'Acre 
fut  prife  par  les  Français  ;  les  Anglais  n'y  étaient  donc  pas.  De  plus ,  dans  fon  édition 
i«-4°.  (  tom.  premier  page  166  ),  il  dit  que  le  liège  d'Acre  dura  trois  ans  :  M.  de 
Bclloy  allure  que  Richard  ne  joignit  Philippe  qu'après  la  priié  d'Acre  :  nous  avons  fuivj 
fon  opinion. 

(£)  Un  manufcrit  du  Roi,  qui  contient  une  grande  quantité  de  Chanfons  du  douzième 
Tome  II.  C  < 


Mtf  $    S    S,  A    /, 

Raoul  I  n'était  donc  pas  le  Châtelain  de  Coucy.  Une  preuve  encore  plus 
forte,  eft  que  l'Auteur  du  manufcrit  parle  plulieurs  fois  du  Sire  de  Coucy , 
tué  au  fiége  d'Aere. 

Le  Châtelain  &  le  Sire  font  donc  deux  différens  Chevaliers. 

D'ailleurs  nous  avons  déjà  dit  qu'en  1 191 ,  que  Raoul  fut  tué,  il  avait 
environ  cinquante  -  fept  ans ,  était  marié  avec  une  Princefle  du  Sang 
qu'il  aimait  beaucoup,  &  avec  laquelle  il  vivait  dans  l'intelligence  la 
plus  parfaite.  Peut-on  le  croire  fufceptible  à  cet  âge  d'une  paillon  fi  vio- 
lente, &  qui  produisît  des  effets  fi  extraordinaires  ? 

11  eft  bien  plus  vraifemblable  que  le  véritable  héros  de  cette  tragique 
hiftoire  ait  été  Raoul  fon  neveu.  11  était  Clerc  en  11 87  (  voye%  ci-dejfus 
page  242  )  :  il  avait  alors  au  moins  treize  ans  }  mais  il  pouvait  en  avoir 
vin<n:  il  était  né  avec  des  talens  diftingués  pour  la  poéfie  (a)  &  avec  les 
pallions  les  plus  vives.  Il  y  a  apparence  qu'il  fe  dégoûta  de  fon  état, 
&  qu'il  l'abandonna  peu  de  tems  après  l'acte  dont  nous  venons  de 
parler.  Peut-être  l'amour  qui  vint  s'emparer  de  fon  cœur  pour  la 
Dame  de  Fayel ,  entra-t-il  pour  beaucoup  dans  ce  changement  d'état. 
Peut-être  auffi  le  defir  de  la  gloire ,  &  l'envie  de  fignaler  fon  cou- 
rage en  Paleftine  ,  le  déterminerent-ils  à  prendre  le  parti  des  armes  ? 
Ce  fut  en   1187  que  Lufignan  ,  Roi  de  Jérufalem ,   fut  défait  à  la  jour- 


&  du  treizième  (îecle,  en  a  confervé  plulieurs  du  Châtelain  de  Coucy ,  &  une  du  Comte 
Je  Coucy  :  ce  Comte  pouvait  être  Raoul  I,  Enguerrand  III  ou  Raoul  II ,  Sires  de 
Coucy;  mais  cette  diftinftion  prouve  indubitablement  que  le  Châtelain  n'était  pas  le  Comte. 
Nous  avons  raporté  cette  chanfon,   Tome  II ,  page  181. 

(a)  Dans  le  manufcrit,  le  Châtelain  eft  repréfenté 

«  Biaux  ,  courtois ,  plains   de  lavoir. 

»  Onqs  Gauvains   ne  Lancelos 

p  Retinrent  d'armes  plus  grant  los. 

1*  .  .  .  .  » 

»  Parlures  lavoir  faire  &  chans  »...». 

îl  eft  dit  aufli  qu'il  n'était  pas  riche ,  &  notre  Raoul  ne  l'était  pas ,  ainfi  que  nous  l'avons 
déjà  die. 


SUR    LA    MUSIQUE.  247 

née  de  Tibériade ,  &c  la  perte  de  Jérufalem  fuc  la  fuite  de  cette  déroute. 
La  croifade  fut  aufiitôt  annoncée  ,  l'Empereur  Frédéric  donna  l'exemple  à 
toute  l'Europe,  partit  le  premier,  &  fe  noya  en  traverfant  le  Cydnus, 
ce  même  fleuve  dans  lequel  Alexandre  -le -Grand  avait  penfé  pair. 
Ainfi  le  peu  de  fortune  de  ce  jeune  homme,  l'exemple  de  tant  do  bra- 
ves Seigneurs,  qu'une  fureur  facrée  emportait  en  Orient,  l'ardeur  bouil- 
lante de  fon  tempérament,  &  vraifemblablement  le  dépit  de  ne  pouvoir 
être'  heureux  de  long  tems ,  l'auront  fait  voler  en  Paleftine.  Une  autre 
raifon  s'y  fera  peut-être  jointe ,  c'efr  qu'il  s'imagina  que  le  Seigneur  de 
Fayel  fe  croiferait ,  &  qu'il  emmènerait  fa  femme  avec  lui. 

Il  peut  donc  être  devenu  amoureux  de  la  Dame  de  Fayel  vers  la  fin  de 
1187  ou  au  commencement  de  1188,  l'avoir  célébrée  par  fes  chaulons 
plus  de  deux  années  avant  fon  départ  pour  la  Terre-Sainte  ,  &  y  avoir 
terminé  fa  vie,  par  les  fuites  d'une  blelfure  ou  par  une  maladie. 

Comme  Moréry  dit  que  Raoul  I  ,  Sire  de  Coucy,  donna  à  un  Comte 
de  Coucy,  qui  s'appelait  auffi  Raoul,  Ifabeau  ,  fa  féconde  fille  ,  qui  ,  après 
la  morr  de  fon  mari,  époufa  un  Joyeufe  Grand-Pré j  ce  Raoul  ne  peut  ê:re 
que  le  nôtre,  puifque  nous  avons  déjà  prouvé  qu'il  n'exrftaft  alors  aucun 
autre  Coucy.  Ce  nouveau  fait  ne  peut  être  expliqué  que  par  d  autres  con- 
jectures. Les  voici  :  elles  ne  nuiront  aucunement  à  celles  que  nous  avons 
<iéja  produites.  Raoul  I  s'appercevant  de  la  paflîon  nailîante  de  (on  neveu 
pour  la  belle  Fayel ,  aura  voulu  l'éteindre ,  en  lui  faifant  époufer  fa  féconde 
fille.  Il  lui  aura  fait  quitter  l'habit  eccléfiaftique ,  8c  lui  aura  donné  le 
gouvernement  de  fon  château.  Mais  voyant  que  la  digue  qu'il  avait  voulu 
oppofer  au  torrent  des  feux  de  ce  jeune  homme,  n'avait  fait  que  les  irriter, 
il  l'aura  forcé  de  fe  croifer  avec  lui ,  pour  épargner  à  fa  fille  la  douleur 
d'avoir  une  rivale  dans  fon  voilinagej  car  le  château  de  Fayel  cuit  peu 
éloigné  de  celui  de  Coucy. 

Raoul  I  fera  parti  avant  fon  gendre  pour  le  fïége  d'Acre.  le  ch.uJain, 
retenu  en  Europe  par  les  charmes  de  fon  amante,  aura  prétexté  des  lon- 
gueurs. Mais  obligé  en  qualité  de  brave  chevalier  ,  d'obéir  au  ferment 
que  (on  beau-pere  aura  exigé  de  lui  avant  fon  départ,  il  ne  lera  arrivé 
en  Afie  qu'après  le  fiégc  d'Acre.  Si  nous  mettons  un  intervalle  entre  l'on 
départ  &  celui  de  fon  beau-pere,  c'eft  parce  qu'on  lit,  dans  le   Roman 

C  c  z 


248  ESSAI 

que  nous  avons  déjà  cité,  que  le  Châtelain  de  Coucy  (a)  n'arriva  en  Afre 
qu'après  ce  fiége.  Nous  aurions  pu  nous  pafler  de  ces  nouvelles  conjectures , 
Moréri  eft  fi  inexaér ,  qu'il  mérite  bien  peu  de  confiance.  Il  y  à  lieu  de 
préfumer  qu'il  s 'eft  trompé,  puifque  Duchefne  (  page  348  )  donne  le  nom 
de  Raoul  de  Roucy  au  Comte  que  Moréri  a  appelé  Raoul  de  Coucy  (b). 

Il  nous  paraît  donc  démontré  que  l'erreur  des  Hiftoriens  n'eft  fondée 
que  fur  le  même  nom  que  portaient  l'oncle  &  le  neveu,  &  fur  ce  qu'ils 
perdirent  tous  deux  la  vie  en  Paleftine,  l'un  peu  de  tems  avant  l'autre. 

Nous  allons  prouver  maintenant  que  la  Dame  de  Fayel  n'était  point  de 
1  illuftre  Maifon  de  Vergy  ;  &  c'eft  à  M.  de  Belloy  que  nous  devons  la 
découverte  de  ce  fait  intérefTant. 

Le  nom  de  la  Dame  de  Fayel  ne  fe  trouve  point  dans  le  manufcrit  du 
Roi.  FroifTard  (c)  a  été  le  premier  qui  lui  a  donné  le  nom  de  Vcrgy  ou 


(a)  On  lit  dans  le  fuperbe  manufcrit  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy ,  à  la  fin  des  chanfons 
Je  Cace  Brûlé:  «  Cy  /aillent  les  Chançons  Monfeigneur  Cace  Biule' ,  &  comment 
»  cent  les   Chançons  le  Châtelain  de  Coucy  ».     . 

Il  était  alors  d'ufage  de  distinguer  les  états  &  d'écrire  les  qualités  des  gens  que 
l'on  citoit.  Gace  Brûlé  était  un  Chevalier  diftingué.  Aufiï  le  copifte  écrit-il  ,  de  Mon- 
feigneur  Cace  Brûlé;  ailleurs  il  dit,  Chançons  de  Mlondiaux  de  Néele ,  parceque  ce 
.Blondiau  était  un  (impie  Mufîcien. 

En  nommant  celles  du  Châtelain  de  Coucy,  s'il  eût  voulu  parler  de  Raoul I,  Sire 
de  Coucy  ,  l'eût-il  nommé  Simplement  le  Chafielain  de  Coucy  ■  Il  eft  évident  qu'il  eût 
écrit   Chançons    de  Monfcigneur  le  Sire  de   Coucy. 

S'il  a  donné  le  titre  de  Monfeigneur  à  Gace  Bridé  Se  à  Thibault  de  Blason ,  celui  de 
Meflire  à  Raoul  de  Soiffbns ,  à  Morife  de  Creon  ,  à  Robert  de  Marberoles ,  à  Thierry 
de  Soiffbns ,  &c.  aaraît-il  refufé  celui  de  Monfeigneur  â  l'un  des  plus  grands  Seigneurs 
de  France?  Ce  Châtelain  de  Coucy  n'était  donc  pas  Raoul  I,  Sire  de  Coucy  ,  mais 
Raoul,  cadet  de  cette  maifon  \  &  alors  on  ne  donnait  le  titre  de  Monfeigneur  qu'aux 
aînés. 

(b)  Don  Touflaint  le  nomme  auffi  Comte  de  Roucy. 

{c)  FroifTard  vivoit  fous  Charles  V.  On  voit  ces  vers  dans  un  recueil  de  fes  poéfies 
Hianufcrites ,  écrites  -  vers  1380. 

«  La  Châtelaine  de  Vergy 

»  Et  le  Châtelain   de  Coucy 

1  douleur  »  Qui  outremer   mourut  de  doël   1 

»  Tout  pour  la  dame  de  Faïpl  : 


SUR    LA    MUSIQUE.  ^ 

de  Vergie  (a).  Quelle  apparence  qu'une  auflî  grande  Maifon  que  celle  de 
Vergy  fe  fût  alliée  avec  un  fimple  gentilhomme  tel  que  le  Seigneur  de 
Fayel,  tandis  que,  fous  le  règne  de  Philippe-Auguftc,  il  n'y  avait  que 
trois  filles  de  cette  Maifon,  qui  étaient: 

Première,  Alix  ^  mariée  en  1199  à  Eudes  III,  Duc  de  Bourgogne , 
moire  le  3  Mars  125 1. 

Seconde,  mariée  au  Comte  fouverain  d'Auxonne. 

Troifieme,  Agnès,  fille  Se  héritière  de  Hervé  de  Vergy-Donzy,  Comte 
de  Nevers  (b). 

S'il  y  en  eût  eu  une  quatrième  ,  n'eût-elle  époufé  qu'un  gentilhomme  ? 

L'héroïne  de  l'hiiroire  n'eu:  donc  pas  une  Vergy  ? 

M.  de  Belloy  croit  avec  plus  de  vraifemblance,  qu'elle  était  de  la  Maifon 
de  Lcvergies ,  Maifon  qui  exiftait  alors  dans  le  Vermandois ,  &  dont 
l'exiftence  eft  démontrée  par  plufieurs  preuves  inconteftables. 


1  jeune  Chevalier.    »  Après  la  mort  du  2  Baceler 
»  On  ne  le  peut,  ne  doit  celer 
»  Pour  ce  qu'on  voulait  fe  vangier 
»  Des  vrais  amans,  on  fit  mangier 
»  La  dam' ,  le  cœur  de  fon  ami . .  • 
»  Jamais  plus  boire  ne  me  faut, 

3  morceau,  »  Car    fur  3   morcel  fi  precious 

»  Si  dous  &   fi    delicious 

»  Nul  boire  ne  pourai  prendre. 

»  On  ne  l'y  put  puis  faire  entendre 

4  voulut  »  Qu'elle    4  vofift  manger  ne  boire , 
$  vraie  »  Cette  mattere  eft  toute  j   voire. 

(a)  Cette  illuftre  maifon  tiioit  fon  nom  du  Château  de  Vergy  près  d'Autun,  iJ  lut 
miné  en  1 609   par  ordre  d'Henri   IV. 

(b)  Elle  fut  accordée  à  Pliilipe  de  France,  fils  aîné  de  Louis  VIII,  4:  le  mariage 
ne  fut  point  accompli  à  caufe  de  la  mort  du  Prince,  arrivée  en  l'an  iz:8,  cinq  ans  avant 
celle  de  Philippe-Augufte.  Le  jeune  Prince  n'avait  alors  que  9  ans ,  &  Agnès  en  avait  fïx 
ou  fept.  Cette  priiiccflc  époufa  dans  la  fuite  Gui  de  Châlillon  ,  &  de  ce  mariage  vint 
Yolande  de  C/idtillon,  mariée  à  Archambaud  IX ',  Sire  de  Boni  bon  :  Leur  fille  cadete 
Agnès,  dame  de  Bouibon  ,  époufa  Jean  de  Bourgogne ,  Sire  de  Cbarotois ,  fécond  fils 
de  Hugues  If,  Duc  de  Bourgogne,  &  de  leur  mariage  vint  Beatrix  de  Bourgogne  , 
femme  de  Kobert  de  France,  Comte  de  Clermont,  tige  de  la  Mailon  Royale  de  France. 


a;o  ESSAI 

Le  château  de  Levergies  eft  voifin  de  Fayel  (a)-,  qui  appartenait  en  1770 
à  M.  Laillier  }  beau-pere  de  M.  le  Préfident  de  Bonneuïl  j  après  avoir  celle 
d'appartenir,  dès  1340,  à  Meilleurs  de  Fayel.  Quoi- de  plus  vraifemblable 
qu'une  alliance  entre  un  Seigneur  de  Fayel  &:  une  Demoifelle  Levergies  > 
fa  voiline ,  que  l'amour  d'un  Châtelain  (  ou  gouverneur  )  du  château  de 
Coucy  en  Vermandois,  pour  une  Dame  de  Fayel,  dont  l'habitation  était 
aux  environs  de  la  fienne  (b) j  enfin ,  que  toute  la  fuite  de  cette  hiftoire , 
fondée  dans  notre  hypothefe  fur  des  pièces  encore  exiftantes  (c). 

Nous  regardons  donc  comme  démontré,  que  jamais  Raoul  j  Sire  de 
Coucy  j  n'a  aimé  une  Dame  de  Fayel  du  nom  de  Vergy  j  &  que  les 
chanfons  que  plufieurs  Auteurs  lui  attribuent,  ne  font  pas  de  lui,  mais 
que  leur  véritable  auteur  eft  Raoul  de  Coucy  3  Châtelain  de  Coucy  j  neveu, 
&  peut-être  gendre  de  Raoul  1  ;  &  qu'il  eft  le  feul  qu'on  doive  regarder 
comme  le  héros  de  cette  hiftoire ,  fi  toutefois  elle  eft  véritable  (d). 

■  —  m 

(a)  On  montre  encore  dans  un  mur  du  Château  de  Fayel ,  finie  à  une  demi-lieue  de 
Saint- Quentin  ,  une  très-ancienne  figure  de  pierre  que  l'on  dit  être  le  portrait  de  la  mal- 
heureufe  amante  du  Châtelain  de  Coucy. 

(3)  Le  manuferit  dit  pofitivement  que  Coucy  allait  &  revenait  en  une  nuit  de  chez  lui 
chez  la  dame  de  Fayel. 

(c)  La  tradition  qui  fubfifte  encore  à  Saint-Quentin  Se  à  Fayel,  fait  que  les  enfans 
répètent  d'après  leur  père  cette  déplorable  aventure. 

(d)  On  lit  dans  le  fécond  volume  de  l'Hiftoirc  de  Provence  (  pag.  z  66  )  ,  une  note  dans 
laquelle  l'auteur  prétend  prouver  que  l'hiftoire  de  Cabeftaing  avec  la  dame  de  Rouflillort 
eft  plus  ancienne  que  celle  du  Châtelain  de  Coucy  ;  Se  que  parconféquent ,  elle  pourak 
bien  n'être  qu'une  imitation  de  l'autre. 

Voici  les  preuves  qu'il  en   donne  : 

«  Il  eft  confiant  que  ce  Poète  (  Cabeftaing  )  mourut  vers  l'an  118 1 ,  fous  le  règne 
»  d'AIfonfe,  puifque  Raimond  de  Miraval,  qui  florifloit  à  la  fin  du  XIIe  fiecle,  parle 
»  de  la  mort  de  Cabeftaing ,  comme  étant  arrivée  il  y  avait  déjà  plufieurs  années.  J'ai 
»  oui  conter,  dit-il ,  ce  qui  fait  horreur  à  entendre ,  qu'un  Chevalier  vint  faire  l'amour 
n.avec  la  femme  du  Seigneur  de  Cajlelnou;  le  mari,  à  qui  cela  déplut,  entra  fans 
»  en  être  prie'  &  lui  coupa  la  tête  »  i 

L'hiftoire  de  Cabeftaing  &  de  la  dame  de  Rou/Tîllon  (  que  l'on  peut  lire  dans  celle 
des  Troubadours ,  par  M.  l'Abbé  Millot  )  ,  nous  apprend  que  le  Comte  Raimond  de 
Rouffillon,  ayant  attiré  Cabeftaing  hors  de  fon  château,  le  tua,  lui  coupa  la  tête  ,  fie 
apprêter  fon  coeur  par  fon  cuifinier  comme  un  morceau  de  venaifon ,  &  après  l'avoir  fait 
manger  à  fa  femme  ,  lui  montra  la  tête  de  fon  amant ,  pour  lui  prouver  que  c'était  de 
fon  cœur  qu'elle   venait  de  fe  nourrir. 


SUR    LA    MUSIQUE.  aSi 

Extrait  du  Roman  du  Châtelain  de  Coucy  &  de  la  Dame  de 
Fayel ,  qui  cft  à  la  bibliothèque  du  Roi  fous  le  numéro  i$59 
&  qui  a  été  écrit  vers  12281 

Comme  nous  ne  raportons  ici  que  la  plus  exacte  vérité ,  nous  ne 
cacherons  point  à  nos  Lecteurs  que  l'Auteur  de  ce  manuferit  affine  dans 
fon  début,  qu'il  a  entrepris  d'écrire  ce  Conte }  pour  plaire  à  fa  Dame. 

«  Amours  qui  eft  principaument 
»  Voie  Je  vie  honneftement 
»  M'a   donné  vouloir  de  retraire 
»  Un   Conte  de  très  noble  araire  ». 


Quel  rapport  a  cette  hiftoire  avec  celle  dont  parle  Miraval  ?  &  qu'a  de  commun  un 
Seigneur  de  Caftelnou  ,  qui  furprend  fa  femme  en  flagrant  délit ,  &  coupe  la  tête  à  celui 
qui  le  déshonore ,  avec  Raymond  de  Roufllllon  qui  fait  manger  à  fa  femme  le  coeur  de  fon 
amant  ?  c'eft  par  cette  feule  circonstance  que  l'hiftoire  de  Raoul  de  Coucy  &  celle  de 
Cabejlaing  fe  refTemblent  ;  &  il  eft  impoflîble  qu'elle  ait  pu  avoir  lieu  dans  l'hiftoire 
dont  parle  Miraval;  car  le  feigneur  de  Caftelnou,  après  avoir  tué  fon  rival  devant  fa 
femme ,  n'avait  plus  befoin  de  lui  faire  manger  fon  cœur  pour  lui  apprendre  fa  mort , 
ni  de  lui  montrer  fa  tête  puifqu'il  la  lui  avait  coupée  en  fa  préfence  ;  bien  plus ,  Jiliraval 
ne  parle*point  de  la  circonftance  du  cœur;  il  eft  donc  évident  que  ce  font  deux  hiftoircs 
différentes.  Mais  fuppofons  que  ces  deux  hiftoires  aient  pour  objet  le  même  fait,  il  ne 
s'enfuivrait  pas  que  la  mort  de  Cabcftaing  fût  arrivée  en  1181  ,  ainfî  que  ledit  l'auteur 
de  l'hifloire  de  Provence.  Car  Miraval  vivant  encore  en  I2i3,(  puifqu'il  fc  trouva  en 
cette  année  à  la  bataille  de  Muret  en  Efpagne,)  &  n'étant  mort  que  depuis  à  Lérida 
(entre  les  années  1120  &  ixjo),  peut  avoir  parlé  de  cette  aventure  tragique,  comme 
arrivée  depuis  plufieurs  années  ;  en  effet  elle  peut  s'être  paffée  au  commencement  du 
XIII'  fieclc;  quand  même  on  en  remonterait  la  date  vers  iico,  elle  ne  ferait  artivée 
qu'environ  dix  ans  après  la  mort  du  Châtelain  de  Coucy.  L'hiftoire  de  ce  Châtelain  n'eft. 
donc  pas  une  imitation  de  celle  de  Cabeftaing,  puifquc  le  calcul  de  l'auteur  de  l'hiftoire 
de  Provence  n'eft  fondé  Cas  aucune  preuve,  mais  Amplement  fur  des    probabilités. 

S'il  eût  connu  le  Rounums  du  Châtelain  de  Coucy  &  le  manuicrir  de  M.  le  Marquis 
de  Paulmy,  il  n'aurait  pas  dit  que  le  témoignage  de  Froijjfard ,  qui  vivoit  en  15R0,  lui 
a  paru  le  plus  ancien  qu'on  puiffè  alléguer  en  faveur  du  fentiment  qui  attribue  au 
ChàtiLiin  de  Coucy  ,  l'aventure  dont  il  efl  queftion.  L'Abbé  Leriglet  a  cité  une  copie 
de  ce  Roman,  fur  laquelle  on  lifoit  qu'il  a  été  compolé  en  1110  (  tom.  »,  pag.  i;i  , 
Jiibhoth.des  Romans  ).  Voilà  uue  pièce  q,ui  cft  certainement  plus  ancienne  que  FroiiTaiJ. 


2jî  ESSAI 

Il  die  encore  à  la  troifieme  page  : 

«  Fait  mon  cœur  à  compter  un  conte 
»  Qui  n'eft  ne  de  Roi  ne  de  Conte, 
»  Ains  eft  d'un  Chevalier  fi  preu  ». . .  . 

Refte  à  favoir  fi  le  mot  conte  fignifiait  alors  ce  qu'il  fignifie  aujourd'hui. 
Dans  ce  cas  ,  l'Auteur  aurait  imaginé  la  plus  grande  parrie  des  faits  de 
ce  Roman  ,  &  fur-tout  fon  dénouement  tragique  ,  qui  n'eft  raporté  que 
par  lui  Se  par  l'Auteur  de  la  vieille  chronique  ,  dont  parle  Fauchet;  mais 
cependant  le  fond  de  cette  hiftoire  ne  ferait  pas  moins  vrai ,  puifque  les 
chanfons  du  Châtelain  exiftentdans  des  manuferits  qui  ont  près  de  quatre  cent 
cinquante  ans  d'ancienneté,  que  tous  les  Auteurs  contemporains  en  parlent , 
de  que  les  Poètes  de  fon  tems  le  citent  fouvent  comme  un  modèle  d'amour. 

Renaud  (a) ,  Châtelain  de  Coucy  ,  devient  amoureux  de  la  Dame  du 
Fayel  ,  dont  le  château  était  près  de  Saint-Quentin.  Un  jour  qu'il  faic 
qu'elle  eft  feule  ,  il  va  lui  déclarer  fa  pafiion.  Elle  répond  que  jamais  elle 
ne  manquera  à  (on  mari  ;  de  retour  chez  lui ,  il  eflaie  de  l'attendrir  par 
une  chanfon  qu'il  lui  envoie  par  un  ménétrier  (b).  Quelque  tems  après, 
il  retourne  à  Fayel,  le  mari  allait  aux  plaids,  il  exige  que  le  Châtelain 
refte  au  château  ;  celui-ci  en  profite  pour  prefter  de  nouveau  la  Dame.  Elle 
fait  la  même  réponfe  ,  mais  elle  confent  à  lui  donner  quelque  chofe  qu'elle 
ait  porté.  11  lui  demande  un  de  fes  manches  (c),  dont  il  veut  orner  {d)  fon 
bras  droit  au  tournoi  que  le  Sire  de  Coucy  (e)  doit  donner  bientôt  entre 

(a)  L'auteur  du  chef-d'œuvre  d'un  inconnu,  donne  le  même  nom  au  Châtelain  du  Coucy. 
Voy.  pag.  146.  La  Haye,   171e. 

(J>)  Voye\  à  la  fin  de  cet  article  la  première  chanfon  du  Châtelain  ;  Pour  verdure 
ne  pour  prie.  Elle  eft  dans  le  manuferit. 

(c)  De  Belloy ,  dans  fon  extrait  fait  de  cette  manche  un  bracelet.  Il   y  a  cependant 

dans  l'original  : 

«  Vouroie  une  mance  de  vous 
»  Ridée   as  las  large  deflbus  ». 

(d)  Voye\  la  chanfon  ci-après,  qui  commence  par  la  douce  voix  du  Rojfignol, 
^(«ï  Le  Châtelain  Se  le  Sire  de  Coucy,  font  donc  deux  perfonages  différens;  l'auteur 
des  chanfons,  qui  eft  le  Châtelain,  ne  peut  donc  être  ni  Raoul  I,  ni  Raoul  11 ,  qui 
tous  deux  étaient  Sire  de  Coucy.  Mais  ce  Sire  de  Coucy  ,  qui  préiidait  à  ce  tournoi  , 
devoit  être  Raoul  I,  quoique  l'auteur  (  apparemment  par  méprife  )  le  nomme  Enguer-\ 
rdid;on  en   verra  bientôt  des  preuves.  Ce  tpumoi    doit  être  en    1188,  8p  ou  j?o. 

ta 


SUR    LA    MUSIQUE.  *fj 

la  Fere  Se  Vendeu.il  s  près  de  l'Oifc  ,  &  la  Dame  la  lui  donne.  L'Auteur 
fait  du  tournoi  une  longue  defeription  qui  rient  environ  le  q*m  de  fo.i 
ouvrage.  11  paraît  qu'il  était  fort  inftruit  dans  le  blafon  ;  car  il  n'y  a  pas 
un  feul  Chevalier,  dont  il  ne  blafone  l'écu  (a).  Renaud  fe  diftingue  au 
tournoi  par  fa  valeur  &  fou  adreife.  Il  eft  cependant  blefTé  au  bras;  mais 
cette  blellure  ne  l'empêche  point  de  fe  trouver  au  feftin  que  le  Sire  de 
Coucy  donne  dans  la  prairie  aux  Dames  Se  aux  Chevaliers  :  il  y  vient  avec 
le  bras  en  écharpe,  8c  on  lui  adjuge  le  prix  du  tournoi.  C'eft  un  faucon 
que  lui  préfente  la  ComtelTe  de  SoiiTons  à  la  tête  des  Dames. 

La  Dame  de  Fayel  qui   avait  été  témoin  de  fa    valeur  ,  cède   enfin  à* 

(a)  Les  Seigneurs  &  Gentilshommes  qui  adlftcnt  au  Tournoi  ,  font  entr'autres  :  le 
Duc  de  Limbourg  ,  le  Comte  Philippe  de  Namur,  le  Comte  de  Hainault ,  Mellire  Ar- 
nould  d'Oudenarde  ,  Mellire  Philipe  de  Jafcelle  ,  Gautier  de  Sorel,  Enguerrand  de  Ran- 
don  (  qui  jouta  contre  le  Sire  de  Coucy  ) ,  Geoffroy  de  Lofengnon  ,  Lambert  de  Lon- 
gucval,  le  Comte  de  Blois ,  Gautier  de  Chàtillon  ,  Falleni ,  Gobart  d'Apremonr,  Jean 
de  Hangefi ,  Arnoud  de  Mortagne  ,  Hugues  de  Rumigny ,  le  Sire  de  Manteviîle,  le  Sire 
de  Gauvillc  ,  le  Comte  Simon  de  Montfort,  Gaulas  de  Moi,  le  Seigneur  de  Mont- 
morency ,  le  Seigneur  de  Fayel ,  le  Seigneur  de  Bcr  ,  Hugues  de  Loart,  Dreux  de  Chau- 
vigny ,  Charles  de  Rembecourt.  Une  Dame  après  qui  précède  le  Tournoi  ,  chante  cette 
efpece  de  triolet,  que  nous  rapportons  pour  prouver  l'ancienneté  de  ce  genre  de  poeùc. 

Toute  voftre  gent 
Sont  li  plus  joli  du  tournoiement. 

S'aime  loïaument 

Toute  voftrc  gent  ; 
Et  pour  celé  di  qu'il  ont  maintien  gen  (  gentil  ) 

Toute  voftre  gent. 

A  un  autre  repas  ,  dans  une  autre  circonftance ,   des  dames  chantent  aufîî  des  trioleti 

que  tout  le  monde  répète  en  choeur.  L'auteur  en  rapporte  deux.  Le    deuxième   chante 

par  la  dame  de  Fayel ,  mérite  feul  d'être  connu  ,  parecqu'il  eft  exactement  coupe  comme 

les  triolets  de  nos  jours. 

J'aim  bien  loïaument  ; 

Et  s'ay  bel  amy 

Pour  qui  di  fouvent , 

J'aim  bien  loïaument. 

Eft  miens  ligemenc; 

Je   le  fai  de  fy.  (  certainement  ) 

J'aim  bien  loïaument, 

Et  s'ay  bel  amy. 

Tome  II,  D  d 


25"4  ESSAI 

tant  de  mérite,  &c  lui  permet  de  fe  rendre  chez  elle  à  certain  jour  où. 
fon  mari  devait  être  abfent.  Là  ils  prennent  des  précautions  pour  fe  voir 
en  sûreté  &  cacher  leurs  amours.  La  Dame  met  dans  fa  confidence  Ifabelle 
fa  femme-de-chambre,  qui  était  fa  coufine-germaine  :  c'eft  à  celle-ci  que 
le  Châtelain  doit  faire  palier  fes  lettres ,  &  il  fe  fert  pour  fon  meflager 
d'un  commilïionnaire  gagné  par  argent,  auquel  il  fait  accroire  qu'il  aime 
la  chambrière. 

Près  de  la  garderobe  de  la  Dame,  eft  un  bofquet,  dont  la  porte  donne 
dans  le  bois  voifin.  On  promet  de  la  tenir  ouverte  la  nuit ,  &  l'on  y  donne 
un  rendez-vous  au  Châtelain.  Cependant ,  d'après  quelques  réflexions  de 
la  confine  ,  la  Dame  fe  propofe  de  l'éprouver  encore.  tlle  fe  rend  la 
nuit  à  la  porte  du  bofquet ,  mais  elle  ne  l'ouvre  pas.  Elle  entend  le  Châ- 
telain faire  fes  complaintes  ;  il  baife  cette  porte  qu'elle  a  touché  de  fes 
belles  mains  ,  &  enfin ,  quand  le  jour  paraîr ,  il  fe  retire  défefpérc  [a).  11 
tombe  malade  fi  dangereufement  qu'on  craint  pour  fes  jours. 

A  cette  nouvelle,  la  Dame  fe  repent  de  l'épreuve  qu'elle  lui  a  fait 
fubir.  Heureufement  elle  eft  invirée  à  une  noce  qui  doit  fe  célébrer  à 
Chauvigny,  elle  y  entend  dire  à  la  Dame  de  Changis,  parente  du  Châ- 
telain, qu'elle  veut  aller  le  voir}  elle  lui  dit  fur  le  champ  :  «  Puifque 
si  vous  allez  chez  le  malade ,  mon  char  a  été  verfé  en  route ,  ma  femme- 
r>  de-chambre  en  a  été  bleflee;  lauTez-moi  la  vôtre  pour  me  fervir ,  je 
»>  vous  en  fuplie.  Malgré  cela,  la  mienne  eft  en  état  de  vous  acompagner  ». 
Telle  eft  la  rufe  qu'elle  emploie  pour  faire  dire  par  fa  femme-de-chambre 
un  mot  de  fa  part  à  fon  amant. 

Le  troc  a  lieu,  Se  Ifibelle  trouve  le  moyen  de  remettre  au  Châtelain 
des  tablettes  qui  lui  rendent  la  joie  &  la  fanté.  11  obtient  un  rendez-vous 
nouveau,  où  il  eft  plus  heureux  que  la  première  fois.  Il  jouit  pendant 
quelque  tems  fans  trouble  de  fon  bonheur ,  mais  enfin  on  le  trahit. 

A  une  fête  où  il  fe  trouve  avec  fa  Dame ,  il  laiflè  échaper  un  regard  & 
un  foupir  qui  font  apperçus  par  une  Dame  (b)  jeune ,  aimable ,  mais  qui 

(a)  Voy.  la  chanfon  ,  Quand  II    été'  &  la  douce féfon. 

(b)  L'auteur  ne  nomme  point  cette  dame ,  &  de  Bclloy  remarque  judicieufement  que 
c'eft  pareeque  peut-être  elle  vivait  encore  en  in8,  aruiée  où  le  inanufcrit  peut  avoii 
été  mis  au  joui. 


SUR    LA    MUSIQUE.  2j; 

aimait  le  Châtelain ,  &  qui ,  foupçonnant  aufli-tôt  la  vérité  ,  le  fait  épier , 
&  découvre  qu'il  fe  rend  la  nuit  au  château  de  Fayel ,  quand  l'époux  eft 
abfent. 

Aufli-tôt  qu'elle  en  eft  sûre,  elle  avertit  l'époux,  qui,  pour  s'en  con- 
vaincre, feint  de  s'abfenter  8c  va  fe  cacher  dans  le  bois.  Bientôt  il  voie 
entrer  le  Châtelain  qu'on  avait  averti  de  fon  abfence.  Certain  alors  de  fon 
déshoneur  ,  il  fe  propofe  de  furprendre  les  deux  amans  enfemble.  A  la 
faveur  de  l'obfcurité ,  il  entre  par  la  petite  porte  en  même  tems  que  lui, 
6c  appelle  aufli-tôt  fes  valets.  Cette  Dame  indifpofée,  était  reliée  au  lit, 
la  fuivante  feule  avait  été  ouvrir.  Le  Châtelain  a  la  préfence  d'efptit  de 
dire  qu'il  ne  vient  que  pour  Ifabelle ,  qui ,  par  attachement  pour  fa  maî- 
trefle ,  en  convient.  L'abfence  de  la  Dame  favorifait  ce  menfonge.  Fayel 
veut  charter  Ifabelle  ;  Gobert ,  fon  écuyer  &  fon  parent ,  obtient  de  lui 
que,  pour  éviter  l'éclat  (a),  elle  reftera  encore  huit  jours  au  château  (b). 

Hors  d'état  de  fervir  déformais  fa  coufme  dans  fes  amours  ,  la  pauvre 
Ifabelle,  avant  que  de  partir,  lui  confeille  de  s'attacher  Gobert,  &  lui 
répond  de  fa  fidélité.  Le  confeil  eft  fuivi.  L'Ecuyer  promet  de  fervir  fa 
maîtrefle  j  m?.is  comme  la  jaloufie  de  Fayel  ne  lui  permet  plus  de  s'éloigner 
de  chez  lui  ,  Gobert  prend  le  parti  de  quitter  fon  fervice  ,  fous  prétexte 
qu'il  a  befoin,  pour  acquérir  quelque  gloire  de  fuivre  les  tournois.  Fayel 
y  confent  :  il  lui  permet  même  de  pafler  au  fervice  du  Châtelain  ,  qui 
était  fort  renommé  dans  ce  genre  de  combats. 

Ce  dernier  avait  appris  par  Gobert  quelle  était  la  caufe  fecrete  de  tout  cet 
éclat,  Se  il  fe  propofait  de  fe  venger  de  la  Dame  qui  l'avait  trahi.  11  fe  rend 
chez  elle ,  la  cajole ,  Se  lui  demande  ce  qu'elle  ne  demandait  pas  mieux  que 
d'acorder.  Le  rendez-vous  eft  fixé  dans  un  bois  ;  mais  au  moment  qu'elle 
fe  prépare  à  lui  donner  la  dernière  preuve  d'amour,  Ifabelle  3c  Gobert, 
avertis  par  le  Châtelain ,  &  qui  s'étaient  cachés ,  le  montrent  tout-à-coup , 
&  la  malheureufe  le  retire  couverte  de  confulîon ,  après  avoir  elfuyé  une  li 
terrible  leçon. 

(a)  Il  reprêlente  à  fon  Maître  que  le  Châtelain  eft  trop  bien  aparente  pour  que  la 
famille  ne  foit  pus  à  redouter.  Il  était  donc  de  la  maifon  de  Coucy,  Si  s'il  en  était,  il  ne 
pouvait   être  que  Raoul,   neveu  de  Raoul  I,    puifqu'ils  étaient   les    deui    feuls  C 
qui  exiftaHènt   alors. 

(£)  Foy,  la  Chaulbn  Au  rcnouvcl. 

DJ    I 


2-6  ESSAI 

Gobert  procure  une  entrevue  aux  deux  amans  pendant  l'abfence  du  mari. 
11  vient  au  château,  avec  un  écuyer  qu'il  dit  bielle ,  &  qui  avait  un  linge 
autour  de  fa  tête  :  cet  écuyer  n'était  autre  que  le  Châtelain ,  qui  paile  toute 
la  nuit  auprès  de  fa  belle.  Quelque  tems  après,  Fayel  allant,  avec  fa 
femme,  à  Saint  Maure  des-Folfés ,  Renaud  a  encore  le  même  plaifir  dans 
leur  route,  chez  un  Meunier  qu'il  a  gagné.  Une  autrefois  il  pénètre  dans 
Je  château,  déguifé  en  Mercier. 

A  cette  dernière  entrevue,  il  apprend  que  Fayel  a  déclaré  qu'il  voulait 
fe  croifer.  Gobert ,  qu'il  confulte ,  lui  confeille  de  prendre  aûili  la  Croix , 
pour  pouvoir  fuivre  fa  maîtreife  (a).  Il  paiTe  donc  en  Angleterre,  fous 
prétexte  d'alhfter  à  un  tournoi  qu'a  annoncé  le  Roi  Richard;  mais  il  favait 
devoir  y  trouver  un  Cardinal  qui  venait  d'y  palfer,  pour  prêcher  la  croifade  ; 
il  y  prend  la  Croix  avec  Richard  6c  un  grand  nombre  d'autres  Seigneurs. 
Le  Cardinal  repaffe  en  France  ,  la  Dame  de  Fayel  veut  fe  croifer  ;  mais  fon 
mari  s'y  oppofe ,  &  il  déclare  que  fa  fanté  ne  lui  permettant  pas  de  faire 
un  voyage  auilï  long,  il  reftera  en  Europe. 

Défefpoir  des  deux  amants.  Renaud  eût  bien  voulu  ne  pas  partir;  mais 
c'était  fe  déshonorer  &  fe  trahir.  Il  ne  lui  reftait  qu'un  feul  efpoir,  celui 
de  revenir  bientôt  auprès  de  fa  Dame ,  déguifé  en  aveugle  :  il  trouve  le 
moyen  d'entrer  chez  elle  pour  lui  faire  fes  adieux.  Elle  lui  donne  pour 
gage  de  fon  amour  des  trejfes  de  fes  cheveux  (h) ,  qu'elle  coupe  &  qu'elle 
envelope  dans  un  morceau  de  cendal  (  taffetas  )  (c). 

Le  Châtelain  défefpéré,  s'embarque  à  Marfeille,  avec  Gobert,  fur  la 
flotte  de  Richard  :  ils  arrivent  devant  Acre  ,  qu'ils  trouvent  au  pouvoir  des 
Chrétiens.  Richard  qui  veut  acquérir  quelque  gloire ,  va  attaquer  les  Sar- 
rafins.  11  remporte  une  viéloire ,  à  laquelle  contribue  le  Châtelain ,  & 
dont  le  fruit  eft  la  conquête  d'Afcalon  8c  de  Céfarée.  Mais  un  jour  qu'il 
était  dans  un  château ,  il  fe  trouve  tout-à-coup  attaqué  par  les  Sarrafins. 
Le  brave  Renaud  fait  une  fortie  à  la  tête  de  quelques  troupes  ;  il  les 
repoulTe ,  mais  il  eft  bleffé  d'une  flèche  empoifonnée,  8c  les  médecins  lui 
annoncent  qu'il  en   mourra.   Il  veut  palfer  en  France  pour  voir  encore  fa 

p  —  ■ 

(a)  Voy.  la  chanfon ,  Au  nouvel  tems  que  mai  &  violette. 

(b)  De  Belloy  y   ajoute  un  anneau,  mais  il  n'en  eft  pas  queftion  dans  le  inanufcri^ 
(f )  Voy,  la  «hanfon  3  A  vous  am.mt  plus  qu'à  tout  autre. 


TomeJX  f  Fane  a  £~? . 


Fai/el  donnant  la  Lettre  du  (nate/am  a  sa  Femme  . 


î^Fisde  du  Châtelain  a  /a  Dame,  de Fai/et '. 


Cea  dei/a-  Su/ei<i  jo/itz/rawS  donne.*  doua- Des<rmt fia.  jorvù — 
danô  le  manuscrit  <zeô  an/ours  du   Châtelain  de.  Coucy . 


On  y  voit  leô  Gwtumea  du  douzième  Siècle*. 


.Vis-,/. 


\enu    i '<-/■/" 


SUR    LA    MUSIQUE.  257 

mie ,  dans  l'efpoir  que  fa  préfence  le  guérira.  Un  vaiffeau  allait  mettre  à 
la  voile  ,  fur  lequel  étaient  deux  Cardinaux  Se  d'autres  paflagers  ;  il  y 
monte.  Mais  dans  le  palfage  fon  mal  empire,  Se  il  fe  voit  fans  efpérance. 
Alors  i)  baife  amoureufement  les  trèfles  chéries,  fait  venir  un  Clerc, 
auquel  il  dide  une  lettre  pour  elle  :  il  ordonne  au  fidèle  Gobert,  dès 
qu'il  fera  mort,  de  le  faire  ouvrir  ,  de  prendre  Se  d'embaumer  fon  cœur , 
Se  de  le  porter  avec  les  trefTes  Se  fa  lettre  à  la  Dame  qu'il  aime.  Il  fe 
confelfe  enfuite  à  un  des  Cardinaux ,  qui  le  communie  ,  en  l'exhortant  à 
efpérer  pour  fon  falut ,  puifqu'il  meurt  au  fervice  de  Dieu.  Un  initant 
après  ,  il  meurt  en  recommandant  à  Gobert  de  faluer  fa  Dame.  Le  fidèle 
écuyer  accomplit  les  ordres  du  Châtelain.  De  retour  en  France ,  il  veut 
fe  rendre  au  château  de  Fayel.  Malheureufement  il  rencontre  l'époux  , 
qui,  furieux  contre  lui.,  pareequ'on  l'avait  inftruit  que  Gobert  avait  fervi 
les  amours  du  Châtelain  ,  Se  foupçonnant  qu'il  vient  encore  pour  le 
même  motif,  veut  le  tuer.  Gobert  demande  grâce  Se  avoue  la  vérité. 
Le  jaloux  prend  la  bocte  qui  renferme  les  trefTes  ,  la  lettre  8c  le  cœur. 
11  appelé  fon  cuifinier  (a),  lui  ordonne  d'apprêter  ce  cœur  j  Se  le  fait  fervir 
à  fa  femme ,  qui  vante  beaucoup  ce  ragoût  ,  Se  convient  que  jamais  : 
«  ne  mangea  plus  favoureus  mes  ».  Fayel  lui  apprend  que  c'eit  le  cœur 
de  fon  amant;  &  pour  l'en  convaincre,  lui  lit  la  lettre  &  lui  montre  les 
trefTes.  La  malheureufe  fai fie  d'horreur  ,  fe  contente  de  répondre,  qu'après 
avoir  pris  une  telle  nourriture,  ce  fera  la  dernière  de  fa  vie  {b)  ;  or» 
l'emporte  fans  connaifiànce;  mais  elle  ne  reprend  (es  fens  que  pour  regretter 
fon  fidèle  amant  ,  Se  meurt  bientôt  après. 

Fayel  craignant  que  les  parens  de  fa  femme  ne  vengeafTent  (à  mort,  la 
fait  inhumer  avec  beaucoup  d'honeur ,  8e  part  pour  la  Terre-Sainte,  afin 
de  fe  fouftraire  à  leur  colère.  Le  fouveuir  de  fa  barbarie  le  pourfuic  par- 


(a)  «  Son  mtflre  queux  mift  à  raifou  , 

»  Er  li   comandc   eitroitcmcnt  ,  &:c  »• 
On  nomme  encore  aujourd'hui  maitns-queux ,  les  cuiliniers  du  Roi ,  qui  font  en  charge, 
(^)  »  Je  vous  affi   certainement 

»  Qu'an  nul  jour  mes  mengeray  : 

»  D'autre  morcel  ne  mettenv 

»  Delcure  li  gentil  viaiider. 


2j&  ESSAI 

tout  :  iorfqu'il  fut  revenu  chez  lui ,  on  ne  le  vit  jamais  rire ,  &  il  furvécut 
fort  peu  à  fa  femme  ;  ainCi  dit  l'Auteur  : 

.....  Vous  finirai  l'hiftoire 

«  Et  li  cornes  des  vrais  amans. . .  «  • 

»  Ec  tel  doivent  être  fi  fait 

»  Tout  cil  qui  (ont  amant  parfait  ». 

Il  ajoute  qu'il  n'a  entrepris  cet  ouvrage  que  parceque  l'amour  l'enflâme 
auili  pour  une  Dame  aimable.  Il  dit  qu'il  va  rimer  fon  nom  ,  mais  de 
manière  que  perfonne  ne  pourra  le  deviner ,  il  ajoute  que  ,  oourvu  que  fa 
belle  le  fâche  8c  l'en  récompenfe ,  il  fera  content  (a). 

Chronique  écrite  vers  1380,  &  citée  par  Faucher. 

«  Au  rems  que  le  Roy  Philippes  régnoic  &  le  Roi  Richart  d'Angleterre  vivait ,  il  y  avait 
»  en  Vermandois  un  autre  moult  gentil ,  gaillard ,  &  preux  Chevalier  en  armes  ,  qui 
n  s'appelait  Regnaalt  de  Gouci,  &  eftoit  Chaftelain  de  Couci.  Ce  Chevalier  fut  moult 
»  amoureux  d'une  Dame  du  Pais ,  qui  eftait  femme  du  Seigneur  de  Faïel.  Moult  orent 
»  de  poine  &  travail  pour  leurs  amours ,  ce  Chaftelain  de  Couci  &  la  Dame  de  Faïel  : 
i>  fi  comme  l'hiftoire  le  raconte ,  qui  parle  de  leur  vie  :  dont  il  y  a  Romans  propre.  Or 
«  advint  que  quand  les  voyages  d'outre  mer  fe  firent,  dont  il  eft  parlé  ci-demis,  que  les 
»  Roys  de  France  &  d'Angleterre  y  furent,  ce  Chaftelain  de  Couci  y  fut,  pour  ce  qu'il 
»  exercitait  volontiers  les  armes.  La  Dame  de  Faïel,  quand  elle  fçeut  qu'il  s'en  devait  aller, 
m  fift  un  laqs  de  foye  moult  bel  &  bien  fait ,  &  y  avait  de  fes  cheveux  ouvrés  parmi 
»  la  foye  :  dont  l'œuvre  femblait  moult  belle  &  riche ,  dont  il  lioit  un  bourrelet  moult  riche 
»  par  deiïus  fon  heaume  :  &  avait  longs  pendans  par  derrière ,  à  gros  boutons  de  perles. 
■>  Le  Chaftelain  alla  outre  mer,  à  grant  regret  de  laifTer  fa  Dame  par  deçà.  Quand  il 
»  fut  outre  mer,  il  fit  moult  de  chevaleries  :  car  il  était  vaillant  Chevalier,  Se  avait  grant 
c  joye  que  on  rapportait  par  deçà  nouvelles  de  lès  faits ,  à  fin  que  fa  Dame  y  prill 
»  plaifir.  Si  advint  qu'à  un  fiege  ,  que  les  Chreftiens  tenoyent  devant  Sarrafîiis  oultre 
»  mer ,  ce  Chaftelain  fut  féru  d'un  quarel  au  cofté  bien  :  du  quel  coup  il  lui  convint 
»  mourir.  Si  avait  à  fa  mort  uiout  grant  regret  à  fa  Dame  :  &  pour  ce  appella  un  fie» 
»  Efcuyer,  &  lui  dit,  je  te  prie  que  quand  je  feray  mort,  que  tu  prennes  mon  cœur, 
»  &  le  met  en  tel  manière,  que  tu  le  puifle  porter  en  France  à  ma  Dame  de  Faïel,  Se 
»  l'envelope  de  ces  longes  icy  :  &  lui  bailla  le  las  que  la  Dame  avait  fait  de  fes  cheveux  , 
»  &  un  petit  eferinet,  où  il  avait  plufieurs  anelez  Se  diamans,  que  la  Dame  lui  avait 

(a)  Du  Verdier  fair  mention  d'un  Roman  de  la  Chaftellaine  de  Vergy ,  imprimé  à 
Paris,  in-\6  ,  par  Denis  Jannot  (p.  14;  ,  anc.  édit.  )  :  il  n'a  pas  obfervé  (I  ce  Roman 
eft  en  vers  ou  en  profe.  Il  eft  peut-être  un  abrégé  en  profe  de  celui  qui  vient  d'être  analyfé. 


SUR    LA    MUSIQUE.  2;p 

»  donnez  :  qu'il  portoit  tousjours  avant  luy,  pour  l'amour  &  la  convenance  d'elle.  Qi:and 
»  le  Chevalier  fut  mort,  ainfi  le  fit  l'Efcuycr  :  &  priit  I'eferinet,  Se  lui  ouvrit  le  conj 
»  &  prift  le  emir,  &  fala  &  confit  bien  en  bonnes  cfpices,  &  mit  en  i'eferinet  avec 
»  le  las  de  Tes  cheveux,  &  plufieurs  anelez  &  diamans,  que  la  Dame  lui  avait  donnez, 
»  &  avecques  une  letres  moult  piteufes  ,  que  le  Chaftelain  avoit  cfciite  à  la  mort  & 
»  fignée  de  fa  main.  Quand  l'Efcuyer  fut  retourné  en  France,  il  vint  vers  le  lieu  od 
v  la  Dame  demeuroit  :  &  fe  bouta  en  un  bois  près  de  ce  lieu  :  &  luy  me  fadvint  tellement, 
»  qu'il  fut  veu  du  Seigneur  de  Faiel ,  qui  bien  le  cognent.  Si  vint  le  Seigneur  de 
»  Faiel  à  tout  deux  fes  privez  en  ce  bois,  &  trouva  cet  Efcuyer  :  auquel  il  voulc  courir 
»  fus  en  dcfpit  de  fon  maître  qu'il  hayoit  plus  que  nul  homme  du  monde.  L'Efcnver 
v  lui  cria  merci  :  &  le  Chevalier  luy  dit,  ou  je  te  occiray,  ou  tu  me  diras  où  cft  le 
i>  Chaftelain.  L'Efcuyer  luy  dit,  qu'il  eftoit  trefpafTé  :  &  po'ir  ce  qu'il  ne  l'en  vouloir 
»  croire,  &  avoit  ceft  Efcuyer  paour  de  mourir,  il  luy  monftra  i'eferinet  pour  l'en  faire 
»  certain.  Le  Seigneur  de  Faiel  prift  I'eferinet ,  Se  donna  congé  à  l'Efcuyer  Ce  Seigneur 
»  vint  à  fon  queux,  &  luy  dit  qu'il  mit  ce  cœur  en  fi  bonne  manière,'  Se  l'apareillaiTe 
»  en  telle  confiture  qu'on  en  peut  bien  manger.  Le  queux  le  fit  :  Se  fit  d'autre  viande 
»  toute  pareille  ,  &  mit  en  bonne  charpente  en  un  plat  :  &  en  fut  la  Dame  fervie  au 
»  difner  :  &  le  Seigneur  mangeait  d'une  autre  viande  qui  luy  refTembloit  :  &  ainfi  mangea 
»  la  Daine  le  cœur  du  Chaftelain  fon  ami.  Quand  elle  ot  mangié  ,  le  Seigneur  luy 
»  demanda,  Dame,  avez-vous  mangé  bonne  viande?  &  elle  lui  refpondit,  qu'elle  l'avoir 
»  mangée  bonne  :  il  luy  dit,  pour  cela  vous  l'ay-je  fait  apareiller  ;  car  c'eft  une  viande 
»  que  vous  avez  moult  amée.  La  Dame  qui  jamais  ne  penfàft  que  ce  fufr ,  n'en  dit  plus 
»  rien.  Et  le  Seigneur  lui  dit  de  rechef  :  fçavez  que  vous  avez  mangé  /  Se  elle  répondit 
»  que  non  :  &  il  lui  dit ,  adonc  ,  or  fâchiez  que  vous  aves  mangé  le  cœur  du  Chaftelain 
»  de  Coucy.  Quant  elle  ot  ce,  fi  fut  en  grand  penfée  pour  la  fouvenance  qu'elle  eut  de 
s  fon  ami  :  mais  encores  ne  peut-elle  croire  cette  chofe ,  jufqucs  a  ce  que  le  Seigneur 
i>  luy  bailla  I'eferinet,  Se  les  lettres.  Et  quant  elle  vit  les  chofes  qui  cftoyent  dedans 
I'eferinet,  elle  les  cogneut  :  fi  commença  lire  les  lettres,  quant  elle  cogneut  fon  fîgne 
»  manuel  &  les  cnfeigr.es.  A  donc  commença  fort  à  changer,  &  avoir  couleur  :  &  puis 
»  commença  fortement  à  penfer.  Quand  elle  ot  penfé ,  elle  dit  à  fon  Seigneur  :  il  eft 
»  vray  que  celle  viande  ay-je  moult  amée  :  &  croy  qu'il  foit  mort ,  dont  cft  doma^e 
»  comme  du  plus  loyal  Chevalier  du  monde.  Vous  m'avez  fait  manger  lbn  coeur  Se  eft 
»  la  dernière  viande  que  je  mangeray  onques  :  ne  onques  je  ne  mangé  point  de  fi 
»  noble,  ne  de  fi  gentil.  Si  n'ert  pas  raifon  que  après  fi  gentil  viande,  je  en  doye 
t>  mettre  autre  defus  ;  Se  vous  jure  par  ma  foy  que  jamais  je  n'en  mangeray  d'autre 
»  après  cefte  cy.  La  Dame  leva  le  difner ,  Se  s'en  alla  en  fa  chambre ,  faifant 
»  moult  grant  douleur  ;  &  plus  avoit  de  douleur  qu'elle  n'en  monftroit  la  chère.  Et  en 
»  celle  douleur ,  à  grands  regrets  Se  complainte  de  la  mort  de  fon  ami ,  fîna  ù  vie  Se 
»  mourut.  De  cefte  chofe  fut  le  Seigneur  de  Faiel  courroucé ,  mais  il  n'y  peut  mettre 
„  remède,  ne  homme  ne  femme  du  monde.  Cette  chofe  fut  fçeue  par  tout  le  Pats,  Sz 
»  en  ot  grant  guerre  le  Seigneur  de  Faiel ,  aux  amis  de  fa  femme  ;  tant  qu'il  convint 
»  que  la  choie  fut  rapaifée  du  Roy  Se  des  B.uous  du  pais  », 


v 


z6o  ESSAI 

CHANSONS    DU    CHATELAIN   DE    C  O  U  CY. 

Chanson     Ire.   (a) 


Pour  verdure  ne  pour  prée , 
Ne  pour  feuille ,  ne  pour  flour , 
Nulle  chançon  ne  m'agrée, 
S'il  ne  vient  de  fine  amour. 
Mes  li  faignant  priéour 
Dont  ja  Dame  n'iert  amée , 
Ne  chantent  fors  en  pafcour; 
Lors  fe  plaignent  fans  dolour. 

Dame  tieng  à  efgarée 
Qui  croit  fans  druz  menteour  : 
Car  honte  a  longue  durée 
Qui  avient  par  tel  folour  ; 
Et  joie  a  povre  favour 
Qui  en  tel  lieu  eft  galtée. 
Celle  atent  de  lui  valour, 
Qui  chace  fa  déshonour, 

Fauffé  drue  abandonnée 
Veut  les  nos  &  puis  les  lor  : 
Ne  jà  s'amours  n'iert  enblée , 
Que  ne  le  fâchent  pluifour. 
Mes  à  Dame  de  valour, 
Belle  &  bone  &  acefmée, 
Qui  ne  croit  losengéour  , 
Doit-on  penfer  nuit  &  jour. 

Mult  m'a  amours  atornée 
Douce  paine  &  dous  labour  : 
Ne  jà  pour  riens  qui  foit  née , 
N'oublierai  cefte  honour 
D'amer  toute  la  meillour 
Qui  par  les  bons  foit  louée. 
Mes  de  ce  fui  en  errour, 
Conques  n'aimai  fans  paour. 


a  Qu'on  chante  les  bois ,  les  prairies ,  les 
»  verds  feuillages ,  les  fleurs  naifTantes  ;  ces 
»  chanfons  ne  m'agréent ,  fi  un  véritable 
»  amour  ne  les  infpire.  Pour  qui  feint  d'ai- 
»  mer  &  n'aimera  jamais  la  Dame  qu'il  fa-- 
»  tigue  de  fes  prières ,  le  defir  de  chanter 
»  ne  revient  qu'avec  pâques.  Il  fe  plaint 
»  alors  fans  douleur. 

»  Je  tiens  pour  folle,  Dame  qui  croit 
»  ami  faux  &  perfide.  La  honte  qui  fuit 
»  fa  folie  eft  de  longue  durée  ;  le  plaifir 
»  qu'elle  prodigue  eft  eu  pure  perte  &  de 
»  pauvre  faveur.  Peut-elle  s'attendre  à  être 
»  eftimée  de  qui  cherche  à  la  désho» 
»  norer  î 


»>  Amie  perfide  Se  imprudente  veut  avoir 
»  amis  vrais  &  diferets ,  fans  renoncer  aux 
»  indiferets  &  faux  amis.  Si  l'on  penfe  à 
»  s'en  faire  aimer,  il  faut  que  mille  rivaux 
v  le  fâchent.  Oui ,  ce  n'eft  qu'à  Dame 
»  eftimable  ,  belle  ,  bonne  ,  de  naturel 
»  gracieux  &  ennemi  des  flatteurs,  qu'or» 
»  doit  penfer  nuit  &  jour. 

•a  Amour  m'a  préparé  peine  bien  douce,' 
»  bien  douce  occupation.  Jamais  pour 
0  créature  au  monde,  je  n'oublierai  l'hon- 
»  neur  d'aimer  la  meilleure  de  toutes  celle» 
»  qui  ont  mérité  l'éloge  des  vrais  amans. 
»  J'ai  tort  fans  doute  de  n'avoir  jamais 
»  aimé  fans  craindre. 


(a)  Cette  chanfon  eft  la  première  que  fit  le  Châtelain  félon  le  manuicrit  du  Roman. 
On  ne  la  trouve  fous  fou  nom  que  dans  ce  raanuferit ,  par-tout  ailleurs  elle  eft  anonyme. 

Tant 


S  U  R    L  A 

Tant  s'eft  amours  afermée 
En  mon  cuer  à  bon  féjour, 
Que  j'ai  plus  haute  penfée 
Que  tout  li  autre  améour. 
Mes  li  faus  enquéréour 
Font  œuvre  mal  eurée, 
Enging  de  mainte  coulour, 
Pour  tourner  joie  en  triftourt 

Dame ,  ecle  part  me  tour 
Que  m'amour  ne  foit  doublée, 
Et  mon  defeonfors  grcignourj 
Dont  je  mourai  fans  retour, 
Se  par  vous  ne  fout  menour. 


MUSIQUE.  ïtft 

»  Tant  s'eft  affermi  l'amour  dans  mon 
b  cœur,  tant  il  y  a  féjourné  pour  mon 
o  bien  ,  que  j'ai  ofé  élever  ma  penfée  plus 
f>  haut  que  nul  autre  amant.  Mais  je  crains 
i>  la  calomnie  des  curieux  qui  manœuvrent 
»  &  s'intriguent  de  toutes  façons  pour 
■  changer  ma  joie  en  triikflc. 

»  Dame  ,  mon  unique  recours ,  loin  Je 
»  vouloir  que  l'activité  de  mon  amour 
»  étant  doublée,  ce  même  amour  &  mon 
t>  déconfort  s'accroifTent ,  faites  qu'ils  di- 
u  nikuem  >  ou  j'en  mourrai  u, 


Tome  II. 


Ee 


2  62 


ESSAI 


I  i. 


Nouvele  amor  où  j'ai  mis  mon  penfêr , 
Me  fet  chanter  de  la  plus  débonuere 
Qu'on  puilt  el  mont  ne  voer  ne  trouver 
Si  m'en  femont  mes  cuers  de  joie  fere  : 
Et  quant  j'ai  mis  en  li  m'entencion, 
Dont  ne  doi-ie  chanter  fe  de  li  non. 
jTout  mi  penfet  font  à  ma  douce  amie, 
Puifque  je  fai  mon  cuet  en  fa  baiilie. 


«  Nouvel  amour  occupe  mon  ame  St 
»  m'infpire  de  chanter  la  plus  aimable 
»  femme  qui  foit  au  monde.  Docile  aux 
»  mouvemens  de  mon  cœur,  je  m'aban- 
»  donne  à  la  joie  :  fidèle  au  delîr  de  plaire 
»  à  la  beauté  que  j'aime,  je  ne  dois  chanter 
»  que  pour  elle.  Audi  toUï  mes  penfers 
»  font-ils  à  ma  douce  amie ,  la  fouveraine 
»  de  mon  cœur. 


Et  quant  mes  cuers  s'éft  mis  en  iîsmer, 
Je  ne  m'en  doi  mie  arrière  retraire  : 
Ainz  me  convient  otroier  &  graer 
Les  volontez  de  mon  cuer  fans  deffere» 
Et  fe  je  truis  ma  Dame  o  le  douz  non , 
Plaine  d'orgueil  fans  nifiin  guerredon, 
Donques  ai-je  toute  joie  enhaïe  : 
Mes,  fe  Dieu  pleft,  ce  ne  m'avendra  mie. 

Se  je  trai  mal ,  je  n'en  fais  qui  blafmer 
Forz  fes  douz  euz  &  fon  fimple  viére, 
Dont  li   mien  font  traï  en  efgarder  : 
Mes  n'i  voient  riens  qui  face  à  defplere 
N'en  cors,  n'eu  bras,  n'en  bouche,  n'en  menton, 
Fors  feul  itant  qu'ele  ne  me  fet  don 
De  li  amer  por  alongier  ma  vie: 
S'ele  le  fet,  ce  fera  cortoifie 


»  Quand  ce  cœur  fuit  fon  penchant  à 
»  l'aimer  ,  dois-je  en  éprouver  un  contraire? 
*>  Non  ,  c'efl:  à  lui  de  me  faire  la  loi ,  à 
»  moi  de  l'agréer  &  d'y  obéir.  Mais  û 
»  ma  Dame ,  dont  le  nom  promet  tant  de 
»  douceur,  n'a  pour  moi  qu'ingratitude  Se 
»  fierté ,  adieu  toute  ma  joie.  Loin  de  moi , 
v  bondieu,  un  femblable  malheur, 

»  Las  !  fi  j'étais  malheureux ,  à  qui  m'en 
»  prendre  ?  A  ces  yeux  fi  doux ,  à  cette 
»  phyhonomie  fi  naïve  Se  fi  attrayante  i 
v  Comment  réfifter  au  plaifir  d'admirer  des 
»  charmes  fi  parfaits!  quelle  taille,  quels 
»  bras  !  quelle  bouche  !  quel  menton  !  tour 
»  plaît  en  elle  &  féduit.  Faut-il  qu'elle 
»  mérite  le  blâme  de  ne  vouloir  que  pro- 
»  longer  ma  vie  en  me  pardonnant  moa 
»  amour  !  Encore  ce  pardon  elt-il  une 
»  courtoifie. 


Douce  Dame,  je  ne  vous  os  rouver 
Ce  dont  amors  ne  me  rueve  pas  terc  : 
Mes  fe  voz  euz  où  l'on  fe  puet  mirer, 
Qui  tant  font  cler,  ne  mi  fon:  de  mal  aire; 
Vous  poez  bien  oïr  à  ma  chançon 
Et  à  mes  diz  que  je  n'aim  fe  vous  non  : 


»  Douce  Dame  ,  amour  n'exige  pas  que- 
»  le  lentiment  foit  muet  :  mais  je  n'ofe 
»  le  faire  parler.  Si  vos  yeux  fi  fins  &  (î 
»  brillans,  ces  yeux  où  chacun  veut  lire 
»  fon  bonheur,  daignent  fe  fixer  fur  moij 
»  fi  votre  oreille  eft  attentive  à  mes  chan- 
»  fons ,  à  mes  plaintes,  vous  entendrez, 


SUR    LA    MUSIQUE. 


26*3 


Et  que  mes  cuers  au  vortre  s'umelie 
Ki  de  toute  fa  dolour  vous  mercie. 


De  la  dolor  vous  doi-je  mercier 
Et  des  penfiers  que  vous  me  fêtes  traire  : 
Qu'aufi  com  vos  les  me  poez  doner , 
Quant  vous  plera  les  me  porrés  retraire. 
Et  quant  je  fai  en  vous  ma  garifon , 
Se  je  vous  aim  ,  g'i  ai  afTez  réfon  : 
Aies  quant  j'aurai  de  vous  haïr  envie, 
Jà  puis  honour  n'aie  jour  de  ma  vie. 


»  vous  verrez  que  )e  n'aime  que  vous ,  Se 
»  que  mon  cœur,  efclave  du  vôtre,  chérit 
»  (on  efdavagc,  &  vous  en  remercie. 

»  Oui ,  je  vous  remercie  d'un  efclavage 
»  qui  ue  me  laiflTe  que  la  liberté  de  penfer 
»  à  vous  :  liberté  que  vous  pouvez  m'in- 
»  terdire  comme  vous  me  l'avez  permife. 
»  Pourrais-je  ne  pas  aimer  l'objet  bien- 
»  faifant  de  mes  penfées,  &  dans  lequel 
»  je  trouve  la  guérifon  de  mes  peines.  Si 
»  j'étais  jamais  tenté  de  le  haïr,  que  je  fois 
»  déshonoré  pour  la  vie. 


ENVOL 


Douce  Dame  debonaire  ,  prifoa 
Avés  doné  mon  fin  cuer  ki  vos  prie 
Que  voftre  foit ,  fanz  point  de  vilonie. 


»  Douce  Dame,  vous  avez  donné  une 
»  agréable  prifon  à  mon  cœur.  Il  vous 
»  prie  qu'il  foit  toujours  à  vous,  fans  ceiïèr 
»  d'être  fidèle  ». 


Cette  chanfon  eft  mutilée,  &  fans  nom  d'Auteur  dans  le  manuferît  du 
Vatican,  &  l'envoi  n'eft  pas  dans  celui  de  M.  de  Paulmy.  Elle  paraît  avoir 
été  faite  dans  les  commencemens  de  l'amour  du  Châtelain. 

I    I    I. 


Bien  cuidai  vivre  fans  amour 
Dès-ore  en  paix  tout  mon  aé  ; 
Mais  retrait  m'a  en  la  folour, 
Mes  cuers  dont  l'avoie  efeapé» 
Enpris  ai  grenour  folie  , 
Que  li   fous  enfis  ki  crie 
Pout  la  belle  eftoile  avoir, 
Qu'il  voit  haut  &:  ciel  feoir» 

Coumcnt  que  je  me  défefpoir , 
liicn  m'a  amours  guerredoune 
Che  que  je  l'ai  à  mon  pooir 
Servi  fans  dcsloiautc, 
Que  roi  me  fait  de  folie. 
Si  fe  gart  bien  qui  s'i  fis 


«  J'efpérerais  vivre  fans  amour  &  en 
»  paix  le  refte  de  mes  jours  ;  mais  le 
»  penchant  de  mon  cœur  m'cntraiae  vers 
»  une  paflion  folle  à  laquelle  je  le  croyais 
»  échape.  Aulli  fuis- je  plus  fou  que  l'en- 
»  faut  qui  crie  pour  avoir  l'étoile  qu'il 
»  voit  fixée  au  haut  de  la  voûte  cclefte» 


»  Au  refte,  quelle  raifon  de  me  défef- 
»  pérer  ?  amour  ne  m'a-c-il  pas  bien  re- 
»  compenfé  de  l'avoir  Iovalement  fervi  de 
y»  tout  mou  pouvoir  ?  Grades  à  lui ,  je 
»  fuis  roi  de  folie.  Q.ii  fera  plut  (à  ] 
»»  moi ,  fc  gardera  bien  de  fe  fier  à  l'tfpoir 

S    2 


2.6 '4 


ESSAI 


De  fi  haut  mérite  avoir  ; 
Mais  n'en  pu.s  mon  cuer  movoir. 

N'eft  ps  rmrviilles  fe  m'aïr, 
Veis  amour  qui  tant  m'a  grevé, 
•Diex  !  l'or  le  peuffe  tenir 
•Un  feul  jour  à  ma  voJenté  ; 
El  comperroit  cier  fa  folie. 
Si  me  fâche,  Dieus  aïe, 
A  morir  li  convenroit 
Se  ma  Dame  me  vaiucoit. 

Ai!  frans  cuers  qui  tant  convoit, 

Ne  baez  à  ma  foleté. 

Bien  fai  qu'en  vous  amer  n'ai  droit, 

S'amour  ne  m'i  euft  donné  : 

Mais  d'esforcier  fais  folie, 

Si  con  fait  nés  que  venz  guie, 

Qni  va  là  où  il  l'enpaint, 

Si  ke  toute  efmie  &  fraint. 


Ha  !  Dame ,  où  nus  biens  ne  fe  faint , 
Merchi  pour  franchife  Se  pour  gré. 
Puifqu'en  vous  font  tôt  mal  eftaint , 
Et  tout  bien  vif  &  alumé  , 
Connoifïïez  dont  la  folie 
Me  vient  qui  me  toit  la  vie  : 
Qu'à  rien  n'ofe  faire  damor , 
S'a  vos  non  de  ma  dolor. 

Carichon ,  ma  plaifans  hachis 

Me  falue ,  &  fi  li  prie 

Que  pour  Dieu  &  pour  s'onnour, 

N'ait  jà  fus  de  traitour, 

Que  bien  fevent  li  plufour, 

Que  Judas  fift  fon  Seigneur, 


»  d'obtenir  faveur  d'aufTï  grand  mérite  que 
»  celle  à  laquelle  mon  cœur  ne  peut  re- 
»  noncer. 

»  Ce  n'eft  pas  merveille ,  fi  je  me  cour- 
»  rouce  contre  amour  qui  m'a  tant  grevé . 
»  Dieu  !  que  ne  puis-je  le  tenir  un  jour 
»  en  ma  puiffance  !  Il  payerait  cher  fa 
»  folle  tyrannie.  J'en  jure  Dieu  que  je 
»  prie  de  m'aider  :  il  mourrait,  fi  ma  Dame 
»  ne  le  défendait  &  n'était  pas  vi&orieufe» 

>i  Ah  !  cœur  plein  de  franchife  ,  objet 
«de  tous  mes  defirs ,  foyez  infenfible  à 
»  l'excès  outrageant  de  ma  folie.  J'aime  ; 
»  &  je  fais  bien  que  le  droit  d'aimer  eft  un 
»  bienfait  de  l'amour.  Mais  l'effort  impé- 
»  tueux  d'une  palTion  violente  fait  dû'irer 
»  la  raifon.  G'eft  le  vent  en  furie  qui  tour- 
»  mente  en  mer  un  vaiffeau  &  le  pouffe 
»  contre  l'écueil  où  il  doit  fe  brifer. 

»  Dame ,  en  qui  nulle  vertu  n'eft  trom- 
»  peufe  ,  hélas  !  pour  franchife  &  pour 
'»  fatisfaétion ,  je  vous  demande  merci.  Puit 
»  qu'en  vous  fe  trouve  la  guérifon  de  tous 
»  maux  ,  avec  le  principe  fécond  de  tous 
j»  biens ,  daignez  connaître  d'où  me  vient 
»  cette  folie  qui  me  fait  mourir,  A  vous 
»  feule ,  j'ofe  me  plaindre  de  ma  douleur» 

»  Chanfon,  falue  pour  moi  celle  qui  caufê 
»  mon  agréable  tourment,  &  la  prie  que  , 
»  pour  Dieu  &  pour  fon  honeur  ,  elle  n'ait 
»  jamais,  l'ufage  de  l'art  de  trahir,  quefavent 
»  fi  bien  tant  d'autres:  art  odieux  qui  rendit 
»  Judas  coupable  envers  fon  divin  maître  & 
»  Gauelon  envers  l'empereur  Charlemagne» 


Et  Guenes  l'emperaour. 
Cette  chanfon ,  anonime  dans  le  Rec.  des  Anec.  poét.  fr.  manufe.  avant 
1 300  ,  eft  attribuée  au  Châtelain  dans  les  anc.  Poéf,  fr.  manuf.  du  Vatican» 
n°  1490. 


SUR    LA    MUSIQUE, 


26$ 


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m'<imortl  et  doit -ne  non     =  ve/     atm     -     Art  dont*  pour   qui 
chant     et        de    *  port  J/err/11 


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ESSAI 
I  V. 


Coument  ke  longue  demeure 
Aie  fait  de  canter, 
Or  eft  bien  raifons  &  eure 
Q_-  je  me  doive  atourner  : 
K'amours  m'a  fait  oublier 
L'anui  qi  lontans  m'arnort, 
Et  doune  nouvel  confort. 
Dame,  pour  qui  chant  &  déport, 
Merchi. 


«  Bien  que  je  fois  demeuré  long-remS 
n  fans  defir  de  chanter ,  il  eft  heure  &  raifon 
»»  de  préparer  nouvelles  cnanfons.  Amour 
»  m'a  fait  oublier  mes  longs  &  mortels 
«ennuis;  il  me  réconforte.  Dame,  pour 
»  qui  je  chante  &  m'égaye,  je  vous 
t>  crie  merci. 


Chertés ,  Dame ,  moût  s'onneur 
Qi  courtois  eft  contre  tort: 
J.î,  de  crueul,  au  defeur, 
N'orrés  dire  bon  recort. 
Et  fe  l'amours  que  jou  port, 
Me  fait  plus  que  moi  amer  ; 
Vous  ,  dame  ,  doit-il  membrer 
Qu'en  jentil  cueur  doit-on  trover 
Merchi. 


»  Courtoifie  à  l'épreuve  des  torts  eft 
n  louable  &  fait  honneur  :  mais  de  cruauté 
»  jamais  on  ne  vous  fera  l'éloge.  Dame , 
»  fi  l'amour  que  je  vous  porte  ,  me  fait 
»  vous  aimer  plus  que  moi-même ,  qu'il 
»  vous  fafle  fouvenir  qu'en  gentil  cœur 
»  on  doit  trouver  merci. 


De  périlleufe  avanture 
M'avez  amours  atourné, 
Quant  por  vous  n'a  de  moi  cure 
Chele  à  qi  m'avés  donné. 
Mors  me  fui  por  votre  gré  : 
Grant  honte  i  aurés  por  voir  , 
Se  vos  nel  faites  doloir 
Tant  qe  defgnât  de  moi  avoir 
Merchi. 

Grant  pechiés  eft-  &•  grans  paine 
D'amours  fervir  faintement, 
Si  con  la  fauffe  gent  vaine 
Qi  font  femblant  fans  talent. 
Et  Dieus  porqoi  le  confent^ 
K'jI  fe  veut  fi  bel  mentir , 
Et  jou  qi  fui  au  morir , 
Ne  fai  c'un  mot,  tant  le  defir, 
Merchi. 


fi  Vous  m'avez  mis  ,  amour,  en  périlleufe 
»  aventure.  Celle  à  qui  vous  m'avez  donné, 
»  de  moi  ne  fe  foucie.  Je  mourrai  donc 
»  pour  vous  plaire  :  mais  en  vérité,  ce  fera 
»  grande  honte  à  vous,  fi  vous  ne  lui  faites 
n  partager  ma  douleur ,  tant  qu'elle  daigne 
»  avoir  de  moi  merci. 


»  C'eft  pécher  grièvement  &  s'expofer 
»  à  grieve  peine,  que  de  fervir  l'amour, 
»  en  feignant  comme  ces  hommes  faux 
»  &  vains  qui,  fans  aimer,  font  femblant 
»  d'être  amoureux.  Comment  Dieu  con- 
»  fent-il  que  le  menfonge  foit  plus  élo- 
»  quent  que  la  vérité.  Pour  moi,  qui  meurs 
»  d'amour,  je  ne  fais  dire  qu'une  chofe  , 
t  tant  je  la  defire  vraiment  :  dame ,  merci'. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


2(5 7 


Mule  fait  l'amours  que  vilaine 
Qi  commenche  por  faillir  : 
Car  plus  de  more  eft  grevaine 
Puis  qu'il  li  convient  guerpir. 
Mieus  ne  puet  èle  traïr 
Chelui  qi  à  li  fc  prent , 
Faire  Roi  Se  puis  noient. 
Dame ,  por  chou  qu'à  vous  me  rem  ," 
Merclii. 


»  Amour,  qui  commence  pour  finir,  eft 
»  une  infamie  :  la  mort  eft  moins  doulou« 
ï>  reufe  que  la  néceflité  d'en  voir  la  fin, 
»  Qui  s'y.  laifTe  prendre,  peut-il  erre  mieus 
»  trahi  !  Il  eft  roi ,  puis  rien.  Dame , 
»  puifqu'à  vous  je  me  rends ,  merci  ». 


Cette  chanfon  eft  anonime  dans  le  manuferit  de  M.  de  Paulmy  Se  dans 
celui  de  Clerambaut.  Les  deux  derniers  couplets  n'y  font  pas  j  &  à  leur 
place  ,  il  y  en  a  un  qui  ne  dit  pas  grand  chofe. 

Elle  eft  toute  entière  dans  le  majiuicrjt  du  Roi  &  dans  celui  du  Vatican, 


26$ 


ESSAI 

v. 


Moult  ai  été  longuement  efbahis, 
Que  je  n'ofai  chaînon   à  fère  enprendre  • 
Car  de  ma  joie  eftoie  départiz. 
Or  me  refait  amors  en  li  entendre, 
Qu'une   biauté  m'eft  venue  devant , 
Qui  me  femont  &  prie   que  je  chant 
Et  je  fuis   fi   fiens   quites  ligement, 
Que  tout  me  puet  &  engagier  &  vendre 


Par  tantes  fois  ai  efté  aiïailliz , 

Que  je  n'ai  mais  pooir  de  me  deftendre: 

Ne   je  ne  fui  (i  forz   ne  fi  hardiz, 

Que  vers  amors  ofaiïe  point   contendre. 

Puifquc  de  moi  vuet  faire  fon  talent, 

Soffrir  m'efhiet  (ï  débonairement 

Que  fe  jaines  contre  li  me   deffent, 

Face  en  bon  droit  que  bien  le  me  puet  rendre. 

S'onques  granz  biens  dut  eftre  deiïerviz 
Por  mal  avoir  ,   bien  doi  merci  attendre: 
Car   j'en   fui  fi  meuz  &  afFoibliz 
Qu'amorz  en  puet  li  plus  faiges  aprendre. 
Si  vos  en   trai   la  plus  bêle  à  garant 
De  cui  james   nus   vos  life  ne   chant 
Mais  ne  fai  pas  encor  certainement 
Quel  guierredon  ele  me  voudra  rendre. 


James  mes  eulx  ne  fuiïent  aiïbviz 
De  recarder  fa  douce  face  tendre, 
Ses  blanches  mains,  fes  doiz  Ions  &  traitie, 
Qui  font  amor  enflamer  &  .efprendre  ; 
Ne  fi  beaux  braz ,   ne  fi  gent  cors  vaillant , 
Ne  fon  col  blanc ,  fon  chief  blonc  Se  luifant. 
Toute  biauté   qui  for  autre  refplant 
Eft  mife  en  li  qu'il  n'j  a  que  reprendre. 


»  Je  fuis  refté  fi  long-tems  étourdi  ds 
»  mon  malheur,  que  je  n'ai  pas  eu  le  cooi- 
»  rage  d'effayer  une  chanfon.  J'avais  re- 
»  nonce  à  la  joie  :  mais  l'amour  m'y  rap- 
a  pelé.  Une  beauté  vient  m'ordonner,  me 
»  prier  même  de  chanter.  Qu'elle  difpofc 
»  de  moi  comme  de  fon  homme-lige  ,* 
»  comme  de  fon  efclave,  fi  elle  veut  m'en-, 
»  gager  ou  me  vendre. 

»  J'ai  foutenu  tant  d'afTauts  ,  qu'il  ne 
t>  m'eft  plus  polTîble  de  me  défendre.  D'ail- 
»  leurs  je  ne  fuis  ni  aiïez  fort  ni  afièz  hardi 
»  pour  ofer  rélifter  à  l'amour.  Puifqu'il  veut 
»  faire  de  moi  fa  volonté ,  il  me  faut  le 
»  fouffrir  de  fi  bonne  grâce ,  qu'il  m'en 
»  fâche  gré  &  fe  venge  avec  moins  de 
»  rigueur,  fi  jamais  je  me  révolte, 

»  Si  jamais  on  mérita  grand  bien  pour 
»  avoir  eu  grand  mal,  j'obtendrai  merci. 
»  Je  fuis  fi  affaibli ,  fi  défait ,  qu'amour 
»  peut  me  donner  comme  la  meilleure  leçon 
»  vivante  de  fon  pouvoir.  J'appele  à  témoin 
»  de  l'excès  de  mes  maux  la  plus  belle 
»  qu'on  ait  jamais  célébrée  en  vers  Si  par 
»  des  chanfbns.  Comment  m'en  recompen- 
»  fera-t-elle  ?  Je  ne  le  fais  pas  bien  encore, 

»  Non  ?  jamais  mes  yeux  ne  fe  raflafie- 
»  ront  de  regarder  fa  figure  douce  &  tendre, 
»  fes  blanches  mains,  fes  doigts  longs  & 
»  bien  filés ,  dont  la  vue  enflamme  d'amour. 
»  On  brûle  en  voyant  fes  beaux  bras ,  fa 
n  taille  gentille ,  la  blancheur  de  fon  cou 
»  &  le  blond  luifant  de  fes  cheveux.  Toute 
»  la  beauté  dont  brillent  les  femmes ,  eft 
»  réunie   en  elle  pour  la  rendre  parfaite. 

James 


SUR    LA    MUSIQUE. 


26 $ 


James  nus  chant  par  moi  ne  fut  oiz  ; 

Portant  peult   mes  cuers  de  dolor  tendre. 
Mais  or  ferai  de  grant  joie  efbaudiz , 
Por  ce  qu'amors  le  vuet  à  fon  oes  prendre  j 
Qu'ele  voit  bien  &  conoift  Se  entent 
Qu'il  n'en  .elt  plus  qui  fi  aint  leaument. 
Et  s'il  li  prait ,  por  Deu  fi  face  tant , 
Qu'en  ma  dame  face  pitié  defeendre. 


»  Jamais  on  ne  m'entendit  chanter  pour 
»  me  plaindre;  mon  cœur  eût-il  dd  fendre 
»  de  douleur.  Mais  je  ferai  déformais  ravi 
»  de  la  joie  la  plus  vive,  puifqu'amour 
»  veut  bien  me  prendre  à  fon  fervice  ,  puiC 
»>  que  la  beauté  que  je  fers ,  voit ,  recon- 
u  noit  &  fent  qu'il  n'eft  pas  d'amant  plue 
»  loyal  que  moi.  Ah  !  Amour  puifle-je 
*>  lui  infpirer  le  befoia  de  m'aimer  comme 
u  je  l'aime  »  ! 


Il  n'eft  pas  difficile  de  voir  que  cette  chanfon  eft  une  des  premières  dil 
Châtelain. 

Elle  ne  fe  trouve  que  dans  le  manuferit  de  Meilleurs  de  Paulmy ,  de 
Sainte- Palaye  Se  Clairembaut. 


Tome  IL 


Fi 


%*jù 


ESSAI 

V  I. 


Li  nouviau  tems,  &  Mais,  &  Violete, 
Et  Roffignoz  mi  femont  de  chanter  : 
Et  mes  fins  cuers  me  fait  d'une  amorette 
Si   douz  préfent,   que  ne  l'os  refùfer. 
Or  me  dont  Dex  eu  iele  honor  monter  , 
Que  celé  où  j'ai  mon  cuer  Se  mon  peafer , 
Tienne  une  fois  entre  mes  bras  nuete  y 
Ainz  que  j'aille  outre  mer. 

Au  comencier  la  trouvai  fi  doucete , 
Qu'onc  ne  cuidai  por  li  maus  endurer  ; 
Mais  fes   douz  vis  &   fa  frefche  bouchete, 
Et  fi    vair  oeil  qui  font  riant  &  cler, 
M'orent  ains  pris  que  m'i  puiïïe  donner; 
Mais  s'or  me  veut  retenir  ou  quirer 
Melz  aing  à   li  fallir  ,  fi   me  promerc, 
Qu'à  une  autre  achever. 


las  !  porquoi  l'ai  de  mes  eulx  regardée , 
La   douce  riens  qui  fauffe  amie  a  non  , 
Quant  de  moi  rit,  &  je  l'ai  tant  plorée. 
Si  doucement  ne  hi  trahis  nuls  hon. 
Tan:  com  fu  miens  ,  ne  me  fift  fe  bien  non  ; 
Mes  or  fui  fions ,  fi  m'ocit  fans  réfon  , 
Et  c'elt  por  ce   que  de  cuer  l'ai  amée  : 
Ne  fet  autre  achefon. 


De  mil  foupirs  que  je  li  dois  par  dete 
Ne  me  veut  pas  d'un  tout  feul  acquiter  ; 
Ne  fauffe  amors  ne  veut  que  s'entremete 
De  moi  laiHîer  dormir  &  repofer  : 
S'ele  m'ocit  moins  aura  à   garder. 

o 

Je  ne   m'en  fai  vengier  fors   au  plorer; 
Car  qui  amors  deftruit  &  deshiretej 
L'en  ne  fet  où  damner. 


»  Le  Printems ,  le  mois  de  M'ai ,  la  Vïo- 
»>  lete  &  le  Roflignol  ;  tout  m'invite  à  chan- 
»  ter  :  &  mon  cœur  fènfible  me  fait  d'un 
»  amour  fi  doux  préfent ,  que  je  n'ofè  le 
»  réfuter.  Dieu  veuille  donc ,  qu'avant  mon 
»  voyage  d'outremer,  jeparvieneàl'honeur 
»  de  tenirune  fo's  nue  entre  mes  bras,  celle 
»  où  j'ai  mis  mon  cœur  &  mes  penfées  ! 

r>  D'abord  je  la  trouvai  C\  douce ,  que  je 
»  n'imaginai  jamais  Ibuffrir  aucun  mal  par 
»  elle;  trais  fbnvifàge  attrayant,  fa  bouche 
»  fraîche,  fes  beaux  yeux  bleus,  rians  & 
»  clairs ,  le  lont  emparés  de  mon  cœur 
»  avant  que  je  puffe  le  donner.  Qu'elle 
»  veuille  le  garder  ou  me  le  rendre,  j'aime 
»  mieux  ne  pas  être  heureux  avec  elle  , 
»  pourvu  qu'elle  me  fafie  efpérer,  que  d'être 
»  heureux  avec  une  autre. 

»  Hélas  !  pourquoi  l'ai-je  vu  ,  ce  doux 
»  objet  qui  mérite  C\  bien  le  nom  d'ingrate, 
»  quand  elle  rit  de  moi  ,  de  moi  qui  ai 
»  tant  pleuré  pour  elle  !  Nul  homme  ne 
»  fut  fi  doucement  trahi.  Tant  que  je  fus 
»  maître  de  mon  cœur  ,  elle  n'eut  pour  moi 
»  que  de  la  bonté  :  aujourd'hui  qu'elle  en 
»  efè  fouveraine  maîtreffe  ,  elle  me  fait 
»  mourir  C'eft  fans  doute  pour  l'avoir  trop 
»  aimée ,  du  moins  n'y  fai-je  autre  raifen» 

»  De  mille  foupirs  que  je  lui  dois ,  elle 
i>  ne  me  ferait  pas  grâce  d'un  feul  ;  elle  eft 
»  R  cruele  qu'elle  ne  me  pardonerait  pas 
»  de  repofer  &  de  dormir  un  feul  mflant. 
»  Si  je  meurs  ,  ce  fera  un  fêrviteur  de 
»  moins  pour  elle.  Je  ne  fai  m'en  venger 
•a  qu'en  pleurant;  car  à  qui  demander 
»  juflice  contre  une  ingrate,  qui  anéantit 
»  l'amour  en  le  privant  de  fes  droits  i 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Seur  totes  joies  eft  celé  coronce 
Qui  d'amors  vient.  Dex  !  i  faudrai-je  donc  ! 
Oil  par  Dieu,  tels  eft  ma  deftinée, 
Et  ce  deftin  m'ont  doné  li  félon. 
Si  fevent  bien  qu'il  font  grant  mefprifons  ; 
Car  qui   ce  toit  dont  ne  puet  faire  don  , 
Il  en  conquiert  enemis  &  mellée, 
N'i   fait  fe  perdre   non. 


[a)  Si   coiemenr  ai  ma  dolor  celée  , 
Qu'à  mon   fcmblant  ne  le  reconnoift-on. 
Se  ne  fuITent  la  gent    mallieurée  , 
N'eufte   pas  fopiré   en  pur  don. 
Rendu  m'eut!  amors   mon  guierredon  : 
Mais  en  ce  point  que  dui  aroir  mon  don, 
Lors  fu  m'amors  enfeignie  &  moftrée; 
Jà  n'aient  jl  pardon. 


271 

Le  bonheur  qui  naît  d'amour  eft  fîipé- 
»  rieur  à  tout  autre.  Dieux  !  ne  L'obtien- 
»  drai-je  jamais  ?  Non  ,  fans  doute.  Telle 
»  eft  la  deftinée  où  me  réduifént  le*  mé- 
»  dilans;  ils  fâvent  bien  qu'ilsme  fomgran. 
»  de  injuftice  :  mais  quiconque  prive  un 
»  autre  d'un  bonheur  dont  il  ne  pojrait  le 
»  faire  jouir ,  s'expofe  à  avoir  des  ene« 
»  mis  &  des  quereles  :  il  ne  fait  qu'/ 
»  perdre, 

»  Je  fus  toujours  fî  bien  le  maître  de  me* 
»  fêntimens  douloureux  ,  qu'il  me  fèmblait 
>>  impoffible  d'en  pénétrer  le  fecret.  Sans 
»  les  médifàns  ,  je  n'eufle  pas  (empiré  en- 
»  vain  :  l'amour  m'eût  récompeniè.  Mais  à 
«  l'inftant  où  j'allais  être  heureux  ,  on 
»  découvrit  mon  amour ,  &  on  le  publia. 
»  Puiflent  les  médifàns  n'obtenir  jamais 
»  pardon  »  ! 


Probablement  le  Châtelain  ne  fit  cette  chanfon  que  pour  faire  tomber  les 
bruits  qui  couraient  fur  fon  bonheur;  ôc  pour  tâcher  de  tromper,  s'il  lui 
était  pollible,  les  regards  curieux  qui   s'efforçaient  d'éclairer  fa  conduite. 


(a)  Ce  couplet  n'elt  pas  dans  le  nunuferit  de  M.  le  Marquis  de  Paulmv ,  mais  dans 
edui  du  Vatican,  dont  on  trouve  une  copie  chez  M.  de  S:c.  Palave, 


'27- 


ESSAI 
V  I  I. 


Par   quel  forfait  &  par  quel  mefprifon 
M'aies ,  amor ,  fi  de  vos  efloignié  , 
Quant  de  vos  n'ai  confort  ne  garifon  ; 
$c  fi  ne  truis  qui  de  moi  ait  pitié. 
A  tort  m'avez  fi  fanz  merci  laiffié  , 
Conques  de  vos  ne  me  vint  fe  mal  non. 
N'encor  ,  amors ,  ne  vos  aire  prochié 
Mon  feirvife  :  mais  ore  m'en  plaing  gié, 
Et  di  que  mort  m'auez  fanz  achoifon. 


Bien  deufTiez,  Dame  :  garder  raifon 
En  moi  grever,   qu'ai   fervi  &  proie 
Tant  longuement  en   bone  enteucion. 
N'onques  un  jor  ne  me  fifres  lié. 
Maternent    ai  mon  fervice.  emploie  , 
Se  par  merci  ne  veing  à  guierredon. 
Merci,  amors,  trop  m'avez  travaillié  : 
Ne  me  lai'fiés  enfi  defconfoitlié 
Que  ma  Dame  ne  me  giet  de  prJfon§ 


Proi  vos ,  ma  Dame  ,  par  vo  très  grans  valours , 
Que  vos  amés  voftre   loial  ami. 
Alegiéz  moi  mes   maux  &  mes  dolours  ; 
Car  je  fuis  cil   ki  mieux  vos   a   fervi. 
De  vos  atent  guierredon  &  merci , 
Ne  ma  joie  ne  puet  venir  d'aillouis; 
Et  fe  g'i  fait,  mors  fui  &  mar  vos  vi. 
Dit  ai  que  fox  ,  ainz  m'en  teing  à  gari  : 
Mais  trop  vient  lent,  Dame,  voftre  fecours. 


Ne  cuidiès  pas ,  Dame  ,  ce  foit  folours 
Se  je  vos  aing  &  dout ,  &  fer  &  pri. 
Tant  ai  fervi  ,  voftre  en  fera  l'onours 
Quant  vous  m'aurez  mon  feriyfe  meri. 


t<  Par  quel  forfait  &  par  quelle  injuftice, 
»  Amour  ,  éloignez-vous  de  moi  toute  con- 
»  folation  &  tout  efpoir  de  guérifon  ?  je  ne 
»  trouve  perfonne  qui  ait  pitié  de  moi.  C'eft 
»  bien  à  tort  que  vous  me  laiffez  fans  merci. 
»  Jamais  je  n'éprouvai  de  vous  que  des 
»  rigueurs.  Cependant  je  ne  vous  ai  poinc 
»  encore  reproché  mes  fervices  :  mais  enfin 
»  je  m'en  plains ,  &  dis  que  vous  me 
»  faites  mourir  injustement. 

»  Dame ,  vous  devriez  bien  être  plus  mo- 
»  dérée  en  me  grevant  ;  moi  qui  vous  ai  lî 
»  long-temps  fervie  ,  &  dont  l'hommage 
»  eft  fi  pur.  Jamais  je  n'obtins  de  vous  le 
»  plus  léger  adoucifTement  à  mes  maux. 
»  J'aurai  bien  malheureufement  employé 
»  mes  fervices ,  fi  pour  récompenfe  je  n'ob- 
»  tiens  votre  merci.  Merci  donc,  amour, 
»  vous  m'avez  trop  tourmenté;  eufeignez- 
»  moi  du  moins  le  fecret  d'empêcher  que 
»  ma  Dame  ne  me  rende  ma  liberté. 

»  Dame  ,  aimez  votre  loyal  ami;  je  vous 
>»  en  conjure  par  tout  ce  qui  vous  rendaw 
»  niable.  AdoucifTez  mes  maux  &  mes  dou- 
»  leurs.  Qui  vous  a  mieux  fervi  que  moi  î 
«J'attends  de  vous  merci  &  récompenfe  ; 
»  de  vous  l'unique  principe  de  mon  bon- 
»  heur.  Si  vous  me  les  refufez,  je  fuis  mort  j. 
»  &  ce  fera  malheureufement  que  je  vous 
»  aurai  vue.  Mais ,  que  dis-je?  non  ,  fe  ne 
m  mourrai  point  ;  cependant  vous  tardez 
»  trop ,  Dame ,  à  me  fecourir. 

»  Non  ,  ce  n'eft  point  une  folie  de 
»  vous  aimer  &  refpecter ,  de  vous  fervir 
»  &  prier.Je  vous  ai  fervie  fi  conftamment  ; 
»  m'en  récompenfer  ferait  une  jufticc  qui 


SUR    LA    M  V  S  î  Q  U  E. 


De  vos  proier  me  dont,  &   f -i î ^  hardi  : 
Qu'en  ainors  a  hardemenz  &  paours. 
Ne   out  ne  coil  mon  cuer,  ne  tout  nel  di  ; 
Et   (è   je  riens  par  paour  i  obli , 
Vainque  pitiez,  douce  Dame,  &c  amours. 


Se  fins  amis  dcftroiz  &  angoiflous" 
Doit  joie  avoir  por   fervir  leaument  , 
Donc  doi-je  bien  par  droit  eftre  joïoux  ; 
Car  je  fuis  cil  qui  plus  a  de  tonnent. 
Si  vos  ai  in  tant,  Dame,  finement, 
Que  je  ne  puis  pour  autre  eftre  amouroux 
Et  mes  chançons  fais  por  vos  fouleraient , 
N'onques  nul   for  ne  chantai  fiuiêmcnt. 
Si  me  lait  Dcx ,  Dame,  joir  de  vous. 


2-3 

»  vous  ferai:  honneur.  Je  crains  &  j'ofe 
»  tout  à  la  fois  vous  prier  ;  cane  il  cft  vrai 
»  qu'en  amour  on  efl  en  même  temps  ti- 
»  rnide  &  hardi.  Pilon  cœur  ne  vous  cache 
»  pas  tout ,  mais  il  ue  vous  dit  pas  tout  : 
»  &  fi  par  timidité  j'oublie  certaines  chofes, 
»  douce  Dame  ,  qu'amour  &  pitié  vous  les 
»  fanent  deviner, 

»  Après  de  longues  foufFranccs ,  fi  un 
»  amant  pour  avoir  été  loyal  &  iidele  ,  doit 
»  enfin  être  heureux  :  j'ai  bien  droit  de 
»  l'être.  Qui  plus  que  moi  a  fouffert 
»  pour  vous  que  j'aime  fi  coiiftammcnt  , 
»  qu'il  m'eft  impoilïble  d'être  j^m.'.is  air.ou- 
»  reux  d'une  autre.  C'cft  pour  vous  feule 
»  que  je  chante  ;  &  mes  chantons  furent 
»  toujours  I'exprcdion  vraie  de  mes  fenti- 
»  mens.  A  Dieu  plaifc  ,  douce  Dame. 
»  qu'enfin  je  fois  heureux  ». 


Cette  chanfon ,  attribuée  au  Châtelain  de  Coucy ,  dans  le  rnânufctit 
de  M.  de  Paulmy  &  de  Clérembaut,  pourrait  bien  n'être  pas  du  Châtelain, 
mais  de  Rogier  d'Anidys.  Elle  eu:  tronquée  dans  le  mariuferit  de  M.  de 

Paulin}'. 


274 


ESSAI 


VIII. 


Lorfque  rofe  ne  faille 

Ne  flour  ne  voi  paroir; 

Que  n'oi  chanter  par  bruille 

Oifel  ne  main  ne  foir  ; 
Adonc   florirt  mon  cuer ,  à  fon  voloir, 
En  bonne  amour  qui  m'a  en  f_>n  povoir 

Si  qu'ainz  n'en  poi  i/Tir. 
Et  s'il  efl  riens   qui  m'en  puiiïè  partir: 
jamès  nel  quier  favoir,  ne  Dex  ncl  vuille. 


«  Je  ne  vois  paroître  feuilles  ni  fleurs: 
»  la  rofe  tarde  à  éclore.  Je  n'entends  matin 
»  ni  foir  les  oifeaux  amoureux  chanter  dans 
»  les  bocages  Cependant,  femblable  à  la 
»  fleur  qui  s'épanouit  aux  rayons  du  foleil, 
»  mon  coeur  s'ouvre  volontiers  à  ceux  de 
»  la  beauté  que  j'aime.  J'en  fuis  &  ferai 
»  à  jamais  l'efclave.  S'il  eft  un  moyen  de 
»  m'affranchir,  puifTai  je  l'ignorer  toujours  ï 
»  Dieu  veuille  le  rendre  impoffible  ! 


C'efr  bien  droiz  que  m'enduille  , 

Quant  ma  dolor  delîr  : 

Car   j'aim   plus    que  je  ne  fuille 

Ce  dont  ne  puis  joir. 
Et  connois   bien  que  n'i  puis  avenir: 
S'amors  ne  veint  raifon  ,   je  doi  faillir; 

Ce  fai  je  bien  de  voir. 
Por  Deu  ,  amors ,  fai  tes- en  non  chaloir 
Mètre  raifon  tant  qu'ele  me  rectulle. 

Dame  ,  nul  mal  que  j'aie 
Ne  tieng  fors  à  legier  ; 
Car  fans  vos  ne  porroie 
Vivre  un  foui  jor  entier. 

Sans  voftre  amor  ,  ne  m'a  vie  meflier  ; 

Ne  je  ne  vuil  tôt  le  fiegle  en  muer, 
Ou   2ler  à  mort  vivant. 

La!  Dame- Dex,  ne  mi  lai:  vivre  tant 

Qu'au  fiegle  ennui  où  ma  mie  vefroie. 


Par  mainte  fois  mVffroie 

S'amors  &  fait  pendant; 

Et  adés  me  ravoie 

Et  donne  cuer  joiant. 
Enfi  me  fait  vivre  mefléemenc 
D'ire  &  de  joie  j  mais  ne  fai  s'a  talenc 


»  Le  defir  de  ma  Dame,  eft  pour  moi 
»  une  loi  de  fouffrir.  Auflî  l'aimai-je  plus 
m  que  jamais  ,  fans  efpoir  d'être  heureux, 
»  Je  connais  même  l'impolTibilité  de  par- 
»  venir  au  bonheur.  Si  l'amour  ne  triomphe 
»  de  la  raifon  ,  je  le  fais;  toujours  je  ferai 
»  malheureux.  Pour  Dieu,  Amour,  fais  que 
»  la  raifon  foit  moins  écoutée,  &  que  je 
»  fois  mieux  accueilli, 

»  Dame  ,  je  trouve  légers  tous  les  mauï 
»  que  j'endure  pour  vous:  fans  vous ,  je  ne 
»  pourrais  vivre  un  feul  jour  entier.  Si  je 
»  n'aimais,  que  me  fervirait  la  vie  !  Je  vivrais 
»  un  (îecle  que  je  ne  veux  point  changer; 
»  dut  ma  vie  être  une  mort  continuelle  ! 
»  Hélas  !  grand  Dieu  !  me  laifTerais-tu  vivre 
*>  de  façon  <]u'un  fiecle  de  vie  ferait  un 
»  fiecle  de  tourment,  même  en  voyant  ma 
»  mie  ! 

»  Mainte  fois  amour  m'effraie  &  me  rend 
»penfif:puis  il  me  raffùre  &  me  rend 
»  joyeux.  Ainfi  ma  vie  efl:  un  mélange  de 
»  joie  &  de  triftefTe.  Je  ne  fais  fic'eft  envie 
»  de  m'éprouver  :  mais  non  ;  je  foupçonne 
»  plutôt  le  ddTein  de  m'afflige:  &  d'eflaye* 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Que  me  veuille  cfprover. 
Nenil  :  efpoir  ains  cft  por  moi  irer , 
Por  effaier  fe  por  mal  re:roic. 

Mainte  lon<nie  femaine 

a 

Tïui,  quant  fui  loing  de  li  : 

Le  penlant  à  grant  poine , 

Sovent  les  en   maudi 
Quêtant  durent.  Las  !  &  je  defir  fi 
Revoir  ccli  dont  jamès   pas  n'obli 

Les  moz  ne   les   femblanz  : 
Ainz  mi  confort  quant  en  fuis  rcmenbrant. 
Si  me  délit,  quant  efl  de  moi  lôintamne. 


277 

»  fi   ma    confiance   à    fouffrir  peut-  être 

«  !  allée. 


»  Que  les  feinaincs  me  femblent  longues, 
»  quand  je  fuis  loin  de  ma  Dame  :  Plein 
»  d'une  idée  fi  trifte,  fouventjeles  maudis, 
»  ces  femaines  dont  la  longueur  contrarie  le 
»  defir  que  j'ai  de  revoir  celle  dont  je  ne  puis 
»  oublier  l'cfprit  &  les  charmes  !  Quand  je 
»  me  les  rappelé,  ce  fouvenir  me  ranime: 
»  c'eft  ainfi  que  je  charme  l'ennui  de  fon 
»  abfence  >>, 


zi6 


ESSAI 


.  I   X. 

Je  chantafle  volenticrs  liemenr, 

Se  j'en  trouvafTe  en  mon  cuer  l'achefon  : 

Mes  je  ne  puis  dite,  fe   je   ne  nien:  , 

Qu'aie  d'amors  mile    riens   fe  mal  non. 

Pour  ce  ne  puis  fere  lie  chançon,' 

Qu'amors  le  me  defenfaigne  , 

Qui  veut  que  j'aime  6c  ne  vue:  que  je  tiengne. 

Enfi  me  tien:  amors  en  defefpoir , 

Que  ne  m'ocit  ne  me  lec  joie  avoir. 


Je  ne  doi  pas  amors  grant  mal  voloir, 
S'a  la  plus  bcle  du  monde  mon  cuer  rente  : 
Conques  biauté  ne  fift  fi  fon  povoir 
D'eftre  avec  li  (i  efmeréemeiu , 
Comme  ele  fet  de  Ton  très  biau  cors  gent , 
Que  riens  qu'à   grant  biauté  tiengne. 
Ne  truis  qu'en  li  n'en  fa  façon   sofrraigne , 
Fors   qu'un  pe:it  li   medîet ,  ce  m'eft  vis, 
Ce  que  trop  tient  fes   euz  de  moi  efchis. 


Quant  je  refgart  fon  debonaire  vis , 
Et  je  la  pris  fanz  biau  relpons  avoir  , 
N'eft  merveille  s'en  refgart  m'efbahis  , 
Quant  je  conois  ma  mort  &  fai  de  voir, 
Puifque  merci  ne  m'i  daigne  valoir  , 
Ne  fai  où   nul  confort  praingne; 
Car  fes  orguelz  m'ocit  &  li  mehaigne. 
Ha!  douce  riens  cruelz,  tant  mar  vos  vi , 
Quant  pour  ma  mort  nafquhes  fans  merci. 


Que  ferai ,  Dex  !  partirai   moi    de  li , 
Aiaz  que  s'amors  me  parait  tout  ocis  ? 
Nenil  voir  :  las  !   il  ne  puet  élire  enfi , 
Qu'amors   me  tient,   &   m'a  volentiers  pris , 
Qui  a  mon  cuer  en  li  pour  mourir  mis, 


fl  Je  chanterais  volontiers  avec  joie, 
»  fi  je  trouvais  en  mon  cœur  raifon  de 
»  chanter.  Mais  puis-je,  fans  mentir,  dire 
»  qu'en  aimant  j'aie  éprouvé  autre  chofe 
»  que  peines  &  chagrins  ?  Comment  donc 
»  faire  chaufons  joyeufes  ?  Amour  me  les 
»  fait  oublier;  lui  qui  veut  que  j'aime  & 
»  ne  veut  pas  que  je  fois  aimé.  Il  prolonge 
»  ainfi  mon  defefpoir,  m'interdifant  la  mort, 
»  comme  il  m'interdit  la  joie  de  ma  vie. 

»  J'avoue  ,  Amour,  qu'on  ne  doit  pas 
«  vouloir  mourir ,  pour  s'être  re«du  à  la 
»  plus  Belle  du  monde.  Jamais  Beauté  ne 
»  put  fi  bien  qu'elle  ,  par  les  grâces  vives 
»  &  enjouées  de  toute  fa  perfonne,  égayer 
»  l'ennui  de  la  captivité.  Je  ne  trouve  en 
»  elle  rien  que  de  beau,  de  parfait.  Une 
>>  feule  chofe;  à  mon  avis,  lui  me/lied  un 
»  peu;  c'eft  trop  de  crainte  que  je  ne  life. 
»  dans  fes  yeux. 

»>  Quand  je  regarde  fa  figure  ingénue  ; 
»  &  que  je  prie  fans  avoir  bonne  réponfe  ; 
)>  ce  n'eft  pas  merveille  fi  je  me  trouble. 
»*Je  vois  alors  &  je  fens  que  je  n'ai  plus 
»  qu'à  mourir  ,  puifque  merci  ne  daigne 
u  venir  à  mon  fecours.  Quel  peut  être 
»  mon  reconfort  ?  la  fierté  de  ma  Dame , 
»  pénible  à  elle-même,  me  fera  mortelle. 
»  Doux  &  cruel  objet  !  ah  !  que  malheu- 
»  reufement  je  vous  connus,  vous  qui  pour 
»  caufer  ma  mort ,  naquîtes  fans  merci  : 

»  Dieu  ,  quel  parti  prendre  ?  Romprai- 
»  je  les  liens  qui  m'attachent  à  elle,  avant 
»  que  d'avoir  fenti  fe  rompre  tous  ceux  qui 
»  m'attachoient  à  la  vie  ?  hélas  !  non  ,  c'eft 
»  chofe  impofllble.  Amour  me  retient  en 

efclavage , 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Ne  famés  tant  me  melpraigne , 
Que  fanz  merci  ou  fanz  mort  en  revicngne 
Qu'afTcz  vucil   melz   morir  en  doux  delîr  , 
Que  vivre  iriez,  &  ma   vie  haïr. 


Dès  que  mes  cuers  ne  s'en   veut  revenir 
De  vous,  Dame,  pour  cui  il  vm'a  guerpi, 
Aumofnc  aurez  s'el  daigniez  retenir  ; 
Car  s'il  revient  i  moi ,  a  il  failli. 
Pour  voflre  honour  &  pour  Dcu  vous  en  pti , 

Que  de  li  pitié  vos  praigue  : 
Qu'il  n'afrieit  pas  à  vous  que  nus  s'en  plaingne, 
Qu'el  mont  n'a  voir  fi  cruel  traifon  , 
Com  biau  fcnblaru  à  corage  félon. 


.       277 

»  efclavagc  ,  &  l'cfclavage  où  i!  m'a  mis  > 
»  eft  volontaire  ;  j'y  dois  mourir.  Loin  de 
»  moi  à  jamais  l'idée  d'en  fonir  fans  avoir 
»  obtenu  merci  ou  la  mort.  J'aime  bien 
»  mieux  mourir  dans  une  douce  efpérance  , 
»  que  de  vivre  avec  le  repentir  d'une  faute 
»  qui  me  ferait  liait  la  vie. 

»  Puifquc  mon  cœur  ne  veut  point  fe 
»  féparcr  de  vous,  Dame  pour  qui  il  s'eft 
»  féparc  de  moi ,  ce  fera  charité ,  fi  dai- 
1»  gnant  le  retenir  ,  vous  le  gardez  de  faillir 
»  en  revenant  à  moi.  Pour  Dieu  ,  pour 
«votre  honneur,  prenez  pitié  de  lui ,  je 
»  vous  en  prie.  Non  ,  ce  ne  fera  jamais 
»  de  vous  qu'on  fe  plaindra,  en  difânt 
»  que  rien  au  monde  n'eft  Ci  cruellement 
»  traître  que  beau  femblant  avec  cœur  félon. 


ENVOI. 


Dame,  cornent  qu'il  m'en  preingne, 
Merci  amors  de  ce  qu'cle  me  daigne 
Tenir  à  fuen  :  ne   jà  de  fa  prifon 
Ne  quiers  ifGr ,  fe  mors  ou  amés  non. 


»  Dame,  quelque  foie  mon  fort,  je  re- 
»  mercie  amour  de  ce  qu'il  daigne  m'agréer 
»  pour  fon  captif.  Je  ne  fortirai  jamais  de 
»  fa  prilon  que  mort  ou  aimé  ». 


Cette  chanfon  efi:  auffi  attribuée  dans  le   maintient  du  Roi   à   Hugues 
de  la  Fertp  \  mais  :011s  les  autres  la  donnent  au  Châtelain. 


Tome  II. 


G 


27S 


ESSAI 
X. 


Bêle  Dame  me  prie  de  chanter; 
Si  eft  bien  droiz  que  je  face  chançon. 
Je  ne  m'en  fai  ne  ne  puis  deftorner  : 
Car  n'ai  povoir  de  moi ,  fe  par  li  non. 
Elle  a  mon  cuer  que  jà  n'en  qier  ofter; 
Et  fai  de  voir  q'il  ni  trait  fe  mal  non. 
Or  le  doint  Diex  à  droit  port  arriver  j 
Car  il  s'eft  mis  en  mer  fans  aviron. 

Preuz  &  Cage,  je  ne  vous  os  conter 
La  grant  dolor  que  j'ai ,  s'en  chantant  non. 
Et  fâchiez  bien ,  plus  n'en  orrez  parler  ; 
Car  je  n'en  voi  nule  droite  réfon. 
J'aim  mels  enfi  fouffrir  &  endurer 
Ces  très  douz  mai ,  fans  avoir  guérifon  , 
Que  d'un  autre  quanqu'on  puet  demander  ; 
Ce  fâchiez  bien ,  débonnere  au  douz  non. 


De  celte  amor  qui  tant  me  fet  péner 
Ne  voi  je  pas  com  je  puiiïe  partir  : 
Car  je  n'i  voi  réfon  de  l'efchiver  , 
Ne  n'eft  pas  droiz  que  j'en  doie  joïr. 
Mes  fol  delîr  fet  fouvent  cuer  penfer 
En  fi  haut  lieu  q'il  n'i  puet  avenir  : 
Et  fine  amors  fi  ne  doit  pas  grever 
Ceux  qui  painent  tosjors  de  li  fervir. 


S'onques  amis  ot  joie  pour  amer , 
Je  fai  de  voir  que  n'i  doi  pas  faillir  : 
Car  riens,  fors  moi,  ne  porroit  endurer 
Les  granz  travaus  que  j'ai  por  li  fervir. 
A  fon  pléfir  me  fet  plaindre  _&  plorer, 
Et  foufpirer ,  &  veillier  fans  dormir. 
Mes  itant  fut  à  moi  réconforter, 
Que  nuit  &  jor  en  plorant  la  rcmir. 


«  Belle  dame  me  prie  de  chanter ,  il  eft 
»  bien  jufte  que  je  lui  obéifle.  Je  ne  puis 
»  ni  ne  fais  m'en  défendre  :  car  je  n'ai  de 
»  volonté  que  la  Genne.  Elle  a  mon  cœur 
»  que  je  ne  cherche  point  à  lui  ôter.  Je  fais 
»  néanmoins  qu'il  n'éprouve  que  douleur. 
»  PuilTe  Dieu  le  faire  arriver  à  bon  port, 
»  car  il  s'eft  mis  en  pleine  mer  fans  aviron. 

»  Difcret  &  fage  ,  je  n'ofe  vous  dire 
»  qu'en  chanfons  la  douleur  que  j'endure. 
»  C'eft  même  pour  la  dernière  fois  que 
»  vous  entendez  ma  plainte.  Il  me  femble 
»  peu  raifonnable  de  la  renouveller.  Le 
»  doux  mal  que  je  fouftre  ,  j'aime  mieux 
»  l'endurer  fans  efpoir  de  guérifon  ,  que 
»  d'obtenir  d'une  autre  tout  ce  qu'on  peut 
»  demander:  foyez-en  sûre,  vous  quifavea 
»  adoucir  la  rigueur  même   d'un  non. 

t>  Je  ne  vois  pas  comment  je  pourrais  me 
»  {épater  de  cet  amour  ,  quoiqu'il  me  tour- 
»  mente.  Je  ne  vois  même  aucune  raifon  de 
»  le  vouloir.  Ce  n'eft  pas  que  je  me  flate  d'en 
»  mériter  la  récompenfe;  mais  le  defir égare 
»  quelquefois  un  cœur,  en  le  dirigeant  vers 
»  un  objet  qu'il  ne  peut  atteindre.  D'ailleurs. 
»  l'amour  ccfle  quelquefois  d'être  contraire 
»  à  ceux  qui  s'efforcent  de  le  fervir  avec 
»  confiance. 

»  Si  jamais  un  amant  fut  récompenfe 
»  pour  bien  aimer,  je  doisefpérer  de  l'être» 
»  Quel  autre  que  moi  pourroit  endurer 
»  ce  que  je  foufte  depuis  que  je  fers  l'amour. 
»  Comme  il  lui  plak,  je  meplains,  je  pleure,. 
»  je  foupire  ,  je  veille  toutes  les  nuits  :  une 
•»  chofe  au  moins  me  confole  ,  c'eft  que 
»  nuit  &  jour  en  pleurant  je  fonge  i  ce 
»  que  j'aime. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Je  ne  me  fai  tenir  ne  conforter 
De  vos  biax  cuers  fervir  entièrement  ; 
Et  quant  je  plus  vous  doi  merci  crier, 
Lors  vous  truis-je  cruels  fi  durement 
Que  jà  à  moi  ne  ferez  biau  (èmblant  ; 
Ainz  les  fêtes  autrui  por  moi  grever. 
Mes  quant  voftre  oeil  me  vuelent  regarder, 
Et  je  remir  le  vofhe  biau  cors  gcnt , 
Tant  fui  je  hors  de  paine  &  de  tonnent. 


2  75 

»  Quelque  peu  confolant  que  foit  l'amour 
»  auquel  je  me  fuis  voué,  je  ne  puis  m'en 
»  affranchir  Plus  j'acquiers  le  droit  de  vous 
»  crier  merci,  plus  je  vous  trouve  de  cruauté-, 
»  Elle  cft  telle  que  pour  m'affiiger ,  vous 
»  prodiguez  aux  autres  l'accueil  favorable 
»  que  vous  nie  réfutez.  Il  eft  vrai  que  dès 
»  que  vos  yeux  daignent  fe  fixer  un  inflant 
»  fur  moi,  &  que  je  puis  admirer  vos  grâces, 
»  je  ne  fens  plus  ni  peines  ni  tourmens  », 


On  ne  trouve  cette  chanfon  que  dans  les  mar.ulciits  de  M.  de  Paulmy  , 

«\:  de  C'cranibaut. 

X     I. 


Tant  ne  me  fai  dementer  ne  complaindre 
Que  puiiïè  avoir  de  ma  dolor  faloz  : 
Ne  de  mon  cuer  ne  puis  la  flambe  citaindre 
Dont  tante  fois  me  claim  dolent  Si  laz. 
Celé  nt'ocit  vers  qui  ne  me  fai  faindre  ; 
Ainz  fui  tozjors  en  paine  &  en  poichaz, 
Se  jà  porrai  jufqu'à  s'anior  ataindre. 


Tant  faz  pour  li  gréveufe  pénitance 
Que  touzjors  fui  en  plor  Si  en  foufpir; 
Et  fi  fet  bien  que  je  l'aim  fanz  doutance. 
Tant  corn  li  plct  me  puet  fere  languir  : 
Jà  par  autrui  n'i  aurai  délivrance  , 
Se  n'efr  par  li  que  tant  aim  &  defir  , 
Que  tout  i  met  mon  cuer  Si  ni'cfpérancc» 


«  J'ai  beau  me  lamenter  &  me  plaindre, 
»  je  ne  puis  trouver  de  lbulagement  à  ma 
»  douleur.  Je  ne  puis  éteindre  dans  mon 
»  coeur  cette  fiante  dont  l'ardeur  me  fait 
»  pouffer  des  cris  doulourcufenien:  répéta  . 
»  Elle  me  fait  mourir,  cette  Beauté  avec 
»  qui  jamais  je  ne  fus  feindre  ;  toujours 
»  je  luis  dans  la  peine  Si  l'inquiétude  de 
»  favoir  fi  je  pourrai  m'en  faire  aimer. 

»  Ma  vie  eft  une  vraie  pénitence.  Pour 
»  elle  je  pleure  &  (bupiro  fans  cefîe. 
»  Elle  fait  bien  pourtant  que  je  l'aime  : 
»  comment  pourrait-elle  en  douter  ?  elle 
»  peut  tant  qu'il  lui  plaira  me  faire  lan- 
»  guir  :  jamais  autre  ne  me  guérira ,  puif- 
»  que  je  l'aime  Si  defire  tant ,  qu'en  clic 
i>  feule  j'ai  mis  mes  penfées  &:  l'efpoit  de 
»  ma  guérifon. 


Adès  amors  me  femont  &  atife  »  A  tout  initant  amour  me  preffe  de  l'ai- 

De  li  amer;  mes  n'i  truis  fors  dangicr.  »  mer,  &  m'y  excite  ;  cependant  je    n'y 

Et  fi  l'aim  tant  de  fin  cuer  fanz  fanitize,  »  trouve  que  danger.  Je  l'aime  avec  tant 

Que  ne  me  puis  tenir  de  li  prier.  »  de  violence  &  de  vérité  ,  que  je  ne  pui<: 

G  g  i 


îSo 


£    S    S    A    1 


Ne  fai  fe  jà  l'aurai  à  moi  conquife; 
Et  ne  porquant  ce  me  fet  rehétier, 
Que  i'eve  feut  percier  la  pierre  bife. 


Dame,  mar  vi  le  eler  vis  &  la  face 
Où  rofe  &  lis  floiiflëin  chafcun  jor. 
Tant  m'efbahis  que  ne  fai  que  je  face, 
Quant  je  regart  voftre  frefche  color, 
Et  vo  douz  front  qui  plus  eft  cler  que  glace. 
Dame,  merci;  car  trop  à  grant  dolor 
Muir  &  languis  :  voftre  pitié  le  fâche. 


Vainque  pitié,  douce  Dame,  droiture; 
Ne  mi  le/liés  morir  à  tel  tonnent. 
Tant  par  vous  truis  tous  tensfauvage  &  dure 
Que  m'ocirés ,  fe  vous  vient  à  talent  : 
De  vos  penfer  ne  puis  fere  mefure. 
Dame ,  merci  ;  trop  me  fecorrés  lent  : 
Si  me  merveil  cou  voftre  cuers  l'&ndsre. 


»  me  tenir  de  folliciter  un  tendre  retour. 
»  Je  ne  fais  fi  je  pourrai  l'attendrir  ;  une 
*>  chofe  pourtant  ranime  mon  efpéranee , 
»  c'eft  que  l'eau  qui  tombe  goutte  à  goutte 
»  perce  le  plus  dur  rocher, 

**  Dame ,  c'eft  donc  pour  mon  malheur 
n  que  je  vis  cette  figure  charmante,  &  ces  | 
«  joues  où  fleurifTent  chaque  jour  rofes  & 
»  lis.  Quand  j'en  admire  la  fraîche  couleur 
»  &  ce  front  plus  uni  que  glace  ,  je  fuis 
»  tellement  tranfporté  que  je  perds  l'ufige 
»  de  ma  raifon.  Dame ,  je  vous  crie  merci , 
»  je  fouffre  trop  :  je  languis,  je  meurs, 
»  que  votre  pitié  le  fâche. 

»  Dame,  que  la  pitié  l'emporte  fur  le 
»  devoir  :  ne  me  Iaiflèz  pas  mourir  dans 
»  ce  tourment.  Je  vous  trouvai  toujours  fî 
»  farouche  &  (î  cruelle  !  oui  vous  me  fe- 
»  rez  mourir,  fi  vous  le  voulez.  Je  ne 
»  puis  me  rafTafier  du  plaifir  de  penfer  à 
»  vous.  Je  vous  crie  merci  ;  vous  tardez 
»  trop  à  me  fecourir,  &  je  m'étonne  que 
»  votre  cœur  le  fouffre  ». 


SUR    LA    MUSIQUE. 


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Tome  il  I'.":  >•  -fil 


232 


ESSAI 
x  i  i. 


Quant  li  Rofïgnol  jolis 
Chante  feur  la  flor  iFEfté, 
Que  naift  la  rofe  &  le  lis 
Et  la  roufee  el  vert  pié  : 
Plains  de  bone   volonté 
Chanterai  con  fins  amis. 
Mais  d'itant  fui  esbahis 
Que  j'ai  fi  très  haut  penfé, 
Qu'à  paines  iert  acoraplis 
Li  fervirs  dont  j'atens  gré. 

Liement  ont  entrepris 
Ce  qui  trop  m'aura  grevé , 
Mi  fol  œil  volenteiz 
Qui  fovent  ont  efgardé 
Là  où  je  n'ai  mie  ofé 
Dire  que  j'eftoie  quis. 
Œil ,  par  vos  fui-je  trahiz.  ' 
Voir  eft,  mal  avez  ovréj 
Mes  or  en  aiez  merci , 
Et  fi  vos  foit  pardonné. 

OU  ,  ce  eft  mains  que  noient , 

Je  ne  vous  puis  mal  vouloir  : 

Car  quant   je  me   reporpenz 

Comme  ele  eu  bêle  à  veoir , 

Souvent  me  fêtes  doloir 

En  ce  que  trop  vous  truis  lent. 

Mes  li  raiïbagemens 

Des  biens  que  g'en  cuit  avoir, 

Me  fet  doubler  mes  talens 

De  fervir  à  mon  povoir. 

Benois  foit  li  hadimens 
Où  je  pris  fi  boin  efpoir  ; 
Car  eurs ,  fervirs ,  &  talens 
M'i  porroit  encoir  valoir. 
Se  doi-je  mole  bien  voloir 


»  Quand  le  rolîîgnol  joli  fait  retentir  de 
»  (es  chants  les  bocages  que  l'été  pare  de 
u  fieurs ,  quand  le  lis  &  la  rofe  fe  hâtent 
»  d'éclore,  &  que  la  rofée  tombe  en  perles 
»  fur  la  verdure  des  prés  ;  plein  de  vo- 
»  lonté  amoureufe ,  je  dois  chanter  comme 
»  loyal  amant.  Mais  une  chofe  me  trouble  : 
»  j'ai  élevé  fi  haut  ma  penfée,  que  j'aurai 
»  peine  à  m'acquitter  du  fervice,  dont  j'at- 
»  tends  qu'on  me  fâche  gré. 

»  C'eft  avec  gaieté  que  mes  yeux  vo- 
»  lontairement  &  follement  indiferets  ont 
»  entrepris  choie  dont  j'aurai  trop  raifon 
»  d'être  fâché.  Ils  ont  fouvent  regardé  l'ob- 
»  jet  vers  lequel  je  n'ofais  dire  qu'amour 
»  m'attirait.  Vous  m'avez  trahi  mes  yeux  ; 
»  en  vérité ,  vous  en  avez  mal  agi.  Mais 
»  vous  aurez  votre  grâce,  je  vous  par- 
»>  donne. 


»  Votre  indiferétion  n'eft  rien  moins 
»  qu'impardonnable.  Comment  vous  en 
»  voudrais-je  ,  moi  qui  ne  me  rappelle 
»  jamais  combien  ma  Dame  eft  belle  à 
»  voir,  fans  me  plaindre  de  ce  que  vous 
»  avez  été  trop  lents  à  l'admirer  ?  Mais 
»  quelles  que  foient  mes  plaintes ,  l'idée  des 
»  biens  que  j'attends  d'elle,  me  foulage  & 
»  me  fait  redoubler  d'ardeur  pour  la  fervir 
p  à  mon  pouvoir, 

»  Heureufe  la  hardiefle  qui  m'infoira 
»  l'efpoir  de  fi  grand  bien  !  Bonheur ,  foins 
»  &  favoir  faire  peuvent  encore  le  réalifer, 
»  Oui,  je  ferai  toujours  à  ma  Dame;  je 
p  dois  le  vouloir ,  &  je  le  defire.  Si  j'ai 


S  U  R    L  A 

Ke  liens  foie  ;  car  g'i  pens. 
Voire ,  fe  j'ai  tant  Je  fens 
C'on  ne  s'en  puift  parchevoir. 
Encoir  venta  lieus  &  tens 
De  ma  très  grant  joie  avoir. 

Se  je  m'en  dueil  &  foufpir 
Ne  m'en  doi  pas  efmayer  : 
Tant  ne  porroie  fervir 
Q'il  me  poift  ennuyer. 
N'en  donroie  le  defir 
Pour  tout  l'avoir  de  fouz  ciel 
Que  je  ne  me  voie  félir 
De  l'amor  que  j'ai  tant  chier. 


MUSIQUE.  223 

y>  l'efprit  de  ne  pas  laiiTcr  appercevoir  le 
»  fecret  de  mon  cœur ,  je  pourrai  (a)  encora 
»  rencontrer  le  lieu  &  le  moment  favorable 
»  à  mon  amour. 


w  Si  maintenant  je  foupire  &  me  défolc, 
»  je  ne  puis  m'en  affliger.  Quelque  longs 
»  &  infructueux  que  foient  mes  fervices  , 
»  jamais  l'idée  ne  me  viendra  de  m'en 
»  impatienter  :  &  m'offrit-on  tout  ce  qui 
»  exifle  fous  le  ciel ,  je  ne  le  troquerais  pas 
i>  avec  le  (Impie  defir  de  voir  un  jour  mon 
»  amour  couronné  ». 


Le  dernier  couplet  de  cette  chanfon  eft  de  huit  vers ,  &  les  quatre 
premiers  de  dix  ;  ce  qui  fait  foupçonner  que  les  copiftes  fe  font  trompes , 
ou  que  ce  dernier  couplet  appartient  à   une  antre  chanfon. 

(a)  Il  l'avait  donc  déjà  remontré. 


284 


ESSAI 
XIII. 


Quant  li  Elles  &  la  douce  faifons 
Fait  foille  &  flors  &  les  prés  raverdir  , 
Et  le  dois  chans  des  menus  oiûllons 
Fait  à  pluifors  de  joie  fofvenir; 
Las!  chacuns  cante,  &  je  plore  &  fôfpir. 
Et  fi  n'eft  pas  droiture  ne  raifons  : 
Ains  c'eft  adès  tote  m'entendons, 
Daine,  de  vos  honorer  &  fervir. 


Se  j'avoie  le  fens  k'ot  Salemons, 
Si  me  feroit  amors  por  foll  tenir-*- 
Car  trop  ert  malle  Se  crue*  fa  priions  , 
Si  me  le  faut  efTaier  &  fentir  : 
Si  ne  me  veult  à  fon  eus  retenir , 
Ne  enfeingnier  quelle  eft  ma  garifons. 
Car  j'ai  amé  longuement  en  prudons , 
Et  arriérai  tosjours  fans  repentir. 


Merveilles  n'ai  dont  vient  celte  oquoifons, 
Qu'elle  me  fait  à  tel  dolor  languir. 
C'eit  par  ce  qu'elle  croit  les  félons , 
Les  lofengiers,  que  Diex  puis  maleïr. 
Tote  lor  peine  ont  mile  en  moi  traïr  : 
Mais  ne  lour  vaut  lor  mortex  traitons  , 
Quant  le  faront  quex  iert  li  guerredons , 
Dame,  de  vous  qui  aine  ne  feu  mentir. 


Aine  ne  le  feue  lofengier ,  ne  fiater  , 
Ne  jà  Diex  fens  ne  m'en  doinfl  ne  talent  ; 
Mais  ma  Dame  fervir  &  honourer, 
Et  faire  adez  à  fon  comandemenr. 
Et  faichiés  bien ,  le  beau  fervir  ne  ment , 
Ou  li  miens  cuers  ki  bien  ne  puet  grever 

Aia  nies  mes  cuers  ki  adès  s'i  aient» 


«  Dans  la  faifon  nouvelle,  la  verdure 
»  des  bois  &  des  prairies,  le  parfum  des 
»  rieurs ,  les  doux  concerts  des  oifeaux ,  ré- 
»  veillent  dans  le  cœur  des  amans  heureux 
n  le  fentiraent  de  leurs  plaifirs.  Ils  chantent, 
»  hélas  !  tandis  que  je  pleure  &  foupire, 
»  Mais  quelle  rai  fon  de  m'attrilter  en  cédant 
»  au  defir  de  vous  honorer,  ma  Dame,  & 
»  de  vous  fervir  ? 

»  J'aurais  la  fagefle  de  Salomon  ,  qu'a- 
.»  mour  faurait  la  changer  en  folie.  Quelque 
»  pefante  que  foit  fa  chaîne,  il  me  la  faut 
»  traîner  malgré  moi.  Cependant  il  me 
»  dédaigne  pour  fon  efclave ,  fans  m'en- 
»  feigner  le  moyen  de  recouvrer  ma  liberté. 
v>  Quel  remède  à  mon  malheur  ?  j'ai  long- 
»  tems  aimé  avec  confiance  :  c'eft  d'aimer 
i>  toujours  de  même,  fans  m'en  repentir. 

»  Dois- je  m'étonner  que  l'objet  de  mon 
»  amour  s'obfline  à  me  faire  ainfi  languir 
»  dans  la  douleur  =  Elle  écoute  les  médi- 
»  fans ,  ces  flatteurs  que  Dieu  puifle  mau- 
».  dire.  Lamédifance  qui  s'efforce  d'em- 
»  poifonner  un  bonheur  que  la  malignité 
»  leule  imagine  ,  fera  bien  déconcertée  , 
»  lorfqu'elle  faura  que  tant  de  conftance 
»  me  fut  toujours  inutile,  &  qu'elle  le  faura 
»  de  vous,  Dame,  qui  jamais  ne  mentîtes, 

»  Jamais  je  n'eus  le  talent  de  tromper 
»  ni  de  féduire.  A  Dieu  ne  plaife  que  j'en 
»  connailTe  l'ufage  !  je  ne  veux  que  fervir  &c 
»  honorer  ma  Dame  :  fa  volonté  fera  tou- 
»  jours  ma  loi.  A  vous  bien  fervir,  j'éprou- 
»  verai  fans  doute  mille  peines;  mais  elles  fe- 
»  ront  chères  à  mon  cœur,  s'il  peut,  fans  trop 
»  fe  flatter,  en  efpérerun  jour  la  récompenfe. 

Se 


SUR     LA    MUSIQUE. 


**1 


Se  vous  daignés  ma  proicre  efcouter , 
Douce  Dame ,  je  vous  proi  &:  déniant 
Ke  vous  pcnfés  de  moi  guerredoner  ; 
Je  penferai  de  bien  fervir  avant. 
De  tous  les  maus  que  j'ai  ne  m'eft  notant , 
Douce  Dame ,  fe  me  volés  amer  : 
En  poi  de  tens  poés  guerredoner 
Les  biens  d'amors  ke  j'ai  atendus  tant. 


«  Douce  Dame  ,  daignez  écouter  m» 
n  prière  ,  &  perme:tcz-moi  l'efpoir  d'ctre 
»  récompenfé.  Mon  unique  foin  fera  dé- 
»  formais  de  vous  faire  agréer  mon  fervice; 
r>  fi  vous  voulés  m'aimer ,  tous  mes  maux 
d  me  deviendront  doux.  II  ne  vous  faut 
»  qu'un  inftant  pour  réalifer  le  bonheur 
»  après  lequel  j'ai  tant  foupiré  ». 


7,    te   II. 


Hh 


2.SS 


ESSAI 


X  I  V. 


En  aventure  coumenj  . 
Ma  tlaerraine  chançon. 
Si  ne  fuis  lies,  ni  dolens  ; 
Si  ne  (ai  fe  vive  ou  non, 
Ou  fe  j'ai  tort  ou  raifon  , 
Ou  fe  j'aim ,  ou  e'eft  noient 
Mais  itex  eft  mes  talens  , 
Que  fans  nule  repentance  , 
Pens  à  la  millor  de  France. 


«  Je  haftrderai  une  dernière  chanfon. 
f>  Sans  joie  comme  fans  triftefTe,  je  ne  lais  , 
»  hélas  !  fi  je  fuis  vivant  ou  mort ,  raifon- 
»  nable  ou  déraifonnable ,  amoureux  ou 
»  non  amoureux.  Mais  une  choie  que  je 
»  fais ,  &  qui  m'elt  naturelle  ;  c'eft,  que  , 
»  fans  m'en  repentir  jamais,  je  veux  tou- 
»  jours  penfer  à  la  meilleure  femme  de 
»  France. 


Et  li  très  doux  penfemens 
De  fa  très  belefaiçon, 
Me  fait  renouvellemens 
De  toute  /oie  fans  non  : 
Mais  tant  enquierent  félon, 
Lofengier  &  maie  gens. 
Mais  enlî  l'ai  en  porpcns, 
Ke  por  mal  ne  por  grévance, 
Ne  feront  ma  méfeftance. 


»  Je  penfe  à  fa  très  belle  façon  ;  &  ce 
»  très  doux  penfer  renouvelle  en  moi  un 
»  fentiment  de  joie  inexprimable.  En  vain 
»  la  gent  félonne  &  curieufe  des  médifans 
»  s'enquiert  malignement  de  l'état  de  mon 
>  cœur  ;  elle  ne  le  (aura  pas.  Quelque 
»  malheureux  ,  quelque  douloureux  qu'il 
»  puifTe  être  ,  j'ai  réfolu  de  lui  en  dérober 
»  la  connaifTance. 


Aine  n'amai  à  repentir, 
Ne  jà  ne  l'enquier  favoir. 
Ains  ai  mis  ens  li  fervir 
Cuer  &  cors,  force  &  povoir. 
Et  s'ele  me  fait  doloir , 
Bien  me  le  pora  merir  j 
K'ele  a  pooir  d'accomplir 
Mon  voloer  tote  ma  vie  , 
Ma  très  Jouce  chiere  amie. 


»  Jufqu'aujourd'hui  Amour  ne  m'apprit 
»  à  me  rep:ntir,  &  je  ne  délire  pas  encore 
»  de  l'apprendre.  J'ai  mis  cœur  &  corps, 
»  force  Se  pouvoir,  à  fervir  la  Beauté  donc 
n  je  fuis  amoureux.  Si  elle  me  fait  fouffrir 
»  des  peines ,  peut-être  m'en  récompenfera- 
»  -t-elle  !  Ma  très  ùouce  &  chère  amie 
»  peut  bien  accomplir  mon  vouloir  :  j'ef» 
b  pérerai  toute  ma  vie. 


SUR    LA    MUSIQUE. 

Chanson  XI^e 


287 


Lent 


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•=+*'•• 


-'fûu/t    m'est  oeJe la,  douce  cez/unens-can^ce-  du  nouv  uut,  ter/u  a  l en  ■ 


=*+-»     ■■  '■    ■        m*+~^ 


^*'n«» 


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—  Iront    de>  ouscor,  oue  lots  elvreK.  sont  de  niat/v-te,  semolan^ee  vert 


3^ *r~.-^ 


r»  +♦» 


<'/   ver- /netleeure/t  d .vie  et    de  tlor  et  jjp  suis  las  de- ça,    en  tel 


fr-»~n< 


j»._  «-- 


=♦* 


»-^*- 


oauuv  -   ce>quemaois'  /ointes     aour //ut,  ùe-leniorâou        ma-hau.  - 


=*♦*= 


■*— *^ 


■rr 


=*=«= 


- 1&  ri/ -  cnor  ne  sai  les   quel s'e/uujoie,    et      eae/siqesoueentc/ta/it- 


//  0M    de-  ciuv plor   car  le/le-    repis  /nés  maie  et /nés  -  1  lie-  -  ance 


m^mmmm^^^^m 


■  ltôuli  /riestleiela      douce  commenazn  -ce  .ù/.-ieuviau  te/nsa  ten 


m 


jpjiill^-j^^^^ 


m 


m 


tra/it   de  paseor,qiW'  boisetpre\.  sont    ds maints  se// lola/iee  vert 


et  vetyneu  couper 6  deroeet    de,/lor  et ;e  suis  lus  a*.  •'  tel 


^t^^^p^^Ef^f^^ 


=*ft= 


lida/i  -  ce  que /nut/isjouitcs    aour /n.i  lele  mert  eu  nui  naît  - 


^f+^-iJÎ^^^^^ 


-  t&ri-.cAer    /te  sut  le    quel  s'en  ai /aie  cipa-or  si  qcseitr.':,' ./utsit 


bptj^=y^feg^^i»ga^ 


Lieu    de  citer  p/er    <<//■  le/ie    repw  /nes-/n.ite  et  mes. le   -   ,i/tt\ 


V' 


-s- 


Tome  11     I'  .1  v  >     .  ;■- 


288 


ESSAI 


X  V. 


Moult  m'eït  bêle  la  douce  coumencance  , 
Du  nouviau  tens  à  l'entrant  de  Paicor, 
Que  bois  &  prez  font  de  mainte   femblanee  , 
Vert  &  vermeil ,  couvert  d'erbe  &  de  flor  ! 
Et  je  fuis,  las.'  du  tout   en  tel  balance, 

Qu'à  mains  jointes  aor 
Ma  bêle  mort,  ou   ma  haute  richor. 
Ne  fai   lequel ,  s'en  ai  joie  ou  paor  ; 
Si  qe  fouvcnt  chant  là  où  de  cuer  plor; 
Car  lonc  refpis  m'efmaie  Si  m'efcKeance. 


«  Que  je  me  plais  à  goûter  les  douceurs 
»  de  la  faifon  nouvelle  aux  approches  de 
»  Pâques  :  tems  où  les  bois  &  ies  prés  fe  pa- 
is rent  de  verdure  &  de  l'email  des  fleurs  ! 
»  Cependant  ce  fpeftacle  ne  peut  charmer 
»  l'ennui  de  mon  aine  incertaine.  Je  de- 
»  mande  à  mains  jointes ,  ou  ma  mort  ou 
»  mon  bonheur  ;  Se  je  ne  fais  quel  fera  mon 
»  fort.  Delà  naît  mon  elpoir,  ou  ma  crainte. 
»  Auilichantai-je  fouventlorfque  mon  cœur 
»  eil  trifte  :  car  uiiejongue  attente  m'alarme 
»  fur  mon  fort  futur. 


Jà  de  mon  cuer  n'iltra  mais  la  femblanee 
Dont  me  conquift,  à  moz  plain  de  douçour, 
Celé  cui  j'ai  tozjors  en  remenbrance , 
Si  que  mes  cuers  ne  fert  d'autre  labour. 
Ha!  franche  riens!  en  cui  j'ai  ma  fiance, 

Merci  pour  voftre  honour  ; 
Car  s'en  vos  truis  femblant  menteour 
Vos  m'aurés  mort  à  loi  de  traïtour. 
S'en  vaudra  raout  noans  voflre  valour, 
Si  m'ociés  enfi  par  decevance. 


Las  !  com  ma  mort  de  débonere  lance, 
S'enfi  me  let  morir  à  tel  dolor  ! 
De  fes  beaux  eulz  me  vint  fans  défiance 
Ferir  au  cuer  qu'ainz  n'i  ot  autre  eltor. 
Moult  volentiers  emprefife  vengeance  , 

Par  Dieu  le  criator  ; 
Tel  que  mil  fois  la  peufTe  le  jor 
Ferir  au  cuer  d'autretele  favor. 
Ne  jà  certes  n'en  feifTe  clamor  , 
Se  j'eufTe  d'enfinc  vengier  poiffance. 

Ne  cuidiés  pas ,  Dame  ,   que   je  recroie 
De  vous  amer,  fe  mort  nel  me  deffent  : 


»  Jamais  de  mon  coeur  ne  fortira  l'image 
»  de  celle  qui  me  conquit  avec  un  langage 
»  plein  de  douceur,  de  celle  à  qui  je  fonge 
»  toujours  ;  fi  bien  que  c'eft  l'unique  oc- 
»  cupation  de  mon  cœur.  Ah  H  franche 
»  créature,  en  qui  j'ai  mis  tout  mon  e  poir, 
»  pour  votre  honneur,  ayez  pitié  de  votre 
»  amant;  car  fi  vous  m'euffiez  furpris  par 
»  un  faux  femblant ,  ce  feroit  en  trahifon 
»  que  vous  me  feriez  mourir  ;  &  pareille 
»   aiftion  diminuerait  votre  mérite. 

»  Hélas  !  comme  je  mourrai  d'une  douce 
»mort,  s'il  me  faut  mourir  du  trait  dont 
»  elle  m'a  bleffé  !  Ses  regards  me  le  lan- 
»  cerent  au  moment  où  je.  ne  m'en  défiois 
»  pas ,  &  avant  que  je  puffe  m'en  défendre. 
«Bon  Dieu,  qu'avec  plaifir  j'entrepren- 
»  drois  de  me  venger,  fi  mille  fois  le  jour 
»  je  pouvois  faire  à  fon  cœur  une  femblable 
»  bklTure  !  Certes  je  ne  me  plaindrais  plus , 
»  fi  je  pouvais  ainfi  me  venger. 

»  Dame ,  ne  penfez  pas  que  je  renonce 
»  à  vous  aimer,  fi  la  mort  ne  m'y  coiv- 


SUR    LA    MUSIQUE. 


289 


Car  fin  amors  tient  mon  cuer  Se  maifrroic , 
Qui  tout  me  doune  à  vous  entièrement. 
Si  que  jou  n'ai  confort  de  moi  ne  joie, 

Et  qu'il  m'avicnt  fouvent 
Que  je  m'oubli  penfant  entre  la  gcnt» 
Et  tel  délit  ai  en  mon  pcnfemcnt 
De  vous,  Dame,  à  qui  amors  me  rent, 
Que  s'a  vous  n'en,  ji  parler  u'enquciroie. 

Ha!  franche  riens,  puifqu'en  vortre  manoie 
Me  fui  tous  mis,  trop  me  fecorés  lent; 
Car  nus  dons  n'eft  cortois  qui  trop  délaie  : 
Si  s'en  efmaie  ici!  qui  s'i  atent. 
Uns  pctiz  bien  vaut  mieuz,  fe  Dex  ,  me  voie 

Qu'on  fait  cortoifement , 
Que  cent  greignor  fais  ennieufement. 
Car  qui  le  fuen  donne  retraiamment, 
Son  gré  en  pert  :  &  lî  cofte  auiimenc 
Cbn  à  celui  qui  bonemeut  ôutroie. 


»  damne.  Un  amour  confiant  tient  mon 
»  cœur  captif  &  le  maitrife.  Il  me  donne 
»  à  vous  tout  entier;  fi  bien  que  je  n'ai  de 
»  moi-même  ni  confolation  ni  joie,  &  que 
»  fouvent  il  m'arrive  de  m'oublicr  en  rêvant 
»  dans  les  fociétés  :  rêverie  délicicuiê ,  & 
»  que  le  plaifir  de  vous  parler,  à  qui  l'a- 
»  mour  me  fouinet,  peu:  feul  interrompre. 

»  Ah!  franche  créature,  vous  me  fe- 
»  courez  trop  lentement  ;  moi  qui  fuis  en 
»  votre  puiflance.  Un  don  trop^différé  n'eft 
»  plus  une  courtoifie  ;  &  celui  qui  croit  y 
»  avoir  droit,  s'en  fâche. Un  petit  bienfait, 
»  accordé  avec  courtoifie,  (j'en  attefteDicu) 
»  vaut  mieux  que  cent  autres  plus  grands  , 
»  faits  de  inauvaife  grâce  ;  car  celui  qui  voti- 
»  droit  retenir  ce  qu'il  donne,  perd  Ton  droit 
»  à  la  reconnaifTance;  quoique  cependant  il 
»  lui  en  coûte  autant  qu'à  celui  qui  donne 
»  de  bonne  grâce. 


ENVOI. 

Chançon,  va-t-en  là  oi\  mes  cuers  t'envoie:  »  Chanfon,  va-t-en  où  mon  cœur  t'en- 

\jk  troveras,  ne  l'os  dire  autrement,  »  voie:  là  tu  trouveras,  je  n'ofe  le  dire  au- 

Cuer  fanz  merci,  cors  graille,  blanc  Se  gent,    »  trement,  cœur  fans  merci,  corps  fvclte  , 
Et  vis  riant  &  grant  biauté  veraie.  »  blanc  &  joli,  vifage  riant,  Si  beauté  fans 

»  fard  (a)  ». 


(a)  Ces  vers  prouvent  peut-être  qu'on  mettait  du  rouge  dès  ce  tems-li. 


*#* 


2<?o 


ESSAI 


X  V  I. 


Quant  voi  venir  le  bel  tanz  &  la  flour , 
Que  l'erbe  vers  refplent  aval  la  prée  ; 
Lois  me  fouvient  d'une  douce  dolour, 
Er  du  douz  lieu  où  mes  cuers  tent  &  bée. 
S'ai  tant  de  joie ,  &  s'ai  tant  de  douçour 
Que  partir  n'en  porroie  à  nul  jour  : 
Et  quant  je  fui  pluz  loinz  de  fa  contrée , 
Tant  eft  plus  près  mes  cuers  &  ma  penfée. 

Voir  il  n'eft  riens  dont  je  foie  en  triftour, 
Quand  me  fouvient  de  la  très  bêle  née  ; 
Et  fi  cuit  bien  que  je  fiiz  graad  folour , 
Quar  maintes  fois  l'ai  mult  dure  trouvée. 
Maiz  biauz  femblanz  me  remet  en  vigour  : 
S'emploïerai  moult  bien  la  grant  amour 
Dont  je  l'ai  tant  dedenz  mon  cuer  amée , 
Se  Ioïautez  ra'i  laift  avoir  durée. 

Dame,  merci ,  Ce  je  fuis  fins  amis; 
N'efprouvés  pas  feur  moi  voftre  venjance  : 
Car  voftre  fui  &  ferai  à  touz  dis , 
Je  non  tairai  pour  mal  ne  pour  gtevance. 
Se  par  vos  fui  de  bien  amer  efpris , 
Douce  Dame,  ne  m'en  doit  eftre  pris; 
Er  fe  por  vos  trai  ire  ne  pefance , 
Jà  n'en  charrai  en  mauvaife   efpérance. 

Biau  fîre  Dieu  !  coument  portai  avoir 
Icefte  amour  que  tant  aurai  requife? 
Jà  nel  deuft  ne  fouffrir  ne  voloir 
La  douce  riens  qui  tant  eft  bien  aprife, 
Puiz  qu'ele  m'a  du  tout  en  fon  pooir. 
Ne  me  feift  fi  longuement  doloir 
S'ele  feuft  com  s'amors  me  juftife  ; 
Jà  ne  faufift  pitiez  ne  l'en  fuft  prife. 


«  A  l'aproche  du  beau  tems,  à  la  vue  des 
»  fleurs  qui  émaillent  la  verdure  des  prés, 
»  je  me  fouviens  avec  une  douce  mêlan- 
te colie,  du  lieu  charmant  où  mon  cœur 
»  tend  &  afpire.  Ce  fouvenir  eft  fi  doux , 
»  que  je  m'en  occupe  fans  ceiïè  :  plus  je 
»  fuis  loin  de  ma  Dame ,  plus  mon  cœur 
s  en  eft  près. 

»  Non ,  rien  ne  m'attrifte ,  quand  il 
»  me  fouvient  d'elle.  Ce  n'eft  pas  qu'y 
»  penfer  foit  choie  laifonable;  car  maintes 
»  fois  je  l'ai  trouvée  trop  cruelle.  Mais 
»  l'image  enchanteref'è  de  fa  beauté  ranime 
»  mon  délire.  L'ardent  amour ,  dont  mon 
»  cœur  depuis  lî  long-tems  brûle  pour  elle, 
t>  pourra  faire  mon  bonheur  ,  fi  loyauté 
»  continue  d'en  nourrir  la  flamme. 

»  Dame,  je  vous  crie  merci  ;  vous  aimer 
»  conftamment ,  feroit-i!  donc  un  crime,  qui 
»  méritât  votre  vengeance  ?  Je  vous  apar- 
»  tiens,  &  c'cït  pour  la  vie;  quelles  que  foient 
»  les  peines  auxquelles  je  m'expofe.  L'a- 
»  rnour  que  vous  m'avez  infpiré  ,  &  dont 
»  je  fuis  fi  vivement  épris,  ne  me  doit  pas 
»  rendre  plus  malheureux  :  il  peut  me  faire 
»  fouffrir,  mais  non  me  défefpérer, 

»  Grand  Dieu  ;  comment  pourrai-je  ob- 
»  tenir  ce  retout  que  j'ai  tant  follicité  !  une 
»  beauté  fi  heureufement  née  peut-elle  vou- 
»  loir  le  malheur  de  l'amant  qu'elle  affervit  î 
»  Elle  abrégerait  ma  douleur  ,  fi  elle  con- 
»  noiffait  le  fuplicc  que  j'éprouve  en  l'ai- 
»  mant ,  &  Ci  pitié  l'intéreffërait  en  rca 
»  faveur. 


Cette  chanfon  ne  fe  trouve  pas  dans  le  rmnufcrit  de  M.  de  Paulmy, 
&  ne  fe  trouve  que  dans  celui  du  Roi. 


SUR    LA     MUSIQUE. 


201 


Chanson  XFJI» 


Très  lent 


-■ *i 


Cv/nmen-ce  ment  Je  douce  sejv/tl>e~le    aue  /e  votsre    -    ve  -  *ttr 


:+ :*  " 


-^  ■  '^»t-j  ♦  »^~i — ♦  •  H: 


/w«<vîiW//tV  dimwrs   oui/iienn/el-ledont/a  ne   trier    aar^tùf 


V7   //taurin  atti  c\ 


•ommen-i  v 


-<•<'</  te/i  -  tir  et      li    dont 


sens      de  ru 


=*=***+=^ 


■      ■      *>    »»  ■ 


^="=^S=^ 


/>*?/'     le  riva  -   -  «B     qu&  je    vou/eseLurcu' //le/aitres-seit  -  i>e 


a^K 


'♦-■—*» — ■ — **w 


♦  .      ■- 


*&  Z?  ou  but  mi  l'o/i<lss;-  sont  et  se  -  /ont  c  fiW  auau  /ue-nr 


Commenee/nent  de  douée  Seso/ioe-le    uue/e  voisre    -  l'e  -  nu- 


^=^ 


tz=A 


. 


*±À- *- 


:Ff> 


♦  • 


gJT~K — g 


:i± 


Rei/ie/ivra/u?e  d  iv/iours  oui  /ne/\i  relie  don/  /a/te      aierpar  -tir 


feHE^HM4H^àr-T+F=^^5 


<»///   matlPlx  auteonu/w/i  eea  ten   -tiret      le   dou~     sons  de  ru 


^fcuJuU-^Ëmi 


/?<?/•       le  riva  -  -</e         atte/e  rets /•ese/at/ev  /n.r.iti  ressoti    -   re     - 

H  •  i  i  I  i^g^nrTr  tt^M?  j  ■•  il 

-  nu-  de    Il  su  ht//  //it   len  destr.ro/it   et  se  re/;i       nu  au  au /ne  - /-ir 
Tome  11    pas**   -<i  ' 


2£2 


ESSAI 


x  v  i  i. 


Commencement  de  douce  fèfon  bêle 

Que  je  voi  revenir  , 
Remenbrance  d'amors  qui  me  rapele 

Dont  jà  ne  puis  partir, 
Et  la   mauviz  qui  coumence  à  tentir, 
Et  li  douz  fons  dou  ruiflèl  de  gravele 

Que  je  voi  refclaircir , 

Me  font  reiTouvenir 
De  la  où  tuit  mi   bon   defir 
Sont  &  feront  jufqu'au  morir. 

Touz  tens  m'eft  plus  amor  frefche  &  novelle, 

Quant  recort  à  Ioifîr 
Ses  eulx  ■>  (on  vis,  qui  de  joie  fiutele, 

Son  aler  ,  fon  venir  , 
Son  biau  parler,  &  fon  gent  contenir, 
Son  douz  regart  qui  vient  d'une  eftencele 

Mon  cuer  au  cors  férir , 

Sans  garde  de  périr. 
Et  quant  je  plus  plaing  &  fouipir , 
Plus  fui  joians  &  plus  ra'aïr. 


«  Commencement  de  douce  &  belle  fai- 
»  fon  dont  je  vois  le  retour ,  fouvenir 
»  d'amour  qui  m'attire,  &  dont  je  ne  puis 
»  plus  me  départir,  le  chant  nouveau  de 
»  l'alouette,  l'agréable  murmure  du  ruif- 
»  feau  qui  s'éclaircit  en  roulant  fur  le  gra- 
»  vier;  tout  me  rappelé  l'idée  de  la  Dame 
»  pour  qui  font  &  feront  jufqu'i  la  mort 
n  tous  mes  vrais  defirs. 


»  Mon  amour  pour  elle  fe  renouvelle 
»  en  toute  faifon ,  &  me  femble  plus  dé- 
»  licieux  chaque  fois  qu'à  loiûr  je  penfe  à 
»  les  veux,  à  fa  phyfionomie  qui  pétille 
»  de  joie,  à  fa  façon  d'aller  &  venir,  à 
»  fon  parler  gracieux  ,  à  fon  gentil  main- 
»  tien ,  à  fon  regard  doucement  étincelant 
»  d'un  feu  qui  pénètre  jufqu'à  mon  cœur, 
»  &  le  brûle  fans  le  confirmer.  Alors  plus 
9  je  me  plains  Se  plus  je  foupire;  plus  je 
»  m'enflamme  &  plus  je-  jouis  du  plaifir 
»  d'aimer. 


Loiaus  amors,  &  fine  &  droituriere 

M'a  fi  en  fon  povoir , 
Que  ne  m'en  puis  partir  ne  trere  arrière  ; 

Ne  je  n'en  ai  voloir. 
N'eft  pas  amors  dont  l'en  fe  pue:  mouvoir , 
Ne  cil  amis  qui  en  nule  manière 

La  bée  à  décevoir  : 

Dont  faz-je  bien  favoir 
Qu'enfemble  convient  remanoir , 
Moi  &  amors  par  efïouvoir. 


»  Amour  loyal ,  confiant  &  fidèle,  exerce 
»  fur  moi  tel  empire  que  je  ne  peux  m'y 
»  fouftraire.  La  volonté  même  eft  impof- 
»  fible.  L'amour  dont  on  peut  fe  dégager, 
»  n'eft  point  de  l'amour ,  c'eft  une  trom- 
p  perie  ;  &  qui  vile  à  tromper,  eft  indigne 
»  du  nom  d'ami.  Auïïi  fais-je  favoir,  que 
»  de  toute  néceflîté  amour  Se  moi  demeu- 
»  ferons  engagés  l'un  à  l'autre. 


Se  li  ennuis  de  la  gent  malpailicre 
Ne  me  feift  doloir , 

J'eufTe  bien  joie  fine  &  entière 
D'efgarder,  de  veoir. 


»  Dame,  fans  la  médifance  qui  me  nuit 
»  &  me  défoie,  je  pourrais  bien  jouir  de 
»  la  vraie  &  entière  (àtisracïion  de  vous 
»  voir  Si  de  vous  regarder.  Mais  ce  que 

Mis 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Mes  ce  que  n'os  por  aus  ramentevoir, 
ConoilTiez,  Dame,  au  viz  &  à  la  chiere, 
Qae  je   n'oi  mon  voloir 
Dire,  por  percevoir  : 
Mes   bone  Dame  doit  favoir , 
ConoifTance  <5c  merci  avoir. 

Vos  merci-je  ,  ma  douce  Dame  chiere , 
Quant  vous  daigniez  voloir, 

E:  qu'il  vos  plaît  à  oir  ma  proierc 
End  com  je  l'efpoir. 

Mais   fe  pkiez  me  pooit  efcheoir, 

Granz  fuit  ma  j'oie  &  peine  légicre , , 
Sanz  point  de  mefclicoir  : 
Mais  mont   me  fait  bien  voir 
Amors,  qu'elle  vos  trait  à  oir 
De  moi  faire  à  voftre  voloir, 

Chançonete,  por  voir, 
A  celé  que  tant  fois  valoir 
Te  feras  en  Flandres  favoir  : 

Philippe  ,  â  mon  pooir  , 
Pri  amors  que  vos  lait  veoir  , 
Ce  que  fins  amanz  doit  avoir. 


i>  mes  yeux  n'ofent  vous  dire,  vous  le  dc- 
»  viriez  (ans  doute  à  mon  air  Se  i  ma 
»  figure.  Le  dcd'r  que  je  crains  de  laifler 
»  appercûvoir,  doit  vous  être  connu;  & 
»  le  connaiflant,  vous  devez,  fi  vous  êtes 
»  bonne,  en  avoir  merci, 

»  Je  vous  remercie,  ma  douce  &  chère 
»  Dame  ,  de  ce  que  vous  daignez  ,  eu 
»  agréant  mou  defir  &  en  écoutant  m» 
•  prière,  flatter  mon  amoureux  efpoir.  S'il 
»  arrivoi:  que  pour  moi  vous  fuifiez  touchée 
v  de  pitié  ,  grande  feroit  ma  joie  &  toute 
»  peine  légère  ;  c'eft  chofe  confiante.  Mais 
»  Amour  me  fait  trop  bien  voir  que  vous 
»»  n'acceptez  un  ami  que  pour  en  faire 
»  votre  efclave. 

»  Chanfonnerte,  je  n'en  doute  pas;  la 
»  Dame,  de  qui  le  mérite  eft  tant  connu  , 
»  voudra  bien  t'apprendre  en  Flandres  S: 
»  te  chanter  ;  &  vous ,  Philippe,  vous  faurez 
v  qu'à  mon  pouvoir,  je  prie  Amour  de  vous 
»  laiiïer  voir  ce  que  parfait  aniaut  doi 
»  pofieder  ». 


Tome  H. 


i$4 


ESSAI 

xviii. 


La  douce  roix  du  Rofignot  fauvage 
Qu'oi  nuit  &  jor  cointoier  &  ternir  , 
Me  radoucit  mou  cuer  &  rafouage  ; 
Lors  ai  talent  que  chant  pour  esbaudir. 
Bien  doi  chanter ,  pui'fqu'il  vient  à  pléfir 
Celi  qui  j'ai  de  cuer  fait  lige  hommage: 
Si  doi  avoir  grant  joie  en  mon  corage  , 
S'ele  me  daigne  à  fou  oes  retenir. 


«  La  douce  voix  du  Roffignol  fauvage 
»  que  j'entends  nuit  &  jour  s'égayer  & 
»  chanter,  adoucit  les  peines  de  mon  cœur 
»  &  les  foulage.  Pour  me  réjouir,  je  veux 
»  chanter  moi-même.  Je  le  dois,  puifque 
»  c'eft  le  plaifir  de  celle  à  qui  j'ai  fait  l'hom- 
»  mage  lige  de  mon  cœur.  J'aurai  bien; 
»  grande  joie,  fi  elle  daigne  me  retenir  à 
a  fon  fervice. 


Onques  vers  li  n'oi  faus  cuer  ne  volage, 
Si  m'en  devrait  por  ce  melz  avenir. 
Aine  l'aim  Se  ferf,  &  aor  par  ufage , 
Si  ne  li   os  mon  penfer  defeouvrir: 
Car  fa  biauté  me  fet  fi  esbahir, 
Que  je  ne  fai  devant  li  nul  langage; 
Ne  regarder  nos  fon  (Impie  vifage, 
Tant  en  redout  mes  etalx  à.  départir. 


Tant  ai  en  li  ferm  aflis  mon  corage 
Qu'ailleurs  ne  pens  :  &  Dex  m'en  doint  joir. 
Conques  Triftans ,  cil  qui  but  le  ouvrage, 
Si  coriaument  n'ama  s'en  repentir: 
Car  g'i  met  tôt  cuer ,  &  cors  &  defir  t 
Sens  &  favoir.  Ne  fai  fe  fas  folage  ; 
Ançois  me  doute  qu'en  treftout  mon  aage, 
Ne  puifle  IL,  ne  s'amor  defervir. 


Je  ne  di  pas  que  je  face  folage , 
Nés  fe  pour  li  me  dévoie  morir: 
Qu'el  mont  ne  truis  fi  bêle  ne  fi  fage  ; 
Ne  nule  riens  n'eft  tant  à  mon  pléfir. 
Mult  aim  mes  euz  qui  me  firent  choifir  : 
Lues  que  la  vi ,,  fi  leflai  en  oftage 


»  Moi ,  qui  n'eus  jamais  pour  elle  un 
»  cœur  ni  faux  ni  volage  ,  je  devrais  être 
»  plus  heureux.  II  m'eft  fi  naturel  de  l'ai— 
»  mer  ,  de  la  fervir  &  de  l'adorer  !  Ce- 
nv  pendant  je  n'ofe  lui  découvrir  ma  pen- 
»  fée.  Sa  beauté  me  trouble  au  point 
»  que  devant  elle  je  ne  fais  que  dire. 
»  Je  n'ofe  même  l'envifager  ,  tant  je 
»  crains  de  ne  pouvoir  foutenir  fon  re- 
»  gard. 

»  Je  l'aime  d'un  amour  fi  confiant ,  que 
»  je  ne  puis  penfer  qu'à  elle.  A  Dieu  ne 
»  plaife  que  j'en  fois  aimé  !  Triftan,  même 
»  après  avoir  bu  fon  fameux  breuvage 
»  ne  fut  pas  plus  amoureux  que  moi ,  & 
»  avec  moins  de  repentir.  Car  je  mets  à 
»  l'aimer  cœur  &  corps ,  raifon  &  fenti- 
»  ment.  Je  ne  fais  fi  c'eft  folie  ;  mais  je 
»  doute  qu'en  toute  ma  vie ,  je  puifle 
»  mériter  d'elle  un  amoureux  retour. 

«Non,  ce  n'eft  point  folie,  dufle-je 
w  mourir  pour  elle!  Je  ne  trouve  au  monde 
»  rien  de  fi  beau ,  de  fi  fage ,  rien  qui  me 
»  plaife  autant.  Que  je  fais  bon  gré  à  mes 
v  yeux  qui  fixèrent  mon  choix.  Lorfque 
»  je  la  vis ,  je  lui  laiiïai   mon   cœur  eu 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Mon  cuer  qui  puis  i  a  fet  lonc  eftage  ; 
Ne  jamès  jor  ne  l'en  qier  départir. 

Chançon'  va-t  en  pour  faire  mon  meiTage 
Là  où  je  n'os  treftorner  ne  guenchir  : 
Que  tant  redout  la  maie  gent  ombrage 
Qui  devinent  ains  que  puiil  avenir 
Le  bien  d'amors.  Dex  les  puiiïè  malcir  ! 
Qu'à  main:  amant  ont  fet  ire  &  outrage  j 
Mes  de  ce  ai  tousjors  mal  avantage, 
Q'il  les  meftué,  fus  mon  gré  obéir. 


»  otage;  il  y  efl  depuis  long-tems,  &  ja- 
»  mais  je  ne  veux  l'en  retirer. 

»  Chanfon  ,  fois  ma  meflagere  ,  »oi» 
»  celle  que  je  n'efe  approcher  d'aucune 
»  façon ,  tant  je  redoute  ces  gens  ora- 
»  brageux  &  malins,  qui  devinent  le  bou- 
»  heur  d'un  amant  avant  qu'il  foit  réalifé. 
»  Puiffe  Dieu  les  maudire. Ils  outragent ,  ils 
»  dcTefpércnt  maint  amant ,  Se  tel  eft  moa 
»  malheur,  que  pour  eux ,  je  fuis  obligé 
»  de  me  contraindre  ». 


Dans  cette  chanfon  le  Châtelain  commence  à  fe  plaindre  de  ce  qu'on 
s'eft  apperçu  de  fon  amour,  &  qu'on  en  jafe. 


li   ; 


2p<5 


ESSAI 

X  I  X. 


Merci  clamanz  de  mon  fol  eirement, 
Ferai  la  fin  de  mes  chançons  oïr  : 
Car  trahi  m'a  &  mort  à  mien  efcient 
Mes  jalous  cuers  cui  je  doi  tant  haïr. 
Tel  mal  m'a  fait,  por  le  dit  d'autre  gent; 
Tuit  font  parti  de  moi  joïous  talant  : 
Et  quant  joie  me  faut ,  bien  eft  raifons  , 
Qu'avec  ma  joie  faillent  mes  chançons. 


Bien  fai  qu'il  eft  tans  ,  &  lieus ,  &  raifons 
Qu'à  tous  les  biens  du  mont  doie  faillir  ; 
Car  porquis  l'ai ,  &  moie  eft  l'acoifons  ; 
Et  qui  mal  quiert ,  il  doit  bien  mal  fofïrir. 
Dex  doint  que  mors  en  foit  mes  guerredons, 
Ainz  que  de  moi  face  lies  les  félons. 
Mais  por  martir  vivrai,  &  por  veoir 
Ma  bêle  perte,  &  por  plus. mal  avoir. 


De  pou  me  fert  qui  me  Tuet  conforter 
D'a'utrui  amer  ;  mieuz  le  voudrait  taifir. 
Car  en  mon  cuer  ne  porroie  trover  , 
Que  je  de  li  panifie  mon  defir. 
Se  ce  me  fait  que  me  vaille  grever , 
Puifque  s'amor  m'a  faite  comparer  , 
Tôt   li  pardoing  à  mon  definement  ; 
Et  fi  mes  cuers  li  faut ,  m'amour  li  rent. 


S'ainz  nus  amanz  out  de  meffa:t  pardon  , 
Donc  me  devrait  bien  par  droit  tieus  tenir  ; 
Car  je  forfis  en  bone  entençion  , 
Et  bien  cuidari  que  me  deuft  mérir  ; 


»  Merci  de  mon  fol  égarement  !  Je  le 
»  déplore  en  cette  chanfon  ,  la  dernière 
»  que  je  ferai  entendre  :  mon  cœur  m'a 
»  trahi  :  qu'il  doit  m'ètre  odieux  1  Je  meurs 
»>  pour  en  avoir  fuivi  les  jaloux  mouve- 
»  vemens.  Trop  prompt  à  croire  les  rap- 
»  ports ,  il  a  caufé  mon  malheur.  Audi 
»  n'ai-je  plus  talent  d'être  joyeux.  Quand 
»  ma  joie  finit,  il  eft  bien  railon  qu'avec 
»  elle  finifient  mes  chanfons. 

»  Je  fais  trop  que  je  dois  perdre  tous  le* 
»  biens  de  la  vie  :  tout  me  condamne  a  une 
»  peine  que  j'ai  volontairement  encourue. 
»  Qui  cherche  fon  malheur ,  le  trouve  & 
»  doit  le  fouffrir.  Puiffé-je ,  en  me  réfi- 
»>  gnant  à  la  punition  de  ma  faute,  mériter 
»  de  Dieu  la  grâce  de  mourir  avant  d'avoir 
»  vu  la  joie  des  félons  !  Mais  non  ;  je  vivrai 
»  pour  prolonger  mon  martyre ,  pour  voir 
»  la  Beauté  dont  j'ai  perdu  l'amour  ,  pour 
»  fentir  des  maux  plus  cruels  que  la  mort. 

»  Quel  fervice  me  rend  celui  qui ,  pouf- 
»  me  confoler ,  me  dit  d'en  aimer  une  autre  ? 
»  Mieux  vaudrait  fe  taire  ;  car  je  ne  poar- 
»  rais  obtenir  de  mon  coeur  la  liberté  de 
»  changer  l'objet  de  mon  defir  :  objet  qui 
»  ne  me  captive  que  pour  éternifer  ma 
n  fouffrance.  Que  j'ai  payé  bien  cher  le 
»  plailîr  de  l'aimer  !  A  l'approche  de  ma 
»  fin  ,  je  lui  pardonne  tout  ;  &  fi  mon 
»  cœur  eft  coupable  d'une  faute ,  mou 
»  amour  faura  l'expier. 

»  Si  jamais  on  pardonna  la  faute  d'un 
»  amant ,  on  devrait  bien  pardonner  la 
»  mienne.  C'eft  un  forfait ,  je  l'avoue  ; 
w  mais  trop  d'amour  en  fut  la  caufe.  Mot. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Mais  ma  Dame  ne  quieit  fe  mal  non  j 
Por  ce  li  hé  moi  &  ma  gaiïfon  ; 
Et  quant  mi  mal  li  font  bel  &  plaifanz, 
Por  ce  me  hé  &  fui  mes  malvuillanz. 


As  fins  amanz  pri  qu'il  dient  le  voir  j 
Liquelx  doit  mieuz  par  droit  d'amors  joïr  ; 
Ou  cil  qui  aime  de  cuer,  à  fon  pooir, 
Et  ne  s'i  fet  mie  très  bien  covrir  ; 
Ou  cil  qui  prie  fans  cuer,  por  décevoir, 
Et  bien  s'i  fet  garder  par  fon  favoir. 
Dites  amanz,  qui  vaut  mieuz  par  raifon  , 
Lcaus  folie,  ou  fage  trahilon. 


»  défefpoir  me  fcmbla  raifonnable ,  &  je 
»  crus  mériter  quelque  pitié.  Mais  ma 
»  Dame  ne  fe  plaît  qu'à  me  voir  mal- 
»  heureux  :  elle  me  hait  pour  toujours ,  & 
»  mon  malheur  durera  autant  que  fa  haine. 
»  Quand  elle  s'en  fait  un  plailir ,  puis-je 
u  en  vouloir  la  fin  1  Je  dois  me  haïr  moi- 
»  même. 

»  O  .'  vous,  loyaux  amans,  parlez  vrai , 
»  je  vous  prie.  Lequel  a  plus  de  droit  aux 
»  faveurs  d'amour  ;  ou  de  celui  qui  aimant 
»  avec  franchife  &  de  tout  fon  pouvoir  , 
»  ignore  l'art  de  maitrifer  les  mouvemen* 
»  de  fon  cœur,  ou  de  celui  qui,  favant 
»  en  ce  même  art,  ne  feint  d'aimer  qu'au- 
»  tant  qu'il  faut  pour  féduire.  Dites  amans  : 
»  une  franchife  imprudente  ne  vaut-elle  pa* 
»  mieux  qu'une  fage  trahifon  i  » 


Il  paraît  par  cette  chanfon  que  le  Châtelain  n'avait  pu  contenir  un 
mouvement  de  jaloufie  mal  fondée,  qui  avait  caufé  une  légère  tracalTcrie 
entre  lui  &  fa  Dame. 


apS 


ESSAI 


X     X. 


A  la  douçor  dit  tens  qui  raverdoie  , 
Chantent  oifel  &  floriiTent  vergier  : 
Mes  je  ne  fai  dont  resjoïr  me  doie, 
Quant  à  merci  fail ,  quant  plus  je  la  quier. 
Je  chanterai  fanz  joie  &  fanz  proier, 
Que  ma  mort  voi ,  ne  faillir  n'i  porroie , 
Puis  qu'amors  veut  que  contre  moi  la  croie. 


a  La  douceur  de  la  faifon  où  la  rer- 
»  dure  fe  renouvelle,  fait  chanter  les  oifeaux 
»  &  fleurir  les  vergers.  Pour  moi  ,  qui 
»  plus  je  demande  merci ,  moins  je  l'ef- 
»  père  ;  je  ne  fais  chofe  dont  je  doive  me 
»  réjouir.  Je  chanterai  néanmoins  fans  être 
»  joyeux;  &  n'eflayerai  point  d'éloigner 
»  par  des  prières  une  mort  que  je  vois 
»  inévitable.  Puifqu'araour  le  veut ,  je  m'y 
»  condamne  moi-même. 


Dex  !  qu'a  Amors  qui  touz  les  liens  guerroie , 

Ceus  qu'ele  puet  grever  ne  meftroïer  : 

Li  biax  femblans  qu'en  ma  Dame  tronvoie  , 

M'a  trop  grevé ,  n'ainc  ne  mi  vout  aidier. 

Celé  mi  fu  cruels  à  l'acointier , 

Je  fai  de  voir  qu'à  fon  tort  me  m'eftroie  : 

Si  me  convient  qu'à  fa  volenté  foie. 


Puifqu'enii  eft  qu'à  li  ne  puis  contendre , 
Ou  vueille  ou  non ,  fervir  la  me  convienr. 
Qui  cuide  avoir  grant  joie  por  atendre , 
Bien  doit  fervir  ;  mes  cil  qui  faillir  crient 
Eft  fi  deftroiz,  quant  fecors  ne  li  vient; 
Mes  je  ne  puis  moi  ne  mon  cuer  défendre 
Pe  plus  amer  ,  qu'amors  ne  me  veut  rendre. 


Grand  péchié  fet  qui  fon  homme  veut  prendre 
Par  biau  femblant  monftrer  tant  q'il  le  tient  : 
Enfî  me  fit  ma  Dame  à  li  entendre , 
Dont  or  me  fet  tel  cuidier  fe  devient 
Qui  en  veillant  faut  &  en  dormant  vient; 


»  Dieu  !  faut-il  toujours  être  en  guerre 
»  avec  l'amour?  Ne  fe  rend-il  donc  maître 
»  d'un  cœur  que  pour  s'en  faire  le  tyran  ? 
»  Le  beau  femblant  de  ma  Dame  a  caufe 
m  mon  malheur.  Il  eft  fans  remède ,  puif- 
»  qu'en  laconnaifTant  mieux,  je  l'ai  trouvée 
»  cruelle.  Je  fais  qu'elle  a  tort  de  me  traiter 
»  en  efclave  :  mais  elle  le  veut,  &  je  dois 
»  me  foumettre. 


»  Puifque  je  ne  peux  m'oppofer  à  fà  vo- 
>>  lonté ,  il  faut  que  bon  gré  malgré  je  fois 
»  fon  efclave.  Qui  croit  à  la  récompenfe 
»  de  fes  longs  fervices,  doit  fervir  de  tout 
»  fon  coeur  :  mais  qui  craint  de  la  man- 
»  quer-,  perd  courage ,  fi  elle  eft  trop 
»  rétardée  ;  hélas  !  comment  ne  plus  ai- 
»  mer  î  Je  ne  puis  m'en  défendre  ;  encore 
»  moins  mon  cœur  qu'amour  ne  veut  pas 
*  dégager. 

»  C'eft  grand  péché  de  ne  montrer  beau 
»  femblant  à  un  homme  que  jufqu'à  ce  qu'il 
»  foit  retenu  dans  le  piège  auquel  on  vou- 
»  lait  le  prendre.  Tel  fut  l'artifice  de  ma 
»  Dame,  pour  m'attirer  à  elle  &  exciter 


SUR    LÀ    MUSIQUE.  i^ 

S'en  neft  l'amor  &  croift  qui  jà  n'iert  mendre,     »  en  moi  un  efpoir  qui ,  en  veillant,  s'a- 
Dont  el  nie  fet  &  flamber  &  efprcndre.  »  néantit  &  renaît  en  dormant.  Ainlî  fe 

r>  nourrit  &  fe  fortifie  un  amour  qui  ja- 
»  mais  ne  s'aôaiblira  :  aiufi  s'accroît  la 
»  flamme  dont  je  fuis  épris. 


Je  ne  tieng  pas  l'amor  à  droit  partie 
Dont  il  convient  morir  en  trop  amer  : 
Si  me  couvient  qu'en  morant  chante  &  rie, 
Et  faz  fenblant  de  ma  j'oie  cuidier. 
Amors  me  dit  qu'enfï  doi  endurer, 
Mort  efpérant  &  en  atendant  vie. 
Morir  en  puis,  mes  ne  fai  que  g'en  die. 


Dame,  valour,  beauté  &  cortoifîe 

A  tant  en  vos  qu'on  n'i  fai  qu'amender  j 

S'auvec  ces  biens  acuilliez  félonie  , 

Par  achoifon  de  voftre  ami  grever  , 

Voflre  fin  cuer  en  feriez  blafmer , 

Qui  voftre  fui  en  voflre  feignorie , 

En  voflre  amour  qui  donra  mort  ou  vie. 


Li  cuens  de  Blois  devroit  bien  mercier 
Force  d'amours  qui  li  dona  amie. 
Amer  pot-il  ;  mes  il  n'en  morue  nue. 


r>  Je  tiens  qu'il  eft  contre  tout  droit  de 
»  prétendre  que,  pour  trop  aimer,  il  faille 
»  mourir.  Efr-ce  un  devoir  en  mourant  , 
«de  chanter,  de  rire,  de  feindre  qu on 
»  ne  penfe  qu'à  la  joie?  Amour  me  dit 
»  que  je  dois  ainfi  braver  la  mort,  fans 
»  défefpérer  de  ma  vie.  Mourrai- je?  Je  ne 
»  fais  plus  trop  qu'en  dire. 

»  Dame,  vous  en  qui  l'on  ne  peut  defirer 
»  plus  de  courtoiûe  &  de  beauté  ,  plus  de 
»  qualités  eftimables ,  fi  vous  joigniez  à 
»  ces  mêmes  qualités  la  volonté  de  rendre 
»  votre  ami  malheureux  ,  ce  ferait  fclonieg 
»  On  vous  en  blâmerai:,  parce  qu'amour 
»  vous  a  fait  ma  fouveraine  ,  avec  pouvoir 
»  de  me  donner  la  mort  ou  la  vie. 

»  Le  Comte  de  Blois  devrait  bien  re» 
»  mercier  Amour  ,  qui  pour  lui  força  le 
»  cœur  de  fa  Mie.  Il  a  aimé  :  mais  il  n'eo 
»  eft  pas  mort  ». 


Le  manuferit  de  Clairambaut  donne  cette  chanfon  à  Blond  eau  de  Nèfle  , 
&'  celui  de  Noaillcs,  au  Châtelain. 

Le  Comte  de  Blois  ,  dont  il  eft  parle  ,  était  Thibault  I  ,  dit  le  Bon, 
Comte  de  Blois  6V  de  Chartres  ,  dernier  Grand-Sénéchal  de  France  en 
1153,  qui  fut  tue  au  fiege  d'Acre  en  1191.  L'office  de  Sénéchal  fuc 
fupprimé  à  fa  mort.  Le  Connétable  &  le  Grand-Maître  partagèrent  les 
fondions  de  cette  charge. 


*%& 


jOtf 


ESSAI 


X   X  I.       (a) 


A  vous,  amans ,  plus  qu'à  nul  autre  gent , 
Eft  bien  raifon  que  ma  dolor  complaingne, 
Quant  il  m'eftuct  partir  outréement, 
Et  deffevrer  de  ma  loyal  compaingne  : 
Et  fe  la  pert ,  n'eft  rien  qui  me  remaingne. 
Ei  fachiés  bien  ,  Amours ,  certainement , 
Si  nus  morut  por  avoir  cuer  dolent, 
James  par  moi  n'iert  leus  vers  ni  lais, 


Beau  fire  Dex  !  que  iert  donc  ,  Se  cornent 
Iert  tex  la  fins  qu'il  m'eftuet  congié  prendre  ? 
Oil ,  par  Deu  ;  ne  puet  cfhe  autrement  : 
Aler  m'eftuet  morir  en  terre  effrange. 
Or  ne  cuit  nus  que  granz  duel  me  fouffraingne, 
Quant  de  Ii  n'ai  confort  ne  garifon  , 
Ne  de  nule  autre  avoir  j'oie  n'atent. 
Fors  que  de  li  !  ne  fai  fe  c'iert  jamès. 


Beau  fire  Dex!  que  iert  du  déiîrrer, 
Du  douz  folaz  &  de  la  compagnie  , 
Et  de  l'amour  que   me  foloit  moflrer 
Celé  qui  m'en  Se  compaigne  &  amie  ? 
Et  quant  reçoit  fa  fimple  cortoilîe, 
E:  les  douz  moz  dont  fuet  à  moi  parler  ; 
Comment  me  puet  li  cuer  au  cors  durer! 
Quant  ne  me  part,  certes  moult  eft  mauvss. 


Ne  me  veut  Dex  pas  por  noïant  doner 
Treftous  les  biens  q'ai  eus  en  ma  vie  ; 


«  Amans ,  il  eft  bien  raifon  que  ,  de 
»  préférence  à  tous  autres ,  vous  foyez  les 
»  confidens  de  ma  douleur  Se  de  mes  plain- 
»  tes;  quand  pour  aller  outre-mer,  ilf  aut 
»  me  féparer  de  ma  loyale  compagne.  En 
»  la  perdant ,  je  perds  tout  au  monde.  Sa- 
»  che,  Amour,  que  fi  jamais  homme  mourut 
»  de  douleur ,  on  n'entendra  plus  de  moi 
»  lais  ni  chaulons, 

»  Bon  Dieu!  que  faire?  Cette  féparatioa 
»  eft-elle  Jonc  une  néceflité  à  laquelle  je 
»  doive  enfin  obéir?  Oui,  fans  doute  :  il 
»  faut  que  j'aille  loin  de  ma  compagne 
»  mourir  en  terre  étrangère.  Qu'on  ne  croie 
»  pas  que  mourir  foit  chofe  fi  douloureufe 
»  pour  moi ,  de  qui  elle  voit  le  tourment 
»  fans  le  foulager ,  pour  moi  qui  d'elle  feule 
n  efpere  toute  ma  joie;  efpérance  que  peut- 
»  être  elle  ne  réalifera  jamais. 

»  Bon  Dieu  !  comment  vivre  fans  les 
»  defirs  qu'infpire  la  prélence  de  ma  com- 
»  pagne  &  amie  ,  fans  le  plaifir  confolant 
»  d'être  avec  elle ,  fans  les  douceurs  de  fon 
»  amitié.  Quand  je  fonge  que  je  ne  verrai 
»  plus  la  manière  fimple  &  affable  dont 
»  elle  m'accueille,  que  je  n'entendrai  plus 
»  le  ton  flatteur  dont  elle  me  parle,  corn- 
»  ment  mon  cœur  n'abandonne-t-il  pas 
»  mon  corps.  C'eft  bien  mal  à  lui  de  ne 
v  vouloir  pas  s'en  féparer. 

»  Je  le  vois  :  Dieu  ne  veut  pas  que  j'aie 
»  pour  rien  tous  les  biens  dont  j'ai  joui  en 


(a)  Les  huitièmes  vers  de  chaques  couplets  riment  enfemble. 


LlllZ 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Ainz  les  me  fet  chierement  compcrer, 
Quant  il  m'eftuct  départir  de  ma  mie. 
Merci  li  cri  qu'ainz  ne  fis  vilanie  ; 
Car  vilain  fet  bone  amor  defevrer. 
Ne  de  mon  cuer  ne  puis  s'araor  ofter  j 
Si  me  convient  que  je  ma  Mie  lès. 


(a)  Or  font  tout  lie  li  fol  lofengcour 
Que  il  pefoit  des  biens  qu'en  avoie. 
Ji  pèlerins  de  ce  n'iere  à  fcj'our , 
Que  ji  vers  eulz  bonne  volenté  aie. 
Se  je  puis  bien  perdre  toute  ma  joie , 
Que  tant  mal  m'ont  fait  li   traïtour. 
Se  Diex  volait  que  euflent  mal  jour , 
Marne. poroit  charger  plus  pcfanc  fais. 


Je  m'en  vois,  Dame  :  à  Dieu  le  créafour 
Vous  commant-je ,  en  quel  lieu  que  je  fois. 
Je  ne  fai  mes  fi  verrez  mon  retour , 
Et  fi  ne  cuit  que  jamès  nous  revoie. 
Mes  je  vous  prie  que  où  que  mes  cuers  traie  , 
Que  nos  convens  vous  me  teigniés. 
Si  prie  Dieu  qu'auffi  m'envoit  honnour 
Com  je  vous  ai  clic  amis  &  vrais. 


....  Va  ,  chançon  ,  fi  t'en  proie  , 
Que  je  m'en  rois  fervir   nofïre  Sugnour  : 
Et  fâchiez  bien,  Dame  de  grant  valour , 
Si  je  revieng ,  que  pour  vous  lervir  vois. 


5©I 

»  ma  mie.  Qu'il  me  les  fait  chèrement 
>»  payer,  en  exigeant  que  je  m'éloigne  de 
»  celle  que  j'aime  !  Je  lui  cric  merci  pour 
»  un  amour  dont  il  devrait  permettre  les 
»  douceurs  à  qui  fut  toujours  honnête.  Q  i 
»  ne  l'eft  pas,  mérite  feul  d'en  être  K.  . 
»  Hélas  !  je  ne  puis  l'arracher  de  mon 
»  cœur  cet  amour  ;  &  il  faut  m'arrachec 
»  de  ma  Mie  : 

»  Quelle  joie  pour  les  envieux  à  qui 
»  mon  bonheur  faifait  peine!  mon  pélcri- 
»  nage  finirait ,  que  je  ne  finirais  pas  de  leur 
»  en  vouloir.  Il  elt  pollible  que  pour  moi 
»  tout  bonheur  foit  perdu  .-  ils  m'ont  faic 
»  tant  de  mal,  les  traîtres.  Oui,  fi  Dieu 
»  voulait  me  venger  d'eux ,  s'ils  éprou- 
»  vaient  des  malheurs ,  le  mien ,  fût-il  Cn- 
r>  corc  plus  accablant,  me  deviendrait  fiip- 
»  portable, 

»>  Je  pars,  ma  Dame.  En  Quelque  lieu 
»  que  je  fois ,  je  vous  recommande  à  Dieu 
»  notre  créateur.  Incertain  de  mon  retour, 
»  j'ignore  fi  vous  me  reverrez,  fi  je  vous 
«  reverrai.  Mais  vous  favez  nos  conven- 
»  tions  ;  par-tout  où  je  ferai ,  mon  cœur  les 
»  réclamera  :  je  vous  prie  d'y  é:re  fîJellc. 
»  Je  prie  auffi  Dieu  d'égaler  la  gloire  que 
»  j'acquerrai ,  à  la  vérité  de  l'amour  qje 
»  j'ai  eu  pour  vous. 

»  Clianfoivjc  t'en  prie,  preiTc-toi  d' 
j)  annoncer  que  je  pars  pour  le  ù: 
»  notre  Seigneur  :  &  ri   15  ,  D  ...,.■  .}    rars 
«mérite,   foUveitec-VOUS ,    li   j'en  ix 
»  que  c'etf  pour  vous  que  je  luis  par:;  u. 


(a)  Ce  couplet  &  l'envoi  ne  font  que  dans  le  manuferit  du  Roman. 
Tome  II.  K  k 


302 


ESSAI 

XXII. 


Ahi!  amors,  com  dure  départie 
Me  convendra  fere  pour  la  meillor 
Qui  onques  fuit  amée  ne  fervie  ! 
Dex  me  ramais c  à  li,  par  la  doucor 
Si  vouement  com  g'an   part  à  dolor. 
D.x  !  q'.ii-je  dit?  J.i  ne  m'en  part- je  mie 
Ainz  va  mes  cors  feivir  notre  Seicnor, 
Mes  cuers  remaint  du  tout  en  fa  baillie. 


Pour  lj  m'en  vois  fofpirant  en  Surie; 
Car  nus  ne  doit  faillir  Ion  Criator. 
Qui  li  faudra  à  ceft  befôin  d'aïe  , 
Sachiez  de  voir  qu'il  faudra  à  greignor. 
Et  fâchiez  bien  li  grand  &  li  mener 
Que  là  doit-on  fere  chevalerie; 
C'on   i  conquiert  Paradis  &  lionor, 
Et  pris ,  &  lox ,  &  l'amor  de  fa  Mie. 


Qui  ci  ne  veut  avoir  vie  honteufe  , 
S'aille  morir  pour  Dieu  liez  &  joïeus  : 
Car  celte  mors  elt  b;ne  &  glorieufe, 
Qu'en  i  conquiert  le  raigne  glorieus. 
Ne  jà  de  mort  n'en  i  morra   un  feus  ; 
Ainz  nefhont  tuit  en  vie  glorieufe. 
Je  n'i  fai  plus  qui  ne  fuit  amoreus  , 
Trop  fuit  la  voie  Sc^bone  Se  deliteufe. 


«Hélas!  amour,  qu'il  elt  crue!  de  fe  fépare- 
»  de  la  meilleure  femme  qui  lut  jamais  ai- 
»  mée  &:  fervie!  PuilTe  Dieu  ,  par  fi  bonté, 
»  me  ramener  auprès  d'elle  avec  un  p'ailir 
»  égal  à  la  douleur  que  j'éprouve  en  m'en 
»  féparanf.  Dieu,  qu'ai-je  di;  ?  Je  ne  m'en 
»  fépare  point.  Mon  corps  va  férvir  le  Sei- 
»  gneur,  mais  mon  cœur  demeure  tout  er.- 
»  tier  près  d'elie. 

»  Soupirant  pour  elle,  je  m'en  vais  en 
»  Syrie.  On  ne  doit  pas  manquer  à  fon 
»  Créateur.  Qui  manquerait  à  le  fecourir 
»  dans  ce  befoin  ,  lui  manquerait  fans  doute 
»  dans  un  befo;n  plus  prenant.  Sackez  tous 
»  que  c'eft  li  où  l'on  doit  fe  fignaler  par 
»  mille  exploits  de  Chevalerie.  On  y  gagne 
»  paradis  ,  honneur ,  gloire  ,  louange  ,  Se 
»  l'amour  de  fa  Mie. 

»  Que  celui  qui  craint  de  vivre  avec 
»  honte ,  aille  mourir  avec  joie  pour  fon 
ao  Dieu.  Quelle  mort  plus  belle  Se  plus 
»  glorieufe:  Le  royaume  des  cieux  en  elt 
»  la  réc"ompenfe.  Que  dis-je?  ce  n'eft  point 
»  une  mort.  Mourir  ainfi.  c'eft  naître  pour 
»  la  gloire,  c'eft  commencer  à  vivre.  Ah  : 
«fans  l'amour,  que  ce  voyage  aurait  de 
»  charmes  ! 


Dex  eft  aflls  en  fon  faint  héritage  : 
Ore  i  parra  comme  cil  le  fecorront 
Que  il  geta  de  la  prifon  honbrage, 
Quant  il  fut  mis  en  la  croix  que  Turc  ont. 
Bien  font  honi  tuit  cil  qui  remanront, 
Se  nés  retient  pouretez  ou  malage  : 
Et  cil  qui  îiclie  &  fain  &  fort   feront 
N'i  puent  pas  deraorer  fans  hontage. 


»  Dieu  eft  alTiégé  dans  fon  faint  héritage» 
»  Il  s'agit  de  voir  comment  le  fecoureront 
»  ceux  qu'il  a  racheté  de  l'enfer ,  en  mou- 
»  rant  fur  la  croix  que  les  Turcs  profanent. 
«Honte,  déshoneur,  à  quiconque,  fans 
»  raifon  de  maladie  ou  de  pauvreté  .  ne 
»  vole  pas  à  fon  fecours.  Voilà  le  partage 
»  de  ceux  qui  demeureront. 


SUR    LA    MUSIQUE.  50; 

Tuit  li  clergié  &  li  honme  d'aage  «Les  prêtres,  le?  vieillards  quiy-con- 

Qui  en  aumofnes  &  en  bienfet  nieinront,  »  tribueront  par  leurs    aumônes    &   leurs 

Partiront  tuit  à  ceft  pèlerinage,  »  bienfaits;  les  femmes,  qui  malgré  l'ab- 

Et  les  Dames  qui  challée  tenront ,  »  fence ,  garderont  fidélité  à  leurs  amans 

Se  loiauté  font  à  ceux  qui  i  vont.  »  partageront  la  gloire  de  cette  pieufe  er- 

Et  s'eles  font  par  mal  conlcil  folage ,  »  pédition.  S'il  en  était  d'aflez  folles  pour 

A  lafehes  gens  mauvefes  le  feront;  »  devenir  infidelles ,  elles  ne  le  feraient  que 

Car  tuit  li  bon  s'en  vont  en  cclt  voyage.  »  pour  des  lâches  :  tous  les  braves  cheva- 

»  liers  font  du  voyage  ». 

M.  de  la  Ravalliere  cite  cette  chanfon  comme  femblable  à-peu-près  à  celle 
du  Roi   de  Navarre  ,  commençant  ainfï  : 

«  Signor ,  faciez,  ki  or  ne  s'en  ira 

»  En  celé  terre  ,  ù  Diex  fu  mors  &  vis ,   &c. 

Il  la  donne  à  Raoul  II  de  Coucy  ,  tué  à  la  MafTotire ,  Se  la  prétend 
imitée  du  Roi  de  Navarre  ;  mais  le  Châtelain  de  Coucy  qui  en  était  le 
véritable  auteur,  étant  mort  en  1191,  c'clt  le  Roi  de  Navarre  qui  a  été* 
l'imitateur. 

Le  manuferir  du  Vatican  la  donne  au  Comte  de  Bcthune  •  mais  il  fe 
trompe  vifiblement.  Cette  chanfon  cft  absolument  du  même  ftyle  que  celles 
du  Châtelain,  &  fa  paliïon  y  perce,  malgié  ce  qu'il  croit  devoir  à  Ditu. 


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504 


ESSAI 
XXIII. 


S'onques  nus  lions  gour  dure  départie 
Ot  cuer  dolent,  je  l'aurai  par  réfon  : 
Onques  turtre  qui  pert  fou  conpaignon 
Ne  remeft  jor  de  moi  plus  efbaliie. 
Cliafcun  pleure  fa  terre  &  fon  pars , 
Quant  il  fe  part  de  fes  coriax  amis  : 
Mes  nul  partir  fâchiez,  queque  nus  die, 
N'cft  dolereuz  que  d'ami  &  d'amie. 


Se  je  fçufTe  autretant  à  l'enprendre 
Que  li  congiez  me  tormentaft  enfi  ,  . 
J'euffe  mife  m'ame  en  voftre  merci  , 
S'alafTe  à  Dieu  grâces  &  merciz  rendre 
De  ce  que  ainz  fouffriftes  à  nul  jor, 
Que  je  fufTe  baanz  à  voftre  amor. 
Mes  je  me  tieng  apaiez  à  l'atendre  , 
Puifque  chafeun  vous  aime  (î  fanz  prendre, 

Li  remenoir  m'a  mis  en  la  folie 
Dont  je  m'iere  gardez  mainte  féfon. 
D'aler  à  li  ore  ai  qui  l'achefon 
Dont  je  morrai;  &  fe  ne  muir,  ma.  vie 
Vaudra  bien  mort  :  car  cil  qui  a  apris 
A  eftre  liez,  renvoifiez  &  jolis, 
A  aiïèz  pis ,  quand  fa  joie  eft  faillie, 
Que  s'il  moroit  tout  à  une  hafchie. 

Un  confort  roi  en  voftre  défevrance, 
Que  je  n'aurai  à  Dieu  que  reproehier. 
Mes  quant  pour  li  me  convient  vous  lelfier, 
Onques  ne  vi   fi  dure  défevrance. 
Car  cil  qui  voit  tele  amor  défevrer, 
Et  n'a  povoir  q'il  puifte  recouvrer , 
A  aflez  plus  de  duel  &  de  pefance , 
Que  n'auroit  jà  li  Rois  s'il  perdoit  Fiance. 


«  Si  jamais  homme ,  au  momqii  d'une 
»  féparation  cruelle,  eut  le  coeur  navré  de 
»>  douleur,  je  l'aurai  à  bien  jufte  raifon. 
»  Jamais  tourterelle  qui  perd  fon  îourte- 
»  reau ,  ne  fut  plus  délblée  qu:  moi.  On, 
«  pleure ,  on  regrette  fon  héritage  5:  fort 
»  pays ,  quand  il  faut  dire  adieu  à  fes 
»  amis  de  cœur  :  mais  fâchez  qu'il  n'eft 
«adieu,  quoiqu'on  dife ,  vraiment  don- 
»  loureux  que  celui  d'ami  Se  d'amie. 

»  Lors  de  mon  entreprife,  fi  j'euffe  fu 
»  tant  foufFrïr  en  prenant  congé ,  Dame  , 
»  j'aurais  mis  mon  anie  en  votre  merci,  Si 
»  ferais  parti  rendant  grâces  à  Dieu  de  ce 
»  que  vous  ne  m'aviez  jamais  permis  d'af- 
»  pirer  à  votre  amour.  Enfin ,  je  l'ai  cette 
»  perrnifTion,  &  je  m'en  contente,  puifque 
»  c'eft  en  defirant  fans  jouir,  que  chacua 
»  vous  aime. 

»  En  reftant,  fai  fait  la  folie  dont  fe 
»  m'étais  fi  long-tems  gardé.  J'ai  cherché 
»  l'occafion  d'aller  vous  voir ,  &  je  vous 
»  ai  vue.  J'en  mourrai ,  ou  fi  je  n'en  meurs 
»  pas ,  ma  vie  fera  une  mort  véritable. 
»  Pour  qui  fut  toujours  d'humeur  gaillarde 
»  &  enjouée  ,  perdre  la  joie  &  la  gaieté 
»  eft  pis  que  recevoir  le  coup  de  la  mort. 

»  Ma  feule  confolation,  en  me  féparanr 
»  de  vous ,  eft  de  n'avoir  rien  à  reprocher  à 
«Dieu, qui  voitmon  amour  avec  indulgence. 
»  Mais  quand  il  me  faut  vous  laiffer  pour 
»  lui ,  eft-il  un  devoir  auffi  rigoureux  ?  Qui 
»  fe  voit  féparé  de  l'objet  de  fon  amour, 
»  fins  la  pollibilité  de  s'y  réunir,  éprouve 
»  une  peine  plus  accablante  que  ne  ferait 
»  celle  du  Roi,  s'il  perdait  fon  royaume  de 
»  France. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Pardieu,  amors,  tout  fui  hors  de  balance  : 
Partir  m'dtuet  de  vous  fani  demorer. 
Tain  en  ai  fet  que  ne  puis  plus  durer. 
Et  s'il  ne  fuit  de  remenoir  viltanec 
Et  reproclie,  j'allafTe  demander 
A  ma  Dame  congié  de  retorner  : 
Mes  elleeft,  voir,  de  fi  très  grant  vaillance, 
Qu'à  fon  ami  ne  doit  faire  faillance. 


50J 

»  Amour,  je  n'ai  plus  à  balancer;  il 
»  faut  partir.  J'ai  tant  fait ,  qu'un  plus  long 
»  délai  m'eft  impoiTiblc.  Si  ce  n'était  la 
»  crainte  de  m'avilir  en  reftam,  &  de  m'at- 
»  tirer  un  reproche,  j'irais  demander  à  ma 
»  Dame  la  permiffion  de  retourner  (a)  fur 
»  mes  pas.  Mais  la  nobleffé  des  fentimens 
»  qu'on  prife  en  elle,  s'oppofe  à  une  com- 
»  plaifance  qui  la  ferait   manquer   à   fon 


(a)  Que  veut  dire  cette  permiffion  de  rttourner  qu'il  ferait  tenté  de  demander  à  fa 
Dame  ?  Eft-ce  la  permiffion  de  ne  point  partir  &  de  renoncer  à  fon  vœu  ,  ou  celle  de 
revenir  en  Europe  après  quelque  tems ,  &  de  ne  point  relier  dans  la  Paleftine  jufqu'â 
là  mort ,  comme  s'y  engageaient  certains  croifes. 

II  paraît  par  ce  dernier  couplet,  i°.  que  cette  chanfon  efl  la  dernière  de  toutes  celles 
du  Châtelain,  &  qu'elle  fut  faite  au  moment  qu'il  allait  monter  à  cheval;  i°.  que  fa 
inaîtrcfTe  ne  demeurait  point  auprès  de  lui ,  puifqu'il  craignait  qu'on  ne  lui  fit  un  reproche 
d'aller  lui  demander  une  permiffion  ;  ce  qui  n'eût  point  retardé  fon  départ,  fi  le  château 
de  la  Dame  n'eût  été  qu'à  une  ou  deux  lieues  du  lien.  3°.  Enfin,  que  le  Châtelain  avait 
probablement  obtenu  les  faveurs  de  fa  belle.  Il  fcmble  au  moins  l'indiquer  dans  ces  deira 
vers,  où  il  fe  repofe  fur  l'eftime  qu'elle  lui  a  infpiré  pour  croire  qu'elle  fera  ridelle. 


50(5' 


ESSAI 

XXIV. 

Chanfon  anonyme  (a). 


Li  Chaftclains  de  Couci  ama  tant , 
Qu'ainz  poramors  nus  n'en  ot  dolor  graindre: 
Por  ce  ferai  ma  complainte  en  fon  chant, 
Que  ne  cuit  pas  que  la  nioie  foit  maiudre. 
La  mort  mi  fet  regreter  &  conplaindre 
Voftre  clcr  vis ,  bêle ,  &  voftre  cors  gent. 
Morte  vos  ont  frère  &  mère  &  parent , 
Par  un  très  fol  défevrement  mauves. 


Por  qui  ferai  mes  ne  chançon  ne  criant, 
Quant  je  ne  bé  à  nule  amor  ataindre  ? 
Ne  jamès  jor  ne  quier  en  mon  vivant 
M'ire  &  mon  duel,  &:  ma  dolor  refraindre. 
Car  veniit  or  la  mort  por  moi  deftraindre  ! 
Si  que  morir  m'efteut  maintenant; 
Conques  mes  hom  n'ot  un  mal  (i  très  grant , 
Ne  de  dolor  au  cuer  li  pefant  fais. 

Mule  ai  veu  &  mult  ai  efprouvé 
Mainte  merveille  eue  &  endurée  : 
Mes  celle  m'a  le  cors  fi  aterré  , 
Que  je  ne  puis  avoir  longue  durée. 
Or  maudirai  ma  maie  deftinée , 
Quant  j'ai  perdu  le  gent  cors  acefmé, 
Où  tant  avait  de  fens  &  de  bonté; 
Qai  valait  melz  que  le  roiaume  d  Ais. 

Je  départi  de  li  outre  mon  gré  : 
C'eftoit  la  riens  dont  je  plus  me  doloie. 
Ore  a  la  mort  le  départ  confermé; 
A  touzjors  mes  c'eft  ce  qui  me  tout  joie. 
Nule  dolor  ne  fe  prent  à  la  moie  : 
Car  je  fai  bien ,  jamès  ne  la  verre. 


a  Tant  aima  le  Châtelain  de  Coucy,  que 
»  pour  aimer,  on  n'éprouva  jamais  douleur 
»  plus  grande.  Je  ne  crois  pas  moindre  la 
»  mienne.  Aullî  prendrai-je  fon  ton  dans 
»  ma  complainte.  La  mort,  ô  ma  belle,  me 
»  fait  regretter  votre  figure  jolie  ,  votre 
»  gentil  corfage.  Mère ,  frère ,  parens  vous 
»  ont  fait  mourir  ,  en  s'obftinant  mécham- 
»  meut  à  notre  féparation. 

»  Pour  qui  ferais-je  encore  airs  &  chan- 
»  fons,  quand  je  n'afpire  plus  au  bonheur 
»  d'être  aimé  ;  Je  ne  veux  de  ma  vie  affaiblir 
»  le  fentiment  de  ma  colère  &  de  ma  dou- 
»  leur.  Que  la  mort  ne  vient-elle  me  faille 
»  de  façon  qu'à  Imitant  je  meure.  Non  , 
»  jamais  nomme  n'eut  mal  aulli  grand  , 
»  affliction  aulïï  accablante. 

»  J'ai  vu ,  j'ai  fenti ,  j'ai  enduré  peines 
n  merveilleufes.  Mais  ce  dernier  coup  m'a 
»  fi  fort  aterré ,  qu'il  eft  impoflible  que  j'en 
»  relevé.  Je  ne  peux  y  furvivre  long-tems. 
»  Maudite  foit  ma  deftinée,  quand  je  fonge 
«  que  j'ai  perdu  créature  l\  gentille  ,  fi 
»  fenfée,  li  bonne,  &  valant  mieux  pour  moi 
m  que  le  royaume  d'Ais  (  peut  être  d'Allé). 

»  Je  me  féparai  d'elle  bien  malgré  moi. 
»  Cette  féparation ,  plus  douloureufe  pour 
»  moi  que  chofe  au  monde,  la  mort  l'a 
»  rendue  éternelle.  Aufli  la  joie  m'eft-elle 
»  i  jamais  ravie.  Il  n'eft  douleur  conipa- 
»  rable  à  la  mienne.  Je  ne  la  verrai  plus, 


(a)  Le  dernier  vers  de  tous  les  couplets  cil  fur  une  rime  particulière,  &  ces  vers  riment 
entr'eux ,  fans  rimer  avec  ceux  du  couplet. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Hélas  !  chétif,  ou  iré  ?  que  feré  ? 

S'or  ne  me  muir,  je  vivrai  touzjors  mais. 

Pardieu  ,  amors ,  je  ne  vos  pris  noient, 
Car  morte  eit  cel  pour  qui  je  vous  prifoie  : 
Je  ne  pris  rien  ne  biauté ,  ne  joven: , 
Or,  ne  argent,  ne  chofe  que  je  voie. 
Pourquoi?  pour  ce  que  !a  mort  tout  mefhoie. 
Je  cuit  ainors ,  &  adieu  le  conmant. 
James  ne  cuit  vivre  fors  en  forment; 
Joie  &  déduit  tout  outréement  lais. 


3°7 

»  je  le  fais.  Malheureux  que  je  fuis!  hélas! 
»  où  aller?  Que  faire?  Si  je  ne  meurs  pas 
»>  à  préfent,  je  ne  mourrai  donc  jamais? 

»  Oui ,  amour,  je  ne  vous  prife  rien. 
»  Celle  pour  qui  je  vous  prifais ,  n'eft  pins. 
»  Je  ne  prife  ni  beauté  ni  jeuncfTe  ,  or  ni 
»  argent,  ni  chofe  que  je  voie.  La  raifon? 
»  c'elt  que  la  mort  difpofê  de  tout  en  maî- 
»  trèfle  fouveraine.  Je  renonce  à  l'amour 
»  &:  lui  dis  adieu.  Ma  vie  déformais  fera  un 
»  tourment.  Plaifirs,  joie,  je  vous  laifle  ». 


Nous  n'avdfcs  rapporte  cette  chanfon  que  parcequ'elle  prouve  combien 
l'amour  du  Châtelain  de  Coucy  était  célèbre  ;  puifque  l'auteur  anonyme 
de  cette  chanfon  y  dit,  que  pour  aimer ,  on  n'éprouva  jamais  une  douleur 
plus  grande  que  la  fienne.  L'hiftoire  amoureufe  de  ce  Châtelain  n'eu,  donc 
pas  un  conte. 


3oS  ESSAI 

Nous  avons  cru  faire  plaifir  à  nos  Le&eurs,  en  leur  donnant  la  Table 
fuivante  de  toutes  les  chanfons  des  douzième  Se  treizième  fiecles ,  qui 
nous  ont  été  confervées  dans  les  précieux  manuferits  que  nous  avons  exa- 
mines avec  le  plus  grand  foin. 

Il  faut  avoir  pris  la  peine  de  les  parcourir  plulieurs  fois  ,  pour  juger 
de  la  difficulté  qu'il  y  a  de  corriger  les  er-reurs  des  copiftes.  On  trouve 
plulieurs  de  ces  chanfons  attribuées  à  differens  auteurs  ;  d'autres  y  font 
tronquées  ;  8c  ce  n'eft  qu'en  les  comparant  plulieurs  fois  que  l'on  peut 
découvrir  la  véritable  leçon. 

Nos  fix  colonnes  indiquent  en  quels  lieux  font  les"  manuferits  que  nous 
avons  cités:  V }  fignifie   la  bibliothèque  du   Vatican;  .Réelle   du  Roi; 


:  Sa 


Pj  celle  de  M.  le  Marquis  de  Paul'my;  Sj  celle  de  M.  de  Sainte-Pahye ; 
Cj  celle  de  M.  de  Clairambaut  (  maintenant  difperfée  )  \  6c  N3  celle  de 
la  maifon  de  NoaUles. 

Chaque  étoile  ou  aftérifque  apprend  que  la  chanfon  fur  la  ligne  de 
laquelle  elle  fe  trouve ,  eft  dans  le  manuferit  qui  appartient  à  fa  colonnej 
&  les  notes  qui  font  au  bas  de  chaque  page  ,  rendent  compte  des  chanfons 
qui  fe  trouvent  fous  differens  noms  dans  les  manuferits. 

Cette  Table  a  le  double  avantage  de  faire  trouver  en  peu  de  rems  les 
chanfons  dont  on  a  beloin ,  &  d'indiquer  les  auteurs  d'un  grand  nombre 
de  chanfons,  qui,  peut-être ,  font  anonymes  dans  d'autres  manuferits. 


CHAPITRE  VII. 


SUR    LA    MUSIQUE'. 


}0f, 


CHAPITRE     VIL 

TABLE  des  Chanfons  des  XII £  &  XIIIe  fiecles ,  quife  trouvent 
dans  les  Manufcrits  du  Vatican ,  du  Roi ,  de  M.  le  Marquis 
de  Paulmy ,  de  M.  de  Sainte-Palaye ,  de  M  de  Clair ambaut  9 
&  de  MM.  de  Nouilles  (  i  ). 


A 

Adam  de  le  Halle  ou  le  Bojfu  d'Arras. 

J\  chanter  ai  volenté  curieufè 

Amours  ne  me  veut  ouïr 

Dame  ,  vos  hem  vous  eftreine 

D'amoureux  cuer  voeuil  chanter 

De  chanter  a!  volonté  curîeufè 

De  cuer  penfieu  &  défirrant 

Glorieufê  Vierge  Marie 

Grant  déduit  a  et  s'amoureufe  vie 

Hélas  !  il  n'eft  mais  nus  qui  aîm 

Je  n'ai  autre  retenance. 

Je  ne  chant  pas 

Je  Cens  en  moi  l'amour  renouveler 

Il  ne  muet  pas  de  (ans  celui 

Ki  à  droit  veut  amour  fèrvir 

Li  douz.  mauz  mi  renouvelé 

Li  jolis  mauz  que  je  fens 

Li  maui  d'amer  me  plaid  mieux 

Madame  ,  je  vous  eftrene ,...e 

Ma  douce  dame  &  amours 

Mais  amors  f\  de  me  plaindre 

Merci ,  amour ,  de  la  douce  doulor 

Merveille  ert  quel  talent  j'ai 

Moult  plus  fe  paine  amours 

(  i  )  Les  afK-riques  marquent  que  les  Clunfoni  fe  trouvent  dins  les 
îlanul'crits  où  on  les  voit  placées. 
£.  Les  ;a)  delignent  qu'elles  y  font  anonymat, 

Tome  II. 


V.  F 

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S. 

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M. 

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ESSAI 


On  mi  deffènt  que  mon  cuer   , 

Or  demande  moût  (buvent 

Or  vois-je  bien  qu'il  fbuviene 

Pour  ce  Ce  je  n'ai  été 

Pourquoi  Ce  plaint  d'amour , 

Puifque  je  fiii  de  l'amoureufê  loi , 

Qui  a  Pucele  ou  Dame  amée , 

Sans  elpoir  d'avoir  fêcours , 

Se  li  maus  qu'amours  envoyé  ....   , 

Tant  me  plaint  voire   enamoureux , 

Alars  de  Caus.  (  MeJJlre  ) 

A  tous  amans  pri  qu'il  dient  le  voir 

Hé  !  ferventois ,  arrière 

Amiens  le  Paigneres.  (  Guillaume  a"  ) 

Amours  me  fait  m'en  veut , 

Puilque  chanter  onqes  nul  hom  aida , 

Amiens  le  Clere.  (  Henri  y 

Feuilles  ne  flours  ne  mi  font  pas , . . . , 

Andeli.  (  Rogerin  ou  Rogiers  a" '  ) 

Ja  pour  ce  Sedain , 

C  i  ]  Par  quel  forfait  &  par  quelle  occifôn 

Angecourt  ou  Angecors*  [Perrïn  a") 

Amors  dont  (ens  &  cortoifîe , 

Au  tems  nouel  que  cil  oilel 

Biau  m'eft  du  tems , 

Bone  amer  ,  confèilliés  moi 

Chançon  vueil  fere  de  moi 

Haute  efpérance  garnie 

Heneur  &  bone  aventure 

J'ai  un  joli  fbvenir ; . 

James  ne  cuidai  avoir _ 

Je  ne  chant  pas  pour  verdor 

11  convient  t'en  la  candeille ■ 

Il  feroit  trop  bon  morir » 

Il  ne  me  chaut  d'efté 


[  l  ]  Attiibuc  au  Châtelain  de  Coucy  ,  dans  le  Manufcrit  de  M. 
«te  Paulin)-. 


V.    R 

•   p-  1 

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SUR    LA    MUSIQUE. 


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Lî  jolis  maïs  ne  la  flors 

Lors  quant  je  vois  le  Buiflon  .... 

Onques  ne  fui  (ans  amor 

Onques  pour  éloignement 

On   voit  fôuvent  en  chantant.., 
Quant  je  voi  l'herbe  ce  matin., 

[  i  ]  Quant  li  biax  eflé  repère 

Quant  li  cinceius  s'elcrit 

Quant  partis  fui  de  Provence 

Quant  voi  à  la  fin  d'elle 

Quant  voi  le  félon  tens  fixé 

Quant  voi  l'herbe  amalir 

Très-haute  amor  qui  tant 

Anjou  (  le  Comte  d'  ) 

Lî  grans  dé/irs  &  la  douce  penfée 

Trop  eft  dellrois  qui  eft  déconfortés  . . . . 

Argies.  (  Gautier  d'  ) 

À  Dex  tant  font  mes  de  vilanie. . . . . ... 

"  Ains  mais  ne  fis  Chançon 

Autres  que  je  ne  fueill 

[  i  ]  Bien  font  amors  leur  talent 

Bien  ne  cuidai  de  chanter 

Ceft  gent  me 

Chançon  ferai  mult  marriz 

De  celé  me  plaig 

Dez  que  ci  ai  touzjors  chanté 

En  grant  aventure  ai  mifë 

En  icel  tens  que  je  voi  la  fadour 

Hé  diex  !   tant  font  mois 

Humilités  &  franchiiês 

J'ai  maintes  fois  chanté  de  joie 

Je  ne  me  doi  plus  taire 

La   douce  penfée  me   vient   d'amer 

La  gent  dient  pourquoi 

Ma  douce  penlée 

Maintes  fois  m'a  l'en  demandé 

N'eft  pas  à  foi  qui  aime 

Or  chant  nouvel  eft  longuement 


.«. 


[  i  ]  A  Gonrîeri  de  Soignics  dans  Noaillei. 

[2]  Atttibuée  à  Thibaut  de  BJal'on  ,  dans  le  nunufetit  du  Roi. 


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ESSAI 


Quant  il  ne  pert  fueille  ne  Bor . 

Quant  la  félons  s'eft  démilè •  » 

Quant  li  tens  pert  fa  chalor 

Se  cela  me  plaig . 

Se  j'ai  eflé  longtans  hors  du  pays 

Une  chofè  ai  dedans  mon  coeur 

Arnous  le  viéieux ,   de  Gatïnois. 

En  enceinte  curieux 

Penfis ,  chief  enclia  un  matin 

[  i  ]  Por  conforter  mon  corage  ...... 

Aubïns  ou  Aubouins  de  Se^ane. 

Bien  cuidaî  toute  ma  vie ■ . 

Contre  le  dous  tens  novel , 

Londens  ai  elle  en  ire 

Quant  voi  le  tems  félon .... 

£  i  ]  Tant  lai  d'amours 

Audefrois   le  bâtarde 

Amours  de  qui  refmuet 

An  nouviau   tans  pafcor 

Bêle  Emmelos   elprès 

Bêle   jiàbiaux  pucele 

Bêle  ydoine  le  lîet 

Bien  dot  faire  mes  chauchoir 

Corn    esbahis    m'eiluet '. 

De/trois ,  penfis 

En  Chambre  a  or. 

En  l'ombre  d'un  vergier 

Fine  amors  en  efp.érance. 

Ne  fai  mais  en  quel 

Onques  ne  fêntant   chanter .: 

Por  travail  ne  por 

Quant  voi  le  tens 

Se  par  mon  chant  me  povoit 

Tant  ai  eflé  penfis 

Aude  ou  Athie.  {  Simon  d'  ) 

[  3  ]  Amour  qui  fet-  de  moi  tout  (on  cornent. .......... 

-  i  ■  '         —        ■     " 

[  i  ]  Attribuée  à  Jean  Errars ,  dans  le  même  Manufciic 
|_2]  A   Pierre  de  Molira  ,  dans  le  manufcrit  du  Roi. 
[  3  ]   A  Jean  l'Orgiieneui  Jam  Clairambaut,  &  à  Sauvage  j'Ai.- 
V  dans  Noaijle», 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


3  »5 


Sons  amors  que * •>•• " 

Fols  eu  qui  a  .il. lent , 

[  1  ]  Li  beaux  elles  le  refclair ■ • 

Li  noviau  jens  qui  fait  paroir .......••••• 

Nouel  arnors  on  j'ai  mis  mon  penfêr  . 

On  ne  peut  bien  . . , • 1 

Quant  li  dous  eflé  défine 

Quant  je  voi  le  grant 

Quant  la  fàifbn  défine...... 

Tant  ai  amor  fërvi  Si  honoré 

furieux  ou  des  Autels.  (  Baudoin  des  ) 

[  i~]  Avriex  ne  mais 

[  3  ]  M'ame  &  mon  corps  doig  à  celi. • . , 

B 

Bar.  (  le  Comte  de  ) 
De  nous  Seigneur  que  vous  eft-il 

Baral.  (  Meffire  Geoffroy  de  ) 

A  nul  homme  n'avient. 

Chançonette  por  pedier , 

Baude  de  la  Quariere  ou  de  la  Kakerie. 

Chanter  m'eftuet  &  fi  ni  (ai ._ 

Coros  d'amors  mau  talens , 

1er  main  penfif  chevachaî 

Main  lé  Léon  la  bien  faite , 

Baudes  Augenon.   (  Maître  ) 

Loyal  amours  ce  puet  nus  efprifôir 

Beauvais.  (  Raoul  de  ) 

Delès  un  pré  verdoient 

El  mois  de  Mai  par  un  matin 

Puisque  d'amors  m'eftuet  chanter 

Quant  la  féfon  renouvelle M 

Remenbrance  de  bon  amor. 


[  1  1  A  Gace  Brûlé-  ,  dans    le-  nunufcrit    du    Roi  ,  où    elle    cil 
double. 

[ï]  Attribuée  dans  le  mime  manufcric  à  Kuilîns  de  Corbie. 
I  3  1  A  Kufiins  de  Corbic,  dans  le  annulent  de  NoaillC! • 


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5*4 


ESSAI 


Beaumarchais.   (  Pierre  de  ) 

[i  ]  Bien  cuidai  toute  ma  vie , ..  t 

Douce  Dame  ce  (bit «... 

Joie  &  jouvent ,  valor  &  courtoitie ...... 

Beaumont.  (  MeJJire  Gile  de  ) 

Cil  qui  d'amors  a  droite  remenbrance ......... 

Berneville.  (  Gilbert  de  ) 

Adès  ai  eflé  jolis  bien 

Amors ,  pour  ce  que  mes  chanz. 

Amors ,  votre  Seignorie 

Au  befoin  voit-on  l'ami. • 

Aucunes  gens  m'ont  enquis 

Au  nouviau  tems  que  l'ivers 

Comment  qu'amors  me 

Cui  doient  li  Lo/.angier 

D'aller  lonc  pré 

D'amors  me  vient  H  fens 

Elas  !  me  fuis  relûtes 

Foi  &  amor  &  léauté 

J'ai  fet  mains  vers  de  chançon •• 

J'ai  fôuvent  d'amors  chanté 

Jamais  ne  perdroit  mane. • 

James  chançon  ne  ferai 

Je  chant ,  mes  c'eft  mauvais  fîgne. 

Je  feiiïe  chançons. 

Je  n'euiïe  j'à  chanté. . 

J'oi  tout  avant  blafmé 

Joliement  de  chanter 

Joli vetes  de  cuer • 

[  i  ]  Hé  amors ,  je  fais  norriz. 

L'autre  choie  a  en  amor. 

L'autrier  d'aix  à  la  Chapelle 

Li  joli  penfé  que  j'ai 

Merci  amors ,  car  j'ai  vers  vous 

Onques  d'amors  n'aime  les  grief  peines 

Onques  mais  fi  esbahis 


[  i  ]  Attribuée    dans  le  même   manuferit  à   Guyot  de  Dijon  ,   & 
dant  celui  de  Nouilles  à  AuSin  de  Sefarte. 
[s]  Attribuée  a  Robert  de  la  Pierre,  dant  le  manuictil  du  Roi. 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


31% 


Puifqu'amors  le  veut ...» 

Tant  me  plefl  à  être  anus 1 

Bcjlourmés. 

Or  (êroit  mercîs  de  (aifon 

Sire  Diex  en  tante 

Bethune.  (  Guillaume  de  ) 

Gn  me  reprend  d'amours 

Fuifque  jou  fui  de  l'amoureufe  loi 

Bethune.  (  MeJJire  Comte  ou  Quefnes  de  ) 

Au  commencier  de  ma  nouvelle 

Au  point  d'y  ver 

Bêle  douce  dame  chiere 

Bien   me  deuiïe 

Chançon  légiére   à  entendre 

Dex  eft  affis  en  fin  fàint 

Gente  m'cft  la  (aifon  d'été 

L'autrier  auint  en  cet  autre 

[  1  ]  L'autrier  un  jour  après  la  St.  Denis 

Moût  me  lêmont 

De  rage  &  de  rêverie » 

Tant  ai  amé  c'or 

Blason. (  MeJJire  Thibaut  de) 

Amors ,  que  porra  devenir 

Au  main  par  un  ajornant 

[1]  Bien  font  amours , 

Bien  voi  que  ne  puis  morir 

Chanter  &  renvoilier 

Chanter  m'eftuet,  fi  crient  mourir 

1er  matin  par  un  ajornant 

Li  miens  chanter , 

Quant  je  voi  elle  venir , 

Blols.  (Robert  de) 

1 5  ]  Li  départir  de  la  douce  contrée , 

Merveil  moi  que  chanter  puis 


[  1  1   Atirihuîe  aufli  à  Jean  Errars  ,  dans  le  minuter»  du  Roi, 
[  2  ]  A  Gauthier  d'Argics,  dans  celui  de  M.  de  Paulniy. 
[  i  ]  Attribuée  à  Chardon  dc'Cr»ilille,  dans  U  roanuluii  de  M- 
de  Paulin»-, 


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31* 


ESSAI 


Par  trop  celer  mon  corage 

Puitque  me  (ïii  de  chanter  entremis • 

Tant  con  fus  fors  de  ma  contrée , 

Blondcau  de  Nejle. 

Ains  que  la  foille  detêende 

[  i  ]  A  la  doucor  du  terris  que  reverdoie 

A  l'entrée  de  la  faitôn  .  » • 

A  l'entrée  d'elle  que  le  tens  commence 

Amors  dont  lui  efpris 

Bien  doit  chanter  qui  fine  amor 

Chanter  m'eftuet ,  car  joie  ai • . 

Cil  qui  tous  les  maux  effiiye 

Coument  que  d'amors  me  dueille 

Cuer  détiroux . . . . . 

De  la -plus  douce  amor 

De  mon  délir  ne  fài  mon  melz  élire . . , , 

En  touz  tens  que  vent  &  bize 

J'aime  par  cou ft u me  &  par  us , , 

Li  plus  le  plaint  d'amors. 

Li  Rofîîgnoz  annoncie  la  nouvelle 

Mes  cuers  me  font. . , 

M.i  joie  me  témoin., .......•• 

Ne  fâvoient  mon  torment 

Onques  mats  nus  hons ; , 

Puitqu'amors  dont  m'otroïe  à  chanter 

Quant  je  plus  lui  en  poor  de  ma  vie , 

Quand  voi  le  teins  félon , 

Quique  1ère  de  joie , 

[  1 1   Rote  ne  lis , 

Si  amors  veut  que 

Tant  ai  en  chantant  proie 

Tant  aime  &  veuill , 

Tant  de  Soulaz  g'i  ai  . , 

Bodel  ou  Bodeau.  (  Jean  ) 

[  5  ]  Contre  le  dous  tans. 


£i]  Attribuée  au  Châtelain  de  Couey  ,  dans  le  manufcritdu  Roi. 
[  2]  A  Chardon  de  Croifille  ,  dans  le  manufetit  de  Noaillcs. 
[î]  Attribuée  aufli  dans  le  même  manufetit  à  Guyot  de  Dijon., 
Jk  à  Aubias  de  i cfane ,  dans  celui  de  Noaille* 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


3*7 


Entre  le  bois  &  la  plaine 

Hui  main  me  chemin 

L'autre  jor  les  un  bofchel 

Lès  uns  prè  verdoyant 

Bouloigne.   (  Gérard  de  ) 

Bonn*  amours  m'a  à  (on  fervice  mis 

Brabant.  (  le  Duc  de  ) 

Amour  m'eft  au  cuer  entrée 

Biau  Gillebert ,  dites ,  s'il  vous  agrée 

L'autrier  eftoie  montez. > • 

Le  Calcuns  del  monde  fàvoit 

Bruine.  (  MeJJîre  Jean  ,   Comte  de  ) 

Je  n'ai  chanté  trop  fort  ne  trop  fouvent 

[1]  Par  deflbus  l'ombre  du  bois 

Pends  d'amours ,  dolenu 

Breji ,  Bregy ,  ou  Bercy.  (Hugues  de  ) 

Auflî  corn  cil  qui 

Lonc  tans  ai  fèrvi 

Nus  hom  ne  il  t  d'amis 

Oncor  ferai  une  chançon  perdue 

Quant  voi  le  tens 

S'onques  nus  hom 

Bretagne.  (  le  Comte  de  ) 

Bernard ,  à  vous  vueil  demander 

Bretcl  ou  Bretiaux.  (  Sire  Jean  ) 

Jamais  nul  jour  de  ma  vie 

Li  miens  canter  ne  puet  plaire 

Onqs  nul  jours  ne  cantai 

Uns  dous  regars  en  larrechin  Soutiens 

Bunùau  de  Tours. 

Ha  !  quanz  fôupirs  me  viennent 

Quant  voi  cheïr  la  froidure 


[  1]  Le  manuferit  de  Noailles  le  donne  aufli  au  Chanoine  de  Saint 
Quentin. 

lorne  II. 


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ESSAI 


C. 


Cape'ains  de  Laon. 
Un  pet!  devant  le  jor 

Carafaux. 

Com  amans  en  déîefpérance 

Fine  amor  m'envoy  e , 

N'efl  pas  fàges  ki  me  tourne , 

Pour  ce  me  fuis  de  chanter  entremis 

Puifque  j'ai  cliançon  meue 

Puifque  la  rofè  fôit  fleurie 

Cajlel  ou  Chajlel.  (  Robert  ou  Robïns  du  ) 

Amours  qui  mult  mi  guéroie 

Bien  ai  amours  qui  m'a  donné 

En  loyal  amour  ai  mis 

Nus  fins  amans  ne  le  doit  efmayer 

Pour  cou(è  j'aim  &  joune  fuis 

Se  j'ai  chanté  fanz  gueredon 


V.    R.    P.     S.    C.    N. 


Caupins.  (  Arnoult  ) 

De  l'amour  celi  fui t.  . . . 

Entre  Godefroi  &  Robins 

Hélas  !  k'ai  fourfet  à  la  gent 

1er  main  penfïs 

Quant  j'oi  chanter  ces  oilêaux 

Chancelier  de  Paris. 

Li  cuer  Ce  voit  de  l'ueil  plaignant 

Chanoine  de  S.  Quentin. 

[i]  A  l'entrant  d'où  tens  Salvage 

Jherufàlem  Ce  plaint 

Proie  ne  flor,  chant  d'oiiiax 

Chardon  de  Croifille. 

jVIarvis  raifôn  qui 

[i]  Li  départirs  de  la  douce  contrée 

Chartres,  (le  Vidante  de  ) 
Avant  la  faifbn  del  doc  tems 

[i]  Attribuée  dins  le-  manufcrit  de  Noailles  à  Gilles  de  Vieux- 
mailon. 
[2]  A  Robert  de  Blois ,  dam  celui  du  Roi. 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


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Chalcuns  me  fémont  de  chanter 

[i]  Combien  qu'aie  demouré , 

[i]  D'amors  vient  joye  &  honours , 

[3]  Li  plus  delconfbrtei  del  mont t , 

Quant  foilliffent  li  bolcage 1 

Quant  la  fjlonz  del  douz  tans 

[4]  Tant  ai  d'amors  qu'en  chantant , 

[j]  Tant  con  je  fuiïe  fors  de  ma  contrée 

Chevaliers,  (  Guefvres  ) 

Au  commencier  de  ma  novelle  amour 

Chanter  m'efluet  que  pris  m'en  eft  corage 1 

Chan j'ori  legiere  à  entendre  ferai 

Chiertain  ou  Certain. 

Sendrat  s'il  eftoit  ainfi  qu'en  Religion 

Chiforiy   {Jacques-  de)  appelle  Jakemon   de  Cifûfi 
dans  le  manuscrit  du  Vatican. 

Contre  la  froidor 

[6]  Novele  amor  ,  qui  m'eft 

Li  noviau  tems  que  je  voi 

Li  tens  d'elle  ne  la  bêle 

Quant  foille  ,  vers  &  flors 

Quant  la  faiton  eft  paiTée 

[7]  Quant  la  failons  del  doux  tens 

Quant  l'aube  elpine  florilî 

Quant  recomance  &  revient 

Chrétien  de  Troye. 

D'amour  qui  m'a  tolu  à  moi , 


[O  Attribuée  à  Gautier  de  Soignies,  dans  le  manufcrit  de  M.  rit 
Paulmy. 

[2]  A  OuJart  de  L.ice.ii  ,  <l.ms  le  moine  manufcrit. 

[j]  A  G.icc  lkulcdans  le  mime  &  dans  celui  do  Cairambaut  ;  à 
Tibaut  de  filazon  ,  dans  Noaillcs. 

[+]   A  Jacques  de  CUifon  ,  dans  le  manufcrit  du  Roi. 

[si  A  Robert  «le  Blois,  dans  celui  de  Clairambauc. 

[<S]  A  Alars  de  Catix  ,  dans  Noaillcs. 

(7]  Au  Vidamc  de  Chartres  t  dans  Claiiambaut  c\:  dans  M.  de 
Paulniy. 


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§20 


ESSAI 


Jo)  e  ne  guerredoli   d'amours 

Quant  li  douls  elle  décline 

Cqlars  le  Bouteillier. 

Amor  &  bone  eipérance 

Aucunes  gens  m'ont 

Ce  que  aprend  en  France 

Guillaume  trop  ell  perdu 

J'avoie  laiiïîé  le  chanter 

Je  n'ai  pas  droit  acheilôn 

Je  ne  puis  laiflîer  que 

Je  ne  fai  tant  merci 

[  i  ]  L'autrier  par  un  matinée 

Li  biaux  tens  d'elle 

Li  cuer  le  voit  de  l'oeil 

Loiaus  amors  &  déïïrriere 

Merveil  moi   que  de  chanter 

Onques  mais  en  mon   vivant 

Par  une  rail  on  qui •  • 

Quant  vei  le  tens 

Colin  Mufec, 

En  Mai  quand  li  roffignolet 

Sire   cuer.s ,  j'ai  viélé 

.Valez  oir  la  mufe  mulet 


Contredit,  (  Andrieu  ou  André  ou  Pierre  }  Maître  ) 


Amors  m'a  fi  del  tout  à  (on  voloir..., 

Autans  que  je  vois. 

Bonn  &  belle  &  aimant  m'a  prié  . . . . , 

[i]  Dame,  pour  vous  m'eiloit 

De  belle  Ifabel  ferei , 

El  mois  d'Avrill 

Ja  pour  nul  mal , 

Je  ne  me  dois  d'amors 

Iriés ,  penlîs  ,  chantai 

Moulft  m'ert  belle , 


[1]  Attribuée  à  Jean  de  Neuville  ,  dans  le  manuferit  du  Roi. 

[ij  Dans  le  manuferit  de  Noailles  cette  Chanfon  commence  par 
Dame  pour  voui  m'esjois  boinemeat  :  c'elt  <]ue  .dans  tous  les  cou- 
plets l'ordre  eft   rcaveifi. 


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SUR    LA    M  U  S  1  Q  U  E. 


32s 


Fcnfcrsme  doit  villaine  . . . . 

Pré  ne  vert  bois 

Quant  je  voi  le  dous  tens  ... 
Quant  je  vois  partir  fjille.. . . 
S'il  peut  maint  déconfort  oïr 

[1]  Très  haute  amors 

Vivre  m'eiluet 


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••.#...•••*«•■••••«... 


Corbie.  (  Pierre  de  ) 

Dame ,  ne  vous  doi 

En  aventure  ai  chanté 

Esbahis  en  lonc  voiage , 

Li  mounier  du  mariage. , 

Par  un  ajournant 

Penfîs  que  fins  amourenx 

Corbie.  (  Roufcns  de  ) 

M'ame  &  mon  cors , 

Corbie.  (  Vielars  de  ) 

Cil  qui  me  prient  de  chanter.. 

De  chanter  me  fémont  amors 

Desconfortés  ,  plains  d'ire 

Mains  ai  joie  que  je  ne  fuel 

Coucy.  (  le  Comte  de  )  (  probablement   Raoul  II , 
Sire  de  ) 

De  joli  cuer  énamouré , 

Couey.  (  li  Châtelain  de  ) 

\z]  Ahi  !  amors  com  dure  départie 

[  3  ]  A  la  douçour  du  tens  que  reverdoie 

A  vous  amanz.  plus  qu'à  nule  autre  gent 

Belle  dame ,  me  prie  de  chanter 

Bien  cuidai  vivre  fans  amour 

[4]  Comencement  de  douce  félon  bêle 

[1]  Attribuée  aurti  au  Roi  de  Navarre  ,  dans  le  manuferic  du  Roi  ; 
k  à  Pcrrin  d'Angccourt  dans  ceux  de  M.  de  Paulmy  £\  de  Cl.ur.un. 
baut. 

[a]  Attribuée  au  Comte  de  Eethune,  dans  les  manui'crits  du  Roi 
Pc  du  Vatican. 

[îl  A  Blondcau  de  Nèle  .  dans  le  manuïcrii  de  M   ■'    P 

{+]  Atitibuic  dans  le  sunufciit  duRoi  iGautict  d'filpùiiii, 


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32* 


ESSAI 


Coument  que  Ion  que  demeure 

En  aventure  coumens 

[i]  Je  chantafTe  volontiers  liement 

La  douce  vois  du  roflîgnol  fauvage 

L'an  que  rofê  ne  fueille , 

Li  nouvîau  tans,  &  mais,  &  violete 

Merci  clamant  de  mon  fol  erement 

Mult  ai  efté  longuement  esbahis , 

jVIuIt  m'eil  bêle  la  douce  començance , 

[i]  Nouvele  amor  ou  j'ai  mis  mon  penfèr...., 

[j]  Par  quel  forfêt  &  par  quele  achefon 

£4]  Pour  verdure  ne  pour  prée , 

Quant  li  eftés  &  la  douce  fàifôn , 

Qnant  li  roifijnoL  jolis 

Quant  voi  venir . 

f  5  ]  Sonques  nus  lions  pour  dure  départie  .  «. . , 
Tant  ne  me  (ai  démanter , 

Coupele.  (  Pierre  de  la  ) 

A  mon  pooîr  ai  fervï 1 

Chanson  fais  n'eiî  pas 

Je  chant  en  aventure. 

Quant  li  tans  jolis  revient 

Quant  y  vers  &  frois 

Couroirie.  (  Eudes  de  la  ) 

Chançon  ferai  par  grand  déièfpérance 

Defconfortés  coin  cil  qui  eft  fiins  joie 

Ma  dernière  vuel  fere  en  chantant 

Tout  fôit  mes  cuers  en  grant  déïêfpérance.. . . , 
Trop  ai  longuement 

Craon.  (  Mejjire  Maurice  de  ) 

AI  entrant  del  douz.  termine • 


........ 


[1]  Elle  eft  double  dans  le  manuferit  du  Roi;  eft  attribuée  la  pre- 
mière fois  au  Châtelain  ,  S:  h  féconde  fois  à  HugueJ  de  la  Ferté. 

[2]  A  Simon  d'Auihie  ,  dans   NoaiDes. 

[j]  A  Roger  4'Andeli,  dans  le  manuferic  deNoailles&  dans  celui 
du  Roi. 

[4]  Attribuée  au  Châtelain  dans  le  manuferit  de  fes  amours ,  com- 
jofévers  Iz;8;  attribué  aufli  àGaceBrulé,  dans  le  manuferit  du  Roi. 

[:  j  Attribuée  à  Hugues  de  Eregjr ,  dans  le  manuferic  du  Rei. 


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SUR    LA    MUSIQUE 


Craon.  (  MeJJlre  Pierre  de  ) 

Fine  amor  claim  en  moi 

Cuveliers  ,  (  Jean  le  )  d'Arras. 

Anvis  &  déit fpérance  m'ont  fait 

Au  coumencier  de • 

J'ai   une  dame  enamée • •••• 

Jolive:és  &  jovence • 

Moût  me  plaifênt  à  fentir 

Four  la  meilleur  qu'onques  forma  nature 

D. 

Douai.  (  Pierre  de  ) 
Quant  je  vois  eftés ,  a  donc  fui  jolis •  ••••  ••«••"■ 

Douche.  (  Andrieu) 

Jehan  amis,  par  amour  je  vous  prie 

Quant  je  vois  la  fâifôn  venir 

Dregnau  de  Lille.  (  Marotte  ou  Marie  ) 

[ 1  ]  Moût  m'abélifl  quant  je  voi  revenir 

E. 

Empierre.  (  Jaques  dy  ) 

Cors  de  fi  gentil  faiture 

D'amours  naiil  fruits  vertueux , 

Eras.  (  Jean  ) 

Amours  dont  je  me  cuidai 

Au  tens  nouuel  que  c'ell 

Au  tens  Pafcor  l'autrier 

Bonne  amour  qui  (bu  repère 

Dehors  lonc  prc  &  bofquets 

De  la  légier  entrepris 

De  pafcor  un  jour  alloie . . . .: 

Encore  fuis  cil  ki  a  merchi 

Je  ne  cuidai  nus  chanter 

Je  ne  me  (^ai  en  quel  guilê 

Hardis  fuis  en  la  confiance 

Her  main  penfis  chevauchai 


[1}  Auributc  aufli  à  Jean  de  Neuville ,  dons  le  màuc  DUnufcrih 


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[ï]  L'autreîer  chevauchai  mon  chemin 

L'autriec  par  un  matin . . 

L'autrier  par  une  vallée 

L'autrier  paflor ••• 

L'autrkr  une  paftorele 

£  i  ]  L'autrier  un  jor  après  la  St.  Denis 

L'autrier  un  jors 

Lès  breuil  d'un  vert  feuillage, 

Nus  chanters  mais  le  mien... 

Mus  cuer  n'eft  mis  à  moi < 

Pafiorel  lès  un  bofchel. « 

Por  conforter  mon  corage < 

Par  un  très-bel  jour  de  Mai 

[  3  ]  Penfer  ne  doit  vilanie. * .  . 

[  4  ]  Penfis  ,  chief  enclin 

Pré  ,  ne  vergié ,  ne  bofèage  ....•#•-•••< 

Quant  voi  le  tens 

Très-penfànt  d'une  amorette 

Erriers.  (  Thomas  ) 

Aine  mais  nul  jor  ne  chantai. .....  •  .... 

Bien  me  fui  aperceus 

Diex  !  qu'^ft  le  grand  dolour 

Hélas  !  je  me  fuis  donnés 

Je  ne  luirai  mon  vifage 

Ne  doi  chanter  de  foille  ne  de  flor 

Nus  ne  fet  les  maux  d'amours 

Onques  ne  forme  mon  penfer 

Quant  la  froidure  eft  partie 

Quant  voi  le  tems  repoivier 

Tant  ai  amé  &  proie 

Un  defêret  y  aurai  retraite. . 

Defpinais.  (  Gautier  a"  ) 

Amanz.  finz  &  verais 

Comencement  de  douce 


V. 


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[ï]  Attribuée  à  Richard  de  Semilly,  dans  le  manulcrit  de  M.  de 

Paulmy. 

[2]  Au  Comte  de  Bethune,  dans  le  manuferit  du  Roi. 
[3]  Attribuée  à  Guyot  de  Dijon,  dans  le  même  manulcrit. 
U]  AArnoujtle  Vicieux,  dans  le  mcuie. 


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Deiconfortez 


SUR    LA    MUSIQUE. 


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Defconforlez  &  de  pie  partiz 

[  i  ]  Jérulalem  ,  grant  domage 

Outrecuidiers  &  ma   folle 

Puifi^l'il  in'efluet  de  ma  douleur 

Quant  voi  y  ver  &    froidure , 

Tous  efforciez  aurai  chanté 

Tout  autre  fi  con  l'aymant 

Efpinais.  (  Jacques  a") 

[i]  Au  comencier  de  ma  nouvel  amor. 

Efquiri.  (  Jean  d  ) 

Jolîvetés  &  boine  amors  m'enfègne 

Eujlache  le  Peintre  ,    de  Reims. 

Amours,   coument  porroie  chanfon   , 

Clianter  me  fet  pour  mes  maux 

Cil  qui  chantent  de  fleur  ne  de 

Ferme  &  entier  ,  Ca.ni  me  faulfer 

Force  d'amours  me  deflraint 

Nient  plus  que  droiz  puet  eftre 

Tant  ell  amours  puilfanz 


F. 

Feriere.   (  Raoul  de  ) 

Encore  m'efhiet-il  canter 

[j]  J'ai  oubj^é  pau  mes  travaux 

L'an  ne  puet  pas  à  deux 

Par  force  chant  coum  es.  'h!    , 

[4]  Quant  je  voi  les  vergiers 

[^]  Quand  il  ne  pert  fueille  ne  rlours 

Quant  li  io.aleignols  jolis  chante 


[1]  Attribuée  à  Jean  de  Neuville  ,  dans  le  manuferic  du 
Roi. 

Il)  A  Jean  le  Cuvcliers,  dans  le  même  m.iiiufcrit. 

[jl  Attribuée  .i  Gautier  d'Argics  ,  dans  le  iuJiui:uic  de  M.  de 
Pauliny  &  ■l.lns  celui  de  ClairamKiut. 

[tlA  G  illet  de  Vieux-ltuifons  ,  dans  celui  du  Roi. 

[S]  A  G.ice  Bri*lc  ,  dans  celui  de  M.  de  Pauliny  &:  celui  de  Clii- 
tambaut;  &:  i  Gilles  de  Vicux-mail'ons,  aimi  .]u  à  Raoul  de  Fer- 
tiectl ,  dans  celui  du  Roi. 

Tome  U 


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ESSAI 


Quant  yvers  a  tel  poilîance 

Se  j'ai  chanté  ce  poife 

Si  fui  du  tout  à  fine  amor 

Une  haute  amor  qui  elprent 

Feras.  (  Lambers  ) 

Amours  qui  m'a  du  tout  en  fa 

Li  très-doux  tans  ne  la  faifon 


Ferté.  (  Mejjîre  Hugues  de  la  ) 


En  talent  ai  ke  je  die on.. 

[il  Je  chantalTe  volontiers  liement. 
Or  loi  mes  a  convenu 


Fournival.  (  Richard  de  ) 


Ades  m'eftoye 

Aine  ne  vi  grand.. 

Ce  fut  l'autrier  en  un '.  ■ . .  • 

Chafcun  ,  qui  de  bien  amer  cuide  avoir  non 

[i]  Gente  m'eft  la  faifon 

Joie  d'amours  ne  puet • 

L'amour  demand  ou  che  en  franche 

Lon  tans  me  fuis  efeondis 

Mère  au  Roi  omnipotent 

Oies  Seigneur  père  rens  pas  oifèufê 

Par  mintes  fois  penfé  ai 

Puifiu'il  m'efluet  de  ma  dolor 

[3]  Quant  chante  oiiîaux 

[4]  Quant  chiet  la  foiile 

Quant  jou  voi  la  douce  faifon  d'efté 

Quant  la  juflice  eft  faifië 

Se  j'avoie  pooire  . .  , , 

Talent  avoit  d'amer 

Tex  s'entremet  de  garder  . . .'. 

Un  chafcun  qui  de  bien  amer 


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[1]  Attribuée  au  Châtelain  de  Coucy  danj  toui4c>  autres  manuf- 
ctits  ;  mais  on  n'avoir  pas  examiné  qu'il  n'y  a  que  les  deux  premiers 
vers  de  femblables. 

\z\  Attribuée  à  Richard  de  Semilly,  dans  le  manuferit  du  Roi. 

[3]  Idem. 
[4]  Jdero. 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


327 


Frcmeaux  de  Lille.  (  Jean  ) 

[1]  De  loial  amor • 

[z]  Ma  bone  foi  &  ma  loyal 

Onques  ne  chantai 

G 

Gace  Brûlé.  (  Monfeigmur  ) 

A  la  douçor  de  la  belle  faifon 

A  la  joie  que  defir  tant 

£5]  A  l'entrant  d'un  douz  termine 

A  malaitè  où  qui  s'eil 

Au  renouviau  de  la  douçor  d'elle 

Avril  ne  mai,  froidure  ne  le  tems 

Fiaux  m'efl  étés 

Bien  ai  l'amor  dont  l'on  cuide 

Chanter  me  pleft  qui  de  joie  eft  norri 

Chanter  m'eftuet  irrément 

Cil  qui  d'amors  me  confeille 

[4]  Cil  qui  tous  les  maus  u 

Compagnon  je  lai  tel. . .  : 

Contre  le  froii 

Contre  le  tens  que  voi. 

Dame  merci 

[5]  D'amors  <jui  ma  tolu  à  moi 

De  bien  amer  grande  joie 

De  bone  amor  &  de  loyal 

Defconfonés  ,  plein  de  dolor  &  dire 

[é]   Defconfonés  ,  plein  dire  &  de  péfànce  .... 

Déformés  veuille  voir 

Douce  d.irne  grez  &  grâces 

En  cil  tens  que  je  voi 

Encore  à   fi  grande  poiflan  ce 

En  douz  tens  &  en  débonere 


[O  A  Jacquet  le  Viniert ,  dans  le  minuterie  de  Nos 
[1]  A  Gayot  de  Dijon,  dans  le  même  manufcrii  du  Roi. 
(jj  A  Joffelins  de  Dijon,  dans  le  maoufcrlc  du  Roi. 
[+]  Aîtribucc  à  Blondeau  de  Neik  ,  dans  le  manuferic  de  M.  de 
Paulmy. 
[$1  A  Chrétien  de  Troye,  dam  NoaiHcs. 
[6]  A  Yiclatd  de  Corbic,  dans  Noailles. 


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N  2 


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ESSAI 


En  tout  tans  Ma'ame. 

[i]  Fine  amour  &  bone  efpérance  . . . 

Fine  amour  &  bone  &  franche 

Foille  ,  flour ,  ne  routée 

Grant  péch;é  fet  que  de  chanter 

Ja  de  chanter  en  ma  vie , 

J'ai  été  Ion  tens  hors  du  pais , 

[i]  J'ai  oublié  poine  &  travaux 

Je  n'eu  pieça  nul  talent.  , 

Je  ne  puis  pas  le  loing •. 

[5]   Ire  d'amors  qui  en  mon  cuer  repaire 

Iriez  &  deftrois  &.  pends 

L'an  que  fine  foille 

L'an  que  voi  l'erbe 

[4]  Li  biaux  elle/. 

Li  conhrrers  de  non , 

Li   oilêllons  de  mon  pais 

[ç]  Li  plus  dèfconfortés  du  mont 

Li  plufbrs  ont  d'amors ;.. 

Mains  ai  joie  que  ne  (iveil 

Mel  n'eft  quant  voi 

Merci  amours  qui  efl  il 

[5]  Moût  ai  efté  longement 

Ne  mî  font  pas  acoifon  de  chanter 

Ne  puis  faillir  à  bone  chançon 

[-]  N'elt,  pas  à  loi  qui  aime  coriaument 
Oez  pourquoi  plaing  &  (opir  ............ 

Penfis  d'amors  vueil  retrere , 

Por  ce   dame  grez 

[8]  Pour  verdure  ne  por  prée 

Quant  bone  dame  &  fine  amor 

Quant  define  fueillc  &  flor 


R.    P.    S.    C.  ,  N. 

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[1]  A  Pierre  de  Molins  .  dans  le  ni.inufc.Tit  du  Roi. 
[2]  Attribuée  à  Giles  de  Vieuxmailbns ,  daqs  le  manufctit  du  Roi, 
linfi  qu'à  Raoul  deFerieies. 

[j]  Le  Dante  l'attribue  à  tort  au  Roi  de  Navarre. 

[4]  A  Simon  d'Authie3  dans  le  nianuftiiwde  M.  dePaulmy. 

[5J  Au  Vidante  de  Chartres,  dans  le  manulcrit  du  Roi. 

[6]   A  Jean  de  Neuville,  dans  le  niême  manufctit. 

[7]  A  Gautier  d'Argics ,  dans  le  manufcrit  du  Roi. 

[8]  Au  Châtelain  de  Coucy ,  dans  Je  roman  de  i'es  amouri. 


I        1 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Q  <ant  de  foulas <  •  < 

[i]  Quant  fine  amors 

Quant  fleurs  &  glais 

Quant  je  vois  la  noif  remiie i  . . 

Quant  je  vois  l'erje  reprendre 

Quant   l'erbe   meurt 

Q  iant  li  tens  reverdoie 

Quant  ma  mené 

Quant  reverdit  la  glais 

Quant  voi  &  geil  &  froidure 

Quant  voi  la  flor  boutonner 

Quant  voi  le  tens  bel  &  cler 

Quant  voi  paroir  la  fueille 

Que  bien  aimer  granti 

Qui  fèrt  de  faufle  proiere 

Sanz  attente  de  gueredon 

Savez  pourquoi  plait 

Si  grand   déduis  ne  fi  fôuveraine 

Scrprîz  d'amours  &  plains  d'ire 

,  Tant  de  îôlas  comme  j'ai  por 

Tant  m'a  mené  force  de  . .  '. 

Gaïdifer. 

Amours  ki  fur  tous  a  pooir 

Je  me  cuidoie  bien  tenir 

Las!  pourkoi  ris  ne  jus •. . 

Par   grant  effors  m'eftuet  dire 

Quant  Dieus  ne  veut  tout  fi  faint , . 

[2]    Gevenci,  (  Sire  Adam  de  )■ 

Amis  Guillaume,   ami  Ci  fage 

Aiïez  plus  que  d'efire  amis 

Compains  jéhan  ,  un  jeu 

La  douce  concordance 

Marri  loial  voloir 

Per  li  fervir  en  bonne 


[1]  Au  Roi  de  Navarre  ,  danj  le  manni'crit  de  Paulmy  &  de  C!ai- 
ramkiut. 

[2]  Il  y  a  deux  Cbanfcou  de  Gevenci  ,  doue  tous  les  couplets  font 
en  mulï<]ue  difKttnte  dans  le  nUBUlcnt  du  Roi.  C'cft  une  chofe  peu 
connu  une. 


3*9 


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330 


ESSAI 


Si  que  fortune  d'amors 

Trop  efl  coutumiere 

Gobin ,  de  Reims. 

On  fôloit  à  en  arrière 

Pour  le  tems  qui  verdoie 

Gantiers  ,  de  Soignies. 

A  la  joye  des  oifêaux 

Bel  m'efl  quant  voi  naitre  le  fruit 

Chanter  m'efluet  de  recomens 

Doloureulêment  cornent. 

Douce  amors  qui  m'a  talenti 

Je  n'en  puis  mon  cuer  blâmer 

La  flors  nouvele  qui  refplane 

L'an  quant  voi  eiclaircîr 

L'an  que  la  froiior 

L'an  que  la  lâifons  s'agent 

L'an  que  li  bouillon 

L'an  que  li  dous  chans 

Li  tans  novaus  &  la  douçours 

Li  tans   que  foille  &  flors   deftruit..jj 

Ne   me  done  pas  talent 

Quant  joi  &  bel 

,  Quant  joi  tentir  &  bas.-  &  haut 

Quant  li  beaus  cens  a  .nous 

Se  li  oifiel  baifènt  lor  chant .. . .  | 

S'ofters   me  fuis   de  chanter 

Tant  ai  mon  chant '. 

Uns  maus  k'aime 

Y  ver  aproiffne  &  la  lâilôns 

Grieviler. 

Amours  envoifié , 

Dolens,  iiés,  plains  d'àrdure 

Entre  rai(ôn  &  amour. 

Joli  amours  ki  m'a  en  là... 

Joli  efpoirs  &  amoureux 

Pour  boine  amour  &  ma  dame 

Guyot ,   de  Dijon. 

Amours  m'a  afïifè  rente 

Amours  m'ont  fi  enfeignié. 


V.jR.  P. 

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SUR    LA    MUSIQUE. 


33» 


[i]  Bien  cuidai  toute  ma  vie 

Chanterai  par  mon  corage 

Contre  le  dous  tens  nouvel 

Déformais  eiï  railôns 

D'amors  me  doit  (ûuvenir 

[r]  De  mon  dolereus  vous 

Hélas  qu'ai  forfait »  • 

[3]  Joie  ne  gueredon  d'amors 

Li  dous  tens  nouviau 

[4]   Ma  bone  foi  &  loiauté 

[5]   Penfer  ne  doit  villenie 

f>]  Qnant  je  vois  plus  félons 

Quant  li  dous  elles 

[7]  Uns  maus  corne  mais  ne 

H. 

Hedin.  (  Jacques  ) 

Je  chante  coume  dervez 

Se  part  mon  chant  mi  pouvoie *,.... 

Hugues  Châtelain  ,  d'Arras. 

[S]  Aller  m'eftuet  la  où  je  le  trouvai 

Hugues  li  Maroniers. 

Robert  or  me  confeilliés 

I. 

Jean  de  la  Fontaine  ,  de  Tournay. 

Amours  me  fait  de  cuer  joli  canter 


[1]  Attribuée  dins  le  même  manuferit  à  Pierre  de  Beaumarchais. 

[s]  Attribue;  à  Gillebert  de  Betneville,  dans  N'oaillcs. 
3     Au  Tr.ioricc  de  Lille  ,  dans  le  maiiul'ciit  de  M.  de  Paulin 
à  Chécien  de  Troyc  dans  Nasilles. 

[+1  A  Fcemeau  de  Lille  dans  le  Roi,   Paulniy,  &:  Clairaml  au:. 

[s]   A  Jean  Errais  ,  clans  Paulrny. 

;<>  Cette  Chanibnflt  la  pi  cédenceont  à  la  fin  de  chaque  couplet 
un  refi  lin  de  plusieurs  chantons  ,  vraifcml  laidement  en  vogue  dans 
ce  tenu  li. 

[7]  A  Gantier  de  Soignies  ,  da,i  NoaUIes. 

[»]  A  Gilles  le  Vuuets,  dam  l'julmy  Se  Clairambaut. 


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33z  ESSAI 

Jean  l'Orguer.eur. 

Amours  qui  fait  de  moi  tout  fon  cornent.,...,.., 

Au  tens  que  voi  la  froidnre 

Jean,  (Peut)  peut-être  l'Orgueneur. 

J'ai  amé  très-tout  mon  vivant ..,..,.. 

Jojfelins  ,  de  Dijon, 

A  l'entrée  d'un  doux , 

Par  une  matinée. 

K. 

Kaukefel.  (  Ma  'tre  Guibert  de  ) 

Chanter  vaudrai  d'amours 

Fins  cuers  enamorés , 

Quant  voi  le  dous  tems 

Un  chant  nouvel 

L. 

Laceni.  (  Oudart  de  ) 

[i]  Amours  &  deftuis  &  joie 

D'Amours  vient  joie  &  hor 

[i]  Flor  qui  s'efpant , 

La  Chèvre  j  de  Reims, 

[3]  Bien  s'eft   amors  honiê .,,, 

Jamais  portant  glaire , 

Jamais  portant  que  l'ame 

[4]  Plaindre  m'efluet  de  la  bêle ' , 

Qui  bien  veut  amors 

Lambert  3  l' Aveugle.      • 

L'autrier  quant  cors  fut  elclarcis , 

Le  Moine .  de  Saint  Denis, 

Amors  m'a  éprîie 

Amours  me  doit  fouvenir 


V.   R.   P. 


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[1]  Attribuée  au  Vidame  de  Chartres ,  dans  le  manufcrit  du  Roi. 
[z]  Aufli  à  Gilles  le  Viniers ,  dans  le  manuferic  de  Noailles. 
01  A  Robert  de  Reims ,  dans  Clairambaut. 
C+J  Idem. 


Et 


SUR    LA    MUSIQUE. 


3  53 


Et  mon  Dieu ,  c'efl  la  rage , 

Le  Treforler  de  Lille  j  ou  Pierre  le  Borgne. 

Haut  honor  d'un  commandement 

[1]  Joie  ne  guerdon  d'amors 

Li  loufèignols  que  j'oi 

Louvois.  (  MeJJire  Jean  de  Louvois  ) 

Chant  ne  me  vient  de  verdure • < 

M. 

Mailli.  Ç  MeJJire  Bouchart  de  Mallll  ) 
Trop  me  puis  de  chanter  taire 

Maifons.  (  Gilles  de  ) 

Je  chant ,  mes  c'eft  mauves  fignes 

[ij  J'oi  tout  avant  blafine  puis  voir 

Maljons.  (  Jean  de  ) 

Je  ne  cuit  pas  qu'en  arnors  tra'i  Ion 

Marberolles.  {  Rolerc  de  ) 

[;]  Chanter  m'eftuet,  car  pris  m'en  eft 

Qui  d'amors  a  remembrance 

Sire  Dex  !  en  tante  guifê 

Marche.  (  Monjeigncur  le  Comte  de  la  ) 

L'autrier  chevauchoie  (bus  par  une  con:rce 

[4]  Puifque  d'amours  m'eftuet  les  maux 

Tout  autre  fi  com  li  Rubiz. 

Martin  le  Béguin  ,  de  Cambray. 

Poine  aventure  ait  madame 

Loiaus  amours  ,  bone  de  fine 


[1]   AGuyot  de  Dijon,  dans le  minufcrit  du  Roi;  Se  à  Clirt'ticn 
de  Troycs,  dans  No.iilles. 

[1]  Ces  deux  chantons  l'ont  attribuées i  Gilles  de  Vieuxtnaifoni 
cijns  NoaiUes. 

[j]  Attribuée  i  Gillet  de  Vieuxmaifoni ,  d.ms  lemanufcricduRoi, 

[+]  A  Jeun  Erars,  dans  Clairainluut. 

tome  //. 


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334 


ESSAI 


Loiaus  defirs  &  penfèe  jolie. 

Pour  demeurer  en  amour 

Mathieu ,  le  Juif. 

Par  grand  franchifè  me  convient 

Por  autrui  mouvai  mon  chant 


»••••••*< 


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Mathieu  de  Gant ,  le  Clers. 

Corn  plus  aim  &  mains  ai  joie 

De  faire  cançon  envoifie 

Je   fers  amors  en  mon  pooir 

Mahieu  de  Gant ,  refpondés , 

Mahieu  ,  jugiès  fè  une  dame 

Onqnes  de  chanter  en  ma  vie 

Mauvoijîn.  (  Robert  de  ) 

Au  tens  d'elle  que  voi  vergier  florir ,. 

Moniot ,  d'Arras.  (  Jean  ) 


•••••••• 


A  l'entrant  de  la  faifon 

A  ma  dame  ai  pris  congié  .... 

Amors  me  fait  renvoifier 

Amors ,  n'eft  pas  j'en  die 

Amors ,  s'onques  en  ma  vie 

Après  le  définiment 

Chanlbnette  à  un  chant 

Ce  fu  un  mai  au  douz  tens  gai 

'Dame  ,  ains  que  je  voile 

De  joli  cuer  enamorée 

Encoir  à  fi  grand  poiffànce. . .. 

Li  doux  termine  m'agrée 

[i]  Ne  me  done  pas  talent... 

Nus  n'a  joie  ne  fblaz. .  • 

Plus  ami  que  ne  foloie 

Quant  voi  les  près  florir 


Moniot,  de  Paris.  (  Jean  ) 


A  une  ajornée 

Au   nouviau  tems  que  nait  la  violette. 
De  haut  lieu  muet'la  cancon 


R.1P.  1S.  IC. 


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[i]  Atttibute  à  Gontiers  de  Soignics  ,  dans  Noailles, 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


33> 


Je  chevauclioie  l'autrier 

L'autrier  par  un  matinée 

Li  tens   qui  raverdoie .' 

Lonftens  ai  mon  tens  ufc 

Pour  mon  cuer  reiïèccier. . , 

Quant  ]'oi  chanter  l'aloette 

Qui  bien  aime  à  tart  oublié 

Qui  veut  amors  maintenir 

Moulins.  (  Mejjire  Pierre  de  ) 

Chanter  me  fait  ce  dont 

Fine  amor  &  bone 

Quant  foillillent  li  bocage 

Tant  (ai  d'amers 

N. 
Nele.  (  Pierot  de  ) 
Douce  vierge  roifte 

Neuville  (  Jean  de  ) 

Amors  à  qui  toujors 

[t]  A  tous  amans 

D'amors  me  plain  ne  Hii • 

[ i]  Deioremais  efl  railôns 

En  tout  le  mont  ne  truis 

Gautier  de  Formefeles 

Guillaume  li  Viniers  ,   amis 

[j]  Jherufalem  grant 

La  douçor  d'eftée 

L'an  que  la  froidure  faut 

[4]  L'autrier  par  un  matinet 

Li  dous  tens  de  pafcor 

[5]  Moût  ai  été  longement 

[6]  Moût  m'abéli 


[j]  Auflî  attribuée  à  Alars  de  Caus ,   dans  le  manuferit  du  Roi. 

[2]  Attribuée  à  Guiot  de  Dijon,  dans  le  imnufctit  du  Roi. 

[3]  Dans  le  même  manuferit,  elle  ell  fous  le  nom  de  Gautier 
d'Efpinais. 

[•*]  A  Colars  le  Bouteiller  ,  dans  le  manuferit  de  Patilmy. 

[5]  A  Ga(Tc  ,  dans  le  même  manuferit 

[«]  A  Marie  de  Drcgnau  de  Lille,  dans  le  racme  uianufctit ,  & 
dans  celui  de  Noailles. 


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33* 

Puiiqu'enfi  l'ai  entrepris... 

Quant  je  voi  par  la 

Quant  li  bofêages  retentit. 

Quant  voi  la  flor 

Quant  voi  fenir  y  ver,... 


ESSAI 


o. 

Oifi.  (  MeJJlre  Hugues  £) 

En  lax  que  chevalier 

[i]  Maugrez  tous  feins 

OJlun.  (  Jacques  d'  ) 

Bêle ,  (âge  ,  fimple  8c  plefânt i 

P. 

Paon.  (  Philipe  ) 

Se  félon  &  lozengier 

Pierre.  (  Robert  de  la  ) 

Celé  que  j'aime. 

Contre  le  doux  tens  de  may 

[z]  Hé  amers 

J'ai  chanté   moût  liement 

Joliment  me  doit  chanter 

Je  chantai    de  ma  dolor . 

Je  ne  cuidai  mais  chanter 

Par  maintes  fois  ai  chanté  liement 

Si  j'ai  chanté 

Prince,  de  Morêe. 


Au  nouviau  terns  que  j'oi  . 
Loiaux  amors  qui  m'alume 


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Quarignon.  (  Renier  de  ) 

Andrieu  dou  che 

Jehan  ,  li  quiex  a  miendre .............. 


[i]  A  Giice  Eiulé,  dans  Clairanibaut. 

li]  Attribuée  i  Guilbert  de  Bctneville  ,  dans  Paulmy. 


SUR    LA    MUSIQUE. 


337 


R. 

Rcnti.  (  Jean  de) 
Amours  paffà  courtoifie. 


J'ai  grand  picca  délacé  de  chanter 

Jehan  Bretel ,  un  chevalier 

Je  m'efmerveille  forment 

L'autrier  errai 

*  Li  roiïignols  jolis 

N'eft  pas  fage  qui   enprent 

Onques  ne  Cent  chançon . 

Plus  ke  mais  ne  fuel 

Qui  n'auroit  bone  amour 

Se  che  n'eftoit  pour  dame « 

Se  loiautés  en  amour  pooic 

Robert ,  de  Reims. 

Bergier  de  ville  champêtre 

L'autrier  de  joute 

Quant  voi  le  douz  tens  venir 

Quand  feuilliflent  li  buiiïbn 

[  i  ]  Qui  bien  veut  amors  deicrire 

Rogerin  ,  de  Camb.ray. 

Nouvele  amour  qui  fi  m'agrée 

S 

Sauvage  ,    £Arras. 

Amour  qui  fait  de  moi  tout  (on 

[i]  Quant  li  tens  pert  (à  chalor 

[3]  Quant  voi  paroir  la  feuille 

Robert  de  Bethune 

Sauvage  de  Rethune. 

[4]  Quant  voi  paroir  la  fucille 

Sauvale  Cojfes. 

Amors  qui  fait  de  moi  tout  (on  cornent. . , 


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V.    R.    P. 


1  •  *  1 . 


*  Chaque  couplet  commence  par  le  mot  qui  a  fini  le  prîccdcnc. 
[1]   Attribuée  à  la  Chèvre,  de  Reims,  dans  Noailîcs. 
[2]     A   Gautier    d'Argies  ,    dans   les  manufcrici  du    Roi   &  Je 
Noiillcs. 

[  jj  A  Sauvage  de  Bethune  ,  dans  le  même. 
[+]  A  Sauvage  d'Arras ,  dans  le  mèuict 


S.    C.'N. 


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ESSAI 


Semilli.  (  Richart  de  ) 


Ame  ne  vi  grant  hardement 

Chançon  ferai  plain  d'ire  &  de  penfée  , 

Dex  s'entremet  de  garder 

De  chanter  m'eft  pris  corage , 

[i]  Gente  m'eft  la  failôn  d'efté , 

J'aime  la  plus  fade  riens  qui  fôit.  .... 

Je  chevauchai  l'autrier  la  matinée 

[i]  L'auttier  chevauchai  mon  chemin 

L'autrier  tout  feus  chevauchoie 

Mult  ai  chanté  ,  rien  ne  mi  peut  valoir ..... 

Par  amors  ferai  chancon '.  . . 

Nous  venions  l'autrier  de  joer 

[5]  Quant  chiet  la  fueille 

Quant  la  failôn  renouvelé 

[4]  Quant  chante  oiliaux 

Sendrart  ou  Sendrac. 

Doy  home  lônt  auquiftout  d'un  eage 

C5]  Soig(iies.  (  Gautier  de) 

Au  tens  gent  qui  raverdoie 

Conbien  que  j'aie  démoré 

Doleroufèment  tourmenté , 

El  mois  d'efté  qui  li  tens  raflbage 

Li  tens  noviaux  &  la  doçor 

L'an  que  florift  la  bruiere. 

Merci  amors  ,  or  ai  mèsfet 

Quant  j'oi  tentir  haut  &  bas 

Tant  ai  mon  chant  entrelaillïés 


V.\R.    P.    S.    C.    N. 


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Soijfons.  (  Raoul  de  ) 

Chançon  m'eftuet  &  fere,  &  comencier  .. 
Quant  je  voi  &  fueille  &  rior  . 


[1]  A  Richard  de  Fournival ,  dans  le  même. 

[1]   A  Jean  Erars  ,  dans  le  manui'crit  du  Roi. 

[j]   A  Richard  de  Fournival ,  dans  le  même. 

L4]  Idem. 

[s]  Peut  être  ce  Gautier  de  Soignies  elt-il  le  même  que  Gontiers 
de  Soignies.  Ceuendam  aucune  chanfon  n'cfl  donnée  de  l'un  à 
l'autre  ,  dans  les  difnuens  manuscrits. 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


339 


Quant  voi  la  glaie  meure 

Ro)  s  de  Navare ,  fire  de  Vertu 

Soijfons.  (  Thierry  de  ) 

A  la  plus  fige  &  à  la  plus  vaillant 

Amis  Harchier  ,   cil  autre  chanteor 

Chanson  legiére  à  chanter 

Deftrece  de  trop  amer 

[i]  Encor  n'eft  pas  rélôn 

Helas  !  ère  ai-je  trop  duré 

T. 

Tardais.  (  Jofeph  ) 

L'an  queles  jou rs  fùnt 

L'on  nues  mes  d'avrill 

Thibaut,  d'Amiens. 

J'ai  un  cueur  trop  lent 

Thibaut ,  Comte  de  Champagne  ,  &  Roi  de  Navarre. 

[i]  .  A  enviz  Cent  mal  qui  ne  l'apris 

.  Amours  me  fait  comencier  une  chançon 

.  Anfîs  comme  unicorne  fui 

.  Autant  plein  de  félonie 

.  Bauduin ,  ils  (ont  dui  amant 

.  Bien  me  cuidoie  partir 

.  Bons  Roi  Thibaut,  Sire ,  coniêillés  moi 

.  Chançon  ferai  que  talent  m'en  eft  pris 

.  Chanter  m'eftuet ,  que  ne  m'en  puis  tenir , 

.  Comencerai  à  faire  un  lai , 

.  Contre  le  tans  qui  desbrife , 

.  Couftume  eu  bien  ,  quant  l'on  tient 

.  Cuens  ,  je  vous  port  un  jeu 

.  Dame  ,  cil  voftres  fin  amis 

—  Dame  d'amors 

.  Dame  enfî  eft  qu'il  m'en  convient  aler 

.  Dame  l'on  dit ,  que  l'on  meurt  bien  de  joie 


[i]   Attril'u'-c  à  Guillaume  le  Vinicrs,   dans  le  manufcrit  du  Roi. 
[i]  Les  chantons  marquées  par  un  ^oint ,  l\jnt   dani  l'cdilion  de 
M.  de  la  Ravalicrc. 


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540 


ESSAI 


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.  Dame  merci ,  une  riens  vos  demant  . , . . , 

.  De  chanter  ne  me  puis  tenir 

t  De  fine  amor  vient  fcience  &  beauté 

.  De  grant  joie  me  fuiz.  touz.  efmeuz 

.  De  grant  travail  &  de  petit  exploit 

.  De  ma  dame  fbuvenir. 

.  De  novel  m'eftuet  chanter ,. 

.  De  tous  mes  maux,  n'eft  nus  plus  plaifâns 

.  Diex  eft  enfi  corne  li  pélicans 

..  Douce  Dame  ,  tout  autre  pan(è:nent. 

.  Dou  très-donc  non  à  la  Vierge  Marie 

.  En  chantant  voel  ma  dolour  delcouvrir 

.En  mai  la  roufée ,  que  neft  la  flor 

.  Enpereres  ne  rois  n'ont   nul  pooir 

.  Feuille  ne  flors  ne  vaut  rien 

.  J'aloie  l'autre  ier  errant ,.,..., 

.  Je  ne  puis  pas  bien  mettre  en  non  chaloir 

.  Je  ne  vois  mais  nuluî  ,  qui  gieu  ne  claim 

[i]  .  Je  n'ox  chanter  trop  tard  ne  trop  (auvent 

.  L'autre  ier  par  la  matinée 

••  L'autre  nuit  en  mon  dormant 

.  Les  douces  dolors 

.  Li  douz  penfers  &  li  douz  (ôvenirs 

.  Li  roflignoz  chante  tant 

.  Mauves  arbres  ne  puet  florir. 

.  Mi  grant  defir  &  tui  mi  grief  torment 

.  Nus  hom  ne  puet   ami  réconforter 

.  Ne  por  mau  tens  ne  por  gelée 

.  Par  Dieu  ,  (ire  de  Champagne  &  de  Brie 

,  Phelipe ,  je  vous  demant 

.  Phelipe ,  je  vous  demant  k'eft  devenu 

.  Pour  coufe  d'amer  me  due 

.  Pour  conforter  ma  péfance.... 

.  Pour  froidure  ne  pour  yver  félon 

[i]  Puisqu'il  m'eftuet  de  ma  dolor 

[ij  Attribuée  au  Comte  de  Braine,  ainfi  qu'au  Roi  de  Niv.irre , 
dans  le  manufetit  de  Noai'les  &:  dans  celui  du  Roi. 

[2]  Dans  la  TaMe  ancienne  du  manufetit  du  Roi ,  cette  chanfon  e.t 
attribuée  au  Roi  de  Navarre.  Cependant  à  la  tête  de  la  chanfon  ,  on 
voit  écrit  en  lettres  vertes ,  Maître  Richirt ,  fins  doute  de  Fournival  ; 
fit  le  manufetit  de  Noailles  la  lui  donne  deux  fois.  Celui  de  Ciai- 
i aaibaut  la  donne  à  G.iuucrs  d'fiffinaji, 


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Quant 


SUR    LA    M  US  I  Q 

,  Quant  fine  amors  me  prie  que  je  chant • . 

.  Qui  plus  aime  plus  endure . ... 

.  Robert ,  veez.  de  perron , 

.  Rois  Thiebaut ,  fire ,  en  chantant 

,  Sayés  ,  pourquoi  amors  a  non  amours 

.  Signor ,  faciès  ki  or  ne  s'en  ira . 

.  Si  j'ai  lonc  tens  été  en  Romanie 

.  Sire  ,  Ioez  moi  à  choifir 

.  Sire  ,  ne  me  celés  mie 

.  Tant  ai  amors  fêrvies  longuement < 

•  Tout  autre  fi  corn  fraint  nois  &  yver , 

.  Tout  autre  fi  com  l'ente  fet  venir 

[i]  ,  Très-haute  amors  ,  ki  tant  s'efl  abaiflée , 

.  Une  chançon  encor  voil . 

.  Une  chofè ,  Bauduin  ,  vous  demande 

«  Une  dolors  enoiïee i 

Trie.  (  Jean  de  ) 

fione  dame  me  proie 

Li  Ions  confirs ■  '.«'■ 

V. 

Veau.   Guillaume. 
J'ai  amé  trefiout  mon  vivant 

Vieuxmaïfons.   (  McJJire  Pierre   Cillée  de  ) 

[i]  A  l'entrant  del  tans  fâuvage 

[3]  Chanter  m'eiîuet ,  quar  pris 

Encore  m'efluet-il  chanter 

[4]  J'ai  oublié  peine  &  travaux 

JVIt  fui  del  tout  à  fine 

Pluie ,  ne  vens ,  gelée 


[1]  Attribuée  à  Pétrin   d'Angecort  ,    dans  Pjuîmy   &   dans  Gai 
rambaut;  &   à  Pierre  Conrredit.  dans  celui   du   Roi  ,  &  celui  de 
No.iillcs. 

[2]  Attribuée  dans  le  même  manuferit  au  Chanoine  de  S.  (Jucn 
tin  ,  &  dans  celui  de  Noailles. 
fc  [j]  A  Robert  de  Maibcrolles ,  dam  Pauln-.y  &  Claifambauu 

U]  A  GafTe  Brûlé ,  dans  Paulmy. 

Tome  JT, 


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142 


ESSAI 


[i]  Quant  je  voî  les  vergers.. ...... ........ 

[i]  Quant  iver  à  tel 

Quant  il  ne  pert 

Quant  li  louiïeignols 

Se  j'ai  chanté  ce  poiiïe 

Se  par  chanter  me 

Vilain  ,    cCArras. 

Beau   m'eft  del . .  .  . 

Joious  talent  eft  de  moi  départis 

Se  de  chanter  ne  poiffe  tenir 

Viniers  (  Gilc  le  )  ou  Vigneres. 

A  ce  m'acort  que  mon  chant i 

£3]  Aler  m'eftuet  là  où  je  trevai 

Au  partir  de  la  froidure  dure 

Amors  qui  me  le  comande. 

Beau  m't  il  printens  au  partir 

Viniers.  (  Jaques  le  ) 

£4]  De  loyal  amor  jolie 

Je  fuis  chil  qui  tojors  foloie , . 

Loiaux  amors  qui  en  moi 

Viniers.  (  Guillaume  le  ) 

A  Hors  ne  glais  ne  voit 

Amours  graffi , , 

Amours  voîlre  fers 

Bien  doit  chanter , 

Bone  amour  cruel 

Chançpn  renvoilîé  ne  puet 

Dame  des  ciels  moût 

De  bien  amer  croit 

[5]  Encor  n'eft  raifôn  que  ma  joie 

En  mi-mai  quant  c'efl 

En  tout  tans  fè  doit , , 


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[I]  A  Raoul  de  Fertierej  ,  dans  le  même, 
[a]  Idem. 

lîl  A  Hugues  Châtelain,   d'Arras  ,  dans  Nouilles, 
[4]  Attribuée  à  Jean   Fremiaux   de  Lille  ,    dans   Noailles  ,     & 
«Lins    le  manulcric  du  Roi  &:  celui  du  Vatican. 
\$\  AThietry   de  Soiffons,  dans  PaulmT, 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


34* 


Elpris  d'ire  &  d'amor 

Flors  ne  glai 

Frère  ,  qui  fet  mieux 

Glorieufè  Vierge   pucelle 

Je  me  chevauchai  pends.. 

Ire  d'amors  &  doutance 

La  tlnr  d'y  ver 

Le  bien  amer  croift  fens  &  cortoifie 

Le  premier  jour  de  May 

Li  loutèignols  avrillous 

Moines  ne  vous 

Moût  à  mon  cuer 

Qui  merci  crie  merci  doit  avoir... 

Quant  ces  nioiflons 

Qui  que  voie  en  amor 

Ramanbrance  d'amors 

Se  chans  ne  defcars , 

Sire  frère,  faites   mon  jugement... 

S'onques   chanteurs 

Tel  fois  chante  la  Jbnglere 

Thomas ,  je  vous  vueil 

Virgene  pucele   royaux 

Voloirt  de  faire  chançons , 


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544 


ESSAI 


TABLE  des  Chanfons  anonimes  ,  qui  fe  trouvent  dans  les 
Manufcrits  du  Vatican  ,  de  M.  le  Marquis  de  Paulmy  ,  de 
M.  de  Clairambaut ,  de  M.  de  Sainte-? alaye  ,  &  de  MM.. 
de  Noailles* 


A 

J\  ia  douçor  dont  H  oifiaux  . . . . , . 

A  la  fontanele 

A  la  fàifôn  dou  tems 

A  l'entrant  de  May , 

A  l'entrant  ,  dou  tems  novel, 

A  l'entrée  de  Pafcor. 

Amis ,  quel  eft  li  mieus  vaillant 

Amors  de  chanter  m'avoie  ., 

Amois  me  femont  &  proie  de  chanter  . . .. , 
Amors  me  fèmont  &  prie  de  canter  ,  mais 

Amors  me  tient  en  efpérance.* ,. 

Amors  ne  fe  puet  celer 

Amors  qui  m'a  en  fit  baillie  reçu 

Amors  qui  fôrprent 

Amors  dont  je  me  cuidoie , 

Amours  eft  une  merveille 

Amours  m'a  pris  &  mis  en  fa  prifon 

Amours  me  donne  achoifôn  de  chanter  . . 

Amours  m'eft  el  cuer  entrée 

Amours,  que  porrai  devenir 

Amours  qui  a  fon  oes 

Amours  qui  m'a  doné  je  l'en  merci 

Apris  ai   qu'en  chantant  plorer 

Avant  hier  en  un  vert  pré 

Au   comencier  del'amor  qui  m'agrée.... 

Au  comencier  de  totes  mes  chanfons 

Aucune  gcnt  ont  dit  par  félonie 

Aucun  vuelent  demander 

A  une  fontaine  lès  un  bois  ramé  .,,,,,, 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


Au  nouviau  tems  toute  riens  s'cjoïft 

Au  par  ifllr  de  la  campaigne 

Au   partir  d'elle  &  de  flor 

Au  renouvel  du  tems 

*  Attribuée  à  Gaffe  dan»  le  manufetit  du  Roi,  &  au  Châtelain 

de  Coucy  ,  dans  le  Roman 

Au  reparier  que  je  fis   de  Prouvence • 

Au  tems  d'Aouft  que  feuille  de  bolchet. , , 

B. 

Bel  avantaige  a  de  chanter 

Bêle  &  blonde  à  qui  je  fuis  tout 

*  Chaque  couplet  finit  pat  le  mot  qui  commence  le  l'uivant .  . 

Biau  m'eft  quant  voi  verdir , 

Bien  ai  perdu  le  grant , 

Bien  cuidai  garir  amors 

Bien  cuit  dou  frais  ne  goûtera 

Bien  doit  amors  guerredonner , 

Bien  doit  chanter  quant  dire 

Bien  me  deulfe  targier , , 

Bien  font  amours  leur  talent , 

Bien  m'ont  amor  entrepris. 

Boîne  amours  ki  m'agrée , 

Bois  ne  lis  ne  roiê  en  Mai , 

c. 

Car  me  contêilliés ,  Jehan , 

C'eft  en  Mai  quant  reverdoie • 

Chançon  de  pleur  &  de  (ôpirs. , 

Ctvafcun  un  voi  le  tens , 

Chanterai  par  grant  envie , 

Chanter  me  convient  plain  d'ire 

Chanter  me  font  amors  &  resjoir 

Chanter  m'efluet  plain  d'ire  &  de  pefance 

Chanter  vueil  d'amors , 

Chanter  vueil  en  nouviau  fon 

Cornent  qu'amors  me  deftreigne  . . .  •■ 

Com  ire  d'amours 

Confors  me  prie  &  le  mont 

Confeillcs  moi ,  Jean  de  Gritvikr. .,,..,..,. 


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Contre  le  frois  tans  d'y  ver 

Contre  le  tems  d'eue  qui 

Contre  le  tems  que  je  voi  qui  repaire. 

Cuveliêr  ,  &  vous ,  Ferris 

Cuvelier ,  s'il  efl  enfi 

Cuveliêr,  vous  amerés 


D. 


Dame  qui  cors  honorés. 

D'amours  me  plaing  plus , 

Dame  merchi ,  une  riens . .  •  < 

De  cuer  dolent  &  plein  d'ire 

Dedans  mon  cuer  naift  une 

De  la  joie  que  des  eflant 

De  la  proceffion  au  bon  abbé 

Déformés  ne  me  puis  taire 

Deflroiz.  d'amours  &  penfîs 

Deftroii  de  cuer  &  de  mal 

Devers  chaftel  vilain  me  vient 

De  vous,  amors,  me  complaing 

Dex  !  con  m'ont  mort  norrices 

Dex  !  Je  n'ofe  nommer  amie. 

Dex  faut  madame  &  douce 

Dites ,  feignor ,  que  devroit 

Donc  ère  d'amors  enlêigné 

Douce  dame  mi  grant  defïr 

Douce  dame  ,  mult  fui  liez 

Dous  rouffeignols  jolis 

Dous  efl  li  maux  qui  met 

*  Donnée  à  Adam  le  Boffii ,  dans   le  manuicrir  de  Noialles .  . . 


V. 


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En  Avril  au  tems  pafcour  ....... 

En  cède  note  dirai 

En  chantant  rm'eftuet 

En  chantant  me  vueil  complaindre. 

En  chantant  plaing  &  fbpir 

Encontre  efté  qui  nous  argue  . . . . . 
En  douce  dolor  aurai  longuement. 
En  eCnai  &  en  confort  ne  fçai.... 


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SUR    LA    MUSIQUE. 


34* 


En  efpoir  d'avoir 

En  la  douce  fàifôn  d'efley  ...... 

En  ma  foreft  entrai  l'auirier. . ,. 
En  mai  au  douz.  tems  nouvel.... 

En  mai  la  roulée 

En  mars  quant  la  violette 

Ennui  &  dcfèfpérance 

En  pafcor  un  jour  eftoie 

Ens  ou  cuer  m'eft  entrée , 

En  une  praele  lez.  un  vergier.. 
En  une  praielle  trouvai  l'autrier 

E  fêrventois  t'en  iras  droit 

Enlî  con  cil  qui  cuevre ....... 


Fine  amors  me  fait  chanter. . . 

Flor  ne  verdure  de  pré 

Flor  ne  verdour  ne  m'a  plu.. 
Force  d'amors  me  fet  dire  .  . 
Force  d'amors  qui  m'a  en  lôn 


G. 


Gent  de  France  mult  efhe. 
Grand  pieça  que  ne  chantai. 


H. 


Hui  main  par  un  ajournant 


J. 


'ai  bon  efpoir  d'avoir  joie 

'ai  chanté  mult  liement 

'ai  cuer  &  gent  doit  avoir 

'ai  maintes  foiz.   d'amours 

J'ai  novel  comandement 

J'ai  oublié  paine  &  travaus 

Ja  nus  lions  pris  ne  dira  fa  réfôn  . , 

Jean  Bretel ,  par  raifôn 

Je  chant  par  droite  raifbn 

Je  n'aurois  Jamais  yoloir  de  nule , , , 


V.     P. 

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ESSAI 


Je  ne  chant  mais  dou  tems  qui  reverdit ............... 

Je  ne  mi  vueil  de  bone  amor  retraire 

Je  ne  puis  entr'oublier  mon  grant  domage 

Je  ne  tieng  mie  à  fage  auffi  ne  fait 

Je  n'oi  pieça  nul  talent  de  chanter 

Je  foloie  entrenvoifïés s 

Je  fris  efpris  doucement. 

Je  fuis  votre  ligement 

Je  vous  proie  ,  dame  ,  marvie 

Il  covient  qu'en  la  chaudoire 

Il  me  covient  renvoifier , , 

Il  m'eft  avis  que  nus  ne  puet  chanter  . 

Joie  d'amors  que  j'ai  tant  defirée 

Jolis  plain  de  mon  amor 

J'ofaiïe  bien  jurer  n'a  plus  Ion  tems 

K. 

ti  bien  veut  amours  delcrivere  . , 

L. 

L'amours  dont  fin  elpris  me  femont 

Là  où  la  foible  &  la  flor 

Las  !  pourquoi  m'entremis  d'amer 

LaiTe  !  pourquoi  refufai. 

L'autrier  en  une  praiele 

L'autrier  eftoie  en   un  vergier 

L'autrier  m'en  aloie. 

L'autrier  par  une  matinée » . . . . 

L'autrier  quant  je  chevauchoie 

L'autrier  quant  je  chevauchoie  tout  droit 

L'autrier  tout  feul  chevauchoie , 

Léaux  amors  puifiju'enfin 

Le  Brun  tems  voi  refêlarcir 

Les  gens  me  dient  que  g'enpir 

Li  Châtelain  de  Coucy  ama  tant 

Li  douz.  chant  de  l'oilèillon  que 

Li  joli  tems  d'eftey  que  je  voie 

Li  maus  d'amours  me  plaît 

Li  roflïgnox  que  j'oi  chanter 

*  Le  mot  qui  huit  un  couplet  elUe  même  qui  commence  Iefuivant... 


V. 

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SUR    LA    MUSIQUE. 


Lï  cens  d'elle  renvoifiez  &  jolis... 
Lî  Vtïi.  daus  maus  que  j'endure.. 
Loia!  amour  qui  oi'eft  el  cuer..., 

Loiaus  d-firs  Se  penfée  jolie 

Lons  defîrs  &  longue  atente 

LorPjue  rofê  ne  fueille  ne  flor  . . . . 
Lorfque  vois  le  boifTon  en  verdure. 

M. 


Ma  chançon  n'efl  pas  jolie i 

Madame  me  fait  chanter 

Ma  douce  dame,  on  ne  crois.. 
Ma  douce  dame  ,  que  j'ai  encor 

Marvis  refbn  qui  convoilè 

Mère  à  dous  Roi 

Mère  au  Roi  Poiifant 

Merveilles  eft  que  toujours 

Moines  ne  nous  ennui  pas 

Mult  m'a  deruoré . 


•  •  •   •  •   i 


N. 


Ne  lairai  que  je  ne  die  de  mes  maus. . 

Ne  rofè  ne  flor  de  lis. 

N'eft  pas  fâige  ki  me  torne  à  folie  . . , 
Ne  fui  pas  fi  esbahi  por  yver, ...,.., 


1........1 


o. 


Oi  mî  amors  fi  dure  départie 

On  me  deftent  que  mon  coer. 

Onques  mais  jor  de  ma  vie 

Onques  ne  mes  poi  parcevoir 

Or  ne  puis-je  plus  celer  le  mal  d'amour 
Or  (crois  merci  de  fâilôn 


P. 

Panfêr  mi  font  &  voillir  gran;. 

Par  force  quant  m'esbahîz 

Par  le  tems  bêle .  ,,,,., 


leme  IL 


V. 


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N. 


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ESSAI 


Par  mainte  foîz  ai  chanté. ......... 

Par  mon  cuer  à  ma  joie 

Pe-'/îf  contre  une  bruye-e 

?'.u( T  i'amours  ,  joie-os  &  corrodez. . 

,_■  triftece  &  !a  défefpérance  .. 

'     ne  vens  ,  gek'e  ne  froidure... 

P  ine   d'amors  &  li  mal  que  j'en  trei 

Pot  ^ele  où  m'entente  ai  mife 

Por   mon   cuer  à   joie  atraire 

Pour  d.-morer  en  amour  (ans  retraire 

Povre  vieillefie  m'afàut 

Pour  faire  l'autrei  volume 

Pour  moi  renvoifier , 

Puifpe  li    maux  qu'amours  me  fait  . . . . 
Puiqu'en  chantant  covient  que  me  déport 


..*■»..  .«...j. 


Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Quant 

Q.iant 

Quant 

Quant 

Quartf 


oi  fèntir  &  bas  &  haut  ...... 

fine  yvers  que  cil  arbres  . . . . . 

florilènt  la  prée 

e  chevauchoie 

e  voi  efté  ,  àdonc  fui  jolis  . . . 

e  voi  frémir  la  brueille 

e  voi  la  flor  novele 

e  voi  yver  retorner 

e  voi  le  roffignol  chanter  , , . . 

la  flor  de  l'elpinete  voi 

la  roufée  au  mois  de  mai . . . , 
la  laiton  defirée  eft  entrée 

li  botcages  retenait 

li  nouveau  tens  define 

li  noveax  tems  d'elle 

li  oilèllon , 

li  tens  tome  à  verdure  ....... 

Mars  commence  &  Février.  . . 
neft  flor  blanche  &  vermeille 
par  doucour  dou  tems  novel  .  . 

voi  blanchoiei  la  flor 

voi  elle  &  le  tems  revenir... 

voi  faille  &  flor  d'elle 

voi  la  prime  floreue  ,  ,,,,,,, 


V.     P. 

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SUR    LA    MUSIQUE. 


Quant  vci  la  flor  novele t •  • 

Quant  voi  le  tems  &  froiduie 

Quant  voi  li  doux  tems  bel  &  cler 
Quant  voi  li  douz.  tems  revenir..., 

Quant  voi  le  novel  tens  venir 

Quant  voi  née 

Quant  voi  reverdir  l'arbroie 

Quant  voi  raverdir  vergier 

Quant  y  ver  trait  à  fin 

Quar  eufle-je  cent  mile  marcs 

Qje  faic  porquoi  amors 

Qui  à  chanter  veut  entendre 

Qui  porroit  un  guierredon 

R. 

Rofé  ,  ne  flor ,  ne  verdure. 

S. 

Se  j'ai  du  monde  la  flor 

Se  j'ai  chanté  ,  ne  m'a  gaires 

Se  par  forez  de  merci 

Se  valors  vient  de  mener 

Sire  Michiel  ,  refpondés 

S'onc  ire  d'amors   enlëigna   

Sovent  m'ont  demandé  la  gent 

Souvent  me  vient  au  cuer 

Souvent  fôufpire 

T. 

Tant  ai  au  cuer  ire  &  cruel. 

Tant  ai  d'amour  apris  Se 

Tant  ai  d'amours  qu'en 

Tant  me  plailt  à  l'ellre  à  mis 

Telx  nuit  qui  ne  peut  aidier 

Tout  autrefi   con  dou  loleil 

Trop  efl  cift  mondes  cruaux 

Trop  m'abélilt  quant  j'oi 

Trop  fui  d'amors  enganési.. . . . .. . 


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ESSAI 


V. 


Vers,  &  réfôn  &  mefûre.... 

Un  main  me  chevauchoie. . , 
Un  petit  avant  le  jour...... 

Volés-vous  que  je  vous  chant 


V. 

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On  trouve  dans  ces  Manufcrits  plufieurs  autres  Chanfons  anonymes  ; 
mais  ayant  reconnu  quels  en  ct.ient  les  auteurs  ,  nous  les  avons 
portées  à  leur  article. 


SUR    LA    MUSIQUE.  5n 


CHAPITRE    VIII. 

De  quelques  Poètes  lyriques  Français  du  quaton^ieme.  &  du 

quiwjeme  ficelés. 

•"•lain  ChartieR,  ne  en  138(5,  floriiTait  en  1436,  fut  Sarrétaire 
des  rois  Charles  V,  Charles  VI  &  Charles  VII,  &  eut  une  fi  grande 
réputation ,  qu'on  l'appelait  le  père  de  l'éloquence. 

Pafquier  prétend  que  Marguerite  d'Ecolîe ,  femme  de  Louis  XI ,  alors 
Dauphin,  palïant  un  jour  dans  une  falle  où  Alain  Chartier  dormait,  elle 
alla  baifer  fa  bouche  devant  ceux  qui  l'accompagnaient  ;  &  voyant  qu'on 
était  étonné  de  ce  qu'elle  baifait  un  homme  fi  laid,  elle  leur  dit,  ce 
n'eft  point  l'homme  que  je  baife  ,  c'eft  la  bouche  de  laquelle  font  fortis 
tant  d'excellens  mots  &  tant  de  difeours  fi  fages. 

Albret  (Le  Capdct  Delebret),  celui  dont  il  eft  queftion  dans  les 
poéfies  du  Duc  d'Orléans,  était,  félon  les  apparences,  frère,  coufin  ou 
neveu  de  Charles  d'Albre:,  Connétable  de  France,  tué  à  la  bataille  d'A- 
zincourt,  le  1$  octobre  1415»  où  il  commandait  l'avant-garde. 

R     O     N    D     E     L. 

Dedens  I'abifme  de  douleur  > 
Où  tant  a  d'amere  faveur 
Auffi  d'angoiiïeufe  détreiïë, 
Me  trouve  tourmenté  fans  cefiè. 
Madame  ,  par  votre  douceur, 
Secourez  ce  bon  fcrvi'.eur , 
A  qui  l'on  fait  tant  de  rudefle. 
Dedens  ,  &c. 

Las!  oftez-lui  tout  malheur  ; 
Ou  autrement  il  fe  tient  feur 
De  jamais   n'avoir  que   tiiflciïe; 
Dont  fauldra  que  fa  vie  ccflè  , 
Piteufement  en  grant  langueu». 
Dedens ,  &c. 


3;4  ESSAI 

Alençon  (Le  Duc  d' ).  Jean  I,  Duc  d'Alençon ,  petit-fils  de  Charles 
de  Valois  ,  qui  était  frère  de  Philippe  de  Valois ,  Roi  de  France ,  naquit 
le  5)  Mai  1385,  &  embralfa  le  parti  des  enfans  du  Duc  d'Orléans, 
affaflîné  en  1407  ,  contre  le  Duc  de  Bourgogne  ,  auteur  de  cet  affaiiînat. 
Ce  fut  en  leur  faveur  que  le  Roi  érigea  le  comté  d'Alençon  en  duché- 
pairie  en  1414.  Il  commandait  l'armée  à  la  fameufe  bataille  d'Azincourt, 
donnée  le  25  Octobre  1415  ,  &  y  fut  tué,  après  avoir  vaillamment 
combattu.  Il  était  bifaïeul  du  Duc  d  Alençon ,  beaufrere  de  François  I , 
qui  mourut  à  Lyon  le  4  Avril  1515 1  de  regret  de  n'avoir  pas  combattu, 
comme  il  devait ,  à  la  bataille  de  Pavie.  Ln  lui  s'éteignit  la  branche  des 
Ducs  d'Alençon  qui  avait  duré  deux  cent  ans  ;  le  duché  fut  alors  réuni  à 
la  Couronne,  quoique  le  Duc  d'Alençon  lailfât.deux  fceurs  mariées,  l'une 
au  Duc  de  Vendôme ,   &  l'autre  au  Marquis  de  Montrerrat. 

Jean  II,  fils  de  Jean  I ,  né  à  Argentan  le  22  Mars  1409  ,  fut  pris  à 
la  bataille  de  Verneuil  en  1424,  &  fervic  enfuite  Charles  Vil  avec  la 
plus  grande  fidélité.  Cependant  il  fut  foupçonné  d'être  auteur  de  la  méfin- 
telligence  de  Louis  XI ,  alors  Dauphin  avec  fou  père  ;  il  fut  aufli  accufé 
de  diverfes  intelligences  avec  les  Anglais  ;  on  lui  fit  fon  procès ,  &  il  fut 
condamné  à  avoir  la  tête  tranchée  le  10  Octobre  1456  (a).  Cette  fentence 
11e  fut  pas  exécutée,  &  le  Duc  d  Alençon  fut  remis  en  liberté  par  Louis  XL 
Mais  étant  retombé  dans  le  même  crime  ,  il  fut  une  féconde  fois  arrêté  , 
fon  procès  fait  de  nouveau,  &  condamné  à  mort  le  14  Juillet  1474. 
Deux  ans  après  ,  il  fortit  du  château  de  Tours  &  mourut  immédiatement 
enfuite.  On  l'enterra  aux  Jacobins.  Il  avait  époufé  Jeanne  d'Orléans ,  fille 
de  Charles  3  Duc  d'Orléans ,  Cv  de  Jeanne  de  France ,  fille  de  Charles  VI 
ôc  dlfabeau  de  Bavière. 

On  ne  fait  lequel  de  ces  deux  Princes  a  compofé  des  poéfies. 

Angoulême  (  Comte  d'  )  Monfieur.  Jean  d'0>  ans  ,  furnommé  le  Bon  , 
fils  cadet  du  Duc  d'Orléans  &  de  Valentine  de  Milan  ,  ôc  petit-fils  de 
Charles  V,  Roi  de  France  ,  eut  du  goût  pour  la  poéfie  ,  ainfi  que  fon 
frère  Charles  d'Orléans.  Il  demeura  en  otage  en  Angleterre,  depuis  141  2 
jufqu'en    1444  ,    pour  les  cent  mille  écus  pièces  par  les  Anglais   à  la 

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(a)  On  peut  voir,  dans  le  manuferic  des  poéfies  de  M,  le  Duc  d'Orléans,  le  difeours 
que  ce  Prince  prononça  en  faveur  du  Duc  d'Alençon, 


SUR    LA    MUSIQUE.  3?? 

Maifon  d'Orléans,  pour  faire  la  guerre  à  celle  de  Bourgogne.  11  mouruc 
à  Cognac  le  30  Avril  1467,  &  lailla  de  Marguerite  de  Rohan,  Charles, 
Comte  d'Angoulème,  marié  à  la  fameufe   Louife  de   Savoie,   5c   de  ce 


mariage  vint 


i°.  François  I ,  Roi  de  France.  i°.  Marguerite  de  Valois ,  Reine    de 
Navarre,  fi  célèbre  par  fa  beauté  &  par  fon  efprit. 

R     O     N    D     E     L. 

Crié  foit  à  la  clochette  , 
Par  les  rues  fus  Se  jus  ,  (  haut  &   bat  ) 
Fredet ,  on  ne  le  voit  plus  ; 
Efl-il  mis  en  oubliette  i 

Jadis  il  tenoit  bien  compte 
De  vifîter  les  amis  ; 
Eft-il  Roi,   ou  Duc  ou  Comte, 
Quant  en  oubli  les  a  mis  ? 

Banni  à  fon  de  trompette , 
Comme  marié  confus  ; 
Entre  Chartreux  ou  Reclus, 
A-t-il  point  fait  fa  retraite  î 

Crié  foit ,  Sec. 

Auriol  (  Blaife  d' )t  de  Caftelnaudari ,  où  il  était  Chanoine,  né  vers 
1480,  a  fait  plufieurs  poèmes  &  des  chanfons ,  pillées  entièrement  des 
ouvrages  de  Charles  ,  Duc  d'Orléans.  Les  Auteurs  des  annales  poétiques 
ont  dit  qu'en  1533,  d'Auriol  harangua  François  I  à  fon  partage  à  Touloufe , 
au  nom  de  l'Univerfité;  &:  que  fur  fes  représentations,  le  Roi  accorda  à  cette 
Univerlité  la  qualité  de  noble  ,  cv  aux  Profe-lFeurs  le  privilège  de  faire 
des  Chevaliers.  D'Auriol  fut  le  premier  décoré  de  ce  titre.  Ils  rapportent 
aulli,  d'après  Bodïn  ,  que  d'Auriol  avait  tant  de  foi  dans  l'altrologie,  que 
plulieurs  Aftrologues  ayant  annoncé  un  nouveau  déluge  pour  l'an  1514, 
il  fe  fit  faire  un  bateau  pour  tâcher  de  fe  fauver. 

Belle-Perche  (  Gautier  de  ) ,  Auteur  du  Roman  de  Judas  Machah     . 
n'eut  pas  le  rems  de  l'achever  avant  de  mourir  (a). 

(al  11  y  avait  un  Pierre  de  Belleperchc,  Evoque  d'Auxcrrc ,  Chancelier  fous  i 
le-Bcl,  mort  en  1308» 


3S$  ESSAI 

Blosseviixe  ,  Pocte  du  quinzième  fiecle,  dont  on  a  confervé  quelques 
rondeaux  dans  le  manufcri:  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

Boucicault  (  Le  Meingre  de  ).  Dans  le  manufcrit  des  poéfies  de  Charles 
de  Valois ,  Duc  d'Orléans  ,  on  en  trouve  quelques-unes  de  Boucicault.  11 
n'y  avait  alors  que  deux  Seigneurs  de  cette  Maifon  ;  i°.  Jean  de  Bouci- 
cault ,  fécond  Maréchal  de  France  de  ce  nom  ,  fon  père  l'ayant  été  fous 
le  Roi  Jean,  après  la  bataille  de  Poitiers.  z°.  Jean  fon  fils,  qui  mourut 
avant  l'âge  de  vingt  ans.  Nous  croyons  que  les  poéfies  doivent  être  attribuées 
à  fon  père,  qui  ayant  été  fait  prifonnier  ,  ainfi  que  le  Duc  d'Orléans,  à* 
la  bataille  d'Azincourt,  fut  conduit  avec  lui  en  Angleterre,  &  put,  ainfi 
que  lui,  charmer  fa  captivité ,  en  faifant  des  vers.  11  ne  fupporta  fa  prifon  que 
fix  ans,  &y  mourut  en  141 1  ,  après  s'être  démis  de  fa  dignité  de  Maréchal 
de  France  en  141 8.  Son  fils  avait  été  tué  à  la  bataille  d'Azincourt  en 
141 5  j  &  Antoinette  de  Beaufort,  fa  femme  j  était  morte  en  1416,  de 
regret  de  la  mort  de  fon  fils,  8c  de  chagrin  de  la  captivité  de  fon  mari; 

R     O     N    D     E     L. 

Moaflrer  on  doit  (ci)  qu'il  en  defplaize 
Du   meffait,  à   qui  n'a  povoir 
De  fervir  ;  car  û  cru  pourvoir 
En  parler ,  il  femble  qu'il  plaize. 
Qui  ne  peut ,  pour  le  moins  fe  taize  , 
Et  face  en  dueil  lermes  plouvoir. 
Monffr*er  on  doit,   &C. 
Du  meffait,  &c. 

Mais  dire  qu'on  n'a  temps,  ne  ailé, 
Pour  aage,  d'y  faire  devoir, 
Chafcun  feet  bien  apparcevoir 
Que  peu  courée  tort  fe  rapaife. 
Monftrer  on  doit,  Sec. 

Boulainvilliers  (  Philippe  de  ).  Robert  de  Boulalnviliiers  avait  époufe 
en  1450,  Marguerite  d'Harcourt  j  qui  époufa  en  fécondes  noces  Raoul 
d'Eftouteville ,  Seigneur  de  Rames. 

00  (  Quand  on  n'a  pas  le  pouvoir  d'empêcher  une  mauvaife  aftion  ,  on  doit  aumoiiu 
léttoigner  qu'elle  déplaît  ;  car  en  parler  fans  courroux    a'eft  montrer  qu'on  l'approuve  ), 

Jean 


S  V  R    L'A    M  U  S  1  Q  U  E.  357 

Jean  de  Boulainvilliers,  Seigneur  d'Offignier ,  avait  époufé  vers  1370 
Béatrix  de  Chûtillon  ,  qui  époufa  depuis  Collard  de  Tanques ,  lequel  fut  fait 
premier  Ecuyer  du  Roi  le   10  Janvier  1576. 

Philippe,  dont  nous  faifons  mention,  était  probablement  le  petit-fils 
de  l'un  des  deux.  On  trouve  des  chanfons  de  lui  dans  le  manufçrit  des 
poéfies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

CRANS     ON. 

Ho!a,  Ho!a,   foufpir,   on  vous  hoit  (a)  bien  ; 
Vous  vous  cuidez  enibler  (b)   trop  croyement. 
Contrcfaifaiu  un   peu  le  (c)  cayement  ; 
Grant  fain  avez  que  on   vous  die  ,   tien 
Vous  ne  querez  que  d'un  cueur  le   fouftien , 
C'eft  de  telz  gens  cousjours  l'cibatemem, 

Hola  ,  hola  ,  &c. 

Vous  vous ,  &c. 

Trop  vous  haftez  de  vray  ,  comme  je  tien , 
Car  l'on  congnoift   voftre  fait  cleremenc. 
Une  autrefoiz  ,  faites  plus  faigement , 
Car  maintenent  vous  n'y  gagnerez  rien. 
Hola  ,  hola  ,  &c. 

Bourgogne  (  Le  Duc  d'  ).  Ce  Prince  était  Philippe  III  ,  furnommé  le 
Bon,  né  le  30  Juin  1596,  qui  inftitua  l'ordre  de  la  toifon  d'or  le  10 
Janvier  1439 ,  &  mourut  le  15  Juin  1467.  11  était  père  de  Charles-le- 
Téméraire ,  dernier  Duc  de  Bourgogne. 

Balade  en  réponfe  au  Duc  d'Orléans  3  pnfonnier  en  Angleterre. 

S'il  en  cftoit  à  mon  vouloir  , 
Mon  niailtre  &  ami  fans  changier , 
Je  vous  affeure ,  pour  tout  voir  , 
Qu'en  vo  fait  n'auroit  nul  dangier; 
Mais  par  deçà,  fans  attargier  {d), 

(a)  Entend. 

(h)  Echapper  trop  fecrétement. 
(c)  Le  crocodile. 
(1/)  Sans  tarder. 
Tome  II.  R  r 


3SS  ESSAI 

Vous  verroye  hors  de  prifon  , 
Quitte  du  tout ,  pour  abregier , 
En  celle  préfente  faifon. 

Se  cel  don  povez  recevoir., 
Par  la  grâce  Dieu ,  de  légier , 
Pourrez  tel  à  paix  efmouvoir 
Qui  la  délire  efloigner  : 
Nul  contre  n'ofera  fongier. 
Par  confort  aurez  bel  &   bon  , 
Se  Dieu  nous  veut  alïoulagiei 
En  celle  préfente  faifon. 

Mettons-nous  en  noftre  devoir, 
Qu'en  paix  nous  puiffions  herbergier  j 
Il  n'elt  au  monde  tel  manoir  , 
Qui  defir  a  de  s'y  logier  : 
Abrégeons  fans  plus  prolongier  ; 
Il  en  eft  temps  ,  ou  jamais  non  , 
Pour  nous  de  guerre  s'éloigner 
En  celle  préfente  faifon. 

ENVOL 

Or  penfons  de  vous  allégier 
De  prifon  pour  tout  engaigier, 
Se  n'avons  paix  &  union  ; 
Et  du  tout  m'y  vueil  obligier 
En  celte  préfente  faifon. 

Cadier,  Poëte  du  quinzième  fiecle ,  dont  on  trouve  un  rondeau  dans 
le  manufcrit  des  poéiies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

CaillAu  (  Maître  Jean  ).  On  trouve  quelques  petires  pièces  de  lui  , 
ainfi  que  de  Simon  Caïllau  ,  dans  le  manufcrit  des  poéfîes  de  Charles  , 
Duc  d'Orléans.  Ils  vivaient  en  1420. 

Châtelain  (Georges),  Gentilhomme  Flamand,  élevé  dans  la  Maifon 
<\es  Ducs  de  Bourgogne ,  compofa  un  recueil  des  chofes  merveilleufes  de 
fon  tems. 

Jean  Moulinet  était  fon  difciple.   Il  mourut  en    1475. 


SUR    LA    MUSIQUE.  5;p 

Chevalier  (  Maître  Pierre),  Pocte  du  quinzième  liecle,  dont  on  trouve 
quelques  pièces  dans  le  manufcrit  de  Charles,  Duc  d'Orléans. 

Clermont  (  Comte  de  ).  Charles  I ,  nommé  Comte  de  Clermont  du 
vivant  de  Jean  I  ,  fon  père ,  Duc  de  Bourbon  ,  à  fa  mort  embraffa  le 
parti  de  Charles  VII ,  alors  Dauphin ,  &  lui  fut  toujours  fidèlement  attaché. 
11  mourut  en  fon  château  de  Moulins,  le  4  Décembre  1456.  On  trouve 
plufieurs  pièces  de  lui  dans  le  manufcrit  du  Duc  d'Orléans. 

BALLADE. 

J'amaiïe  ung  tréfor  Je  regrez 
Que  ma  tant  amée  m'envoye  j 
Mais  jufqu'à  ce  que  je  la  voye. 
Ne  partiront  de  mes  fecretz. 

La  caufe  pourquoy  je  la  celé  , 
Ses  griefs  maulx   qui   ine  font  mourir, 
C'cft  pour  garder  l'onneur  de  celle 
Qui  ne  me  daigne  fecourir. 

Plus  l'eslogne  (a) ,  plus  d'elle  eft  près 
Mon  cueur,  dont  mon  povre  oeil  lermoye  (£)  ; 
Il  n'eft  doleur  que  la  moye  (c)  ; 
Car  quant  j'ay  aiïez  plaint  après , 
J'anufTe ,  &c. 

Coçhjillart  était  en  1478  Officiai  de  Rheims  ;  &  fit  des  vers  fort 
libres,  fur-tout  pour  un  homme  de  fon  état.  Il  mourut  de  regret  d  avoir 
fait  une  perte  considérable  au  jeu  de  la  moire. 

Marot  s'eft  ainfi  égayé  fur  fa  mort  : 

«  La  mort  eft  jeu  pire  qu'aux  quilles 
»  Ni  qu'aux  échecs  ,  ni  qu'au  quillart. 
»  A  ce  méchant  jeu,  Coquillart 
»  Perdit  fa  vie  &  fes  coquilles. 

i  ,  ■  .  ■  I  ...  Il  ■!" 

(a)  Plus  je   m'éloigne. 

(k)  Pleure. 

(i>)  Que  U  mienne. 


36o  ESSAI 

Allulion  aux  coquilles  d'or  que  porrait  Coquiliart  dans  fes  armes; 

Un  galant  mignon  certain  foir, 
Se  préfentanc  à  l'huis  derrière  , 
Pour  fa  douce  amie  aller  voir  , 
Ne  trouva  que  la  chambrière. 
La  chambrière  qui   fut   belle, 
Bien   ufa  de  l'occafion  ; 
Elb  prit  ce  bien-là  pour  elle, 
Et  eut  cette  provifion  : 
AlTavoir  fi   punition 
Doit   iouffiir,    comme  làronnefîê , 
E:  quelle  refHruiion 
Elle  doit  faire  à  fa  maîtreffe? 

Cuise   (  Antoine  de  )  ,    PoL'te    du    quinzième    fiecle  ,   dont  on   trouve 
quelques  rondeaux   dans   le  manùfcrit   des  poéfies  de  Charles  d'Orléans. 

D.'.mien  (  Benoit  ),  Poé'ce  du  quinzième  fiecle  ,  dont  on  trouve  quelques 
vers  dans  le  manùfcrit  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

Escurel  (  Jehannot  de  1'  )  a  fait  paraître   vers   le  commencement  dit 
quatorzième  fiecle  des  chanfons  fur  l'amour  &  la  galanterie. 

Chanfon  de  l' Efcurel. 
Vieux  langage.  Traduction. 

Amours  aux  vrais  cueurs  commune  «Amour,  qu'éprouvent  ordinairement  Ies- 

M'a  à  amer  adonné  »  cœurs  vrais,  m'a  forcé  d'aimer  une  noble 

Noble  Dame  en  qui  fortune,  »  Dame,  que  fortune,  grâces  &  nature  IV 

Nature  &  grâce  ont  ouvré.  »  plurent   tellement  à  orner,   qu'en  bonté 

Si  qu'en  bonté,  n'en  biauté,  »  ainfi  qu'en  beauté  elle  n'a  point  d'égale, 

Je  crois ,  n'a  point  de  pareille.  »  &  que  qui  la  voit  en  eft  étonné. 
Qui   la  voit  s'en  efmerveille. 

Franc  cuer  ha  ,  dous  fans  rancune  ;  »  Elle  a  le  cœur  franc  &  doux  fans  ran- 

S'a  le  cors  fi  bien  fourme  »  cime ,  &  le  corps   fi  parfait ,  que  lelon 

Qucr  je  n'en  fai  au  monde  une  »  moi  il  n'eft  point  au  monde  une  femme 

Tant  belle  à  ma  voulenté.  »  auffi  belle.  Elle  a  les  regards  amoureux,. 

J'a  regard  énamouré  ,  »  les  joues  blanches  &  vermeilles.  Qui  la 

Face  à  point  blanche  &  vermeille,  »  voit  en  eft  étonué. 
Qui  la  voit  s'en  efruerveille» 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Pour  ce  qu'aim  fi  haut,  aucune 

Gent  m'ont  nice  clamé'. 

Mal  font,  car  Amour  chacune 

Perfonnc  efprcnc  à  fon  gré  j 

Ce  m'a  fait  ainfi  ofé. 

Par  quoi  s'en  m'en  defconfeillc, 

Qui  la  voit  s'en  efmerveillc. 

Vo  vair  euil  m'i  font  atraice, 
A  vous,  Dame  débonnaire. 
Ne  j'a  ne  m'en  quier  retraire, 
Ains  vous  ferviré 
Tant  com  vivre. 


3*1 

»  Certaine?  gens  en  me  voyant  aimer 
y>  fi  haut,  m'ont  traix  d  infenfé  ;  ils  ont 
»  tort ,  car  amour  enflamme  chaque  homme 
»  à  fon  gré  :  c'eft  lui  qui  m'a  rendu  fi  hardi. 
»  Par  quoi  fi  l'on  me  défaprouve  ,  qui  la 
•»  verra  en  fera  étonné, 

»  Vos  yeux  bleus  m'attirent  vers  vous , 
»  douce  Dame  ,  &  je  ne  délire  pas  m'en 
»  retirer  ;  mais  je  veux  vous  (érvir  tan;  que 
»  je  vivrai. 


Eustache  Deschamps  ,  dit  Morel  ,  vivait  fous  Charles  VI.  On  voie 
par  le  manuferit  de  fes  poéfies  ,  qui  eft  à  la  bibliothèque  du  Roi  ,  qu'il 
craie  châtelain  de  Fîmes,  Ecuyer  Huiilîer  d'armes  de  Charles,  Se  fon  Bailli 
de  Senlis.  Il  a  compofé  un  grand  nombre  de  ballades,  chanfons  royaux, 
chanfons  balladées ,  rondeaux,  virelais,  Lus,  traitiés ,  farces,  moral 
dits,  lettres  miflïbles  ,  commiliions ,  fupplications ,  &  autres  pièces.  On 
trouverait  dans  ce  recueil  beaucoup  de  morceaux  intéreflans  pour  l'hiltoire 
de  France,  depuis  13  50  jufqu'en  14ZO.  Cette  dernière  époque  ferait  croire 
que  Defchamps  furvécut  fort  peu  au  Roi  Charles.  Il  /ait  mention  dans 
fes  poéfies  ,  de  Mâchant ,  de  Sohier  Se  de  plulieurs  autres  Poètes  de  l'on 
teins.  On  trouve  auliï  d;  lui  dans  le  manuferit  une  complainte  de  1  LçLife, 
en  profe  latine,  fur  le  fchifme  de  Pierre  de  Lune,  datée  du  [3  Avril 
1393.  Sa  pièce  principale,  Se  l'une  des  plus  curieufes ,  eft  celle  dans 
laquelle  il  dépeint  d'une  manière  très  ingénieufe  tous  les  embarras,  les 
fuites  f.icheufes  ,  &  les  maux  tant  moraux  que  phyliques  du  : 
Elle  eft  intitulée,  Miroiter  du  Mariage  ,  é\'  n'eft  point  achevée  ;  la  more 
n'ayant  pas  permis  à  l'auteur  de  la  tiiur, 

Le  Songe  du  vieux  Pèlerin }  ouvrage  du  même  ficelé  ,  dont  l'Aboie  le 
Beuf  a  donné  une  notice  très  curieule  dans  les  mémoires  de  l'Académie 
des  Belles-Lettres,  parle  avec  éloge  de  Defchamps.  L'Auteur  s'adreftant 
au  Roi  Charles  VI,  c\'  lui  conseillant  de  s'abftenir  îles  lectures  danqereufes 
ou  frivoles,  Se  de  fe  livrer  à  celles  qui  font  utiles,  dit  :  Tu  peux  . 
lire  &  ouïr  aujjî  les  diciie^  vertueux  de  tonferyitcur <&  officier  Eufiacàfi 
Morel.   . 


362  ESSAI 

Eujlache  De/champs  parle  plusieurs  fois  de  quelques  inftrumens  >  dont 
il  ne  nous  refte  aucune  connaifiance. 

Plus  ne  fera  chancon ,  livre,  ne  champs, 
Ainçois  joura  de  la  turlurette , 
Et  s'en  ira  dire  comme  u#  truans 
A  Montagu  qui  l'y  paye  fa  debte. 

Page  208. 

Il  parle  aufli  du  contrepoint. 

Je  vous  montrerai  la  figure 
Dj  contrepoint,  &  la  mefure 
Des  femi  brèves  accoider  , 
De  raindre  la  voix ,  de  monter 
Et  de  defehanter  à  rebours.... 
Allés ,  qu'on  puift  vous  ;  •    :  gltt  , 
Doit-on  ainfi  parier  d'amours  ? 

Page  311. 

Le  mot  folfier  était  déjà  en  ufage. 

Marion  qui  s'entendi 
A  folfier  mift  cueur  &  cure , 
Quant  'la  douçour  de  l'art  fenti , 
Qui  du  livre  fift  l'ouverture. 

Idem. 

Le  manuferit  du  Vatican  lui  donne  cette  chanfon. 

Souffrez  ,  mari  ,  «  Souffrez,  mon  mari ,  &  qu'il  ne  vous 

Et  fi  ne  vous  anuit.  »  ennuie  pas.  Vous  m'aurez  demain  ,   & 

Demain   m'avés  &   mes   amis  anuit.  »  mon   ami    aujourd'hui.   Souffrez  ,   mon 

Je  vous  deffenc  k'un  feul  mot  n'en  parlés.  »  mari ,  &   ne  murmurez    pas.    La  nuit 

Souffres,  maris,  &  fi  ne  vous  mouvés.  »  eft  courte,  vous  m'aurez  à  votre  tour, 

La  nuit  eft  courte,  a  par  mains  me  raurés,  »  quand  mon   ami  aura  pris  fon  plailîr. 

Quant  mes  amis  ara  fait  fon  déduit.  »  Souffrez.  .  .  . 

Souffrez  ,  maris  ,  &c. 

Ballade  pour  Mâchant ,  pat  Euftache  Defchamps. 

Armes  ,  Amours  ,  Dames  ,  Chevalerie  , 
Clercs  Muficans  t  fai-titres  en  François  , 


SUR    LA    MUSIQUE.  ^3 

Tous  fophiftes,  toute  pocterie, 
Tous  ceuls  qui  ont  mélodieufe  voir , 
Ceulx  qui  chantent  en  orgue  aucune  fois, 
Er  qui  ont  cher  le  doulz  art  de  Mufique, 
Démenés  dueil,  plourés  (  car  c'eft  bien  drois) 
La  mort  Machau,  le  noble  réthorique. 

Onques  d'amours  De  parla  en  folie , 

Ains  a  cfté  en  tous  fes  dits  courtois  : 

Audi  a  moult  pléu  fà  chanterie 

Aux  grands  Seigneurs,  à  Dames  &  à  Bourgeois. 

Le  Orpheus  ?.ffêz  lamenter  dois 

Et  regretter  d'un  regard  autentiquc, 

Arethufe  &  Alpheus ,  tous  trois , 

La  mort  Machau ,  le  noble  réthorique. 

Frics  pour  lui  ,  fi  que  nul  ne  l'oublie. 
Ce  vous  requiert  le  bailli  de  Valoys  : 
Car  il  n'en  eft  aujourd'hui  nul  en  vie 
Tel  comme  il  fut ,  ne  ne  fera  definois. 
Complaint   fera  de  Princes  &  de  Roys  , 
Jufqu'à  long-tems  pour  fa  bonne  pratique. 
Veftés  vous  noir;  plourés  tous,  Champenois, 
La  mort  Machau,  le  nobre  réthorique. 

Rubebes  ,  leuths ,  vielles ,  fyphonle , 
Pfaherions ,  treflous  inflrumens  coys  , 
Roches  ,  guiterne ,  flaujlres  ,  chalemlet 
Traverfaines ,  &  vous  nymphes  de  boys, 
Tympanne  auflî ,  mettes  en  œuvre  dois 
Et  le  choro  :  n'y  ait  nul  qui   réplique. 
Faidles  devoir,  plourés,  gentils  Galois, 
L»  mort  Machau,  le  noble  réthorique. 

Faret,  Pocte  du  quinzième  fiecle,  dont  on  trouve  des  poclies  dans  le 
maintient  de  Charles  ,  Duc  d'Orléans. 

ROND     I.     I. 

Au  milieu  d'efpoir  &  de  doubte, 
Une  foiz  mal ,  autre  foiz  bien , 
Je  m'y  trouve  ;  mais  je  voy  bien , 
Que  c'eft  fortune  qui  m'y  boute. 


$6i  ESSAI 

Et  pour  vous  dire  fomrae  toute , 
C'eft  une  cliofè  où  n'entens  lien. 

Au  oùllieu,  &c. 

Une  foiz,  &c. 
Mais  quelque  chofe  qui  me  couce, 
Si  eft-ce  bien  le  vouloir  mien 
De  m'oufter  (a)  hors  de  ce  lien, 
Aucuneffoiz ,  tant  me  rtboute. 

Au  millieu ,  &c. 

Fr.aigne  ,  Poëre  du  quatorzième  fiecle.    On  trouve  de  lui  quelques 
chanfons  dans  le  manufcrit  du  Duc  d'Orléans. 

C  H  A  N  S   ON  [b). 

Et  où  vas- tu,  petit  foupir 
Que  j'ai  ouï  fî  u^ulcement? 
T'en  vas-tu  mettre  à  faquement  (c) 
Quelque  povre  amoureu?    r.iartir  ? 
Vien-ça  ,  dy-moy  tort  ,  fans  mentir , 
Ce  que  tu  as  en  penfementt 
Et  où  vas-tu  , 

Dieu  te  conduye  (</)  à  ton  defir , 
Et  te  ramené  à  fauvement  ; 
Mais  je  te  requiers  humblement, 
Que  ne  faces  ame  mourir  : 
Et  où  vas-tu,  &c. 

Fredet,  Officier  de  Charles,  Duc  d'Orléans,  eft  un  des  Poctes  du 
quinzième  fiecle. 

Lettre  en  complainte  au  Duc  d'Orléans. 

Monfeigneur ,   pour   ce   que  fcay   bien 
Que  vous  avez  de  voftre  bien  (e), 

t— .— .m^.^  ■  B^ i^ ^ — MU— 

(d)  M'ôter. 

(£)  L'Auteur  fuppofe  qu'il  rencontre  un  foupir, 

(c)  Au  défelpoir. 

(d)  Couduife. 

(e)  Par  bonté, 

Autrefois 


SUR    LA    MUSIQUE,  tfs 

Autreffoiz  pris  plaifîr  à  lire 

De  mes  faiz  qui  ne  valent  rien , 

Dont  trop  à  vous  tenu  me  tien  (a) , 

Vouloir  m'eft  pris  de  vous  efcrire  t 

Et  mon  aventure  vous  dire , 

Laquelle  conter  vous  defire; 

Car  c'eft  rajfon  que  je  le  face^ 

Efpérant  que  de  mon  martyre, 

Tel  confeil  qui  devra  furfire, 

Me  donnerez  de  votre  grâce.  ; 

Il  eft  vrai  que  de  par  amours , 

Ung  jour  Saint  Valentin ,  à  Tours, 

Fut  une  grande  fefte  ordonnée , 

Et  fift  aiïàvoir  par  les  cours, 

Comme  de  couftume  a  toujours  • 

Que  chafcun  vint  à  la  journée; 

Là  eut  grant  joie  démenée, 

Et  mainte  haulte  loy  donnée, 

Qui  fut  fans  par  (£).  Choifit  à  doneques, 

[Mi  euz(c),  comme  par  deftinée, 

A  mon  gré  la  meilleur»  née 

Qui  en  France  fe  trouva  onques. 

Comme  Madame  ma  maîtrefie, 
Eft  nia  terrienne  Déeiïè, 
Tousjours  la  fers ,  &  l'ay  fervie  : 
Car  il  m'a,  par  deffenfe  exprefTe, 
Commandé  lui  faire  promeiïe 
D'elhe  fien  pour  toute  ma  vie  j 
Car  tant  ma  penfée  a  ravie, 
Et  à  la  chérit  aflervie, 
Que  ne  pourroye ,  fur  m'ame  (./) 
D'autre  jamais  avoir  envie, 
Tant  feull-ellc  bien  afTouvie; 
Si  fort  lui  a  pieu  que  je  l'aine  (e). 


(a)  Je  me  tiens  attaché  à  vous. 

(k)   Sans  égale. 

(c)  Mes  yeux  choifïrent  donc, 

(</)  Sur  mon  arue, 

(e)  Je  l'aime. 

J'orne  II.  Ç  ^ 


366  ESSAI 

Mais  ainfi  m'eft  vaques,  depuis 
Qu'à  elle  donné  je  me  fuis, 
Je  ne  peuz  avoir  bien   ne  joye ,' 
Fors  que  tous  maulx  &  cous  ennuys, 
Qui  à  toute  heure  ,  jours  &  nuys , 
Me  tourmentent  où  que  je  foye  , 
Tant  que  je  ne  fijay  que  faire  doye  (a); 
Et  femble ,  fe  dire  l'ofoye  (h) , 
Qu'ils  ayent  tous  ma  mort  jurée. 
Se  voltte  bonté  n'y  pourvoye, 
Force  fera  que  par  eulx  voye 
Fjner  ma  vie  malcurée  (c.-). 

Pour  ce  que  fouvent  ne  la  voy, 

Le  plus  que  je  puis  ,  fur  ma  foy , 

Je  ne  fais  qu'en  elle  penfer  ; 

Savés-vous   la  caufe  pourquoi? 

En  efpérant  que  mon  ennoy  (<£) 

Se  deuft  aucunement  cefier; 

Mais  il  ne  me  veul;  délaifîèr.: 

Car  plus  de  douleur  me  court  feure  9 

Qui  m'efl  fi  très  dure  à  pafTer , 

Que   je  defire  trefpafTer 

Plus  de  mille  foiz  en  une  heure. 

Que  je  fçeufTe  prendre  plailîr 
En   rien  qui  foi:,   fors  defplaifir, 
Las!  je  ne  pourrpye  loing  d'elle; 
Car  c'eft  celle  que  mon  defir 
M'a  fait  pour    maîtreffe  cheifir, 
Comme  fi  n'en  feuft  point  de  telle  : 
Tout  mon  bien  &  mal  vient  de  celle, 
Ainfi   comme  il  plaift  à  la  belle. 
Il  n'en  eft  qu'à  fa  vo  jlenté  ; 
Et  ne  cuidez  pas  que  vous  cèle  (c?) 
Que  ce  ne  foit  celle  qu'appelle  , 
Devan»  chacun  ma  leauté. 

(a)  Ce  que  je  dois  faire. 

(J>)  Si  je  l'ofois  dire, 

(c)  Malhaureufe. 

(</)  Ennui. 

[c)  Ne  croyez  pas  que  je  vous  cache. 


SUR    LA    MUSIQUE.  %cr 

Puifquc  je  l'amc  fi  très  fort , 
N'a  pas  amours  doneques  grant  tort, 
De  moy  faire  tant  endurer  ; 
Ou  dire  fault  qu'il  foit  d'accort, 
Que  pour  trop  amer  pregne  mort, 
Ou  moi   faire  défefpérer. 
Quand  plaindre  pour  foufpirer, 
Pour  mal  qu'il   me  voye  tirer, 
Il  ne  m'en   a  que  pis  donné  j 
En  ce  point  me   fault  deniourcr , 
Car  mieulx  vaulc  ainfi  qu'empirer:   • 
Veez  là  (ti)  comment  luis  gouverné. 

Hélas  !   ce  qui  plus  me  tourmente  , 

Ec  dont  fault  que  plus  de  deuil  fente, 

C'eft  la  grant  doubte  que  je  fais , 

Que  je  erîaille  à  mon   entente  (£) , 

Et  que  du  tout  perde  l'attente 

De  mes  tant  délirez  fouhaiz. 

Car  je  fuis  feur  {ç)  plus  qu'oneques  mais , 

Que  II  par  vous  ne  font  parfais , 

Voer  (</)  ma  vie  me  fauldra  , 

En  languifTant  ,  deforefmais , 

Comme  cil  à  qui  pour  jamais 

Toute  plaifance  deffauldra  (e). 

Et  quant  devers  amours  je  viens 
Lui  compter  les   maulx  que  fouftiens, 
En  lui  requérant  allégance  : 
11   me  refpond  ,  je   n'y  puis  lien  ; 
Mais  va-t-en  au  Duc  d'Orléans, 
Que,  fors  lui  (/),  n'en  a  la  puiiïance  ; 
Paye  donc  qu'ayes  {g)  fon  accointance, 
Et  te  metz  en  fa  bienveillance  : 
__ ■ — 

(a)  Voyez  comment  on  me  gouverne. 

{/>)  C'eft  la  crainte  que  j'ai  de  ne  point  obtenir  ce  que  je  délire. 

(c)  AfTuré. 

(</)  PalTcr. 

(i;)  Manquera. 

(_/')  Perlbnne  que   lui. 

{g)  Taches  donc  d'avoir, 

S*  i 


$6§  ESSAI 

Car  fe  tu  le  peux  faire  ainfi, 
Tu  ne  dojs  point  faire  doubtance 
Que  de  ta  dure  defplaifance, 
11  n'en  ait  voulentiers  merci. 

A   vous  doneques  me  fault  venir, 
Et  voftre  du  tout  (a)  devenir, 
Puifque  vos  avez  ce  povok 
Que  de  mov  faire  parvenir 
Au  plus  hault  bien ,  qui  avenu' 
Me  peut  jamais  ,  à  dire  voir. 
Pourquoi  il  vous  plaife  favoir, 
Que  fe  vous  y  faittes  devoir, 
Et  voulez  à  mon  fait  entendre 
Tellement  que  je  puifTe  avoir 
Celle  qui  taut  me  plaift  avoir  , 
Voftre  à  tousjours  je  m'irai  rendre. 

Or  n'oubliés  pas,  Monfeigncur, 
Voftre   très   humble  ferviteur  ; 
îvlais  efeoutez  mes  dolans  plains, 
Defquelz  je  vous  fais  clameur  ; 
Et  veuillez  ,  par  voftre  doulceur  , 
Que  par  vous  ils  foient  eftains(^); 
Car  croyez  qu'ils  ne  font  pas  fdins  (t), 
Ains  pires  avant  plus   que  mains  (d)  : 
Puis  me  donnez  de  voftre  grâce, 
Je  vous  ei>  pry  à  jointes  mains , 
Tel  refponce  que  foirs  &  mains  (e)3 
Tout  mon  vivant  joyeulx  nie  face. 

Froissard  (  Jean  ),  Prêtre,  Chanoine  &  Tréforier  de  l'Eglife  collégiale 
de  Chimay  ,  Hiftorien  &  Poè'te ,  naquit  à  Valenciennes  vers  1337.  On 
croit  que  ion  père  s'appellait  Thomas,  &  était  peintre  d'armoiries y  cepen- 
dant il  eft  qualifié  de  Chevalier,  à  la  tête  d'un  manuferit  de  l'Abbaye  de 
Saint  Germain-des-Prés. 

■  ■  ■  ■  11  1  1  ii     1     1  11  1    .. 

(rt)  Entièrement. 
{i)  Eteints,  terminés, 
(c)   Feints. 
(</)  Moius. 
(e)  Soir  &  matin» 


SUR    LA    MUSIQUE.  ^69 

Le  jeune  FroifTart  aimait  la  chatte,  la  Mufique ,  les  fêtes,  la  danfe  , 
la  parure,  la  bonne-chere  ,  le  vin,  les  femmes,  Sec.  Se  tous  ces  goûts, 
qui  fe  déveloperèilt  chez  lui  dès  l  âge  de  douze  ans,  gérant  fortifiés  par 
l'habitude  ,  fe  conférèrent  dans  fa  vieiflefle  ,  Se  ne  le  quittèrent  jamais. 
Cependant  deux  goûts  plus  forts  l'empêchèrent  de  fe  livrer  aux  excès  que  fans 
doute  les  autres  lui  euflenr  infpirés  ;  ceux  de  l'hiltoire  Se  de  la  poche.  Ils  furent 
toujours  les  dominans ,  Se  ce  fut  à  eux  qu'il  dut  fes  plus  grands  plaifîrs. 

11  n'avait  que  vingt  ans ,  lorfqu'à  la  prière  de  fon  Seigneur  Se  Maure 
Mcjfire  Robert  de  Kamur  j  Chevalier 3  Seigneur  de  Beaufort  ,  il  entreprit 
d'écrire  l'hiltoire  des  guerres  de  fon  tems  ,  particulièrement  de  celles  qui 
fuivirent  la  bataille  de  Poitiers  j  &  quatre  ans  après,  il  alla  en  Angleterre 
la  préfenter  à  la  Reine  Philippe  de  Hainaut  ,  femme  d'Edouard  III ,  Se  de- 
vint Clerc  de  fa  chambre,  c'eft-à-dire,  fecrétaire  ou  écrivain  de  cette  Princeiïè. 

Plufieurs  fois  l'amour  troubla  fa  raifon  &  enflamma  fon  fan;:  d'une 
ardeur  brûlante.  Dans  ce  tems-là ,  on  était  perfuadé  que  l'amour  était  le 
motif  des  plus  grandes  actions  de  courage  Se  de  vertu.  La  Reine  d'An- 
gleterre prenait  fouvent  plaifir  à  lire  les  poélies  amoureufes  de  Froiflàrd. 
Si  on  croit  ce  qu'il  y  dit  fur  une  de  fes  Darnes  (a) ,  elle  était  de  plus 
haut  rang,  Se  les  Rois  ,  ainfi  que  les  Empereurs  l'avaient  recherchée  j  c  eft 
ce  qui  n'eu:  aifé  ni  à  croire  ni  à  vérifier. 

11  était  à  Rome  en  1569,  lacfqu'il  apprît  la  mort  de  ion  illultre  pro- 
tectrice la  Reine  d'Angleterre  j  le  chagrin  qu'il  en  eut ,  lui  ota  l'envie 
d'y  retourner.  11  fe  retira  dans  fon  pays,  où  il  fut  nommé  à  la  cure  de 
Leftine;  mais  il  ne  garda  pas  long-tems  fon  nouvel  état,  Se  tout  ce  qu'il 
nous  apprend  de  fa  vie  pendant  qu'il  fut  curé,  c'eft  que  les  taverniers 
eurent  cinq  cent  francs  de  fon  argent. 

Dès  qu'il  fut  redevenu  libre  ,  il  s'attacha  à  Vinceflas  de  Luxembourg  . 
Duc  de  Brabant ,  félon  les  apparences,  en  qualité  de  fecrétaire:  mais  ce 
Prince  mourut  peu  de  tems  après,  év  Froillard  devint  Clerc  de  la  chapelle 
de  Guy ,  Comte  de  Blois  ,  qui  le  fit  voyager  en  Gafcogne  pour  achever 
la  chronique  qu'il   avait  commencée. 

On  fait  sûrement  qu'il  était  à  Paris  en  1591  ,  lorfque  le  Connétable 
de  Clifïon  fur  aflallinc  par  Pierre  de  Craon. 

(a)  C'çu-à-dire,  une  cic  fes  maûrellês. 


37o  ESSAI 

II  y  avait  ving-fept  ans  que  FrohTard  avait  quitté  l'Angleterre ,  lorfqu'il 
y  retourna  en  1395  ,  Se  fut  fort  accueilli  du  jeune  Roi  Richard  II,  en 
faveur  de  l'amitié  que  la  Reine  Philippe  de  Hainaut ,  fon  aïeule,  avait 
eue  pour  lui. 

Trois  mois  après ,  il  revint  en  France,  &c  vécut  encore  quelques  années  > 
puifque  dans  fa  chronique,  il  raconte  quelques  événemens  de  l'an  1400. 
On  ignore  l'année  de  fa  mort,  on  fait  feulement  qu'elle  arriva  en  Oclobre  , 
qu'il  mourut  à  Chimay ,  &  tut  enterré  dans  l'églife  de  Sainte-Monegundc 
de  cette  ville.  11  avait  alors  foixante-cinq  ou  foixante-fix  ans  environ. 
Bodin  &  la  Popeliniere  le  font  vivre  jufqu'en  14ZO  ;  mais  ils  fe  font 
évidemment  trompés. 

L'hiftoire  que  Froiifard  nous  a  laiifée,  s'étend  depuis  l'an  1 316  jufqu'en 

1400,  commence  par  conféquent  au  règne  de  Charles-le-Bel ,   &  finit  à 

la  moitié  du  règne  de  Charles  VI.  Elle  parle  non-feulement  des  événemens 

arrivés  en  France ,  mais  en  Angleterre,  en  Ecoife  ,  en  Irlande ,  en  Flandres  , 

en   Italie  ,   en  Efpagne  ,   en  Allemagne  ,  en  Hongrie ,   eu   Turquie  ,  en 

Afrique  ,   <Scc. 

Divifon  de  fes  Poéjies. 

La  première  partie  contient  beaucoup  de  virelais ,  de  lais,  de  rondeaux  j 
mais  ils  fe  trouvent  dans  des  ridions  poétiques ,  dont  ils  font  partie  ,  Se 
qui  font  des  morceaux   très  longs. 

Enfuite  viennent  des  lais  détachés;  mais  il  faut  remarquer  que  ce  mot,' 
qui  d'abord,  dans  la  langue,  ligniria  chanfon ,  &  enfuite  romance,  n'efl: 
plus  dans  Froiifard  qu'une  longue  pièce ,  très  difficile  par  la  mefure  des 
vers  ,  «Se  qui  n'était  point  chantée. 

Les  pafourelles  de  Froiifard  ne  font  que  des  contes,  &  point  des  chanfons; 
Il  s'en  trouve  environ  vingt. 

Les  chanfons  royaux ,  amoureufes  j  font  au  nombre  de  quatre  ,  donc 
la  deuxième ,  la  troiiieme  Se  la  quatrième  ont  été  couronnées.  Trente-, 
huit  ballades  amoureufes  j  treize  Virelais  amoureux  &c  quarante-trois  ron-i 
deaux  amoureux  terminent  le  recueil  de  fes  poches. 

Garencieres  ,  Poe'te  du  quinzième  fiecle,  était  aimé  de  Charles  ,  Duc 
d'Orléans,  qui  lui  adretfe  plufieurs  pièces  dans  le  manuferit  qui  nous 
refte  des  poéfies  de  ce  Prince. 


SUR    LA    MUSIQUE.  tfi 

Balade  au  Duc  d'Orlcans. 

Cupido  ,  Dieu  des  amoureux  , 
Prince  de  joyeufe  plaifance, 
Moi   Garcnciéres ,   très   foingneux 
De  vous  fervir  de  ma  puiflànce , 
Vien  devers  vous  en  obéiflance  , 
Pour  vous  humblement  requérir, 
Que  vous  veuiiliez  faire  punir 
Ung  homme  de  mauvaife  vie 
Qui   contre   raifon   veult   tenir 
Le  droit  de  voftre  feigneurie. 

C'eft  ung  enfant  malicieux  , 

Où  nul   ne  doit  avoir  fiance  : 

Car   il   en  a  ja  plus  de  deux 

Déccvés  ou  (a)  pais  de  France, 

Dont  vous   deulfiez  prendre  vengeance j 

Pour  faire  les  autres  cremir  (6)  ; 

C'eft  le  Prince  de  bien   mentir  , 

Ainfné  frère  de  Janglerie  , 

Qui  contre   raifon  veult  tenir  m 

Le  droit  de  voftre  feigneurie. 

O.iques  Lucifer  l'orgueilleux 
Ne  fift   fi  granr  oultrecuidance, 
Quant  il  emprift  d'eftre  envieux 
Sur  le  Dieu  de  toute  puifTance. 
Il  me  lemble  que  par  fentence 
Vous  le  deuflîez  faire  bannir 
De  voftre  court,  fans  revenir, 
Lui  &   fa   faulfe  compaignie , 
Qui  contre  raifon   veult  tenir 
Le  droit  de  voftre  feigneurie. 

E     N     V    O     J. 

Prince ,  s'on  (a)  doit  avoir  vaillance 
Pour  maintenir  à  gran:  babondance, 


(<j)  Trompés  au. 
(h)  Trembler. 
(*•)  Si  l'on. 


j7*  ESSAI 

Et  pouf  fjiulfeté  maintenir  , 

Vous  verrez  icellui  venir 

A  grant  honneur,  n'en  doublez  mie  f  % 

Qui  contre  raifon  veult  tenir 

Le  droit  de  voftre  feigneurie» 

Geiais  (  O&avien  de  ) ,  né  à  Cognac  en  1465  t  était  d'une  illuftre 
inaifon.  Il  entra  peut-être  malgré  lui  dans  l'état  ecclélîaftique  ;  mais  il 
fut  meilleur  Pocte  que  Théologien.  Cependant  Charles  VIII  le  fit  Evêque, 
d'Angoulême  ,   ôc  il  fut  facré  à  Lyon   en    1495  ,   en  préfence  du  Roi. 

Il  abandonna  alors  la  poéfie ,  &  ne  fongea  plus  qu'à  remplir  dignement 
les  devoirs  de  fon  état.  Il  mourut  en  Décembre  1502,  âgé  d'environ 
trente-fix  ans.  On  voit  fon  tombeau  à  Angoulême,  dans  une  belle  chapel,le 
bâtie  par  l'ordre  de  fon  frère,  Evêque  d'Uzès. 

CHANSON- 

On   m'a  donné  le  bruit  &  renomme'e 
D'avoir  efté  grandement  amoureux 
Le  tems  pafle  qu'on  m'a  nommé. 
On   n'en  fait  rien  ,  ils  jugent  tout  par  eux. 
Qu'ils  fâchent  donc  que  point  ne  fuis  de  ceux 
Lefquels  aimant  ne  font  aimés  des  Dames, 
S'il  ne  me  veut ,  auflî  je  ne  la  veux  ; 
Ce  m'eft  tout  un  ;  Monfieur  vaut  bien  Madame, 

Je  ne  veux  pas  que  de  moi  foit  blafinée  ,    ■ 

Mais  la  veux  bien  honorer  en  tous  lieux. 

Gracieufe  eft  ,  &  en  beauté  famée  , 

Et  le  maintien  très   frifque  (a)  &  très  joyeux  : 

Mais  elle  croit  que  fois  fi  glorieux 

Que  tant  j'e  l'aime.  Nenny ,  j'en  aurois   blafme  ; 

Car  qui  ne  m'aime  ,  comme  je  fais ,  ou  mieux , 

Ce  m'eft  tout  un  ,  Monfieur  vaut  bien  Madame» 

Si  autrefois  devant  moi   s'cft  pafmée , 

En   me  riant  de  fes    attrayans  yeux  ; 

Et   fi  d'un  autre  elle  citait  embafmée  (b) , 


(a)  Lefte. 


Commç 


SUR    LA    MUSIQUE.  37; 

Comme  on  m'a  dit,  dont  j'en  fuis  ennuyeux, 
Puifqu'elle  dit  qu'elle  trouverait  mieux 
Ailleurs  que  moi  ,  or  le  prenne  ;  par  m'ame 
J'en  fuis  content,   fans  en  eftre  envieux; 
Ce  m'eft  tout  un  :  Moniteur  vaut  bien  Madame. 

Gelais  (  Melin  de  Saint-),  né  à  Angoulème  en  1495,  floriUàit  dans 
le  feizieme  fiecle  ,  &c  était  fils  naturel  d'O&avien  de  Saint-Gelais,  Evéquc 
d'Angoulème. 

On  dit  qu'il  fit  le  premier  des  fonnets  français. 

Il  fut  Aumônier  &  Bibliothécaire  du  Roi,  &  mourut  en  1559,  faus  1» 
cegne  de  Henri  II.  On  l'enterra  à  Saint  Thomas  du  Louvre. 

C  H  A  N  S  ON. 

Je  ne  faurois   tant  de  fois  la  revoir 

Que  ne  lui  treuve  une  beauté  nouvelle  ,' 

Je  ne  faurois  tant  d'aife  recevoir 

De   la  douceur  de  fà  voix  non  mortelle  , 

Qnc]  mon  deGr  n'en  croifTe  &  renouvelle. 

Pour  mieux  la  voir ,  je  fouhaiie  autant  d'yeux 

Qu'en  a  le  ciel ,   &  pour  l'efcouter  mieux  , 

Servir  voudrois  d'oreilles  tous  mes  feus  , 

Bien  qu'à  tant  d'heur  trop  foibles  je  les  fens  : 
Mais  pour   penfer  à  lui  faire  fervice , 
Point  n'ay  befoin  des  autres  cœurs  abfcns  , 

Le  mien  tout  feu!  fait  allez  cette  office, 

AUTRE. 

Amour  me  fît  ,  auquel  je  fuis  tenu  , 
Offre  de  trois  ,  &  me  donna  loiiir 
De  les  connaître  avant  "de  les  choifîr. 
Puis,  quant  je  fuis  au  jugement  venu  , 
Toutes  les  trois  ai  pris  &l  retenu 
Secrètement   en   égale  fortune  ; 
Comme   Paris ,   je  n'en   eulfc   aimé   qu'une  : 
Mais  trop  4c  nul  lui  en  eft  advenu. 

Goût  (  Màiftre  Etienne  ),  Toëte  du  quinzième  (Tecie,  cuit  Je  la  cour 
Tome  II.  I  t 


374  -  ESSAI 

de  Charles ,  Duc  d'Orléans ,  &  l'on  trouve  quelques  pièces  de  lui  dans  le 
manufcrit  des  poéfies  de  ce  Prince. 

Jean  de  Lorraine  (  Monfeigneur  ).  Voyez  Sicile. 

Jean  I,  Duc  de  Bourbon,  né  en  Mars  1380,  fuivit,  comme  fon  père, 
le  parci  de  la  maiïon  d'Orléans  contre  le  Duc  de  Bourgogne  ,  dont  il 
défit  l'arriere-garde  en  141 4.  Il  commandait  l'arriere-garde  à  la  bataille 
d'Azincourt  en  1415,  &  y  fut  pris.  11  mourut  en  Angleterre  en  1433  , 
après  dix-huit  ans  de  prifon.  Son  corps  fut  apporté  au  prieuré  de  Souvigny» 

RONDEAU. 

Je  fens  le  mal  qu'il  me   convient  porter 
Non   advenu  ;  mais  je  crains   qu'il   aviengne , 
Et  qu'en  la  fin,  malheureux  je  deviengue , 
Sans  m'aiïêrvir  d'ailleurs  ,  ne  transporter, 

S'ainfi   advient  qu'à  tort   on   m'abandonne  , 
Que  Dieu  ne   vueille  !  que  ferai-je  (ans   per  ? 
Las  !  je  ne  fay  :  fi  ce  mal  on  me  donne  , 
Des  malheureux  je  ferai  le  non  per. 

Pour  le  meilleur  il  me  faut  déporter , 
Jufques   à  Tant  que  ce   malheur  me  viengne  ; 
Mais  à  ma  Dame  hardiment  en  fouviengne  , 
Car  pour  toujours  (à  rigueur  {apporter. 
Je  fens  le  mal  ,  SCc. 

Lussay  (  Antoine  de),  Pocte  du  quinzième  fiecle.  On  trouve  quelques 
vers  de  lui  dans  le  manufcrit  des  poéfies  de  Charles,  Duc  d'Orléans. 

Machau  (Guillaume),  né  vers  l'an  1182,  fut  d'abord  au  fervice  de 
la  femme  de  Philippe-le-Bel,  devint  en  1 307,  valer-de-chambre  du  Roi  > 
exerça  c«t  emploi  jufqu'à  la  fin  du  règne  de  ce  Prince  qui  mourut  eu 
1314. 

Nous  renvoyons  nos  Leûeurs ,  fur  ce  qui  regarde  ce  Pocte,  à  une  favante 
differtation  (a)  que  nous  devons  à  M.  l'Abbé  Rive.  Ce  favant,  aufli  aimable 

(a)  Ou  la  trouvera  à  la  fia  de  ce  Yolum*- 


SUR    LA    MUSIQUE.  37$ 

qu'eftimable  ,  &  qui  ne  faic  cas  de  fes  richeiTes  que  pour  les  partager,  a  bien 
voulu  nous  communiquer  fon  intéreffante  diifertation  ;  Se  nous  faifuîons  avec 
empreiTement  cette  occafion  de  déclarer  toutes  les  obligations  que  nous  lui 
avons ,  &  combien  nous  faifons  cas  de  fes  lumières  Se  de  fon  amitié. 

Marguerite  d'Autriche  ,  fille  de  l'Empereur  Maximilien  ,  née  en 
1480,  cultiva  les  lettres  Se  protégea  les  favans,  qu'elle  attirait  près  d'elle, 
à  Bruxelles ,  dans  les  Pays-Bas ,  qu'elle  gouverna  avec  grande  fageife.  Elle 
dut  époufer  Charles  VIII,  alors  Dauphin,  Se  lui  fut  même  fiancée.  Mais 
ce  Prince  la  renvoya  pour  époufer  Anne  de  Bretagne  ,  dont  le  mariage 
était  plus  utile  à  la  France,  puifqu'il  réuniffait  la  Bretagne  à  la  Couronne. 

En  1494,  elle  s'embarqua  pour  aller  époufer  en  Efpagne  l'Infant  Jean. 
Mais  ce  Prince  mourut  avant  la  célébration.  Enfin  en  1501  ,  elle  époufa 
Philibert-le-Beau ,  Duc  de  Savoie,  qui  mourut  en  1504.  Marguerite  vécut 
jufqu'en    15  jo. 

Ce  fut  dans  fa  traverfée  d'Oftende  en  Efpagne  que,  prête  à  périr  par 
une  furieufe  tempête,  elle  conferva  aflez  de  gaité  pour  faire  fon  épitaphe  : 

«  Ci  git  Margot ,  la  gente  Damoifelle 
»  Qu'eut  deux  maris,  &  fi  mourut  Pucelle. 

Elle  a  laifie  plufieurs  ouvrages  en  vers  «Se  en  profe  ,  parmi  lefquels  on 
trouve  le  difeours  de  fes  infortunes  <S"  de  fa  vie. 

Martial  de  Paris,  né  à  Paris,  fut  cinquante  ans  Procureur.  Il  mourut 
vieux  Se  eftime,  le  1  3  Mai  1508.  Il  fit  les  arrêts  de  la  Cour  d'Amour,  à 
l'imitation  de  ceux  des  tribunaux  établis  autrefois  pour  juger  les  querelles 
des  amans.  Ce  tribunal  était  compofé  de  plufieurs  Seigneurs  &  prélidé  par 
des  Dames. 

Il  fit  aulli  un  poeme  eftimé  ,  intitulé  les  Vigiles  de  la  mort  du  Roi 
Charles  VII ,  Se  le  petit  poeme  de  l'Amant  rendu  Cordelier. 

C  II  A  N  S  O  N. 

Le   bon  tems  ! 
Chacun   vivoit  joyeufement 
Selon  fon  état  Se  ménage. 
L'on  pouvoit  partout  feuremea: 
Labourer  en  fon  héritage 

f  t   i 


37$  ESSAI 

Si  hardiment ,  que  nul  outrage 
N'euit  été  fait  en  place  ou  voye 
Sur  peine  d'encourir  dommage  : 
Hélas  !  le  bon  teins  que  j'avoye  ! 

Lors  eftoye  en  la  fauvegarde 
De  paix   &  de   tranquillité  ; 
De  mal  ou  danger  n'avois  garde  j 
Juftice  avec  autorité  ; 
Le  pauvre  eftoit  autant  porté 
Que  le  riche  plain   de  monnoye  ; 
Blez  &  vins  croiiïbient  à  planté  (a) 
Hélas  !  le  bon  tems  que  j'avoye  ! 

Il  n'eftoit,  en  cefte  faifon  , 
De  Iogier  par  fourrier  nouvelles  , 
N'ez  hoftels  mettre  garnifon  ; 
Mais  de  faire  chère  à  merveilles  , 
Boire  à  deux  mains ,  à  grans  bouteilles  , 
Le  gras  fromage  par  la  voye 
Qu'on  mangeoit  à  grofles  rouelles  , 
Hélas  ;  le  bon  tems  que  j'avoye  ! 

Hé  !   quidez  vous  qu'il  faifait  bon 
En  ces  beaux  prés ,  à  table  ronde , 
Et  avoir  le  beau  gras  jambon  , 
L'efcuelle  de  porreaux  profonde , 
Devifer  de  Margot  la  blonde  , 
Et  puis  danfer  fous  la  fauflbye  , 
Il  n'eftoit  d'autre  joye  au  monde» 
Hélas  !  le  bon  tems  que  j'avoye  t 

Du  tems  du  feu  Roi  trépane 
Ne  doutois  (a)  brigans  d'un  feftu  ; 
Je  fuffe  paffé  ,  rapaffé , 
Mal  habillé  ,  ou  bien  veftu  , 
Qu'on  ne  m'euft  pas  dit,  d'où  viens-tu? 
Ni  demandé  que  je  portoye  ; 
Chemin  eftait  de  gens  baftu. 
Hélas  !  le  bon  tems  que  j'avoye  ! 

p^«»»—  ii  wm*mm*ç    ■■  i  ■    i  l 

Ja)  En  abondance. 
Ç>)  Craiguois.. 


SUR    LA    MUSIQUE.  377 

Meun  (Jean  de),  dit  Clopinel,  parcequ'il  était  boiteux,  vivait  fous 
Philippe-le-Bel.  11  fut  le  premier  Français  connu  cjui  traduitit  du  latin  en 
notre  langue.  L'ouvrage  qu'il  traduifit,  eft  la  confolation  de  la  Philofophie, 
par  Boëce;  &  depuis  lui  jufqu'à  Nicole  Orcfme,  précepteur  de  Charles  V, 
on  ne  connut  point,  dit-on,  d'autre  traducteur;  mais  M.  Falconnet  a  prouvé, 
en  1727,  que  le  pocrhe  de  Gemmïs,  de  Mzrbodus,  Evêque  de  Rennes ,  avait 
été  traduit  en  français  par  un  de  fes  contemporains;  or  Marbodus  vivait  au 
commencement  du  douzième  fiecle,  fous  Louis-le-Gros  &  fous  Philippe— 
Augufte.  La  chronique  de  l'Archevêque  Tnrpin  fut  auffi  traduite  fous 
Saint  Louis.  Brunctto  Laùnï ,  Italien  ,  traduifit  en  français  les  morales 
d'Ariuote ,  de  la  première  traduction  françaife  de  la  Bible  fut  faite  fous 
le  même  Roi. 

Jean  de  Meun  traduifit  aufli  le  traité  de  Végece  Se  plufieurs  autres.  Il 
finit  le  roman  de  la  Rofe,  commencé  par  Guillaume  de  Lorris. 

«  Je  fuis  maiftre  Jehan  de  Meung, 

a>  Qui  par  maints  vers  ,  faas  nulle  profe, 

si  Fis  cy  le  romau  de  la  Rolè  », 

Michauit  (  Pierre  ) ,  Secrétaire  du  Comte  de  Charolois ,  fils  du  Duc 
de  Bourgogne,  en  1466,  a  fait  le  Doctrinal  de  la  Cour,  ou  la  Danfe 
des  Aveugles,  dont  nous  avons  tiré  plufieurs  eftampes. 

Nevers  (Comte  de).  Philippe  de  Bourgogne,  Comte  de  Nevers  cV 
de  Réthel ,  Chambrier  de  France,  troiiieme  rils  de  Philippe-le-Hardi , 
Duc  de  Bourgogne,  commandait  douze  cens  hommes  d'armes  à  la  bataille 
d'Azincourt ,  où  il  fut  tué  le  25  Odobre  1415  ,  Se  eft  enterré  à  l'abbaye 
d'Eftelan  près  de  Rhétel.  11  avait  époufé  en  premières  noces  liabellc  de 
Coucy,  Comtelfe  de  SoifTons ,  fille  d'Enguerrand  VII,  lire  de  Colley,  &: 
d'Ifabelle  de  Lorraine. 

De  fa  féconde  femme,  Bonne  d'Artois',  il  eut  Charles  de  Bourgogne, 
Comte  de  Nevers.  Ce  fut  en  fa  faveur  que  le  comté  de  Nevers  fut  éi 
en  pairie. 

Sa  mère  époufa  en  fécondes  noces  Philippe-le-Bon ,  Duc  de  Bourgogne, 
&  mourut  à  Dijon  en   1415. 

Nous  ne  favons  pas  lequel  de  ces  deux  Cemtes  de  Nevers  ,  a  fait  les 


37S  ESSAI 

poéiies  qui  font  dans  le  manuferit  du   Duc  d'Orléans.   Il  y  a  quelqu'ap- 
parence  que  ce  fut  le  fils. 

R     O     N     D     E     L. 

Mon  très  bon  hofte  &  ma  très  doulce  hoftelTe, 
Très  humblement  &  plus  vous  remercie  , 
Des  biens  ,  honneurs  ,  bonté  &  courtoifie , 
Que  m'avez  fait  tous  deux  par  voftre  humbleiTe 

Auffi  fais-je  de  voftre  grant  largeiTe 
Aflidument  ma  bonne  compaignie, 

Mon   très  bon  hofte ,  &c. 

Très  humblement ,  &c. 

Mon  povre  cueur  ,  pour  payement ,  vous  laifle  ; 
Prenez-en  gré  ,  &  je  vous  en  fuplie  ; 
Et   oultre  plus ,  tant  que  je  puis ,  vous  prie 
Que  m'ottroïez  eftre  maiftre  &  maiftreiTe. 
Mon  très  bon,   &c. 

Olivier  de  la  Marche  ,  né  en  Franche-Comté ,  premier  maître  d'hôtel 
de  l'Archiduc  Philippe  d'Autriche,  Comte  de  Flandres,  mourut  en  1501. 
Ses  mémoires  comprennent  l'hiftoire  de  France,  depuis  1455  jufqu'en 
1499,  &  ont  été  mis  au  jour  par  Denis  Sauvage  en  1561. 

Jean  Lautens  lui  reproche  d  avoir  été  peu  équitable  envers  les  Flamands. 
11  a  fait  auffi  un  état  de  la  maifon  de  Charles -le- Hardi  ,  Duc  de 
Bourgogne,  en  1474.  Ses  mémoires  font  fort  curieux. 

R     O     N     D    E    L. 

Pour  amours   des  Dames  de  France , 

Je  fuis  entré  en  l'obfervance 

Du  très  renommé  Saint  François , 

Pour  cuider  trouver  une  fois 

La  doulce  voye  d'allégance. 

Saint  (a)  fuis  de  corde  de  fouffrance  , 
Soubz  haire  d'aigre  défirance, 
Plus  qu'en  mon  Dieu  ne  me  congnoit. 
1  ■  1    n  1  » 

(4)  Ceint. 


SUR    LA    MUSIQUE.  579 

Pour  amows  ,  &c. 
Suis   entré  ,  &c. 
D'autres   renommé  ,   &c 

Soubrcmcnt  vis  (a)  Je  ma  plaifance , 
Et  jufle  ce  que   defir  penfe  (J>) , 
Manrliant  par  tout   où  je  vois  (<:) , 
Je  veille  à  conter  par  mes   dois  , 
Les  maalx  que  m'a  fait  efpcrance. 
Pour  amours ,  &c. 

Orléans  (Madame  la  Duchefle  d' ).  Charles,  Duc  d'Orléans  ôc  de 
Milan,  fils  de  celui  qui  fut  aiTailiné  dans  la  rue  Barbette  le  23  Novembre 
1407,  eut  trois  femmes. 

i°.  Ifahelle  de  France  3  fille  de  Charles  VI ,  qui  avait  été  d'abord  mariée 
à  Richard  II  j  Roi  d'Angleterre.  Elle  mourut  en  couches  à  Blois  ,  le  13 
Septembre  1409,  &  ne  huila  qu'une  fille,  mariée  à  Jean  II ,  Duc  d'Alençon, 
condamné  deux  fois  à  avoir  la  tête   tranchée. 

20.  Bonne  d'Armagnac s  fille  du  Connétable,  qui  mourut  en  141 5  de 
douleur  de  la  perte  de  la  bataille  d'Azincourt  <5c  de  la  prife  de  fon  mari. 

30.  Marie  de  Cleves ,  fille  d'Adolphe ,  Duc  de  Cleves ,  &  de  Marie  de 
Bourgogne.  11  l'époufa  à  Saint-Omer  en  1440,  en  revenant  de  fa  prifou 
d'Angleterre  en  France ,  après  y  avoir  demeuré  vingt-cinq  ans.  11  en  eue  ; 

i°.  Louis  XII j  Roi  de  France. 

i°.  Marie  3  qui  epoufa  Jean  de  Foix,  Comte  d'Eftampes. 

30.   Anne,  Abbelle  de  Fontevrault. 

Apres  la  mort  du  Duc  d'Orléans ,  fa  veuve ,  époufa  Jean  ,  Sire  de 
Rabodange ,  Capitaine  de  Gravelines. 

11  y  a  apparence  que  les  vers  que  l'on  rrouve  fous  le  nom  de  la  DuchefTe 
d'Orléans  ,  dans  le  manuferit  des  poéfies  de  fon  mari  ,  fout  de  cette 
PrincefTe. 

R     0     N    D    E    L. 

En  la  foreir  de  longue  attente 
Entrée  fuis  en  une  fente  (<f) , 

»■■  ' •■    ■■   ■  1  1*0 

(a)  Je  vis  fobrement. 

(*)  Jufqu'à  ce  que  j'aie  ce  que  je  defite, 

(<r)  CM  je  vais. 

{d}  Un  fentier, 


|8o  .  ESSAI 

Dont  ofter  je  ne  puis  mon  cueur  : 
Pourquoy  je  viz  en  grant  honneur 
Par  fortune  qui  me  tourmente. 

Souvent  efpoir  chafeun  contente, 
Excepté  moi ,   povre  dolente  , 
Qui  nuit  &  jour  fuis   en  doleur. 

En  la  foreft ,  &c. 

Entrée ,   &c. 

Dont  oiter  ,  &c. 

Ay-je  donc  tort,  fe   me   garmente  (a) 
Plus  que  nulle  qui  fois  vivente  f 
Par   Dieu ,  nennil  ,   veu  mon  rnaleur  : 
Car  ainil  m'aift  mon   Créateur  , 
Qu'il  n'eft  paine  que  je  ne  fente. 
En  la  foreft,  &c. 

Orléans  (Charles,  Duc  d'),  Comte  d'Angoulème  du  vivant  de  fort 
père  ,  enfuite  Duc  d'Orléans ,  petit-fils  de  Charles  V,  fils  de  Louis ,  Duc 
d'Orléans ,  &  de  Valentine  de  Milan ,  père  de  Louis  XII ,  naquit  à 
Paris  à  l'hôtel  de  Saint-Paul,  le  16  Mai  1391,  &  montra  dès  fon  enfance 
les  plus  heureufes  difpofitions  pour  les  feiences  &  les  beaux  arts. 

En  1 407  ,  il  commença  à  prendre  part  aux  affaires.  L'époque  de  fon 
entrée  dans  le  monde  fut  la  mort  malheureufe  de  fon  père.  L'état  fâcheux 
de  Charles  VI  fut  caufe  de  l'impunité  de  ce  crime.  Le  Duc  de  Bourgogne, 
qui  en  était  l'auteur  ,  fe  voyant  menacé  d'un  févere  châtiment  ou  d'une 
cruelle  vengeance ,  n'eut  d'autre  parti  à  prendre  que  de  fe  faire  craindre 
ëc  de  s'emparer  de  toute  l'autorité. 

La  Ducheiïe  d'Orléans  &  fes  trois  fils  fe  jetèrent  vainement  aux  pieds 
du  Roi,  pour  lui  demander  juftice.  Malgré  leurs  plaintes  &  leurs  cris, 
le  Duc  de  Bourgogne  reçut  des  lettres  d'abolition  ,  qui  lui  furent  expédiées 
comme  s'il  avait  été  innocent ,  &  que  fes  aceufateurs  euffent  été  les 
coupables. 

La  Ducheiïe  d'Orléans  moutut  bientôt  de  douleur ,  le  quatre  Décembre 


(a)  Si  je  me  défoie, 

1408, 


SUR    LA    MUSIQUE.  î«i 

140 S,  &  dix  mois  après ,  Ifabeau  de  France  ,  femme  du  jeune  Duc  d'Or- 
léans, mourut  en  couches  y  le  13  Septembre  1409-  Charles  inconfolable, 
fut  encore  obligé  de  fe  racommoder  avec  le  Duc  de  Bourgogne  ,  par  un 
ordre  exprès  du  Roi.  Le  Duc  de  Bourgogne  lui  demanda  fon  amitié ,  & 
le  conjura  de  lui  pardonner  toutes  ckofes.  Le  Duc  d'Orléans  répondit ,  en 
s'adrelfant  au  Roi  :  Mon  très  cher  Seigneur  3  par  votre  commandement  , 
j'accorde  j  je  confens  &  j'agrée  tout  ce  que  vous  ave%  fait }  &  lui  remets 
entièrement  toutes  chofes.  Ils  s'embrafferent  enfuite;  tels  font  les  termes 
de  Juvenel  des  Urfins.  Il  était  aifé  de  juger  que  les  Princes  d'Orléans 
cédaient  à  la  volonté  du  Roi,  &  non  à  aucun  retour  d'amitié  pour  le  Duc 
de  Bourgogne. 

Leurs  querelles  fe  renouvelleront  bientôt  ,  ils  s'envoyèrent  mutuel- 
lement des  cartels ,  qui  cependant  n'eurent  aucune  fuite. 

En  141 3  ,  les  Anglais  ayant  cru  pouvoir  profiter  des  divifions  du 
Royaume  ,  firent  une  defeente  en  Normandie.  Les  Princes  d'Orléans 
n'héfuerent  point  à  offrir  au  Roi  leur  courage  &  leurs  armes.  Ils  furent 
mandés  à  Paris ,  le  Duc  Charles  y  parut  vêtu  de  noir  ,  l'ayant  toujours 
porté  depuis  l'an  1407.  Mais  le  Dauphin  lui  donnant  publiquement  des 
marques  d'amitié ,  exigea  de  lui  qu'il  quittât  fou  deuil. 

Après  diverfes  entreprifes,  tantôt  heureufes,  tantôt  malheureufes  ,  les 
Anglais  donnèrent,  le  25  Oétobrc  de  l'année  141 5 ,  la  bataille  d'Azincourt, 
fi  funefte  à  la  France.  Le  Duc  d'Orléans,  malgré  des  prodiges  de  valeur, 
fut  fait  prifounier  &  emmené  en  Angleterre  ,  où  il  demeura  vingt- 
cinq  ans. 

Ce  Prince  fortit  de  pvifon  en  1440,  par  l'entreprife  de  Philippe-le- 
Bon  ,  Duc  de  Bourgogne  ,  l'ennemi  de  fa  maifon  ,  avec  lequel  il  fe 
réconcilia.  Il  ne  fut  pas  plutôt  de  retour  en  France ,  qu'il  fit  tous  fes  efforts 
pour  conquérir  le  duché  de  Milan  ,  qui  lui  appartenait  de  droit  par  la 
mère  Valentine*,  mais  il  ne  put  y  réuflir,  &  laifïà  fes  prétentions  à  Louis  XII , 
fon  hls,e\:  à  François  I,  fon  fuccelfeur,  funeftes  prétentions  qui  caufeient 
alors  tous  les  malheurs  de  la  France. 

Charles  vécut  encore  vingt-fix  ans  8c  mourut  à  Amboife,  le  S  Janvier 

1466  (le  Père  Anfelme  dit  le  4  Janvier  1465  )  d'une  violente  maladie, 

eaufée   par   le    mépris   que   Louis   XI    fit   de    fes    remontrances.   François 

d'Orléans ,   Comte  de   Dunois ,   Grand-Chambellan   de  Franc;  ,   fils   du 

Tome  IL  \  \ 


3S2  ESSAI 

fameux  bâtard  d'Orléans,  &  par  conféquent  neveu  du  Duc  Charles,  le  fie 
enterrer  aux  Céleftins  de  Paris ,  le  :i  Février  1504. 

L'amour  des  belles-lettres ,  &:  principalement  la  poéfie  adoucit  fes  maux 
&  l'ennui  de  fa  captivité.  Nous  pouvons  en  juger  par  le  manuferit  de  fes 
poéfies ,  qui  était  à  la  bibliothèque  du  Roi,  ce  que  M.  de  Sainte-Palaye  > 
a  fait  copier. 

Ce"  manuferit  a  appartenu  à  M.  le  Comte  de  Seignelay  ,  petit-fils  de 
M.  de  Colbert.  Le  monogramme  de  Catherine  de  Médicis ,  dont  la  cou- 
verture de  ce  livre  eft  toute  femée ,  ne  permet  pas  de  douter  qu'il  n'ait 
suffi  apparrenu  à  cette  Pleine. 

Ce  volume  conrient  cent  cinquante-deux  ballades  ,  fept  complaintes  » 
cent  trente-une  chanfons ,  environ  quatre  cent  rondels,  enfin  un  difeours 
prononcé  devant  Charles  VII,  en  faveur  de  Jean  II,  Duc  d'Alençon ,  fon 
gendre,  qui    fut  condamné  à  la  mort. 

C'efc  a  Yiiion  que  Boileau  attribue  la  gloire  d'aycir  fondé  le  PamafTe 
français.  Si  ce  fameux  Pocte  eut  connu  les  ouvrages  du  Duc  d'Orléans  , 
il  aurait  avoué  que  Villon  avait  profité  des  poéfies  de  ce  Prince,  ainfi  que 
Clément  Marot  a  depuis  profité  de  celles  de  Villon. 

(a)   Chanfons  ou  Rondeaux. 

Tiengne  foy  d'amer  qui  pourra  (5); 

Plus   ne  m'en  pourroye  tenir  : 

Amoureux  me  fault  devenir, 

Je  ne  fçay  qu'il  m'en  avendra  (c). 

Combien  que  j'ay  oy  {d)  pieça 

Qu'en  amours  fault  maints  maulx  fourFiuv 

Tiengne  foy  ,  &c. 

Plus  ne  m'en,  &c. 

Mon  cueur  devant-hier  accointa 
Beaulté  qui   tant  le  fcet  chérir, 
Que    d'elle  ne  veult  départir. 
C'eft  fait ,  il  eft  fien  &  fera. 
Tiengne  foy  ,  &c. 


(a)  Il  y  en  a  deux  en  Anglais. 
{F)  Se  tienne. 
{c)  Ce  qui  m'en  arrivera- 
(d)  Entendu  dire» 


SUR    LA    MUSIQUE.  383 

AUTRE. 

N'elt-ellc  de  tous   biens  garnie 
Celle  que  j'aime  loyaument  f 
Il  m'eft  avis ,  par  mon   ferment  ; 
Que  fa  pareille  n'a  en  vie  {a). 
Qu'en  dites -vous,  je  vous   en  prieï 
Que  vous  en  fcmble  vraymeut  î 

N'eft-cllc,  &.C. 

Celle  que ,  &c. 

Soit  qu'elle  danfe  ,   chante  ou  rie, 
Ou  face  quelque  esbacement, 
Faites-en  loyal  jugement 
Sans  faveur  Se  fans  flaterie. 
N'eft-elle ,  &c. 

AUTRE 

Je  ne  prife  point  tels  baifiers, 
Qui  font  donnez  par  contenance  , 
Ou  par  manière  d'accointance  : 
Trop  de  gens   en  font  parçonniers  (i). 
On  en  peut  avoir  par  milliers 
A  bon  marchié  grant  abondance. 

Je   ne  prife  ,  &c. 

Qui  font,  &c. 

Mais  favez-vous  lefquelz  font  chiers(t)? 
Les  privez  ,  venant  par  plailance  (d ) , 
Tous  aimes  ne  font,ftns  doubtance, 
Que  pour  fcfloyer  écrangiers. 
Je  ne  prife,  &c. 

AUTRE. 

Voftre  bouche  dit,  baillez  moi , 
Ce  m'eft  avis,  quant  la  regarde  ; 
Mais  dangier  de  trop  près   la  garde, 


(a)  N'exiile  pas. 
(A)  Libéraux. 
(c)  Chers. 
(</)  Par  amitié. 


Vvx 


38*  ESSAI 

Dont  mainte  douleur  je  reçoy. 
Laiffez  m 'avoir  (a)  par  voftre  foy  , 
Un  doulx  baifier,  fans  que  plus  tarde. 
Voftre,  &c. 

AUTRE. 

S'il  vous   plaift:    vendre   vos   baifiers  , 
J'en  achèterai  voulentiers  , 
Et   en   aurez  mon  cueur  en  gage, 
Pour  les  prendre  par  héritage, 
Par  douzaines  ,  cent  ou  milliers  ; 
Ne  me  les  vendez  pas  fi  cbiers 
Que  vous  feriez  à  eftrangiers , 
En  me   recevant  en  hommage, 
S'il  vous  plaift ,  &c. 

Mon  vueil  (b)  Se  mon  defir  entier 
Sont  voftres ,  maugré  tous  dangiers. 
Faites  comme  loyale  &  fàge, 
Que  pour  mon  guerdon  (c)  Se  partage  , 
Je  foye  fervi  des  premiers. 
S'il  vous  plaift,  &c. 

A     U     T    R     E. 

Logez-moi  entre  vos  bras  r 
Et  m'envoyez  doulx  baifier  , 
Qui   me  vienne   feftoyer 
D'aucun  amoureux  folas, 
Tandis  que  dangier  (d)  eft  las 
Et  le  voyez  fommeiller. 
Logez-moi ,  &c. 

Pour  Dieu,  ne  l'éveillez  pasr 
Ce  faulx  envieux  dansrier. 
Jamais  ne  puiffe  s'éveiller! 
Faites  tort ,  &  parlez  bas» 
Logez-moi,  &c. 

{a)  Laiffez  moi  avoir. 

(b)  Ma  volonté. 

(c;  Ma  récompenfe. 

(<£)  Nom  donné  à  un  mari"» 


SUR    LA    MUSIQUE.  $%% 

AUTRE. 

Dedans  l'amoureuiê  cuifîne, 
Où  font  les  bons   friands  morceaux» 
Avaler  les  convient  tous  chauds, 
Pour  réconforter  la  poitrine. 
Saulce  ne  faut  ne  cameline  (a) 
Pour  jeunes  appétits  nouveaux. 
Dedans,  Sec. 

Il  fuffift  de  tendre  gcline(£), 
Qui  foit  fans  os  ni  vieilles  peanlx, 
Maincée  (c)  de  plaifans  couteaux, 
C'eft  au  cueur  vraye  médecine. 
Dedans,  &c. 

Lettre  en  complainte ,  fervant  de  réponfe  à  une  de  Fredec 

Fredet,  j'ai  reçu  voftre  lettre, 
Dont  vous  mercie  chiérement, 
Où  dedans  avez  voulu  mettre 
.Voftre  fait  bien  entièrement. 
Fier  vous  povez  feurement 
En  moy  ,  tout ,  non  pas  &"  demi  j 
Au  befoing  congnoift-on  l'ami. 

S'amour  tient  votie  cueur  en  ferre, 

Ne  vous  esbahifTez  en  rienj 

Il  n'eft  nulle  fi  forte  guerre 

Qu'au  derrain  (d)  ne  s'appaife  bien. 

Amour  le  fait,  comme  je  tien, 

Pour  efprouver  miculx  voftre  vueil  («)," 

Grant  joye  vient  après  grand  dueil. 

Se  vous  dites ,  las  !  je  ne  puis 
Une  telle  doleur  porter, 

•  —  m  ^i— — — »™^— — — — 

(a)  Sorte  de  faufle. 

(b)  Poulette. 

{c)  Découpée  avec. 
(<f)  Qui  à  la  fin, 
(<)  Volonté, 


$M  ESSAI 

Je  vous  refpons,    beau  fire ,  &   puis 

Vous  en   voulez-vous  dep  porter, 

Ou  au  Dieu  d'amours  rapporter  ? 

L'un  des  deux  fault,   fe  m'aift  Dieu  voire  (a)  ; 

Puifqu'il  eft  trait  (b) ,  il  le  faut  boire. 

Cuidez-vous  (c)  ,  par  dueil  &  courroux, 
Ainfî  gaigner  voftre   vouloir  ? 
Nennil  ;  ce  ne  font  que  coups    roux  (d)  , 
Qu'Amour  met  tout  en  nonchaloir  : 
De  rien   ne  vous  peuvent  valoir; 
Et  fe  (e)  les   couchez  en   defpenfe, 
Trop  remaint  de  ce  que  fol  penfe. 

Voulez-vous   rompre  voftre  tefte 

Contre  le  mur,  ce  n'eft  pas  fens  (/"). 

Il  fault  danfer  quand  il  eft  fefte  ; 

Certes,  autre  raifon  n'y  fens; 

Et  pour  cela  je  me  confens 

Que  fouffrez  qu'amours  vous  demaine. 

Grant  bien  ne  vient  jamais  fans  paine. 

Mais  de  vos  doleurs  raconter 
Faites  bien,  ainfi  qu'il   me  femble , 
Et  les  affommer  &   compter 
Devant  Amours  ;   car*  il  reflemble 
A  l'oftellier  qui   met  eniêmble 
Et  tout  dedens    fon   papier  couche. 
Pour  parler  eft  faicle  la  bouche. 

De  pieça  je  fus  en  ce  point 
Encore  pis ,  loing  d'allégence  ; 
Touteftois   ne  voulu-je  point , 
De  moy-mcfme  faire  vengence  ; 
^  Mais  chaudement  par  diligence 

PourchafTay  &  plaiday  mon  fait  : 
Peu  gaigne  cellui  qui  fe  tait'. 

(a)  Si  Dieu  m'aide  (  forte  de  ferment  ). 

(/>)  Tiré. 

(c)  Croyez-vous. 

(</)  Sans   fuccès. 

CO  Si. 

(/■)  Chofe  fenfce. 


SUR    LA    MUSIQUE.  387 

Ec  pour#cc  que  la  lettre  dit , 

Qu'Amours  veult  que  vers  moy  tirez  (a)  , 

De  moy  ne  ferez  efeonduit. 

S'aucune  chofe  defîrez , 

A  voftre  bien,   quant  l'efciircz, 

Paine  mettray ,  d'entente  franche , 

Que  l'ayez  de  croq  ou  de  hanche. 

Combatez  d'eftoc  &  de  taille 
Voftre  dure  merencolic , 
Et  reprenez,  commant  il  aille  (b), 
Efpojr ,   confort  &  chicre  lye. 
De  ne  vous  oublier  me  lie  (c) 
Autant ,  en  ce  que  puis  &  doy  , 
Que  fe  me   teniez  par  le  doy. 

Or  retournons  à  mon  propos , 
Et  ne  parlons  plus  de  cecv , 
Vrai  eft  que  je  fuis  en  repos 
D'amours ,  mais  non  pas  de  foulTy  ; 
Et  pour  ce  que  je  vueil  auflî  (d) 
De  me  confeillier  travailler  , 
L'ami  doit  pour  l'autre  veiliier. 

SoufTy  maintient  que  c'eft  raifoji , 
Qu'il  ait  fur  tous  vers  moi  puifTance. 
Nonchaloir  (é)  dît  qu'en  ma  maifon 
Vault  mieulx  qu'il  ait  la  gouvemancej 
Car  il  ramènera  plaifance, 
Que  fouiïy  a  bannye  à  tort, 
Sans  rcveillicr  le  chat  qui  dort. 

Souffy  refpond  qu'eftre  ne  peut, 
Tant   qu'on  eft  au  monde  vivant; 
Car  fortune  par-tout  s'cfiïicu: , 
Et  eft  à  chafeun  eftrivant  , 
En  tous  lieux  va  mal  eftrivant , 


(a)  Que  vous  veniez   à  moi. 

(£)  Quelque  chofe  qui  arrive. 

(V)  Je  m'engage. 

(«0  Veux. 

((•)  Infouciancc. 


388  "ESSAI 

Et  toutes  cliofe  rrlet  en  doubte  :  j, 

Elle  a  beaux  yeux  &  ne  voit  goutte.  • 

Si  ne  fçay  ce  que   je  dois  faire , 

Ne  lequel  d'eulx  me  laiffera; 

Car  veu  que  tousjours  j'ay  affaire, 

SoufTy  jamais  ne  cefTera , 

Mais  mon  plaifîr  rabeflera, 

En  quelque  place  que  je  voyfe  (a)  ; 

Bien  eft  aife  qui  eft  fans  noyfe. 

Quant  en  nonchaloir  je  m'esbas , 
Et  defplaifir  veuil  débouter, 
Jamais  ne  fcay  parler  fi   bas 
Que  foufly  me  viengne  efcouter. 
Las  !  je  le  doy  tant  redoubter  ; 
Car  à  tort  fouvent  me  travaille; 
Mais  fans  mafcher  faut  que  l'avalle. 

Je  ne  fçay  remède  quelconques, 
Quant  ay  mis  ces  chofes  en  poys  (tf , 
Pour  tous  deux  contenter  adoncques, 
Fors  les  faire  fervir  par  moys. 
Mandez-moi  fur  ce  quelque  foys, 
Fredet,  bon  confefl,  par  vortre  ame, 
Foy  que  devez  à  voftre  Dame. 

Ourmes  (  Gilles  des  ) ,  Pocte  du  quinzième  fiecle  ,  &  de  la  cour  de 
Charles,  Duc  d'Orléans,  on  trouve  quelques  vers  de  lui  dans  le  manuferit 
des  poéfies  de  ce  Prince. 

R     O     N     D     E     L. 

Jaulier  (c)  des  piifons 

Qui  tenez  tant  de  gens  de  bien , 
Ouvrez  leur ,  ils  payeront  bien 
Le  droit  de  l'yfluc  &  l'entrée. 


(à)  Que  j'aille. 
(J>)  Balance, 
(c-)  Geôlier, 


Ils 


SUR    LA    MUSIQUE.  329 

Ils  m'ont  cominirtlon   baillée 
D'appointer  ;  dites  moi  combien  ? 

Jaulier  ,  Sec. 

Qui  tenez,  &e. 
Car  j'ai  cy  finance  apportée 
AfTez  ,  que  de  leur  ,    que  du  mien  , 
Tant  qu'on  ne  vous  en  devra  rien  t 
Jufqu'à  la  dernière  journée. 

Jaulier ,  &c. 

Pôt  (  Guy  &  Philippe  ).  Guy  Poe,  Comte  de  Saint-Pol  de  Seigneur 
d'Amville ,  était  père  d'Anne  Pot ,  qui  époufa  Guillaume  de  Montmo- 
rency ;  &c  de  ce  mariage  vint  le  fameux  Anne  de  Montmorency ,  Conné- 
table de  France,  tué  en  1565,  à  la  bataille  de  Saint-Denis,  âgé  de  foixante- 
quinze  ans.  On  trouve  des  vers  de  Guy  &  de  Philippe  dans  le  manuferit 
des  poches  de  Charles,  Duc  d'Orléans. 

Rondd  de  Philippe  Pot. 

En  la  foreft  de  longue  attente  , 

Où  mainte  perfonne  eft  dolente  , 

Elpoir  me  promift  de  donner, 

Se  bien  vouloye  cheminer,  # 

Ce  qui  tous  amoureux  contente. 

J'ai  tout  mis,  cueur ,  corps  Bc  entente,' 

A  traverfer  chemin  &  fente , 

Pour  cuiller  ce  grant  bien  trouver. 

En  la  foreft  ,  &c. 

Où   mainte  ,  &c. 

Efpôir  me ,  &c. 
Mais  d'une  chofe  je  me  vante  ," 
Que  j'ai  eu  tous  les  jours  de  rente  , 
Pour  ma  quefte  parachever  , 
Paine  &  ennuy ,  fans  conquefter 
Riens  ,  finon  dueil  qui  me  tourmente. 

En  la  foreft,  &c, 

Robertet,  Pocte  du  quinzième  fiecle,  dont  on  trouve  un  rondeau  dans 
le  manuferit  des  poélies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

Tome  II.  X  x 


3<jo  ESSAI 

Roussiilon  (  Génrd  de  ).  Nous  n'avons  pu  nous  procurer  fur  ce  Poète 
que  ce  coupler  de  chanfon. 

En  amor  ne  doibt-on  ne  mentir,  ne  voir  dire; 
Et  cils  qui  en  jouift ,  tien  fe  gard  de  mefdire  : 
Car  nulz  n'eft   fi   loyal ,   fi  ne  fçait  bien  celer , 
Qui   ne  face  l'honneur  de   maintes  chancelier  , 
Et  cilz  qui  n'en  joyft ,  £ard  foy  de  vanterre  ; 
Car  pour  un  feul  vanter  l'on  doibt  perdre  fa  mie. 

Traduction.  • 

«  En  amoar  on  ne  doit  ni  mentir  ni   dire  vrai  ; 

»  Et  celui   qui  a  joui  doit   fe  garder  de  médire  : 

»  Car  nul  n'eft   fi  loyal  qui  ne  fafTe  chanceler 

»  L'honneur  des  Daines ,  s'il  ne  fait  point  fe  cacher  ; 

»  Et  celui  qui  n'en  jouit  point,  doit  fe  garder  de  vanterie  j 

»  Car  pour  une  feule  faulTeté  on  doit  perdre  fa  rnie  ». 

Seneschal  (  Le  Grand  ).  Nous  n'avons  pu  découvrir  quel  était  celui 
qui  eft  ainfi  nommé  dans  le  maintient  des  poéfîes  du  Duc  d'Orléans.  On 
fait  qu'il  n'y  avait  plus  de  grand  Senefchal  depuis  le  règne  de  Philippe- 
Augufte  ,  qui  avait  aboli  cette  charge  en  créant  celle  de  Maréchal  de 
Fftmce.  On  trouve  plufieurs  rondeaux  de  lui  dans  le  manuferit  du  Duc 
d'Orléans. 

R     0    N    D    E    L. 

Qui  trop  embrafle ,  peu  eftraint. 

Je  le  dy  pour  maintes  &  maint 

Qui  feevent  (a)  fervir  de  telz  tours  » 

Mettant  loyauté  en  décours  , 

Djnt  leur  bon  los  peut  être  eftraint  : 

Qui   a  choifi  &   pris  party , 

Puifque  fon  cueur  y  a  parey  , 

Elt-ce  bien  fait  de 'le  laifler  ? 

Pofé  qu'on  feuft  trop  mieulx  party , 

Si  ferait-ce  mal  départy  , 

Et  fon  honneur  trop  fort  bleffier» 

(«)  Savent. 


SUR    LA    MUSIQUE.  £*i 

Qui  varie  ,  faus  bien  remajnt  ; 
Par  fermeté  Couvent  on  vaint  j 
Les  bons  trouvent  tousjours  fecouts , 
Ceux  qui  changent  l'ont  à  rebours  : 
Il  eft  picca  efeript  ,  &  paint , 
Qui  trop ,  Sec. 

Sicile  (Jean  d'Anjou,  premier  du  nom,  Duc  de  Calabre,  fils  de  René , 
dernier  Roi  de),  naquit  à  Nancy,  le  7  Janvier  1416,  &  fhecéda  à  fa 
mère  Ifabeau  au  duché  de  Lorraine  en  1451.  Ayant  été  vaincu  prés  de 
Troyes  dans  la  Pouille,  au  combat  de  Samos  en  1460,  il  fe  retira  dans 
l'île  d'Ifchia  ,  &  revint  enfuite  à  Marfeille  en  1465.  Il  ht  enfuite  la 
guerre  au  Roi  d'Arragon ,  gagna  une  bataille  en  Catalogne  ,  obligea  le 
Roi  de  Navarre  à  lever  le  fiege  de  Peralca,  c\:  mourut  à  Barcelonne  le 
27  Juillet  1471.  Moréri  dit  le  \G  Décembre  1470.  Il  avait  époufé  Marie 
de  Bourbon ,  fille  de  Charles  I  ,  Duc  de  Bourbon  ,  &  d'Agnès  de  Bour- 
gogne. Leurs  enfans  moururent  jeunes  &  en  eux  s'éteignit  la  branche  des 
Rois  de  Sicile  de  la  maifon  d'Anjou. 

R     O     N     D     E     L. 

Après  une  feule  exceptée , 
Je  vous  ferviray  cefte  année  , 
Ma  doulce  Valentine  genre , 
Puifqu'amours  veult  que  m'y  contente  , 
Et  que  telle  eft  ma  deftinée. 
De  moi,  pour  autre,  habandonnéc 
Ne  ferez  ;  mais  fi  fort  amée  , 
Qu'en  deviez  bien  eftre  contente. 

Après  une  feule,  &c. 

Je  vous  ferviray ,  &c. 

Ma  doulce ,  &c. 

Or  me  foit  par  vous  ordonnée , 
S'il  vous  plaift  à  cefte  journée , 
Vo  voulcnté  doulce  &  plaifante  ; 
Car  à   la  faire   me   prefente 
Plus  que  pour  Dame  qui  foit  née. 
Après  une,  Sic. 


3^2  ESSAI 

AUTRE. 

j(  - 

Bien  deffendu  ,  bien  aflailly  ; 
Chafcun  dit  qu'il  a  grand  doulours; 
Mais,  au  fort,  je  veuil  croire  amour* 
Par  qui  le  débat  eft  failly  (a), 
Afin  que  qui  aura  failly  , 
N'aye  jamais  de  lui  fecours.  ' 

Bien  deffendu  ,  &c. 

Chafcun  dit ,  &c. 

Car  fe  j'ay  en  riens  deffailly 
De  compter  mon  mal  puis   deux  jours  j 
Banny  vueil  eftre  de  fes   cours 
Com   un   homme  lafche  &  failly. 
Bien   défendu  ,  &c. 

Tignoville,  Pocte  du  quinzième  fiecle ,  dont  on  trouve  des  vers  dans 
le  manufcrit  des  poéfies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

C'eft  peut-être  le  même  que  Tignonville,  Garde  de  la  prévôté  de  Paris, 
qui  fit  en  1496  une  ordonnance  pour  la  police. 

R     O     N    D     E     L. 

Pour  la  couftume  maintenir  , 
Celte  faint  Valentin  nouvelle  , 
Mon  cueur  a  choify  Damoifelle , 
Moyennant  l'amoureux  defir  ; 
Par  un  regart  fait  à  loifîr , 
Se  veult  logier  es  mains  de  celle 

Pour  la,   &c. 

Celle  ,  &c. 

S'on  lui  fait  trop  de  mal   foufFiir  , 
Je  m'accorde  qu'il  fe  rappelle   [b)  , 
Et  puis  fe  tiengne  à  la  plus  belle 
Oue  fes  yeulx  lui  pourront  choifir. 
Pour  la,  &c. 


(a)  A  commencé. 

{l>)  Confent  qu'il  fe  retiie. 


SUR    LA    MUSIQUE.  39} 

Torsy  (  Le  Sieur  de  ).  Il  y  a  quelques  vers  de  lui  dans  le  manofcrit 
des#poélïes  de  Charles,  Duc  d'Orléans.  Il  vivait  en  1440. 

R     0     N     D    E    L. 

Mais  qu'à  (a)  mon  mal  fi  ne  m'empire, 
Je  fuis  en  bon  point ,  Dieu  mcrcy  j 
Ne  n'ay  ne  douleur ,  ne  foucy 
De  choie  qu'on   me  puifTe  dire. 
Plus   ne  nie  plains ,  plus  ne  foufpîre  , 
Je  ni'enguc  (£)  &  dors  bien  aulfi. 

Mais    qu'à  ,    &c. 

Je  fuis  en  bon  ,  &c. 

Quant  j'oy  ung  amant  qui  foufpire, 
Aha  !  dis-je,  vêla  des  tours 
Dont  ufay  en  mes  jeunes  jours  : 
Plus  n'en  vueil  (c)  ;  bien  me  dok  fuffire. 
Mais  que,  &c 

Trémotjiile  (  Jean-Jacques  bâtard  de  la  )  ,  fils  de  Louis  I ,  Seiqnenr 
de  la  Trémouille,  né  en  145 1  &  morr  en  1471  ,  &  de  Jeanne  de  la  Rue, 
fut  légitimé  par  lettres  du  Roi  Charles  VIII ,  données  à  Melon  au  mois 
de  Janvier  14S5.  Il  était  fort  jeune,  lorfque  Charles  d'Orléans,  vivait 
encore.  On  trouve  quelques  vers  de  lui  daais  le  manufcrit  des  poélîes  de 
ce  Prince. 

Vaillant,  Poëte  du  quinzième  fiecle  ,  dont  on  trouve  des  vers  dans 
le  manufcrit  des  poéfies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans.  11  s'en  faut  bien 
qu'ils  vaillent  ceux  de  ce  Prince.   Ils  paraident  faits  vers  1430. 

R     O     N    D     E     L. 

Des  amoureux  de  l'obfervance, 
Je  fuis  le  plus  fubjiet  de  Fiance , 

(11)  A  moins  que, 

(/><  Mange. 

(c)  Je  n'en  vcuï  plus, 


}9i  ESSAI 

Car  fe  fers  d'eftre  mendien  (a) , 
Et  cherche  le  cotidien  ; 
Mais  nul  en  mon  fac  rien  ne  lance. 
Aux  frères  l'aumofne  pour  Dieu , 
Toujours  vois  (5)  criant  d'uys  en  huis  : 
Las  !  charité    ne  trouve  en  lieu  , 
Ne  pitié  ne  fcet  qui  je  fuis. 
Retourner  m'en  fault  fans  pitance , 
Defir  le  pourvéeur  me  tance , 
Puis  le  beau  père  gardien  ; 
Pis  fuis  que  Boefme  n'Yndien. 
L'Ordre  vuea  laifTer  fans  doubftancei 
Des  amoureux ,  &c. 

Villebresme  (  Maître  Bercault),  Poé'te  du  quinzième  fiecle  ,  dont  on 
trouve  une  balade  dans  le  manufcrit  des  poélies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans. 

BALLADE. 

Toft  fut  Priam  puifTant  Roy  couronne , 
Toft  fut  détruit  &  toute  fa  lignée  ; 
Toft  fut  Saturne,  à  mal  habandonné  j 
Toft  fut  Echo  en  amours  refufée  j  t 

Tôt  Léander  périt  en  mer  falée  ; 
Toft  dévia  la  noble  Rofenionde  ; 
Toft  fut  Dido  d'amours  déshéritée  ; 
Toft  fe  paffe  la  joye  de  ce  monde. 

Toft  délaifTa  Paris  Anone  (c)  ; 
Toft  fut  Biblis  en  fontaine  muée  ; 
Toft  defflora  Bachus  Erigone, 
Toft  fut  Jafon  ennuyé  de  Medée  ; 
Toft  fut  Philis  pendue  &  étranglée  ; 
Toft  finerent  Guifchart  &  Sigifmonde  ; 
Toft  print  jadis  Atropos  Dyopée  î 
Toft  fe  pafle  la  joye  de  ce  monde. 

Toft  fut  Saiil,  Roi  des  Juifs  ordonné; 
Toft  fe  navra  à  mort  de  fon  épée  ; 


(a)  Mendiant. 
(£)  Je  vais. 
(c)  OEnone. 


SUR    LA    MUSIQUE.  S9S 

Toft  fut  Phaéton  (a)  de  fouldre  environné  j 
Tort  fut  ravie  Hélène  &  Citharée  ; 
Toft  en  mourut  NoblefTe  incftimée  ; 
Toft  fut  Hero  noyée  en  mer  profonde  ; 
Toft  fut  l'amour  Piramus  eipirée  j 
Toft  Ce  parte  la  joye  de  ce  monde. 

ENVOL 

Toft  envahit  fortune  Hermioné; 
Toft  fut  Prognc  convertie  en  Haronde(&)j 
Toft  fut  Ithis  en  pièces  tronfonné  ; 
Toft  Ce  paflè  la  j'oie  de  ce  monde. 

Villon,  né  à  Paris  en  1 43 1  ,  fut  condamné  pour  des  friponneries,  à. 
î-tre  pendu.  Sa  gaieté  ne  Fabondonna  pas  dans  cette  trilte  lituation  j  car  il 
fit  cette  épitaphe. 

«1  Je  fuis  François  (  dont  ce  me  poife  )t 

»  Nommé  Corbueil  en  mon  furnom , 

»  Né   de  Paris  emprès  Pontoife  , 

t>  Et  du  commun  nommé  Villon, 

»  Or  dame  corde  d'ftne  toife 

»  Sauroit  mon  col  que  mon  cul  poifë ,' 

»  Si  ne  fuft  un  joly  appel  : 

»  Ce  jeu  ne  me  feinblait  point  bel  ». 

On  prétend  que  Louis  XI  lui  fauva  la  vie ,  ou  que  le  Parlement  changea 
la  peine  de  mort  en  un  bannilTement.  Il  fe  retira  à  Saint-Maixent  en 
Poitou ,  &  devint  le  fivori  d'Edouard  V,  Roi  d'Angleterre. 

Defpréaux  a   dit  de  lui  : 

«  Villon   fçut  te  premier  ,  dans  ces  fîedes  groiliers  , 
»  Débrouiller  l'ait  confus  de   nos  vieux  Romanciers. 

CHANSON. 

Suives  ,  beautés  ;  courez  aux  fêtes  , 
Aimés ,  aimés  tant  que  voudrés  , 

■  ■      ■ 
{a)  Phaéton. 
\k)  Hirondelle. 


39*  ESSAI 

Et  fi  n'y  perdrés  que  vos  têtes  : 
En  la  fui  ja  mieux  n'en  vaudras. 
Folles  amours  font  les  gens  bêtes. 
Salmon  (a)  en  idolatria. 
Samfon  en  perdit  fes  lunettes  ; 
Bienheureux  eft  qui  rien  n'y  a. 

Il  mourut  au  commencement  du  feizieme  fiecle.* 

Voys  (  Hugues  le  ) ,  Pocte  du  quinzième  fiecle ,  a  laine  quelques  ron- 
deaux &  chanfons  dans  le  manufcrit  des  poéfies  de  Charles ,  Duc  d'Orléans 

m  ■     i  m  i  ■«  ■!  i  u    ■    i     i  i  n  ■ 

(a)  Salomon. 


CHAPITRE 


SUR    LA    MUSIQUE.  3;7 


CHAPITRE    IX. 

Chanfons  du  Dannemark  y  lde  la  Norvège  &  de  f 

JN  ou  s  devons  à  l'amitié  que 'M.  Jacobi,  Secrétaire  de  la  Socié;.  I 
des  Sciences  de  Copenhague  ,  a  pour  M.  de  Schut^e  ,  les  détails  que 
nous  allons  donner  fur  les  chanfons  Danoifes,  Norvégiennes,  Iflandaifes  , 
Scandinaves  ,  ôcc.  Il  n'y  en  a  point  de  modernes  dans  ce  petit  recueil  j 
car  celles  que  l'on  fait  maintenant ,  relfemblent  aux  barcarolles  de  Venife  , 
&   fe  chantent   de  même. 

Celles  que  M.  Jacobi  a  choifies  ,  méritent  l'attention  des  curieux  , 
fur-tout  les  cinq  premières.  Elles  font  faites  par  les  anciens  Pocces 
Scandinaves ,  appelles  Scaldes  \  il  refte  un  grand  nombre  de  cette  forte 
de  poèmes  dans  les  vieilles  chroniques  du  pays. 

Elles  font  écrites  dans  l'ancienne  langue  Danoife,  qui  érait  celle  de  tout 
le  Nord,  y  compris  l'Angleterre,  &  qu'on  parle  encore  en  Mande.  Mais 
malgré  cet  avantage  ,  un  Iflandais  a  pourtant  de  la  peine  à  les  comprendre, 
car  les  Poctes  s'étaient  formé  un  langage  à  patt  ;  Se  outre  cela  les  inversions 
hardies  qu'on  trouve  dans  ces  poélies  ,  en  rendent  l'intelligence  très 
difficile. 

Ces  Scaldes ,  qui  étaient  des  perfonnages  illuftres  ,  chantaient  leurs 
chanfons  dans  les  Cours  des  Princes  de  ce  tems-là ,  à  la  louange  des 
guerriers  les  plus  diftingués  ,  év  les  accompagnaient  du  fon  de  divers 
inftrumens  ;  aulli  étaient-ils  appelles  Harpax  ,  c  eft-à-dire  ,  Joueurs  de 
harpe. 

M.  Jacobi  a  bien  voulu  enc»a<ier  M.   Hartmann  ,  favant   Mu/icien  du 

OC?  * 

Roi   de  Dannemarck  ,   à    noter  les  airs   que  nous  joindrons   ici ,  &   qui 
font  précieux    par  leur    haute   antiquité  ,    autant  que  par   leur  lingularité. 

Nous  commencerons  par  tranferire  une  chanioa  dont  nous  n'avons  point 
la  mufique ,   fk   qui  eft  traduite  en  français   par  Ai.  Jacobi. 

Cette   chanfon   contient   une   vérité    hiltorique    fur    laquelle    ou    peut 
confulter  Danck  Werth  Bcshreybung  des  Her^ogthums  Slefvig ,  pag.  1 1 1  , 
fc  M.  MalUtj  lùftoire  de  Dannemarck,  in-V,  tome  i,  pag.  2.4. 
Terne  11,  Y  y 


3p8  ESSAI 

M.  Jacobi  n'a  pu  parvenir  à  engager  aucun  payfan  à  chanter  l'air  de 
cette  chanfon ,  pour  qu'on  la  pût  copier.  '«  Ils  croient ,  dit-il ,  qu'on  veut 
»>  fe  moquer  d'eux  ,  quand  on  les  en  prie  ,  fur-tout  fi  c'eft  un  homme 
»  de  la  Cour  qui  leur  fait  une  pareille  proposition  ». 


Danmarck  deyligft  vang  og  vxnge 

Lukt  raed  Bolgen  blaa 

Hvor  de  vakre  voxne  drenge, 

Kan  i  leding  gaa 

Mod  de  Tydske ,  Slaver ,  Vender 

Hvor  man  dempaa  tog  henfénder, 

F-n  ting  mangler  ved  den  hâve 

Ledet  er  af  lave. 


Belt  af  guds  forfyn  lier  hegner 

Verger  flefte  laud 

Hvad  man  under  Danmarck  régner 

Nyder  vaern  af  vand 

Ingen  Nabo  fom  vil  vinde 

Tor  paa  Danmarck  gaa  i  Blinde, 

Fik  vi  ledet  hxngt  til  rette 

Landet  skulde  vi  t*tte. 

Melfar  fund  os  Fyn  beskytter 

Sarnt  hin  hoye  klint 

Antil  Getzor  ingen  Rytter 

Ride  skal  for  svindc 

Guldborg  Sund  for  Laalland  gienner 

Orefund   vort  Sielland  tienner 

Hvert  land  har  fît  eget  lukke 

Alt  maa  Fylland  bukke. 


■  «  O  Dannemarck  ,  pays  agréable  de 
»  champs  &  de  prairies ,  entouré  par  les 
»  flots  azurés  ,  pays  dont  la  jeuneffe  ro- 
»  bufte  eft  toujours  prête  aux  combats 
»  contre  les  Germains,  les  Slavons  ,  les 
»  Vandales  ,  &  par-tout  où  la  gloire  les 
»  appelle!  Jardin  délicieux  !  un  feul  point 
»  manque  à  ta  perfection  ,  ta  porte  eft 
»  dérangée. 

»  Ici  la  Providence  a  placé  le  Belt  (a) 
»  pour  te  couvrir  &  pour  garder  la  plupart 
»  de  tes  provinces  :  là  la  mer  fert  de  rem- 
»  part  à  tes  côtes  ;  aucun  voifin  ne  peut 
»  etpérer  de  te  furpiendre  avec  fuccès  à 
»  rimprovifte.  Oli  !  fi  la  feule  entrée  pra- 
»  ticable  pouvait  être  clolè  !  rien  ne  man* 
»  querait  à  ta  parfaite  siireté. 

»  Le  détroit  de  Medelfart  (f>)  défend  la 
»  Fionie ,  aufli  bien  que  fon  promontoire 
»  efearpé  ;  il  n'y  a  point  de  cavalerie  qui 
»  puifle  pénétrer  jufqu'à  Getzor  (c)  ,  le 
»  Sund  de  Guldborg  (d)  couvre  la  La- 
»  land,  comme  l'Orefund  (c),  la  Sélande  : 
»  chaque  province  a  fçn  rempart  à  elle  , 
»  le  feul  Jutland  eft  toujours  expofé. 


(d)  Il  y  a  deux  bras  de  mer  entre  la  Sélande  &  la  Fionie ,  &  entre  la   Fionie  Se  le 
Jutland,  nommés  le  grand  &  le  petit  Belt.  Ce  mot  lignifie  ceinture. 

(b)  Entre  la  Fionie   &  la  Sélande. 

(c)  Ou  Geddefore,  eft  la  côte  la  plus  méridionale  de  Falfter ,  qui  eft  inabordable. 
(J)  Guedborg  Sund,  eft  le  détroit  entre  Lalland  &  Falfter. 

(e)  C'eft  le  fameux  paflage  entre  laSéhr.de  &  laScauie,  qui  eft  gardé  par  Cronbourg. 


S  U  R    L  A 

Holfter,  Vagrer,  Lyneborgcr, 

Som  en  skadlig  flod 

Gior  os  Fylland  mange  forger 

Styrter  meget  Blod. 

Hvo  kan  venue  flig  en  vane 

Det  er  skam  at  lade  rane 

Saa  von  Fa:,  vort  gods,  formuc 

Piil  vi  har  o»  Bue. 


Saa  begyndte  Dronning  Tyre , 
Ret  kaldc  Danncbod 
Taie  til  .'c  Danskc  (lyre 
Forefat  med  Mod 
Gabed  kan  vi  vcl  Tillukke 
Saa  vi  os  ey  lader  pukke 
Af  hver  fremmed  lobeskytte 
Os  giefter  for  Bytte. 


Fra  moradfet  vert  ved  (bande 

Til  hofund  i  (li 

Vil  vi  os  en  vold  bemande 

Gior'en  fnever  fli 

Alt  skal  den  os  orlof  bede 

Som  vi   gicnncm  skullc  ftede 

Ey  skal  hver  dergiennem  fare 

Mcd  vor  ftiaalne  vare. 


Det  fom  faldt  i  hvermands  orc 

Og  enhver  befaldt 

Lod  fig  af  Kong  HaralJhore 

Tuktcs  over  ait 

Bud  man  over  Rigct  fende  ! 


MUSIQUE.  -0J 

»  Les  Holrtinois ,  les  Vagriens ,  les  Lu- 
»  nebourgeois ,  femblables  à  un  terrent 
»  impétueux  ,  nous  caufent  bien  des  foucis 
»  en  Jutlznd,  &  répandent  beaucoup  de 
»  fang.  Qui  pourra  les  détourner  d'une  fi 
»  inalhcureufe  habitude?  Il  nous  eft  hon- 
»  teux  de  laiffer  piller  nos  beftiaux ,  nos  effets 
»  8c  nos  biens.  Nous  avons  des  arcs  & 
»  des  flèches. 

»  Ainfï  s'exprimait  la  Reine  Tyre, 
»  nommée  Danebod  (a)  à  jufle  titre;  c'eft 
»  ainfi  qu'elle  haranguait  les  grands  de 
»  Dannematck,  parmi  lefquels  elle  pré- 
»  fidait  avec  dignité.  Il  ne  tieiu  qu'à  nous, 
»  conclut-elle  ,  de  fermer  l'entrée  de  noue 
i>  pays,  &  d'empêcher  les  incurlions  dis 
»  vagabonds  étrangers  qui  ne  vifent  qu'ai* 
»  butin. 

»  Depuis  le  marais  qui  eft  à  l'ouelt  vers 
»  la  mer  jufqu'à  Mofund  près  du  Sly  (3) , 
»  nous  formerons  un  rempart  bien  gardé, 
»  en  n'y  laiffant  qu'un  étroit  défilé  ;  alors 
=>  il  faudra  que  ceux  qu'il  nous  conviendra 
»  d'y  Iaiflèr  pafTer  ,  nous  en  demandent 
»  la  permiflïon  ,  &  perfonne  ne  pourra 
»  s'en  retourner  impunément  charge  Je 
»  nos  dépouilles. 

»  Ce  diicours  agréable  à  tous  les  audi- 
»  teurs  fut  approuve   par   le   Roi  Hara.'.l  , 
»  &  chacun  en  témoigna  fa  reconnaiffa 
»  L'on    envoya    des    exprès   dans   to; 
»  Royaume,  afin  que  chaque  bon  patriote 


(a)  Danebod  lignifie  refl.iurator  Danorum.  On  donnait  anciennement  des  furnoms  aux 
Princes.  Ainlî  Régner  fut  appelle  Lodbrog,  c'eft-i-dire ,  aux  chauffes  velues,  Eric  EyegoJ, 
c'eft-à-dirc ,  le  très-bon. 

'b)  Sly  eft  la  rivière  qui  a  donné  le  nom  à  SIefw  ig, 

Y  y   i 


400 


ESSAI 


Hvo  fi  g  for  en  daufx  vil  kiende 
Maatte  der  med  vogn  og  hefte 
Voldeu  at  befadte. 

Fra  den  oftre  Danmarks  flide 
Kora  de  skaanske  skiap 
Siellands  faren  her  vil  sliide 
Ingeu  yar  faa  knap 
Fynb.oe ,  Lollikken  og  Fydea 
Samt  hvo  fadde  neft  ved  Gryden 
Ingen  fig  da  glemte  hiemme 
Som  det  veik  kund  fremme. 

Danebod  Sig  hiert  lig  gleddc 
Der  hun  skaren  faae 
Sagde  :  vi  nu  hoit  tor  vodde 
Verket  fort  skal  gaae 
Henter,  Tyder  oft  og  kage 
Shens  de  andre  shuld  mon  aïe 
Ter  koft  kand  jer  umar  fpare 
Skal  den  Gierning  vare. 

Skaaningea  begyndto  at  grave 

Tvorft  fra  Kahlegat 

Frem  til  Hallingfted  og  lave 

Volclen  hoi  og  brat 

Fem  gang  fex  fod  blev  den  laveft 

Lex  gang  otte  fod  var  ragell 

Sommefteds  kun  Tyrretyve 

Som  clen  beft  kand  blive. 

Siellands  far  og  Fynbo  reften 

Giorele  fordig  fnart 

Jyden  skaffed  mad  for  gieften 

întet  her  blev  fpart 

En  porr  paa  hver  hundred  faine 


»  pût  Ce  rendre  inceffamment  avec  des  che- 
»  vaux  &  des  chariots  dans  les  lieux  où 
»  le  rempart  devait  être  fortifié, 

»  L'on  vit  arriver  du  côté  oriental  du 
»  Dannemarck  une  multitude  des  habitans 
»  de  la  Scanie  ;  le  Sélandais  prend  l'ou- 
»  vrage  â  cœur.  Chacun  fe  montre  plein 
»  de  zèle  &  de  bonne  volonté  ,  ceux  de 
»Fionie,  de  Laland  &  de  Jutland,  & 
»  tous  les  voifins  du  travail  s'empreffenc 
»  pour  hâter  l'ouvrage. 

n  La  Reine  Danebod  fut  pénétrée  de 
»  joie  en  voyant  arriver  en  foule  ces  trou- 
»  pes  nombreufes  ;  je  parie,  dit-elle,  que 
•  l'entieprife  finira  avec  honneur  :  vous , 
»  Jutlandais ,  apportez  des  vivres  &  des 
»  provisions  >  les  autres  travailleront ,  & 
»  vous  ferez  toujours  exempts  de  la  main- 
«  d'œuvre, 

»  Ceux  de  Scanie  commencèrent  à 
»  creufer  depuis  Kalegat  £a)  jufqu'à  Hol- 
»  lingfted  (b) ,  pour  former  un  rempart 
»  élevé  &  efearpé.  La  partie  la  plus  baffe 
»  était  de  trente  pieds,  la  plus  haute  de 
»  quarante-huit,' quelques  endroits  de  qua- 
»  rante ,  félon  la  convenance. 


»  Ceux  de  Sélande  &  de  Fionie  eurent 
»  bientôt  achevé  le  refte.  Le  Jutlandais 
»  fournit  les  vivres  avec  foin.  Rien  ne  fut 
»  épargné.  L'on  fit  une  porte  à  chaque 
»  cent  toifes  de  diftance ,  l'on  n'oublia  point 


(«)  C'eft    ainfi   que  l'on   nomme   encore  aujourd'hui  l'endroit  le  plus  occidental  de 
Dannevircke,  ou  Opus  Danorum, 

(J>)  C'eft  le  nom  d'un  endroit  au  bout  oriental  de  l'Opus  Dmorum, 


SUR    LA    MUSIQUE. 


Rcyfte  de  lod  Taarn  ey  Carne 
Hvoraf  Fiendcn  ramtc  skade 
Naar  han  tog  til  ftade. 

At  des  fnarer  fordes  kunde 
Det  verk  met  behor 
Dronning  Tyrc  lod  af  grunde 
Reyfe,  fom   man  kior. 
Giennem  volden  iîg  en  Bnrc 
Paa  det  verk  at  hâve  kure 
Rart  fig  noget  ret  vil  foye 
Under  fremmed  oye. 

Efter  onske  voxte  volden 

Danneviike  kaldt 

Som   har  mangen  Tonmigholden 

For  den  (let  forfaldt 

Ledet ,  fagde  Dronning  Tyre 

H.ir  vi  hongt ,  gud   vangen  hyre 

At  den  ingen  fremmed  brydcr 

Eller  Hof  bud  byder, 


Dannemarck  oi  nu  kand  ligne 
Ved  en  frugc  bar  vang 
Hcgncd   rundt  omkning  gudfigne 
Den   i  Nod   og  Frang 
Lad  ,  fom  korn  opvoxe  knegte 
Der  kand  fïisk  mod  Ficnden  fcegte 
Og  om  Danebod  end  taie 
Naar  hun  eri  Dvale. 


401 

»  les  tours ,  par  le  moyen  defquelles  011 
»  incommoda  beaucoup  l'ennemi ,  lorf- 
»  qu'il  voulut  en  approcher  fon  cany. 

»  Pour  achever  ce  projet ,  &  tout  ce 
»  qui  y  avait  rapport ,  la  Reine  Tyre  fc 
»  fit  élever  une  tourelle  fur  le  chemin  qui 
»  traverfe  le  rempart,  afin  de  veiller  clle- 
»  même  fur  les  travailleurs:  car  il  eft  rare 
»  de  voir  réunir  ce  que  dirigent  des  étran- 
»>gers;  l'œil  du  maître  fait  tout. 


»  Enfin  on  vit  le  former  à  fouhait  ce 
»  fameux  rempart  qu'on  nomme  Dame- 
»  virkc ,  lequel  a  foutenu  maints  aflauts 
»  avant  qu'il  ait  pu  être  détruit.  Mainte- 
aï  nant ,  s'écria  la  Reine  Tyre  ,  la  porte 
»  eft  affife  en  fa  place  ,  Dieu  veuille  pro- 
»  téger  l'enclos,  enforte  qu'un  étranger  ne 
»  puiiïc  la  rompre  pour  uous  immoler  un 
»  joug  odieux, 

1»  A  cette  heure  nous  pourrons  com- 
»  parer  le  Dannemarck  à  un  champ  fertile 
b  bien  enfermé  de  toutes  parts.  Que  le 
»  maître  du  monde  daigne  le  foutenir  eu 
»  tout  péril,  &  toute  détrefle,  qu'il  y  pto- 
»  duife ,  comme  des  épies  fans  nombre  ,' 
»  une  multitude  de  braves  guerriers  qui 
»  combattent  avec  intrépidité  contre  tous 
»  fes  ennemis ,  Se  qu'ils  puilTeut  exalter 
y>  Danebod,  lorfqu'elle  repofera  daus  la 
»>  tombe  ». 


Pour  que  le  Lecteur  ait  quelque  connailfance  des  poélies  Danoifes,  il 
faut  qu'il  commence  par  lire  ce  que  M.  Mallet  en  dit  dans  fon  intro- 
duction à  l'hiftoire  de  Dannemarck,  in-40  ,  pages  236 — 15©.  Nous 
ajouterons  d'après  M.  Jacobi  quelques  éclaircilfemens  fur  le  méchanifme 
des  vers.  Ceux  qui  délireront  en  avoir  de  plus  détailles,  pourront  recou- 
rir à  la  Préface  que   le  Jéfuite  Denis  a    mife   en  la  ta.   de   f< 


402  ESSAI 

Allemandes  ,  Lleder  des  Barden  Sineds  ,    imprimée   à   Vienne  ,   ii;-S°  , 

1772. 

Chanfons  anciennes  Scandinaves,  comme  on  les  chante  encore  en  Jjlande, 

Jrc. 


t*WT£gj=jt=fr+  è  f\  ■pEfEpEi^j^feÈ 


T: 


Hiuggo        ver  met       Hiorvi       Hitt        lœgit  mig     Jafnan  at 


lîiaiigHg^ill^rÉ^ilïlHFïiii 

Balldrs         fodr        becki         buna      veit  ec  -  ac      îîim    lum       Drekùra 


rt\ 


i^\ 


bior    at         bragdi       or       biugvidutn      haufâ        Ei  -  gi      kem      ecmet 


lii^^niiiifei 


œdro       ord  til        vidris         hallar. 


Traduction. 


«  Nous  les  avons  coupées  (  les  têtes  )  avec  nos  épées  ;  mais  ce  qui 
5)  caufe  ma  joie  ,  c'eft  que  je  fais  qu'Odin  me  tient  un  liège  tout  prêt 
»  pour  fon  feftin.  Bientôt  j'y  boirai  de  la  cervoife  (  bierre  )  dans  des 
»  cornes  recourbées  j  Se  ce  n'eft  point  en  tremblant  que  je  me  préfente 
»   à  fon  palais  ». 

C'eft  ici  la  vingt-cinquième  ftrophe  de  la  chanfon  attribuée  au  Roi 
Régner  Lodbrog.  Cette  chanfon  qui  eft  imprimée  toute  entière,  mais 
peu  correctement,  dans  Worm'ù  Litteratura  Runica3  Se  dans  le  recueil 
de  Biorner  ,  intitulé  Nordifea  Kccmpedatcr 3  a  été  traduite  en  Français  par 
M.  Mallet ,  dans  fes  Monumens  de  la  Mythologie  &  de  la  Poéjle  des 
Celtes  ,  page  150  «—<  156.  Elle  contient  vingt-neuf  ftrophes  en  tout,  qui 


SUR    LA    MUSIQUE.  ■;    ; 

commencent  toutes ,  excepté  la  dernière  ,  par  le  premiers  vers  Hiuggo 
yer  met  Hiorvi,  qui  fert  comme  de  refrein. 

Chaque  ftrophe  eft  compofée  de  huit  vers  j  la  même  conforme  ,  ou 
une  des  voyelles  fe  répète  trois  fois  clans  deux  vers ,  favoir  :  deux  lois 
dans  le  premier  &  une  fois  dans  le  fécond.  Bifarre  entrave  qui  ne  peut 
que  nuire  au  génie. 

Nous  allons  ajouter  la  dernière  ftrophe  de  la  même  chanfon  ,  parce 
qu'elles  nous  apprend  comment  les  anciens  envisageaient  la  mort.  Régner 
allait  périr  par  la  morfure  des  ferpens,  dont  on  avait  rempli  fa  prifon. 


Fyoumz  Hins   at  Hxtta 
Hcim  bioda  mer  difir 
(ij)   l'er  er  or  Herians  Hollo 
Hejr  odin  mer  fendar 
Gladr  raan  ec  Olmet  Afum 
.1   Ondvegi  drecka 
Lits  cro  Lidnar  ftundir 
Lxjaadc  skal  ec  deya. 


«  Mon  courage  me  dit  qu'il  faut  mourir. 

»  Déjà  les  Divinités  qu'OJi»  a  envoyées 

»  au-devant  de  moi ,  m'invitent  à  entrer 

»  chez  lui.  A(Tis  au  haut  de  fa  table,   je 

»  vais  donc  dans  mon  bonheur  boire  de 

»  la  cervoife   qu'il   m'offrira.    Les  heures 

»  de  ma  vie  font  terminées ,  je  mourrai 

»  en  riant  ». 


Cette  chanfon  eft  un  drottqued ,  du  genre  appelle  hatdeyfe ,  c'eft-à-dire  , 
fans  rire. 

Nous  donnerons  à  la  fin  de  ce  chapitre  toute  la  traduction  de  M.  Mallet. 

I     I. 


C\ 


/Ts 


T\ 


Ar   var    Allda      ta     Ymir        bugdi      vara       fândr    ne       fiar   ne 


/T\ 


r* 


T\ 


Svalar     unnir     Tord     var      ceva      Neu-phi-min  Gap     var   Ginnunga 


ÉT 


mmÊmmm 


Enn      gras    hvergi. 


(.1)  Cette  lettre  répond  au  th  des  Anglais ,  &:  fe  prononce 


fO-j.  ESSAI 

Traduction. 

«  Les  fiecles  ne  faifaienc  que  commencer  ,  lorfque  vivait  Imlr.  La 
»  mer  avec  fes  fables  innombrables  &  fes  flots  glacés  n'exiftait  point 
»  encore.  Il  n'y  avait  point  de  terre  ;  il  n'y  avait  point  de  ciel  ,  on  ne 
»  voyait  qu'un  vafte  abîme  fans  aucune  verdure  ». 

Cette  chanfon  eft  une  ftrophe  de  la  Volufpa.  On  peut  en  voir  l'expli- 
cation dans  M.  Mallet  >  Monumens  celtiques,  pag.  133  —  136. 

Elle  eft  compofée  de  plus  de  deux  cent  ftrophes  :  la  même  confonne  , 
ou  bier»  une  des  voyelles,  fe  répète  trois 'fois  de  deux  en  deux  vers.  Ce 
genre  s'appelle  togmalt ,  c'eft-à-dire  ,  chant  lent. 

I  I  I. 


II^iiii^glliÉi^ililii^i^^iêi 


Ofnotr       Madr      Ef      eignatz      getr       Fe       eda        Biods       mûaad 
fe 


^^j^^H-to^g^^ 


Metnadr    hanum     troaz     enn    Mannvit        all-dre-gi      Fraragen-gic     han 


drugt    i        dul0 

Traduction. 

«  Si  l'homme  fans  efprit  acquiert  des  richefles ,  s'il  obtient  une  femme 
»  aimable  ,  il  s'enfle ,  il  devient  orgueilleux  ;  .mais  jamais  le  fage  ne 
»  s'égare  dans  ces  fentiers  aveugles  ». 

Cette  chanfon  eft  une  ftrophe  du  Haramal ,  morceau  fublime  attribué 
à  Odin  lui-même.  M.  M ait 'et ,  dans  fes  Monumens  celtiques,  pag.  136  — 
144  j  l'a  traduit  prefque  tout  entier. 

Les  ftrophes  font  de  fix  vers  ;  une  même  confonne  .ou  une  voyelle  au 
commencement  d'un  mot  fe  répète  une  fois  dans  les  deux  premiers  vers  »' 

& 


SUR    LA    MUSIQUE.  40? 

Se  deux  fois  dans  le  rroifieme.  Cette  ode  eft  du  genre  appelle  togmolc , 
dont  nous  venons  de  parler. 

I    V. 


/7\ 


S?\ 


Sneid     Fyri      Sikiley       vi-da      fud      vorum      »a  prudit      Brynt 


É£^=^E^lÉg&  nr  ,r  r^rf=ffTfyr> 


s 


Skreid    vel  til    vanar       Vengîs      hiortt      unddren-gum    Vattic      ec    midr 

<T\  /T\  /7\ 


i^Éliiii^=t 


mm 


fë 


at    mot-ti       Myni      enn        pinnig-nen-na      po    lœtr       gerdr    i     Gordora 


i^Hf^l^iHI 


Gotthrings    vid-mer    Skolla. 

Traduction. 

«  Notre  vaifleau  fendait  les  flots  le  long  de  la  Sicile.  Commande  par 
»  des  hommes  braves,  il  eut  un  voyage  heureux.  Je  ne  crois  pas  que 
»  l'homme  le  plus  hardi  ofe  déformais  paffer  fur  nos  traces  \  Se  cependant. 
»  une  fille  de  Rulîîe  me  méprife  »  ! 

Cette  chanfon  eft  celle  de  Harald  le  vaillant ,  Prince  de  Norvège.  M. 
Mallet  l'a  traduite  dans  le  même  ouvrage  ,  page    156 —  158. 

Outre  la  répétition  de  la  même  confonne  ,  qui  eft  effentielle  dans  la 
Poélie  feandinave  ancienne  ,  chaque  vers  de  cette  ftrophe  contient  une 
demi-rime  &c  une  rime  entière.  M.  Jacobi  appelle  demi-rime  celle  qui 
eft  formée  par  les  mêmes  confonnes  ,  mais  avec  différentes  voye'les  ; 
lorfque  les  voyelles  ,  aulli  bien  que  les  confonnes ,  font  les  mêmes ,  c'eft 
la  rime  entière.  Cette  ode  eft  un  drotqued  rimé  ,  &:  de  ce  genre  fonc 
prefque  toutes  les  anciennes  chanfons  qui  nous  reftent. 

Le  même  refrein  termine  chaque  ftrophe. 

Nous  la  donnerons  toute  entière  à  la  fin  de  ce  chapitre. 
Tome  II.  Z  » 


\oi 


ESSAI 


iiE^pfe^Éiiïii^g^siÉS^è 


^ 


Fjrri     menn  at      frœdin     Kunno     Forn   ok    klok    a-heidr.um  Bokum 


fcdzêr 


.1113 


:^t£t 


^^Ê=^P=^^^i 


rrrrrrr 


fùngo     miukt   af    iînum        kongum        (lungit    Lof     a    danska- tun-gu 

/7N  <SN 


iîig^s^§ii^^iipi3^^ 


3=i? 


ok  i      j,oili  -  ko     Modr    malt     meir  Skylldumz  ec  en  nockr  $eira  Hrœrdan 


^S^^PP^S^ 


diâ  af     aftar       ordum     Allivaldanda      Kongi      at    Gialda. 
Traduction» 

«  Ils  polTéderent  les  hautes  fciences ,  écrites  avec  élégance  dès  les  terns 
-»  les  plus  reculés  dans  des  livres  profanes.  Ils  chantèrent  dans  leurs 
»  vers  danois  les  louanges  de  leurs  Princes  ;  &  moi  qui  poflede  cette 
»  langue  ,  je  me  crois  obligé  plus  qu'aucun  d'eux  à  repréfenter  au  Roi 
»  tout-puidant  mes  vers  doux  Se  agréables  »v 

Cette  chanfon  eft  une  ftrôphe  prife  d'une  hymne  appellée  Lifta.  On 
trouve  des  exemples  de  ce  metre  dans  le  Clavis  metrica  de  Sturlefon  :  il 
y  eft  appelle  Hryn  hendr  hattr  j  c'eft-à-dire ,  chant  cadencé ,  c'eft  une 
preuve  qu'on  le  connaiflait  déjà  dans  le  treizième  fîecle  en  Iflande. 

Dans  la  fuite  des  tems  le  langage  s'érant  altéré ,  &  les  Moines  ayant 
chafle  les  Scaldes  des  cours  des  Princes ,  l'ancienne  Poéiie  fe  perdit  ;  8c 
au  lieu  de  ces  Poéfies  qui  contenaient  la  religion  celtique  cv  qui  faifaient 
toujours  allufion  à  la  mythologie ,  on  fe  contentait  des  rimes.  M.  Jacobï 
a  une  collection  de  deux  cent  chanfons  pareilles  rimées,  dont  la  première 
centaine  a  été  recueillie  par  Anders  Wedel,  15  91  ,  réimprimée  enfuite  „ 
ic  augmentée  d'une  autre  centaine  par  Peder  Sys  1695.  Le  fujer  de  ct& 


SUR    LA    MUSIQUE.  407 

chanfons  eft  tantôt  un  fait  hiftorique,  un  combat,  un  rapt  ou  une  aventure 
amoureufe  ,  tantôt  un  conte  de  Fées,  une  fable,  une  métamorphofe  : 
il  n'y  a  gueres  que  les  Payfans  qui  les  favent  chanter  aujourd'hui. 

CHANSONS     NORVÉGIENNES. 

Voyage  pour  le  Sœter  (a). 


^=SÈi=^^È^^P^^^ 


Markie    gronas ,    Sniogan     braana ,    Fioel  bli    bœrt  aa    Lauve      Sproet 
Marynykiyl    flaar    ti     Dalom ,      Kue       fê    for        cete       mœt   :       Alt     fora 


^gpp^^ppgl=JÊ^EgË^Ê»^ig^4^i 


Livi ,      b'ydia       Krœke  ,      Bionnen     Kiœmtaa        hie        fram 


utur 


f^-  jjjjriJ-y  tr*ti£jC^pB 


Fiole     îpring    for- nog    de      ku-aa      kœlf-aa      Fau-aa-larn, 
Traductioh. 

«  La  campagne  reverdit  déjà ,  la  neige  fe  fond  ,  le  fommet  des  mon- 
»  tagnes  fe  découvre,  &  les  feuilles  fe  développent.  La  primevère  fleurie 
»  dans  les  vallons ,  le  bétail  peut  trouver  fa  pâture  :  tout  ce  qui  vit , 
»  commence  à  fe  mouvoir  :  Tours  quitte  fon  fort  :  les  vaches  &:  leurs 
»  veaux  ,  les  brebis  &  les  moutons  courent  avec  joie  hors  de  leurs 
a»  érables  55. 


(a)  C'eft  une  cabane  que  les  bergers  en  Norvège  élèvent  dans  les  vallées  ,  loin  de» 
habitations  principales ,  pour  y  paiïcr  l'été  Se.  garder  leurs  vaches  qu'ils  y  mènent  paître. 
RI.  Jacobi  la  croit  ancienne, 


Zz  2. 


4o$  ESSAI 

Cette  chanfon  fe  chante  par  les  bergères  lorfqu'elles  fe  rendent  aux 

cabanes  d'été. 

I   I. 

Retour  à  la  mai/on  d'hiver. 


'^mm^^^t^^m^^^^m^^ 


Oshagïort    kva    gioras     Skulla       yfta    oflaa    Kynna    Smor     Naaftaaataa 
Klovja     «l'ikiora,    Sœttîa  L«aas  for  fœter    dor    Korkîe  fins  dœ    meira     fbe 


fa^^qj^^^fe^E^q^^ 


:aa 


hœr    for    Hœ  -  je    hel    for    Krifl    Gla»      os  >     os    Slœp     aat    Bygden , 


Éi^l^l^î^ 


jnaelre     gla-ot        Kue      Viû. 

Traduction. 

«  Nous  avons  fini  tous  nos  travaux ,  battu  le  beurre  &  fait  le  fromage  s 
a  il  ne  nous  refte  plus  qu'à  charger  les  chevaux  de  notre  bagage  &  à 
»  clore  nos  cabanes  d'été.  11  n'y  a  plus  ici  de  nourriture  pour  les  troupeaux 
»  ni  pour  les  hommes.  Nous  nous  réjouiûons  d'être  libres ,  de  rerourner 
»  à  nos  habitations  j  mais  notre  bétail  s'en  réjouit  encore  davantage  ». 


1   I   I. 


\AUegretto» 


St^^^^^^^^^^ 


Stîifle    Scndaks     afteln    eingang    formeva     Lœit    va      dœheime    Lceva 


lÊÊ^S^g^^gi^^ÉgÉ^^ 


Ty-tlngen   va  giol ,,  aat    Skogen  ftraukefta    Nœver    Skrukka    tok  til    Nceva> 


inaii    ce    Konomin    fa    aat     ulybuas    Dalen    trang      For    cebydja    Eobe -t 


SUR    LA    MUSIQUE.  4c$ 


naagaa  dœr  Com    fâang       maale    tyktes    me    doe    ce    Ktentes    ve,     akcpaa 


^g^EEgÊfeggEJ 


dette    Laut     e      gieva. 

Traduction. 

«  Un  Dimanche  après  midi  ,  le  tems  me  paraiiTair  d'une  longueur 
*  exceiïïve  ,  je  m'ennuyais  d'être  dans  la  maifon  j  les  grains  de  Myrtil 
»  étaient  déjà  mûrs  :  je  courus  au  bois  pour  en  cueillir  dans  ma  corbeille 
»  faite  d'écorce  ;  à  peine  fus-je  arrivé  dans  le  vallon  étroit,  que  j'entendis 
»  quelqu'un  chanter  :  il  me  femblait  que  fa  voix  m'était  connue  j  c'eft 
»  pourquoi  je  redoublai  d'attention  ». 

1  V. 


Gamail    Kiœllen     Komti     fiugii      ftog    hek    krîng    flen-skicella      Hugu 


wt  r-fruj'frr^ 


Krykkia    hialp    am    flaa  -  at  -  aarin    utur    augo      pulla     taarin    Hantaa-reîma 
Œlfskins    Brok       fôlvbes    Une    finis  boin-tok       Stabbin    Scène  hain  fepa» 


ii^^^^l^ 


Bydia     skicelvand     grcedja     lia. 

Traduction. 

«•  Un  vénérable  vieillard  entra  dans  la  chambre,  les  flocons  de  neiga 
»  pendaient  autour  de  fa  tête  chauve  ;  fa  béquille  l'aida  à  s'approcher 
v  du  feu  y  les  larmes  tombaient  de  fes  yeux  :  alors  il  tira  de  fa  culotte  , 


$10  ESSAI 

»  faite  de  peaux  d'élan  Se  attachée  par  des  courroies ,  fa  boete  à  tabac 
i)  en  poudre ,  garnie  d'argent  ;  il  s'aflit  fur  le  bloc  à  couper  le  bois 
$>  (  place  d'honneur  )  j  Se  commençant  à  chanter  d'une  voix  chevrotante  , 
i>  il  dit,  Sec.  » 

V. 

Allegretto  moderato. 


Huldre  mœ  fîiog  aa    bœbrandes  hain    flœtta  brona  Haar-ti    Guld  fingra    Bain 


ç^Êzg^tëëÈH  r  :i  b.i!  j  'mm  m 


aa    Taattom    Kring      vene    Hugu    vain      Vaska     Ce-ti    Klara     Kiœlla. 


illMliilËlfllîillIlliaiii^ii 

Atta   for  guten    feette   ho-iè-<nc    Lagde    Tufênd   ftrœngle    Langipel  paa  kne 


m=mMl^M^mmÊ=MmmM 


mœ    (ângaa-leikho      fàales    tokte,    râa   Ho    truga    jom-taa    Fiœlla. 


J=g=t 


3t=V=£ 


W^Ê 


Stat    up  !     ftat  up  !    Siaa   at    œnde ,    Hoyc   fylo    ftrœnjin    kaa   dom    loet  ! 


eEEEj^EE^=ÉEK~É^=É=Eg: 

V. m — *. „. — —  k — w —  f — r—  m k -h' — 


3? — E 1 -J u 


Siaa    œi    Hûlder      fôm    du-brœnne    fôm    taa     Lyftna     aat    de    grœt 


^biiÊEi=rrî:y=ï==i-:3i^^î=^i^ 


manga  veit   e    paa    de   Snika    Lœt    me    bli  di    fœnte      jngor ,    fom    de 


twe-re    Lika     Hardû    Bo    aa     vcente. 

"Traduction. 

«  La  Nymphe    d'une  main  active  Se  tremblante   treflait  (es   cheveux 
t»  bruns  avec  un  ruban  tiiîu  d'or ,  Se  en  attachait  les  boucles  autour  de 


SUR    LA    MUSIQUE.  *t* 

»  fa  tête  charmante  :  elle  fe  lava  dans  une  fource  limpide,  Se  s'allie 
»  derrière  le  jeune  homme.  Elle  pofa  fur  fon  genou  fon  tympanon  à 
»  mille  cordes ,  &  commença  à  chanter  en  s'accompagnant  de  fon  inf- 
»  truraenr,  de  façon  qu'elle  forçait  les  rochers  à  répéter  cette  harmonie... 
»  Leve-toi  !  leve-toi  !  regarde  derrière  toi  !  écoute  comment  réfonent  les 
»  cordes  d'argent.  Vois  une  Nymphe  que  tu  enflâmes  ,  qui  verfe  pour  toi 
»  des  larmes  de  defir  &  d'amour.  Je  fais  que  plufieurs  fillettes  cherchent  à 
»  t 'attirer;  mais  choifis-moi  pour  ton  amante,  jamais  tu  n'en  trouveras  qui 
i>  te  chérifle  avec  tant  d'ardeur  ». 

V  I. 

Duo  entre  un  Payfan  des  montagnes   &  un  Payfan  des  bords  de  la  nier  3 

au  fujet  du  jour  de  la  naijfance  du  Roi. 
Preemier. 


a^^N^^^^^BP^^^^^ 


No-kom    œg-ta    fiella ,     der    rauk    fiiioven     Likfo  hava    knap  va  dee  paa 


i^iggs^gi 


skinaa    mehadde    Sloppe     fram. 
Second. 


No  kom    cegta     Siona      der    rauk     Likfo     œifnio      kava      knap  va  doc  mot 


*Et±~ 


=^§3=1^1 


Baaten    oeg     raa-kiaa-hadde      Land. 
Tous  les  deux, 

Ja     gud     figna      mota      aa      vocl-va      dœ     me       fans         me  i    dag  vil 


drikke    aa    fhu   aas    i    en   dans    me     vetit  votl  du    kienne     Prirnstavcn.  (a) 


(«j)  C'cft  un  calendrier  runique  trace-  fur  des  bâtons  aplanis.  Voyez  M,  Malle; ,  iauo» 
duftiou  à  l'Hiftokc  de  Dauncmaick,  pag,  1x4, 


£ïl  ESSAI 

Traductio   k. 

Premier  Payfan. 

«  Je  defcends  de  la  montagne ,  la  neige  y  tombait  avec  Pimpétuofitc 
m  des  flots;  c'eft  à  peine  que  j'ai  pu  m'en  tirer  fur  mes  patins  ». 

Second  Payfan. 

«  J'arrive  de  la  mer ,  elle  fumait  comme  un  brouillard  de  neige  ,  * 
i»  grande  peine  mon  bateau  a  pu  atteindre  le  rivage  ». 

Tous  les  deux. 

«  Oui ,  le  ciel  foit  béni  de  cette  rencontre  ;  c'eft  un  bonheur  de  nous 
»  trouver  enfemble.  Nous  allons  confacrer  cette  journée  à  boire  &  à. 
b  danfer  ,  je  fais  que  tu  connais  le  bâton  runique  ». 

CHANSONS     DANOISES, 

Compofées  par  le  roi  Régner  Lodbrog. 

Ce  fameux  Poëte  Se  Guerrier  régnait  en  Dannemarck  vers  le  commen- 
cement du  neuvième  fiecle.  Après  mille  courfes  maritimes ,  il  éprouva 
enfin  la  mauvaife  fortune  en  Angleterre.  Pris,  en  combattant,  par  Ella. 
fon  ennemi ,  Roi  d'une  partie  de  cette  île ,  il  périt  par  les  morfures  des 
ferpens  dont  on  avait  rempli  fa  prifon.  Il  laifla  plufieurs  fils  qui  vangerent 
cette  mort  horrible ,  ainfi  qu'il  l'avait  prévu  dans  ces  vers  qu'il  compofa 
pendant  fa  captivité. 

CHANSON. 

«  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épées  ,  dans  le  tems  où  jeune 
w  encore ,  j'allai  vers  l'Orient  préparer  une  proie  fanglante  aux  loups 
m  dévorans.  Toute  la  mer  ne  femblait  qu'une  feule  plaie  ,  ôc  les  cor- 
m  beaux  nageaient  dans  le  fang  des  blefles. 

»  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épées  ,  le  jour  de  ce  grand 

»  combat 


\ 


SUR    LA    MUSIQUE.  415 

»  combat,  où  j'envoyai  les  peuples  de  Helfingie  dans  le  palais  d'Odin. 

»  De-li  nos  vaiffeaux  nous  portèrent  à  lfa  ,  où  les  fers  de  nos   lames  , 

»  fumans  de  fang ,  entamaient  à  grand  bruit  les  cuiraiïes ,  &  où  les  épces 

»  mettaient  les  boucliers  en  pièces. 

»  Nous  nous  fommes'  battus  à  coups  d'épée ,  ce  jour  où  j'ai  vu  dix 
»  mille  de  mes  ennemis  couches  fur  la  poulliere  près  d'un  cap  d'An- 
»  gleterre.  Une  rofée  de  fang  dégouttait  de  nos  épées  ,  les  flèches 
j>  mugilFaienr  dans  les  airs  en  allant  chercher  les  cafques  :  c'était  pour 
»  moi  un  plaifir  auflî  grand  que  de  tenir  une  belle  fille  dans  mes  bras. 


»  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épée  ,  le  jour  où  mon  bras  fit  tou- 
»  cher  à  fon  dernier  crépufcule  ce  jeune  homme  lî  fier  de  fa  belle  chevelure  , 
»  qui  recherchait  les  jeunes  filles  dès  le  matin  ,  &  qui  fe  plaifait  tant 
»  à  entretenir  Tes  veuves.  Quelle  eft  la  deftinée  d'un  homme  vaillant , 
as  fi  ce  n'eft  de  tomber  des  premiers  au  milieu  d'une  grcle  de  traits  ? 
»  Celui  qui  n'eft  jamais  blefté,  parte  une  vie  ennuyeufe ,  &  le  lâche  ne 
j>  fait  jamais  ufage  de  fon  cœur. 

«  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épée.  11  faut  qu'un  jeune  homme 
s»  fe  montre  de  bonne  heure  dans  lei  combats ,  qu'un  homme  en  attaque 
»  un  autre  ,  ou  lui  réfifte.  C'a  été  là  toujours  la  noblefie  d'un  héros  ;  & 
»  celui  qui  afpire  à  fe  faire  aimer  de  fa  maîtrefle ,  doit  être  prompt  & 
n  hardi    dans  le  fracas  des  épées. 

«  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épée,  mais  j'éprouve  aujourd'hui 
»>  que  les  hommes  font  entraînés  par  le  deftin  ;  il  en  eft  peu  qui  puit^-nt 
«  réfifter  aux  décrets  des  Fées ,  euiTai-je  cru  que  la  fin  de  ma  vie  ferait 
n  réfervée  à  Elit ,  lorfqu'à  demi-mort  je  répandais  encore  des  torrens 
n  de  fang,  lorfque  je  précipitais  les  vaiifeaux  dans  les  golfes  de  l'Ecolfe, 
»  &  que  je  fournilTâis  une   proie  Ci  abondante  aux  bêtes  fauvages  ? 

»  Nous  nous  fommes  battus  à  coups   d'épée  ;  mais  je  fuis  -plein    lie 
r>  joie  ,   en    apprenant  qu'un  feftin   fe  prépare   pour  moi  dans  le    palais 
»>  d'Odin.  Bientôt  aliïs  dans  la  brillante  demeure  d'Odin,  nous  boir<    • 
Tome  IL  A  a  a 


4,14  ESSAI 

»  de  la  bierre  dans  les  crânes  de  nos  ennemis.  Un  homme  brave  ne 
»  redoute  point  la  mort.  Je  ne  prononcerai  point  des  paroles  d'effroi  en 
»  entrant  dans  la  falle  d'Odin. 

»  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épée.  Ah  !  fi  mes  fils  favaient 
«■  les  tourtnens  que  j'endure,  s'ils  favaient  que  des  vipères  empoifonnces 
»  me  déchirent  le  fein  ,  qu'ils  fouhaiteraient  avec  ardeur  de  livrer  de 
»  cruels  combats  !  La  mère  que  je  leur  ai  donnée ,  leur  a  laiile  ua 
»  cœur   vaillant. 

»  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épée  ;  mais  à  préfent  je  touche 
»  à  mon  dernier  moment.  Un  ferpent  me  ronge  déjà  le  cœur  :  bientôt 
»  le  fer  que  portent  mes  fils  lera  noirci  dans  le  fang  d'Ella  ;  leur  colère 
»  s'enflamera ,  &  cette  jeune  (Te  vaillante  ne  pourra  plus  fouffrir  le  repos. 

«  Nous  nous  fommes  battus  à  coups  d'épée  dans  cinquante  &  un 
»  combats  où.  les  drapeaux  flottaient.  J'ai ,  dès  ma  jeuneiïe ,  appris  à 
a  rougir  de  fang  le  fer  d'une  lance  ,  &  je  n'eufle  jamais  cru  trouver  un 
»  Roi  plus  vaillant  que  moi  :  mais  il  eft  tems  de  finir,  Odin  m'envoie 
3)  fes  Dédies  pour  me  conduire  dans  fon  palais  :  je  vais ,  affîs  aux 
i>  premières  places ,  boire  de  la  bierre  avec  les  Dieux.  Les  heures  da 
»  ma  vie  fe  font  écoulées ,  je  mourrai  en  riant  ». 

Chanfon  d' H  A  RALD  le  vaillant ,  prince  de  Norvège. 

Ce  Prince  vivait  au  milieu  du  onzième  fiecle.  Il  fut  un  des  plus 
illustres  avanturiers  de  fon  tems ,  &  parcourut  les  mers  du  nord ,  l'Océan 
fur  les  côtes  d'Afrique ,  &  la  Méditerranée.  Il  y  fur  pris ,  &  conduit  à 
Conftantinople,  où  il  refta  quelque  tems  en  captivité.  Il  fe  plaint  dans 
cette  chanfon  des  rigueurs  à,EliJJiti  fille  de  Janjlas  t  Roi  de  Ruine. 

«  Mes  navires  ont  fait  le  tour  de  la  Sicile.  C'eft  alors  que  nous  étions 
»  brillans  <Sc  magnifiques ,  mon  vaiiïeau  brun  ,  chargé  d'hommes  ,  voguait 
»  rapidement  au  gré  de  mes  defirs  \  occupé  des  combats ,  je  croyais 
»  naviger  toujours  ainfi  :  cependant  une  fille  de  Rulfie  me  méprife. 


SUR    LA    MUSIQUE.  415 

»>  Je  me  fuis  battu  dans  ma  jeuneffe  avec  les  peuples  de  Dronrl.e  m. 
»  Ils  avaient  des  troupes  fupérieures  en  nombre  :  ce  fut  un  terrible 
>•  combat  j  je  lairtài  leur  jeune  Roi  mort  fut  le  champ  de  bataille  : 
»  cependant  une  fille  de   RulTie   me  méprife. 

r>  Un  jour  nous  n'étions  que  feize  dans  un  vaifleau  ;  une  tempête 
»  s'élève  &  enfle  la  mer  ,  elle  remplit  le  vailfeau  chargé  ;  mais  nous  le 
»  vuidàmes  en  diligence.  J'efpérais  de-là  une  heureux  fuccès  :  cependant 
»>  une  fille  de  Rulîie  me  méprife. 

»  Je  fais  faire  huit  exercices  ;  je  combats  vaillamment  ;  je  me  tiens 
»»  fermement  à  cheval  ;  je  fuis  accoutumé  à  nager  j  je  fais  courir  en 
»  patins;  je  lance  le  javelot  ;  je  m'entends  à  ramer  :  cependant  une  fille 
»»  de  Ruflie  me  méprife. 

»  Peut-elle  nier  cette  jeune  &  belle  fille ,  que  ce  jour ,  où  porté  près 
»  de  la  ville  dans  le  pays  du  midi ,  je  livrai  un  combat ,  je  ne  me 
»  fois  fervis  courageufement  de  mes  armes,  &  que  je  n'aie  laiffé  après 
»  moi  des  monumens  durables  de  mes  exploits  :  cependant  une  fille  de 
>♦  Ruflie  me  méprife. 

»  Je  fuis  né  dans  le  haut  pays  de  Norvège  ,  là  où  les  habirans 
j>  manient  li  bien  les  arcs  ;  mais  j'ai  préféré  de  conduire  mes  vaifleaux  , 
»  l'effroi  des  payfans ,  parmi  les  écueils  de  la  mer  ,  &  loin  du  féjOOE 
»  des  hommes  ,  j'ai  parcouru  les  mers  avec  ces  vaifleaux  :  cependant 
<>  une  fille  de  Ruflie  me  méprife  ». 


Danfe  des  Payfans  dans  le  Diocèfc  de  Bergen  en  Norvège. 


Ora^iofo. 

r.rfir-»-'- 


zErrtBLgg^g-gjif  1  c^gg 


HÉ^g^BgB 


Aaa  i 


4i6 


ESSAI 

Autre. 


IPg^BJë^PPPggEte^gELfej 


gg^^^S^i^ëiEgÊgg^i^^jg 


Autre. 


i^^m^^^mr^^^Bês 


m~Pa 


ïilH^^^ii 


ii^^g-^g^i^^igËfi^i 


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^i ' ,«• 1 


Autre.- 


ïïiliÉ^il^ÉlÉi^lÈ 


i^^gfe-^Ëp 


r~ — ' —    ■  *V— — ^^ — >■— — ^-    **^    .  ,  ... — «^- »-9Mi  — .-_____— 11— 


psË^^g^g^^^  frtfTftf  rrff  4&felp^ 


fê 


SUR    LA    MUSIQUE. 


417 


Cai. 


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te^i^E^S^-^lE££ 


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ÉÈ=5é»S3^S±;3- 


Autre. 


Allegro* 


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^^^^^m^m 


^Êg^^^Ê^mmsffism 


Airs     Norvégiens. 
Alt  de  Danfe. 


r=S=S=i 


anrrTr^u^fegîr  i.rryP.-,  1.  h 


ilË^Éi^Égpg^iiî^Ë 


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Chanfon. 


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3- 


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4i8 


ESSAI 


Danfe. 


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Autre, 


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ï^éi 


£ 


%±k: 


Autre. 


Mujique  pour  le  Lour  (a). 


u.a  ^™*  uâtf.  ^^ 


(a)  Le  Zowr  cft  une  efpece  de  Cor  qui  produit  un  fon  aigu  ,  les  Bergers  en  lavent  tirer 
pluiîeurs  fonsj  cet  inftrument  à  vent  eft  fort  ancien,  on  s'en  fervait  autrefois  dans  les  guerres. 


SUR    LA    MUSIQUE.  41? 

CHAPITRE    X. 

Des  Chanfons  ù  Poéjîes  Herfes  (a). 

.Nous  n'avons  pu  nous  refufer  le  plaint  de  parler  ici  de  la  Poéfie  Gallique 
ou  Herfe ,  de  ce  genre  fingulier  de  Poche ,  que  nous  regardons  comme 
celui  qui  parle  le  plus  à  l'âme.  Ceux  de  nos  Lecteurs  qui  voudront  avoir 
plus  de  détails  fur  ce  genre  de  poche ,  peuvent  lire  la  favante  DifTertation 
de  M.  Blair,  Miniftre  EcolTais,  que  l'on  trouve  dans  le  Journal  étranger; 
6c  le  Difcours  préliminaire  de  M.  le  Tourneur ,  qui  eft  à  la  tête  de  fou 
agréable  Traduction  des  Poéfies  d'Olhan. 

Les  anciens  EcolTais  étaient  une  colonie  des  Celtes.  Les  Druides  6c 
les  Bardes  s'établirent  chez  eux  ,  après  avoir  quitté  les  Gaules  ,  &  furent 
chargés  de  conferver  &  de  chanter  leurs  actions  héroïques.  Les  Druides  furent 
bientôt  détruits  j  mais  les  Bardes  plus  heureux ,  habilitèrent  prefque  jufqu'i 
nos  jours ,  fous  le  même  nom ,  6c  exerçant  les  mêmes  fonctions  dans  le 
Nord  de  l'Ecolfe  6c  dans  l'Irlande.  L'hiftoire  nous  apprend  que ,  lorf- 
qu'Edouard  I  conquit  le  Pays  de  Galles ,  il  fit  mettre  à  mort  tous  les 
Bardes  qui  s'y  trouvèrent  ,  pareeque  par  leurs  chants ,  ils  avaient  trop 
de  pouvoir  fur  l'efprit  du  peuple.  Ce  n'eft  pas  alfurément  la  plus  belle 
action  de  fon  régne. 

Les  Poëmes  d'Offian  cv  des  anciens  Bardes  font  en  profe  mefurée  ; 
ils  gardaient  la  rime  pour  les  morceaux  lyriques  dont  ils  femaient  leurs 
ouvrages  ,  &  qu'ils  chantaient  en  s'accompagnant  de  la  harpe. 

Ollian  vivait  avant  TétablilTement  de  la  Religion  Chrétienne  en  EcolTe, 
vers  la  fin  du  troifieme  (iecle ,  ou  au  commencement  du  quatrième.  Ce 
fut  l'an  de  J.  C.  303,  que  la  perfecution  de  Dioctétien  fit  palier  quelques- 
Chrétiens  en   Bretagne.    Ces   premiers  Millionnaires    vécurent    dans   des 


(<j)  Par  Poe'fies  Herfes  ,  on  entend  les  Poefics  FcofTaifès  &  Irlamlailes  ;  on  n'a  con* 
fèrvé  ici  le  mot  de  Herfes ,  que  pareeque  c'eft  fous  ce  nom  que  dans  les  journaiu  ou 
a  fait  connaître  les  PosSlies  Ecoffailcs. 


'a.20  ESSAI 

cavernes  ;  8c  ce  fut  avec  eux  qu'Olîîan  ,  dans  les  dernières  années  de 
fa  vie  ,  difputa  fur  la  Religion  Chrétienne.  La  tradition  a  confervé  cette 
difpute  célèbre,  8c  Oflian  y  montre  une  telle  ignorance  des  dogmes  du 
Chriftianifme  ,  qu'on  ne  peut  pas  fuppofer  qu'il  fût  déjà  introduit  en 
EcoiTe. 

Fingaly  fi  célèbre  dans  l'hiftoire  antique  de  l'Ecoffe,  8c  père  &OJJian> 
fameux  par  fes  poéfies ,  était  un  defeendant  de  Trenmor  qui  détruifit 
l'ordre  des  Druides ,  &  qui  fut  proclamé  Roi  par  toutes  les  tribus.  Le 
rétabliifement  de  Ferard-Jrto  fur  le  trône  de  l'Irlande,  fut  le  dernier 
exploit  de  Fingal  ;  alors  il  remit  folemnellement  fa  lance  à  OJJian,  qui 
en  fit  un  digne  ufage  pour  la  défenfe  du  faible  &  de  l'opprimé ,  jufqu  a. 
ce  que  la  vieillelfe  l'eut  fait  tomber  de  fes  mains.  Alors  privé  de  fon 
père  8c  de  fon  fils  Ofcar  3  tué  en  trahifon ,  aveugle  &  infirme ,  il  charma 
fa  douleur  &  fes  maux  ,  en  chantant  les  exploits  de  fes  amis.  11  fe  traînait 
fouvent  à  la  tombe  de  fon  père  ,  8c  fe  confolait  en  la  touchant  de  fes 
mains  tremblantes.  OJJian  chantait  pour  un  peuple  que  le  fpectacle  de 
la  nature  ne  laflait  jamais.  C'eft  de  ce  fpeétacle  qu'il  emprunte  fans  ceffe 
fes  images  &  fes  comparaifons.  Cet  homme  fingulier ,  doué  par  la  nature 
d'une  fenfibilité  exquife ,  était  porté  à  cette  tendre  mélancolie  qui  accom- 
pagne ordinairement  le  génie  [a) ,  &  fon  ame  était  également  fufceptible 
de  force  &c  de  douces  émotions. 

On  diftingue  quatre  périodes   dans  l'hiftoire  des  Sociétés  humaines. 

i°.  Les  hommes  ont  commencé  à  vivre  de   la  chalfe. 

a°.  De  leurs  troupeaux. 

3°.  De   1  agriculture. 

4°.  De  leur  commerce. 

Les  Poéfies  d'Ofiian  nous  préfentent  le  tableau  de  la  première  période , 
&  un  peu  de  la  féconde,  mais  rien  des  deux  autres \  ce  qui  prouve  leur 
haute  antiquité. 

On  y-  voit  des  femmes  enlevées  de  force ,  &  toute  la  tribu  fe  liguer , 
comme  dans  le  tems  d'Homère  ,   pour  venger  l'injure. 

Par   le   récit   de  leurs  batailles  ,   on  voit  qu'ils   ne  connaiflaient  point 

•»  -.  .il  ■  -■  __-- ._ 

{a)  Ariftote  dit  que  la  mélancolie  eft  le  partage  des  grands  gînlcs  :  Omnes  inge- 
ttiofos  melancholUot  ejfu  * 

le; 


SUR    LA    MUSIQUE.  4*1 

les  trompettes  ,  les  tambours  ni  aucun  infiniment  militaire.  Le  cri  du 
Général  était  le  fignal  du  combat  j  auffi  la  voix  du  terrible  Fingal  eft-elie 
fouvent  citée. 

Les  deux  caractères  diftindtifs  des  poéfies  d'Offian  font  la  tendrefle  & 
le  fublime.  C'eft  la  poéfie  du  cœur  ,  &  on  s'apperçoit  que  le  Poé'ce 
cherchait  moins  à  plaire  aux  autres  qu'à  exprimer  ce  dont  il  était  pro- 
fondément pénétré.  Son  plaifir  était  de  penfer  aux  héros  avec  lefquels  il 
avait  vaincu ,  de  fe  rappeller  la  maîtreffie  qu'il  avait  adorée ,  ôc  les  amis 
qu'il  avait  perdus. 

11  ne  compofait  que  Iotfque  fa  mufe  l'infpirait  :  alors  s'écrie-t-il  : 
„  Quelle  eft  cette  voix  qui  frappe  les  oreilles  d'Offian ,  &  élevé  fon 
»>  ame?  C'eft  la  voix  des  tems  qui  font  écoulés,  ils  roulent  devant  moi 
»  avec  les  actions  des  hommes  ». 

Alors  il  chante  ce  qu'il  voit ,  ce  qu'il  entend  ,  &  fon  ame  verfe  dans 
fes  chants  tous  les  fentimens  dont  elle  eft  pleine. 

Homère  n'a  de  fupériorité  fur  Offian  que  celle  que  les  Grecs  avaient 
fur  les  Celtes  j  ôc  Ci  la  balance  du  fublime  devait  pencher  d'un  côté  , 
peut-être  ne  ferait-ce  pas  en  faveur  d'Homère ,  bien  fupérieur  cependant 
à  Offian  en  variété,  en  idées,  en  peintures  de  caractères,  en  agrémens  , 
en  gaité,  &c.  Offian  pouvait-il  être  gai,  il  avait  furvécu  à  tous  les  amis  , 
&  avait  été  préparé  à  la  mélancolie  par  tous  les  événemens  de  fa  vie. 

Nous  ne  citerons  qu'un  de  fes  Poèmes. 

O  ï  N  A     M  O  R  U  L. 

«  Comme  on  voit  la  lumière  du  foleil  fuir  devant  l'ombre  fur  la  vafte 
,»  coline  de  Larmon }  ainli ,  au  milieu  des  ténèbres,  les  images  des  decles 
u  paffiés  fe  fuccèdent  devant  ma  penfée.  Quand  les  Bardes  fe  font  retires, 
»  quand  les  harpes  font  fufpendues  aux  voûtes  de  Selma3  alors  une  voix 
»  fe  fait  entendre  à  l'oreille  d'Offian,  &  réveille  fon  ame.  C'eft  la  voix 
»  des  fiecles  partes;  ils  roulent  devant  moi  chargés  d'evénemens.  Je  iaili, 
j>  les  faits  éclajans  à  mefure  qu'ils  pallent  dans  ma  mcnioue  ,  &  je  les 
n  reproduis  dans  mes  chants.  Les  chants  d'Offian  ne  font  point  un  torrent 
Tome  IL  Bbb 


422  E    S    S   A    î 

»  rapide  &  fangeux  ,  ils  s'élèvent  dans  les  airs  comme  les  doux  concerts 
»  de  Lutha.  O  terre  heureufe  de  Lutha!  quand  la  main  légère  de  Malvïna 
»  vole  &  brille  fur  la  harpe,  tes  rochers  répètent  fes  accords  harmonieux. 
j>  Fille  de  Tofcar 3  toi  qui  diilipes  les  fombres  penfées  qui  affiégent  mon 
»  ame  ,  ne  veux-tu  point  entendre  ma  voix  ?  viens  ,  fille  charmante  , 
»  nous  ferons  revivre  le  paue  dans  nos  chants. 

»  Sous  le  régne  de  Fingal,  avant  que  l'âge  eût  blanchi  mes  cheveux  , 
«  je  m'embarquai  dans  la  nuit  pour  1  île  de  Fuarfed.  L'étoile  de  Concathlirt 
»  dirigeait  ma  courfe.  Fingal  m'envoyait  au  fecours  de  Malor  3  Roi  de 
»  Fuarfed  ,  que  la  guerre  environnait  de  toutes  parts.  Nos  aïeux  s  etaienc 
»  aflis  enfemble  aux  fêtes  de  l'amitié. 

»  J'entrai  dans  la  baie  de  Colco ,  &  j'envoyai  mon  épée  à  Malor.  IL 
»»  reconnut  le  lignai  d'Albion  &  trefîaillit  de  joie.  Il  fortit  de  fon  palais  , 
»  il  vint  à  moi  ,  &  me  prenant  la  main  d'un  air  trifte  :  pourquoi , 
»  me  dit-il ,  la  race  des  héros  vient-elle  au  fecours  d'un  Roi  près  de  fa 
»  chute  ?  Thormod  eft  chef  de  l'île  de  Sarironlo  :  il  a  vu ,  il  a  aimé  ma 
»  fille  Oïna.  Je  l'ai  refufée  à  fon  amour  :  nos  ancêtres  étaient  ennemis , 
jj  il  eft  revenu  à  la  tête  d'une  armée  nombreufe  :  mes  guerriers  ont  fui 
s)  devant  lui  ,  quel  motif  porte  la  race  des  héros  à  me  fecourir.  Je  ne 
=>  viens  point ,  lui  répondis-je  ,  pour  être  comme  un  enfant ,  fpedbateur 
»*  inutile  des  combats.  Fingal  fe  fouvient  de  Malor  &  de  fa  générofité 
»  pour  les  étrangers.  La  mer  le  jetta  autrefois  fur  ces  bords,  tu  le  reçus 
5)  avec  joie ,  tu  lui  prodiguas  les  fêtes  &  les  concerts.  Voilà  le  motif 
»  qui  m'arme  de  cette  épée ,  ôc  peut-être  fera-t-elle  fuir  tes  ennemis. 
3»  Quelle  que  foit  la  diftance  qui  nous  fépare  de  nos  amis,  jamais  nous 
3i  ne  les  oublions  dans  l'infortune.  Digne  fils  du  vaillant  Trennor ,  tes 
3>  paroles  font  comme  ia  voix  de  Cruthloda ,  quand  ce  puifïant  habitant 
33  du  firmament  ouvre  fon  nuage  &  daigne  nous  parler.  Mille  autres 
a>  guerriers  font  venus  fe  réjouir  à  mes  fêtes ,  mais  tous  ont  oublié  l'in- 
33  fortuné  Malor.  J'ai  promené  de  tous  côtés  mes  regards  fur  la  mer,  6c 
33  je  n'ai  apperçu  aucun  vaiiïeau  qui  vint  à  mon  fecours  ;  le  bruit  de 
33  mes  fêtes  ne  les  appelle  plus  dans  le  palais  de  Malor }  on  n'y  entend 
>i  plus  que  le  choc  des  armes.  Mais  la  nuit  approche  ,  viens  dans  ma 
33  demeure,  enfant  des  héros,  viens  entendre  les  chants  de  ma  fille. 


SUR    LA    MUSIQUE.  423 

»  Ttfous  entrâmes  dans  fon  palais  :  Oïna  prend  fa  harpe ,   chaque  corde 

»>  frémit  tour-à-tour  fous   fes  doigts  ,  &  accompagne  fes   triftes   accerrs. 

«  J'écoutais  en  filcnee  &  contemplais  la  beauté  de  la  fille  de  Malor.  Ses 

»»  yeux  humides  de  pleurs ,  brillaient  comme  deux  étoiles  au  travers  d'un 

•>  nuage  qui  verfe  la  pluie.  Au  point  du  jour  nous  combattîmes  fur  la 

»  rive   du   Tormul.   Le   fon   du  bouclier  de  Thormod  réglait  les    mou- 

-t»  vemens  de  fon  armée.  Le  carnage  s'étend  d'une  aile  à  l'autre,  j'attaqae 

»>  le  chef  de  Sardronlo.   Son  bouclier  vole  en  éclats.  Je  le   faifis,  l'en- 

v  chaîne,   &   le  livre  à  Malor.  La   défaite   de  l'ennemi   ramena  la  joitj 

■»>  dans   Fuarmed.    Thormod  humilié  craignait   de    rencontter    les    regards 

■»  d'Oïna. 

»  Fils  de  Fingal ,  me  dit  Malor,  tu  ne  parriras  point  fans  emporter 
»  une  marque  de  ma  reconnaiftance  :  Oïna  va  s'embarquer  avec  toi.  Elle 
»  allumera  dans  ta  grande  ame  la  douce  flame  de  l'amour.  Elle  eft  digne 
»  d'habiter  dans  Selma,  8c  fa  beauté  la  fera  remarquer  dans  la  demeure 
»>  des   Rois. 

»  Je  paflai  la  nuit  dans  le  palais.  Mes  yeux  étaient  à  demi-fermés 
»  par  le  fommeil ,  j'entendis  une  voix  douce  &  plaintive,  femblable  au 
»  Zéphir  qui  vole  &  fait  frémir  le  gazon  des  prairies.  C'était  la  voix 
»  de  la  fille  de  Malor ,  qui  chanrait  dans  la  nuit  ;  elle  favait  combien 
»  les  fons  d'une  douce  Mufique  attendnlïaient  mon  ame. 

»  Quel  eft  ce  jeune  guerrier  qui  du  haut  du  rocher  promené  fes  regards 
»  fur  les  vapeurs  de  l'Océan?  Ses  longs  cheveux,  noirs  comme  l'aile  du 
»  corbeau  ,  flottent  au  gré  des  vents ,  fa  démarche  annonce  la  douleur  , 
»  les  larmes  roulent  dans  fes  yeux  ,  fa  poitrine  eft  gonflée  de  foupirs... 
»  Retire-toi,  malheureux,  j'erre  dans  un  pays  inconnu.  La  race  des 
»  héros  m'environne,  mais  leur  préfence  n'adoucit  point  mes  ennuis.  Ah  ! 
»  Thormod ,  objet  de  l'amour  des  Belles ,  pourquoi  nos  pères  furent-ils 
»  ennemis  ! 

»  Aimable  Oïna  ,  lui  dis-je  ,  pourquoi  fais-tu  retentir  la  nuit  de  tes  gé- 
>»  miflemens  ?  Les  defeendans  du  vaillant  Trennor  n'ont  point  une  ame 
»  cruelle.  Non  ,  tu  ne  viendras  point  errer  fur  une  terre  étrangère  :  une 
»  voix  impérieufe  retentit  dans  le  eccur  d'Oflîan  ;  nul  autre  que  lui  ne 
»  peut  l'entendre  ;  clic  lui  ordonne  d'écouter  les  malheureux  au  jour  dj 

Bbb  i 


4.24-  ESSAI 

»  l'infortune.  Retire-toi,  belle  Oïna,  ton  amant  ne  te  pleurera  point  fur 
•>  fon  Rocher. 

»  Dès  l'aurore  je  détachai  les  liens  de  Thormod  &  le  rendis  à  fon 
»  amante.  Pourquoi ,  dis-je  à  Malor ,  Thormod  panerait-il  fes  jours  dans 
»  la  douleur  ?  11  eft  de  la  race  des  héros.  Il  brille  dans  les  combats.  Vos 
»  ancêtres ,  il  eft  vrai  ,  furent  ennemis  )  mais  aujourd'hui  leurs  ombres 
»  réunies  fe  réjouiflent  enfemble ,  &  boivent  à  la  même  coupe  dans  le 
»  palais  de  Loda.  Guerriers ,  oubliez  leur  ancienne  haine ,  qu'elle  refte 
,j>   enfévelie  dans  le  pafte. 

»  Telle  fut  la  conduite  d'Oflïan  dans  fa  jeunelfe ,  ce  fut  ainfi  qu'il 
»  rendit  à  fon  amant  la  tendre  Oïna,  malgré  tout  l'éclat  de  fa  beauté  ». 


SUR    LA    MUSIQUE. 


V$ 


CHAPITRE    XL 


Chanfons  Pcrigourdin.es,  Strasbourgeoifes  &  Auvergnates, 


Chanson      Périgourdin 


Quand   tournara    lou    tems,  Mignouno ,  que  you  t'aima-va,  à   tout    hour'à 


iife^-rt^i-r=ctcprtf-r  \fr  i,f  irt-ei ,  1 1  ^ 

tout  moument,    te   fa  -  fio    mil  embras-lâdas,  Mignouno,  que  you  t'aima-va  ! 


HMMUI 


qu'houra  li     tourna  -  ren. 


AUTRE. 


IÉËi=Ëfil=S^ 


êës^H^I 


L'autre    jour     you  me  per-me-na-vo    tout    lou    loung    d'un    tur -lu- 


ru  ■ 


mmmmm^mmmmwB^ 


tu,    tout  lou  loung    d'un  lan  la-  ri-rcto,  tout  lou  loung     d'un    vargic. 

You  rencountri   gayo  bargiero 
Gardava  foun  turlutwu  , 
Gacdava  foun  lanlalirc, 
Gardava  loun  troupe. 


42i 


ESSAI 

You  m'aprouchi  de  la  bargiero 
Per  la  voulei   turlututu, 
Per  la  voulei  lanlaliré, 
Per  la  voulei  befer. 

Elle  déviraiya  fa   counouillo 
Per  me  voulei  turlututu  , 
Per  me  -voulei  lanlariré , 
Per  me  voulei   frapé. 

Tout  beau,  tout  beau,  gayo  Bargiero, 
Car  you  fei  toun  turlututu  , 
Car  you  fei  toun  lanlaliré, 
Car  you  fei   toun  Bargier. 

Si  fei  be     ta  feure  quartana, 
Que  tu  fia  moun  turlututu , 
Que  tu  fia    moun  lanlaliré , 
Que  tu  fia  moun  Bargier. 

Moun  Bargier  porta  point  d'efpafii, 
Ni  mai  d'aqui ,  turlututu, 
Ni  mai   d'aqui  lanlaliré  , 
Ni  mai  d'aqui  Baudriet. 

Moun  Bargier  porta  fa  mufett» 
Per  me  faire  turlututu , 
Per  me  faire  lanlaliré  , 
Per  me  faire    danfer. 

AUTRE. 


BEf-f  m-ixx^m^rrwsM-  çh-t 


De  boun  ma-ti    me    lèi    lev-ado ,    lou   (ôun    dau  viauloun    m'agrado, 


i^aIëBIiiIlI^^lgll£:i 


din  moun  vargier   m'en     fèi    a-nado,  doun  déno,    lou  fôun     dau  viau-Ioun, 


JEEgEgfegpEEEjlE^ 


ê 


doun  déno ,  lou  (ôun  dau  viauloun  ,  doun  ,  doun. 


SUR    LA    MUSIQUE.  427 

Din  moun  vargiet  m'en  fei  anada 
Lou  foun  dau  viauloun  m'agrada 
Moun  bel  ami  my  attrapada, 

Doundeno, 
Lou  foun  dau  viauloun ,  &c. 

Moun  bel  ami  my  attrapada 
Lou  foun  dau   viauloun  magrada, 
Sur  l'herbetta  eu  ma  rounllada 

Doundena, 
Lou  foun ,  Sec. 

Sur  l'herbetta  eu  ma  rounflada, 
Lou  foun  dau  viauloun  magrada 
Cinq  ou  fiei  cops  eu  m'a  bicada, 

Doundena , 
Lou  foun,  &c. 

Cinq  ou  /ici  cops  eu  ma  bicada, 
Terra  de  Dieu  qu'ala  journadeo, 
Dures  à  quo  toutta  l'annadeo, 

Doundena, 
Lou  foun,  &c. 

Dures  à  quo  toutta  l'annada  , 
Lou  foun  dau  vialoun  magrada , 
Sirio   pus  d'aife  que   Madama, 

Doundena, 
Lou  foun,  Sec. 

Sirio  pus  d'aife  que  Madama, 
Lou  foun  dau  viaukun  magrada, 
Ella  po  efle  miei  couéfada, 

Doundena  , 
Lou  ,   foun  ,  &c. 

Ella   po  e/Te   miei   coui/àda , 
Lou   foun  dau   viauloun    magrada, 
Ma  ne  Iciio  pas  miei  bicada 

Doundena, 
Lou  foun  dau  viauloun  magrgda , 
Lac  foun  d.m    viauloun  , 

Doundoun, 


42S 


ESSAI 


SARLADOISE. 

Chanfon  à  danfer.  de  Sarlac  en  Périgord. 
La   Confejjion. 


Allegro 


m^ëggm^^i^ÈgÊÊË&è 


You  me  con-felsi    pero,  lou  cor  plé  de  dou-iou     d'aveî  fur    la  faugie-ro 


p^MËfftfPrr'T  I  rriett^^^g 


foulatra    en   Pia-rou,   d'abord  me    fàchi  -  gue  -  ri ,    me    l'elca-peri     you: 


^^l^^g 


oh  !    que  po    la    cou  -  lero     contre  un  tendre    pas  -  tou. 


Avez  péca  fillote, 
Countre  lou  Salvadou, 
Refpenti   té  paiirotte  , 
Et  laide   ton  Piarrou  , 
Diou  eis  un  tal  boun  payté 
Qu'aimé  la  counverlîon  , 
Mas  né   perdoune  gayré 
Qu'après   la  countriiTîon. 

You  véfi  bé  moun  Payré , 
Que  vous  avez  rafou , 
Si  n'en  couflave  gayré 
D'abandonnas  Piarou , 
Yo  vio  jur'en  conûenfo  , 
Hélas ,  moun  Diou  dé   you , 
Doublas  lo   pénitenfo 
Et  laiiTas  mé  Piarou. 


AUTRE 


SUR    LA     MUSIQUE.  419 

AUTRE. 


VI  3-l  j'iJtlrjilJfU    3  FfTÊBpa^ 


Quand     Mari  -  on    s'en    vai   la    foun ,  quand   Mari  -  on    s'en    vai   la 


.=5: 


g^g^g^^^^j^gjg5=3 


foun,  lo   prend  £>us  brocs,  lo     court    toujour,   Brunet-to ,     a-nen  à  l'oum- 


f==3pJ^gj^FF^gp^si=£^^= 


bret-to ,    Brunet  -  to ,    a  -  nen   à    l'oumbret  -  lo    dau     bos. 

Lo  prend   fous  brocs,  lo  cour  toujour  (bis.  ) 

En  fou  chami   rencountro  Amour,  Bruneto , 
Anen  à  l'ombrctto,  &c. 

En  fon  chami   rencountro  Amour,  (^>) 

Amour,  Amour,  embralfen-nous ,  Bruneto, 
Anen ,  &c. 

Amour,  Amour,  embraffen-nous ,  (^O 

Fafen  vite  ,   defpeichen-nous ,  Bruneto  , 
Anen,  &c. 

Fafen  vite  defpeichen-nous  ,  (  bis,  ) 

You  ai  lo  pato  dedin  lou  four,  Bruneto, 
Anen ,  &c. 

You   ai  lo  pato  dcdin  lou  four,  (&■*•) 

Lous  mcignajous   au   berfadou  ,  Bruneto  , 
Anen,  &c. 

Lous  mcignajous  au  berfadou,  (  bis.  ) 

You  ai   moun  home   quei  tan  jaloux  ,  Bruueto , 
Anen  ,  &c. 


tome   1 1. 


Ccc 


43  q.  ESSAI 


You  ai  moun  home  quei  tant  jaloux  ,  (  bis.  ) 

Plet  à  Diou  que  tous  lous  jalous  ,  bruneto, 
Anen,  &c. 

Plet  à  Dibu  que  tous  lous  jalous  {bis,) 

Tous  lous  jalous  fuffian  moutous ,  Bruneto  , 
Anen,  &c. 


Tous  lous  jalous  fuflîan  moutous  (^■f») 

Y  pourtarian  lous  coumichous ,  Bruneto, 
Anen  à  l'oumbreto  ,  Bruneto  , 
Anen  à  l'oumbreto  dan  bos. 

A  U  T  R  E. 

Lou  Pajlour, 

Louen  de  té  Paftouroulette , 
De  larmas  n'ay  fat  un  rieu, 
Sey  pus  feic  q'un  Eycolette  , 

Une  alumetta  , 
N'ey  pas  pus  fecco  que  yeu. 

Lo  Pajlourello, 

Te  trobi  bel'  coum  un  Ange , 
Nou   befi  res.de  pareil, 
Boli  que  lou  loup  me  mange, 
Lo   meyca  del  meux  troupel 
Si  jomay  cangé  d'amour  ,  paftoureL, 

AUTRE. 

Adiou  ma  tant  emado , 
Yo  ne  :e  veraï  pu 
Tu  te  (c  maridado 
JMalliurouzo  journado, 
Yo  ne  te  vcrai  pu.  [&**•) 


SUR     LA     MUSIQUE. 


43 1 


Labas  din  qu'c  village 
Tu  s'é  qui  per  toujour, 
Ne  fai  pas  de  doumagé , 
Qu'un   fi  genté  vifagé , 
Finiço  en  cai  fous  jours» 

A  qui  m'an  vi  rire, 
Me  demanden  qu'à  tu, 
Ne  podé  loui'  redire 
Neit   &  jour  yo  foupiré 
Après  quo  que  yo  aï  perdu. 

Adiou ,  &c. 


{lis.) 


{bis.) 


Chanson      Stras-bourgeoise^ 


Andantino. 


Oh'    ne   nib   und    oh     ne    wein      was   ift    unfêr      le    ben. 
Al  -  les    -  vas    uns       kan       erfreun     mufTen     diefè     ge    ben. 


3F 


Wen  die  gro(Ten  fich  erfreun  ,     was  ift  ihre     freude  ?      Hubkhe  madgen 

iÊEEEEE 


r;z3: 


H^T7        f 


I 


ÊHm  ftj=^rryjM=g  §Hi 


guter    vein,     einzig     diefi;        bei      de. 

■  ,j    r 


ce» 


452 


ESSAI 


Traduction  littérale. 


Onne  lieb  und  ohne  wein , 
Was  ift  unfer  leben  ? 
Ailes  vas   uns  kan  erfreun 
Muflen  diefe    geben. 
Wen  die  groffen  fich  erfreun 
Was  ift  ihre  freude  î 
Hubfche  madgen,  guter  wein 
Einzig  dicfe  beide. 

Siéger  du  dis  Siegs  fich  freun 
Fragen  nichts   nach  cranzen. 
Sie  reholen  fich  beim  wein 
Und  bei  fchlauen  tanzen 
Uns  druckt  oft   des  lebens  pein 
Doch  nur  wenu  wir  dusfteu  , 
Aber  gebt  uns  lieb  und  wein. 
O  fo  find  wir  furften. 


Sans  amour  &  fans  vin , 
Qu'eft-ce  que  la  vie  î 
Tout  ce  qui  peut  nous  réjouir 
Nous  eft  accordé  par-là. 
Si  les  grands  fe  réjouifTent, 
Quels  font  leurs  plaifirs  ? 
Les  jolies  femmes ,  le  bon  vin , 
Us  n'ont  que  cela. 

Le  guerrier  victorieux 
Se  foucie  peu  des  lauriers, 
Il  fe  dédommage  par  le  vin 
Et  le  plaifir  de  la  danfe  , 
Souvent  les  tourmens  de  la  vie  nous  accablent 
Quand  nous  avons  foif; 
Mais  que  l'on  nous  donne  de  l'amour  &  du  vin, 
Et  nous  fommes  des  Rois  ï 


AUTRE. 


Allegretto. 


hs^héi 


fet; 


==±--4 


Es    leben   die    alten,    die    madgen  und   vein   fur  muttel  gehalten  fich 

sH — z.z*=iz—ïï.-*. 


F     ii 


-tf 


■  1 1  ■  '  f;; 


fen=fe^Mfcfl^r  t 't  i  rf  ffwmrfj 


veislich  zu  freun  fie   ubten    die    pflichten  des     bî    dermans     aus    und 


zzzzx 


m- IW^- 


rT  1.  r\r= 


ÉlU^ 


imitait 


lebten    in    zuchten  bam    nacht  lichen  fchmaus  fie  ubten  die  pflichten  des 


:3rra. 


'=i=i=ÊlÊ=p 


^=*=*^ 


SUR     LA     MUSIQUE. 


433 


^^^^P^^B£4=fe= 


bidermans    aus  und  lebten    in    zuchten  beîm    nachlichen    fchmaus. 


Lob  der  Alten. 


"Eloge,  de  nos  Anciens. 


Es  leben  die  alten 
Die  madehen  und  vein. 
Fur  muttel  gehalten 
Sicli  veiflich  zu  freun 
Sie  ubtcn  die  pflichten 
Des  Bidermans  aus 
Und  lebten  in  zuchten 
Beim  nacht  lichen  fchmaus. 


Vivent   nos  ancêtres  , 
Qui  jugcoicnt  les  femmes  &  le  vin, 

Pour  feuls  moyens, 
De  fc  réjouir   fagement. 
Ils  exerçoicnt  les  devoirs 
De  l'honnête  homme  , 
Et  vivaient  fobrement 
A  un  repas  noûurne. 


Da  ludman  die  jugend 
Zucn  mahle  mit  ein  , 
Und  predigte  tugend 
Durch  thaten  allem 
Man  ruhmte  die  grofTen 
Die  tapfa  und  gert 
Kern  anderes  vergoflèn 
Als  feindliches  blat. 


L'on  invitait  la  jeunefle 
A  ces  fcltins  ; 
L'on  ne  prêchait  la  vertu 
Que  par  des  faits, 
On  vautait  les  héros , 
Qui  vaillans  &  preux 
Ne  répandaient 
Que  du  fang  ennemi. 


Dem  lande  zu  chren 
Nahm  jeder  fem  glas 
Veiguiigen  halfs  leeren 
Doch  hielten  fich  maas 
Und  lachten  lich  niichtern 
und    fangen  in   ruh 
Von  frotichen  dichtern 
Ein  liedehen  dazu( 


En  honneur  de   la  patrie 
Chacun  prenait  fon  verre , 
Le  plailir  le  vuidait , 
Mais  ils  lavaient  fe  borner  , 
Et  fe  «légrifaicnt  en  riant, 
Et  chantant  en  paix 
Des  Poctcs  gais 
Les  clunfonnetees. 


434 

Um  raittemacht  fchieden 
Sic  kufTend  vom  fchmaus 
UnJ  kehrten  in  friedin 
Zum  veibgen  nach  haus 
Es  ltben  die  alten  ! 
Ver  folgen  dem  brauch. 
Aufden  fie  gehalten 
Und  freuen  uns  auch. 


ESSAI 


A  minuit  ils  fe  féparaieat 
En   s'embrafTant , 
Et  retournaient  paifiblement 
Chez  leurs  femmes. 
Vivent  nos  ancêtres! 
Suivons  la  méthode 
Qu'ils  ont   établie , 
Et  réjouiffons-nous  comme  eux. 


AUTRE. 


fîiiiisiiÉ^ii^i§fËiË4iiÉii 

Ob  ich  dich   lie  -  be       Tels  ich  nicht  feh  ich  nur  ein  mal  dein  geificht 


^iÊ!ïlr2i!ËhÊgÉ 


BÊErf 


£ 


P.  F. 


\ 


r^iiiii^i^ir^i^^îgii 


feh    dir  ins  auge  neur  ein  mal  frei  vird  mein  herz  von    al     1er      quai 


[i^Ulîl^I 


£ 


z$=^z 


=£ 


-iwm 


Ï^=P* 


tESEâ 


■/  gott   veis  vie  mir  Co   vohl  gefchicht  vie  mir  (b  vohl  iô   volh  gefchicht 


II 


^zzzszz 


znzi 

-fc— 


mmmmmm 


<  ob  ich   dich  lie     be       veis  ich  nicht   ob  ich  dich  lie  be  veis  ich  nicht. 


Il 


^slË: 


^ÈfeE^ 


!fe 


P. 


P.P. 


iiËëSlëêilJïll 


P. F. 


P.  P. 


SUR     LA    MUSIQUE. 


45; 


Ob  ich  dich  liebe  weis  ich  niche  :  J'ignore  ...  fi  je  t'aime  . . . 

Seh  ich  nur  einmahl  dein   gefichr,  Mais  à  peine  je  vois  ton  joli  minois 

Seh  dir  ins  auge  nur  eminahl ,  A  peine  je  fixe  tes  beaux  yeux  , 

Frei  vird  aiein  herz  von  aller  quai;  Que  mon    cœur    fe   fent  débarrafle    de  tout 

chagrin. 
Gotc  veis ,  vie  mir  fo  wohl  gefehicht  !      Dieux  !  que  j'éprouve  alors  un  fentiment  dé- 
licieux ! 
Ob  ich  dich  liebe ,  weis  ich  nick.  J'ignore  ....  fi  je  t'aime. 

AUTRE. 


\ 


VL*\i\n  MlTfi  J.  t  I  ff  E-r-fl-frs 


Iht  rîtter  und  ilir  frauen   zart  fo      roth  von  mund  und    vang    und 


.— H 1-  ta» ta"» — ta»-1 —  ta» ta» ta» — '- 


-ȣ 


*mEï~ 


^ÊÊm 


E£=g=ÉE5Ê 


tcJEj: 


pf— — 


3^3 


A=3=* 


junge     Knappen    edler   arc    horcht    aile    meinem         fing  !     Seyd 

9  %  pff  rif  rff   \ddli 

. **• — ta* — »•» ■ — ta» — »» — ta» — 


£p P-k — 1 — *P 1-» « F  ! — - — **~îhr'=  -^— ■>-» j 

eurem  lieb    ci 


_~E 


eurem  lieb    chen    treu  und  hold   feyd    eurem  lieb  chen     hold      und 


ai 


pn,,a  -n^ 


ÈSÉ*^ 


ÇïJXGfettgc  rTTPlifJ 


dient      thrum  der    Minne    iold     fi>     seis     auf  lebens       lang. 


ii^-^^f-irfi  nfun  r  rrr  hi  1  f  jug 


43^ 


ESSAI 


Air  de    Chevalerie. 


Ihr  ritter  und  ihr  frauen  zart 
So  rothvon  mund  als  Wang 
Und  l'unge  knappen   edler  art 
Horcht  aile  meinem  fang  ! 
Seid  eurem  liebchen   treu  und  hold 
Und   dient  ihrum  der  minne  fold, 
So  feis  auf  lebenflang. 

Dem  mein  der  ohne  liebe  bleibt 
Und  doch  vor  innerm  drang 
Sich  raft  los  hin  aud  vinder  treibt 
Ifts  in  der  haut  fobang! 
Ift  ailes  ihm  :     fokalt  sotod 
Er  ift  vfit  wangen  ohne  roeh 
Und  geigen  ohne  klang. 


Chevaliers  &  belles  Dames, 
Aux  joues  &  lèvres  vermeilles  l 
Jeunes  &  nobles  Écuyers  , 
Ecoutez  tous  mes  chants  ! 
Soyez  fidèles  à  vos  Belles , 
Et  fi  vous  les  fervez  en  Chevaliers , 
Que  ce  (bit  pour  la  vie. 

L'homme  qui  ferme  fon  coeur  à  l'amour 
Eft  pouffe  par  un  mouvement  intérieur. 
De  coté  &  d'autre ,  fans  goûter  le  repos , 
Son  cœur  eft  ifolé  &  trifte; 
Toute  la  nature  femble  être  refroidie  &  morte 

pour  lui. 
Il  reiïèmble  à  des  joues  fans  vermeil, 
Et  à  un  luth  fans  fon. 


Doch  liebe  fonder  chrewar 
Ein  feuer  ohne  glanz  : 
Sic  ift ,  ich  fingeflaut  umher 
Die  roz  im  tugend  cranz  ; 
Ift  etwas  edel  bravund  gut 
Stracksgeht  dahin  iho  lauf , 
Dasherz  wird   rem  in  ihrer  glut 
Und  lodert  himmel  auf 

Wasgiebtdem  menfchen  gotter  rang? 

Die  liebe  giebts  ihm  traun  ! 

Drum  horchet  aile  memem  fang 

Ihr  ritter  und  ihre  fraun 

Wunfcht  ihr  den  achten  minnefold 

Der  freuden  aberfcrfhwang 

Bleibt  eurem  liebchen  treu  und  hold. 

Und  liebt  auf  teb  inflang. 


Mais  l'amour  fans  l'honneur 
Serait  un  feu  fans  clarté  ; 
Il  eft(  nos  chants  l'annoncent  tout  haut) 
La  rofe  dans  la  couronne  de  la  vertu. 
Y  a-t  il  quelque  chofe  de  digne  &  de  noble? 
Il  y  dirige  fon  cours  ; 
Le  cœur  s'épure  par  fa  flâme, 
Et  elle  étincelle  jufqu'aux  cieux  , 

Qui  élève  l'homme  au  rang  des  Dieux? 
C'eft  l'amour  sûrement  ! 
Or  écoutez  tous  mes  chants, 
Chevaliers  &  Dames  : 

Souhaitez-vous  la  vraie  récompenfe  de  l'amour , 
L'excès  des  plaifirs  ? 
Soyez  fidèles  à  vos  amours, 
Et  aimez  pour  la  vie, 


AIR 


SUR    LA    MUSIQUE. 

AIR      AUVERGNAT. 


137 


S=2=ï 


***m 


g^^$£3££=t\r  l  r  |?  rlff lfrTf 


Nargua  de  la  ca-reimo,  benkhot    carmantran,  Diou   y    donne  la  vl-da 


^te^gg^Eg^EEg|^EgEgE^^^g^ 


quatorze  meys  de  l'an,  peindint  tout  aquei  teim  io  fêi  contein   com'un  boun 


papo  ,  quoquei  mord    dagniel,  leibre,  vedeit ,  toujours  einthapo,  in  pinta  de 

vi    io    minniore  tous  los  ma»,  peu  quan  fëi   fadou    dorme    la  refta  do  jou. 
AUTRE. 


Ei^i^^^gg^ig^ë 


E*E3<EF 


^^^ 


Moun  per  ma     bêla   eun    mari,     ja-mais   vous  n'avez   tant    ri,  eou  me    la 


gg=relf  P    ff.  ftft-Ptf-t-irf-f^^      ' 


bêla  ,  io   lei  pri ,  io  voulio    tant  rire ,     jamai*    vous  n'avez  tant   ri  ccmma  iu 


S  r  r  ffei 


voulio      ri  -  re. 


Ddd 


438  "ESSAI 

Eou  me  la  bêla  io  Ici  pri, 
jiamais  vous  n'avés  tant  ri, 
Quand  vinguait  la  prouraera  neuit, 
lo  voulio  tant  rire, 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri 
Couma  io  voulia  rite. 

Quand  vinguait  la  proumeira  neuk, 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri , 
Ne  faguait  re  ma  que  dourmi, 
Io  voulio  tant  rire ,  &c. 

Ne  faguait  re  ma  que  dourmi, 
•Jamais  vous  n'avés  tant  ri, 
Pringuai  oun  épione  le  piquei, 
lo  voulio  tant  rire ,  &c. 

Pringuai  oun  épione  le  piquei , 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri , 
Pringuait  fas  brayas  s'infugi  , 
Io  voulio  tant  rire,  &c. 

Pringuait  fas  brayas  s'infugit^ 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri , 
Et  io  nios  gouuios  le  feguei, 
Io  voulio  tant  rire  ,  8cc. 

Et  io  mos  gounios  le  feguei , 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri, 
De  dien  le  jardin  l'attrapei, 
Io  voulio  tant  rire,  &c. 

De  dien  le  jardin  l'attrapei, 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri , 
De  dien  fon  leit  leramenei, 
Io  voulio  tant  rire,  &c. 

De  dien  fon  leit  le  rameneî , 
Jamais  vous  n'avés  tant  ri, 
Devina  ce  que  me  fagueit, 
Io  voulio  tant   rire,  Sec. 

et 


SUR    LA    MUSIQUE. 


432 


Devina  ce  quo  me  fàgueit, 
Jamais  vous  n'aves  tant  ri , 
O  par  ma  fe  nein  faubiei  gi, 
Io  voulio  tant  rire. 
Jamais   vous  n'avés   tant  ri  ; 
Comrao  io  voulio  rire. 


A     U    T    R    E. 


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Quan  io   zera,     pe-ti-ta    Mignouna,    la  bour-reya    vi-o-leta, 


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quan  io   siéra,     pe-ti-ta    pe-ti-ta    Margue-tou.     Pe-ti-ta    Margue-tou, 


^^m^ms^^rnssasv^w^ 


pe-ti-ta    Margue  -  tou  ,     io    garda-va    las    oueillia ,    Mignouna ,   la  bour- 


reya    vî-o-le-ta,    io  garda-va  las  oueil-lia,  las  oueillia,  los  miutoui. 


Petita  Marguetou, 
Petita  Marguetou, 
Io  gardava  las  oueilla , 
Mignouna,  la  boureya ,  violeta , 
Io  gardava  las  oueilla , 
Las  oueilla,  los  mautous. 

Las  oueilla  los  mautous,         (^'J») 
Nin  gardava  pas  gucio, 


Ddda 


4<jo  ESSAI 

Mignona  la  bourreya  viouletta, 
Nin  gardava  pas  guero, 
Nin  gardava  ma  dous. 

Nin  gardava  ma   dous  (  lis.  } 

Ny  aia  un  qu'zera  borgna , 
Mignonna  la  bourreya,  viouleta, 
Ny  aya  un  qu'zera  borgna, 
L'autra  zera  boueitous. 


L'autra  zera  boueitous,  (£'*'•) 

Per  le  chami  vein  pa{ïb  , 
Mignonna  la  bourreya,  viouleta, 
Per  le   cbami    vein   palïb , 
Moucheu  de  Chazeron. 

Moucheu  de  Chazerou ,  (  Us.  \ 

Chio  vous   zera  pus  granda,' 
Mignonna  la  bourreia  ,  viouleta  , 
Chio  tous  zera  pus  granda, 
.Vous  menneiria  bei  nous. 

Vous  menneiria  bei  nousj  (Jif.) 

Moucheu  per  ma  joneffa , 
Mignona  la  bourreya  ,  viouleta  , 
Moucheu  per  ma  jonelTa 
Me  refuiâria  vous  î 

Me  refufaria  vous!  (^»3 

L'herba  qu'ei  Dien  la  prada, 
Mignona  la  bourreya,  viouleta, 
L'herba  qu'ei  Dien   la  prada 
Çrait  la  neut  mais  le  jou. 

Crait  la  neut  mais  le  jou ,  {lis.  ) 

Tau  fant  la  jouna  filla  : 
Mignona  la  bourreya  ,  viouleta* 
Tau  faut  la  jouna  figlia, 
Quand  eias  font  preifa  d'amour». 


SUR     LA    MUSIQUE. 
A     UT    R    E. 


44  r 


33zf:j:c±d!Ë:  +ExEEE*Ez<tD-  rit 


Le  tinfon    &  l'alo  -  veto   queu  fè  vouliont  mari-da,  queu  le  youlicnt  marï» 


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da,     ma  n'a v Ion    ren   par  mangea,    fringounetto    Mariou-neto ,     mon    oî- 


imm^Em 


fcau  qui  n'eft  R  beau. 


Queu  fe  vouliont  manda, 
Ma  n'avion  ren  par  mangea  > 
An  délai  veinguait  le  lau , 
Imbci  un  mautou  à  fon  eau, 
Fringouneto,  &c. 

An  délai  veinguait  le  lau 

Imbci  un  mautou   à  fon   eau , 

Pat  de  char  noun  aveins  prou , 

Ma  de  vi  noun  n'aveins  pas 

Fringouneto,  &c. 

Par  de  char  noun  aveins  prou , 
Ma  de  vi  noun  aveins  pas, 
De-là  veinguait  Je  rena  , 
Imbei  un  barele  à  fon  btis 
Fringouneto,  &c. 

Dc-Ii  veinguait  le  xena , 
Imbci  un  barele  à  fon  bras  , 
Pai'  devi  noun  aviens  prou, 
Ma  de  menctrci  nous  n'aveins  pv , 
Friugounco  ,  &C, 


442  ESSAI 

Par  de  vi  noun  aviens  pto«  , 
Ma  de  menetrei  noun  aviens  pat, 
Dau  planchei  forcei  un  ra, 
Imbei  un  rioulou  à  fi>n  bras , 
Fringouneto,  &c. 

Dau  planchei  fottei  un  n 

Imbei  un  rioulou  à  fon  brai, 

Ma  cou  me  para  dau  minau, 

Vous  farei  fauta  jufqu'au  trau  , 

Fringouneto ,  &c. 

Ma  cou  me  para  dau  minau  t 
Vous  fàrei  (àuta  jufqu'au  trau  « 
Le  mino  fon  dos  ceindrei, 
Qu'importo  le  meneitreij 
Fringouneto ,  &c» 

Le  mino  fon  dos  ceindrei, 
Qu'importo  le  mcneitrei, 
Para  de-lei,  para  de  lei 
Notre  meneitrei  fin  veit, 
Fringouneto ,  mariouneto, 
Mon  oifeau  qui  n'eit  fi  beau. 


SUR     LA    MUSIQUE, 


M3 


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DANSES  DE  /„/  H.1SS1-:  /iHi:r.ii,.\y. 


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Bal  Gâterai,  Paît  Gval 

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^44  ESSAI 

Nous  avons  raffemblé  quelques  airs  anciens  du  temps  de  Henri  IV  % 
de  Louis  XIII ,  de  Louis  XIV  &  de  Louis  XV;  quelques-uns  même  ,  a. 
ce  qu'on  dit ,  font  du  temps  de  Philippe- Augujle  &c  de  Saint-Louis ,  mais 
nous  ne  les  garantirons  pas. 

Nous  avons  préféré  de  les  arranger  à  quatre  parties ,  plutôt  que  de  les 
donner  fimplement  avec  une  baiTe,  parce  que  cette  manière  d'exécuter 
des  airs  chantans  nous  a  paru  délicieufe  ,  lorfque  les  quatre  voix  font 
parfaitement  juftes  &  intelligentes ,  &  ne  chantent  qu'à  demi-voix.  Nous 
y  ajoutons  trois  parties  feparées  pour  la  plus  grande  commodité  des  exé- 
cutans  ;  la  partie   du  deflus  fe  chantera  dans  le  livre. 

On  trouvera  auilî  des  chanfons  Gafcones  3  Béarnoïfes  3  Languedociennes  Se 
Provençales  ;  nous  durions  defiré  pouvoir  en  donner  de  routes  les  Provinces 
du  Royaume  Se  de  tous  les  pays  de  l'Europe,  mais  les  fecours  que  nous 
avions  demandés  ne  nous  ont  pas  été  accordés.  Nous  efpérons  être  plus 
heureux,  fi  dans  quelques  années  on  juge  notre  ouvrage  digne  d'une 
nouvelle  édition. 


Fin  du  quatrième  Livre  &  du  Tome  fécond. 


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CHAPITRE    XI L. 


choix 


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MISES 


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Gi'jvw'cs    par   M''1'  Moi- 


CHANSON  DE  RAOUL    COMTE  DE  SOZSSQIf  DU  TEMS  DE  S  .  LOUIS 
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tf.Hiromparant  cette  c/umsonapee  une  que- Ion  trouvera  déatJte  â'' Lèpre       .■// 
n'aura  pas  de  j>ftiu  àroèr  qu'efle uepeut être  Je.  Raoul  Je  j'oissofis.profiarUéi 
tnenl eue  est  tir  .'/<  Je  Montcrjf  qui  aura  tunt/ri  imiter  l'aruue/i  ianqaae 


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CLLLXSOX  COMPOSEE  PAR RICHARD  CŒUR  DE  LYON  ET  TIREE  d'uNROMÎ 

DE  CE  PRINCE  FAIT  EN  1193.  LES  P.1ROLES  ONT  ETE  JHSES  EN  FRANÇOIS 


JfUirMo 


S  TU  LES  MEMES  JIESURES  PAR  M  .   I.  HERITIER. 


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ET  TJIADUTTE  DE  LA,  LANCINE  ROMANCE  l'AH  .1/ ''""'-   L^SLR^JTJE R  -#-   * 

itrop       ii       iii_.fi  r„u-f  i   f  -f-'-'T  i     i  ;i 


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lln/a  soua  a  un&  chose  incertaine ',  Lambùiortjvncaufaai  n  attise 

fl  ne  senaii  an/n-  esaera/icc  vaine  :  D'ivi&rdiro7nj>ettrsonanui/nea\ 

Xulle/ù  venr  ne  va  le  i/ee<aant  ,  /l  ne  se  i>/ait  a  violer  sa  fit  , 

Oetv/itliirrttrs  il /l'a  l  ame  eml'  a^ee ,  DefaranaeJamuBn/Lnrei&un'àiL  . 

J&tne aiana'i/  sa  /eunesse  avusce  t  Ataù  en  vi  va/itrontent  aesa/artuns  / 

Quanti  il  ne  pouve  a  là/m  .///<■  dit  vent  tlestsa  Cour  ,  sa  /iiveur.ct  son  A 


Sire  ne  loge  en  eeeniaien  avrear  (  .latst vivant '  nen  n'est  aia  ne  m'aaree 

./tt/rant  stwerèe  auu-  vantes  iiei/iturees .    J ai  .les  Ct.eatt.r  la  J/ustattt' sa, 
JJ'autr   aetnatlit <le nii/le  (ailleurs ,        Quananu  "itittn  !L?le/iissentles('ieit.v 
.lien  a'il se  niait  aes  trésors  ne  /anlnt/ie:  JCt-fcaous'  san aor èng/nritBj /bnùznu  . 
/Urne  aaef&tlae  lys.ae  .iftrr/olai/ie ,     Qui  vanfopulantaecee  rodiesliaittans.  . 
Etdu-ioau  'flii/m  .les  ftuitnnisres/leurs-  J'ettr  arroser  nos  Près  aelteieit.v   ■ 


Douces  ti  relus  nie.-  /t.leles  Cbnyjaçnes  , 

f  êr,;ers.  Jouissons . r'arets,  /bw et    J/.'n/.iane.- 

.'','!/.:■  t.  va.  </a  demancontenàment  : 

Et  vous    S  Dieux  ,   faites    rêvons  sttpft*  t 

Que  cependant  mie  mirera  ma  vie  , 

Je  nectmnairse  un  mitre  c/iançement 


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Las .'  voyes  comme  un. peu  aéspaèe 

.///<///<>//,■      ,/A-  tl  lAwHS     /,!  p/.lee 

'Ses  </,'//<<-.'■  Seauies  /,//.,;,>    ,//,>/;■, 
O    vraune/tt,   Afqrattà    Naûu-e 
Puis  qu'uneteffe  //.///■    ne   dure. 
Que  du   TÎiahn jusaues  <///  soir. 


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Donc  si    vous  ///'<•//   cçoves,  .'//./w//i' 
Tandis   ,p/e    />('//;     âae    fleurqne 
Bn    <ra. puis    verfe.  non  oepute- 1 
Cueilles  ,   Cueu/es    i>e//\'  letton 
Comme  ,.•//<■   //nu     ,  Ar  i>/,v/Av.<- 
Fera  (rrntr    /'.'//•.•  A,////.'    . 


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/  '/i    iz/iur  .  •  -fait     que  cùt/our      i.i    /.a/nu-  -  /■<?  /i.u  -  re-use 


(fn    t?/n<r  .  •  -  fati     que  ,/n/ow      /. 


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k/L-  le*     voulait  /■/.// 
/i'/.<'  /a   Lumière  , 
Te  /ut  bien  ckere 

.//tV.r    /.• 

Te  u  t  arrue  , 

<J/, .///./    vous    i>ii'i,\-  en  un  sr  doux  Ken.  ( //.'•■) 


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CBANSON  DE  BOSSY  DAMBO/SE    EN  1672 

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«V      suis    sr/r  eitieffe     &rt    Bffur 


Comparer  est  ÏTnpovWZè 

Sa  ,;/;irtt/s  perfèc/um    , 
Fa/Van  ',/   rnàn  A, il/-  ///,//<  ///<- 
Et   à  "i,'/i  affection   , 

Jl  US  t.  'US     Z229SS2  plU  '.  .  .////     ■/  rffs 

Et  de  moi  sou/ /c  n  'ai  net 
Qu'un  cœur  loyal  <  •/  /i./c//c 
Encore  n  est -//  vas  i/iion   ■ 

3  e- 

O  vous  oui  ne  /ores  vue  , 
/  <'i/,s-/apour   voire    oien   ■ 
J'tas  ///■/<•'.'■  ,  /  iii/asi/   connue 
/.  heur  aue  <•<■  m'est,  elêot-  sien  . 
Aftus  /a   voyant  si  por/ài/v    , 
Garder -"BOUS    àùn    irn    e/uretui  ; 

Car  pour  oksser    e//e  ,-.-t  /,utte 
Et  de  laits  n  'en  auerv  au  'un  ■ 


T.  11 


tV/.l.\Si-.KY   JJE   DAPI  DP  PERRON   KX  1J90 


et  Joua:   i/>//r  - /wri    ./■///    /'e'-/at  est  .vi 


■/tff/l    -  </('     <TU  ll/l      //l-JIW 


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Avec  t>,'s  motslPo/i  '" •.'■  <■/  voslêlntes  idoles 
De n  ut.da/reeelrle  /.  y  . iwf  .■.,.///.■  ;z>,  •///'.  y/- 
Donlle-son  açtpiiisoit  .  t  soiaient  les  paroles , 
Quel  imuuii  /t  '<*///  e/e  /îicilè  o  ,/<■< et; >/•■  .' 


3'' 
.  l/eyu/ ■■:■■/■  ,  çlie  ./vv/  .,/■///•   atnil  /<:■■  //{jr/ir.'-  sont   ritàrt 
/•■  ////■/, t.'\ ■  ,/ "un  />,'itii /i'tt  sonpu-ei/  tuât  et  /.'///■  , 
Et  fie   .llyr/,-  encname  armille  et  miai   sorti  ■ 
Britloil  avec.  /<■  mien  sur  l'autet  ,/e  l'amour   . 

4>  ? 
.  /  unit  tint  /te  vi-vois  atiepotçr  lui  rerinre  nomaqe  t 
Et  n'aimounum  esprit  encan  a  f'aaorer  , 
Que  pour  /c  seul  respect  de*  traùt  Je  son  vi 
Que  Itunourdesa  inaat  y  sut  si  a/eu  tirer  ■ 


Adieu    //uns an  ta /e il/  ■  nitel/e  erreur  //te  transporte.  ■' 
Qiit'jtioi ,  lit  les  oc'ait.v  i/ett.r  vouloir  ro/rtpre  M  L'y  . 
Et  priser  tant  de  nu  u./. '■■  i/ont  li  < 
fofiiitiesi  mon  vouloir  etoit  . 


26 


CH.1NSON  BJS  DES  POirrES  ENJS6Q. 


Amoroso 


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Oiie&Âeureuj:    oui      peut      pas-ver        sa  Mas  en&eiesxieiis/ranede 


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/?i'V     .J,'/    </«    pied,   de  la        tour   qui    pleure  et        se 


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s/t/ite    mai  Btr-oereet/e.     çais—nie    -    rai      ne         sois 


ve/'/it  le'.-  tiere    /.     //■'      /'     se    -   rai    a/i    '    i/ue  l  a-/tioiw&ré 


est. /a// 


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/',wi/    /j  -  ,/e/e  /e  ne       le      se  -  rai    on 


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.7.11/  au  joli  /na/.-.te  /tut  1/  i'/i  que    l amour       est  </,ri 


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/.>lr  mois  de  ma  y    oh    '      quel  amour  est 


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i/.t  i/./.w /.  ■//  /.'.'/■     ./*•  mai/    .  '/'a       atte 


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.  st     ,/tt  1/    .?/.• 


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<  iaii  a/i /.  Y/    //<  .'/.■ 


</.j      ma/y    oh-'    qwe     l'amour      &rt    //•'"     •  '« 


mai/ 


t  n  ..\Vi8. 


■  A-   /.■  .////,,/■,// 
Jamais    aouira  amie 

■  A'  fie  .>;■/■/•// "ai    . 

Oh  .   çiw   l'arnour    est    çay 
*4u  joli   moi*    de  ./////    ' 


Vail*    >  ■   fi'/-,/  Baçraçe 
./'  /,-   ///,  tierat  ; 

l  <■//.!■  /,;,,-      ,i      /[ji/l/i/  ,l.f,' 

ife  /<■  ùaLre/'ai   . 

Oh  '  aae  ('ameur    art   a  ■ 

■  lu  /c//  mcir  de  stfn/  ; 


4 

Pe  /i,\i-  rrnu  'ureffeJ 

<fe  A/'.f/.v.r/    : 

El  oftr  /..■       .'•///•.•//-..■ 

i/ë  /<■  ie/U/tn    ■ 

O/i    'jlie  /, n.-u-iir    ../    ,/,/,/ 

-///    r'r/t    /■■:.-..      ai'    .F/au 


32 


CfLiySOXKUThP.lK    LOI /S   XU1   f/C/tS   i(S2J 
^J/tt/afl/c"  J'-UiMJCf    ET  MPSIQCE 


If*  '  1   j   T    Hif 


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Tendrement 


CU.i' VV'.V  J-.1JTK    VERS  IffSO. 
-Muô  en  uuuqim  *u    i7*5 


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JUâneher  6vw-peau  cnerenekr m  p/azne  /uu^s  /.:■■    bois ae  /•.///  ./■■• 
irr* —  \*     -i  *  F  f.  »Vi  ~ — '  i  '»  • — fi'»  *  ',  • — m 


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t  (•..•  derniers  mois  ,  sans  cesse      il  rcpette    , 

Tantôt  assis,  sur  le  lord d  tut   Jieiisseoet   , 

'ftuitol  couelie  dessus  /tt  tendre  lierletfe  , 

Tantôt  te  des    appuyé   t/tt/t  Ormeau  ; 

Que   ne   mené  Seraer   si  triste    vie    ■ 

J-tt  doutr    stUhmeil  t/  ne  /ait  puis    de    • 

Plus  qu'un   /lerpute   1/  /itil    mattfre.  repas 

Danses  et  /eux  /a  m  au- plaisent    rme  , 

El  dans   sa.  eoucne  t/  nci/ec/i    ira 'un   news 

C'est  grand  p eue    t/ eue  loen   de    sa  •  mi> 


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Il  n'est  Rérqer  oui  son  mal    ne  regrette  , 
/■■/  près,  de  lut    /i avers    du   navneau 
Pîermenl   c/i.mlcr  /ito/ti  leur  Quenautuette 
Pour  consoler  ce  triste    Pastoureau  ■ 

jfius  /eu/-    doua  c/iinl   àôinl  ne   /•     Jofrete 
Vaut  lit  dcii/ew-  le  lient  dedans    ses  /.tics 
J'stf  ne  rien    votrm%  /es    yeur  tient  Uuuonw, 
Al  si   leur  dû     /tusses  inoi     /croies  prn 
Puis  aussi  -  toi  revient    <i    son     1/cAis 
C'est  grand pille    detre    loin,    de   sa  /nie 


Poinl 


Cou  lolc 


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l'/LIX.fOX  DE  OIIJ.JCS  mR.lXLI   VERS  l&S-O. 


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De  notre  aaé  atu   /itil  , 
Se  trou  iv  ervvinmrtee 
Dej  omares  ds  /a   Xmt 

Dr  i>/i'/\'  rictrs    vie 
Prenons  le  doux  Ausrr 
Kt  //t.d/i.ur  a  /<■//, ris 

Ou  'cfîrnse  A-   t'Aats/r   . 


AVav    /////   tant  airneé 
Ça    tranyans  /<■  destin  ; 
Qui  Ctot  notre  fonmeé 
Sou  ivrit    dès  A'  rnatm  • 
.///ans  sur-  lit  verdure 
.Irnans  irais  et consluiis t 
J//art.-  .  tandis  .rue  dure 
X,'tr\-  re/me   J'r  uitfrns  . 


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A'/.v/  ,/.-   i-/iis    /s'i./r<.'  ./ii  ' //i ■/<!.•  ■ 


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j'à&ordax  Cturiene 
Me  //us  it  o-entnuc  , 
Lui  Jusant  ma  oeue , 
Do/mes  mo%  secourir 

Lu;  disant  tnaoeue 
Donnes  moi  secours  i 
Ceux  (nie  tu:-  yeux  blessent 

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Les  auerwses  /'.>//.••  • 

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Cetuc 'a/te   vos  uetuv iiessent 
Les  guérisses   vous  ■ 
J aurais  ùvf>   .1  /.wv  , 
Bercer  taises  vous  , 

<  r  iit'rr/wty  m.i  mère 
xTe  crams  .■\"i  courroux 
l7/<-  nous  couriunes 
Pour  ruais  otm  cacner, 
La  /utir  /'i-/ii/\'.-/i,r  J penser 
.  /  ///.■  rien  re/user. 


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*         *  -.  r  -.      -  *  a  a  *       «  ■ 


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l  /.  •<  narUe  auelqu  'airlanat  >///<  v/.r 

./,-/><>/.■  /.'//  (>/,'///<    aliéna  ae 

.////<:>■  précepte*   anwureitx 
,'/  /<•  /><v/u'  tes  mettre  <■/;  usage 
Twâevienj  soûrae  a  /nu  leçon 


4-  ■ 
(  h/./iiin'  /ji^  'par  /ut  fraude- Marne 
Tes  x/euccaux.  nuens  /onte/Urevoir 

Ou  '(WU  >IO"  ,im  <  -,  IpUVe     /)li  >/l  ,nrn ! 

/.''//.y//  aussi  sous  jvtv pourvoir 
.  '>  /  >•/./'.  //.!•  tin  baiser  vour  ./.a/s 
Je  h  enptus  obtenir  lepardon  , 
l  "en  est  trop    &■ 


3  e. 
P/qtie  ,/,■  gueipte  /a/ouste 
Jïieâ  découvre  htés  manu: 
fit  /.■/■/.'■  ae nia  P/irenésie  , 
Tu  puasanies  demies  Rtvaiioc  • 
Avec  iv/.r  sous  /Spots  ffmpraqe 
Tu  danses  pour  ItmlscpLS  /âço'/t 
c  ''enesl  trop   iSr... 


Ingrat  ,mtcrro/npt  /./  Beroeve 
.  ivanl  iin  ////// 'prêt et acAever . 
/.'/.-.   véritable,  colère   T 
i)u  /,i  /.///.-//'  pour  ///  'éprouve* 
J<-  toii'i.  , .  /  lu  /c  sccuj,  soir  sage 
Citasse  un  Injuriétuc  soupçon  , 
(  "en  est  trop    k\ 


T.  1! 


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CII.1XSOX  JJE    MOXTHEUIL    EX  1TOV 
frfndaniùu 


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Onoi .' j-ti/is  verts  souvenir aejntrt/Haemécpeaisvauspûuvespasjvrùnitun 


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Prof  de  la  p  u    aventure 
Passif  un  Atanant  mine  et /rais 
/>  une   disses    h  on  ne  encolure , 
D'un  maintien  sot  et  ni, us  , 
.  'A  >i  n,  >n  l>ules     i'{  ' 


1  'A   ■'  vraiment dit  la  fins  /me 
Vous  ne  perdrons  pas  nos  droits 
t  'e drôle   a  faute  la  mine 
l  h'  pouvoir  pai/er  pour    trois  . 
.  'L 'rnonvilles    < 1 " . 


i>n  l'appelle  ,   il  se  présente, 
t'.n  voyant     sur   le  Oaxjon 
l'n  de/eune    oui  le  lente 


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l  d  vil 


.  Uornonhiues  A  ' 


place  sans  façon 


o  . 
IVe  faudra  -  t  il  pas     fc    battre 
l'ourte  /cure  boire   un  Coup     ? 
.'.'«,  l'en  voirai  plus  do   auatre , 
it'i  le   vin  est  de  mon  goût  , 
-  '/<  in. 'nvdles    d' 

b. 
-tuant  repu    sans  mol  due 
e".-n  al/oié  o-ans  dire  mot, 
Tout  doua:,  lia  dil  ou      Veau  ea-e  , 
il  /aut paner      voire   t'.col    ; 
l.'orneiil'illes 


'.  u. 


-  '/,•/  rayer  ■' qu'eue  nu.reir  ■' 

Je  n  'ai  uns    l'iii/Luil  einu   .>;?/.,•    ■ 

Et  />i<-n  yen/-  sorti/-  J'a//'uire  , 

J 'u  i/< il ur, •/■</,<•    uiu-e  noiur, 

.  Hornon&iBes  i"' 

8. 

/h  .ait-il,  peur   danser      *>xW<ë 
.!<■  /fiai   />li'/l  <•<■/  e//'orl  ■• 

ifi  /<•  n'ai  eas  étonne  </''"'<■ 
J' ai    t/a  nient.-    /•  iarrt-1   /arl  . 
Jtorneneiile.r  A'  ' 

<>   ■ 
/■ii  oremtere  mirant    en    damée 

I  il    ill'i'i       lui     Un    chemin    ( 
/htvi  au  il  e/ianrenl   /u  i  \ide/iee 
//  la  fit    a ■//,•/■   A  en  liant    ; 
.  ilorneiili/ie.r      & 

in  . 
Pu  garçon   loutre    ilun.-eu.-i- 
.Ju  moins   ne  .-e  rltiiaml    ra.<- 
/.a    lii'iun/in-   n>em.<-  i/iuiieeu.-e 
J"  af  perçut  qu'il-  etoit   las  . 
.Ueriu-nl-i/les     «'i.'' 

a  . 

1  •■!/.■-   f/ail-t/  nue  /<■  reneruie 
Oui,  reviens  demain  nu   e\ur 

Eh.  i'ien    uu'n    cela    iielnrme  . 
Jeri'tteur  ,    fus  crû  'nu    rt-reir  . 
Mornon&illes      i£/ 


T    il 


Lentement 


CUsixsojsr  FsirrK  ejst  1704. 


XCL 


Tu  ne  tù>ùr  pus  jeime  Li    jette  o/ioelrir  un   autre  Berger  tpxe  mai 

î35T--f  ri^ir-^avlJir  r  tu^m- 


FffWYT 


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i/V  tuoeitoc  sia- 1  her -dette  ,    me  Joimor  t,i  p'i/  ;  mar  montons  mon 


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me/t  /na   JIu      sette~;      tout  ./or  on  =  ,/i\i  (oit  -  trias  i/o     toi 


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D  uufres  amàiur.poitr  to  oui 1 ronore  Jic  veux  touiours  otio  Lisette  ■ 
l'i.ii./ro'it  to//i  rrjr.  roem.  </./£■■  r.rur,    Rire  et  enartter  sera  /ont  rota'  mm 
-  lr,m(  a  ne  e/e  to  renare  </>  /  'affoù  .•ni-  l /wr/'.'t/o 

Eprouve  faurs  /eux  -•  71'  itonner  nui  /oi 

/  /.'//  cœur  estpûia'  ce  i  /us  /  v;       •        .  /<i,  (  aiit/iin/  octrois  lu  .  'tnso/to  , 


.  //  .  /,■  .-.-rat  le  puis  neuretu 


•  *e  aependroiir  demain  00  un  ■ 


T.  11,  X°54 


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l'/a/TJ-:  CHANSON  OU  VCFJUSNT SN  J70S 


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J'/:i-ù.r  plus  n  -  vare     <///.' te •//.//.•    ne  ça-auanf  rien  a  /•.-///  -      / 


^Trrtrf^tm^^iiÉ 


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Leif/Umnaui  /!.•///;■//<■  aAÇttre 
Pour  le  Beraçr  A-  Trac  /lit  /;>u 
Car  iloùtintkfe  /a  Beraere. 
'/hotte  /«//.'-.y./ pour  tui  Mouton  . 


3  '.' 
/. e/ent tt-iii, ii/t  /'/u/i,    !</,<,•■  itvTt/re 
c  raMnanf  ae  moins  vlatretut  />  . 
/.'.///..  un  moment  voti/utluîreni/re 
7/\/i/r  iffouto/hfBOur'  un  baiser 


Le  lendepuun  l'/u/i-  ■/•<•//  saqe   . 
./urt'rt  J.>/i/h-  Moutons  et  Cnten 
Ppiw  un  /'.//.'•.•/■  aue  le    vo/aae  , 
./  Lisette  aonnoù  pour  rien 


T    u    N."35 


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Jeoais   par-  tir  ,  belle   Z.i-sette  puis   auejene  puis •  t'at-ten 


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pas  vues    in -oui  -    -  etfe       /e    vais  par-   tir  ,   fe    vais  partir 


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/  Vv/.r  tu  toujours  cire  muette 
Parle  aumoins par  un  Soupir  ; 
i)uoi  /e/iepiiisricn  obtenir  ? 
Adieu ,  trop  aimable  Hr  une/te  , 
Je  vais  partir  t   re  l'ais  mourir  . 


J  allais  ouater  ses  teiuleseliarmes 
ijua/ul/e  ots  la  lelle   treiiur 
t^itet attrait sent  /fie  retenir 
-4li  ait,  elle,e/i re/sarita'es larme,  t 
Tu  r a.'  partir ,  /e  pais  mourir  . 


T.  11. N '.'36 


p 


CH4NSON  DJâ  MONTUCf*AIA  EN  J~JO 

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/<•.'■   //'<v//'< '////.<•    ./,:■•    JVil/rw. 

Wiument   sais  tvbtrment, 

/*7/'f<>/<'-    il  ,/.  :■■/>.  unes 
Pour  vous  seulement 
Les  Poissons  ,/,1/w  /.l'n.A' 
Ressentent   .'•<•.■■  /•//.*• 
Et  vous  seule  un  ///<>//./<■ 
/.<.■■  sente*    vtains  qu'euac  . 


De  Votre   feune 
juives  /.:    ./'.■/.' 
i  '  <•.••/  //  atrenas  sape 
De  /m.-  /<:/■  pAnsi/v 

/", ■■•■    .y il-  /./!•/. •///. 

Chasse.  //.'.■    flmttr  jMtr r  w 

.  Ittii-u     //t  fora//  . 

Les  /.-//.r      /.:■■    atntnw . 


T    11    N  l\"' 


56 


.UJl  DE  cVl'MJïlifLir   EN  l'IO 


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n>&\  i  f   c  if  r  cif  ;  rciîf.  r  c 


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ifrf  r  i  Uu  1 1  r  f^'i;  c,^ 

-  i-/wri  ottr/ote/it      t£  anitmret  -  lâf     0/1  .' 0/1  !  Ko/iàl     0/1  ! /lit     1/1't 


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Oui  dit  /<■  Berâer  , 
Un  amour  eccttenie 
Ecrit  tout  nealiqér 
Pource-que  l'on  aune. 
Wo  ko    cf. 


3? 

Il  //m/s  //ut  server 
Sien  ai'ii/u  (aurore, 
P(>iu-  énuouro    rêver 

*  1  <<'  iju  '<>//  adora 
Bofw    &. 


(ht    .  •co/aùll    /.'///  OaS 

veuve     v    .  .  mùire 
Otiand  /écarter    tt'tutas 

7,i///  ee  •ii/il   dèstre 
//,///.>     &. 


(   '<'  .!//  \>/l     l'.'ll/,'//    /.!/.',     , 

Tout  en  Badinant 
Dit  /i/a  /ii'/ 
//.>  //,>  Fane/ton  aaonsnui  ùef/e 

O /,'lt    1,11 1  lit 

Quefte-me-aùroif  tu  ce/a    ' 


,<'  //.<•  fièrent  //,•/// ,'//.c 
,',■   rt  ',',.•   le  dire  , 
as   s'annotent  /<'//,••  deux 
(.  '.  •//    doit    .<■!/////■<'  : 
So  //. ■'  H. '/'/'n  :  ,dt  ////'  dit   .//■  , 
O  Ion   l.m/.i 
II  n'est poàtt  d amour  sansoeta 


T    11 


S.ms  Lenteur 


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^Iveeii/atsiretsanscontramte  o'  7/c/i  est  aue/a/c  iai  peu  smce/e , 

O/i  S'y  divertit  aalan entant ,  il  est  va/un  de  ce  se/ou/'  .■ 

Chacun  1/ pétrie  à  son  ^I/nuite  Jit  la  reine  /a  v/us  severe 

Librement.  ,  Est  au 'a  son  tour ( 

El  Ion  n'entend /a/nais  /iidamte  H,  doit  aimer  une  Beraere 

D'iai  amant  ■  J'ans  retenir . 

3  J 

I.  .-.rtfe/yerj  n'y  sont  oo/nt  f  blai/es ,  I  amour,  las  de  mon  i/i  constance 

t'/icx  eux  // /l'est i/omt de détour .  Fitser//ientde//a-er  m»  va'u.r  . 

/:  c/// -eut '  /a/uais  /eiir  l/on/uia./e  Mou-  il n'en  trouve  l'assurance 
Ja/is  amour,  Ou'en  vos  yei/.v  : 

.  fussif  qoulent.il)  {avantage  ,  'uaes.  Iris,  de  leur  rnissa/icc 
Du /cloue  ■  Par  niestèuec  . 


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Tugrogn&f  si  avw  tais  ; 

/.ors  que  je  me plauur ,  tu  danses' , 

L^tnindferisjcte  déplais 

J  ton  oreille  mal  fiute 

Jfes  chansons  ne  valent  rien  , 

Et  //ni  tant  douce  Jlfusete 

W  est  qu  un  instrument  de  Cnien 


e'tan  rendant  quoi  que  lu  dises 
Je  ne p  tus  qui/ter  ce  lieu  , 
Kl  quoi  que  tu  me  méprises 
Par  tout/e  suivrai  les    yeuoe  ■ 
Je  m  en  reine  mal  amin  nie/ne , 
Jfauquaiiii on  est  amoureiur  , 
Un  clic /> eu  de  ce  qu'on  aime 
Tire  i> lus  crue  quatre  Bœuft  • 


V  un  pot  plein  de  -Ua/yeuunc 
Quand /e  te  /ls  un  présent , 
^aussitôt  pour  son  elrene 
Ta  le  cassis  nwi  présent  i 
d'il en  eus  cru  mon  coiwaye 
Apres  ce  lerui  qrand  -  merci  , 
Afa  main   qui   loiulloil  de  race 
T  eut  casse  la  aueide  aussi  . 


Pour  te  mettre  en  ûul'lianee 
.  t  il  entres /e  /is   la   cota* 
pliais  par  cette  maniqaneze 
Tu  ni' as  l aille  plus  d amener  ■■ 
Je  crois  que  tu  m 'ensorcelles  , 
C  \tr  a  nies  yeiur  eolouts 
auprès  de  toi  les  plus   belles 
Ae  sont  plus  que  du  pain   ois  . 


4- 
f.  auA-e  /our  d un  air  liennete 
Qinuid/e  lotis  mon  cluipiau , 
Plus  vue  qu  'une  -Arbalète 
Tu  le/is  Sauter  dais  l  tau  ; 
Et  puis  d  un  ton  d arroaance 
if  ans  dire  ni  qui ,  ni  quoi  , 
Tu  me  l'adlis  l  ordonnance 
/>e  rnaprocliei-  loin    de  toi  . 


l  /lacune  de  tes  deiuv  loues 
Semble  une  pomme  d  apis  ; 
Comme deujc  centre.!  de  roues 
■  'ont tout  a  point  tes  sourcils  ; 
Tes  i/euecphu noi/xr que deux  maries 
Sembi un  'nwuelie  dans  du  lait , 
Kl  tes  dents  un  ranç  de  parles 
Ben  çi/al,  et  ben    complel  . 


T.  11 


6i 


S 

l'aria  marque  aite/  domaqe 
ûue  lasut  tit'  6e//es  hautes 

ayonl  paur  Ani/  rar/aae  ; 
Qu  'un  sae  vlan  de  duretés , 
Quand sur  ton  hlmeur  revefÀe 
Je  rumine  en  /»<•//  armait  . 
Tu  irw  .rend/  être  une  peene 
Paul  ton  eanirwt  /e  noyau  . 


la 


SÎVBC  lui    d.l/l.r   /!<>„•   l'/u//-/,;- 

Tu  l'eu  pas  /atifè/er  , 

/,''//..•  tapes  comme  deux  pu ,    , 

Et  moi,  je  il  'o.re par /••/■ . 

Il  taqasse,  il  te  chatouille , 

u  te  torche  le  qroum  , 

Et  maidaoordque  /c  grouille 

Tume /tanaztun  cvup  de  potlno  , 


Le  Soleil  oui  /ond  /a   qùiee 
Nestpas  puis  ardent  que  mai  , 
l  'anime  un  queux  Je  sa  aesaee 
J~emesens  jaloux)  de  un  : 
-lu  qrand Colas  qui  le  lorqne 
Je  veiux  pocher  tes  deux   yeux.  : 
Ou  du  moins  en  /aire  un  oorqne  , 
Xi  /eue  puis   /aire  mieux 


Jl 
<i\i/i i'iuh/  vaut  lu  latèretne 
de  nu  saurais  plus  tenir 
Je  crevé  dans  ma  poitrine 
M  fiuif  changer  ou  l'imr 
Tu  me  vrciisin  fur  une  /un  ne 
Parce  que  /  ai  /air  iemn  t 
Mais  /ml  a   /nui  t'a  /•■  > 
Quelle  se  prise  a  /a  /in  . 


12 
Quand  f aune  une  (.'nature 
Jarntaue  e'e.l  tout  de /an  , 
Je  suis  douac  de  ma  nature 
autant  et  pats  au  un  mouton-' 
Mais  quand  mon    Amour  .<•///,-<•/•.• 
N'est  paye  que  de  refus  , 
T)am  a  lors  dans  ma  Coure 
Je  suut pur    qu'an   Ceed'en  rus  ■ 


T  .  11 


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TU. N?42 


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Dorntir  <:>■/  un  /,■///, r  prreùl 
Ftuù 'il ou'on  sy  livr,    .' 
Sommai  prend  ce  oui  /  r.r/  ,/„ 
-Wi/.i    attend  oue je  ,:vs  ywe 
Saisis  nu»  e/an.   ce  moment 

F/US  //lit/  </,>//>///  /•/, >/,■;/,  //.;/// 

i/esuts  /'/•«'. rse  ae   vivre  ■ 


Mais  . ■■/  oïd  •////  ',  A  ■/ ,  luttai,  rnt 
Dans  /t/i  svnbe  ,1/z/ia/ '/■ 
//./// ,/////  plaifi/'  se'dtttsanl 
-'f  *'//'"'  limaye  açrèalle 

.  '  i  >/tU  •//  ■  ■■■  Vf  ■//.     ,  /.<//,  ;  •///,  ■/// 

/  l//\  ///  . .  /  aa/is  ce  moment 

l*ltl\  'll/l.  ///•  l  ',  y  /À//'A'  . 


Baccnus  veut  aue  ses  Sujets 
So  //,  ■///  ,  t'ùlà  //VA  ■//, .  •  , 
//  necramt  aans  ..;;.• /'/',>/,  /., 
•  \  >/  /'; yamt  vit  niprude/ii ,  ■ 
.  '///•/'/<•///  -  //////  J///iv .  vit 
Ou  Vin  vèrwe  oromÂmient 

/  ,/.yt//.-  eut  Slt  /t,us.-;/>:. 


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t.h.n°43 


Pour  /ne  Je//e/i<//  .     ./.:■       iut<isis 

J   eu   //ie/i   e/tte/i ,  /nu  /wu/ette 

Je  rie  encarts  va*    leurs  e.///i/>/u  tiens 

j  ils  me  trouvaient  seulette,  ,/urda/ts      dC. 


-Vcu.r.m    eût    au.  Us   sont  tous  trompeurs 
J)   une   liu/tieur     mJiserefte 

Qa  'il  /te  /,'//.■/  at/Ui'r  One  les  jletsir 
El   /ii/n.u.-     la    fleurette,,    gardons     S'. 

Quand,  en   Lusse  étiaé^oé/'   s'o/i    coeur 

Ûjuesl  trop  i/upueite  ; 

■L  ou  perd  ûnite   sa   oelle  humeur 

fit  l  en  est  eonlretlute  ;    gà?û£bns    &  ' 

J"i  lamour    verioiâ otielune  /eu> 
-Ue  voir  dans   nui  c/uuiiùretle 
Je^leicnerois    apre^r    Ican-our 

-i/ii  /'nielle  Zise/Ze.     oardims        &?. 

i  '  < 

Je Jie.veus point  >Ji<ui</e/-    Je  ten 

Je  veu.e  /este/-  pllette  , 

il  n  est  point  Je  plus  /eu    nom 

Que  celui  Je    Manette,/    tjârdôjis    ~6C 


J  amie  a  rue  ,   / aune      a    sauter 

~/u    son   Je  nui      .'fusette 

J    aime  a    da/lsfr  ,    /   amie     a     elui/ite/- 

Pbita.  nit'/i   ,r/>ui.;t/e       aavdons    cV 

l    est  auist      .nie   p/e.-e/ite/ne/i/ 

Parle    /<i   renne      l/tnelte 

c 

/'./le  Ji/a   /eut     aut/ --entent 
t'n  peu, plus-    </i\mJe/elte 
/  Jieu   /es    /Coûtons 

tirette     /.iren 

Adieu,   t  Vuen  et  //et  Jette 


ee> 


,  J ,/,!.. 


De    mon   Beraer  ï%  -  loge,    i'erb-  terur      le-    /logo.  -   /et     i/e 


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.     h        '        C/     .        ,      . a 0         0       '      * 


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2  ■ 
Slu/re/où  /' i/i/ldêl/e    . 
Faisait   dire    à   /  iù/io 

QlU-  jeiois  //   n/it..-    /'.'//s 

i^iti  ////  dans  /•//////.,//// 
Oûe  /,'•/, >/.-•  ..,/    Behaere-, 
Qu  il .  -/<  v/  ///,  w   Berger 
Qii-\  /<■  serais  /.  v/<  /•■• 
.'////.•  <///  >/  deqiiit  léger  ■ 

3  ■ 

Le  Priniems    oui  vit   mii/re 

y '.■.'■/  /'<>//,'.■•  ,//•,/•///•.<• , 

Leva    vu    disparaître 
Aussi- fol  aue  les  /leurs 
filais    s'il  ramené     d  Flore 
Les  inconstans    Zep/urs  , 

A  <y .  v// ,--,  v.  -/// -ils, ■//.;//, ■ 
Ranimer  ses  désirs      '.' 

-S  • 
7Ku/.-    ma  douleur    extrême 
J~e  vouarots   /ne  vanoer  , 
Que.  neauisde  de  même 

l'i  ;  v//  ii  \  ■  i/n  ,  ui//  v    Berger .' 
*l/trt.<-    in>u  ,  pour    / amour     mê/ru 
Je.  ne  iu>//ds;>/..-  changer 
Râlas  ■     lors  gùe  Ion  aune 
/'y//-,v/  se  dégager  ■' 


T.  11. 


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amciî-  reitê ,  irtaù1  Ûï/3  e/wrè  a  ee  /witi  t/e-lml 

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Pierrot  près  d,'//c  se- plaça 

Ef  cette  A/A' 

t  '/  v  unAiu  •  c/  crue//? 
(  '<>////;'  Pierrot  ,••<'  COUTrOUÇe  , 
A'/  a  une  main  lerepoussa  . 
Pierrot  saisie  Ai  main  rêoeMé  , 
. >lu/;nu- , ,/////,  oaisons  eehu'ou  /> 
Et  Ai  Berqere  aiaroiiaaJU  s'écria 
■f/i  .aÀ !je qauaroLr oic/i  voir  ça 


fur  un  /><//,<•<'/•  lardent  Pierrot 
La  déconcerte 
LaJieraere  alerte 

J.ui  /'.ii/A'  un  ..•.'/<■//•/  ,r/i  'ssàbt  , 
Mzisp  ir.  -y  /i,  ••  /.v/  au'ii ne  A-/,}/// '# 

y//  ?'</■■•  ui'Cir  Al  eu/A'  f, ■/■/,• 

/■m  a//  Piernftpour  eehean  sounetut , 

*l/ai.:/l  /li'ri/iVi'  i/l  /'lil/l/  s'eCrta.    -. 

■  //i  'un  ■  /«•  VOUOroûfoten  voir  en 


Pierrot  qui devient hasardeuse  ,  Couette  om  craint  ce  Auum 
1  ///!.■■/.  f/  /./.','  /.tu  d'une/,  in  e  , 

£  a  main  a  son  aise  ;  £  t  èrusgteement  s'échappe  . 

Pourquoi  ,  difi't,  cet  utr/ouneu.v .  /.'//e  ,/u,/ne  un  hosquet  voisin 

Sur  ce  qatcon  tous  deu.v  /'e  ee/u  rit  / uinuiu-  niu/ui  . 

Je  vais,  morôuc,  neéèndeptaiset   Fupivfta  J'Hue  et  ta  ratrape , 

Dana  ton  erree/  nie/O'e  ,e  Aeuque/  Au ,  Tu  mepàiras,  dit  i/ ,  pour  cette /ot,*  Ai  , 
Et/a  Berqere  en  qronaant  s'cCfta  ^      Ensôuptrant  coletfe  s'écria 

j4À  ■' an  ■ 'ie  voudras  /ton  voir  oa  '  -l/i  !  un  '/e  i'ou,A;ii,'  Aien  voir  ru  . 


Aussitôt  dit,  uus.'-tlo/  /,'ui  / 

Pierrot  /attache 

Colette  l arrache  t 
Et  /'//u //un, /uc  un  née  lotit  ne/. 
Pierrot  en  est  tout  stupéfait 
Au  résistance  enfui  me  /ne/te , 
Un  deu.v paiser,  au  i/ ,  me  fenoero , 
Ense  trou&lant Cb/ette  s'écria  ■ 
l/i  •'■//  .  /<■  voudrais  /un  r.'i/-  ça 


Je  ne  seoir  comme  i/ /a  punit  , 

Mais  /ajo/cllc 

Quitta  /n  re/ruile  , 

Iree  certain  air  attendit 


Qui  ne  marque  U  aucun  dépit 
Ma  peni/eanccn  'estpas  oomplette, 
>/•».■■  dit  Pierrot ,/ienn m nianaucm  , 

En  sourionl  iWelte  seerm  ■• 
lit     an    /.•  t'Oit dreis  6 ton  voir  ça  . 


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T.  11.  N°4.6 


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II 


T    ÎIN'V 


74 


J'alertai  dans  ta  Prairie 

Je faisois  un  bouquet 

Je  /  Û/frois  à  J'ûvie 

/)  un  air  asses  taquet  ; 

Je/èuis  de  rendre  liommaae 

A  de/wicveauœ  appas 

Tu  n'en  prerui  veml-d  omf'raqe ,  non,  >cV    ■ 

'TuanJ  .'e  trouvant  saidette 

de  conte  ma  lanoueiw  ; 

7'u parois  mauiette 

Ton  esprit  est  rêveur  ■ 

Jj'a&senee  de  Jilvandre. 

Cause  ton  embarras 

Ton.  cœur  soutire  a  m  'entendre  ;  non   SC, 

L  ors  que  dessus  L  herlette 
Jlon  eni&i  vient le^jîader  , 
D 'un  coup  Je  la,  Houlette 
On  te  va  ir  L  écarter . 
fït  quand  le  sien,,  Cruelle,  .' 
Par  nat^ar'd  suit  tes  pas 
Par  son  nam  tu  /appelle 
Won  ■   tu  ne  m  amies  pa*r 

L  autre,  jour  dans  la  danse 
dvec  mai  sous  l  armeazc  ; 
Tic  suzoois  la.  Cadence 
Démon  doua:  clialunwau  ; 
De  loin  tic  vis  sdva/idre  , 
Et  tu  fis  untzucœ  pas  ; 
Je,  sens  lien  le-  comprendre  , 
Won  ■  tic  ne  m 'aunes  pas  ■ 

o"on  arne^/ut  ravie 

Jfon  pipeau  s  'en  rompit , 

Et  la    danse  finie 

f  /  en,  roicois  de  dépit  f 

i_  j9  fierqer ,  d  un  cur  tendre  , 

Te  dit  un  mot  fout  bas  , 

f.t  ta  daianas  lerdendre  , 

dh    tu  ne  ni  aimes  pas  ■ 

i    \  )  il  faudrait       m  1  appelles 
T.  11 


— ,  > 


CBdlTSÛA    SI  R  j.f.  MtMt  .tut 
(  lu   'Me  .1  /na  tante 

Pour  oui/ \ii  Je  /'  /mow- . 
(  'site  fille.  charmante 
1 />ou/-  moi  du  retour 

AlaiS     c'eft la    lUTtu  /ne/ne 

den-'v  puis,  réussir-} 

i  'epàfidaut  elle  ,n  'aime.    

<'./  /zut  toujours  plaisir 


/•  hymen  aui  m'epmaiantb 

Pour  e//e  ,1  des    ornas  ; 

Le  sacrement  /a  tente 
Vatsi  /i-  /!  \-/i  tâa\  vas 
Quand  on  est  en  mehaae 

/  on  se  voit    s.rns  désir 

J/.u.-  hors  du    mariaaa 
>.  '•' :•  fait  tou/ourv  plaisir 


Badinant   avec   elle  , 
•  '<■  lui  pris  son  l'ououel 
V.7/s  ,i  L'ùurtunl  lu  Aile 
Jle  Campe  un  Ion    Jbu/iet  , 
J'en  suis  /ùe/ie ',  dit  elle 
J)  un  ton    de  repentir 
Cuoiyite  d'une    truelle  , 
Ça  /au  toujours  plaisir  . 


Çuelove  /oi.^  ,e  l'crnlru.  ■  -. 
(  ar  /e  suis  son  Cousin 
£â  même  elle  me- passe 
Oh  baiser  sw-  son  <féùi 
■  'Ans  Sitôt  </"<•/  urrroe/ie 
Du  lut  de  mon  désir  , 
J  attrape   une  f.i/oc/ie 
Ça/àU   ,'ou'our.-  plaisir 


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rma  autnsieme  année  /e  cherc/ioisun  Epoux  et / e  me  sentais  néeveur 


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e/t  airses    dou.r  ,  a/i  l'ierre .' a/i  Pierre  ' i e/eis  nier/e  sajur 


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Quand-  de  Ai  destituée 

Je  ressentis     /c\r   Coups  , 

JAt    Jfere  //i  a   donnée 

du     l'teiia-    /e    oAtS    /a/oil.V 

J/i' Pierre    &. 


•Ta  tendresse  est  i  or  née 
/  Serrer  mes  aenauoc  , 
<  /amais   au  a/  .coucnee 
A    eu    oui   aue  sa  tou.v 
Ah."  Pierre  âC. 


J  ii  /mue  surannée 
S.vei/e  mon  courroux  , 
//  entend  /  'ffi/menêe 
Comme  a  ramer  des  cnomr 
M  /Pierre  S  . 


dattlauf    dans    /a    tournée 
-V  'a  /er/ne  /es   oerreiuv   . 

lu    /i>/ld  de  nia  pensée 
de  vois  toi  /non   si  douce 
J/i   '  Piare  e\  ■ 


T.li.X°4.8 


IraunetU 


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l'n /our  lejetineOo-las   trouvit    Lùfan     sa.  Ji&  acre-gui  v naît 


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Cous  rv'fait's  élus  du tout-  de. Cas 


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un  Jieri/er  ateu.       vewe&éire. , 
fous  désire*    mon    ùvpcuf 
JLus  las  .'  oour    vous     satisfaire 
}  m  '  taudr-oitr  un     Coutelas  , 
_  Vonptii    cœur    &?. 


Tout    chacun  dit-  au  'j  ai  des-   rats 
Je  n>'pius  permer  la paupière 
Je  mlcjierrxe pour  vos   appas 
D  'une  terrible,  maamere  , 
-  /ub^e/ôis  /  étuis  si  araur  ■  ' 
Jlon. ptit  cœur  &€■ 


feus  dzsuus    oueu.au.  '/ois  ,    Colas 
Passe  devant  notre  c/iaturuere  , 
Je-  ni  'tiendrai  dessus   le  pas  ; 
Ce,.  Jbuv  'nzr  nie  désespérée 
Carje  ne.  vous"  y   vois   pas"  / 
JWon<ptit  coeur    &'■ 


Jouventi  allions    tout    la,  dos 
Dtuis  ce  hosauet  solitaire,  , 
JVoiis    promener*  pas  a, pas 
En  dépit-  de  votre  mer^e  , 
Qjd  rv  '  s  cour  oit  rien,  axe  traeas  • 
ylfon  pti'tr  ceeitr    Si. 


T.  11 


Quand  tr/i  /ta  (  o/i  lit   le    Cas 

Ct  /a  nul  tente  <J/l    <  IVi'/v    , 

Pourtant  maigre  sen/raeas  , 

Jta  mine  eeus  était  c/te'-e  , 

Cn  'est pas  d rnènu?  a  s  ifieurc     /te/ae 

Je  /  vêts  /'/en  A ' . 


t  eus  sotauent  -  d  ces  /ours   aras 
ûttand /  fis  une  -Bandeudlere 
Z> 'un  beau  ruban  de  tafi"  hzs  , 
Oui  vous  servait  de  jarquiere  ■ 

J-Yt  I  enaarm     ni  Uentbarrae 

J>ans  c  'lems  ta  n 'me  troublaient' aue/'e 

/Uais  t,'itt   ca.  &■ 


di/emtirmoteis  tout  bas  , 
Oiteuaiie  c/ianso/i  pour    vous  plat 
Fous  m'dùria/s  en  riant     Ce/as    .' 
La  s çais  tu  bien  foute  eriaulere 
1/  'la    chantais    a  tour  de  bras 
jMo/ipùt  caetir    SC, 


Faut  il  au  'tzvee  tant  d  appas 

Fous   so\/e's  par //nie  et  /lere , 

Et  oue  /  'par de  leus  nies  pas  . 

Pour    vous   avoir  cru  sineere  ■' 

l'eus  m'p/antes  lu  peur   1. 1.. 

/te' /t  dene  '   vous  n 'maintes  atterre 

Car    SC  . 


do 

ZMS  PAROLES  ET  LA  MUSIQUE  SONT DE  Ar} '  LE  DUC  DELA  XREATOJLLE 
Te/idreme*it 


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Divur  c<w  ieaiux}  lieu&  fout  me  ra  - 


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J'urce  qcmsm    L'herbe    /oalee 
Jerhble  n'oser  se  relever 
Elle        .it/e/ul  </i/  '  .J/n//ite    troublée 
Prenne  .mec  />wi/    lo  refouler  , 
Ou  d/rot'l    oue   S7ir    ce  /-iva./e 
l'eut    s'unit  pou/-    mon   bonheur    ■ 
l'onde  nous •prête    sa.  /r.ue/ieur 
/.'olscu/'ite'  re-one    du/is    ce  Ji occiige 


Oj/o  lardes    l'eus         tw/iss  .-lim/ite 

l'ont  favorùe  nos  Désirs, 

Xoi.  s  pouvons    ici     Sans    co/itraoïle 

(rouler  les  p lus  tendres  plaisirs  : 

Vais    /eli   i\us...  oue    sop/ese/ise 
Met  de  /reub/e  dans  mes   sens     ' 

lit   '  Dieux    '   quels  transporta     /e   ressens  ■ 
Et  que   d  l/nour. 


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•t  .rue   il  impatience  f 


et  .pi, 


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T  11 


32 


C(LéNSOK  DE   M   LE  IH'C  DE  LA    TREMOO.LE 


ETTn  H=t=fff^ 


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L'aniàiir  nui    beUe  garde-rH^tùuiscesf&Bonshodmouionsdes- 

tStQ P-l      0      4         f        f|       ?  •      —f-KM-T-f P £_P    _f_ 


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-sous   f,i/i .  I//l>  ta/u/is  que  nous  cha/Ue.  -  io/is  II       nous    nu 


f  r  n  i  r  r  r  •  w^m 


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-yeffe   oie/t    sous  ces  Orineaucc     tout       Je    mes    /ti'.u/.r     e  - 


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'/  iras  je  h  'ose 
Ecouter  le/i  chalumeau 

<■'.  •//,■■  /  'Ormeau  , 

Et  Ion  en  cause 
Oe/a  dans   ne/re    J/ii/neau  . 

Un  coeur    s'eapose 

Sautent  au  danger 

0<  •  l/\y  .  '•  enaaat  v  • 

.  Iver  un    Bt  r/jer  , 

Kl  toujours  VEpbte- est  sous  laJloae 

Tirets    &C 


Que  .'■<  vt  de  <  va!/,',  //■  ■ 
lu  euferet  et  tenture  amow 
Sa/is  détour 
Que  sert  ,/,    fei/ia/e 
Pour  mes  /eux  un  dau.c  retour  ' 
C  est  trop  contraindre 
Ton  araeur  pour  moi 
l'ifan  amour  peur  toi 
Donnons  nous , la.    /.'•</ 
('.  beau  Jeu pouroU  en/i/t    seleuulre 
Que  serf  cV  ■ 


il  faut   se  rendre 

Mon  Bercer   n  des  accens 
Si  loin  lians  , 
i '/en  donc  dopretodrè 

Ce  tiue' pour   /ai     je  ressens  , 

J'ai  le   coeur  tendre 

Fidèle  el  constant  , 

a'i  lu  les  ai it,i/ il 

'  i 
Tu  seras  content  , 

Tu  n'auras  rien-perdu  pour  attendre 

il  faut   et. 


T    11. 


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Peur   se  trou- ver    sur   /a  /vu  -  qere  uvtt/e  et  -vev  ihlui  label- 


ÛleareUo 


CBANSOy  DE  M.  L0BIMLER  EN  17*4- 


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T  11  X°3  3 


-Va  /Ule     répondu     la  Mère  , 

Je  prévois  des  maïuc 

-  .1 .  <npour  nos  troupeaux 
-  Vais  pour    une   Jirevis  plus    citer  a 
Et  le  crai/is    lien  plus  pour     vous 
c2ua.no.    vous-   les   menés  paiire    , 
Ztre  cravis   bien  plus  pour     vous 

Les  Lier, /ers  auc   -les  Loups  . 


AlaL/re  ce/le  leçon    se  o-aae 

Catm  [emporta 

-duéots  s'enadez  , 
£/i  diantant    le  lona  du   fillaac 
Colui  je  nepuis  satis  vous 
^Verter  mes    -Vouions  paître  , 
Colin     je  ne,  puur    sans     vous 

Les  jarder  des  Loups  . 


Le  Aerger  ,    aue,  son   amoiw  presse 

j4ceourt   a  sa    vois-  ; 

Dans  le  /and  des  oour 
Ces    amans  se  disoient  sans  cesse 
Comment pourraisje  sans  -vous 
Afener  mes    -Voûtons  polir e  , 
Comment  peurrats/e  sa/is  vous 

Les  oarder  des  Loups  ,' 


d'amour  aharme  a  u/i  /ou  si  tendre. 

Leur  chanta,  ces     mots  ; 

Soyes  en  roi  •.  •'.  r 
de  nwiw/ts  p/oi  pour     vous    der/ondro  , 
L  'amour   aui    veille   sur    vous  , 
Veno    oo.'~     -r/.uiio//s  paître 
/.  'amour    07/1    veille    sur    vous 

Liv  oarde  </'.■"   Loups  . 


'1 


86 


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Allegretto 


RR--LVLE    £>E  FZATEE  PAR  RAVIE  AU 


Pal-semùleu  -JSonszeur 

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~ieur  le  lic-rs   Vûiur  hùi  airi-aes  nos  aines 

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— • P— f^    P       •         p      •    p  -f-^-4 ^fc^ 

\        ï\ï^~\         ¥         ¥      \\t+ L-lt— 


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Penses  vous  dencpeuveu • -i  rotre    être  diri.ie.'-     aussi   /tes  thn/nes 


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.De  ce.  soin  devar  russes     vous  , 
-Vous  ne    voulons     vas'  au  'on   dise 
ûue  /es   Engins  oui   naisse/it    parmi  /tous 
Soient  des   en/àns     de  X'-E  alise  . 
v 

Passe  encor     pour    efre  Cocus 
Stri/en/iant  i/rosse  finance  , 
-Vais  porter  cornes  pour     des    Crenuts 
i  '  est  n/i  cas   de  consience  . 

Sans  être  -Docteurs    nous    tenons 
Pour  une  reale  constante 

Qzi'rm  ion  Pasteur  doit    suivant  les  Canons 
.<  c/i  tenir   J  sa    Servante 


TU  K°o5 


se 


I — J — I — = -__, 1 . y y — I — — p » — n — 

.'/<£/■  -  </<>/  ///!>//     //*,///  -  y«/-  /c -//i.///  /w  psn  -  ..-au/  ne  fa  - 


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Tout  près  de  la  Colai  ctoù 

Qui    vox/oil ,  oui  Zorjpioit 
sîssw  sous  l  Onneau 
Son  qenh  ph ,  ph    A". 

Si  heau  le   trouva  le  Berger 
Qu  il  m  put  tf  'empêcher 
De  Crier  tout  haut  •' 
Le  charmant ph  ph 
Le  charmant  trou ,  trou. , 

Que  ce  pli 

Qiie  ce  trou  t  . 
Due  ce p'ht  h'oupeau 

Puis  il  ai  arda   doucement 
Et  fort  civilement 
Ota  son  chapeau 
Devant   son  ph  ,  ph  , 
Deoavit    won  trou  trou 
Jon  pli  vh  , 
Jon  trou  hou 
Devant  sort  troupeau 

K!  puis  sans  se  faire  prier 
il  se  mil  a<iauer 
De  son   chalumeau 
s/tipres  au  ph  ,  pli  , 
stupres  du  trou    Ircu 

Près  du  ph 

Pre.  ■  au  trou 
stu  près  au  troupeau 

Que  tort  instrument   est  charmant 
Dit     diargat,  justement 

C'est  celui  au' il  faut 
Peur  /lien  phoh  ,  pti    , 
I'.  ur mon  hou    hou,  trou  , 
Pour  mon  ph 
Pour  mon  fr'Oit 
Peur  mon  ph     troupeau 


T.  Il 


St^/eù'avow  /en  //.■.■/■  /a- 
Toujours  jen  jouiroir 
Quand  /.■  nven,  ■  .1  /  [\i/t 
AîonjoU  /'/.-  ,  pH, 
Mon-j'eli  trou,  trou  , 

Mon.pti.pti  , 

Mon  trou .  Osn 
âfon-jou    troupeau 

S'il tcplaà  /./si/  ,  dit  le  Beraei 
Nous  rv'avons  ou/à.  chariaà' , 
Pren*  nton   chalumeau 

JCt  //un ■  /ru  pli t  pli , 
Et  moi  /t'/i  //\<ul  /av/, 

Moi  Ion  plz  , 

Moi  A'/t  trou 
Et  mot    ton    troupeau 

JCt  peur  tejFaire   un    marche   ./<•/■ 
•J'y  veux   bien,  joindre  encor 
Oh  autre-joyau  . 

J'ûtU    L<n  pti , ptt    pli 

Pour  ton   trou.,  trou     trou. 

Pou/-   /.>//    l-ll 
Pour  ton  trou 
Pour  L'/i   r/i    troupeau 

7.I/U  ,'/   tant    i'.'/ut     marchasu/a 
Qu  'a  /,i  /î/i    se  trouva 
Maître,   ou  peu   e'^n/liut 
JJo  ./-<'/;  pli  ,  ptt ' ,   ptt , 
De  .'V/f  trou  ,  trou  ,  //ou 
De  son    vti 
Dit    son  trou 
j-on-ph  ,   froupeau 


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fous  /<•  sœres    dans    le,  Fuuzoe  on  pt&aue. 

Qus  ce  Bercer  //  'a. point  d eqtuesi  ùeaiûe  /lécas  ■   <\ 


?> 


En  mtoeordant  sur  l'nerae&e  fleuri 

*/  me*  i/l'/w/uv   u  l'instant  il  s  'est  Jette    nçlas  A.' 


^/u   mèifle  ais/.r/n (su  boUcAe  .1  Ai  mienne   unie 
fit  naureen  moi  le  août  ./<.•  Ai   volupùe-.'  //<•/.: 


Jl //w  vantait    /:.•//,!'//./■■  ./•//<*  /.?///. >//■/•  nous  /.• 

J\ll     VOUlU    /'.'//'    ,••'//  UlSOtt   l.t    /',W/.'    ,"    /!.•/.!.■      i 


6 

tft  ceplasùir  est  le  cnarnie  ae   In    vie 

E st  ee  im  grand  '/>,!/.:  mai  a  en  at'ow  i/cufe  nelu 


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_  Tendrement  — s* 


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Var/w/:    ne     ifronder  jrau-  J~l    fort,  oui.  c'est l  trcu?  </iw/  auno 


lia  JUaman  de  siieaiuc      ueii-x-  ,   L  au-     si     douce  et  „»i    tendre 


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Je  ne  voulois  pas  m, engager 

.  Va  /roideur  m 'etotl  eliere  , 

Tiras  s'a/trit pour  mon   Berger 

Je  devins   sa  3ei-c/ere  ; 

\7e  levai  les  veua-     sur   les   siens 

Et  te  nie  crus    tlinie'e 

En  tournant  ses    yeua'  sur  les    miens 

Il  me  ne  enflammée  . 

il  prit  m<^  main   et   la  lais.r 
JBon.  trouble  /ut  eœtre/ne  , 
Le/ripon  d'abord  m  \ipp.a..  a 
E 'i  disant.-  Je  vous  eunu 
Ce  loi  mot  /<nt  e.i  euser 
Un  amant  téméraire.  , 
\Je  >ie  vus  rien    lui  repriser  , 
Et  je  le  la  usai  /aire    . 

IJe  anoi ,  disait  il      as  tu  peur  . 
(  '  est  moi  a ui  te  Caresse  ; 
Pi' ni-  être  vais  près  de  lun  cœur 
ûaJhj-   mes   bras   /e  te  presse  .' 
Eli.' a  uoi-    -Lrmaae    des  plaisirs 
Te  troulle  et  t'J/tarouelie   .' 
C'est  pour  eonf'ondre  lias    J'oupirs 
{hie  le  i/ierirs    sur  ta  oouelie    . 

ainsi   Tiras   me.  rassurât  ; 
Oueue  était    ma  /eillees.' 
I.e  teinlre  Dieu   a  tu    ni  inspirait 
.  J/e  caeliail  man     imiesse  ■ 
Je   dan/iat  tant   a    mon    vamaueii/- 
-Von  seul  amour  me  reste  ; 
Quand  on  laisse  prendre    sen   coeur 
Peut  an   garder    le    reste  ■ 


T.  Il 


94 


stndtmlin. 


CIL1XSOX  DE  M- DU   nOMBARVF. 


J,.Iui/\>    rottr  t*/an(  au1   -  tf/s  jur  /e    &ûrd d'une  /on  -àzi-ne 


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te  vis dans les champs Tir- cis  guide près suivoit  O/i  -  me -ne 


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//    l'oit-  /oit      l arrêter  ,        /i   Bergère   in-ter-dùe fvujnantde 


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r.iix0j-         "     ' 


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Tiras  ma  s'en  aperçoit 
J:/i  devient  plus  téméraire  , 

il    la    suit  près  de  lendroU 
Ûu/e  re'vaur  .  l'olitaire  ; 
d'apreeluzi  doucement 
■d/ài-  aie  tes  entendre  : 

Rie/l  /l'est i/ld///erent 

Quand  o/i  iî  le  oa&a»   âendro 


J  'entendis  aue  Ae  Bargcr 
1)1/  a  f.i  /eune  Bergère  , 
Quai    /u  Crains  d,'  t engager  • 
Que  fiait  d  donc  àue  Jeepere 
Quand  en  scait  tout  cnarmer 
c  >/t  ue  hatuirdc  avère  ; 
Ce  n'est  un  malkz  aimer 
Que  au'and  on  rie  peut  plaire  , 


Le  Berger  /u  dit  plus  rien 
La  Bergère  otoû  uiuette  ; 
Jlais  l  amour  /a  servait  Sien 
Il  préparait  sa  de/zate 
La  pudeur  résistait     ■ 
.Unis  un  soupir  A<?  enas, 
Le  seul  désir  restait, 
Le  plaisir  prit  ja  place 


T    U 


9b 


Allegro 


CHANSON  DKM-lfATELET 


//*  .'  lelelûù-< \ut,  Ma.- mon  '  i^n^. 

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OnidLiui     amis  dans  ma   dog<. 


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1    .1/1   'le   bel  Oiseau,  Ma-  rrèan    aue  ma.  .donne  mon   £Zrruou '„' 
«a=frr»~T-  <==ar-t-„-  =j=\    I   .    .    .   ÎL-h    ' 


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Enea  chel/e  hier  au     soir  nous  tarâmes  du  Fil -loge  sua. 


£/iea  che//e  hier  au     soir  nous  sortîmes  du  fil -leuje  suis  moi 


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si  /avoua:  le    voir ,  /m  di'/   il     sous  ce  feulr-  la  -go  dit  .'  <rî 


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/'/■l'ss,>/i.i    tutus  t  /)i.?n   cher    JLun 
o"u,s  <•<•/!. iyjii     ,7./  ■/  dommage  ■' 
..-    /',i/  ,  nzeàr    1/  Ju   main 
J;c  uU7i  batt&il   davantage 
■'Il  .'     SC 


llm&prit    u/t  doux    baiser 

allant  ,  -j/.im  sois  Jonc-  . 
t  cvt  ,  1.11I  il  /  pour  prépare** 
Du,  bel  Oiseau    le  /<i/;./.r,/i-    , 

-u\  ;  &: 


il  nrepresse    ./•  Jloyuocau  , 
Te  le  tiens  ,   <///    il t  courage 

Ce    vota,    sous    mon   chapeau 
jC est  le plus   beau    .//<■     V-Mage 
Ah   .'  <&\ 


il  est    a  /'><>/    noter    toujours 
il  chérit    son    Esclavage 
<   est  L  objet  </<■  mes  a/?iours 
l  en  oetuc  fouir   .-•..■//.■■  partage 
Ah   •'    SC, 


V    11 


7  i  Y/-  WSON  DK  M .  I.E  IJ . .  DE  N 


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t?ntie  ms/i     avii/' 


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T. 11    N.69 


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ù'aulrejbu,'   j-itr  lajôt^e 

B/Ism<2>rirê  en  son  âme 

S'il  /'<  r/iie 
J3  un  Jiot 


3 

«/ '  i/eâoii    it/te  Jh-'...-.,\. 
Jiri.'/.i/i/s  ./.r/y, 
Qui  vint  "ly///,,-  .,.,  /.vJ,..,.,,, 

C'èslton  ru-<„-   .<\-u/  <„,,!,,,.,,;,■ 

l  '■>'/.■■ //uw  ; 

<  '«'■.'/  .//../  , 


't/'/'U.r 


P-ASTOJLdLB  J)K  M .  J1K  PESA  1 


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/.ai/rimitt 


m^àj\H&\k  mu  un.  Jfr* 


Ç.'  He'fe  -  ne  m'interJit/far  sa  rigueur  mapei  -  /io  //••  s<ut  -rast  toumerson 


nrmir  g  r T  i  r  •  r  g  i  r  E  g 


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,       •  0  *       ,     ^  l ' r-L "?■»«. L 


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quand  elfe  ritguâna'  èSè  cÀante  sije  fa-L>orare  eflesiv  /ai/et  si  M  que  /'e 


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'  Une  je/uie  Bateliers  ,lri  id  -  la  -pe  de     L  on  -  champ 


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Une     je/me  Batelière  du  I7l  -  la  -  ,/e    de     Z^on  -champ 


Une     j'ame  Hôtelière  du  Uil-la-ge  de      Lo/i  -  champ 


l  aube    iour  allad  de  -  saut  sur  /e  lard  de     la  ri  vie   -  re  , 


l'autre   jour  adait  di  -  sont  sur  7e  lard  de    la  note    -  re 


l'autre      leur  idlatt  di  -  saut  sur  le  lard  de   la  r'Jl"*=<  re  , 


J|ln  Qui i>èut,  Qui  l'eut  z> tisser  leau  '.\p/'d  men -te  da/is  mon  btçj-  A', ru  ■ 


l'autre    jour   allmt  di  -  scmt  sur  le  lard  de  la  rime  -  re  , 


£%F=f=^gSi 


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àt-h-i  i  ^=^m 


^^^m 


pmFm 


Qid  veut  Qui  veut passer  l'eait'' cpiil  monte    dans  mon   la  - teau  . 


t  »S^S==ÊË=£=Ê 


je       m^ 


^ 


• 


Oui   vei/t,  Qin  veut  passe/  IsiTu  '■' pi'il  monte    da/is  mon   lu-feau- 


Qui  t'eut.   Oui  veut pass 


veut  passer  leau  'Qu'il mon -te  dans  mon  la -teau  . 


wÊmgmmm 


STîTÉrr^N* 


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Oyn  veut,      //.         passer  leau  ?  Ou  d  monte   dans  /non  ta -teau  . 


¥&, 


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Quz  vent,  //.        passer  leau  ■'    Qu'il  mante    dans  mon  la -teau 


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rrrif^f 


osât .       Qui  veut  passer /eau .'  Qu'il /neuf e    da/ismon  la -teau  . 

r.u.N  (ji 


io3 


21' 

JIii    Nacelle    est   bien    entière    , 
Entbarinte*.     vous  A  ar  aiment  ; 
Je  /ni  criât    sur  le    i-lta/iw 
Oh. 'la  belle  Batelière! 


Je  eeu.i- ,/.-    veux   passer  (e 
Reçois    mot    dans     ton     batct 


au 


ni 


3  '■' 
Dans  ..•,/   Baratte  louvrieiv 
Me  fit  entrer    lestement   • 
Si   bien    voitiia    aii'a  / 'institut*. 

JtfiHS    traversé     /.i    virie/e   • 

Qui     t'eut ,   Qui    Peut    v  tisser  /eu, 
Qu'il  menti-    i/.rn,-    son     /ialean 


J~  aime    a  l/asser  l.i   rivière 
tfe  /il  passe    /iwiueuiini  vit    : 

Jamais  A-/  contentement 

île  n'eus  aime  Bateaere . 

Qui    veut,   Ont   l'eut  passer  l eau  , 

Qu'il  choisisse  sen  Bateau  . 


T   il 


io  4- 


iflttrretto 

„■      /■>■"'■• 

*-      -  — 


/-;i«  j/.  ciiojuau.-ir.s  de  i„i  clos  en  i     & 


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Listmreiiejtoitan  Piuaire    c'était  le  j-otr  efle rrué  noir  . 


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<'//.    ih'ii  l'.'i/  /. m .- .:■//.'   /:•//.■  Quand  effe  fitt  iwwi  /.'ni/:.- 

C 'était le sv/rf  C'etoit  lesoir; 

Suverndrie  court  plus  ri/.-  on  'eue  •  /..-  Serai  t  a  la  dérobée 

II /nisoit  noir,  il  fàùroit  noir; 

Bientôt  II  la  joint    ./  i .ur.-lh- r  I l'ii/iu  r.i n'/  ..i/.iuu-     Rose, 

tison  entpews  J.i.-rn  .ta  peur  ; 

A.tp.-m  la  /itcncir  sur  t'/ierèelfe t  Za peur  ne  sertpajà  ./i.m.l , 

C'est  un  m.i//i.uir .  C'est  lot    /i.'.il/i.'iu. 

Il  tÇusait    //.'.  il  lti/..\'/r  /i.ur  A' 


Personne  a  'doit  sur  //  /•<•///>• 

i   '[•/.•//    /.'     .•.'!/■■ 

Riènto't  Lison  n  'y  vit  plus  .jeu/*  . 
il  /.n.  ■rit    noir; 

Sa  /.n//.'  devint   moins  Ira 

l.i.-.'n     ,-uf     r.ni 
Sen/'niov  après  eue   /fût    n  . 
C'est  un  ittooieio  . 

il /.u'.-.w/  n. ur   A 


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;./■:,'■  i  uj-:>\   un  si  rs: ■/;  .ipj  1:1 r.i:  le  r.i^'s  des  tzlciies.  .Ou preWiirl<m'iui(r<?  - 
[es  l.M-iiics  v^uoieut auxky<?ux  Hes  SuuIesqtiaïuifiilsleapeEKroieul  hors  do  leur    i 

i  i  iiuo  tin  iik    pltiuciii's  i  m  jour  nu»ii>-.On  a  l'iJaTo'd  y  mettre  défi  p.u  'oies  tJ.m>  Jo(veiirx? 
'/)■.:     Lent  de  l'Air  àpeu-ures. 

Don.:-  -    -^1  -      -m-      -  >  //;:■- /J.hi.v 


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Fous  ait*  tia/Jicur  *œ?t&*r  ùc^Jùiece  /Ai-/T?<'     su-  twoiv/nfi/s/i      l ai*  - 

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/.,'/'.'■  ,jn  cm  iivre/id au'ime   ft/A-  <'<■•/    raaiute  , 

Oïl  'un    fier  qeaflt  en.  Jen.v    e.'-t  p,  wfèru/u 

Ou  un    j'i'i//  n  mw  toute.  n/ie    ou'nièe  en  niite  -, 

Qu'un   ara/ta. Lion   <///  sur  terre   sA-/i,//(  , 

i' [■.'■/  mon  amant  au, on  nomme   tout   ./<■•  surfs  ; 

,1  /,'//{■  alaîre ,  attire  eut-it  aretetu/u  ■ 

(J/ii  mieluc    nue    lui  sait  .'•/,///<// v    SOU      \e/e  , 

J'.l    les  t'iTi/iVt.r  //(,-/■ ,  <»//   convertir  . 

Oui  aourroii  mieux  oo tenir  il  une  A  //e  , 

Palme  ii  amour  ,  ou  rosé  ae  plawir    '■ 

Oui  ae/èna   nitt'ti.v  //ù'/ineur    •  {  une  riu ■et/e  , 


./te. //.y.  //.■/■     ,ii  /e  t'.ii'W    ma    ne  , 

d'île  citante/'  e.rl   mon  plus    aou.v    /an. un    f 

Peut -on  avoir  puis  noble-  fantaisie  •" 

Peut  on  e/ieisu'p/us  arma/'te    ) '  a/nauetm    '■ 

ifl,varrru    r,'u.rr  est  mo/i  c/ier   Isaze  , 

•  l/t     renaes-rnoi  le  maître     ./<•  moi:  cet/. 


T.  U 


AIR  AJOUTE  AU  BARBIER  J?E  s  El  IIA.E    r.ES  PAROX,ESi  SONT  DE  JIOXS     DE 

./iZ-.r/.,,'.- 


HE.  1 1  ~AE  lli  i  HAIS 
>  .  > 


ÉiÉlËÊglgSëËgfefefe 


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Quand  dans  /a  plaine  /'amour  ramené   le  yrui  -tenu 

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/•:  '•  chiens  /i^dt'/ùsV^vei/lentvsiii-     el/e^r     Jfatj- /.m  -   -(/or 


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lasazsonnau-pdle  todremi/ie  appas  tnabf  auanala  na-ture  /letritsapa- 


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t/e/ar .'dans  mon  ame 
Un  Dieu  tout  de  /lame 
B/ifré  /nali/re'mai  , 
Depuis  au  il  l' habite  , 

Sans  cesse  l  aai/e  . 
Et  /ai  'ait  la  lai  .' 
-l/ais  auftnd  /a  nature 
Flétrit   Ai   l  c/dure 
f't  ra/ie  lof  deurs  ; 
louicurs   sa  puissance  , 
ci  'ait  donner  naissance  , 
.tua-    tendes   ar.iew,'  , 


TM1.  N    65 


CHANSON UE  ROL   /\/>  RM  M  IK  M  IV    P. 
jf-       Oaiment 


u: 


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JoA/a/s  fra/i.  -  cuis    c/ia/Uons  &o  -  /a/i-d      de   son-    P&1/- 


-  i's  il  fie t  /a  if/t'i  -  rc     le  /i<>/n  U  u/>   auerrosr    si  vaû/ajin-st-lesi 


-  anal  de/la  viciai  -   ri'       ,       Rola/ul   e  -  L//ii  oc'ùi  ^/ar  -  oon 


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frzurott  sauvent  pleurhr  sa   /'u>/-<' il  <'/<></    ri/   c(po-us  -son 

'    ■ t— 


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tant  mieuxn  ai  -sou 


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S=f=;cT 


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/<////  niisua*  iïi-soù  />io?u)ièursaii  pc  -  re ,  J  Li  /srcsil/strjl  la  va 


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man  -  vai  -  se 


T    11 


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L  c père vendait justement ; 
La/  •  des  que  Roland  /lit  en  aae , 
On  vitaoee  eùmnement , 
Briller  sa  force  et  son  courage  , 
Perçant escadron ,  baladions 
Rà  >/iversont  tout  dons  /a  melee 
il  nusod  tourner  les  talons 
/  m  lautseul a  toute  une  armée  ; 
JoUabr  &&  . 

S 
Dans  le  combat particulwr 
il  n'était  pas  moùw  redoutai  le , 
Qu'on/ut  aeant,  qu'on  lui  sorcier , 
Quelan/utmonjtre,  ou  quan  tut  diable; 
Rueriiamcus  n  'arrêtait  son  bras  , 
Il  sebattod  toujours  sans  cramte  ; 
El  s 'd ne  donnait  le  trépas , 
il p or  toit  quelque  rude  atteinte  ; 
Soldats,  &•*. 


Pour  l ennemi   gui  résistait  t 
Reservant  toute  son  audace  , 
A 'celui  oui  se  soumettait , 
il  accordait  tou/ours  sa  arace  t 
L'humanité  dans  son  arand  cœw    , 
Renaissait ;   après  la  tîetoire , 
Kt  lèse //- /ne/ne  le'  l  aaigiteiir 
^tu  Pazncu  proposoit  a  boire  : 
Soldats  .  éVc  . 

Quand  on  lui  demandait  pou/*  quoi 
Les  Français  étaient  en  campagne  , 
d répondait  de  bonne   toi  ; 
C'eslpar  l or  are  de  Cnarbemagne  : 
Ses   Minutres ,  ses  taooris 
Ont  raisonne   siw  cette  atjrawe  ; 
Pour  nous  ,  battons  ses  ennemis  , 
C'est  ce  que /w  us  avons  a  faire  ■• 
J'aidais  àt'c 


4- 

Quand  df au  oit  donner  l assaut, 
lui  même d appuquoit  lecnede  ; 
il  était  ù  premier  en  liant 
-<4nnj prene<C-œ pour  modèle  / 
Il  passoîl  la  mut  au  biaac  , 
l'esprit qadlard ,  l'ame  contente.  ; 
Ou  ilaitrunt  sur  tav  aoresac 
.  ifwiur  ou  'un  gênerai  sous  sa  tente 
Soldats  âb. 


7 
dï*oland  va?  ad  en  bon  i  Vire  tien  , 

il  entende  il  souvent  la    Jtesse , 

Donnod  aua:.  pauvres  de  son  bien  , 

Et  même  d  alloit  a  confesse  ; 

Afals  de  son  Confesseur  Turpm 

tl  tenait  g  ne  c  est  Œuvre  pie 

I>ebat/re,et  de  mener  grand  tram 

Les  ennemis  de  sa  patrie  ■ 

Soldats  çï"c  . 


T.  11 


ô 

Roland  a  lal/c  e/od  ts/iàr/nànt J 
Buvait  du  v m  avec  delco  ; 
jffair  a  en  usoit  solremenl 
Les/ours  dejarde,  et  d exercice  ; 
Pour  H  serval  U  olservoit 
/Je  conserver  sa  tête  entière 
Arc  lavant  aue  auand  il  n  'avoit 
Ce/our-la  rtcji  ai' mieux  a  faire  : 
do  Ilots    étc 


//  c  orru/eod  avec  riaucur 
Tous ceux ai  n  fui  du  •rc/iotenl  querc/te 
.  Haut  un  était  V oint  qucre/leiir  f 
Bon  camarade ,  ami  /idole  : 
L'ennemi  seul ',  dans  /es oomlals 
Tremlla/l ,  voyant.  Irdlor  sa  lamé. 
Jd  r  o  tir  le  dernier -des  solaats 
il  se  serod  nus  dans  ui  /Lwimo  ■' 
o'ollils  étc  ■ 


1C  . 
ltoland  aimait-  le  cotillon  , 
I  On  ne  veut  fueres  s  'en  ac/endre  ) 
Kl  pour  une  Jieuie ,  au  on  . 
il  eut  l'  ea'ur  wi  rou  tror>  tend/ 
J.7/o  l aoundanne  un  beau  /our 
Et  /tu' '/ail  L'urner  /a  Ccrvcae , 
-  ïiuc  com/\its,  mais  non  en  amour 
(7tw  Roland 'soi/  notre  modèle  ; 
J'oldaU  SCc  ■ 


ji. 


Ko  Lin  il /lit  d 'alord  a/licier  , 

t  c 

Car  il  e  te  il  Ion  licnti/diomme  -, 

il  eut  un  Régiment  entier 

J>e  son  Onelc  Empereur  de  Ram 

//  fui  C  \  'mie,    1/  /lit  ,/.  VU  V.  '/  , 

Mais  virant  comme  a  /a  c/ta/nl/w  , 

Il  traitait  de  /rcre,  et  deaat 

iliaque  ùrat'c  liomrnc  Je  Ictrm 

o'o/Jats  <iV    , 


12, 0 

COMPIulINTH  DE  I~£  PRINCESSE   CBJRDs'  DslXS  L.E  ROJSLdlX  DE  C03R0B8 

Traduit  par  M.  Cartlomie,  unie  en  vers  par  M. le  M  ;  de  V  .  ■  ■ 

•  InJantino  „  -~  •"> 


p^ 


*  ri\\  "h-i  tir  J  r.-c  n'Jr>i^^ 

Dans  «■ -re  -  /on/'  ou font en    e/iante  ,  l'air  ie  aoiifergne/aue    aoti  - 

*  r  f.~r  r  r  H  :  r  r  t  II  Tj  3  ' 


SE 


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-  cenr  ?  notas  /  /«  /a/njais  dansl'at-  fyn-7è   J  ini   Prince ,  maître 


v  '  /e  /a/iqnw 


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<?£■   mon     civiw        ùean  J3a  -  tais .    JarJni     a  ami    -  ra  -  6  te  . 

*  Lo      7     __  $         


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Lieu  tpie^ye    crus   a'a/'orar  e/ui/-  -  //tant ,  non  t  non  t    vous 


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n'anes  rien  a  ai  -  mat'fe  vous /&'  m  of-  /relr  point     mon       a  -    - 


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-  /ihnit ,     //<•// ,  //<?/<r    vous     a  'ai'es  rien  a  ai  -  maolo    trous  /w  ///  [■>/ - 

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y/vv  l'oi/tt   mon      a  - 


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lr/i<>  superoe*  ircÂiéecinre 

Orne  i>o<<-   vastes  èatmiens  ; 

Une  délicate  ifculptio-e 

F.n  enrtcfnt  les  ornemens  < 

Beaux   oràr ,  rwarùc   de-  Ai  Nature 

l'i'tts   vsus  eptuses    vainement  , 

t/e  n  'admire  tin  'une  peinture  f 

Coft  A'  l'orfriiif    de   r/ni/i     ania/it 


3 
Cnaauèiour ,  esc/avei^dmes , 
finis  l'ctt/eïr  ,'//rr/-  a  nie*   yeux1 
J/'Ci  'faciès t  su/i'Av  tiouveffes 
Parure* ,  èùûuic  précieux  ■ 
sl/t  ■  .A'  l'i'.r  ,.-<'///.'  ///<>//  camr  .<•  'offense 
lW tit'ti.v  et  mon   amant  soiante 
^autrement  dite  par  sapresert 
Pourrotent  Us  donc  être  nnleffis  ■" 


4 

Lato.  'Ai'  lopjet  oui  //.'//..•  enaaae 
Le?  varptms  perdent  le/a-  odrnr 
Les  oiseaux  perdent  leur  rarnaae 
Et  lesfîuit*  perdent  fenr  Javera-  i 

/..:  A'////  i7/i    ,■•  ,r.///e ,  .'//  iimiptre  ; 
Lattre  dii/our  oerd t<vn  efî-t  , 

■  '/  (e  camr  //  \i  ce  .ru  d  desùre 
Aucun  dej  sens  n'est   safis/iut  . 


T.   U 


722 

iVAœÙàmTB  VEDléNE  DANS  LA  IJLL\E  DM  MONTE  ALdJOR  .  MISE 
EN  rERS  PAR  M  LE  AI '.  VE  P  .  .   .   . 


*  idqai'o 


JJes-  lin ,  aenl  je\  s<-/is  les  moiteurs^,  In  me •  niauats lUtana  jgsuiis 


yqFffi 


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*  ;  Ae-àhr .' a% 


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lans     /.'.■-       pleiti\> 


S? 


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<//i    r  auw  aans     les       pleurs       veur   tsu 
•  l    ,     f-f  ,, ,'.  fm.f „ /    ,f»Tr », 


ffjiriffiqR^te=pffio 


3E 


-jours  po it/'   ton  tours  ni 'as   lu       conaamtve  -   - 


II 


-  /ours  peur   toit  tours  ni  as   la       eondamn 


& 


t 


FFFnH 


ÊË^i 


3 


■t+— — ...    ./  .  ->-   ..  ■ — 5i- /.    •„    .V.*.  /r 


§ 


;•    clia^te~  sein    qui  me  par- lu    nia   rvaùp -<can.ee  conta  ut 


^f    J    f  1J     J^ 


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rie  ;   l'uvi  -lot   celle    qui    tu    allaita  avec /non  peremestravt  - 


igjffi%ffi=E=*=ffibgi^^ 


*£*-L-±- 


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M=A4^titrn^ 


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<v/  «/?  ea?ur  iticqne  a'u     mien    a    qui l  aine  tir /ii'auoilpro- 


I 


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-  mise ,    sans  p  i  -  Ue peur  ce  douer   ù  -en,  un  liarvare  à  ramais  le 


iPÉP3 


T.  11. 


Itv  lieux  fadzs  eloienl    c/iar  mains  , 
Des,  ueurs  eijcu/àêent  /a  verdure  ; 

J.  air  elail  />///■  ,   /■->•   C  ïeuJ?  rians  : 
Tout   s'animait    dans   Aa  A'atiwe  ; 
-1  tf 'tarte  f   a  son  tendre   lunani  , 
l^n  eu/  ail  aue  lanl   l'on/a//  a/atre  .  .  . 
Û     nams   re</rrls   ■    uenser  cuisant  .. 
Jl  est  Ptisse ,  ce  terris    prospère  . 
Pesîtn  ,    &   a 


L  horreur  aut  règne  ,/aas  mon    detâ" 

-/ulour   de  mot  aie  .■e/n/'/e  rem/s  , 

J)u  Prtnicme-  la  verte   fraîcheur 

Avec  mon    èon/ieur  est  éteinte  • 

/) 'épais  brouillards     vouent    les    t'teu.r  , 

Tout  es/  e'omvre  comme  ma  /lame 

/■a  Nature  est  merle   a  mes   yeuot  , 

EL   / espe'ranee  dans  mon  a/ne   ■ 

Destin  ,   &?. 


.l/ate'  auel  de/tre  m'A/iiroil    .' 

./A  !  rien  ri  'a  chance  atte  mot  -  même  ■' 

,/i'ec  l amour  tout  me  mai/  ,- 

a'eperds  tout   dans   celui   aue  /  arme  , 

l'ers  mot  Ai  mor'l    vient  ti   l'île'  lente'  . 

Ma  tprrtie   ii  l'Aïaane  ôùftarit  se  creuse 

l'Aie'  d  ./rua tirs  ■' il/l  .' p/as  ac  Pnntent 

Rien  ne  charme   une  malheureuse 

/testai  ,     éC' 


T.  U 


I2+ 

no-xuarcK  tirée  de  l  msTomn  des  guerres  de  grenade 


K- 


MISE  EU    l'KRS   PslR  M.  LE  M  -DE  P.  .  ,  . 

„.  liid.i/itmo 


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{lue  tes  i/eu.v   sent feiiu.v  ,   nia   lu  -/une  a/i  .'  au  'i/s sont 


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l'ifs,  auot  an  ils  soient      l>leu,v  .   Jl  seint'le  ipi  a  -  mour    tes  a  - 


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-  mine  ,  pour  reni/re  /  '  ii/iu>ers  heu  -rieuù 


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■u.r     mais  pour  faire  un  a  - 

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^* W     — J   V" ' ■ H * ' ■         "V-F ; 

-  niant  fi   -  aele  je  ss.us     uiieiue  aue  tvut      ea  /     e  est   un     r, 


■  fanurûTis    Jii/ts    sl/man%erine 
Lec/af  ori/livit  eût  v /us  /eau  tet/i    ; 
Nex  fîrit  un  tour,  ùeue/ie  i\  'ururtne  , 
Peau  puis  eieuce  aue  /e  satin  , 
Mais  et/le   a  ara'  /e  renas  Ziomnnyje 

si  bien    i/fieu.r   aue  faut  en  ; 
Tout  i/oiï  ceJer  l" avantage 

*1  /a  />eue  glissa   . 


T.  11 


y? 


." 


y.tllih',/,1   l'i'i.c  est  <-/tlu//t,/>i/i>    ; 
Tu  tûUcJlAT  ./•  ////,//   ///.••//  /y///, y/..-  • 

t///<'  /</  dorure  ,'0-/  tripe  et  /'////,//!/,■  .' 
Que  fit  possèdes  cfaarétMvU  ' 
MaU1  </.'  rit,t  0('//i'  ,    ////.-  parole 
r-fati/  vten  riu,-i/,v  que  foiU  lit  ■ 

/,<//'/      i/.'S    Ttl/i'/IS     !'.>•///•//','/' 

/'<>///'  /,!  Belle,  s  tissa 

l'h/ww ,  </<■  ta  cAepefure 
La  .Viiii/ice  est  ,/'u/i  /////,/  par/àù 
Et  U'  t>i'/t  </<'//-/    ae  Ai  p  arure  , 
L>\irt  meirve  en  atujmen&ir  lenet  : 
+  liais  ;,'  fitre  iiiw  /t>  préfère 

Dans  rtio/i  crur   ,r  tou/ç-a 
lii    .'.•///  c/ieveu    de  //m  c/iere 

De  /mi  a&ère  sïïfj'a.    . 

Gotiq/14  est  jeime,  elle  est   /•<■//<■  , 
JCfL-    .■-.ut  l art   ,/•.'  /.-u/  enarmer  ; 
•  r  ,n  laitij-ttvrts  sottptre  pour   eue  , 
Un  attire  opj'et   ment  m  enflammer  ■ 
Beauté  naïve  <•/  cattw  ,ràtivre , 

Fiaient    nn.v/.r   otte   fvitt    ..• 
Vasormats   ,i>  //.'    /'«■//.;•     r..- 

Qu'a     ma    cltere  -//••••  il  • 


rj.b 


r~1Y  DE  MORT  DE   TRISTAN   DU    LEOtfNOJS 

Lent  Mûieur  r.tn.    m .  le  m.  de  /->... 


/.•/Arjii  -dur  c/iari  -  sc/is  et    f^ai/s  :      ii/noii/-/sn-t/i'tt  /ni'. 


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•/nuits  l'tir  -/. !//•'•  :      /iiTits  à  are  -  j\]~r/  nts/i    .!/•/ n? /iu'7s~ 


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tin  'à    /"aire    oit  -  ir     foiur  /inv     re  -  -<//.'/• 


Jlltneur 
vlbniitir  anisi   /n  ?.■•/  aavenu 
Comme  a  coati  oui  <i  frnn  , 
En  ifon    Si'i/i  le  servent  /<>///  nu  , 
Et  oins  en  iv/  ,r  mort     venu    ■ 


TU 


lV 


.Iflt/t'l//- 

En  ma  aernîerv /mùne  te  prù 
Yleuli    i>  /ii,i  douce  ennemie  , 

'/lu  aiajatus  r>n>  ///.••  ,i//iip  i 

rù/rar  ma  mer/ ,   /.rs  ,  //,>  trr'eft&ke    ■ 

-Uuiritr    . 

Le/Vtiu  en  terre  ,/yr,« 'gùfjmit 

.■'lu'  ma  to/nve.    on  ira  Lisant   : 

i,   ihieyties  yerso/i/ie    /t'ett/ini  f,r/if 

,,  Comme  Trirtan  ■   t?i  meurt  ynrnrfimt  . 

JLi/cur 

'Fleur    </e  .Ye/>/e  iVier.i/e/ie 
J.imoi'Joi  ,  dont  lu  éourfoisia 

^  1 /,1/il   ,/e  VllleW    tvt     a/lie 

Sirtts/n/s     //i,i  dcrmare  envie  . 

.  l/i ne//,  ■    , 

tfe /e  fetjite   Lance  et narno 

■  //a/.''  ,-n  (\<ni f'a/.'-  rûr>i/ne 'en  Tout 
ffppie  ti/ni ,  ,////..■  /,-//.'  /,;■•  e.vr'e' 
J)    YKniIi      /aij>  rerpecter   /.:<■  Loir  . 

Majeur   . 

'Jt'i ,  Dieu  Biii/vrutt  atte/e  reere 

Sauve  rue:   ,/e  /,v./.'   ,utfre   /frtr/re 

Que  celle  ,/en/  (A)  j'.rr.L-  rei.r   ,u.t  thune 

Oeruie  .;///.•  ■e///e/;/   ,/    titan    .  ■ /e 


{  A)   /,•  brille 


T    11 


zî8 

.  LUtfSûN  DIT  DUC  HE  BlUli.  t/VT  MISE  BN  FE.tycciSP.iR  m  hem? :  dk  p  , 

C'.ll 


II 


T^Z^ 


-*  m  ^à 


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JS^gg^É 


En  revenant   de  ffi-vettè.  Triante     sur /tton  Pà/e  -freru  Jteoa/ii 


a   /e  ne  sais    quoi  ,  rentv/ilre  u/ie     Pasfonrel-  le yc  /  a  -Farde 


3È- P-f  1 1  rugi 


=*="!■= 


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/aliment .descendant  de   ma  mcnlu -/.•  cl  l/rt     /a/..-  un    campa  - 


^H 


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-îr- "■= — : //   *  V'    «^  ^ — <~^ ? 7~/ T7^ ; ! — 

-/ne/il  .cnr.'n.ille  a  t.  a  ventii  -  re  :    mais  cl  -le         a  un  air  mu  - 


rr-rftJ   T     p^Eg 


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-  fin    mère' pond,  aite  veut-il  dire  que  i'èul-i/      di 


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plus  doute 


i    -  re  ,      pas  -.--es        vcl       crie    -mm    ,     /'as-  se.--      rel   cfie.    - 


(?  ,        vu* 


-©- 


m 


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T.  11. 


■*') 


.  /.  •  SUIS  la /uù.  du  .//.///./     .  /,/,  :///<:■ 

Lacatraee-a     Vat/iurui  , 

a  naus  sanitn    yrairw^ce ntaùn 

O  iu>us  nui/u  /'.//v.  ;>■  /'d.iuo.r 
i/iici/?./ rotic'/loo  d  ..'/  instant  , 
Dtoa/en/ne  sens pas  ti '  ats*  , 
J  /wu.s  aimans  en  atfendçuté 
// n  ta  plus  aue  lui  y  ut-  /  /•tus?  ; 

■  ■■■  L-/ic's  il  ont-  certain 
iji/.yi.ita-  vous  /i  ni  rien  a  /tue. 
Passes vol i/it'iiitn ,  veau  Jure 
Passes  vol  onemm  ■ 


L,ors  ouvrant. mari  .iu//io/u.  / ,  • 
/■'./  lu -.m/  m.ii/i/  A.'.ai  denier  , 
J  f/ii-m/i/i.'-  .■■ou  /,//>/<•/• 
/•/  /.' ,/i.-  ,i  /<i  Seraere  , 
I ont  roui-  l  liolilloinoni  t 
Pour  Li  oluiusoii/o propeéù ■ 
/'ou/    un  rtene.  .i/iur/moiil  . 
Et  memepour  li  i\uu/iotlo  . 
/'iiUiinonl n  '<•/:••  /•<*>•   vilain 
/  /  /o  n  cil  plus  ri. -a    ci  c/uo , 
.  '.'  •r/ciri.r  c/u  onenun  _  l/oau  cJ'toc , 
Jartons  ./n  enenun   ■ 


3 

Que  /esuis  cftarjne ./ apprendre 

Un  arrangement  ./  /.-.///   , 
U.ti.c  aves-  vous  un  trousseau 

V, i/i,/ono  .■•.ii.r   ou   /'  prendra  ■ 
/.'A  Onu  .'  ic'u  i.voi  lés  /i:u.<-  , 
.',>/::■/  soi..  ?.-  avec  ses  ui.ruc/ic'.-  , 

l  Olll/ll/O  ,  c/    .'<'.'■     cl// l.l  il  c-/..-    , 

Rttvolets ,  et  Colles  /i/uuo/icv  , 

Chemisettes  ./.■  fin  im    ■ 

Et    //    c/o/u- ,    r. •/!.■■     rouf.:--  ///:  , 

c 

Passes    "<'/  c/n/nui ,/ic.ui  o'n'c' . 
:•/     .■/■■/ 


Ifiaus  étions  sous  /'  /ciu/loc/c- 

Fous  les  ci.u.r  /c'il  l'ion  ./ di-cc'r,/ 

c 

Qua/iii  au  vois    .Ud/luuui  o\'rl 
Paurreatutner  le  l'illcioo  ; 
lA  ■' ' i.irnt ,  aue  fins  /n  /o  , 
Dit  -  il  a  son  ,ic\c'ic/c'o 


/,./. 


>//    Jeianeur  c/ito  rotl.i 


f 


la 


Repond  la  fille  rusée 

.t mon  trousseau  met  Ai    main  , 

De  ees /rais  ai  seras    amlte  r 

Plisse  /.'ri  c/i.r.iir  l:.f!   :■//>■ 

/'.;■  'se    /.  >fl   •  A.  /mit    • 


r  m 


i3o 


C/l^liYSOK slTTRmiWE  si  BLOND JSL   BN  1102 
Ci  i/tmni 


et  imitée  par   M  .  le  M"  de  P  . 


as  >  '     * 


P 


ëëiigg 


fo=» 


:r 


*=*£*: 


/  .j/\'i/jire,on.     disoil  un  ^/c?u/\./e  /u  Ji/-u-ne//e   et     de     /a 
-e- 


m 


mm 


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• 


V 


^^ 


ùlofute  sn  volt  les    a/trait? .  fout*  à  teur^pariu-àer      t&tfs    /es 

■d-taLJl_t -ti  ■  A 


0 


f. 


i  *^â 


ï 


i 


=fc£5 


•ivu/o-  au  mande  dis  -moi  lu   aue/le  a  /.>/:    a -dis  t  sur-    - 


^=^ë^=^^i±àz:^T^zïtT!r=^ 


v 


&=^ 


loutre  doit  a  -  voir  /e  prue        Peu  m  'un  -parte  re-prd   Gre  - 


:>■ 


^ 


w 


*»= 


ps^n^ 


■yoire,  Peu  m'i/n-por/e  reprit  /i/v  -  ,^/-/v         /'ai -me  mieiur 


Ze 


»        P 


^ 


PEÊ 


fe*^ 


4 


èsÉiâP^f 


*a 


/  .umemn*u.v       /  ai  -  me  /meuar 


euac    oi'i  - 


&. 


mê 


/  aime 


m 


3=*-£3=-*=* 


¥=^f¥=R^ 


-^sÊm 


I 


-T4 


rnietur ,     r  .unie  nucit.v  ,     /  ai -me  mieu.v      /\>t 


mm 


^^mà^^m 


£EEE£ 


ror~ 


II 


T. 11 


/et 


/■<■  darrasùi  et  le  t  '/:'/.■■<■ 
.  Ce  /'eut  une  uue/re  l 'nu-Ile  , 
Sntreeaa:     /'/  luuer.i-  dûtuse, 
. I pris  p.u/i  dune  leur  querelle 
A/m  dis  mot  lequel  des  deu.r 
Doit  être  le  tiewrieuni  . 

/tu    m  importe  ,   rerrlt  tu;  ;/.•//;• 

J aune ■ /meucc  outre  . 


Lim  soutient t/u  //  /./.-//  en    amours 
EtreeonstkVft-,  dtsereé,et  ^-././.,  , 
/.'</////  v  ,  qu'il  n  est  peut  t  d /ieiu\-u.f    /,'u/:- 
o'i  /.'/!//  i'.V  /VA/'j'.OT/    .■/     l>. >/..'./,' 

l/iu ,  dis  moi  ,  pour  mieux  fouir  „ 
pe-çes  movens  le  quel  choisir  . 

l'eu  m  importe  ,  ret  'i-tl  t//-e</.  'ire  , 
t/  aune  mietitv  boire 


f 
l.v  Demoiselles,  uu/re/èw  , 
LaisJoient,  de/er   leur  chevelure  , 
lu/eurdluu      ae plus  de  rrûl-ql    .:'. 
ht  voit  e-'eleper  leur  Coëmtr'è 
/.eure  appas  en  sont  ils  accrus. 
Ou  i.i plume  est     elle  un    iilus 
Peu  m  tmp.  '/•/<•,  reprit   Oreqa*re  , 
,/  'aune  //ueii.r   luire 


J/inle,  aue  tpn  pouuow  est-  qrand 
/;•///  se  soumet  <i  tan  empire  , 
Les  vers,  t  .-l-quenee,  léchant. 
L'art  de  fàu-e  pleurer  et    ru.-  ■ 
/.,/  Pnitosopnie ,  <t  tes  loix 
J"ouijiet /neme  .••<-.■•   iustes  </>■.. 
rnimporte ,  /.prit    (/v./.-. 
d aune  mieu.c  leur 


j.32 


CHANSON L>P MENESTREL  COLIN  MUS  ET  yjHLS  22  ^O     Elle  a  ete  remii'e 
Jnilantlne  eu  û-ancois  par  M. le    M  f  ilf>    P. 


4ll.'aiielle/àit imbelefi/ètla  JTasiaue     à    Colin      JUû   -set- 


m 


m 


m 


fegê^à^^gm^g^ë^=i 


Elle  lài£  .Aviser  la   /il -lotte  eue-  ^u&  trefiUer  lesaareons  le  Pas 


+*- 


m 


if  a. 

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gm* 


/C'«/-  auitte  ses  -  'fou  -  tons  ,   la    Pileuse-    sa    auenouillef  -  te 


1=£ 


p^ 


5 


î^fei 


pour1  /mena?  e n  tendre  ses lIouo-so/is et sairentille  (  Via/fO  -  net-t, 


f= 


Et 


r 


*• 


s 


ZeJle/rain 


hait  elle    /âif un  le/ ef-Zêè  Lz  àAanson  à  colin    -Jtu-  -set 


pu 


i 


Des  au  en  un  Château  ajmporhviee 
/ppareit  le     Ion -Venest/el  , 
Aussitôt  le  -Uai/re  J  lie  le/ 
J'apprête  a  douller  la  loinl>anc& ; 
Le  Jeu/neur  met   son    leaa      -  Vantel 
La.  J.'ame  sa  lelle  a/fornance  t 
Par  '  tout  it"  >fàil  lai   i/rand"  ef/èt 
Le  Ménestrel-  Colin    Afuset  . 


j/lr 


A.)   Pari 
T.U. 


m33 


i.i- 


lis 


/<' Jiurc'/i   veut    que-Ion  lui  chants 
Les  e.viiloits  du  orave     Roland    , 
/.a  Baronne,  <lu  le, m  Triflau 
l'eut  ouïr  Lnuftoire.  touoliante  ■ 
Tout  le  monde  sera  content  ; 
Dit  -Vusot ,   mais  ,ni on  rue  eoiitenle  , 

Jaurès 'jusqu'au  dernier  rollet  , 

\         z  ■  .    t r 

Les  elumsons   a.  Colin    Jtuset  ,  I 

Pendant  toi   mais  on  Et  régate.  ; 

Tous  /es  /ours  un  nouveau  présent-   ; 

Peut  on pan/er  trop   son  talent    : 

Est  il  nu    i/onqleur  qui  (effraie    ■ 

il  chante  maint  atr  dureront  , 

Et  maint  instrument    il étale    . 

Qu'elle  a  Je  ton  ,   qu'elle  a  il'e//et  t  j 

La    A&tsiaue  a  Colin  Jtuset  -' 

Ll  chante   avec  Flûte    ou    Trompette  , 
C  niiazrre ,  Harpe-,  I  laaeolet , 
ûranae  Corne- ,  petit  Carnet 
Tambourin  i  Fia  Ion  ,  Clochette  ; 

il  /ait  Ai  Basse  et  le   Fausset 

Il  inventa    I ' tel/e   et    .Uus.ito  ; 

Pour   la     .V.uiivello    ou   l'.lrohel  t  ( 

Nul n égale    Colin    -Vuset  ■ 

Qtiana-    J lu  set  u  /ail  honneroniïe 

/■' t  reçu    -1  ires    il    /'oison 

ll    retour  tu-   dan.-    sa    Afazson  , 

!  /  rend  satisfait  tout   son  monde   • 

.In, fêle ,  Perrefe     ./lisan  , 

Peur    lu  en    la/tre/^    tout  le  sooaii.le   : 

1  t  rire  le  (tuent  partait  \  .  . 

Du       Ite/iesf/el    <  olin        Vu.,  et    ■ 


T    U 


i34 

RONDE  AlJJtNSBR  /MITEE  DE  COEZZV MUSET  PAR  M.  LE  M /S  DE    P  ■  ■ 
C  cli   la  plus  anrieuzie  Chau/on  a  aauier  aue  1  on  CcmocnJde  . 


rf    #* 


Irdl 


îj^^!B^T^S^y^l^-HrN 


/L>  -  /'/  -  neé  eô     .  i/d/u    -   et  -  te    tu  l'eut  en  ara/iJe  it-.-u'on 


to'-if^g^gjj^N^^sj^ 


->-£+ 


iLf  s'aiment 'à  /a  //\7/i  -ouetVe  ,'\rus  canéraazbs'  et  sans  fa-eon 


a/i  ■  e'est  ainsi gu 1/ /àut    /Izu-e ,  /e peu  -se  gu'its entrai  -son 


soyons   en  -  semvle     Co- mer>e>  com  Rolnn  et  -llari  -  on   , 


Quand  Utr  firent  cv/inaissa/we 
Ce^it  au  pied  de 1>  Ormeau  ; 
Pour  /a  /ne/ter   a  /a  danse 
Roi' in  ota  son  chapeau  : 
JV\mtaI'ut  pas  davantage 
La^fitle  aima  /e  gctroon   .- 
On  airoitgu  'c  est  un    menaije 
Que  Robin  et  Clarion  . 


T.  11. 


3 

-l   P&zr  avec  aiw/  i\ ■ara./e 

J "oitt  les  Jeu.v  ils  s'embrassent  , 

On  croit  J.i/is    tout   le.  /  illa./e 

Que      '/.//■/  et  /s/nms  Us  sont  ; 

/       '  /     A)  > 

/./  cependant   le    '      Prouvere  , 

Le  Batbu  ,  le  Tabellion  , 

iVe  sont  pour  rie/i  Ja>u<-  laJfiure 

De  R<  'Lui  et  .  Horion  ■ 


4 

Bien   avant   .Iras     la     .\  aàe< 

J-l  nseml/e  s'en  vont  au  /.  ■/.<■ 

Laponne   Tante    -if a.. 

/'■es  (  1/  //: 'an/  a/ie  (  /lus 

£ue   gronda  la  _  ailette 

Qui  refond,    a  sa  leçon  ■ 

On  dont  lien   Jane  sa   Coucliette  , 

i'/l  es!  nueaa-    SUT    le    ÇOXOn    . 


6 

Garçon  est  /la/   pour     ùllet/e   , 
J'.t  fillette  pour    gardon  ; 
ifur  tout  guano"  lune  est    oîen/aite 
Et  loutre    a  bonne    façon  ■ 
/■a  Aa/a/e,  ce  ,-nc    semble 
Nous  eut .    en/ans  ,     .•«•••y   raison 
Que   vous    vwiea  /sus  ensemble 
Com    Robin   et    Afanon  ■ 


(  A  )  Le  t 'u 


T  11 


i3G 


UOALdJVCE   CHdNTEE  PrlR  T^IBEU.E    TSJSCJtT    ZL4ArS  Z,B   ROACdJ\T    DE 
TRISTsiN  DE  f^EONNOIg    PAR    M-  LE  Jiïf  DE   P  ,   .    . 
Lent 


Effoi»-  ïï  * 


fefTnrr*^*^ 


5Sgj=3g 


m 


Tout  ce  atte  je  v  ou  mer  a- pel/e  te  souvenir  de  mort   a- ruant , 
.  /    /    , L - * -P- 


^m 


s 


pÈ^^^$=^m^m^^=m 


m 


ta  nature  à  mes   vii'n.v  fT-deie /ne  te  are '-  se/de  a   otiaaite  tus  - 

— • *— ■ — <-* f — l-m — i— » 1 1 — r^^ 


ÊÉ 


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-  tant      etaa. 


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tant     î't  dans  mon      ame  r-e  non  -  vefte   II-  /nage       de 


mïï?F==r=*=^^- 


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rneri  e/ier  Tri 


•te--  tan  de  mon  Tris  tari  mon  c/ier-  Trie  tan  dcrnoriTris- 


*EFEff 


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-tari  mon   cher    Trie--    -tan 


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m 


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2  . 
Prvs  de  mot  eest  un  e/iten  fidèle , 
ITn  mouton  ovumur,  caressant  ; 
Qjiand Ifwnnew  au  ComSaèlàppe 
dettun/îer  Lion  rtujissitrit . 
Qttelc/ievalier,  ou  truelle  Jielle 
J'ourroit  résister-   a   Tristan  , 
Mort  beau  Tristan  . 


Jlen  cher  Tristan  . 


[lis 


'Tantôt  e  est  un  Oiseau  timide  , 
Dans  rncs/iletr  doux  Prisonnier  , 
•/le,  Soudain  c'est un Jiqle  uifrepide 
Qui  vote  arrae/ier-  un  urriricr  . 
Que  la  gloire  ou  I amour  te  ainde 
Tu  t/iprnir/ies  tou/oia's,  Tristan , 
Mon  cher  Trisàzn  ,        t    ,  . 
Mon  reau  Tristan   ■        \ 


T.  H. 


*7 


4- 
i  'om/ne  le  J'rÙttOllS  /<///  t'cAvc 

Lest/teurs  gui  tapissent  nos  cnainps 

Uarw  ir/o/i  ,///><•  tir/i/dc  .'//«,'/•<• , 
il /il  ii.tii/\'  i/v  /.v/.r  cnarmans  ■ 
Du  aonneuri  'entrevis  LAurore  , 
Aux  pre/menf regards  de  T'nslau  , 

/).'  mo/i  Tri,-/.:u 

Mon  tvnv  &%rtun 


De/ete,  Ai  c/udeur 

Pour  /•.-  c-omoaér  peint-  son  ardeur  ,• 

['//  seul  regard  de  son  amante.  , 

Est  un  aou%r    £epnir  pour  .,•/!  iwt/r  ; 

Que  /<>//  (munir  sans  cesse  entament* 

.'',•/.•■  neureua'  ,  Guerrier  comme  tintant  , 

Brave  Tristan 

Jlc/t  cner  Tristan    . 


6 

Tbusuv  ans  Ai  fêrtue  Automne 

Offre  tirs  fruits  ae/icieti.v 

■         /    ' 

f  plaisirs  </// 


!a 


,t.  *ruie , 


A'ouy  sont  encor  plus  précieux 
tHyrtne  et  Laurier  saut  fa   Couronne 
Et  ht  gloire  est  .•//.'//  ornement, 

.11  en  cner    Tristan 

thton   /'cru  Thistan 


Lnifoer  nous  peint  l  wcwrretnce 

1\ >w  /;,'..'  ctnav  il  n  existe  pas 
/.;.-  seules peuies  de  /<//.•. vice 
Jotit  nos  g/aeew  et  //<■.••  /rimât  ■  . 
f't./iy  Ai'-  /.</!. Ac  par  ta prAtenc* 
Et  par  / ardeur  J//  .■■.'///////.•/// . 

.'/.//  Aci//   Tristnn , 

Mon  cner  Tristan 


j/,- 


T    u 


rûMt'luUNTU  J)  AMADIS  S17RLA  ROCHE  PAUVRE 

PAU  JJ  ■  LE  M  DE  TRES  .  *  *  * 
An/  ftn/t/i/' 


Tf- J ■       '  >  ' =* ^-^ /-■/  4    ■    ;■ 

l'tets   ,/,'///  -  /w  :     /Jouée  e&per  anee  fiefaw.    Jn 


/il  -'S     r,i    - 


m 


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•  » 


E^ 


/'/,•    .     //  i-, '•/  ras  ■ 


eàv/is    si   /iv  -  Az 


1 


II  •'.</  passe  .  ■  ■  Pieux.      que/le  Calomnie 
.li>n  ner/e/r  le  put*  lovai  amant  ■ 
Attrois-jevu  manquer  a  //ion  serment  . 
Roses  a  a//ieur  s/nt/etlissoienl  ma  vie  . 


Ton  tendre  casur  (u  /ne  t  au  ois  donne   ■' 

Ta /et-  ■  ■  ta  /ai . .  •  lu  met 'aveis/t/ree  . 
Tontes  ces  fleurs  que  reparut  t  'i/uie/ee  , 
.  1  les  i  ueillir  /<'  semo/ots  destine  . 

Maie  tan    courroux  ,  fa  noire  la/ousie  , 
Brisent  un  coeur  qui  rr'adaré  que  foi  , 
Put- que  lu  erow  qn  if fa  manque  as  /et  , 
Voues  esi'era/ice.  ■  .  /te/as ■'■  ■    fti  //t  es  ravie 

eur  eeffe  ree/ie ,  errant,  a/'a/iao/i/ie 

i'./e/c/ianl  /a  me/t ,  fa  dosi/ant  sans  cesse  , 
■y,t 


Jiaiatte  depteiiis  ,  /.•  dis.         l  ei£S  sa  lond/\'S. 


t/ est  t-assc 


■<•  tenu     si  /arfune  ■' 


■\      .1 


/■"'.. 


■■' 


A'.'.  vv  a  izt/irttr  r/nA-rAt.<\'\>trn/  tn.i    />/,■ 
sil&fi  'tt.'iAAir  /.'  semPtOW  tAi's/i/ir   ; 

Douce  e&trertmce  ■  ■  ■  ■  ArAis  ■  lu  m  .••■•  /.//•/•■ 
// rs/  /'.A'-.'V  r.j  /<■/;/.-  si ybrïûrie   ■  ■  ■  ■ 

KaveMv T tin  /•.  ;  /.v/.r  ,/•  tn>//r  enfànee  •' 
*if,'/i  r.rur  l'/urt ,  t'.'tf  làprerm'er&^ûLe-, 
ffe palPttott  aic'am:  aceevuraeta  twt.c   , 
Et  m '  riiii./ti,  •//  <///.■  /.'//  ui.Ai//n.  ■//.•»'     . 

.//•<■///.•  ,r/,'/v  Ar  rr/i/ius  -/r   ce  r,rnr  , 
Qucje  sentùr  au  a/now  r/r;/  .■•m   mai/ire.  • 
i/e  n'ai  cneivne  rnt.r  ifui  tn  on/ ,Ar/i/ir  A r//r 
Que  iv tir  su  filtre  nommewe  <i  nwn    Paaiatieur  . 

Ouo/ieras-tii  aii-'en  fort  dûua"  A  'ii\\Ai.rr 

'/'<'//  ,p',v//i  /'.'//'  /il/  t/l,t  .'lll'/ri/ir  f-.'l     , 

D'un  Les  ritViveau  ,  rr/îii''r -/n  A  An'i/i/ii,i,/r 
Lare  rr/rit/itAAr    ,t  rrn/r/i/ir  nia  Art  ■ 

./A  ■  Sou  Vieil  -/. y     ,/ii'i/i  ti/ir  .Ar/irr   1/ 1";\\ •,-, 
Çhtana/e  lisûif  man  Ar/iArur  dans  /.v  i/rmv  , 
-  /  /v  gemma"  /.'/••  y './.y.'-  sans  rrssr , 
Oui  A'iiimr  fw/i    ■  ■  doré  len  aimer Atr/i  "iint.r  .' 

Jù'.'W  a  iji/lCUT  riiiA'rAir.vtrn/  «ta  tir 

- 1  Ars  CtiriAAir  /r  setnolaw  ,Ar./i/w 

Douée rrrr'r<mrr  ■'■  •  •  /trias  ■'  ùi   /n'es  /  ttrir  •  .  .  • 

il  esl  vassr  ce  /nus  si  /vriu/ie  ■' 

Jfrit/rits  ,  /iiritrrn.    ,  ruts  ait  'iA nr  l'rn/  /;•//, n.'rr 
Dieux  '  init  tu  ,urr/r     '  ■  ■  t>  Inatu/vifAr  sitrr- 
.  I  tiirur  /tir./t/  /a  nr  Ai  ferrais  v/lW  / 

r'rtt/Are  rritr    eue  rAi'is  a  /rit      .'/.n/-r 


T     .. 


*4">  ,  > 

CBjOfSIXtT   TIREE  DE  LjL  E>L4NE  -DE  MOITTE  Jl-JJOJl    MISE  EJST  f-'EUS 
-l/àWc't/v  P^R   M.  LE  JE.  E>E  P.  ■  .  . 


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su  nieruudra  mourir  vioiLefol  mèsoçotwir  ou  mc/îwdr. i/iwur/r . 


^^rTrTp~iri';  î'hf.ib..  ir  n^rme  l'in'a 


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^rrrirrioi"i ''lOf^i 


e--"--n — P^    p     p^pr^ 


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^^H^^^i0inirpi!Mi^^f^ 


Jlon  arjie  souloit'&à'e 
Libre  de  passions 
■  l/.r/s   amour  s  est- Aul /nin/re 
Deineo  affections 
lit  <i  uns  sous   Stî  to}/ 
J.l  mon  carur  et  ma  /'-n,    . 


l'iuli't  on  verra    l onde 
Coritrk   mont  reculer 
Kl  plutôt  tant  du  mondé 
Sessem  </•-  ortder 
Quo  l  amoitr  oui  rnàpomt 
llecrotsse  a  toi  seul  point  ■ 


T-.  11     N  ?  Cv 


m 


Tendrement 


I  //./  \  SON   GASCONNE 
0 


/.,  teAe.:t.<-  /iu/.\:i./.H.i.  a''  /./.■  //.■//.■■  .liL/i/'.'iii.-.-jii  n  .m  /•'•■  ./.'-/■■■     Voit  - 

m -'jjj^fejà^^r  '  .-i  •■  EU  '  • 


•:•;■  •    .-..  .      . 


-pethhrlaan  ./.-u  m/i  //.m  ..vi  ne reiiJ'iiM m.ui.tl.i  .in  'imieui-.iiti-.ii/ienri.'ti./.' 

mm 


7/;t.  /mil.  >/l 


N";.J;'I'||  /..:■/'•■     ..'i-tli. :/u.',>.<  .'//.:' //.'/!/:■  des  /'ttt.-.en.- 


/.■r.i/.y/d/.ll.  tyii.-/,,/  //.  vy  ■//-,.-.  •//        \\-,,l f.t    JçpnJein  A'J.w  ni fa  //.m./i. 
J}'£>-  *  m    '\*    ••j~^i»    *      1    I  ô  .  Il  M'"'1'"'  '•'  /"""'  ""  '/"' un  i.  -tir  ,uir.i  f'/iorutet 

~    ,  '      , ..  -=*rt  J/ekver fa vêtit? cvin<rfe ara le rienfen prison 

t  .m/.tOite  '  '     '        '  ' 


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*/,t/n/t-.\/  -/le.'  r.i.'l.t/t  ,.u  /en  r.  uteu .///.  Al/./  ./.ni. m an  /■it-e.-i/    ,//•./// 


^f^mTTff 


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n 


Tradudum 

Tlt  ./i.:'i/ ,   .l/.r/./fi.'/rl/.' 

{'u  .  hn.'iir  .'./■/  un  en/.inl  , 

{'n  .il'.:'  une  e/i.rn.en/ietfe 

'J 'n  l  tvmut<rtris  un  an  ■ 

Tout  Cela    n  e.'-(  ,/ue  .'-ei-ns/te  • 

'l'u  ne   / .unu.'-er.'t.'-  /•.'.'•  tant  , 

On  /••  r.'i..-  .un.'ur./ /nu  ./ut  tette 

Demain  en   /e   voit    ararta 


I  o iuo  II 


'/y- 


'Leiulrement 


i  ffJXSOX    GASt  'ONNE 


32* 


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JEs  .latin  een    vrai/ que  toim    uiïtijf* 


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.va  lo  uro  ur  /s  urrï.v 


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/'.-^  il  bien  vrai   que  ton  mdz/fereriee 
J"era  toujours  lo  rrur  démon  amour  , 

Que  ht  ferlas  .;  causer  /lia  sauflranoe , 
T.t  qiw  /o  tournerai  stins  esi'eir  de  ra/aur 

J)ui  bru  franarart  d'un  aniaurotuv  délire 
Quasi  ,•//•.••  ni. 'un  setenresse  en  la  dcucon 
Jeunet  ccunfc/:  ./'  le  veire'sourrire 
'Â •••/.'.'  fau/cur  rus  /reona-au.  un  qla.cn 

Dans  A'  trarwiwrt  dun  amoureux  délire 
,  Quand  sur  mon  août  /otc preuve en  cu/uceur 
Je  serais  content  de  te  voir  sourire  t 
Jfaxs  lu .v  fan/, 'ura  t'iu.r  /ratas  qu  un    glaçon  ■ 

Qu  aau  manne  diq  au  it/t  o.voes  de  h'ndws.i 

Jerte-  ra./at  a  un  <>,i.vv   ,1'  riaou 

Et  qu  msensuda  autourmen  que  mepressa 


/,' 


r  mu.   arios    a  nourri  m 


.i  douta* 


Qui  m  'aurait  dit  qu  u/i    «rw  do  tendre ■■:■  .• 
J'oroiâ nauo  du/:    o.roo.-  de  riqueur 
Et~  ipiinsenowle  au  tottrment-  qiu  *ne  /•<.'■•.•.■ 
Tu  i amu.-orot.    a  nourir  nia  douleur   ■ 


I....IO    il 


'-/■ 


TacraaouMzl  /,)i/  qaepajjté nia  vida 

J  aeplowa.  lit  riifàu    i/.'  ///<•//   .;>/■/. 
Périme- /amour  /.•  /à.-/,-  (artf  p.ui/uni 
i>'h/i  /,'nf  défies  ///,'  re/iara  /<•////  Lhr . 


TcicrUiXllfe  /.n/ </!!<•  fep, TSSd  ///,/    i>n> 
Pt'tti-.riitH  l  a/nour  (<•  /,rr.-,-r/  <•//.•. ■•!  /,  •//.• 

, i't  an  /<'/.■''  in  ,/.■/•, >/./•  ///,<  /:■'//.■.•/■  (on  .-<tv//- 


/■•'ii  fouine  u/.'rt  aue  /,■  ,/,vti  soun  OUTmrfyre 
l'.n  /<>  Yburman  <ut  »nvi  ,/.'/•/.•  ,'\'it/i</i\r  , 
Qu  'un  /.•///■  /•<>//,//•{.■  aue  Soun  /■/<.■•  oel ouvrage 
Dgjwous  saley  vouarus  pas  se  renaea. 


,,/-■*  /••""••  Dieu  aux.  fe  dot/  se>nhorrnujfe 
/.'//  (s  /armant  <tit  rneats deVrott  sonaer , 
„  Ou  un  jour   viendroitaut •.••on  vins  A'/i'mra,/.' 
„  Dessous  sa. Loi  //<■  vouaroit pas  se  ranaer  . 

dit/'to  A'///,/.//'."/-  /<•  /■<■//,  fre  /non   //<■/■, r 

I>o  ioO-,mon,i  oui  con  do  /o  peoutai 
•fenerw  pas  pus  ieUa  aue  ,,\r  mera  , 

I/o  /Ai/, trio  au  /non    des  ire  eycoutnt  . 

< 


.  Il     auroù  /■/<■//  /,////•■'/<■/'  />■ /ondro  /noms 
,  i/e  reérancAer  auefaue  cnose  </<•  Ai  peatif» 
,Tune  sorois  pas  p/us  /.•//<•  aut  sa  mère , 
,/,'//.•  me  /to/Arots  ou  moins  ./ e/re  ecou/e  . 


l'OHIC      11 


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ré- 


bravi 


CJI^iKSON  LtASCONXE 


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J— *é- 


m 


Z,  anieur   aue  tant  nie  /ta  -  tai\t  aèrtie      rendre  un    /eu/-  cotcn  - 


f.^ltneur  oui  tant  nie  flatoit 
De  nu-  reuare  un  jour   contant  , 
Me  traite  comme  un  Esclave 
i  e  nerta-rse  i'Oli-  un  l'an  moment 
ht  aitcmdje  lia  o/fre  un   sacrt/ice 
Pour  le   retiare    cvnip  atursant 
-In     le  Cruel  s  'eluate 
J  me  rendra  nialneiu-eiur 


Pcr  million  se  e-ati.'/'ai/re 

El  se  Iru'a  ai'  mena    maoïi  , 

Ma  / tassai  ter/  cer  reeai '/•<'/ 

Tant  au' ai/  venant  tau  ren.ieu 

t. a  neil  et  /ou/oiir  sous  rire 

Perùi  /•runeltn    P/nuis 

i^ue  .•,■/■;.'  ae  nieiin    niartire 

El  nue  tmtfour  /ne  /nais 
/  <      ' 

Touio  II 


Pour  mieux:    se  satisfaire 

Et  se  /ne sa ue/-  Je  thon   mal , 

Il  m  'a  oïesse  le  cœur .  lie/as  ■' 

Tant  ans  /  'ai/  rera'u  /e  repas 

La  A  tut  et  le  /eur  /e  ,-ourire 

Pour  /a  Bruni  /le  P/tùi's  , 

Qra.se  rit  de  nien   marttre 

E/  nui  toujours  nie  /ait 
I  ■ 


Eue  ii  soun  taures  IJes.i-.iaa 
Par  un  ooutre  Pastouret , 

Et  u'e.'/e/  la  /'.-ri    ./1/r/luJo 

Cepandan  es  m/iaol 

////>./  ././.'///.■■. /.■•  y, t..- te  u  relias 

OllO     r .'/.'/!  l'e/t    /. •..',•,  'Ilf.l 

o'.we  p,t.-     .  ■    .0//11  /  '/•//ella.r 
-  U.u.-  ol pot    /■,/..•  las  ,l/llft,l 

theu  iienet ,  .  v. ;///<•  rretiriee 
Eu  ùuil  /'./< •lire  i>, istourel , 
Que  te  premnet  sacrifice 
Dèàe  au  aaiwa  aep/us  /.■/. 
./mour     se  t'ouït  ■■- on  /.>;//-.' 
Pourries  tout    a/v/ûtt  /./ 
l.ii/li  atutl.t  soun   tr/nqayre. 
El  f'oroo  la  Je  mai/ma 

<•'.'  /iiniin/  /.'/ /.■/!  /mm  va 
)eon  ton/pu  \n/  ner presen 
In  Piqeaiun  en  sa  par  ma  , 
Te  tarai/  1/  nll.t  aencen  ■ 
Conterai/  tenta  nia  vtaa 
Et  l'ottnt.il  ettas  /,'irou-  , 
Que  tu  sont  me  las  1  'aou'i-t.la 
Per me renars  lo/i  lieurou.v  , 


m 
Elle  a  son  tour    est  //•.••.-.'.' 
Par  un  autre   fiera,/- 
Et  J  e/i  .y.  •//  fa  iiet    111,11. 
Cependant  il  est  in/iaele  . 

// aune  J attires  /ie./e/e.- 

Qui  veulent  ùien  l  oeoufei- 

.  If  ne  seats  p,is  si  fil:-  sont .  ruo&o 

.'Eu.  ■  J  ne  peut  les  autikr 

Petit J>tou  soi/ es  propice 

■l  un  pauvre  lierqer 

Qui  vous  promet  un  sacriA  > 

T>e  ce  au  il  aura  .le  plus  6e, iu 

l/ziotu  ,  si  tu  voulais  le  paire 
lu  p.  Y//-,  /.  -  tout  arranger 
Pâté  lui  .pa'tler  son  amant 
/ci  oi'  m  au,. 

J"i yamato  :./ ruvi/i  'amené 
Je  t  o //rirai  pour  présent 
Pnpigevn  avec  .  a  /omette 
Je  te  /,  rat,  In/ler  Je  t  cm  \  vis 
Je  elia/ile/a/  toute  nia   rie, 
Ta  />.  nie  et  les    /av. tu -s  , 
Que  i.  ■  .■•eut  /ne  la.'-  eliotsio 
me  rendre  Pten  nou/o/ia- 


tfeyamay  Jm  la praaollti  , 
Pastotirellas  et  pas  t. •//.<-  , 
Recountraves  /./  <  'rue/fa  , 
A'  iieounta.s  fi  MUS  iUHUaUS?  : 
Diavas  /•/  in/e  per  fout  mère 
Denoun  poude  lu  parla  , 

lissi  /Oeu  m. 'un  fur. rat.  '/■•', 

têil  que   .'■■  // 


'■'/  ramais  dans  la  Prairie 
B  eroerSf  et  P>ei  •.  r.  •/-.  • 
Pous  rencontres  la  l 'ruelle 
Raccntus au  me.<-  .loul.iir.r 
Dites  lai  une  p.  rr  tout  /entoure 
/'■•  ne  rotti'oir  po.--  lut   r.trlor 
Q11  toi  /<•/•"••■  mon  purs.// 
dr.int  ./ue  ,1. 


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CBJXSON   OdSCOJVA'E 


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Jea/ie/fa       fous     i/i'/s      tant    ,/.>«  -  tvA 


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Traduction 

Jeannette.,  tes  i/eu.v  tant  ,/siav  , 
M  ' a/if-  donné  /us  au 'a  l  unie  ■■ 
Peur  Je  cœur  ,  />'  //  r//  ai  r tus  , 
il  s  est  /■ru/e  ,/ans  /iia/lar/w  $ 
Fais  /•>  revivre  Jans  /e  tw:  , 
Plus  une  tu  as  /ait  mourir  /e  mien 


Toiuo  11 


*4'9 


f.t'ttiw Que  /n.i  niâmes  donnai, 
ùt'/id Pasteur .  enaaae . 
iPespàsperdut,  nirnay  /»-u//<il , 
Natu/acli  un  autre  nsase 
Ycoà  /ut/  /iit\'\/u/ \inùi' L>u muni 
ifave-pàspiw  u/u/iA'  rs  louaou 


Réponse 

Le  ccear que  ta  m 'aveu  donne 

C't'/i/i/Jii'ri/iV  ,  en  i7/iq<?  ; 

Ar  est  m  perdu  ni  vrule 
d'en  iu /'ut  un  autre  usage} 
de  Cazmesle  avec  le  mien  , 
Je  ne  scats  pats  auelest  le  t.en 


Attire 

<>>•  y.'i'u  lay  pas  pus  leoudounat,  ifiiene  t'ai  vas .plutôt  do/nn- 

Atoun  aymaole -Pasteur a  t  A&m  aimable  Bercer   , 

Un  <  'orauetera  dastâtat  l^ncieur  oui t'etûit aesane 

Crc*  i/iic  ne/-,  i  pas  furura  i  Cïins  épie  ce  n'estent  vas  l  neure; 

Per  c/i/i/i  de  tayjria  muuau  Car  a/inde  (Sauner  rnnu/.i 

En  l'curi  auira preniet  licou  Aveeioi  autre  /lu  prie  leçons 


Réponse 
Je  A'iut  cor  ruera  destinât,  tTihm  coeur  metoit aeshne 

Pastour  ceunta  pat estre  ,  Beraerft  comme  cela  peut  être 

L'uni. nu-  //<'//.'•  .////•/<■  etiseionat  L  amour  nous  aurait  enseigne 

Toutes  sous  tours  de  mettre.  Tous  ses invs  de  Maure 

Dons  cors  noitn  siu/mou  qmemiffivu  Dense 'cours  'ne  shn  aunent oui mieux 
Qjtan  entréues prenou  licou 


Quand enir  eue  dspr\  vient  les*  v/ 


Toute    11 


cn+iKsox  GASCOjsnîE 


Tendrement 


-lu   leva    Je  L'an    rorâ  duis    unrrii    det dé  flèUs  Zeànir  et 


-m^FrH$rïïf^^^^=W^H\ 


ressan  fiera  t'iimc/uz  teuton  pis  us ,  s'e    ta  Ja   sur  l'Aer lettet    < 


Tournera  des  Curres  dùrié  àni    fit  sàu  lettâas  éeo's sou^Frè  yreà 


^ftf  \\\$mmm% 


Éfc 


*è      » 


Tràduchen 
-lu  lever  Je  l  aurore 
Vans  un  Pre  de  fleurs  , 
'/■ep/ur  caressait  Flore  ■ 
t'/iniene  toute  en  pleurs 
-Jsstse  sur  l  nerpette 

1  I  enl&re  d  un  Pi/rres 
/Jisoit    lente   sculctte 

Aux  E'c/ios  ses  reorels  ■ 


lirais  es  mer ,  peeai/re  . 
Aon  selous  p lotiras  -  leru 
Fleurettas penne  pleure 
Changeas  rosiras  l 'eu  te  us  ; 
P Liintiva-Te  urto  urella  , 
R.oiursuj/u  tû  us    <  in  10  urous 
El   vous  oe/ie  /'.délia 
Recettes  /nos  doit! eus 


Tweis  est  mort ,  lielas  ■ 
Otseauar  ,    vleiuw  -  le  , 
rieurs  ,  pour   me  pliure 
Quittes     vàif   Couleurs  s 
Plaintive   Tourterelle 
Ressionols  amoureux  , 
Et    nous  ,  /.'elie  tidole' 
Repetteo  mes  douleurs 


Tomo    11 


T&eià  loti  vrai/  niêudeua 
Do  toutes  les  Pastau^r 
Discret,  sage  et  fidelia,, 
1/iU-Java  nuius  moutvns 
o'ouu  sep/e  de  /îou/ctlas , 
7.ott/uir  as  Aonelmut 
-Villa    J/ararulel/us  , 
--/  yt'vti  imlla  pontons   ■ 


Tircu*  L'  vrai  modela 
De  /vus  les  fier,/ ers  , 
Discret  sage,  /îd<  le  t 
(rOf\zoit  nies  moutons 
tfon  seinplru;  Je  Violettes 
//  donne  ù  coud   dgneazcsc 
Mike marguerite 
Et  a.  mot  mille  baisers 


Lait  Poussignaau  sauvage 
lente  ii  aou  /aun  J au  lois , 
Suspendre  soun,  ramage 
Per  entendre  sa   vois 
ifounda,  la  piuf  rapida 
i  o  ulula  lonlamen 
Pera/vedr'un  aputuda 
De  serai    doits   mstvunien 


Le  Rossignol  Jauvage 
Pënottdu  /end  des  vois 
ifuspendre  son  ramage 
Pour  entendre  sa  voue 
Lande  ta  plus  rapide 
l  oTUoit  lentement 
Povr-  entendre*  le  plus  petit  treden 
De-son  doute  xnstrumet 


st/uis  it  lavanlitra 
A  la  merci  Jus  loups  , 
Cerea  vos/ru  pastura 
Dm  un  désert    a///ous  ■ 
Troupel  yeou  l  alandonne 
Tirai*    es  au   bmmbeau  , 
Qic'aco  no  un   vous  .-.■■/.•une 
/.'u  seguercu   leou 


Ailes    a  /  aventure 

I  la  merci  îles  Loti  ; 
L  lierclier    volve  pâture 
Dans  un  désert  a/lreu  9 
Troupeau  je  vous  a/andonno 
l'irew  est  iiu    toinleau 
Que  cela  no   vous  étonne  1 
Je  le  suivrai  l'icitel 


Tome    H 


102 


Adaaia 


CILiNSON  JiEAllNOlïJC 


^Ê^F 


q 


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^f~f~ri~f  "t  i  f — f. 


!»      Â,nliaul  j'iir    tes  mon  -  /.i./;w    mi  Pastou  />i,i/Au  -  roiu 


m 


j        1.6      %      4  ,    g       7_ 


^m^^m 


p~-~. 


auJ  yiit     /v   du  liait  ne  -  crad  de  idoits  soun   rolerni   Cam-Bia 

'  '    6     4    ' 


-r — r- 


pr: 


Tiadin'lio/i 

•v-       Il  La  haut  sin-  les  /sionâfonej- 
Un  Hêrgrer  ma/lieia  eu.e 
-L'sis  au  vieil  citai  lietre  , 
I  il  JVaye  de  pleia-s , 

H    ifanaeoit  âz<  elia/u/emeiU 
De  ses  amours  ■ 


i  o  leuye  ,  ca  boulât  g e  , 

JJise  l  mlàrfunat 
La  tendresse  a   l  ai?  ion 
Oui    tay     pourtat 
San  aco    loiis  relnts 
Ou  ai/  méritât  ■ 


3 


DespttcA   •pie  fii  /reauentes 

Lasaenùr  de  eondieion 
;/.■•  rie;     il     i'.i    flailt    loi 

Qrie    ma  mai/sou 

A  on   en  p/on  laide  .-'/  sa  fit 
Vu  (  'ali/o/l 


C  i  i-iti  •    loyer  \  i  \  x'ui  •    vo  laae  , 

'   Disait  l  ui/bràme'  t 
La  tendresse  et  L  amour 

Que  je  lai  porto 
Sont    ils  doue    les  relu.'s 

Que  /  ai  mérite   ■ 


Depuis  oue  tu  /reauo/des 
Les  cens  deoandilijii  , 

Tu  as pris  un  si  lurut  vol 
Que  ma  maison 

JV est  asses  liante  pour  toi/ 
D'un  chevron   ■ 


Toaic  II 


TftS  Jiuf/i'o     ./.y    //,.-    ;///.:■■ 
A  nts  aoiatten plus  mesi  i.i 
Et  lotis  stipêris  montons 
Despucn  en  i\i 

Nou  s'approahen  aaotts  /i:.\- 
{?/<  'c'/i  -  A  UfiS  timu  r   . 


/.V  />/■.//..'///'<•■•  /,<     irt/ffiu,:- 

janerttpats  seme/er  , 
A  /  '..•'  superbes  mouton, 
-  fors 

.''.■       .Tirrocn  •'!/  ,/<:     uiis/w' 
<J.Vi'.  ■  <'irr  /,"•  Cor'/UV  , 


Ku. •<>//.•/.'  ipie   'stey  praoube 
Dens  nioun   vêtit  estât 
.Ii//>i\/  mey  tnorui  barret 

Tout  .•.'■/'.■//■/ 
Oue   nou  vas  lait  plus  A  t 

i  'itapeu  bottrdot 


Encan  <///.- v  soir  pauvre 

/),:/!.■  ///.•//  petltefttt 
Jaune  iru.'i:.-  mon  OOrul 

T.'itt  i><>// 
Qitenonpas  le  puis  Aj,n/ 

(  V'.llWSU   /.'/,/'     . 


-  Llut    Jonaues     liaresse 
Poutoure    cJiens   amou 
Catnoia   oe  p ors  eu/nom 

J)s  serbtaou 
Jainey  noun    lroub(was 

V  tUOU      COUMl    /.'il 


.J./i.'ii  ,/'//.•  tiartvs.e  , 
Reraere  sans  amour  , 
(V/.r//./.v  ai  peux  changer 

De  serottetrr 
Jamais  ht  Tien  lroiti>,v\ts 

lu  /.'/  .in,'  moi  . 


.  «  •  .1 


ll/earelfo 


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YSÛJRT    li  BERNOISE 

3=P 


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Deûus  ûvâi.   J  a  -  ne   ra/ianne    pas  -  toure  rrwun    p/-auA 


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*  ■      f 


Ce    ques     e/îi-bej  -   cat     /wuci/    c        ai  c  que     c<lnfe       e 


^#=f^ 


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pieu  -  re     aeaiur    attrattst/iti  l' an     en  -  can  -  tat  neiieil     e 

'    ' u„rf*ff-    -f 


3=?—T—-^T^m 


au 


i     /an    en    can  -    -  lat 


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Tracmcàûn 

.',:>•   freatr    a1  une   /aune    Jirracre 
.'/<■»/?  pauvre    rester   .'.'Y    analue   i 
.'.'..,/  <•/  ioiu    <.'  .-A<i/iA-   eé  pleure 
Des  attrai&f  oui  l ont  eneÀante    ■ 


I  tfmo  il 


J*ous   sous  oueuloiuf  nou  son  suc   ètues    âmes 

Dus  /xeueas  a/lu  rats  près  a  près 

De. tfiaou,  en  /a  bôlen  /.us  flammes 

Que  J,s4meu  jatte   a  /n'a  a    reiew  I 


7raJiu7ion 
Jes jolis  j/eu.r   ne   soni    aue   Jeua'    âmes 
Deu<r  /sus*    allumes  près  a  prâr  , 
De  /a    volait  les  flammes 
Que  l  amour  jette   il'  la  mai/i     aauelie  . 


/■ou  sou  nasou  dessus    sa  L'are 
tJoçue   d'aï  lotis   arrati/s  ./>//   SOU 
E  ae  / ' Ûmlre/fa    au  i/iJ./a/\' 
.tïaraue  la^r  a/vs   <le  l  amau    ■ 

Jon-veatn&c  sur  son    visage 
Joiie  avec  les  rayons    .lu    ,i'olo/l 
Et de-  li  rn'ite     omire    oui  en  ,/•.,,//./ 
Morgue  les  neurès  ae  l amotO"  ■ 


t  ■■■ 


Toiuo     II 


Tendrement 


^^ff=f=f=f^m^. 


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§35  l 


Si     vous     crtzf  os-tods  -  ,/<\r  -sus      Ion  monl /  -an   auan 
-^  ,     f    6t>.-j      I      «   ,*       .-H ^—7.  — 


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£p£=gSË^PÉ 


3 


Az       Paume   té au  -ret-  de  ï nul  Coo      if i/'l&rpK-  tct  hier   oAia 

% _Z 7  ♦ 


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qu-'evousj-e  ssptade  a      (fuel      aratitru     rn 


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he        l'ai1  -  aztre       cùide    cfterùt    hà.        nâae     fa  -  -  ùi 

(y  6     u 

6  —       ,      _S f,       Z-      ,      —-_.<;  4 Z_ 


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/•     XLV 


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31 


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Traduction 

J*i  vous  eussiez  eût  dessus  /e  J/o/it  Ida. 
Lors  que  la  Pomme  do/-  jadis    s'y  dis  vu/a , 
Pour-  non    nue  vous  eut  regardée 
l  [•  'jo/tti  Pas/ou/'  , 
Il  rou.'    I aiu-ait   donnée 
tFcaw   rous  fatre  avenue  faveur. 


Tome     IJ 


(  ■//.  ixsas  i.ANorKDPCiKxxi: 


Oiit 


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ter  Jai-jUiJjiJ  ip  b 

Un     .'/.'tissu  //i.  ba/uo  treire  ./;«« i/,;/'./;//  /w  //v '«y, i 


t/>a/  rt/, 


•//nui    riaU 


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&m  -iv;.-  • 


-m ~ I .     I  11/ X l    ___4 41 'I  I  » 

\ui/u\v  <.vtvs\,tyi>  />niUzizl prtz  i/e/  i£ a/  nu  /ssyti*1,  .////</<//><?  cri  nu*    ///\i/i 


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i^^^Ép^ 


•ucaiiel  ai/ttsau'a  a 'ome,  •  atyraic/i  //■  ■■  riait  mapirdiv  pas  de       i ai 


■il.  '/ni/v/a  d'un  /itii/ati/a 
l  'an/ai:>  mil  atrerneuielt 
Et  sas  doua-sas  ca/Ufonnetos 
FcL/zon,  toute  1er œutceLt 
Yau  iraunai  iatti./u/  len/endre 
Ze  loire  al  l'évita. 
la  louât  ùerujut  ■/  a  m. •p/;/t.ira 
o"anrla-pt  'u.i.arras/a 


l/i      Vo/iatatw  rrw  vernit/    voir 
/htand/aoardois  la  troupeau. 
/•/  /ornais  pour  ne  saunas  croire 
J"u eà/it  àattanaxm  a  la  pravw  ■ 

/) 'aussi    tam    att'tlm.'  ooi/^tt  il  ma  .••aiuatl 

/.nr/ia  tirant  son  onapeau  , 

/./ ' /ttsau  il  aa  au  ti  m  a  ai  ■/-.  '.  /u  •// 

///w  r/wp,  vdoil  t'o.f  lis  iavl  . 

2 
-4  lonwre  a 'un    ièuùtaae 
/l liiati/oi/  rutila  airs  nk  'lit:  utt.r 
/./. .•.'.'■  ,iau.-as  .il.  :ri.  ••<>//<  /tas 
/■'ai.:  ia/i//.ura  l?.<-  1  Jisa,tu.i- 
./'au/ai.-   l'.'uiu   l entendre 

Le  voir  et  l éviter  ; 

La  toute  nui/  a  ma  prenar 


'll'ttt  risn>  dadtns  souri  tare 
Et    1/1  'U  on >tirt. >i  ,/a //a u, >u 
/a  r, yuii-  ou  un  oteleure 
.>' àn/iau/aa .1/ preai   de  i/ou 
Hera.un.aa/an  /.■  lortoa/./.- 
Roussis ,/'  riait..-  .air/ta 
à/'oun  /r-a/uil./i  ./ .li'.ut/.i/./,' 


(  >t,.-.i, 


/'" 


■u  de  le  ai, 


//. . 


,  ''.ut..  t>.  'ira, >tr  l iirr. •/. ■/• 

s 

/.'i/,'  riait  .i.i/i..-  ,,\'n  air 

.  •  maur.ii..-  de  /r.ri/attr 
/tua  r.tri.i.-  au  tt/i  .\-i.ttr 
il  s .  via. •/./  auprès  ./a  m. 't    , 
-  l/.ti.r  ,1  iai  ./.liant   ia  iiiri.-. 
A'a,i.\-i/  a  nous  aaimar  , 

//  iraaii'i.n  .i.ra.ai/a./r 
QuedeiH  tir  de  le  aiu//ar 


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Cil  AXS  OX    L.  iSlil  EOOCIF.XXK 


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fn  te  iex.cn  me  un  cor ef  'près trop  amiaplc 


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ti(-/ro   /:o/ini  -/nui 


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?'. v/  noitbecre  res  ,p/ . va?/, :  A? y. •/-.••, mrno  wuearparwBfr en  ht m  amour  /umui 


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rTHr  r  r^r TT^j^nrTIrT7^^ 


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-lll    i     .  il'l.-ioTfr'T   %.»U    I    +4-o-.L'lii    i  <=ë¥^ 


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'Il       ! 


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Ente  vouant  mon  cœur  o.-f  pri- 

Trop  aùnâilè  Toutonne  . 

Ifon  tannas  /e  ne  verrai   -/en 

<?/«  e.iato  lu  personne 

'Cuit  ■'<■■/  p.ir/îiit  .-/.'  /.v    m'a/uo:;- 

,  ri/uaio   rte/i  rii >  te  /tef  c/mipar  .//-.• 

Je  ne  ./,•/.■  p.7.--  .pu-  le  Dieu  ./   t//witr 

-  Ji/  rien  .  le  ■  i  <  m  nulle  , 


Tout/oun  youi&u  ucunmetù 

['no  leuoutat  qu'encan  t.  • 
Palorf  oe  presontn  al  apprit 
/no  douosou  cnarman/o 
. v calqœ cop  ridos  lou  [ioun 
/'o  pornie  mettre on  allirmo 

->/,'.•  apOl  U  <~0  .''('."l'WIOTffl 

Troli  un  retour  que  me  cfiarnu  •  ■ 

t  letton plus  a  nous  an», i 
Perquo  l  uni.  ■///■  /.  'ur.A'u/w 


h'u  r.  vA  ti'it  i 


ur  /.!  r>n7 
Trop  atmaplo  T^>us  /.  •////.  • 
I./ul'/\iu\j-c7i  /wior  ,t  l.'itl  nwimit'u 
Ui/r  taèauco  /nu/n.  >///>•• 
///i pnn~e pajc>  cent  tournten 
Qpe  /  tniute/iizic  ^l'l>ll/>^.•  . 

Tome  11 


/,  ■;//,  'ur-r  je  vûut  avec  lui 

l  >/.•  beauté  ipu  enc/ia/ite  , 

//,//, '/■/.'•<' présente  a  l esprit 

[ne  doziaeur  e/iarnuztife  , 

. i'i  queipuepju  tu  rida?  u'/ront- 

c  '  'art  p.  >ttr  nu?  rrusttrf  en  ailurme  , 

.  V.n.    tipre.-,  .v/.i  sa  cc-nfbno? 

F./  ré iT^ure  un  retour  qui  mearuzrme  , 

X'/iA?itsn*r  plus  a  ru>UJ  aimer 
Puisque larnour  l  ordonne  ; 
.  le  porte  le  conir~  <ur  la  miiul  , 
Trop  LumJlle  Totito/uie  , 
E miras  j,  vis  nous-  a  tout  moment 
e'tir  lu  louolie  mij/ionne  ; 
t'/i pluiuir pane  cent tournums 
i^ue  l ui/idélùe  donne  . 


Gtmla&ue. 


C  'MANS  ON    I,slXGUimOCIKNNJt 


"J 


•.... /'....p.-... 


narinànte  tnarçou  fallu .  crenu/uÀfpaflœmifiir.  es  uii  enjfàn  ^//.-  /.■//</ 


&r 


P=F 


f 


j 


4*6 


e-^- 


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.^ 


tiuenapas  vw  tmtroar      Caressa    (ûu ,0'ecavrè,  ac'os  f.i  rmtsa  -  ra  . 


tiuenapas  vw  tmt/t 


e-=- 


*-3 


m-l''" 


Ê&-J-ttH-f-4^ 


"Eraauclton 
i  fiarmanie  <>tajytu-ri//<\  /?.•,•/;  >/<//?■-  Kpo-rlanyour , 
(  "twtunrn/iutt uni /<■//<.'  etqui  nu /•,/..   vu  le/our 
i  'arafJ&cte,  ,/<•<//;/<<■, ,</.i  /'..•/'//^■■.■r,i 
Btlaisse*  /••  fotitfture  ,il aime  neadirter 


Questions  souri  badtnaae  • 
/.  a  ymcaras  /<'/ul/\vri,  -n 
l'n  en/an  da  y//.-/.;,/,- 
/.'  [run  amusamen 
tifnoesas  manterottas 
i  '•.'/  upus  uuu  trepa 
.'."  /.  'u/our sas  màneltas 
F&ulu  tuut  •!/■/■<. 


T 


3. 


i  ',' >un  n.  1/11/  .  7  .  lotit  //A' 
Es  facnper  faim  p/,i ..  . 
Te  Jeraoen  '<!<///<■ 
De  /.'ri  ni. -/far  u  à?imple 
rsatalabrouquetta 
Coiunurtpaifeerou  frein  , 

/.' /ara  /.W.1/.//.1   (A) 
/'.;/•■>//  .///.•  .■.■!,!  ,/l.ln 


Que  .:•/!   /.;./-/.</.'.'  ,-. ■■/  doux 
l\uty  laùnerex  tetutranent 
Un  enfant  ■/•  ■■•!  .t.i.- 
es/  mi    .111::;.  eméltt 

.J  t..     . .  isA/.'s  ma/itérer 
il  n.  ,//.v,.7.    .//<  ./  /.//. 

El  /.  ■■  peates  mam 

:l  /.  .:/  ■  :///. tp.i    ,      ' 

Son  /i.t/iu  .•/  docile 
.-.//.i//  pour  /.•/(     plaisir 

il  te  sera  bteri/âeile 
de  le  mettre  a  fan  fit 
Dresse  .7/.1  brvcnettt 
comme  un>mn»  m  wn  irans 
dit  /.'■>, t  l'/y.-.ill.//.       \  ) 
d'abord  au'û    ara  .•••../  • 


(A  )  (.'<•  motne peut  se  traduire  en  tranraùt  urtpresonteceauei 
unOtseau  fars  qu'on  /•  /■///  sauter  d un  ..'.'<.//  sur  /  ,iu/r\  ,  .•.•/>;/?.• 
/àisoi't  rritTtt.-r  a  liste    /',//.•//•  . 


Tomtf  II 


IÛO 


«.Y/.  iXSON  PROfTBBTÇ.  ILI- 

Il     DOUAS   roisis  . 


Jom-ru?       -Pct<r  -   fours         nu  and 


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O  i/i 


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vert       -      ,/rn 

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f'hourô    ente 


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mas      a    -    moiav 

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Pour  —  ran    ri 

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O' 


1 


Ée 


/■  noter  o      nue  1TUZS       n    -    ntour.r  Pour   -  rait     trro 


-  ton  -  drc    n        //!<'     ,/('/'-/.'«    -   ,/r.'    do  hxs  Jii 


-  /oit  -  dro     de  fao         fit    -    no  tir, ~    ,  (jours 


t/eune  y? . r>qere 
Ouand  viendra  meure 

< '//    ///,'.-   il/tlOltrv 

Pourront  vrrtcrtare  i 

.1  me  ae/bnare  \     />/• 

/'.  •  /.  •.  '  nain -itrs  ■ 


'I  oui  •  il 


-///  /•/•/  a  /àtre 
/'<'/•  n'en  aaumpttare 

Ta  un  saae  rouer / 

'J'a/i  eues  haresso 

ifenso  tenaresso 

l 'eu-as  ma   maûerl  . 


lu. 


•/s 


J  iii  peau  fiure 

/'sue  p  lettre 

sf  /en  ecvnr   scu/e  , 

Tu  es  .'/  crue/le 

(Jue  sans  pi/ie. 

'J'u    verras    nui  nier/  . 


Xaun  / 'au  pas  aaire 
Mes/te  i/e  pleure 
J^i/s  amoureux 
.'/an  la/i  .'V<v  tendre 
Je  voua&u  Rendre 
.//>  1,1/1/  kurouac  . 


%:■ 


3. 

,/e  ne  fias  ancre 

.Uclt.'r  a'e  r/'atr  ■ 
.  lue-    ?'••  '//'■  W.E 

Mais  tues     1  tendre 

i^ne  /<•   reit.i    /<•  renare 
.l/ininl  Aeu/eu.  ■-    . 


TetS pleurs  me  pn  ■.-.■eu. 

Mets  rufoura   ceesouti 

< 

/  ey  /au   /vu/ 

Mau  s;  vouas  {heure 

/>e  ta  Pastouro 

/■ai/   /a  J'e/ii/ 


-r 
Tes  pleurt)  me  pressent  , 

Mes  rupteurs  cessent 

//  fiutt   /es  finir   ; 

.'lais  ,u  /u  veux  tnetère 
/'<•  /,r  tieraere  , 
laie  /a   l'ente  . 


lis 


Touic  11 


Ibl 


4- 


An<L 


CIIANSO.V   PROr/CNCALK 


intrus 


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tfiijordne    Barbie  ai*  Qïmi-i-e     ans   a  sa  3ar-  -  gie  -  ro 


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Av/      tfwe   fa   aue     te    serai. 


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/Ct     que         n'en     sien     /a   -  mai/       torr/i  -  -   -  /en 


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truand     te     vest     ma      l'as  -  /eu    -  /•<>     , 


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£É3Ê 


l'n/eune  Jierqer  Je  auintLe    ivis 

-,4  sa  Beraere  du  même,  aye 

En  l'aecompaanant  dans  /es  champs 

Tenait  ce  tendre  la/n/aae  ; 

Je  sens  rai  /nal ',  depuis  tant  de  lents 

Qiu  fait  ane/e  te  e/iere/ie  a  tonte   Aeuré  / 

Et  auere ne  suis  ra/nars  eo/ite/tt 

Pue  auandje  te    vois/  ma  Seryesre  ■ 


Tome  H  ■ 


i6o 


lAlas  que  ootulrioupas  ave 
Scias  que  voudriou    x/ou  par  faire 
Te  seray  a  garda,  tels  ave 


ila 


Par  tout   vauUxriaii  ver  te  picore 
f)e  /loua-  âmes  a  Se  Para 
TenenCaiaircaj  détalas  bellos 
Si  ma  voilas  te  desplas/c  pas 
7ï diriou  centûansoun  nouvelles 


/le/as' que ne voudraù  repas  avoir  ? 
Hélas  ! '  que  ne  voudrais-  iepasfiure  .' 
Si  10  le  servi  is  aaarder  les  Jirebts . 
Je   voirais partout pour  le  plaire 
Tuaanarà  te parer  de/leurs  , 
de  tan  oust  fierai  des  plus  louer 
tfi'ata  oo/.v  ne  te déplaisait pas  , 
de  te  avais  cent  chansons  nouvelles 


Sur  ma  musetlo  t 'antarau 
Teis  bonus  tuieds  ta  bouquoJ'oultdo 
Toiui  tout  plus  fret  au  au  mes  do  mai/ 
X'aroso  a  leiaagne  erpandldo 
Que  vouas  dey  ou  motm  lot wn  lendrou/i 
Lou  Ruban  au  'arno  ma  /totdotto 
Série  tu  ren  /on  Passeroun 
Que  /a  tan  lieu  tels  Escaletos 


Joetianlerai  sur  ma  musette  . 
Tisoeaua  yeuse ,  ui  jolie  vouent , 
'l'on  teintp/usf/;us  que  ne.it au  mots  de  mai 
/■a  Aooo  épanouie  à  la  rosée  ■ 
Que  t'ou.i    lu  do. -net  mon  Ion  tendron  t 
le  ruban    qui  pare  ma  nvitlette 
\e  voudrais  lu  pas-  L oiseau 
Qui  fait  si  l.on  les  petites  ecnelles*  ^ 


f'ela  qui  que  non  sionjaloita- 
l'A  qua/ul vatsara  ta  banquette 
Transpourta  dunplesu  tant  doux 
Que  vai/  boulleoa  sets  a/otlo 
Anaiit ,  vendra  vouli/a 
Sur  la  testa  sur  lois  espalos 
Al  per  .ra/naa   e/imistra 


Voila  qtie/oi'ats on  être  /alouar  ■■ 

■  lit  qua/id d/avera tii/oiione  mtaneru 

Transporte  dun plaisir  st  douât 

Qti 'il  va  aotlet  ses  petites  ailes 

Il  ira, d  viendra, u  volera 

Sur  Icitele  sur  les  épaules  , 

El  donoisira   voulant  se  caaner. 


loeta  veau  seaper  lueeli  de  sets  alo.i  lonrotut  semponrp/aeo/-  ses  mlo-- 


Quand seray  absent  dun  maumen 
Sotif/rira  pas  que  res  taproanè 
Te  veque/ara  fiera/ne i 
Et  loptatuara  ,<ets '  roproene 
Si  me  trounwàf  àmon    '•c/Vur 
J'e/s  cris  me  lou  /à/a//  entendre 
Et toute  1/ douas  "lotir /en  il  amour 
Toutpeaxure aven  ton  couer  tendre 


Quand  ie  serai  absent  un  moment 

ft 'ne  souffrira  pas  que  rien  f.irpreebo  . 

d  le  becqueter  a  vivement 

El  le  violera  ses  reproen.v  , 

o'i  tu  me  trompes  à   mon  retour 

Ses  crû  me le  feront  entendre 

t'.l  tousdeita-  nous  mourrons  damoitr 

Tant  nous  avant,  neuit  te  oa-ur  tendre  ' 

I       .lltaer  ,luu  dotal  a  lau/ro   . 


Tome    II 


it>4 


CBANSOS   PROKEJVl \LLK 


^ 


*  *  1  »  *i 


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J)'un  pic/iol   tretp/tispounc/iutquiinoa/:e   no  / a/ie/es  -  tic  .jue  fi  - 


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ro-i'n-c/ii-ouan  k/eunde l an  me  d*n  -/ut  per  es-trenno    mai  de  cent /es 


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traies   de/ 


que 


i/eti  ni esfeu  -  ru  eoussi    n  en   soun  vas  mort . 


r   I:ff 


i 


Traduction 

B 'lai; petit  trazt  p/iw  pcinlu  qu'iuie  na/ene 

/.'amour  qui  tire  en  c/upiant  /e/our  de  tan 

Jte  donna  pour    etreime 

Plus  d"  cent  rois  tout  a  travers  du  cœur 
u 

£t  >e  m'étonne  comment  /en en  suis  ras   mort 

.  v  yett  maurrt&run  mep/<undriestiu\\\\iireJ\  /eineiirrowmep/auidrow  tit.monpettt anu 
4  eu.  /arts/iras sou/omen /eu semi/an        I eusn'cntèritvpas scu/enient ' semi/ant 
-  'faùf ,  crc/idint pûiw  ao/idiaurte.  i  éen  taire  .  liais  a  i\  vid:/i/  rens  /cderriésiien/àirc 
L.tr  i/eit  /e/en  tout  en  tàdc/an  Carie  r&''  tout  en /adinant 

Quan  me  tirofo  /i  teanie.r  /a  mon  .      Ûu'en  me  tirant  rous/iu  tenuv  /amain  ■ 


Tome  1 1 


I  ,a  A  isio:v  D  Kvori'.iuiA.vi) 
fA)    JJ B    M  .  CABOTE 

o~»  -  • 


i6j 


'  //  ufrtir  nuttfmtte  la .  >e/uau/eliv  roua./oiusnon ,  •sontapr.  \  iwsurseit  rt ours 


#^3I 


Ê=ÉÈË 


^ 


»• 


s  IÉ  3 


iiulh'ii/L  I, Vit •u/s  tos( >is.:rn.i\ /. m.://:.  ur/ie/.i. i  ///.//. '////■•  lie/a..   A. •//.-■  </M* /aiarandreii 


mSM 


i 


pue 


7;v//  alentour  de.  sea  mm  ailles 

On  i/ontmd  les  loups  .jaron.i /tour  1er , 

Ou  entend tranur  des  /erailles  , 

On  vtntaar/eux,  on  voit  du  fanocvuur     Jï'l  "Diable  ment,/epr.-/endo  / .  /rdler 
Tout  a.  la  fois  Dame  cnriet  nous , 

De  tristes  e<  v.<  )i  aussi  formes  que  vous 

Qui  vouJ  alaoont  le  oa'ttr       Ae/asti',  Tant  manque  de  caun       ne/as  <'î 

o  . 


H. '//.••,'//■  vousdû,mon  l api/amo 
'renés  vousbien&rme  suri  orenfer  , 

.  //  /,  li/in  ■,  ut'  .)•<  »!/.'.■•  on  pome  ■ 


I ' Ivtl.i nwiuit  t'I.i  qrand  Tapage 
Tout  le  l  nateau*  vmmeneet  r  s'ébranler  ; 
< ht  ,viteud des '(TV plein* dera./o  , 
Tous  wmwv  viennent <f'u aernamer 

Que  dhurlemette 

i^ueda/froa.v  siffletru 


otrePriijuerranJ  venait  dEspaqne 
Passantpar  la   Cuidoit  serepo*rer\ 
Il monte  ,ra/i,iu/ de  la  Montagne  , 
Faites  mon  ut, carte  vcua?  me  eottcner 

Jioaui  avouer  . 

Restes  <'u  Etrïer 

Tous /nourries  de  /'iai/eur      lie/as- ' &•  Que  Jeeris'aiie de  Pleurs  lie, 

Par  ïamaroleu! parla  cent  Diables!  Toutaèoupwariacnemmee 

Fs/eeatt  on  nie  prenJ 'pour tut  /euneKo/ier.) 'ôi  la  des  lofes  et  •  ttsevme*  trmber  . 

faites  du  /on,  dresses  la  Table  ,  Des  Pieds,  des  mains, let'-ri/e .  trnioo. 

Jfetteli  d.vlhaps,  roues  me  deloler  ■  P'aspiesel.le  lipereen  lortdi. 

Ou  sontds  ,/one  .tu  ni  orne  instant 

fous  e.s  Kspri/s  /è/ons  ,  t. a  Porte  a  .loua-  Aitt.l/is 

Qui  causent  t.  ml  d'il.  vr>  -in   '  lt.  la.  ■••  '&.  '  o'ont  -r.  ;  vi  ,/r.  mde  rumetuliela. 


(  A  )    il  faut  filtre  prêter  I  air  <m.v  paroles  dans  plusieurs  endroits 


t6G 


,.■.'*;  ...                    /•' 

l n  Damne  de  Injure  hideuse  Pretreiletait ,  Las  'bien  uidtjiie 

Etait t/i/tite v  ar cent 'LJiables officine  ;  Et de  moiipere  défaite /uiiiciuei;  , 

l < "t iboiu  ne  etoit  toute  Et  'tuneiut  *  Jufieu <  le pr, •<  hei da  Vol  Inné 

Le plomb fondu lui découlait des  ijetuv ,  Qu'a des  t 'lire fieii^-  il Jeudi '  euseupiei 

o'esc/woeu.c  Xi' faisait  rWn  . 

Touteinbriisesdefèiuc ,  Que penser  ou  moyen 

.  J'Y/erùsiuenf  de  douleur      helas'éi:  Sem'cnleoei- 1  honneur 


9; 

cTw  sesEpaules  déclarées 
Les  Démons  fouettent  a  coups  redoubles , 
Iesfouets  dantleuix)  inouïs  sont  armées 
Sont  Jes ,  fervent  des  pins  envenimes 

fl  vent  crier , 

Un  Crapmi ,  dtiaosier 

•  ''(  >/  favec  les  Clameurs       fielas-  A' 


liela.r  !&• 


■       ■  .'ï 

Il ii'osotfdecoiirrtr  son  a/ne 

Le Chatuiientout-e'uioi son  aren  , 

Cela  faisait  croit/c  sa  /lame 

l 'ai-  la  coiiframfeen  attisort  le  /eu  ; 

l  "liaipienio'iient 

0" on  allait 'redoublant 

0\vlImpu<liaue  ardeur         helas.'ti'. 


I  ne  ame  toute  ec/ieoelee 
fit  hap/entjeanfunpoiqnaiddtms/ecaeia' , 
slvecune eiiaisse fumée 
Le  J\maen  sortsi noir  auït /ait 'horreur . 

si  cViaquepas 

J fours  dit  elle  scélérat, 

E.vpie  lesfîireins  hebis.'tS.' 

&  . 
^Malheureuse  ame  Réprouvée 
Dit  leclwvaueren  eleuant  la  oouv  ; 
Qui  vousrmne/ie  en  ces  conh'ea)  ? . 
Pai'Dieu  vi  ViUit.'varléo ,  répondes  moi  ■ 

En  soupirant , 

L  ame  ini  même  moment 

Lui  répondît,  jlfonsieur .  .  .  du/as  ■'&' 

12  ■ 
Le  Comte  Sbiselme  Etait  mon  Pore  , 
Pruiceile'toitJ'iet  tout a  l'en  four  . 
i r  anus  belle  ,j  en  étais  /ter  e 
O'aqej  étais, je  l eusse e'tr  feu/ours  . 

lie  mes  i/eujc , 

i  V  monstre  cdieu.v 

S'éprit pour  mon  malheur  hèIaJ.'& 


~  Ju  désespoir  l  ame  livrée 
Pojrr  ob  tenir  ceipn  lia  tient  tuivaew  -, 
Ta  sur  une  route  croisée 
Pour  se  livrer  mi  Père  de  l'Erreur 

Le  JJemoii 

Lui  Octroyé  le  Dan 

De  me  ravir  ma  f/ew        helisfct 

A 

'Cous les  matnisa  l'aventure 
J'allais  au  bois pinwi/ prendre  le  frais 
Dans  le  irufaldwieani  bienpiwe  , 
Je  me  plaisais  a  mirer  mes  offrait)' 

En  beauté 

jtte  iH>*oîtla  viuute 

Paonne  vomr coule  luuetws   helas  !A  ' 

17 
La  tout  auprès  d une  fontame , 
Une  Rose  etoit  .nu-  un  Epais  Roeier , 
Fraîches  Imllante,  eclose  a  pente  , 
Tant paroissoitlnduire  a  fa  eu  ciller 

il  semblât 

<hi  elle  répandait 

La  plus  aimable  odeur .  helas  •'&.' 


Tomo    1  L  , 


,(■■ 


1& 

.  T'en  vèua' or/ter  mat  'aetfemre  //  v*  'nf  aller  a  la  fbntaaui 

l'siiru/eitter p/iu- '  Jee/it  tiiiieiileuil  ,  J'our  a/làser  la  traee  Je  ee 

Je/n\ .eais  ,inei  eeiil/e  nature  .liais  le meeluutl  y  verdis  i 

QuatUZJ  y  laiieliais  me  repsusait li  m, un  /'/us  il /rslfe  .'t plus  (a  bien. 

. //.  >n , vr///  hattaiè  Dans le  /<  v. 

7'<>//t,vi  /i.il/it/i/ nte  aurait         ,  Onenànaaes  roia; 

le/Il. il/ee.  t '.'susse.' //sur.i  lis  la.l  ■' it'.       l)es(\'/:< et, les ell.isenr 


'/  ,1 ,     lp,'l, 


■ten.l 


/:./:.    \i 


*  I pente  e/i  suts/s  ta  rrjaifresse  , 
Comment pourrai/e  en  f'm-e  le  /val 
Je /ne. .-eus  fa/nler en  /,'»/> /esse 
Je  /nallieu/'eit.v  sait  Jiwnn  acivi'ip. 

Kf/esert 

/■lut '  ,pn> sans  rémora 


J-'tf  sens ,  lelaJsu.  •<  wr 


-V, 

(  'u  ui  en/uw  me  murerait*?  , 
/'sii/nieii./l'ul/r,.  f/uu.\enli, <nvre  t.w / 
D'un  air  s/ti\teu.e  te  JhaLu' 
//t     t?eenaiiaevn.pauê,jtwntcldTLtul  sur  moi', 
Jfe  arauut  rien  . 
fien,  //t.'/i ,imi  wen  , 
hélas .  &'.      MonndèiSermwiuf.,  ne/a    <v 


20 


Mais en  /m  stant  revs/iiie 
•  Zt  /'■  ■«  •<  'nuais  1 1  :>•<  '.'.■•  i  le  m  an  manieur 
l'unie, le  Jesesp, tir  fmtte 
A'/i  eris  piveane  / e.vliale  ma  Jeulsur 
tfuoorneur 

J.,  tCrle  se,  /u  ,  ■!,  'itr 


Mnu/nte  ,etsans  qu'îl Sen  étonne 

Il se/if.vu.'  /m /■  Diaile  détaler, 
eu/-  son  elieuu/il  izr  J'empoisonne 
Et  fehrram  .'• .  'morose  s,  visses  pu  J.  • 

En  toi  moment 

dort '■plonge  vivant 


spi. 


J.ui  Jis/e  avee  pireur  ■       hélas  .'A.',      .  lu  se/sur  des  Jsuleurs        li,las.\i'- 

if  veuf  m'apuise/'  ;  vas  infâme  Devais.     /-  fine  parfait  enoore 

'J'u  m'as pe/Jn ,  mai.»  Jts/e  tu  msu/r.is,  Mais  par  ha\ar,i varia  le  eltevalier  . 

s4tors Jeesiirrsit.v  i/s'eni/fànie  Jésus,  lu  u.  /e  vsus  adoj . 

A't/s/t.riien lepsiie.ia/it ' p,v  /•>  Iras  73taèlatTei,v  .emmenée  a  se  signer 
Eaeil  naaard  -  /  ce  nom 

il  are  im poignard  Pli  an  famée  et  Démons 

Et  m',vi  per.e  le  coeur        helas.S,.       '.'sut  fini pfent  aettrreurs  he/.is  'A 


22 

Pour  dérober  ion  trime  enerrtte 

il veut ai./eJiiseeeitrs  Je  .  'rt.i/i 
Faire  une  /esse. ut  vie./  J un  Orme 
Mais -aiissifsf  e//e  s'emplit  Je  eau./  , 
iha  contre  lui 


%?e tourne  être  s. 


,'//l 


/)  une  i/r.r/i  Je  /lueur  lie/is  'è\ 


{/'"'/■> 

Morale 

stprene.-  r.u  eeeu ,  .IfesJa/ti. . 
.  Iveus  Jet/uv  Je  votre  van 
h't  vans  ipd  courtises  tes  fenun.. 
Ils tenes  l'is/t  ee/fe    .He/altle  , 
l 'n  il  ne Jaut /'■'. 
donnera  e'.il.m.is 

/'.  'tir  (BU  'ir  feins  /.netirs    lui. 


Toiu«  u 


jÛS 


C/t^lNSON  IMITEE    DE  r-Kr.r.ir,     dj<:  Cu±  DA/JSSE 

■  lia  an  te 


h' suis    natif  de  la     fuie      ou  jadis  J  ai    vu   le      ftnw 


■lie  est  au milieu  ,1 u  -ne  foie     'ayant  de  l'eau  foui  au  toiw .  L'Eté 


jamais  un  y \jete  bhuver  il n'v  /ait pas'  chaud,  et    si      fan  est 


^m 


±- 


^gg 


. 


m^ 


* — r 


■u-//  -de-le    c'est    vattr     fuel   qu'objet    non    -  iieau 


ipivs  la  mort de marnere 
/Von.  Papa  demeura  veuf', 
o\  /  eues,'  eu  Seul  J'n'itrsl  un  /'/ère 
tV \uifions  riens pas  eiè  netil    ? 
Celait  une  amiable  /)ame 
Ou  'il  épousa  (  ce  dit -on  j  ; 
i  C  il  tient -jamais pris  de  lèmme 
Il ,  uirait  vécu  Lrarcen  . 

'  3 

Il  était  il  un  Caractère 
Débonnaire .  affable ,et douze , 
Il  entrant  /a/n.iis  en  colère 
Ou  en  u,'  le  nul  en  eoiiroit.v  ■ 


J"a  c/tevelure  était  blonde 
d,  brillait  comme  un  e\deil 
S  'il  eut  été   seul    au  monde 
il  n  'eut  point  son  pareil  ■ 

4 
Pour  soutenir  sa  naissance 
Il  avait  Jorl  peu  Je  bien  , 
Des  au  il  /ut  dans  l 'abondance 
il ne.  manqua  plus  de  rien   ■ 
Toujours  I  tant  il  liil  lionnete 
ti/en  tipris  des  le  Jierceau- ,•/ 
il  se  découvrait  Ai  tête 
Des  au 'il  était  son  eliapeau 


Toute  U 


■  '■•! 


.  I/ee/ier,  lier, tla/il/e 
On  eut  lien  percfu  en  tem  ■■ 
Ou. ma peur être  put*  1/  anaui/le 
II  Se  pi. 'menait  au.r  .  liamps 

e'ur  le  plein  et  sur  le  r/.le 
//  disputait  savamment  t 
Disant     la  Puiye  est  numide 

.le  le  aij-  ptioli.ntemc/it  . 

G. 

On  assure  cette  chose 

/'i>r//i/  puis^eurs  traits  envers  . 

////  ec/tviitl  pas  en  prose 

Ouand  il  écrivait  en   vers 

Jl  n  aimait  pas  /a  pure..;.;1 

J'U  /amais  il  n  'était  las  , 

On  Iwnt  au 'il  veillait  .■.me  cesse 

Pendant  au't'l  ne  dormait  pas  ■ 

l'.n  attaril  sur  la  Rivière 
i  riait  te  n  taure  en  Bateau 
te  allai/  toujours  par  terre 
.l/iwins  an  'il  n'allât  par  eau 
il  s'a*  yta't  te  a'au  de- plaire 
l'ai-  son  esprit  et,  son  cur  ; 

S'il  tir, ut  voulu  le  /airs 

/..■  Ray  l'etit/.'ut  //lie  et  l'air  . 

'fi 
/'.n-  ,1'i'a/it  /u./t'  et  ftoiaire 
t  n  /.'m-  il /iit  tuirupte  , 

fl  rut  perdu  een  .i//aire 

if  tient  ete  condamne 

Il  ne  pouvait  se  rcscu.lre 

.  I  eliar./er  ses  / 'if  talel..-   . 

Quand  il  n  '.trait  p. -mt  de poudrt 

t1!!  11. •  le  eraira  tani.it, .-   . 


S- 

I  '/t  IJerui  , ,  lie. a  /.■■:/ 

/.m  du, en /.ti.-.iiit de.    Ronds 
Or,  .-n  mourant  en  /.c-mlm  ne 

,'i niciirr.nl  delà    ■'        VontS  ; 

Blesse  dune  niant  cruelle 

H  vit  terminer  son  sort  t 
c't/./ii      la  Plauf  est  ruer  telle 
Pute  au  lielas     ilen  est  nwrt 

JJ 
e't  sa  mortelle  vlee.ure 
Ne  lai'. ut  pas  /ail  meiirir 
c'/i  eut  opère  sa   cure 
Dès  au  'en  eut  pu   le  ancra-  : 
Cédant  a  la  maladie 
il  s'est  montre  l?  moine  fart    , 
tl  serait  encore  en  ne 
hélas  '  s'il tietait pas  mort  ■ 
//  . 

e'nr   un  /'art  l'en  /il  Je  plume 

II  ce/  mort  très  mollement 
e'if  /u/  mort  sur  une  enclume 
//////  mort  plus  durement 

Tl  mourut  ,1/a/ie  .1  envie 
licfietfe  de  ses  Soldats 
Le  dernier  jour  de  sa  vie 
Fut  le  jour  de  .'■en  trépas 

JJ 
Ses  ennemis  ont  sans  .lente 

De  sa  mort  ete  cliura. 

i  '//  ,///  .///  ////.'  rit  plus  aautc 

Dès  au  u  eut  les  ueu.i 

Ecrivant  au  Roy  •'•*"  maure 

De  Sa  mer/  il  l avertit 

Le  Peu  n'eut  point  lu  sa  /ettre 

cil  n  .irait  lamai.'  écrit  ■ 


■loin»-    n 


Danse  ûrécaue  appeuse.  lionicea 


gÉpgffffigiiFtgPfiWfritë^iiÊ 


««-.-^ 


ga^fSffitfMfgiiiteë 


afgffirrifEr 


fTTjTTTf  mrrtrr  r  i.^^^^^s 


r  cf  i  r  n  r  lt  ttcrpLixrQJLr 'f  J-* 


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ffflrfwa 


$*jjjJirrJ  JiJ>J'T^jTii:^tnji^^i 


.^  cJirT  1 1  iluj  r  Uirfrrtrnttjxj  r  r inr  n^^ 

^W.rtirrri{tori[ttff-%rrrrimJ^^^ 


j^tItrt&fTfi#^fe 


f-rrr+Xf-m-WT* 


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HffF^#tP 


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Tom  p  11 


3<tTf&mftfffjr:-rt^ 


^wmftfter-  • 


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ii/i.\-  ,/.v PriwL v  Js /.' trcfîïesl 


M£ 


^s^^p^^-^ 


./i/-.nv  tfànvaaej'  du  Canada 


On  ./  ajoute  /.:■//:'/.■•  r,r/-.'/.:  ■ 


Tome  II 


te-^irrir   r — tfjgg^i — 4? 


;•)         l» 


^4i^t-r-u?f^rFr"nrr"Trï^ 


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^n^imriBtf^fiJTniJCTitm 


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Touiv  11 


^^irni^i^^^f^^^ir^f^^ 


Trio 


Bï?m^^sm&ffl&$$zm 


J)<  tcapo 


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irai/    + 


Bauree  dauoerane. 


$  **  ij  i  rjT'  i  i  i  j^+»  »  j  *  j  i  cU^^^ 


^i.ignjjifa^i^tg 


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i    i  '  I    i    i: 


L'tU/ 


Tome     M 


f7* 


sltr  C/iiuots  /liai /iûte  dans  le  Père  du  Aa/cie 


sitr  dela&ocAete ,  Fcmiet/jr  sous  ffenri  HT 


/ .  Dessus     tresgay. 


firrrigf'n  f 


^^ 


♦_*— ©-!=♦: 


5ES*2 


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■t— t- 


9=~Q- 


L2  Dessus 


'Uii^i^if 


Jjifrfiri^-'J- 


^ 


Contre 


Bas, 
Voila 

donnât 


comme  ou  eeriveil  alors  /es  parties .  cet  air  est  lire  Je  la  J-ete 
'e  par  fieau/oi/eiu:  au  Mariage  du  Vue  de  Joyeuse     avee    Jf''1 


par  /ieo/uoye 


de  faiide'me/il 
Tome  U 


Joui 


-/"•</'  J.i/ure  R, 


'mm 


t  'JutntJupetrpb  en  Russe 


l'ouic      II 


'/* 


.ims  cmxois 


jir-Jji,ifr-tf%njjHftirfrnrmiffrfirr' I 


1ffrffir*nrrfJi,l,li'JJfii'Fir''r'[i|'rfirf  r 


f;M  i'J.iV  U 


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•  § 


4L4^iir|fTg|irir7rgiiTirfiylî^f^ini?f|à;iTifffiiii 


Crrave 


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llrante  de  l  O/pcial 


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g^r^^teff^fr'T^'^^^ 


BnTnle  J?<r  CnevoUtE  dan?  Lv  Tournai 


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